Hindouisme

Bhagavad-gita

Bhagavad-gita (Krishna)
Auteur: Krishna (révélation vers l'an -1500)

Table des matières

Préface
1. Sur le champ de bataille de Kuruksetra
2. Aperçu de la Bhagavad-gita
3. Le Karma-yoga
4. Le savoir spirituel et absolu
5. L'action dans la conscience de Krisna
6. Le sankhya-yoga
7. La connaissance de l'Absolu
8. Atteindre l'Absolu
9. Le plus secret des savoirs
10. Les gloires de l'Absolu
11. La forme universelle
12. Le service de dévotion
13. La prakrti, le purusa et la conscience
14. Les trois gunas
15. La Personne Suprême
16. Natures divine et démoniaque
17. Les branches de la foi
18. Le parfait renoncement

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Préface

* Krishna:

Krishna est aujourd'hui considéré comme une divinité centrale de l'hindouisme. Dans la plupart des traditions hindoues, il est le huitième avatar (incarnation) de Vishnou. En ce sens, incarnant l'Esprit (saint) émanant de Vishnou (Créateur), Krishna serait aussi un Messager divin pour l'éducation spirituelle des hindous guerriers et primitifs. Cependant avec le temps, pour les tenants du Gaudiya Vaishnavisme, il représente la divinité suprême à l'origine de toutes les autres. Krishna est ainsi la divinité la plus vénérée de l'Inde à l'origine de nombreux courants bhakta dédiés à son adoration.

On donne quantité de noms à Krishna: Dâmodara (« Ventre en forme de corde »), Venugopâla («Maître des vaches à la flûte»), Devakîputra («Fils de Devakî»), Jagannâtha («Maître du monde»), Yashodakrishna, Hari, Pârthasharâthi, Shârngin, Dvârakâvasin, Govinda, Gopala, Mâdhava, Ishvara, Nrsimhadeva, le « Seigneur de l'Univers »…

Krishna est fréquemment montré jouant de la flûte, séduisant les gopis (gardiennes de troupeaux). Les rapports de Krishna et des gopis, des femmes qu'il est censé avoir toutes satisfaites, symbolisent le Principe divin auquel les âmes individuelles cherchent à s'unir pour obtenir la libération.

Krishna est « avatari » ou la source de tous les avatars. Vishnou lui-même devient alors à son tour une de ses multiples émanations. Il enseigne le dharma et le yoga à Arjuna dans la Bhagavad-Gîtâ.

Selon la tradition, Krishna naît à Mathurâ d'un cheveu noir de Vishnou, fils du prince Vasudeva et de Devakî. Kamsa, un râja de la lignée des Bhoja, cruel et immoral, est aussi amoureux de sa sœur Devakî, qui doit épouser le prince Vasudeva. Alors qu'il conduit le char qui mène Devakî (la future mère de Kishna) à son nouvel époux, le roi Kamsa entend une voix céleste qui lui prédit que le huitième enfant de sa sœur causera sa chute. Fou de rage, il tire Devakî par les cheveux hors du char et lorsque Vasudeva voit cela, il lui promet de lui remettre ses enfants à naître. Le couple tient sa promesse pour ses six premiers enfants, mais le septième, Balarâma, est confié en secret à Rohinî, une des femmes de Vasudeva. Lorsqu'il apprend qu'il a été trompé, Kamsa emprisonne le couple. Devakî met bientôt au monde un nouvel enfant, Krishna, et grâce à un miracle qui endort les soldats de Kamsa, Vasudeva réussit à s'échapper pour un temps, se rend au village de Gokula et confie Krishna à un couple de vachers, Yashoda et Nanda, qui le lui échangent contre une de leurs filles, Yoga Mâyâr. Au matin, Kamsa apprend la naissance d'un nouvel enfant, s'en empare et tue Yoga Mâyâ qui se transforme en créature céleste et lui rappelle la prédiction. Kamsa - comme Hérode - fait tuer tous les nouveau-nés, mais Krishna lui échappe. Finalement, Krishna décide de mettre fin aux embarras que lui cause Kamsa, le renverse et rétablit sur son trône le roi Ugrasena.

Krishna s'oppose aussi aux dieux indo-européens plus anciens, ce qui tend à confirmer son origine aborigène. Jeune homme, il persuade son beau-père et les autres vachers de Vrindâvana de ne plus vénérer le dieu Indra, dieu de la pluie et des moissons selon un chamanisme ancien, mais de faire à la place une "puja" (rite d'offrande aujourd'hui commun à l'hindouisme au bouddhisme et au jaïnisme) symboliquement au Mont Govardhana ainsi qu'aux vaches sacrées. Krishna quitte ensuite les rives de la Yamunâ et s'installe avec son peuple à Dvârakâ au Gujarat. Là il rencontre et épouse Rukminî et participe plus tard aux côtés d'Arjuna (fils du dieu Indra) et de guerriers Pândava à la grande bataille de Kurukshetra évoquée dans le Mahâbhârata (dans lequel la Bhagavad-Gîtâ décrit l'enseignement de Krishna).

* Les Textes de l'hindouisme:

L'Hindouisme est fondé sur un ensemble considérable de textes dont la composition s'étale sur plus ou moins deux millénaires. Ces textes résultent d'une découverte de la vérité et des intuitions fondamentales de sages mystiques qui ont déposé leurs savoirs dans des Livres Sacrés, dont les plus anciens sont les Védas (1500 à 1000 avant Jésus Christ). Durant une période indéterminée les valeurs de l'hindouisme se sont essentiellement transmise de génération en génération par voie orale, avec ses risques de déformation inhérent à ce mode de transmission. La codification et la révélation officielle de ses valeurs dans des textes écrits ne se fit donc que beaucoup plus tardivement. Les Védas sont les premiers textes connus, à la base de la révélation de l'Hindouisme .Des Védas procèdent les Brahamanas et les Upanishads qui en constituent un commentaire subtil et dépouillé. On compte plus de 400 Upanishads dont 20 sont dites majeurs.

* La tradition hindouiste:

A la révélation des Textes sacrés s'ajoute la tradition:
a) Divers codes : comme les lois de Manu.
b) Puranas : récits mythologiques et légendaires.
c) Grandes épopées : Ramayana et Mahabharata, incluant la célèbre Bhagavad Gîta, livre sacré unanimement vénéré par les Hindous (indiens de religion Hindoue).
d) Agamas : régissant des aspects plus religieux de l'Hindouisme, tels le Shaktisme , le Vishnouisme et le Shivaisme auquel se rattache le tantrisme cachemirien.
e) Six Darshanas (points de vue orthodoxes) plus récents: Nyaya, vaisheshika, samkhya, yoga, mimansa, vedanta (signifie fin du Véda au sens d'achèvement et d'aboutissement).
d) Yoga vasishta : récit épique et mythologique représentant une synthèse - des grands courants non dualistes du Védanta et du tantrisme (branche de l'Hindouisme).

Ainsi l'Hindouisme se présente comme une religion évolutive se renouvelant et se régénérant périodiquement de l'apport des vérités découvertes par de grands sages mystiques.

* Les divinités de l'hindouisme:

L'Hindouisme de tous les temps reconnaît le monothéisme et l'admet, mais il admet aussi le Monisme qu'il place au dessus et le polythéisme qu'il place en dessous. Voici la structure globale du panthéon hindouiste:

1) Premier niveau: Brahman (Dieu absolu)

En haut, il y a le Divin Absolu (BRAHMAN) , sans son univers propre, le Dieu Un qui n'a pas de second, l'ineffable, Celui dont rien ne peut être dit car tout est en lui et tout est lui.

2) Deuxième niveau: Ishvara (Esprit-saint)

Le Divin dans sa création, dans l'univers de la multiplicité. L'ishvara : c'est Brahman sous son aspect de Créateur universel. C'est le Seigneur des mondes.

Ainsi de Brahman émane:
a) L'Ishvara qui symbolise l'aspect dynamique et personnalisé du Divin (comme l'Esprit saint).
b) L'âme humaine : c'est la divinité pure limitée dans un individu.
c) Les Mondes (la création).

L'Ishvara est généralement représenté sous un triple aspect :
a) Sous son aspect de créateur : c'est Brahma.
b) Sous son aspect de préservateur : c'est Vishnou.
c) Sous son aspect de destructeur : c'est Shiva (ou çiva).

Ce triple aspect constitue une Trinité, un dynamisme global vu sous trois angles complémentaires. Brahma, Vishnou et Shiva sont trois Dieux éternels majeurs qui existent l'un par l'autre, proviennent l'un de l'autre et se fondent l'un dans l'autre de par leur nature même. Cette trinité régit le rythme ternaire du monde : toutes choses naissent, vivent et se maintiennent un temps, puis disparaissent. De cette trinité, opérant dans le monde de la pluralité, naissent donc les hommes, la nature, les Dieux et les démons. Les Dieux étant des expressions changeantes, secondaires ou limitées du Divin unique.

3) Troisième niveau: Avatars (Messagers divins)

Du divin émane aussi ses manifestions personnelles que sont les Avatars. Le Dieu absolu Brahman s'incarnerait ou plus exactement se manifesterait donc à travers des Avatars (Messagers divins) tels que Krishna afin d'aider les hommes à se libérer de leur karma et attachement au monde. L'Avatar est donc l'aspect personnalisé du Purushotoma, le Divin absolu Brahman dont la volonté (Message divin) et les attributs (amour, compassion, détachement…) sont ainsi manifestés dans sa création pour l'élévation des hommes.

* Panthéon des Dieux hindous:

1) Dieux éternels majeurs:
- Agni : la volonté divine
- Surya: Divin illuminateur
- Vach : le verbe
- etc.

2) Dieux éternels mineurs:
- Ganesha : la force spirituelle
- Skanda : force matérielle
- Narada :la force d'individuation
- etc.

3) Dieux à Karma:
- Indra : la force mentale
- Vayu : la force du principe vie
- Vasu : la force du principe matière
- Divin manifesté : Avatars tel Krishna (descente personnalisée de Brahman dans sa manifestation)
- etc.

4) Les autres aspects du divin:

a) L'homme : l'être physique, vital et mental associé à une âme humaine (dont l'évolution spirituelle tend à retourner au Créateur).

b) Les êtres démoniaques :
- rakshasas : puissances des ténèbres caractérisés par les impulsions et passions violentes.
- pishachas : êtres de perversité caractérisés par les désirs les plus bas et les plus obscurs.
- asuras : êtres d'égoïsme ignorant (caractérisés par une pensée et une volonté basée sur l'ignorance et mue par elle).

c) La nature terrestre : un des mondes créés par l'Ishvara (confer le cosmos).

Enfin chacun des aspects du Divin à sa Shakti propre, c'est-à-dire son rayonnement, sa puissance de travail ou de manifestation, que l'on représente sous la forme d'une Déesse.


1. Sur le champ de bataille de Kuruksetra

(1.1)
Dhrtarâstra dit: O Sanjaya, qu'ont fait mes fils et les fils de Pându auprès s'être assemblés au lieu saint de Kuruksetra, prêts à livrer bataille ?

(1.2)
Sanjaya dit: O Dhrtarâstra, après avoir observé l'armée des fils de Pându déployée en ordre de combat, le roi Duryodhana s'approche de son précepteur et lui tient ces propos:

(1.3)
"Contemple, ô mon maître, la puissante armée des fils de Pându, disposée de si experte façon par ton brillant élève, le fils de Drupada.

(1.4)
"Y vois-tu ces vaillants archers, qui au combat, égalent Bhîma et Arjuna? Et combien d'autres grands guerriers, dont Yuyudhâna, Virâta et Drupada !

(1.5)
"Dhrstaketu, Cekitâna, Kâsîrâja, Purujif, Kuntibhoja, Saibya, et tant d'autres encore, tous grands héros à la force remarquable !

(1.6)
"Vois le remarquable Yudhâmanyu, le très puissant Uttamaujâ, le fils de Subhadrâ et les fils de Draupadî. Tous sont de valeureux combattants sur le char.

(1.7)
"O toi, le meilleur des brâhmanas, laisse-moi maintenant te dire quels chefs très habiles commandent mon armée.

(1.8)
"Ce sont des hommes de guerre renommés pour avoir, comme toi, obtenu la victoire dans tous leurs combats: Bhîsma, Karna, Krpa, Asvatthâmâ, vikarna et Bhûrisravâ, le fils de Somadatta.

(1.9)
"Et nombre d'autres héros, encore sont prêts à sacrifier leur vie pour moi, tous bien armés, tous maîtres dans l'art de la guerre.

(1.10)
"On ne peut mesurer nos forces, que protège parfaitement Bhîsma, l'ancien, tandis que les forces des pândavas sont limitées, puisqu'elle n'ont pour les défendre que les soins de Bhîma.

(1.11)
"Maintenant, vous tous, de vos positions respectives, apportez toute votre aide au vieux maître Bhîsma."

(1.12)
A cet instant, Bhîsma, le grand et vaillant aïeul de la dynastie des Kurus, père des combattants, souffle très fort dans sa conque, qui résonne comme le rugissement d'un lion, réjouissant le coeur de Duryodhana.

(1.13)
Alors les conques, bugles, cors, trompettes et tambours, se mettent à retentir, et leurs vibration confondues provoquent un grand tumulte.

(1.14)
Dans l'autre camp, debout sur leur vaste char attelé à des chevaux blancs, Krishna et Arjuna soufflent dans leurs conques divines.

(1.15)
Krishna souffle dans sa conque, Pancajanya, et Arjuna dans la sienne, Devadatta; Bhîma, le mangeur vorace aux exploits surhumains, fait retenir paundra, sa conque formidable.

(1. 16)
Le roi Yudhisthira, fils de kunti, fait résonner sa conque, Anantavijaya; Nakula et Sahadeva soufflent dans Sughosa et la Manipuspaka. Le roi de Kâsî, célèbre archer, le grand guerrier Sikhandi, Dhrstadyumna, Virâta et Sâtyaki l'invincible, Drupada et les fils de Draupadî, et d'autres encore, ô roi, comme les fils de Subhadrâ, tous puissamment armés, font aussi sonner leur conque.

(1.17)
...

(1.18)
...

(1.19)
Le mugissement de toutes ces conques réunies devient assourdissant, et, se répercutant au ciel et sur la terre, il déchire le coeur des fils de Dhrtarâstra.

(1.20)
A ce moment, ô roi, assis sur son char, dont l'étendard porte l'emblème de Hanumân, Arjuna, le fils de Pându, saisit son arc, prêt à décocher ses flèches, les yeux fixés sur les fils de Dhrtarâstra, puis s'adresse à Hrsikesa.

(1. 21)
Arjuna dit: O Toi, l'infaillible, mène, je T'en prie, mon char entre les deux armées afin que je puisse voir qui est sur les lignes, qui désir combattre, qui je devrai affronter au cours de la bataille imminente.

(1.22)
...

(1.23)
Que je voie ceux qui sont venus ici combattre dans l'espoir de plaire au fils malveillant de Dhrtarâstra.

(1.24)
Sanjaya dit: Sri Krishna a entendu la requête d'Arjuna, ô descendant de Bharata, et Il conduit le char splendide entre les deux armées.

(1.25)
Devant Bhîsma, Drona et tous les princes de ce monde, Hrsîkesa, le Seigneur, dit à Arjuna: "Vois donc, ô Pârtha, l'assemblée de tous les Kurus."

(1.26)
Arjuna voit alors, dispersés dans les deux camps, ses pères aïeux, précepteurs, oncles maternels, frères, fils, petits-fils et amis; avec eux, son beau-père et tous ceux qui jadis lui ont montré tant de bienveillance. Tous sont présents.

(1.27)
Voyant devant lui tous ceux à qui des liens d'amitié ou de parenté l'unissent, Arjuna, le fils de Kunti, est saisi d'une grande compassion et s'adresse au Seigneur.

(1.28)
Arjuna dit: Cher Krishna, de voir ainsi les miens, devant moi en lignes belliqueuses, je tremble de tous mes membres et sens ma bouche se dessécher.

(1.29)
Tout mon corps frissonne et mes cheveux se hérissent. Mon arc, Gândiva, me tombe dans des mains, et la peau me brûle.

(1.30)
O Kesava, je ne puis demeurer ici plus longtemps. Je ne suis plus maître de moi et mon esprit s'égare; je ne présage que des événements funestes.

(1.31)
Que peut apporter de bon ce combat, où sera massacrée ma propre famille? A pareil prix, ô Krishna, comment pourrais-je encore désirer la victoire, aspirer à la royauté et aux plaisir qu'elle procure ?

(1. 32)
O Govinda, que servent tant de royaumes, que sert le bonheur, à quoi bon la vie même, quand ceux pour qui nous désirons ces biens se tiennent maintenant sur le champ de bataille? O Madhusûdana, regarde. Toute ma famille, mes pères, fils, aïeux, oncles maternels, beaux-pères, petit-fils et beaux-frères, et mes maîtres aussi, tous prêts à sacrifier leur vie et leurs richesses, se dressent devant moi. Comment pourrais-je souhaiter leur mort, dussé-je par-là survivre? O Toi qui maintient tous les êtres, je ne peux me résoudre à lutter contre eux, même en échange des trois mondes, et que dire de cette Terre.

(1.33 )
...

(1.34)
...

(1.35 )
...

(1.36)
Bien qu’ils soient nos agresseurs, si nous tuons nos amis et les fils de Dhrtarästra, nous serons la proie de péché ; un tel crime serait indigne de nous. Et de quel profit serait-il? O Krishna, Toi l'époux de la déesse de la fortune, comment pourrions-nous être jamais heureux après avoir tué ceux de notre lignage?

(1. 37)
O Janârdana, si aveuglés par la convoitise, ces hommes ne voient aucun mal à détruire leur famille, nulle faute à se quereller avec leurs amis, pour quoi nous, qui voyons la péché, devrions-nous agir de même ?

(1.38)
...

(1.39)
La destruction d'une famille entraîne l'effondrement des traditions éternelles; ses derniers représentants sombrent alors dans l'irréligion.

(1.40)
Lorsque l'impiété, ô Krishna, règne dans une famille, les femmes se corrompent, et de leur dégradation, ô descendant de Vrsni, naît une progéniture indésirable.

(1.41)
L'accroissement du nombre de ces indésirables engendre pour la famille, et pour ceux qui en ont détruit les traditions, une vie d'enfer. Les ancêtres sont oubliés, on cesse de leur offrir les ablations d'eau et de nourriture.

(1.42)
Ceux qui, par leurs actes irresponsables, brisent la tradition du lignage, ceux-là provoquent l'abandon des principes grâce auxquels prospérité en harmonie règnent au sein de la famille et de la nation.

(1.43)
Je le tiens de source autorisée, ô Krishna: ceux qui détruisent les traditions familiales vivent à jamais en enfer.

(1.44)
Hélas, par soif des plaisirs de la royauté, n'est-il pas étrange que nous nous apprêtions maintenant à commettre de si grands crimes?

(1.45)
Mieux vaut mourir de la main des fils de Dhrtarâstra, sans armes et sans faire de résistance, que de lutter contre eux.

(1.46)
Sanjaya dit: Ayant ainsi parlé sur le champ de bataille, Arjuna laisse choir son arc et ses flèches; il s'assoit sur son char, accablé de douleur.


2. Aperçu de la Bhagavad-gita

(2.1)
Sanjaya dit: Voyant la profonde tristesse et la grande compassion d'Arjuna, dont les yeux sont baignés de larmes,

(2.2)
La personne Suprême [Bhagavân] dit: O Arjuna, comment une telle souillure a-t-elle pu s'emparer de toi? Ces plaintes dégradantes sont tout à fait indignes d'un homme éveillé aux valeurs de la vie. Par elles, on n'atteint pas les planètes supérieures, mais on gagne l'opprobre

(2.3)
Ne cède pas à une faiblesse aussi mesquine et avilissante, ô fils de Pârtha, et qui ne te sied guère. Chasse-la de ton coeur, et relève-toi, ô vainqueur des ennemis.

(2.4)
Arjuna dit: O Vainqueur de Madhu, comment pourrais-je, au cours de la bataille, repousser de mes flèches des hommes tels que Bhîsma et Drona, dignes de ma vénération ?

(2.5)
Plutôt mendier que jouir des plaisirs de ce monde s'il faut tuer de si nobles âmes. Même cupides, ils sont encore mes maîtres; leur mort entacherait de sang notre victoire.

(2.6)
je ne sais s'il est plus juste de les vaincre ou d'être par eux vaincus. Voici les fils de Dhrtarâstra en ligne devant nous sur ce champ de bataille: leur mort nous ôterait le goût de la vivre.

(2.7)
La défaillance m'a fait perdre tout mon sang-froid; je ne vois plus où est mon devoir. Indique-moi clairement la voie juste. Je suis à présent Ton disciple et m'en remets à Toi; éclaire-moi, je T'en prie.

(2.8)
Ce qui pourrait chasser la douleur qui m'accable, je ne le vois pas. Nul apaisement pour moi, même si, tel un deva dans le ciel, je régnais ici-bas sur un royaume sans pareil.

(2.9)
Sanjaya dit: Ayant ainsi dévoilé ses pensées, Arjuna, vainqueur des ennemis, dit à Krishna: "O Govinda, je ne combattrai pas", puis se tait.

(2.10)
O descendant de Bharata, Krishna, souriant, S'adresse alors, entre les deux armées, au malheureux Arjuna.

(2.11)
Le Seigneur Bienheureux dit: Bien que tu tiennes de savants discours, tu t'affliges sans raison. Ni les vivants, ni les morts, le sage ne les pleurs.

(2.12)
Jamais ne fut le temps où nous n'existions, Moi toi et tous ces rois; et jamais aucun de nous ne cessera d'être.

(2.13)
A l'instant de la mort, l'âme prend un nouveau corps, aussi naturellement qu'elle est passée, dans le précédent, de l'enfance à la jeunesse, puis à la vieillesse. Ce changement ne trouble pas qui a conscience de sa nature spirituelle.

(2.14)
Ephémères, joies et peines, comme étés et hivers, vont et viennent, ô fils de Kunti. Elles ne sont dues qu'à la rencontre des sens avec la matière, ô descendant de Bharata, et il faut apprendre à les tolérer, sans en être affecté.

(2.15)
O meilleur des hommes [Arjuna], celui que n'affectent ni les joies ni les peines, qui, en toutes circonstances, demeure serein et résolu, celui-là est digne de la libération.

(2.16)
Les maîtres de la vérité ont conclu à l'éternité du réel et à l'impermanence de l'illusoire, et ce, après avoir étudié leur nature respective.

(2.17)
Sache que ne peut être anéanti ce qui pénètre le corps tout entier. Nul ne peut détruire l'âme impérissable.

(2.18)
L'âme est indestructible, éternelle et sans mesure; seules les corps matériels qu'elle emprunte sont sujets à la destruction. Fort de ce savoir, ô descendant de Bharata, engage le combat.

(2.19)
Ignorant celui qui croit que l’âme peut tuer ou être tuée; le sage, lui, sait bien qu'elle ne tue ni ne meurt.

(2.20)
L'âme ne connaît ni la naissance ni la mort. Vivante, elle ne cessera jamais d'être. Non née, immortelle, originelle, éternelle, elle n'eut jamais de commencement, et jamais n'aura de fin. Elle ne meurt pas avec le corps.

(2.21)
Comment, ô Pârtha, celui qui sait l'âme non née, immuable, éternelle et indestructible, pourrait-il tuer ou faire tuer?

(2.22)
A l'instant de la mort, l'âme revêt un corps nouveau, l'ancien de devenu inutile, de même qu'on se défait de vêtement usés pour en revêtir de neufs.

(2.23)
Aucune arme ne peut prendre l'âme, ni le feu la brûler; l'eau ne peut la mouiller, ni le vent la dessécher

(2.24)
L'âme est indivisible et insoluble; le feu ne l'atteint pas, elle ne peut être desséchée. Elle est immortelle et éternelle, omniprésent, inaltérable et fixe.

(2.25)
Il est dit de l'âme qu'elle est indivisible, inconcevable et immuable. La sachant cela, tu ne devrais pas te lamenter sur le corps.

(2.26)
Et même si tu crois l'âme sans fin reprise par la naissance et la mort, tu n'as nulle raison de t'affliger, ô Arjuna aux-bras-puissants.

(2.27)
La mort est certaine pour qui naît, et certaine la naissance pour qui meurt. Puisqu'il faut accomplir ton devoir, tu ne devrais pas t'apitoyer ainsi.

(2.28)
Toutes choses créées sont, à l'origine, non manifestées; elles se manifestent dans leur état transitoire, et une foi dissoutes, se retrouvent non manifestées. A quoi bon s'en attrister, ô descendant de Bharata?

(2.29)
Certain voient l'âme, et c'est pour eux une étonnante merveille; ainsi également d'autre en parlent-ils et d'autres encore en entendent-ils parler. Il en est cependant qui, même après en avoir entendu parler, ne peuvent la concevoir.

(2.30)
Celui qui siège dans le corps, ô descendant de Bharata, est éternel, il ne peut jamais être tué. Tu n'as donc à pleurer personne

(2.31)
Tu connais, de plus, tes devoirs de ksatriya: ils t'enjoignent de combattre selon les principes de la religion; tu ne peux donc hésiter.

(2.32)
Heureux les ksatriyas à qui s'offre ainsi l'occasion de combattre, ô Pârtha, car alors s'ouvre pour eux la porte des planètes de délices.

(2.33)
Mais si tu refuses de livrer ce juste combat, certes tu pécheras pour avoir manqué au devoir, et perdras ainsi ton renom de guerrier.

(2.34)
Les hommes, à jamais, parlerons de ton infamie, et pour qui a connu les honneur, la disgrâce est pire que la mort.

(2.35)
Les grands généraux qui estimèrent haut ton nom et la gloire croiront que la peur seule t'a fait quitter le champ de bataille, et te jugeront lâche.

(2.36)
Tes ennemis te couvrirons de propos outrageants et railleront ta vaillance. Quoi de plus pénible pour toi ?

(2.37)
Si tu meurs en combattant, tu atteindras les planètes de délices; vainqueur, tu jouiras du royaume de la Terre. Lève-toi donc, ô fils de Kuntî, et combats fermement.

(2.38)
Combat par devoir, sans compter tes joies ni tes peines, la perte ni le gain, la victoire ni la défaite; ainsi, jamais tu n'encourras le péché.

(2.39)
Tu as reçu de Moi, jusqu'ici, la connaissance analytique de la philosophie du sârikhya. Reçois maintenant la connaissance du yoga, qui permet d'agir sans être lié à ses actes. Quand cette intelligence te guidera, ô fils de Prâtha, tu pourras briser les chaînes du karma.

(2.40)
A qui marche sur cette voie, aucun effort n'est vain, nul bienfait acquis n'est jamais perdu; le moindre pas nous y libère de la plus redoutable crainte.

(2.41)
Qui marche sur cette voie est résolu dans son effort, et poursuit un unique but; par contre, ô fils aimé des Kurus, l'intelligence de celui à qui manque cette fermeté se perd en maints sentiers obliques.

(2.42)
L'homme peu averti s'attache au langage fleuri des Vedas, qui enseignent diverses pratique pour atteindre les planètes de délices, renaître favorablement, gagner la puissance et d'autre bienfaits. Enflammé de désir pour les joies d'une vie opulente, il ne voit pas au-delà.

(2.43)
...

(2.44)
Trop attaché aux plaisirs des sens, à la richesse et à la gloire, égaré par ses désirs, nul ne connaît jamais la ferme volonté de servir le Seigneur Suprême avec amour et dévotion.

(2.45)
Dépasse, ô Arjuna, les trois gunas, ces influences de la nature matérielle qui des Vedas font l'objet premier Libère-toi de la dualité, abandonne tout désir de possession et de paix matérielle; sois fermement uni au Suprême.

(2.46)
Car, de même qu'une grande nappe d'eau remplit d'un coup toutes les fonctions du puis, celui qui connaît le but ultime de Vedas recueille, par là même, tous les bienfaits qu'ils procurent.

(2.47)
Tu a le droit de remplir les devoirs qui t'échoient, mais pas de jouir du fruit de tes actes; jamais ne crois être la cause des suites de l'actions, et à aucun moment ne cherche à fuir ton devoir.

(2.48)
Soit ferme dans le yoga, ô Arjuna. Fais ton devoir, sans être lié ni par le succès ni par l'échec. Cette égalité d'âme , on l'appelle yoga.

(2.49)
libère-toi, ô Dhananjaya, de tout acte matériel par le service de dévotion; absorbe-toi en lui. "Avares" ceux qui aspirent aux fruits de leurs actes.

(2.50)
Le service de dévotion peut, dans cette vie, libérer qui s'y engage des suites de l'action, bonnes ou mauvaises. Efforce-toi donc, ô Arjuna, d'atteindre à l'art d'agir, au yoga.

(2.51)
Absorbé dans le service de dévotion, le sage prend refuge en le Seigneur et, et renonçant en ce monde aux fruits de ses actes, s'affranchit du cycle des morts et des renaissances. Il parvient ainsi à l'état qui est par-delà la souffrance.

(2.52)
Quand ton intelligence aura traversé la forêt touffue de l'illusion, tout ce que tu as entendu, tout ce que pourrais encore entendre, te sera indifférent.

(2.53)
Quand ton mental ne se laissera plus distraire par le langage fleuri des Vedas, quand il sera tout absorbé dans la réalisation spirituelle, alors tu seras en union avec l'Etre Divin.

(2.54)
Arjuna dit: A quoi reconnaître celui qui baigne ainsi dans la Transcendant? Comment parle-t-il, et avec quel mots? Comment s'assied-il et comment marche-t-il, ô Kesava?

(2.55)
Le Seigneur Bienheureux dit: Quand un homme, ô Pârtha, s'affranchit des milliers de désires matériels créés par son mental, quand il se satisfait dans vrai moi, c'est qu'il a pleinement conscience de son identité spirituelle.

(2.56)
Celui que les trois formes de souffrance ici-bas n'affectent plus, que les joies de la vie n'enivrent plus, qu'ont quitté l'attachement, la crainte et la colère, celui-là est tenu pour un sage à l'esprit ferme.

(2.57)
Celui qui, libre de tout lien, ne se réjouit pas plus dans le bonheur qu'il ne s'afflige du malheur, celui-là est fermement établi dans la connaissance absolue.

(2.58)
Celui qui, telle une tortue qui rétracte ses membres au fond de sa carapace, peut détacher de leurs objets les sens, celui-là possède le vrai savoir.

(2.59)
Même à l'écart des plaisirs matériels, l'âme incarnée peut encore éprouver quelque désir pour eux. Mais qu'elle goûte une joie supérieure, et elle perdra ce désir, pour demeurer dans la conscience spirituelle.

(2.60)
Fort et impétueux sont les sens, ô Arjuna; ils ravissent même le mental de l'homme de sagesse qui veut les maîtriser.

(2.61)
Qui restreint ses sens et s'absorbe en Moi prouve certes une intelligence sûre.

(2.62)
En contemplant les objets des sens, l'homme s'attache; d'où naît la convoitise, et de la convoitise, la colère.

(2.63)
La colère appelle l'illusion, et l'illusion entraîne l'égarement de la mémoire. Quand la mémoire s'égare, l'intelligence se perd, et l'homme choit à nouveau dans l'océan de l'existence matérielle.

(2.64)
Qui maîtrise ses sens en observant les principes régulateurs de la liberté, reçoit du Seigneur Sa plein miséricorde, et se voit ainsi libéré de tout attachement comme de toute aversion.

(2.65)
Les trois formes de souffrance matérielle n'existent plus pour celui que le Seigneur a ainsi touché de Sa miséricorde immotivée. Devenu serin, son intelligence ne tarde pas à s'affermir.

(2.66)
L'être inconscient de son identité spirituelle ne peut ni maîtriser son mental, ni affermir son intelligence; comment, dès lors, connaîtrait-il la sérénité? Et comment, sans elle, pourrait-il goûter au bonheur?

(2.67)
Comme un vent violent balaie sur l'eau une nacelle, il suffit que l'un des sens entraîne le mental pour que l'intelligence soit emportée.

(2.68)
Aussi, ô Arjuna aux-bras-puissants, celui qui détourne ses sens de leurs objets possède-t-il une intelligence sûre.

(2.69)
Ce qui est nuit pour tous les êtres devient, pour l'homme qui a maîtrisé les sens, le temps de l'éveil; ce qui, pour tous, est le temps de l'éveil, est la nuit pour le sage recueilli.

(2.70)
Celui qui reste inébranlable malgré le flot incessant des désirs, comme l'océan demeure immuable malgré les mille fleuves qui s'y jettent, peut seul trouver la sérénité; mais certes pas celui qui cherche à satisfaire ces désirs.

(2.71)
Celui que les plaisirs matériels n'attirent plus, qui n'est plus esclave de ses désirs, qui a rejeté tout esprit de possession et qui s'est libéré du faux ego, peut seul connaître la sérénité parfaite.

(2.72)
Tels sont les modes de la spiritualité, ô fils de Prâtha. Qui s'y établit, fût-ce à l'instant de la mort, sort de sa confusion, et le royaume de Dieu s'ouvre pour lui.


3. Le Karma-yoga

(3.1)
Arjuna dit: Si tu tiens la voie de l'intelligence pour supérieur à celle de l'action intéressé, ô Janârdana, ô Kesava, pourquoi m'inciter à cette horrible bataille?

(3.2)
Mon intelligence se trouble devant Tes instructions équivoques. Indique-moi de façon décisive, je T'en prie, la meilleur voie.

(3.3)
Le Seigneur Bienheureux dit: O Arjuna, toi qui es sans reproche, comme je l'ai déjà expliqué, deux sortes d'hommes réalisent la Vérité Absolue. Certains L'approchent au moyen de l'empirisme, ou de la spéculation philosophique, d'autres en agissant dans un esprit de dévotion.

(3.4)
Ce n'est pas simplement en s'abstenant d'agir que l'on peut se libérer des chaînes du Karma; le renoncement seul ne suffit pas atteindre la perfection.

(3.5)
Inéluctablement, l'homme se voit contraint d'agir par l'influence des trois gunas, et ne peut demeurer inactif, mêle pour un instant.

(3.6)
Celui qui retient ses sens et ses organes d'action, mais dont le mental s'attache encore aux objets des sens, se berce certes d'illusions, et n'est qu'un simulateur.

(3.7)
Celui, ô Arjuna, qui discipline ses sens en maîtrisant son mental, et qui, sans attachement, engage ses organes d'action en des actes de dévotion, lui est de beaucoup supérieur.

(3.8)
Remplis ton devoir, car l'action vaut mieux que l'inaction. Sans agir, l'homme est incapable de veiller à ses plus simples besoins.

(3.9)
Mais l'action, il convient de l'offrir en sacrifier à Visnu, de peur qu'elle enchaîne son auteur au monde matériel. Aussi, ô fils de Kuntî, remplis ton devoir afin de Lui plaire, et à jamais tu seras libéré des chaînes de la matière.

(3.10)
Au début de la création, le Seigneur de tous les êtres peupla l'univers d'hommes et de devas. Recommandant les sacrifices à Visnu, Il les bénit en disant: "Que ces yajnas vous apportent le bonheur et répandent sur vous tous les bienfaits désirables"

(3.11)
Satisfaits par les sacrifices des hommes, les devas, à leur tour, satisferont les hommes, et de ses échanges mutuels naîtra pour tous la prospérité.

(3.12)
Satisfaits par ces yajnas, les devas ne manquent pas de pourvoir à tous les besoin de l'homme. Mais qui jouit de leurs dons sans rien leur offrir en retour, est certes un voleur.

(3.13)
Les dévots du Seigneur sont affranchis de toute faute, parce qu'ils ne mangent que des aliments offerts en sacrifice. Mais ceux qui préparent des mets pour leur seul plaisir ne se nourrissent que péché.

(3.14)
Le corps de tout être subsiste grâce aux aliments dont les pluies permettent la croissance. Et les pluies coulent du yajna, le sacrifice qu'accomplit l'homme en s'acquittant des devoirs qui lui sont prescrit.

(3.15)
Les devoirs prescrits sont donnés dans Vedas, et les Vedas sont directement issus de la personne Suprême. Par suit, l'Absolu omniprésent Se trouve éternellement dans les actes de sacrifice.

(3.16)
O Arjuna, celui qui n'accomplit pas de sacrifice comme le prescrivent les Vedas vit certes dans le péché; il existe en vain, celui qui de complaît dans les plaisirs des sens.

(3.17)
Cependant, il n'est point de devoir pour l'être éclairé sur le moi véritable, qui parfaitement comblé, ne se réjouit et n'est satisfait qu'en lui.

(3.18)
Celui qui a réalisé son identité spirituelle ne poursuit aucun intérêt personnel en s'acquittant de ses devoirs, pas plus qu'il ne cherche à fuir ses obligation; nul besoin, pour lui, de dépendre d'autrui.

(3.19)
Ainsi, l'homme doit agir par sens du devoir, détaché du fruit de ses actes, car par l'acte libre d'attachement, on atteint l'Absolu.

(3.20)
Même des rois comme Janaka, et d'autres, atteignirent la perfection par l'accomplissement du devoir. Assume donc ta tâche, ne serait-ce que pour l'édification du peuple

(3.21)
Quoi que fasse un grand homme, la masse des gens marche toujours sur ses traces; le monde entier suit la norme il établit par son exemple.

(3.22)
O fils de Pârtha, il n'est, dans les trois mondes aucun devoir qu'il Me faille accomplir; Je n'ai besoin de rien, je ne désire rien non plus. Et pourtant, Je Me prête à l'action.

(3.23)
Car, si Je n'agissais pas, ô Pârtha, tous les hommes suivraient certes la voie qu'ainsi J'aurais tracée.

(3.24)
Si Je m'abstenais d'agir, tous les univers sombreraient dans la désolation; à cause de Moi, l'homme engendrerait une progéniture indésirable. Ainsi, Je troublerais la paix de tous les êtres.

(3.25)
En accomplissant son devoir, ô descendant de Bharata, l'ignorant s'attache aux fruits de son labeur; l'homme éclairé agit, lui aussi, mais sans attachement, dans le seul but de guider le peuple sur la voie juste.

(3.26)
Que le sage ne trouble pas les ignorants attachés aux fruits de leurs actes. Ils ne doivent pas être encouragés à la l'inaction, mais plutôt à imprégner chacun de leurs actes d'amour et de dévotion.

(3.27)
Sous l'influence des trois gunas, l'âme égarée par le faux ego croit être l'auteur de ses actes, alors qu'en réalité, ils sont accomplis par la nature.

(3.28)
Celui, ô Arjuna aux-bras-puissants, qui connaît la nature de la Vérité Absolue, ne se préoccupe pas des sens et de leur plaisir, car il sait la différence entre l'actes intéressé et l'acte empreint d'amour et de dévotion.

(3.29)
Dérouté par les trois gunas, l'ignorant s'absorbe dans des activités matérielles, auxquelles il s'attache. Mais bien que, par la pauvreté du savoir de leur auteur, ces actions soient d'ordre inférieur, le sage ne doit pas troubler celui qui les accomplit.

(3.30)
Aussi, Me consacrant toutes tes actions, absorbant tes pensées en Moi, libre de toute indolence, de tout égoïsme et de toute motivation personnelle, combats, ô Arjuna.

(3.31)
Celui qui remplit son devoir selon Mes instructions et qui suit cet enseignement avec foi, sans envie, celui-là se libère des chaînes du karma.

(3.32)
Mais ceux qui, parce qu'ils sont envieux, négligent de toujours appliquer Mes enseignement, ils sont, sache-le, illusionnés, privés de connaissance, voués à l'ignorance et à la servitude.

(3.33)
Même le sage agit selon sa nature propre, car il est ainsi de tous les êtres. A quoi bon refouler cette nature?

(3.34)
Bien qu'éprouvant de l'attraction et de la répulsion pour les objets des sens, les êtres incarnés ne doivent se laisser dominer ni par les sens, ni par leurs objets, car ceux-ci constituent un obstacle à la réalisation spirituelle.

(3.35)
Mieux vaut s'acquitter de son devoir propre, fût-ce de manière imparfaite, que d'assumer celui d'un autre, même pour l'accomplir parfaitement. Mieux vaut échouer ou mourir en remplissant son devoir propre que de faire celui d'autre, chose fort périlleuse.

(3.36)
Arjuna dit: O descendant de Vrsni, qu'est-ce qui, même contre son gré, pousse l'homme au péché, comme s'il y était contraint?

(3.37)
Le Seigneur Bienheureux dit: C'est la concupiscence seul, ô Arjuna. Née au contact de la passion, puis changée en colère, elle constitue l'ennemi dévastateur du monde et source de péché.

(3.38)
de même que la fumée masque le feu, de même que la poussière recouvre le miroir et que la matrice enveloppe l'embryon, divers degrés de concupiscence recouvre l'être.

(3.39)
Ainsi, ô fils de Kuntî, la conscience pure de l'être est voilée par son ennemi éternel, la concupiscence, insatiable et brûlante comme le feu.

(3.40)
C'est dans les sens, le mental et l'intelligence qu'elle se loge, cette concupiscence qui égare l'être en étouffant son savoir véritable.

(3.41)
Aussi, ô Arjuna, commence par envoyer le fléau de la concupiscence, source même de péché, en réglant tes sens. Ecrase, ô meilleur des Bhâratas, ce dévastateur de la connaissance et de réalisation spirituelle.

(3.42)
Les sens prévalent sur la matière inerte, mais supérieur aux sens est le mental, et l’intelligence surpasse le mental. Encore plus élevé que l’intelligence, cependant, est l’âme.

(3.43)
Te sachant ainsi au-delà des sens, du mental et de l’intelligence matériels, maîtrise ta nature inférieur par le savoir spirituel, ô Arjuna aux-bras-puissants, et conquiers cet ennemi insatiable, la concupiscence.


4. Le savoir spirituel et absolu

(4.1)
Le Seigneur Bienheureux dit: J’ai donné cette science impérissable, la science du yoga, à Vivasvan, le deva du soleil, et Vivasvan l’enseigna à Manu, le père de l’humanité. Et Manu l’enseigna à Iksvaku.

(4.2)
Savoir suprême, transmis de maître à disciple, voilà comment les saints rois l’ont reçu et réalisé. Mais au fils du temps, ô vainqueur des ennemies, la succession de la discipline s’est rompue, et cette science, en son état de pureté, semble maintenant perdu.

(4.3)
Si je t’enseigne aujourd’hui cette science très ancienne, l’art de communier avec l’Absolu, c’est parce que tu es Mon ami et Mon dévot, et qu’ainsi tu peux en percer le mystère sublime

(4.4)
Arjuna dit: Vivasvan, le deva du soleil, parut bien avant Toi; comment comprendre qu’à l’origine, Tu aies pu lui donner cette science.

(4.5)
Le Seigneur Bienheureux dit: Bien que nous ayons tous deux traversé d’innombrables existences, ô Arjuna, vainqueur des ennemis, Je Me souviens de toutes, quand toi, tu les as oubliées.

(4.6)
Je demeure non né, et Mon Corps spirituel et absolu, ne se détériore jamais, Je suis le Seigneur de tous les êtres. Et pourtant, en Ma Forme originelle, Je descends dans cet univers à intervalles réguliers.

(4.7)
Chaque fois qu’en quelque endroit de l’univers, la spiritualité voit un déclin, et que s’élève l’irréligion, ô descendant de Bharata, Je descends en personne.

(4.8)
J’apparais d’âge en âge afin de délivrer Mes dévots, d’anéantir les mécréants, rétablir les principes de la spiritualité.

(4.9)
Celui, ô Arjuna, qui connaît l’absolu de Mon avènement et de Mes Actes n’aura plus à renaître dans l’univers matériel; quittant son corps, il entre dans Mon royaume éternel.

(4.10)
Libres de toutes attache, affranchis de la peur et de la colère, complètement absorbés en Moi et en Moi cherchant refuge, nombreux ceux qui devinrent purifiés en apprenant à Me connaître, et tous développèrent ainsi un pur amour pour Moi.

(4.11)
Tous suivent Ma voie, d’une façon ou d’une autre, ô fils de Pârtha, et selon qu’ils s’abandonnent à Moi, en proportion Je les récompense.

(4.12)
L’homme aspire, en ce monde, aux fruits de ses actes, et c’est pourquoi il rend un culte aux devas. Certes, l’homme, ici-bas, recueille rapidement le fruit de labeur.

(4.13)
J’ai créé les quatre divisions de la société en fonction de trois gunas et des devoirs qu’ils imposent à l’homme. Mais sache si je les ai créées, elles ne Me contiennent pas, car Je suis immuable.

(4.14)
L’action ne M’affecte pas, et Je n’aspire nullement à ses fruits. Celui qui Me connaît comme tel ne s’empêtre pas, lui non plus, dans les rets du karma.

(4.15)
Dans la force de ce savoir ont agi toutes les grandes âmes des temps passés, et ainsi ont-elles atteint la libération. Marche donc sur les traces des anciens, et remplis ton devoir dans cette conscience divine.

(4.16)
Même l’homme d’intelligence devient perplexe quand il s’agit de déterminer ce que sont l’action et l’inaction. A présent, Je vais t’enseigner l’action, et cette connaissance te délivrera de tout péché.

(4.17)
La nature de l’action est fort complexe, difficile à comprendre; il faut donc bien distinguer l’action légitime, l’action condamnable et l’inaction.

(4.18)
Celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction, celui-là se distingue par son intelligence, et bien qu’engagé dans toutes sortes d’actes, il se situe à un niveau purement spirituel.

(4.19)
Celui qui, dans l’action, s’est affranchi de tout désir de jouissance matérielle, peut être considéré comme solidement établi dans le savoir, de lui, les sages affirment que le feu de la connaissance parfaite a réduit en cendres les conséquences de ses actes.

(4.20)
Totalement détaché du fruit de ses actions, toujours satisfait et autonome, il n’agit pas matériellement, bien que continuellement

(4.21)
L’homme ainsi éclairé maîtrise parfaitement son mental et son intelligence; il renonce à tout sentiment de possession et n’agit que pour subvenir à ses stricts besoin vitaux. Ainsi, le péché ni les conséquences du péché ne l’atteignent.

(4.22)
Celui qui, affranchi de la qualité et de l’envie, voit d’un même oeil l’échec et la réussit, satisfait de ce qui lui vient naturellement, celui-là, bien qu’il agisse, ne s’enlise jamais.

(4.23)
les actions de celui qui, ferme dans le savoir absolu, ne subit pas l’influence des trois rois gunas, sont purement spirituelles, accomplies pour la seule satisfaction de Yajna [Krishna].

(4.24)
L’homme qu’absorbe pleinement la conscience de Krishna est assuré d’attendre le royaume éternel, car ses actes sont tous purement spirituels: et par l’oblation et par l’offrande, ils participent de l’absolu.

(4.25)
Certain yogis rendent aux devas un culte parfait en leur offrant divers sacrifices, et d’autres sacrifient au feu de brahman Suprême.

(4.26)
Certain sacrifient l’audition et les autres sens dans le feu du mental maîtrisé, et d’autre offrent le son et les autres objets des sens au feu du sacrifice.

(4.27)
Ceux qui désirent atteindre la réalisation spirituelle par la maîtrise des sens et du mental, offrent en sacrifice, dans le feu du mental maîtrisé, les activités de tous leurs sens et leur souffle vital.

(4.28)
D’autres, éclairés par le sacrifice de leur biens matériels et par de grandes austérités, font des voeux stricts et adoptent le yoga en huit phases, D’autres encore étudient les Vedas pour acquérir le savoir absolu.

(4.29)
Certain, également, recherchent l’exaltation dans la maîtrise des fonctions respiratoires: ils s’exercent à fondre le souffle expiré dans le souffle inspiré, puis l’inverse; ils parviennent ainsi à suspendre toute respiration et à connaître l’extase. Certain encore, restreignant leur nourriture, sacrifient en lui-même le souffle expiré.

(4.30)
D’entre eux, tous ceux qui connaissent le but du sacrifice sont libérés des chaînes du karma; ayant goûté au nectar des fruits du sacrifice, ils atteignent les sphères suprêmes de l’éternité.

(4.31)
O toi le meilleur de Kurus, sache que sans accomplir de sacrifice, on ne peut vivre heureux dans cette vie, en ce monde; et que dire de la suivante?

(4.32)
Ces divers sacrifices sont autorisés par les Vedas et conçus en fonction des divers formes de l’action; sachant cela, tu atteindras la libération.

(4.33)
Supérieur au sacrifice des biens matériels est le sacrifice de la connaissance, ô vainqueur des ennemis, car en dernier lieu, ô fils de Pârtha, le sacrifice de l’action trouve sa fin dans le savoir absolu.

(4.34)
Cherche à connaître la vérité en approchant un maître spirituel; enquiers-toi d’elle auprès de lui avec sous mission, et tout en servant. L’âme réalisée peut te révéler le savoir, car elle a vu la vérité.

(4.35)
Et lorsqu’ainsi tu connaîtras la vérité, ô fils de Pându, tu comprendras que tous les êtres font partie intégrante de Moi, qu’ils vivent en Moi, et M’appartiennent

(4.36)
Quand bien même tu serais le plus vil des pécheurs, une fois embarqué sur le vaisseau du savoir spirituel, tu franchiras l’océan de la souffrance.

(4.37)
Semblable au feu ardent qui convertit le bois en cendres, ô Arjuna, le brasier du savoir réduit en cendre toutes les suites des actions matérielles.

(4.38)
Rien, en ce monde, d’aussi pure et sublime que le savoir absolu. Fruit mûr de tous les yogas, celui qui le possède trouve, au moment voulu, en lui-même la joie.

(4.39)
L’homme de foi baigné dans le savoir absolu, et maître de ses sens, connaît bientôt la plus haute paix spirituelle.

(4.40)
mais les ignorants et les incroyants, qui doutent des écrits sacrés, ne peuvent devenir conscients de Dieu. Pour celui qui doute, il n’est de bonheur ni dans cette vie, en ce monde, ni dans la suivante.

(4.41)
Celui dont le savoir spirituel a déraciné les doutes, et qui, ayant renoncé aux fruits de ses actes, s’est établi fermement dans la conscience de son moi réel, celui-là, ô conquérant des richesses, demeure libre des chaînes de l’action.

(4.42)
Il te faut, armé du glaive du savoir, trancher les doutes que l’ignorance a fait germer en ton coeur? Fort de l’arme du yoga, ô descendant de Bharata, lève-toi et combats.


5. L'action dans la conscience de Krisna

(5.1)
Arjuna dit: O Krishna, d’abord Tu me demandes de renoncer aux actes, puis d’agir, dans un esprit de dévotion. Dis-le-moi clairement, je T’en prie: quelle voie de ces deux, est la meilleur?

(5.2)
Le Seigneur Bienheureux dit: Le renoncement aux actes et l’acte dévotion mènent chacun à la libération, mais plus haut est l’acte dévotieux.

(5.3)
Sache-le ô Arjuna aux-bras-puissants, celui qui n’abhorre ni ne convoite les fruits de ses actes connaît un renoncement immuable; affranchi de la dualité, il dénoue facilement les liens qui le retiennent à la matière.

(5.4)
Seul un ignorant prétendra que l’action dévotieuse [le karma-yoga] conclut autrement que l’étude des éléments matériels [le sankhya-yoga]. Les vrais érudits l’affirment, si l’on suit parfaitement l’une ou l’autre voie, on atteint leurs fins communes.

(5.5)
Celui qui sait que le but atteint par le renoncement peut aussi l’être par l’action dévotieuse, qui réalise ainsi l’unité de ces deux voies, celui-là voit les choses dans leur juste relief.

(5.6)
Qui pratique le renoncement, mais ne sert le Seigneur avec amour et dévotion, ne saurait trouver le bonheur, ô Arjuna. les sages, au contraire, se purifient par des actes dévotieux atteignent bientôt l’Absolu.

(5.7)
Celui dont les actes sont imprégnés de dévotion, l’âme pure, maître de ses sens et de son mental, est cher à tous, et tous lui sont chers. Bien que toujours actifs, jamais il ne tombe dans les rets du karma.

(5. 8)
Bien qu’il voie, qu’il entend, qu’il touche, sente, mange, se meuve, dorme et respire, celui dont la conscience est purement spirituelle sait bien qu’en réalité, il n’est pas l’auteur de ses actes, De cela, il a toujours conscience: lorsqu’il parle, accepte ou rejette, évacue, ouvre ou ferme les yeux, seuls les sens matériels sont impliqués; lui-même n’a aucun lien avec ses actes.

(5.9)
...

(5.10)
De même que l’eau ne mouille pas les feuilles de lotus, le péché n’affecte pas celui qui, sans attachement, s’acquitte de son devoir, en offrant les fruits au Seigneur Suprême.

(5.11)
Brisant ses attachements, le yogi n’agit avec son corps, son mental, son intelligence et ses sens même, qu’à une seule fin: se purifier.

(5.12)
Au contraire de celui qui, sans union avec le Divin, convoite les fruits de son labeur et s’enlise ainsi dans la matière, l’âme établie dans le dévotion trouve, en M’offrant les résultats de tous ses actes, une paix sans mélange.

(5.13)
Quand l’âme incarnée domine sa nature inférieur, renonce, par la pensée à toute action, elle vit en paix dans la cité aux neuf portes [le corps] et n’accomplit, ni ne cause, aucun actes matériel.

(5.14)
L’être incarné, maître de la cité du corps, n’est jamais à l’origine d’aucun actes, non plus qu’il crée les fruits des actes ou engendre l’action chez autrui; tout est l’ouvre des trois gunas.

(5.15)
Jamais l’Etre Suprême ne peut être tenu pour responsable des actes. vertueux ou coupables, de quiconque, Mais l’être incarné ne s’en égare pas moins.

(5.16)
Toutefois, quand ce savoir qui dissipe les ténèbres de l’ignorance s’éveille en l’être, alors tout se révèle à lui, comme par un soleil levant.

(5.17)
Celui dont l’intelligence et le mental, dont le refuge et la foi reposent en l’Absolu, celui-là voit la connaissance pure le débarrasser de tous ses doutes; il avance alors d’un pas ferme sur le sentier de la libération.

(5.18)
L’humble sage, éclairé dur pur savoir, voit d’un oeil égal le brâhmana noble et érudit, la vache, l’éléphant, ou encore le chien et le mangeur de chien.

(5.19)
Celui dont le mental demeure toujours contant a déjà vaincu la naissance et la mort. Sans faille, comme le Brahman Suprême, il a déjà établi sa demeure en Lui.

(5.20)
Qui ne se réjouit des joies ni ne s’afflige des peines, celui dont l’intelligence est fixée sur l’âme, qui ne connaît pas égarement et possède la science de Dieu, celui-là a déjà transcendé la matière.

(5.21)
L’être libéré n’est pas soumis à l’attrait des plaisirs matériels du monde extérieur, car il connaît l’extase intérieure. Se vouant à l’Etre Suprême, il goûte une félicité sans bornes.

(5.22)
L’homme d’intelligence ne s’adonne jamais aux plaisirs des sens; il ne s’y complaît point, ô fils de Kuntî, car ils ont un début et une fin et n’apportent que la souffrance.

(5.23)
Qui, avant de quitter son corps, apprend à résister aux impulsions des sens, à réfréner les impulsions nées de la concupiscence et de la colère, celui-là est un vrai yogi, heureux même en ce monde.

(5.24)
Celui dont les actes, le bonheur et la lumière sont purement intérieurs, celui-là est le parfait yogi; âme réalisée, il atteindra l’Absolu.

(5.25)
Celui qui se situe au-delà au doute et de la dualité, qui est affranchi du péché qui travaille au bien de tous les êtres et dont les pensées se tournent vers l’intérieur, celui-là réalise l’Absolu et atteint la libération.

(5.26)
Car, elle est bien proche, la libération suprême, pour qui, libre de la colère et tout désir matériel, a réalisé son identité spirituelle et, maître de lui, s’efforce toujours d’atteindre la perfection.

(5.27)
Fermé aux objets des sens, fixant son regard entre les sourcils et immobilisant dans ses narines les airs ascendant et descendant, maîtrisant ainsi les sens, le mental et l’intelligence, le spiritualiste s’affranchit du désir, de la colère et de la peur. Qui demeure en cet état est certes libéré.

(5.28)
...

(5.29)
Parce qu’il Me sait le bénéficiaire ultime de tous les sacrifices, de toutes les austérités, souverain de tous les astres et de tous les devas, amis et bienfaiteur de tous les êtres, le sage trouve la cessation des souffrance matérielles.


6. Le sankhya-yoga

(6.1)
Le Seigneur Bienheureux dit: Il est le sannyâsi, le vrai yogi, celui qui s’acquitte de ses devoirs sans attachement aucun pour les fruits de ses actes, et non celui qui n’allume pas de feu, qui se retranche de l’action.

(6.2)
Sache-le, ô fils de Pându: il est dit qu’on ne peut séparer le yoga, la communion avec l’Absolu, du renoncement, car sans abandonner tout désir de jouissance matérielle, nul ne peut devenir un yogi.

(6.3)
Par l’action progresse le néophyte qui emprunte la voie du yoga en huit phases, alors qu’il s’agit, pour le parfait yogi, de cesser toute action matérielle. C’est ce qui fut établi.

(6.4)
Il sera nommé du nom de parfait yogi, celui qui, rejeté tout désir matériel, n’agit plus pour le plaisir des sens, ni pour jouir des fruits de ses actes.

(6.5)
Le mental peut être ami de l’âme conditionnée, comme il peut être son ennemi. L’homme doit s’en servir pour s’élever, non pour se dégrader.

(6.6)
De celui qui l’a maîtrisé, le mental est le meilleur ami; mais pour qui a échoué dans l’entreprise, il devient le pire l’ennemi.

(6.7)
Qui a maîtrisé le mental, et ainsi gagné la sérénité, a déjà atteint l’Ame Suprême. La joie et la peine, le froid et la chaleur, la gloire et l’opprobre, il les voit d’un même oeil.

(6.8)
On appelle yogi, âme réalisée, l’être à qui la connaissance spirituelle et la réalisation de cette connaissance donnent la plénitude. Il a atteint le niveau spirituel et possède la maîtrise de soi. D’un oeil égal il voit l’or, le caillou et la motte de terre.

(6.9)
Plus élevé encore, celui qui voit d’un oeil égal l’indifférent, l’impartial, le bienfaiteur et l’envieux, l’ami et l’ennemi, le vertueux et le pécheur.

(6.10)
Le yogi doit toujours s’astreindre de fixer son mental sur l’Etre Suprême. Il lui faut vivre en un lieu solitaire, toujours rester maître de son mental, libre de tout désir et de tout sentiment de possession.

(6.11)
En un lieu saint et retiré, il doit se ménager, ni trop haut, ni trop bas, un siège d’herbe kusa, recouvert d’une peau de daim et d’un linge d’étoffe douce. Là, il doit prendre une assise ferme, pratiquer le yoga en maîtrisant le mental et les sens, fixer ses pensées sur un point unique, et ainsi purifier son coeur.

(6.12)
...

(6.13)
Le corps, le cou et la tête droit, le regard fixé sur l’extrémité du nez, le mental en paix, maîtrisé, affranchi de la peur, ferme dans le voeu de continence, il doit alors méditer sur Moi en son coeur, faisant de Moi le but ultime de sa vie.

(6.14)
...

(6.15)
Ainsi, par le maîtrise du corps, par celle du mental et de l’acte, le yogi, soustrait à l’existence matériel, atteint Ma demeure [le royaume spirituel].

(6.16)
Nul ne peut, ô Arjuna, devenir un yogi s’il mange trop, mais aussi trop peu, s’il dort trop, mais aussi trop peu.

(6.17)
Qui garde la mesure dans le manger et le dormir, dans le travail et la détente peu, par la pratique du yoga, adoucir les souffrances de l’existence matérielle.

(6.18)
Quand, par la pratique, le yogi parvient à régler les activités de son mental, quand, affranchi de tout désir matériel, il atteint l’Absolu, on le dit établi dans le yoga.

(6.19)
Maître du mental, le yogi demeure ferme dans sa méditation sur l’Etre Suprême, telle une flamme qui, à l’abri du vent, point ne vacille.

(6.20)
L’être connaît la perfection du yoga, le samadhi, lorsque, par la pratique, il parvient à soustraire son mental de toute activité matérielle. Alors, une fois le mental purifié, il réalise son identité véritable et goûte la joie intérieur, En cet heureux état, il jouit, à travers des sens purifiés, d’un bonheur spirituel infini. Cette perfection atteinte, l’âme sait que rien n’est plus précieux, et ne s’écarte pas désormais de la vérité, mais y demeurera, imperturbable, même au coeur des pires difficultés. Telle est la vraie libération de toutes les souffrances nées du contact avec la matière.

(6.21)
...

(6.22)
...

(6.23)
...

(6.24)
Une foi et une détermination inébranlables doivent accompagner cette pratique du yoga. Le yogi doit se défaire sans réservé de tous les désirs matériels engendrés par le faux ego, et ainsi, par le mental, maîtriser la totalité des sens

(6.25)
Animé d’une ferme conviction, il doit s ’élever progressivement, par l’intelligence, jusqu’à la parfaite concentration, et ainsi fixer son mental sur l’Etre Suprême, sans plus penser à rien d’autre.

(6.26)
Où qu’il soit emporté par sa nature fébrile et inconstante, il faut certes ramener le mental sous le contrôle de moi spirituel.

(6.27)
Le yogi dont le mental est absorbé en Moi connaît sans conteste le bonheur ultime. Ayant saisi qu’il participe de l’Absolu, il est déjà libéré; serin est son mental, apaisées ses passions. Il est délivré de tout péché.

(6.28)
Etabli dans la réalisation spirituelle, purifié de toute souillure matérielle, le yogi jouit du bonheur suprême que procure l’union constante avec l’Absolu.

(6.29)
Le vrai yogi Me voit en tous êtres et tous les êtres en Moi, En vérité, l’âme réalisée Me voit partout.

(6.30)
Qui Me voit partout et voit tout en Moi n’est jamais séparé de Moi, comme jamais non plus Je ne me sépare de lui.

(6.31)
Le yogi Me sachant Un avec l’Ame Suprême, sise en la multiplicité des êtres, M’adore et en Moi toujours demeure.

(6.32)
Le parfait yogi, ô Arjuna, voit, à travers sa propre expérience, l’égalité de tous les êtres, heureux ou malheureux.

(6.33)
Arjuna dit: Ce yoga que Tu as décrit en peu de mots, ô Madhusûdana, je ne vois point comment le mettre en pratique, car le mental est capricieux et instable.

(6.34)
Le mental, ô Krishna, est fuyant, fébrile, puissant et tenace; le subjuguer me semble plus ardu que maîtriser le vent.

(6.35)
Le Seigneur Bienheureux dit: O Arjuna aux-bras-puissants, il est certes malaisé de dompter ce mental fébrile. On y parvient, cependant, ô fils de Kunti, par une pratique constante et par le détachement.

(6.36)
Pour qui n’a pas maîtrisé son mental, l’oeuvre de réalisation spirituelle sera difficile. Mais pour qui le domine et guide ses efforts par les moyens appropriés, la réussite est sûre. Telle est Ma pensée.

(6.37)
Arjuna dit: Celui qui, après avoir emprunté avec foi le sentier du yoga, m’abandonne, pour n’avoir pas su détacher du monde son mental, et qui, par suite, n’atteint pas la perfection spirituelle. ô Krishna, quel est son destin?

(6.38)
Se détournant ainsi du chemin de la réalisation spirituelle, ô Krishna au-bras-puissant, ne périt-il pas, comme un nuage se dissipe, privé de tout refuge?

(6.39)
En ce point gisent mes doutes, ô Krishna; veuille, je T’en prie, les dissiper complètement, car nul autre que Toi ne le peut.

(6.40)
Le Seigneur Bienheureux dit: O fils de Prâtha, pour le spiritualiste aux actes heureux, il n’est de destruction ne dans cette vie, en ce monde, ni dans l’autre; jamais, Mon ami, le mal, ou l’infortune, ne s’empare de lui.

(6.41)
Après des années sans nombre de délice sur les planètes où vivent ceux qui ont pratiqué le bien, celui qu’a vu faillir la voie du yoga renaît au sein d’une famille riche et noble, ou vertueuse.

(6.42)
Il peut aussi renaître dans une famille de sages spiritualistes. En vérité, il est rare, ici-bas, d’obtenir une telle naissance.

(6.43)
Là, ô fils de Kuru, il recouvre la conscience divine acquise dans sa vie passée, et reprend sa marche vers la perfection.

(6.44)
En vertu de la conscience divine acquise dans sa vie passée, il est tout naturellement porté vers la pratique du yoga, parfois même à son insu. Désireux de connaître le yoga, il transcende déjà tous les rites scripturaires.

(6.45)
Quel le yogi, purifié de toute faute, s’efforce de parfaire sa réalisation spirituelle, et il atteindra enfin, passées de nombreuses vies d’intense pratique, le but suprême.

(6.46)
Le yogi est plus haut que l’ascète, le philosophe et l’homme qui aspire aux fruits de ses actes. En toutes circonstances, sois donc un yogi, ô Arjuna.

(6.47)
Et de tous les yogis, celui qui, avec une foi totale, demeure toujours en Moi et M’adore en Me servant avec amour, celui-là est le plus grand, et M’est le plus intimement lié.


7. La connaissance de l'Absolu

(7.1)
Le Seigneur Bienheureux dit: Maintenant écoute, ô fils de Prâtha. Voici de quelle manière, pleinement consciente Moi dans la pratique du yoga, ton mental à Moi lié, tu Me connaîtras tout entier, sans plus le moindre doute.

(7.2)
...

(7.3)
Parmi des milliers d’hommes, un seul, peut-être, recherchera la perfection, et parmi ceux qui l’atteignent, rare celui qui Me connaît en vérité.

(7.4)
Terre, eau, feu, air, éther, mental, intelligence et faux ego, ces huit éléments, distincts de Moi-même, constituent Mon énergie inférieure.

(7.5)
O Arjuna aux-bras-puissants, outre cette énergie matérielle, une autre énergie est Mienne, une énergie supérieur, spirituelle; les êtres vivants, qui luttent avec la nature matérielle et par quoi l’univers subsiste, la constituent.

(7.6)
De toutes choses en ce monde, matérielles comme spirituelles, sache que Je suis l’origine et la fin.

(7.7)
Nulle vérité ne M’est supérieur, ô conquérant des richesses. Tout sur Moi repose, comme des perles sur un fil.

(7.8)
De l’eau Je suis la saveur, ô fils de Kunti, du soleil et de la lune la lumière, des mantras védiques la syllabe om. Je suis le son dans l’éther, et dans l’homme l’aptitude.

(7.9)
De la terre Je suis le parfum originel, et du feu la chaleur. Je suis la vie en tout ce qui vit, et l’ascèse de l’ascète.

(7.10)
Sache-le, ô fils de Prâtha, Je suis de tous les êtres le semence première. De l’intelligence, et du puissant la prouesse.

(7.11)
Je suis la force exempte de désir et de passion. je suis, ô prince des Bhâratas, l’union charnelle qui n’enfreint pas les principes de religion.

(7.12)
Tout état de l’être, qu’il révèle de la vertu, de la passion ou de l’ignorance, n’est qu’une manifestation de Mon énergie. En un sens, je suis tout; jamais, cependant, Je ne perds Mon individualité. Comprends qu’aux gunas Je ne suis pas soumis.

(7.13)
Egaré par les trois gunas [vertu, passion, et ignorance], l’univers entier ignore qui Je suis, Moi le Suprême, l’Intarissable, qui transcende ces influence matérielles.

(7.14)
L’énergie que constituent les trois gunas, cette énergie divine, la Mienne, on ne peut, sans mal, la dépasser. Mais qui s’abandonne à Moi en franchit facilement les limites.

(7.15)
Les sots, les derniers des hommes, ceux dont le savoir est dérobé par l’illusion, les démoniaques, ces mécréants ne s’abandonnent pas à Moi.

(7.16)
De quatre ordres, ô Arjuna, les vertueux qui avec dévotion Me servent: le malheureux, le curieux, l’homme qui poursuit la richesse et celui qui désir connaître l’Absolu, ô prince des Bhâratas.

(7.17)
De tous, supérieur est le sage au parfait savoir, que le service de dévotion par unit à Moi. Je suis très cher, comme il M’est aussi très cher.

(7.18)
Tous ces bhaktas sont certes des âmes magnanimes, mais celui qui Me connaît, Je considère qu’il vit en Moi. Absorbé dans Mon service absolu, il vient à Moi.

(7.19)
Après de nombreuses renaissances, lorsqu’il sait que Je suis tout ce qui est, la cause de toutes les causes, l’homme au vrai savoir s’abandonne à Moi. Rare un tel mahâtmâ.

(7.20)
Ceux dont le mental est déformé par les désirs matériels se vouent aux devas; ils suivent, chacun selon sa nature, les divers rites propres à leur culte.

(7.21)
J’habite le coeur de chacun en tant qu’Ame Suprême. Et dès qu’un homme désire rendre un culte aux devas, c’est Moi qui affermis sa foi et lui permet ainsi de se vouer au Deva qu’il a choisi.

(7.22)
Plein de cette foi, il demande au Deva certaines faveurs, et voit ses désirs comblés. Mais en réalité, ces bienfaits viennent de Moi seul.

(7.23)
Les hommes à l’intelligence brève rendent au culte aux devas; éphémères et limités sont les fruits de leur adoration. Qui se voue aux devas atteint leurs planètes, quand Mes dévots, cependant, certes atteignent Ma planète, la suprême.

(7.24)
Les hommes sans intelligence, ne Me connaissant point, croient que J’emprunte cette Forme, cette Personnalité. Leur ignorance les empêche de connaître Ma nature, suprême et immuable.

(7.25)
Je ne Me montre jamais aux sots ne aux insensés; par Ma puissance interne [yoga-mâyâ], Je suis pour eux voilé. Ce monde égaré ne Me connaît donc point, Moi le Non-né, l’impérissable.

(7.26)
Parce que Je suis Dieu, la personne Suprême, ô Arjuna, Je sais tout du passé, du présent et de l’avenir. Je connais aussi tous les êtres; mais Moi, nul ne me connaît.

(7.27)
O descendant de Bharata, ô vainqueur des ennemis, tous les êtres naissent sans l’illusion, ballottés par les dualités du désir et de l’aversion.

(7.28)
Mais les hommes libres de ces dualités, fruits de l’illusion, les hommes qui, dans leurs vies passées comme dans cette vie, furent vertueux, les hommes en qui le péché a pris fin, ceux-là Me servent avec détermination.

(7.29)
Par les service de dévotion, ils prennent refuge en Moi, ces hommes d’intelligence qui s’appliquent à s’affranchir de la vieillesse et de la mort. En vérité, ils sont au niveau de brahman: ils possèdent entier la connaissance des actes, spirituels ou matériels.

(7.30)
Qui Me connaît comme le Seigneur Suprême, principe même de la manifestation matérielle, source des devas et maître de tout sacrifice, peut l mental fixe, même à l’instant de mourir, Me saisir et me connaître encore.


8. Atteindre l'Absolu

(8.1)
Arjuna dit: Qu’est-ce que le brahman ? Qu’est-ce que moi, l’âtmâ? Qu’est-ce que le karma? Qu’entendre par la manifestation matérielle, et que sont les devas? O mon Seigneur, ô Personne Suprême, dis-le moi, je T’en prie.

(8.2)
Où, et comment, vit-Il dans le corps, le maître du sacrifice, ô Madhusûdana? Et comment, au moment de la mort, celui qui Te sert avec amour Te connaîtra-t-il?

(8.3)
Le Seigneur Bienheureux dit: On appelle brahman l’être spirituel, impérissable; le moi est sa nature éternelle, et le karma, ou l’action matérielle, les actes qui engendrent et déterminent les corps successifs qu’il revêt.

(8.4)
La manifestation matérielle est en permanente mutation, et l’univers avec tous ses devas, constitue la forme universelle du Seigneur Suprême; et Je suis ce Seigneur, le maître du sacrifice, qui, en tant qu’Ame Suprême, habite dans le coeur de chaque être incarné.

(8.5)
Quiconque, au trépas, l’instant même de quitter le corps, se souvient de Moi seul, atteint aussitôt Ma demeure, n’en doute pas.

(8.6)
Car, certes, ô fils de Kuntï, ce sont les pensées, les souvenirs de l’être à l’instant de quitter le corps qui déterminent sa condition future.

(8.7)
Ainsi, ô Arjuna, en Moi, Krishna, en Ma forme personnelle, absorbe toujours tes pensées, sans faillir à combattre, comme doit le faire un ksatriya, Me dédiant tes actes, tournant vers Moi ton mental et ton intelligence, sans nul doute tu viendras à Moi.

(8.8)
Celui qui toujours se souvient de Moi, le Seigneur Suprême, et sur moi médite, sans s’écarter de la voie, celui-là, ô Pârtha, sans nul doute vient à Moi.

(8.9)
Il faut méditer sur le Seigneur Suprême en tant que l’Etre omniscient, le plus ancien, le maître et soutien de tout, qui, plus ténu encore que le plus ténu, est inconcevable, au-delà de l’intelligence matérielle, et toujours demeure une personne. Resplendissant comme le soleil, Il transcende ce monde en ténèbres.

(8.10)
Qui, à l’instant de la mort, fixe entre les sourcils son air vital et, avec la dévotion la plus profonde, s’absorbe dans les souvenir du Seigneur Suprême, ira certes à Lui.

(8.11)
Les grands sages du renoncement, versés dans les Vedas, et qui prononcent l’omkâra, pénètrent dans le Brahman. je vais maintenant t’instruire dans cette voie de salut, qui requiert la conscience.

(8.12)
Car le yoga consiste à se détacher de toutes activités des sens. C’est en fermant les portes des sens, en gardant le mental fixé sur le coeur et en maintenant l’air vital au sommet de la tête que l’on s’y établit.

(8.13)
Ainsi établi dans le yoga, et prononçant la syllabe sacrée om, suprême alliance de lettres, celui qui, à l’instant de quitter le corps, pense à Moi, Dieu, la Personne Suprême, celui-là, sans nul doute, atteindra les planètes spirituelles.

(8.14)
Parce que constamment absorbé dans le service de dévotion, celui qui toujours se souvient de Moi, sans écart, M’atteint sans peine, ô fils de Prâtha.

(8.15)
Quand ils M’ont atteint, les yogis imbus de dévotion, ces nobles âmes, s’étant par élevés à la plus haute perfection, jamais plus ne reviennent en ce monde transitoire, où règne la souffrance.

(8.16)
Toutes les planètes de l’univers, de la plus évoluée à la plus basse, sont lieux de souffrance, où se succèdent la naissance et la mort. Mais pour l’âme qui atteint Mon royaume, ô fils de Kuntî, il n’est plus de renaissance.

(8.17)
Un jours de Brahmâ vaut mille des âges que connaissent les hommes; et autant sa nuit.

(8.18)
Avec le jour de Brahmâ naissent toutes les variétés d’êtres; que vienne sa nuit, toutes sont annihilées.

(8.19)
Sans fin, jour après jour, renaît le jour, ô Pârtha, et chaque fois, des myriades d’êtres sont ramenés à l’existence. Sans fin, nuit après nuit, tombe la nuit, et avec elle, les êtres, dans l'anéantissement, sans qu’ils rien n’y puissent.

(8.20)
Il existe cependant un autre monde, lui éternel, au-delà des deux états, manifesté et non manifesté, de la matière. Monde suprême, qui jamais ne périt; quand tout en l’univers matériel est dissout, lui demeure intacte.

(8.21)
On dit non manifesté et impérissable ce royaume suprême, but ultime; pour qui l’atteint, point de retour. ce monde, c’est Ma demeure absolue.

(8.22)
La dévotion pure permet seule d’atteindre le Dieu, le Seigneur Suprême, plus grand que tous, Bien qu’il ne quitte jamais Son royaume, il pénètre en toute chose, et tout en Lui repose.

(8.23)
Les moments où l’on part de ce monde pour n’y plus revenir, ceux aussi où l’on part et revient, laisse-Moi maintenant te les décrire, ô meilleur des Bhâratas.

(8.24)
Qui connaît le Brahman Suprême quitte ce monde à un moment propice, à la lumière du jour et sous le signe de Deva du feu, durant les quinze jours où croît la lune et les six lois où le soleil passe au septentrion.

(8.25)
Qu’il parte la nuit, dans la fumée, durant de déclin de la lune ou dans les six mois qui voient le soleil passer au sud, qu’il atteigne l’astre lunaire, et le yogi devra encore en ce monde revenir.

(8.26)
Il existe , selon les Vedas, deux façons de quitter ce monde; dans les ténèbres ou dans la lumière. L’une est la voie du retour, et l’autre du non-retour.

(8.27)
O fils de Prâtha, ils ne s’égarent jamais, les Bhaktas qui reconnaissent ces deux voies. Sois donc, ô Arjuna, toujours ferme dans dévotion.

(8.28)
L’étude de Vedas, les sacrifices, les austérités, les actes charitables, la recherche philosophique et l’action intéressée: celui qui choisit la voie du service de dévotion n’est en rien privé de leur fruits; et, à la fin, il gagne le royaume absolu.


9. Le plus secret des savoirs

(9.1)
Le Seigneur Bienheureux dit: Parce que jamais tu ne Me jalouses, Mon cher Arjuna Je vais te révéler la sagesse la plus secrète, par quoi tu seras affranchi des souffrances de l’existence matérielle.

(9.2)
Ce savoir est roi entre toutes les sciences; il est le secret d’entre les secrets, la connaissance la plus pure, et parce qu’il nous fait directement réalise notre identité véritable, représente la perfection de la vie spirituelle. Il impérissable, et d’application joyeuse.

(9.3)
Les hommes qui, sur la voie du service de dévotion, sont privés de foi, ô vainqueur des ennemis, ne peuvent M’atteindre, ils reviennent naître et mourir en ce monde.

(9.4)
Cet univers est tout entier pénétré de Moi, dans Ma forme non manifestée. Tous les êtres sont en Moi, mais je ne suis pas en eux.

(9.5)
Dans le même temps, rien de ce qui est créé n’est en Moi. Vois Ma puissance surnaturelle! Je soutiens tous les êtres, Je suis partout présent, et pourtant, Je demeure la source même de toute création.

(9.6)
De même que dans l’espace éthéré se tient le vent puissant, soufflant partout, ainsi, sache-le, en Moi se tiennent tous les êtres.

(9.7)
A la fin d’un âge, ô fils de Kutnî, toutes créations matérielles rentrent en Moi, et au début de l’âge suivant, par Ma puissance, Je crée nouveau.

(9.8)
L’univers matériel tout entier est sous Mon ordre. par Ma volonté, il est à chaque fois de nouveau manifesté, et c’est toujours par elle qu’à la fin il est anéanti.

(9.9)
Mais ces actes ne sauraient Me lier, ô Dhananjaya. A jamais détaché d’eux, J’y demeure comme neutre.

(9.10)
La nature matérielle agit sous Ma direction, ô fils de Kuntî, sous Ma direction elle engendre tous les êtres, mobiles et immobiles, Par Mon ordre encore, elle est créée puis anéantie, dans un cycle sans fin.

(9.11)
Le sots Me dénigrent lorsque sous la forme humaine Je descends en ce monde. Ils ne savent rien de Ma nature spirituelle et absolu, ni de ma suprématie totale.

(9.12)
Ainsi égaré, ils chérissent des vues démoniaques et athées. Vains sont leurs espoirs de libération, vains leur actes intéressés, vaine leur aspiration au savoir.

(9.13)
Mais ceux qui ignorent l’égarement, ô fils de Prâtha, les mahâtmâs, se trouvent sous la protection de la nature divine. Me sachant Dieu, la Personne Suprême, originel et intarissable, ils s’absorbent dans le service de dévotion.

(9.14)
Chantant toujours Mes gloires, se prosternant devant Moi, grandement déterminés dans leur effort spirituel, ces âmes magnanimes M’adorent éternellement avec amour et dévotion.

(9.15)
D’autres, qui cultivent le savoir, M’adorent soit comme l’existence unique, soit dans diversité des êtres et des choses, soit dans Ma forme universelle.

(9.16)
Mais c’est Moi qui suis le rite et le sacrifice, l’oblation aux ancêtres, l’herbe médicinale et le mantra. Je suis et le beurre, et le feu, et l’offrande.

(9.17)
De cet univers, Je suis le père, la mère, le soutien et aïeul, Je suis l’objet du savoir, le purificateur et le syllabe om. Je suis également le Rk, le Sâma et le Yajus.

(9.18)
Je suis le but, le soutien, maître, le témoin, la demeure, le refuge et l’ami le plus cher, Je suis la création et l’annihilation, la base de toutes choses, le lieu de repos et l’éternelle semence.

(9.19)
Je contrôle la chaleur, la pluie et la sécheresse, Je suis l’immortalité, de même que la mort personnifiée, L’être et non-être, tous deux sont en Moi, ô Arjuna.

(9.20)
C’est indirectement qu’ils M’adorent, les hommes qui étudient les Vedas et boivent le soma, cherchant ainsi à gagner les planètes de délices. Ils renaissent sur la planète d’Indra, où ils jouissent des plaisirs des devas.

(9.21)
Quand ils ont joui de ces plaisirs célestes, quand leurs mérites se sont épuisés, ils reviennent sur cette Terre mortelle. Un bonheur fragile, tel est donc, après avoir suivi les principes de Vedas, le seul fruit qu’ils récoltent.

(9.22)
Mais ceux qui M’adorent avec dévotion, méditant sur Ma Forme absolue, Je comble leurs manquent et préserve ce qu’ils possèdent.

(9.23)
Toute oblation qu’avec foi l’homme sacrifie aux devas est en fait destinée à Moi seul, ô fils de Kuntî, mais offerte sans la connaissance.

(9.24)
Car Je suis l’unique bénéficiaire et l’unique objet du sacrifice. Or, ceux qui ignorent Ma nature véritable, absolue, retombent.

(9.25)
Ceux qui vouent leur culte aux devas renaîtront parmi les devas, parmi les spectres et autres esprits ceux qui vivent dans leur culte, parmi les ancêtres les adorateurs des ancêtres: des même, c’est auprès de Moi que vivront Mes dévots.

(9.26)
Que l’on M’offre, avec amour et dévotion, une feuille, une fleur, un fruit, de l’eau, et cette offrande, Je l’accepterai.

(9.27)
Quoi que tu fasse, que tu manges, que tu sacrifices et prodigues, quelque austérité que tu pratique, que ce soit pour Me offrir, ô fils de Kuntî.

(9.28)
Ainsi, tu t’affranchiras des suites de tes actes, tous, vertueux et coupables; par ce principe renoncement, tu seras libéré et viendras à Moi.

(9.29)
Je n’envie, Je ne favorise personne, envers tous Je suis impartial. Mais quiconque Me sert avec dévotion vit en Moi, comme Je suis son ami.

(9.30)
Commettrait-il les pires actes, il faut voir quiconque est engagé dans le service de dévotion comme un saint homme, car il est sur la voie parfaite.

(9.31)
Rapidement, il devient sans reproche et trouve la paix éternelle. Tu peux le proclamer avec force, ô fils de Kuntî, jamais Mon dévot ne périra.

(9.32)
Quiconque en Moi prend refuge, ô fils de Prâtha, fut-il de basse naissance, une femme, un vaisya, ou même un sudra, peut atteindre le but suprême.

(9.33)
Que dire alors des brâhmanas, des justes, des bhaktas et des saints rois qui, en ce monde éphémère, en ce monde souffrances, Me servent avec amour et dévotion.

(9.34)
Emplis toujours de Moi ton mental, deviens Mon dévot, offre-Moi ton hommage et voue-Moi ton adoration. Parfaitement absorbé en Moi, certes tu viendras à Moi.


10. Les gloires de l'Absolu

(10.1)
Le Seigneur Suprême dit: Encore une foi, ô Arjuna-aux-bras-puissants, Mon ami très cher, écoute Ma parole suprême, dite pour ton bien, et qui t’apportera la joie.

(10.2)
Ni les multitudes de devas, ni les grands sages ne connaissent Mon origine, car en tout, Je suis des uns comme des autres la source.

(10.3)
Qui Me sait non né, sans commencement, le souverain de tous les mondes, celui-là, sans illusion parmi les hommes, devient libre de tout péché.

(10.4)
L’intelligence, le savoir, l’affranchissement du doute et de l’illusion, l’indulgence, la véracité, la maîtrise de soi et la quiétude, les joies et les peines, la naissance et la mort, la peur et l’intrépidité, la non-violence, l’équanimité, le contentement, l’austérité, la charité, la gloire et l’opprobre, - tous de moi seul procèdent.

(10.5)
...

(10.6)
Les sept grand sages, les quatre autre, qui furent avant eux, et les Manus [les pères de l’humanité] sont nés de Mon mental; tous les êtres, en ce monde, sont leurs descendants

(10.7)
Qui, en vérité, connaît cette gloire et cette puissance, les Miennes, Me sert avec une dévotion pure, sans partage; c’est là un fait certain.

(10.8)
De tous les mondes, spirituels et matériels, Je suis la source, de Moi tout émane. Les sages qui connaissent parfaitement cette vérité, de tout leur coeur Me servent et M’adorent.

(10.9)
Mes purs dévots toujours absorbent en Moi leurs pensées, et leur vie Me m’abandonnent. Ils s’éclairent les uns les autres sur Ma Personne, s’entretiennent de Moi sans fin, et par là trouvent une satisfaction et une joie immenses.

(10.10)
Ceux qui toujours Me servent et M’adorent avec amour et dévotion, Je leur donne l’intelligence par quoi ils pourront venir à Moi.

(10.11)
Vivant dans leur coeur, et plein pour eux de compassion, Je dissipe, du flambeau lumineux de la connaissance, les t ténèbres nées de l’ignorance.

(10.12)
Arjuna dit: Tu es le Brahman Suprême, l’ultime demeure, le purificateur souverain, La vérité Absolue et l’éternelle Personne Divine. Tu es Dieu, l’Etre primordial, original et absolu. Tu es le Non-né, la beauté qui tout pénètre. Tous les grands sages le proclament, Nârada, Asita, Devala, Vyâsa; et Toi-même, à présent, me le révèles.

(10.13)
...

(10.14)
O Krishna, tout ce que Tu m’as dit, Je l’accepte comme la vérité la plus pure. Ni devas ni asuras ne connaissent Ton vrai visage, ô Seigneur.

(10.15)
En vérité; Toi seul, par Tes propres puissance, Te connais, ô source de tout ce qui est, Seigneur de tous les êtres, Dieu même de devas, ô Personne Suprême, maître de l’univers.

(10.16)
Instruis-moi en détail, je t’en prie, de Tes divins pouvoirs, par quoi Tu pénètres tous ces mondes et eux demeures.

(10.17)
Comment dois-je sur Toi méditer, ô yogi suprême? Dans quelles formes Te contempler, ô Seigneur Bienheureux?

(10.18)
De Tes puissances et de Tes gloires, encore et en détail parle-moi, ô Janârdana, car de l’ambroisie de Ta parole, je ne saurais me rassasier.

(10.19)
Le Seigneur Bienheureux dit: Je te décrirai donc Mes gloires divines, ô Arjuna, mais, seules les plus saillantes, car infinie est Ma splendeur.

(10.20)
Je suis l’Ame Suprême, ô Gudâkesa, situé dans le coeur de chaque être. De tous, Je suis le commencement, le milieu et la fin.

(10.21)
D’entre les Adityas, Je suis Visnu, et d’entre les sources de lumière, le soleil radieux. Parmi les Maruts, Je suis Marïci, et parmi les astres de la nuit la lune.

(10.22)
D’entre les Vedas, Je suis le sâma. Parmi les Vedas, Je suis Indra, et parmi les sens, le mental. En les êtres, Je suis la force vitale [la conscience].

(10.23)
Parmi les Rudras, Je suis Siva, D’entre les Yaksas et les Raksasas, Je suis le deva des richesses [Kuvera], et chez las Vasus, Je suis le Feu [Agni]. D’entre les montagnes, Je suis Meru.

(10.24)
D’entre les prêtres, ô Arjuna, sache que Je suis la tête, Brhaspati, le seigneur de dévotion, et d’entre les chefs militaires, Skanda, le seigneur de la guerre. Parmi les eaux, Je suis l’océan.

(10.25)
Chez les grands sages, Je suis Bhrgu. Parmi les vibrations de son, Je suis om, la syllabe absolue, et parmi les sacrifices, le japa, le chant des Saints Noms, Parmi les masses inébranlables Himalayas.

(10.26)
D’entre les arbres, Je suis le figuier sacré, et d’entre les sages et les devas, Nârada. Chez les Gandharvas, chantres de devas, je suis Citrarahta, et parmi les âmes accomplies, le sage Kaplia.

(10.27)
D’entre les chevaux, sache Je suis Uccaihsravâ, ne du nectar d’immortalité, Chez les nobles éléphants, Je suis Airâvata, et chez les hommes le monarque.

(10.28)
Parmi les armes, je suis la foudre, et parmi les vaches, la surabhi, au lait abondant. Chez les procréateurs, Je suis Kandarpa, le deva de l’amour, et d’entre les serpents, le roi, Vâsuki.

(10.29)
Chez les Nâgas, serpents célestes, Je suis Ananta, et chez le princes de l’ondes, Varuna. Parmi les ancêtres, je suis Aryamâ, et parmi ceux qui appliquent la loi, Yama, le deva de la mort.

(10.30)
D’entre les démoniaques Daityas, Je suis le fervent Prahlâda, et d’entre les asservisseurs, le temps. parmi les bêtes, Je suis le lion, et parmi les oiseaux, Garuda, qui porte Visnu.

(10.31)
Parmi les purificateurs, Je suis le vent, et d’entre ceux qui portent les armes, je Râma. Chez les poissons, Je suis le requin, et parmi les cours d’eau, le Gange.

(10.32)
De toutes création, ô Arjuna, Je suis le début et la fin, et l’entre-deux. Parmi toutes les sciences, Je suis la science spirituelle de l’âme, et des logiciens, Je suis conclusion, la vérité finale.

(10.33)
D’entre les lettres, Je suis le A, et parmi les mots composés, le dvandva. Je suis également le temps inexhaustible, et parmi les créateurs, Brahmâ, dont les faces multiples regardent partout.

(10.34)
Je suis la mort qui tout dévore, et aussi la source de tout ce qui est à venir. Et la femme, Je suis le nom, la fortune, mais aussi les belles paroles, la mémoire, l’intelligence, la fidélité et la patience.

(10.35)
D’entre les hymnes, Je suis le Brhat-sama, que l’on chante pour Indra, et d’entre les poèmes, la Gayatrï, que chantent chaque jour de brâhmanas. Parmi les mois, Je suis novembre et décembre, et parmi les saisons, le printemps fleurissant.

(10.36)
Je suis le jeu des trompeurs, et l’éclat de tout ce qui resplendit. Je suis la victoire, l’aventure et la force du fort.

(10.37)
Chez les descendants de Vrsni, Je suis Vasudeva, et chez pândavas, Arjuna. Parmi les sages, Je suis Vyâsa, et d’entre les grands penseurs, Usanâ.

(10.38)
Parmi les châtiments, Je suis la verge, et chez ceux qui cherchent à vaincre, la mortalité. Dans les choses secrètes, Je suis le silence, et du sage la sagesse.

(10.39)
De plus , ô Arjuna, Je suis la semence de tout existence. Rien de mobile ou d’immobile n’existe sans Moi.

(10.40)
Mes gloires divines ne connaissent pas limites, ô vainqueur des ennemis, ce que Je t’ai révélé n’est qu'une manière d’exemple, une infime parcelle de Ma grandeur infini.

(10.41)
Tout ce qui est beau, puissant, glorieux, éclot, sache-le, d’un simple fragment de ma splendeur.

(10.42)
Mais à quoi bon, ô Arjuna, tout ce détail? Car, l’univers entier, par une simple étincelle de Ma personne, Je le pénètre et le soutiens.


11. La forme universelle

(11.1)
Arjuna dit: Les enseignements sur les secrets du savoir spirituel qu’avec bonté Tu m’as révélés, je les ai entendus, et mon illusion s’est maintenant évanouie.

(11.2)
De Tes lèvres, ô Toi aux yeux pareils-au-lotus, j’ai appris Tes gloires intarissable, et par elles, j’ai aussi découvert les vérités précises sur l’origine et la fin des êtres.

(11.3)
O personne Suprême, ô Forme souveraine, je Te vois devant moi, tel que Tu es, mais je désire encore celle de Tes formes par quoi Tu pénètres dans la manifestation matérielle.

(11.4)
O Seigneur, ô maître de tous les pouvoirs surnaturels, si Tu estimes que je peux la contempler, montre-moi, je T’en prie, Ta forme universelle.

(11.5)
Le Seigneur Bienheureux dit: O Mon cher Arjuna, fils de Prâtha , vois ici Ma gloire, des centaines, des milliers de formes divines, infiniment divers, multicolores comme la mer.

(11.6)
Aperçois les Adityas, les Rudras, tous les autres devas. Contemple, ô meilleur des Bhâratas, les innombrables manifestations que jamais jusqu’ici nul n’a connues.

(11.7)
Tout ce que tu désires et désireras voir, le mobile comme l’immobile, vois le à l’instant dans cette forme universelle, car tout s’y trouve, ô Gudâkesa

(11.8)
Mais tu ne peux Me voir avec les yeux qui sont tien; Je te confère donc les yeux divins par quoi tu pourras contempler, Mes inconcevables pouvoirs.

(11.9)
Sanjaya dit: O roi, à ces mots, Dieu, la personne Suprême, maître de tous les pouvoirs surnaturels, montre à Arjuna Sa forme universelle.

(11.10)
Prodigieuse la vision tout entière: innombrables les bouches, innombrables les yeux, en cette forme universelle, parée de divins et étincelants joyaux, de multiples vêtures, brandissant de multiples armes. Glorieusement couverte de guirlandes, ointe de parfums célestes, cette forme qui tout pénètre, magnifique et sans fin, Arjuna la contemple.

(11.11)
...

(11.12)
Si les milliers et des milliers de soleil, ensemble, se levaient dans le ciel, peut-être leur éclat s’approcherait-il de celui du Seigneur Suprême dans cette forme universelle.

(11.13)
Les mondes, bien qu’infinis et innombrables, Arjuna les voit alors, tous rassemblés en un point unique, en la forme universelle du Seigneur.

(11.14)
Alors, frappé d’émerveillement, les poils hérissés, Arjuna, rend son hommage au Seigneur, et jointes, commence de Lui offrir des prières.

(11.15)
Arjuna dit: O Krishna, mon cher Seigneur, je te vois, en Ton corps réunis, tous les devas et autres êtres. J’aperçois Brahmâ, assis sur la fleur de lotus, et Siva, et les sages, et les serpents divins.

(11.16)
O Seigneur de l’univers, je vois, en Ton corps universel, d’innombrable formes, d’innombrables yeux, bouches, bras et ventres, étendus à l’infini, Là, point de fin, de milieu, ni de commencement.

(11.17)
Sa radiance éblouissante, dont le flamboiement et l’ampleur sont semblables à ceux du soleil, rend Ta forme, parée de multiples couronnes, de masse de disques, difficile à garder sous les yeux.

(11.18)
Tu es le but premier, suprême, et nul, dans tous les univers, n’égale Ta grandeur, Toi qui es intarissable, le plus ancien de tout. Tu es le soutien de la religion impérissable et l’éternelle Personne Divine.

(11.19)
Sans commencement, sans milieu et sans fin, Tu es de tout l’origine, Sans nombre sont Tes bras, sans nombre Tes yeux grandioses, et parmi eux, le soleil et la lune. Tes bouches crachent un feu brûlant, et de Ta radiance, Tu réchauffes cet univers tout entier.

(11.20)
Bien qu’unique, Tu Te déploies à travers le ciel, les planètes et l ’espace qui sépare. Contemplant cette forme, la Tienne, terrible et merveilleuse, ô grand parmi les grands, je vois les trois systèmes planétaires, tous jetés dans la confusion.

(11.21)
Tous les devas, par groupes, se soumettent en entrent en toi. terrifiés, les mains jointes, ils T’adressent des prières et chantent les hymnes védiques.

(11.22)
Les différentes manifestations de Siva, les Adityas, les Vasus, les Sâdhyas, les Visvadevas, les deux Asvins, les Maruts, les ancêtres et les gandharvas, les Yaksas, les Asuras et les devas accomplis, tous Te contemplent, frappés d’émerveillement.

(11.23)
A la vue de Tes visages et de Tes yeux sans nombre, de Tes yeux sans nombre, de Tes bras, ventres, jambes, tous innombrable, et de Tes terribles dents, ô Toi aux-bras-puissants, les planètes et tous leurs devas sont troublés, comme je le suis moi-même.

(11.24)
Tes couleur éblouissante, multiples, emplissent les cieux, et à la vue de Tes yeux immenses et flamboyants, de Tes bouches béantes, je ne puis conserver plus longtemps mon mental en paix, ô Visnu, Toi qui tout pénètres, j’ai peur.

(11.25)
Comme Je regarde Tes visages, ardent comme la mort, et Tes dents, terribles, les sens me font défaut. De toutes parts m’assaille la confusion. O Seigneur de seigneur. ô havre des mondes, accorde-moi Ta grâce.

(11.26)
Les fils de Dhrtarâstra et leurs alliés royaux, et Bhîsma, Drona, Karna, et aussi les plus éminents de nos guerriers, tous se précipitent dans Tes bouches, dont les dents effroyables écrasent leurs têtes. J’en vois même qui, entre ces dents, sont broyés.

(11.27)
...

(11.28)
Telles les eaux de fleuves qui dans l’océan se jettent, ces légions de grands guerriers dans Tes bouches de feu se ruent et périssent.

(11.29)
Comme des phalènes se hâtent à leur perte dans le feu brûlant, ainsi tous les hommes se précipitent dans Tes bouches pour s’y détruire

(11.30)
O Visnu, Je te vois qui engloutis tous êtres dans Tes bouches enflammées, qui couvres l’univers de Ta radiance sans mesure et embrases les mondes

(11.31)
O maître des maître, Toi dont la forme est si terrible, Je t’en prie, dis-moi qui Tu es, Je Te rends mon hommages; accorde-moi Ta grâce. Je ne comprends pas le dessin de Tes oeuvres, et voudrais le connaître.

(11.32)
Le Seigneur Bienheureux dit: Je suis le temps, destructeur des mondes, venu engager tous les hommes. En dehors de vous [Les pândavas], ils périront tous, guerriers des deux armées qui s’affrontent.

(11.33)
Aussi, lève-toi, prêt à combattre. Triomphant de tes ennemis, tu jouiras d’un royaume prospère. Tous, par Mon ordre, sont déjà tués, et toi, ô Savyasâcin, ne peut être, dans cette lutte, qu’un instrument dans Ma main.

(11.34)
Drona, Bhîsma, Jayadratha, Karna, et les autres guerriers valeureux, tous déjà sont mis à mort, Combat sans être troublé, et tu vaincras dans cette lutte tous tes ennemis.

(11.35)
Sanjaya dit à Dhrtarâstra : O roi, ayant ouï les paroles de Seigneur Suprême, Arjuna tremble, et, terrifié, les mains jointes, Lui rend son hommage. D’une voix coupé par l’émotion, il se met à parler.

(11.36)
Arjuna dit: Au son de Ton Nom, ô Hrsîkesa, l’univers s’emplit de joie, et ainsi, tous s’attachent à Toi, Les êtres accomplis Te rendent leur hommage respectueux, mais les êtres démoniaques, saisis d’épouvante, s’enfuient de toutes parts. C’est justement et à bon droit qu’il en ainsi.

(11.37)
O Toi, si grand, qui dépasse même Brahmâ, tu es le maître originel. Comment ne Te rendraient-ils pas leur hommage, ô Toi l’Infini. O refuge de l’univers, tu es la source impérissable, la cause de toutes las causes, au-delà de la manifestation matérielle.

(11.38)
Tu es Dieu, la personne Suprême et originelle, unique sanctuaire de ce monde manifesté. Toute est par Toi connu, et Tu es tout ce qui se peut connaître. Aux trois gunas Tu n’es point lié, ô Forme infini, Tu es partout présent dans l’univers.

(11.39)
Tu es l’air, le feu, l’eau et aussi la lune. Tu es la maître absolu et aîeul. Mille fois, encore et encore, je T’offre mon hommage et mon respect.

(11.40)
De devant, de derrière, de toutes parts, reçois mon hommage, O puissance infini, maître de pouvoirs sans mesure, Tu pénètres tout, et ainsi, Tu es tout.

(11.41)
Méconnaissant Tes gloires, je T’ai, dans le passé, nommé ainsi: "ô Krishna", "ô Yâdava", "ô mon ami". Pardonne-moi, je T’en prie, tout ce que j’ai pu faire par déraison ou par amour. Que de fois T’ai-je manqué de respect, quand nous nous divertissons ensemble, quand nous nous allongions sur le même lit, partagions le même repas, parfois seuls, parfois devant plusieurs compagnons. Toutes ces offenses, ô Acyuta, je T’en demande pardon.

(11.42)
...

(11.43)
De l’entière manifestation matérielle, Tu es le père, le Seigneur adorable, le glorieux maître spirituel. Nul n’est Ton égal, combien mois plus haut, combien mois Un avec Toi! Dans trois mondes, Ta puissance règne, sans mesure.

(11.44)
Tu es le Seigneur Suprême, à qui chaque être doit toute adoration. Je tombe donc à Tes pieds, T’offre mon respect et implore Ta miséricorde. Comme un père pour son fils, un ami pour un ami, un amant pour son aimée, sois tolérant envers moi, daigne, mon Seigneur, souffrir les fautes que j’ai pu commettre à Ton endroit.

(11.45)
En voyant cette forme universelle, que jamais encore j’avais vue, je suis heureux, mais en même temps, mon mental est ébranlé par peur, C’est pourquoi je Te prie de m’apparaître à nouveau dans Ta Forme de Personne Suprême; fais-moi cette grâce, ô Seigneur des seigneurs, ô refuge de l’univers.

(11.46)
o Seigneur universel, je désire Te contempler dans Ta forme à quatre bras, couronnée, portant la masse, le disque, la conque et la fleur de lotus. Grande est mon impatience de T’admirer dans cette Forme, ô Toi aux mille bras.

(11.47)
Le Seigneur Bienheureux dit: C’est dans la joie, Mon cher Arjuna, que par Ma puissance interne, Je t’ai révélé, en ce monde, Ma forme universelle, sublime, infinie, l’éblouissante, que nul avant toi n’ai jamais vue.

(11.48)
Ni l’étude des Vedas, ni les sacrifices, ni les actes charitables, ni même les rites, l’ascèse sévère ou telle autres pratiques, ne donnent de voir Ma forme universelle. Nul avant toit; ô meilleur des guerriers Kurus, nul n’a pu la contempler.

(11.49)
Devant cette forme terrible de Moi, ton mental s’est obscurci, mais que s’apaise ta crainte, que cesse ton trouble. en toute sérénité, contemple maintenant la Forme de ton désir.

(11.50)
Sanjaya dit à Dhrtarâstra : Tenant ces propos, Krishna, Dieu, la Personne Suprême, dévoile à Arjuna Sa Forme à quatre bras, puis reprend Sa Forme à deux bras, pour réconforter le prince terrifié.

(11.51)
En voyant Krishna dans sa Forme originelle, Arjuna dit: Je vois cette Forme aux traits humains, si merveilleusement belle, et voici que s’apaise mon mental, et que je reviens à ma propre nature, ô Janârdana.

(11.52)
Le Seigneur Bienheureux dit: Cette Forme, la Mienne, que maintenant tu contemples, il est bien difficile de la voir, Mon cher Arjuna. Les devas eux-mêmes sans cesse aspirent à la découvrir, cette Forme su chère.

(11.53)
Cette Forme que tu vois de tes yeux spirituels, ni la simple étude des Vedas, ni les ascèses, ni les actes charitables, ni adoration rituelle ne permettent de la comprendre. Nul, par ces chemins, ne Me verra tel que Je suis.

(11.54)
Ce n’est qu’en Me servant avec un amour et une dévotion sans partage qu’on peut Me connaître tel que Je suis, debout devant toi, ô Arjuna, et de même, en vérité, Me voir. Ainsi, et seulement ainsi, pourra-t-on percer le mystère de Ma Personne, ô Parantapa.

(11.55)
Ce lui qui, affranchi de la spéculation intellectuelle et de la souillure de ses actes passés, bienveillant à l’égard de tous les êtres, s’absorbe dans le service de dévotion pur, celui-là, ô cher Arjuna, certes vient à Moi.


12. Le service de dévotion

(12.1)
Arjuna dit: De celui qui ainsi T’adore, par les service de dévotion, et de celui qui voue son culte au Brahman impersonnel, au non-manifesté: lequel des deux est le plus parfait?

(12.2)
Le Seigneur Bienheureux dit: Celui qui attache sur Ma Forme personnelle son mental, et toujours s’engage dans Mon adoration, plein d’une foi spirituelle ardente, celui-là, Je tiens pour le plus parfait.

(12.3)
Quant à ceux qui tout entiers se vouent au non-manifesté, à l’indéfini, inconcevable, inaccessible aux sens, omniprésent, fixe, immuable [le concept impersonnel de la Vérité Absolue], ceux-là, dont le culte consiste à maîtriser les sens, se montrer égal envers tous et oeuvrer pour le bien universel, certes, ils finissent aussi par M’atteindre.

(12.4)
...

(12.5)
Pour eux, cependant, dont le mental se lie au non-manifesté, à l’aspect impersonnel de l’Absolu, le progrès sera fort pénible. Avancer par cette voie est toujours difficile pour l’être incarné.

(12.6)
pour qui M’adore, abandonne à Moi tous ses actes et se voue à Moi sans partage, absorbé dans le service, de dévotion et méditant constamment sur moi, son mental fixé sur Moi, pour celui-là, ô fils de Prâtha, Je suis le libérateur qui bientôt l’arrachera à l’océan des morts et des renaissances.

(12.7)
...

(12.8)
Simplement fixe ton mental sur mental sur Moi, Dieu, la Personne Suprême, et loge en Moi toute intelligence. Ainsi, nul doute, tu vivras toujours en Moi.

(12.9)
Si tu en peux ô Mon cher Arjuna, ô conquérant des trésors, attacher sur Moi ton mental sans faillir, observe alors les principes régulateurs du bhakti-yoga; tu acquerras ainsi le désir de M’atteindre.

(12.10)
Si t toutefois tu ne peux te soumettre aux principes régulateurs du bhakti yoga, alors essais de Me consacrer tes oeuvres, car en agissant pour Moi, tu atteindras l’état parfait.

(12.11)
Et si tu peux même agir dans cette conscience, alors efforce-toi de renoncer à tout fruit de tes actes, et en l’âme d’établir ta conscience.

(12.12)
Mais si à cette pratique non plus tu ne peux te plier, cultive alors la connaissance. Supérieur à la connaissance, néanmoins, est la méditation, et supérieur à la méditation, le renoncement aux fruits des actes, car ce renoncement peut conférer, pour le mental, toute paix

(12.13)
Celui, envieux de rien, qui se comporte avec tous en ami bienveillant, qui de rien ne se croit le possesseur, qui du faux ego est affranchi et dans la joie comme dans la peine reste le même, qui plein de pardon, toujours connaît le contentement, qui avec détermination est engagé dans le service de dévotion, et dont le mental et l’intelligence sont en accord avec Moi, celui-là M’est très cher.

(12.14)
...

(12.15)
Celui qui jamais n’est cause d’agitation pour autrui et que jamais non plus l’agitation ne trouble, que joies et peines n’affectent pas, celui-là M’est très cher.

(12.16)
Celui qui ne dépend en rien des modes de l’action matérielle, l’être pur, expert en tout, libre de tout anxiété, affranchi de la souffrance, et qui ne recherche point le fruit de ses actes, celui-là, Mon dévot, M’est très cher.

(12.17)
Celui qui ne se saisit ni de la joie ni de la peine, qui ne s’afflige ni convoite, qui renonce au favorable comme au défavorable, celui-là, Mon dévot, M’est très cher.

(12.18)
Celui qui envers l’ami ou l’ennemi se montre égale, et le même devant la gloire ou l’opprobre, la chaleur ou le froid, les joies ou les peines, l’éloge ou la blâme, qui toujours est libre de toute souillure, silencieux, satisfait de tout, insouciant du gîte, et qui, établi dans la connaissance, Me sert avec amour et dévotion, celui-là M’est très cher.

(12.19)
...

(12.20)
Celui qui, plein de foi, dans cette impérissable voie du service de dévotion s’engage tout entier, faisant de Moi le but suprême, celui-là M’est infiniment cher.


13. La prakrti, le purusa et la conscience

(13.1)
Arjuna dit: Que sont la prakrti [la nature] et le purusa [le bénéficiaire], que sont le champ et le connaissant du champ, le savoir et l’objet du savoir? Je désire l’apprendre, ô cher Krishna. Le Seigneur Bienheureux dit: On appelle "champ" le corps, ô fils de Kuntî, "connaissant du champ " celui qui connaît le corps.

(13.2)
...

(13.3)
Comprends, ô descendant de Bharata, que dans tous les corps, le connaissant, Je le suis aussi. Telle est Ma pensée.

(13.4)
Ecoute à présent, Je t’en prie: en peu de mots Je décrirai le champ d’action, comment il est constitué, ses métamorphoses, sa source, de même que le connaissant de ce champ et son influence.

(13.5)
Ce savoir, du champ d’action et de son connaissance, divers sages l’ont exposé, en divers Ecrits védiques - notamment le Vedânta-sutra - où causes et effets sont présentés avec force raison.

(13.6)
L’ensemble des cinq grands éléments, du faux ego, de l’intelligence, du non-manifesté, des dix organes des sens, du mental et des cinq objets des sens puis le désir et aversion, joie et peine, signes de la vie et conviction, - tels sont, en bref, le champ d’action et ce qui résulte des éléments constituants.

(13.7)
...

(13.8)
L’humilité, la modestie, la non-violence, la tolérance, la simplicité, l’acte d’approcher un maître spirituel authentique, la pureté, la constance et la maîtrise de soi; le renoncement aux objets du plaisir des sens, affranchissement du faux ego et la claire perception que naisse, maladie, vieillesse et mort sont maux à combattre; le détachement d’avec sa femme. ses enfants, son foyer et ce qui s’y rattache, l’égalité d’esprit en tout situation, agréable ou pénible; la dévotion pure et constante envers Moi, la recherche des lieux solitaires et le détachement des masses, le fait de reconnaître l’importance de la réalisation spirituelle, et la recherche philosophique de la Vérité Absolue, - tel est, Je le déclare, le savoir, l’ignorance tout ce qui va contre.

(13.9)
...

(13.10)
...

(13.11)
...

(13.12)
...

(13.13)
Je t’instruirai maintenant de l’objet du savoir, et sa connaissance te fera goûter l’éternel. On l’appelle brahman, le spirituel; il est sans commencement, et à Moi subordonné. Il transcende le monde de la matière, et, avec lui, les effets et les causes qui lui sont inhérents.

(13.14)
Partout Ses mains et Ses jambes, Ses yeux et Ses visages, et rien n’échappe à Son ouïe. Ainsi, partout présente, l’Ame Suprême.

(13.15)
Source originelle des sens de tous les êtres, l’Ame Suprême en est pourtant Elle-même dépourvue. Soutien de tous, Elle reste partout sans attache. Et, au-delà des trois gunas, Elle n’en demeure pas moins le maître.

(13.16)
La Vérité suprême est au-dedans comme au-dehors, dans le mobile comme dans l’immobile; Elle dépasse le pouvoir de perception de d’entendement lié aux sens matériels. Infiniment lointaine, Elle est aussi très proche.

(13.17)
Bien qu’Elle semble divisée, l’Ame Suprême demeure indivisible; Elle est Une. Bien qu’Elle soutienne tous les êtres, comprends que c’est Elle aussi qui dévore et les fait se développer tous.

(13.18)
De tout ce qui est lumineux, Elle est la source de lumière. Elle est non manifestée. Elle demeure par-delà les ténèbres de la matière. Elle est le savoir, l’objet du savoir et le but du savoir. Elle habite le coeur de chacun.

(13.19)
Ainsi, Je t’ai en peu de mots décrit le champ d’action, le savoir et l’objet du savoir. Toute la profondeur de ces choses, à Mes seuls dévots il est donné de la comprendre, et d’atteindre ainsi à Ma nature.

(13.20)
La nature matérielle comme les êtres distincts, sache-le, n’ont pas de commencement. Leurs mutations et les trois gunas n’ont d’autre origine que la nature matérielle.

(13.21)
De la nature, on dit qu’elle est cause de tous les actes matériels et de leurs suites; l’être distincts, pour lui, est des plaisirs et souffrances divers qu’il connaît en ce monde.

(13.22)
Ainsi, l’être distincts emprunte, au sein de la nature matérielle, diverses manières d’exister, et y prend jouissance des trois gunas; cela, parce qu’il touche à cette nature. Il connaît alors souffrances et plaisirs, en diverses formes de vie.

(13.23)
Mais il est, dans le corps, aux autre bénéficiaire, lequel transcende la matière; et le Seigneur, le possesseur suprême; témoin et consentant, qu’on nomme l’Ame Suprême.

(13.24)
Il atteindra certes la libération, celui qui comprend ainsi la nature matérielle, et ce que sont l’être vivants et l’interaction des trois gunas. Quelle que soit sa condition présente, jamais plus il ne renaîtra en ce monde.

(13.25)
L’Ame Suprême, certains La perçoivent à travers la méditation, d’autres en cultivant la connaissance, d’autre encore par l’action non intéressée.

(13.26)
Puis on rencontre ceux qui, bien que versés dans le savoir spirituel, s’engagent dans l’adoration du Seigneur Suprême parce que qu’ils ont entendu parler de Lui. Prêtant volontiers l’oreille aux dires d’autorités, eux aussi triomphent du cycle des morts et des renaissances.

(13.27)
Sache, ô meilleur des Bhâratas, que tout ce qui est, mobile et immobile, ne procède que de l’union de champ d’action avec le connaissant du champ.

(13.28)
celui qui voit que l’Ame Suprême, dans tous les corps, accompagne l’âme distincte, et comprend que jamais ni l’une ni l’autre ne périssent, celui-là en vérité voit.

(13.29)
Qui en chaque être voit l’Ame Suprême, partout la même, ne laisse pas son mental l’entraîner à la dégradation. Ainsi parvient-il au but suprême et absolu.

(13.30)
Celui qui peut voir que c’est le corps, né de la nature matérielle, qui accomplit toute action, que jamais l’âme, intérieur, n’agit, celui-là en vérité voit.

(13.31)
Quand l’homme d’intelligence cesse de voir en terme d’identités multiples, dues à des corps multiples, il atteint la vision de brahman. Alors, par tout, il ne voit que l’âme spirituelle.

(13.32)
Ceux qui ont la vision d’éternité peuvent voir que l’âme est spirituelle, éternelle, au-delà des trois gunas. Bien que sise dans le corps de matière, ô Arjuna, jamais l’âme n’agit, ni n’est liée.

(13.33)
Comme l’éther, qui, partout répandu, ne saurait partout, lui de nature subtile, se mêler à rien, ainsi l’âme, de la substance du brahman, bien que dans le corps, ne se mêle pas avec lui.

(13.34)
Comme le soleil, à lui seul, illumine tout l’univers, ainsi, ô descendant de Bharata, l’âme spirituelle, à elle seule, éclaire de la conscience le corps tout entier.

(13.35)
Celui qui, à la lumière de la connaissance, voit ainsi ce qui distingue le corps du possesseur du corps, et connaît également la voie par où l’on se libère de l’emprise de la nature matérielle, celui-là atteint le but suprême.


14. Les trois gunas

(14.1)
Le Seigneur Bienheureux dit: Encore une foi, Je te dirai cette sagesse suprême, le plus haut des savoir, par quoi tous les sages sont d’ici-bas élevés à la perfection ultime.

(14.2)
Qui s’établit dans ce savoir peut atteindre à la nature spirituelle et absolue, semblable à la Mienne. Alors, il ne renaît pas au temps de la création, et à l’heure de dissolution, n’en est pas affecté.

(14.3)
La substance matérielle en sa totalité, nommée brahman, est le siège de la conception; ce brahman, Je le féconde, ô descendant de Bharata, et Je rends ainsi possible la naissance de tous les êtres.

(14.4)
Comprends cela, ô fils de Kunti, que toutes espèces de vie procèdent du sein de la nature matérielle, et que J’en suis le père, qui donne la semence.

(14.5)
La nature matérielle est formée des trois gunas: vertu, passion et ignorance. Que l’être distinct, impérissable, touche la nature matérielle, ô toi aux-bras-puissants, et il se trouve conditionné par ces trois gunas.

(14.6)
O toi sans péché, sache que la vertu, le plus pur des gunas, éclaire l’être et affranchit des suites de tous ces actes coupables. Celui qu’elle gouverne développe le savoir, mais dans un même temps, devient conditionné par le sentiment de bonheur qu’elle procure.

(14.7)
La passion, sache-le, consiste en soifs, en désirs ardents et sans fin, ô fils de Kunti. Elle rive l’âme incarné qu’elle domine à l’action matérielle et à ses fruits.

(14.8)
Quant à l’ignorance, ô descendant de Bharata, sache qu’elle cause l’égarement de tous les êtres. Ce gunas entraîne folie, indolence et sommeil, qui enchaînent l’âme incarnée.

(14.9)
La vertu attache au bonheur, la passion aux fruits de ses actes, et l’ignorance à la folie, ô descendant de Bharata.

(14.10)
Tantôt, dominant vertu et ignorance, la passion l’emporte; et tantôt, c’est la vertu qui vainc passion et ignorance. Ainsi, ô descendant de Bharata, jamais entre les gunas ne cesse la lutte pour régner.

(14.11)
Quand par toutes les portes du corps pénètre le flot lumineux de savoir, alors on peut être assuré que la vertu croît en passion.

(14.12)
Quant grandit la passion, ô meilleur de Bhâratas, alors grandissent avec elle les signes de grand attachement, de désir incontrôlables, d’aspirations ardentes et d’efforts intenses.

(14.13)
Et quand monte l’ignorance, ô fils de Kuru, alors naissent les ténèbres, l’inertie, la démence et l’illusion.

(14.14)
Qui meurt sous la vertu gagne les planètes supérieures, las planètes pures où vivent les grands sages.

(14.15)
Qui meurt sous la passion renaît parmi les hommes qui se vouent à l’action intéressée. Et qui meurt sous l’ignorance renaît dans le monde des bêtes

(14.16)
Il est dit que les actes accomplis sous l’égide de vertu entraînent la purification de leur auteur; sous l’influence de passion, la détresse, sous l’ignorance, la sottise.

(14.17)
De la vertu naît le savoir véritable, et de la passion l’avidité. La folie et la sottise, l’illusion aussi, viennent de l’ignorance.

(14.18)
Ceux qui gouverne la vertu peu à peu s’élèvent jusqu’aux planètes supérieurs, ceux que domine la passion demeurent sur les planètes moyennes terrestres, et ceux qu’enveloppe l’ignorance choient dans le mondes infernaux

(14.19)
Quand on voit, dans tout acte, que rien n’échappe aux trois gunas, mais que Moi, le Seigneur Suprême, les transcende, alors on peut connaître Ma nature spirituelle.

(14.20)
Quand l’être incarné se trouve capable de dépasser les trois gunas, il s’affranchît de la naissance, de la mort, de la vieillesse, ainsi que des souffrances qu'elles engendrent. Il peut dès lors jouir d’ambroisie, en cette vie même.

(14.21)
Arjuna dit: A quels signes, ô Seigneur, se reconnaît l’être qui a dépassé les trois gunas? Comment se comporte-t-il? Et par quelles voies transcende-t-il ces gunas

(14.22)
Le Seigneur Bienheureux dit: Celui, ô fils de Pându, qui n’éprouve nulle aversion, qu’il soit devant l’éclairement, l’attachement ou l’illusion, qui n’éprouve également nulle soif de ces choses en leur absence; qui, au-dessus de ces fruits que portent les trois gunas, se tient comme neutre, toujours inflexible, conscient de ce que rien n’agit en dehors d’eux; qui regarde d’un même oeil le plaisir et la souffrance, et pour qui la motte de terre, l’or et la pierre sont d’égale valeur, qui est sage et tient pour identique et l’éloge et le blâme; qui n’est affecté ni par la gloire ni par l’opprobre, qui traite également amis et ennemis, et qui a renoncé à toute entreprise intéressée, - de celui-là on dit qu’il a transcendé les trois gunas.

(14.23)
...

(14.24)
...

(14.25)
...

(14.26)
celui qui tout entier s’absorbe dans le service de dévotion, sans jamais faillir, transcende dès lors trois gunas et atteint par là le niveau du brahman.

(14.27)
Je suis le fondement du Brahman impersonnel, qui est immortel, intarissable, éternel, et qui constitue le principe même du bonheur ultime.


15. La Personne Suprême

(15.1)
Le Seigneur Bienheureux dit: Il existe un arbre banian, un arbre dont les racines pointent vers le haut, et vers le bas pointent les branches; ses feuilles sont les hymnes védiques. Qui le connaît, connaît les Vedas.

(15.2)
Les branches de cet arbre, que nourrissent les trois gunas, s’étendent en hauteur comme en profondeur; ses ramilles sont les objets des sens. Certain de ses racines pointent aussi vers le bas, liées aux actes matériels accomplis dans le monde des hommes.

(15.3)
De cet arbre, nul ne peut, en ce monde, percevoir la forme exacte. Nul n’en peut voir la fin, le commencement ni la base. Mais il faut, avec détermination, trancher du glaive du détachement ce banian aux puissantes racines, chercher le lieu d’où, une fois qu’on l’atteint, il n’est pas de retour. Puis là, s’abandonner à la Personne Suprême, Dieu, de qui tout a commencé, et en qui tout demeure depuis des temps immémoriaux

(15.4)
...

(15.5)
L’homme libre d’illusion, d’orgueil et de rapports faux, l’homme qui comprend l’éternel, qui triomphe de la concupiscence et de la dualité des joies et des peines, et qui connaît la voie de l’abandon à la Personne Suprême, celui-là atteint éternel royaume.

(15.6)
Ce royaume suprême, le Mien, ni le soleil, ni la lune, ni la force électrique ne l’éclairent. Pour qui l’atteint, point de retour en ce monde.

(15.7)
Les êtres, dans le monde des conditions, sont des fragments éternels de Ma personne. Mais parce que ils sont conditionnés, ils luttent avec acharnement contre les six sens, et parmi eux, le mental.

(15.8)
Comme l’air emporte les odeurs, l’être vivant, en ce monde, emporte avec lui, d’un corps à un autre, les divers manières dont il conçoit la vie.

(15.9)
Revêtent ainsi un nouveau corps grossir, l’être vivant se voit doté d’un sens déterminé de l’ouï, de la vue, du toucher, du goût et de l’odorat, qui tous gravitent autour du mental. Il jouit par là d’une gamme propre d’objets des sens.

(15.10)
Les sots ne sauraient concevoir comment l’être vivant quitte le corps, ou de quelle sorte de corps, sous l’empire des trois gunas, il doit jouir. Mais tout cela, celui dont les yeux sont initiés à la connaissance peut le voir.

(15.11)
Il voit tout cela avec clarté, le spiritualiste établi avec constance dans la résiliation spirituelle. Mais les autres, dénués de réalisation spirituelle, ne peuvent, quelque effort qu’ils y mettent, saisir la vérité.

(15.12)
La splendeur du soleil, qui dissipe les ténèbres l’univers entier, sache-le, procède de Ma Personne. Et aussi de la lune, et aussi celle du feu.

(15.13)
J’entre en chacune des planètes, et à travers Mon énergie, les maintiens dans leur orbite. Je deviens la lune, et par là donne le suc de la vie à tous les végétaux.

(15.14)
Je suis, en chaque corps animé, le feu de la digestion, et aussi le souffle vital, inspiré comme expiré, Ainsi, Je fais, l’assimilation des quatre sortes d’aliments

(15.15)
Je Me tiens dans le coeur de chaque être, et de Moi viennent le souvenir, le savoir et l’oubli, Le but de tous les Vedas et de Me connaître; en vérité, c’est Moi qui ai composé le Vedânta, et Je suis Celui qui connaît les Vedas.

(15.16)
Il est deux ordres d’êtres; le faillibles et l’infaillible. Dans l’univers matériel, tous sont faillibles; mais dans le monde spirituel, il est dit que tous sont infaillibles.

(15.17)
Mais autre que ceux-là est le plus grand des êtres, le Seigneur en personne, qui entre dans le mondes et les soutient.

(15.18)
Puisque Je suis absolu, au-delà du faillible et de l’infaillible, puisque Je suis le plus grand de tous, le monde et les Vedas, Me célèbrent comme cette Personne Suprême.

(15.19)
Celui qui, libre des doutes, Me connaît ainsi, comme Dieu, la Personne Suprême, celui-là, sache-le, sa connaissance embrasse tout. C’est pourquoi, ô descendant de Bharata de tout son être il Me sert avec amour et dévotion.

(15.20)
Ce que maintenant Je te révèle, ô toi sans péché, est la part la plus secrète des Ecritures védiques. Qui en saisit la teneur connaîtra la sagesse, ô descendant de Bharata et ses efforts le mèneront à la perfection


16. Natures divine et démoniaque

(16.1)
Le Seigneur Bienheureux dit: Absence de crainte, purification de l’existence, développement du savoir spirituel, charité, maîtrise de soi, accomplissement des sacrifices, étude des Vedas, austérité et simplicité, non-violence, véracité, absence de colère, renoncement, sérénité, aversion pour la critique, compassion, absence de convoitise, douceur, modestie et ferme détermination, vigueur, pardon, force moral, pureté, absence d’envie et de pureté des honneurs, - telles sont, ô descendant de Bharata, les qualités spirituelles des hommes de vertu, des hommes nés de la nature divine.

(16.2)
...

(16.3)
...

(16.4)
Arrogance, orgueil, colère, suffisance, âpreté, ignorance, - tel sont, ô fils de Prâtha, les traits marquants des hommes issus de la nature démoniaque.

(16.5)
Les qualités divines servent la libération de l’être, les attributs démoniaques poussent à l’asservir. Mais n’aie crainte, ô fils de Pându, car avec les qualités divines tu naquis.

(16.6)
En ce monde existe deux ordres d’êtres créés, les uns divins, les autres démoniaques. je t’ai déjà longuement parlé des attribues divins. De Mes lèvres, ô fils de Prâtha, entends maintenant les attributs démoniaques.

(16.7)
Ce qu’il faut ou ne faut pas faire, les êtres démoniaques l’ignorent. En eux, ni pureté, ni juste conduite, ni véracité.

(16.8)
Ils prétendent que ce monde est irréel et sans fondement, que aucun Dieu ne le dirige; qu’il résulte du désir sexuel et n’a d’autre cause que la concupiscence.

(16.9)
Partant de telles conclusions, les démoniaque, égarés, dénués d’intelligence, se livrent à des oeuvres nuisibles, infâme, qui visent à détruire le monde.

(16.10)
Les êtres démoniaques, qui se réfugient dans la vanité de soi, l’orgueil et insatiable concupiscence, deviennent la proie de l’illusion. Fascinés par l’éphémère, ils consacrent leur vie à des actes malsains.

(16.11)
Jouir des sens jusqu’au dernier moment, tel est, croient-ils, impératif majeur pour l’homme, Aussi leur angoisse ne connaît-elle pas de fin. Enchaînés par des centaines, par des milliers de désirs, par la concupiscence et la colère, ils entassent des richesses par voies illicites, pour satisfaire l ’appétit de leurs sens.

(16.12)
...

(16.13)
Telles est la pensée de l’homme démoniaque: "Tant de richesses sont aujourd’hui miennes, et par mes plans, davantage encore viendront. Je possède aujourd’hui tant de choses, et demain plus et plus encore! Cet homme était de mes ennemis, je l’ai tué; à leur tour, je tuerai les autres. De tout je suis le seigneur et le maître, de tout le bénéficiaire. Moi parfait, moi puissant, moi heureux, moi le plus riche, et entouré de hautes relations. Nul n’atteint ma puissance et mon bonheur. J’accomplirai des sacrifices, ferai la charité, et par là me réjouirai." C’est ainsi que le fourvoie l’ignorance.

(16.14)
...

(16.15)
...

(16.16)
Confondu par des angoisses multiples et pris dans un filet d’illusions, il s’attache par trop a plaisir des sens, et sombre en enfer

(16.17)
Vain de lui-même, toujours arrogant, égaré par la richesse et la fatuité, il accomplit parfois des sacrifices; mais hors de tout principe de toute règle, ceux-ci n’en peuvent porter que le nom.

(16.18)
Ayant cherché son refuge dans le faux ego, dans la puissance, l’orgueil, la concupiscence et la colère, le démoniaque blasphème la vrai religion et M’envie, Moi le Seigneur Suprême, qui réside en son corps même, comme en celui des autres.

(16.19)
Les envieux et malfaisants, les derniers des hommes, Je les plonge dans l’océan de l’existence matérielle sous les diverses formes de la vie démoniaque.

(16.20)
Ceux-là, renaissant vie après vie au sein des espèces démoniaques, jamais ne peuvent M’approcher, ô fils de Kuntî. Peu à peu, ils sombrent dans la condition la plus sinistre.

(16.21)
Trois portes ouvrent sur cet enfer: la concupiscence, la colère et l’avidité. Que tout homme sain d’esprit les referme, car elles conduisent l’âme à sa perte.

(16.22)
O fils de Kuntî, l’homme qui a su éviter ces trois portes de l’enfer voue son existence à des actes qui engagent dans la réalisation spirituelle. Il atteint ainsi peu à peu le but suprême.

(16.23)
Celui en revanche, qui rejette les préceptes des Ecritures pour agir selon son caprice, celui-là n’atteint ni la perfection, ni le bonheur, ni le but suprême.

(16.24)
Ce qu’est ton devoir et ce qu’il n’est pas, sache donc le déterminer à la lumière des principes que donnent les Ecritures. Connaissant ces lois, agit de manière à graduellement t’élever.


17. Les branches de la foi

(17.1)
Arjuna dit: Quant à ceux qui ne suivent pas les principes des Ecritures, mais se vouent à un culte de leur invention, quelle est leur condition, ô Krishna? Est-ce celle de la vertu, de la passion ou de l’ignorance ?

(17.2)
Le Seigneur Bienheureux dit: Selon la nature des influences matérielles [gunas] reçues par l’être incarné, sa foi peut appartenir à trois ordres : vertu, passion, ou l’ignorance. Entends là-dessus Ma parole.

(17.3)
Selon quel guna marque son existence, l’être développe une foi particulière, ô Bharata. On le dit de foi telle, selon qu’il baigne en l’un ou l’autre.

(17.4)
Les hommes que gouverne la vertu vouent leur culte aux devas, ceux que domine la passion, aux êtres démoniaques, et ceux qu’enveloppe l’ignorance vivent dans le culte des fantômes et autres esprit.

(17.5)
Les hommes qui s’imposent des austérités sévères, mais non conformes aux Ecritures, s’y livrant par orgueil, égoïsme, concupiscence, qu’ils Me torturent aussi, Moi, l’Ame Suprême sise en eux, ceux-là, sache-le, sont des asuras.

(17.6)
...

(17.7)
Les aliments chers à chacun se divisent aussi en trois ordres, qui correspondent aux trois gunas. De même pour le sacrifice, l’austérité, la charité. Ecoute, et Je t’enseignerai ce qui les distingue.

(17.8)
Les aliments de la vertu purifient l’existence et en prolongent la durée; ils procurent force, santé, joie et satisfaction. Ces aliments substantiels sont doux, juteux, gras et plein de saveur. Les aliments trop amers, acides, salés, piquants, secs ou chauds, sont aimés de ceux que domine la passion. Ils engendrent souffrance, malheur et maladie. Et chers aux hommes qu’enveloppe l’ignorance, les aliments cuits plus de trois heures avant d’être consommés, les aliments privés de goût, e fraîcheur, malodorants, décomposés ou impurs, voir les restes.

(17.9)
...

(17.10)
...

(17.11)
Parmi les sacrifices, celui qu’on accomplit par devoir, selon les règles des Ecritures, et sans en attendre aucun fruit pour soi-même, appartient à la vertu.

(17.12)
Mais le sacrifice accompli en vue de quelque résultat ou bienfait matériel, ou d’une manière ostentatoire, par orgueil, sache qu’il naît de la passion, ô meilleur des Bhâratas.

(17.13)
Quant au sacrifice accompli sans foi aucune et hors des préceptes scripturaires, où nulle nourriture consacrée n’est distribuée, nul hymne chanté, où les prêtres ne reçoivent aucun don en retour, il est dit relever de l’ignorance.

(17.14)
Respecter le culte du Seigneur Suprême, des brâhmanas, du maître spirituel, et de tous ceux qui sont au-dessus de nous, tel le père et la mère; observe la pureté, la simplicité, la continence et non-violence, - telles sont les austérités du corps.

(17.15)
User d’un langage vrai, dirigé vers le bien de tous, mais encore éviter les mots blessants, ainsi que réciter assidûment les Vedas, - telles sont les austérités du verbe.

(17.16)
Sérénité, simplicité, gravité, maîtrise de soi et pureté de la pensée, - telles sont les austérités du mental.

(17.17)
pratiqué avec foi par des hommes dont le but n’est pas d’obtenir pour eux-mêmes quelque bienfait matériel, mais de satisfaire le Suprême, la triple union de ces austérités procède de vertu.

(17.18)
Quant aux pénitences ostentatoires, qui recherchent le respect, l’honneur et la vénération des hommes, on les dit appartenir à la passion. Elles ne sont qu’instables et éphémères.

(17.19)
Enfin, les pénitences et austérité accomplies par sottise, et faites de tortures obstinées, ou subies en vue de blesser, de détruire, on les dit issues de l’ignorance

(17.20)
La charité que dicte le devoir, fait sans rien attendre en retour, en de justes conditions de temps et de lieu, et qui en est digne, cette charité, on la dit s’accomplir sous le signe de la vertu.

(17.21)
Mais la charité é qu’inspire l’espoir de la récompense, ou le désir d’un fruit matériel, ou encore faite à contrecoeur, celle-là est dite appartenir à la passion.

(17.22)
Enfin, la charité qui n’est faite ni en temps ni en lieu convenable, ni à des gens qui en sont dignes ou qui s’exerce de façon irrespectueuse et méprisante, on la dit relever de l’ignorance.

(17.23)
Om tat sat, depuis les origines de la création, ces trois syllabes ont servi à désigner la Vérité Suprême et Absolue [Brahman]. Pour la satisfaction du Suprême, brâhmanas les ont prononcées lors du chant des hymnes védiques et de l’accomplissement des sacrifices.

(17.24)
Ainsi, les spiritualistes entament toujours leurs sacrifices, austérités et actes charitables en prononçant le om, afin d’atteindre l’Absolu.

(17.25)
On doit accomplir sacrifice, austérités et charitables en prononçant le mot ta, si l’on veut connaître le but de ces pratiques spirituelles, qui est de s’affranchir des chaînes de la matière.

(17.26)
La vérité Absolue constitue le but des pratiques dévotionnelles, et on La désigne par le mot sat. Ces pratiques - sacrifices, austérités et actes charitables - , en harmonie avec l’Absolu, la Personne Suprême, sont pour Lui plaire, ô fils de Prâtha.

(17.27)
...

(17.28)
Mais les sacrifices, les austérités et les actes charitables accomplis sans foi en Suprême sont éphémères, ô fils de Prâtha, quels que soient les rituels qui les accompagnent. On les dits asat, et ils sont vains, dans cette vie comme dans la prochaine.


18. Le parfait renoncement

(18.1)
Arjuna dit: J’aspire à connaître le but du renoncement [tyâga], ô Toi aux-bras-puissants, et aussi le but du sannyâsa, ô vainqueur du monstre Kesî, ô Hrsîkesa.

(18.2)
Le Seigneur Bienheureux dit: Abandonner les fruits de tout acte, voilà ce qu’entendent les sages par ce mot, "renoncement" [tyâga].Et ce que les grands érudits nomment "sannyâsa ", c’est l’état même de l’homme qui pratique ce renoncement.

(18.3)
Certains sages affirment que toute action intéressée doit être reniée, quand d’autre soutiennent que les actes de sacrifices, d’austérité et de charité

(18.4)
De Mes lèvres à présent, ô meilleur de Bhâratas, écoute la nature du renoncement. Les Ecritures, ô tigre entre les hommes, distinguent en lui trois ordres.

(18.5)
On ne doit nullement renoncer aux actes de sacrifices, d’austérité et de charité: il faut certes les accomplir. Au vrai, ces sacrifices, austérités et charité sanctifient même les grandes âmes.

(18.6)
Mais toutes ces pratiques, il faut les accomplir sans en attendre aucun fruit, seulement par sens du devoir, ô fils Prâtha. telle est Mon ultime pensée.

(18.7)
Jamais on ne doit renoncer au devoir prescrit. De l’homme qui, sous l’emprise de l’illusion, le délaisse, on dit que son renoncement relève de l’ignorance.

(18.8)
Et celui qui, par crainte, ou le jugement pénible, se dérobe au devoir prescrit, on le dit dominé par la passion. Jamais un tel acte ne saurait conférer l’élévation qui résulte du renoncement.

(18.9)
mais celui qui, par crainte, ou le jugeant pénible, se dérobe au devoir prescrit, on le dit dominé par la passion, Jamais un tel acte ne saurait conférer l’élévation qui résulte du renoncement.

(18.10)
L’homme d’intelligence, établi dans la vertu, qui ne hait l’action défavorable ni s’attache à l’action propice, n’éprouve aucun doute quant à l’agir.

(18.11)
Impossible, en vérité, est, pour l’être incarné, le renoncement à tout acte. Et donc, le vrai renoncement, on dira que le pratique celui qui renonce aux fruits de l’acte.

(18.12)
Le triple fruit des actes - désirable, indésirable et mixte - guette, après la mort, l’homme qui n’a pas pratiqué le renoncement. Mais le sannyâsi n’aura ni jouir ni à souffrir d’un tel fruit.

(18.13)
Laisse-Moi t’instruire, ô Arjuna aux-bras-puissants, des cinq facteurs de l’acte, que décrit la philosophie du sânkhya: ils sont le lieu, l’auteur, les sens l’effort et, surtout, l’Ame Suprême.

(18.14)
...

(18.15)
Quelque acte, bon ou mauvais, que l’homme accomplisse par le corps, le mental ou le verbe, procède de ces cinq facteurs.

(18.16)
Et donc, celui qui se croit seul agissant, qui ne considère pas les cinq facteurs de l’acte, ne montre certes pas grande intelligence, et se trouve par-là dans l’incapacité de voir les choses en leur juste relief.

(18.17)
Celui dont les actes ne sont pas motivés par le faux ego, dont l’intelligence ne s’enlise pas, tuât-il en ce monde, jamais ne tue. Jamais non plus ses actes ne l’enchaînent.

(18.18)
Le savoir, l’objet du savoir et le connaissant sont les facteurs qui suscitent l’acte. Les sens, l’acte en soi et son auteur forment la triple base de toute action.

(18.19)
Il est trois ordres de savoir, d’actes et d’agissants; ils correspondent aux trois gunas. Ecoute-Moi te les décrire.

(18.20)
Le savoir par quoi l’on distingue en toutes existence une essence spirituelle unique, impérissable, une au sein du multiple, ce savoir, sache-le procède de vertu.

(18.21)
Mais le savoir par quoi l’on perçoit l’existence, en divers corps, d’autant d’être aux natures différentes, ce savoir, sache-le, appartient à la passion.

(18.22)
Quant au savoir par quoi, aveugle à la vérité, on s’attache à une seule sorte d’action, comme si elle était tout, ce savoir, fort restreint, il est dit qu’il relève des ténèbres de l’ignorance.

(18.23)
L’acte que dicte le devoir, l’acte qui s’accomplit sans attachement, sans attrait ni aversion, et s’accompagne du renoncement à ses fruits, cet acte, on le dit procéder de la vertu.

(18.24)
Mais l’acte accomplit par grand effort, l’acte qui vise à l’assouvissement des désirs, et que motive le faux ego, cet acte est dit appartenir à la passion.

(18.25)
Quant à l’acte accompli dans l’inconscience et l’égarement, sans considérer les suites ou l’enchaînement qu’il entraîne, qui fait violence à autrui et s’avère impraticable, cet acte est dit relever de l’ignorance.

(18.26)
L’agissant libre de tout attachement matériel, affranchi du faux ego enthousiaste, résolu, et indifférent au succès comme à l’échec, on le dit sous le signe de la vertu.

(18.27)
Mais l’agissant qui s’attache aux fruits de son labeur, qui avec passion désir en jouir, qui est avide, envieux, impure, ballotté par les joies et peines.

(18.28)
Quant à l’agissant qui toujours va à l’encontre des préceptes scripturaires, matérialiste, obstiné, fourbe et savant dans l’insulte, paresseux, toujours morose, qui sans cesse remet au lendemain, on le dit baigner dans l’ignorance.

(18.29)
A présent, écoute, ô conquérant des richesses, en détail Je vais décrire pour toi les trois sortes d’intelligence et de détermination, selon les trois gunas.

(18.30)
L’intelligence par quoi l’on distingue ce qu’il convient ou ne convient pas de faire, ce qui est à craindre et ce qui ne l’est pas, ce qui enchaîne et ce qui libère, cette intelligence, ô fils de Prâtha, procède de vertu.

(18.31)
Mais l’intelligence qui de la religion ou de l’irréligion ne distingue pas les voies, ni ne distingue ce qu’il convient ou ne convient pas de faire, cette intelligence imparfaite, ô fils de Prâtha, elle appartient à la passion.

(18.32)
Quant à l’intelligence baignant dans l’illusion et les ténèbres, qui prend l’irréligion pour la religion et la religion pour l’irréligion, qui toujours se tourne vers la voie mauvaise, cette intelligence, ô fils de Prâtha, relève de l’ignorance.

(18.33)
La détermination qu’on ne peut briser, que la pratique du yoga soutient avec constance, et qui ainsi gouverne le mental, la vie même et les mouvement des sens, cette détermination. ô fils de Prâtha, procède de la vertu.

(18.34)
Mais la détermination par quoi, dans la piété, l’acquisition de biens et la satisfaction des sens, on tient fortement à quelque fruit personnel, cette détermination, ô Arjuna, elle appartient à la passion.


(18.35)
Quant à la détermination qui se révèle impuissante à mener au-delà du rêve, de la peur, des lamentations, de la morosité et de l’illusion, cette détermination inapte, ô fils de Prâtha, relève de l’ignorance.

(18.36)
Maintenant, ô meilleur des Bhâratas, écoute-Moi te décrire les trois sortes de bonheur dont jouit l’être conditionné, et par la répétition de quoi il en vient parfois au terme de toute souffrance. Le bonheur qui d’abord peut sembler comme un poison, mais à la fin s’avère comparable au nectar, et qui éveille à la réalisation spirituelle, ce bonheur, on le dit procéder de vertu.

(18.37)
...

(18.38)
Mais le bonheur né du contact des sens avec leurs objets, qui d’abord est pareil au nectar, mais à la fin prend le goût du poison, ce bonheur est dit appartenir à la passion.

(18.39)
Quant au bonheur aveugle à la réalisation spirituelle, et qui du début à la fin n’est que chimère, issu du sommeil, de la paresse et de l’illusion, ce bonheur, on le dit relever de l’ignorance.

(18.40)
Nul être, ni sur la Terre, ni parmi les devas, sur les planètes supérieurs, n’est libre de l’influence des trois gunas.

(18.41)
Brâhmanas, ksatriya, vaisyas et sudras se distinguent par les qualités qu’ils manifestent dans l’action, ô vainqueur des ennemis, selon l’influence des trois gunas.

(18.42)
Sérénité, maîtrise de soi, austérité, pureté, tolérance, intégrité, sagesse, savoir et pitié, - telle sont les qualités qui accompagnent l’acte du brâhmana.

(18.43)
Héroïsme, puissance, détermination, ingéniosité, courage au combat, générosité, art de régir, - telles sont les qualités qui accompagnent l’acte de ksatriya

(18.44)
L’aptitude à la culture des terres, au soin du détail et au négoce, voilà qui est lié à l’acte à l’acte du vaisya. Quant au sûdra, il est dans sa nature de servir les autres par son travail.

(18.45)
En suivant, dans ses actes, sa nature propre, chaque homme peut connaître la perfection. Comment accomplir cela, écoute Moi te le dire à présent.

(18.46)
En adorant le Seigneur, l’Omniprésent, à l’origine de tous les êtres, l’homme peut, dans l’accomplissement de son devoir propre, atteindre la perfection.

(18.47)
Mieux vaut s’acquitter de son devoir propre, fut-ce de manière imparfaite, que d’assumer celui d’un autre, même pour l’accomplir parfaitement. Par l’accomplissement des devoirs prescrits, que sa nature assigne à chacun, on n’encourt jamais le péché.

(18.48)
Comme le feu est couvert par la fumée, toute entreprise est voilée par quelque faute. Aussi, ô fils de Kuntî, nul ne doit abandonner l’acte propre à sa nature, fut-il empreint de taches.

(18.49)
L’homme peut goûter les fruits de renoncement par la simple maîtrise de soi, le détachement des choses de ce monde et le désintérêt à l’égard des plaisirs matériels. Là réside en fait la plus haute perfection du renoncement.

(18.50)
Brièvement, ô fils de Kuntî, apprends de Moi comment, si l’on agit de la façon que Je vais t’exposer, on peut atteindre la perfection suprême, le niveau de brahman.

(18.51)
Tout entier purifié par l’intelligence, maîtrisant le mental avec détermination, renonçant aux objets qui font le plaisir des sens, affranchi et de l’attachement et de l’aversion, l’homme qui vit en un lieu retiré, qui mange peu et maîtrise le corps et la langue, qui toujours demeures en contemplation, détaché, sans faux ego, sans vaine puissance ou vaine gloire, sans convoitise ni colère, qui se ferme aux choses matérielles, libre de tout sentiment de possession, serin, - cet homme se trouve certes élevé au niveau de la réalisation spirituelle.

(18.52)
...

(18.53)
...

(18.54)
Celui qui atteint le niveau spirituel réalise du même coup le Brahman Suprême, et y trouve une joie infinie. Jamais il ne s’afflige, jamais il n’aspire à quoi que ce soit; il se montre égal envers tous les êtres. Celui-là obtient alors de Me servir avec un amour et une dévotion purs.

(18.55)
A travers le service de dévotion, et seulement ainsi, peut-on Me connaître tel que Je suis. Et l’être qui, par une telle dévotion, devient pleinement conscient de Ma Personne, entre alors en Mon royaume absolu.

(18.56)
Bien engagé en des activités de toutes sortes, Mon dévot, sous Ma protection, atteint, par Ma grâce, l’éternelle et impérissable demeure.

(18.57)
Dans tous tes actes, ne dépends que de Moi, et place-toi toujours sous Ma protection. Ce service de dévotion, accomplis-le en pleine conscience de Ma Personne.

(18.58)
Si tu deviens conscient de Moi, tous les obstacles de l’existence conditionnée, par Ma grâce tu les franchiras. Si toutefois, tu n’agis pas animé par une telle conscience, mais par le faux ego, Me fermant ton oreille, tu seras perdu.

(18.59)
Si tu n’agis pas selon Mes directives, si tu refuses de livrer le combat, tu te verras alors fourvoyé. Et, par ta nature, il te faudra tout de même combattre.

(18.60)
Sous l’emprise de l’illusion, tu refuses à présent d’agir selon Mes instructions. Mais, contraint par ta propre nature, tu devras agir de même, ô fils de Kuntî.

(18.61)
Le Seigneur Suprême Se tient dans le coeur de tous les êtres, ô Arjuna, et dirige leurs errances à tous, qui se trouvent chacun comme sur une machine constituée d’énergie matérielle.

(18.62)
Abandonne-toi tout entier à Lui, ô descendant de Bharata. Par Sa grâce, tu connaîtras la paix absolue, et tu atteindras l’éternelle et suprême demeure.

(18.63)
Ainsi t’ai-Je dévoilée le plus secret des savoirs, Réfléchis mûrement, puis agis comme il te plaira.

(18.64)
Si Je te révèle cette part du savoir, la plus secrète, c’est que tu es Mon ami très cher. Ecoute Ma parole, car Je la dis pour ton bien.

(18.65)
Emplis toujours de Moi ton mental, et deviens Mon dévot, offre-Moi ton hommage, voue-Moi ton adoration, et certes à Moi tu viendras. Cela, Je te le promets, car tu es Mon ami, infiniment cher.

(18.66)
Laisse là toute autre forme de religion, et abandonne-toi simplement à Moi. Toutes les suites de tes fautes, Je t ’en affranchirai. N’aie nulle crainte.

(18.67)
Ce savoir secret ne saurait être dévoilé aux hommes ni austères, ni dévoués, ni engagés dans le service de dévotion, ou qui M’envient.

(18.68)
Pour celui qui enseigne ce secret suprême à Mes dévots, le progrès dans le service de dévotion est assuré, et, à la fin, nul doute, il reviendra à Moi.

(18.69)
Nul de Mes serviteurs, en ce monde, ne M’est plus cher que lui, et jamais nul ne Me sera plus cher.

(18.70)
Et Je le proclame, celui qui étudiera cet entretien sacré, le nôtre, M’adorera par son intelligence.

(18.71)
Quant à celui qui l’aura écouté avec foi, sans envie, il s’affranchira des suites de ses actes coupables et atteindra les planètes où vivent les vertueux.

(18.72)
O Arjuna, conquérant des richesses, as-tu tout écouté d’un mental parfaitement vigilant? tes illusions, ton ignorance, sont-elles à présent dissipées?

(18.73)
Arjuna dit: O cher Krishna , Toi l’Infaillible, mon illusion s’est maintenant évanouie; j’ai, par Ta grâce, recouvré la mémoire. Me voici ferme, affranchi du doute; je suis prêt à agir selon Ta parole.

(18.74)
Sanjaya dit: Tel ai-je entendu le dialogue de deux âmes magnanimes, Krishna et Arjuna, dialogues si merveilleux qu’il fait sur mon corps les poils se hérisser.

(18.75)
Par la grâce de Vyâsa, j’ai entendu cet entretien, le plus secrets; directement je l’ai entendu de Krishna, le maître de tous les yogas, qui en personne parlait à Arjuna.

(18.76)
O roi, me rappelant encore et encore ce dialogue merveilleux entre Krishna et Arjuna, j’éprouve une immense joie, et chaque instant je frémis.

(18.77)
Et lorsque vient à ma mémoire, ô roi, l’éblouissante Forme de Krishna, plus grande encore est pour moi la merveille, et toujours plus grande ma joie.

(18.78)
Où que Se trouve Krishna, le maître de tous les yogîs, où que se trouve Arjuna, l’archer sublime, là règnent l’opulence, la victoire, la puissance formidable et la moralité. telle est ma pensée.


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