Bouddhisme

Sermons du Bouddha

Sermons du Bouddha
Auteur: Bouddha (révélation vers l'an -540)


Table des matières

Préface
1. L'accès aux libres examens (KALAMA-SUTTA)
2. Le principe de non-violence (AGGI-SUTTA)
3. La guerre et la paix (SANGAMA-SUTTA)
4. Les guerres pendant les avalanches (PABBATUPAMA-SUTTA)
5. Conseils aux laïcs (VELUDVAREYYA-SUTTA)
6. Les dieux et les déesses (VERANJAKA-SUTTA)
7. Conseils à une femme excessive (BHARIYA-SUTTA)
8. La richesse chez l'avare (APUTTAKA-SUTTA)
9. La richesse et la beauté (MALLIKA-SUTTA)
10. L'utilité de l'attention (AMBALATTHIKARAHULOVADA-SUTTA)
11. Les quatre Vérités des nobles (DHAMMA-CAKKAPPAVATTANA-SUTTA)
12. Les questions inutiles (CULAMALUNKYA-SUTTA)
13. La doctrine de non-Soi (ANATTALAKKHANA-SUTTA)
14. La coproduction conditionnée (ACELA-SUTTA)
15. Les actions et leurs résultats (SIVAKA-SUTTA)
16. Où sont les vrais Brahma(s)? (TEVIJJA-SUTTA)
17. La patience infinie (KAKACUPAMA-SUTTA)
18. Un tronçon de bois (DARUKKHANDHA-SUTTA)
19. L'entraînement graduel (GANAKAMOGGALLANA-SUTTA)
20. Le domptage de l'éléphant (DANTABHUMI-SUTTA)
21. L'incendie (ADITTAPARIYAYA-SUTTA)
22. Les facultés sensorielles (INDRIYABHAVANA-SUTTA)
23. Un monceau de malheurs (MAHADUKKHAKKHANDHA-SUTTA)
24. Le coeur d'un grand arbre solide (MAHASAROPAMA-SUTTA)
25. La Vacuité (CULASUNNATA-SUTTA)

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Préface

Un Bouddha (« Eveillé ») désigne une personne ayant par sa sagesse (prajna) réalisé l'éveil, c'est-à-dire atteint le nirvana (selon le hīnayana) ou transcendé la dualité samsara (selon le Mahayana). Le Bouddha peut aussi être appelé « Bienheureux » (bhagavat), « Celui qui a vaincu » (Jina) ou encore « Ainsi-Venu » (Tathagata). Le plus connu des bouddhas fut le fondateur du bouddhisme, Siddhartha Gautama, archétype du « bouddha pur et parfait » (samyaksambuddha).

* Les trois types d'éveil :

Dès l'origine, les textes palis distinguent trois voies vers l'éveil:
1) Bouddha auditeur (sravakabuddha appelé aussi arhat), qui a atteint le nirvaņa par l'enseignement d'un bouddha.
2) Bouddha solitaire (pratyekabuddha), qui a trouvé la voie par lui-même mais n'a pas les capacités de libérer d'autres êtres.
3) Bouddha pur et parfait (samyaksambuddha), qui a atteint l'éveil par lui-même et a les capacités d'enseigner le dharma. Atteindre cet éveil demande de suivre la voie de bodhisattva.
C'est ce dernier type que désigne le plus souvent le terme bouddha. L'exemple le plus célèbre en est le Bouddha historique, Shakyamuni, mais d'autres samyaksambuddha sont reconnus et vénérés.
Après son nirvana, un bouddha est affranchi de tout lien (samyojana), mais peut encore être affecté par la maladie ou empoisonné ; si son corps porte trente-deux marques distinctives, il est néanmoins constitué de quatre éléments et donc périssable. Cependant, certains textes évoquent la quasi-invulnérabilité du bouddha parfait, résultat du fait qu’il a évacué son mauvais karma, en particulier en sacrifiant au cours de nombreuses existences des parties de son corps, voire sa vie. La blessure infligée par Devadatta à Shakyamuni est ainsi interprétée comme le signe d’un léger reste de mauvais karma.

* Le bouddhisme Theravada :

Le bouddhisme ancien ou le bouddhisme theravada considère que seuls de rares individus emprunteront la voie du bodhisattva, dont l'aboutissement est l'éveil pur et parfait du samyaksambuddha, qui permet de « faire tourner la roue du dharma » et de répandre la bonne doctrine dans le monde. Ils en ont fait le vœu de nombreuses existences auparavant devant un bouddha du passé. Le Buddhavamsa décrit un processus comprenant trois grands kalpas avant d’accéder à l'existence où le bodhisattva deviendra bouddha. Ayant atteint le nirvana, le bouddha (comme l'arhat) vit sa dernière existence ; la mort signale l'extinction totale (parinirvana).
Dès l'origine, le bouddhisme reconnaît, outre le Bouddha de notre ère, plusieurs bouddhas du passé qui l'ont précédé. Le Digha Nikaya et le Samyutta Nikaya en mentionnent six, d’autres textes vingt-quatre, le Buddhavamsa vingt-sept ; l’Apadana du Khuddaka-Nikaya va jusqu'à trente-cinq. En ce qui concerne les bouddhas à venir, Maitreya, annoncé par Gautama lui-même, est le seul connu du canon pali, mais des textes post-canoniques comme le Dasabodhisattuppattikatha et le Dasabodhisattaddesa en comptent neuf, dont sept sont nommés avec leur lieu de résidence : Metteyya (Maitreya), Rama, Pasena, Vibhuti vivent au paradis Tusita, Subhuuti, Nalagiri, Parileyya résident au paradis Tavatimsa.

* Le bouddhisme Mahayana :

Selon le bouddhisme mahayana et vajrayana, chacun peut avoir l'ambition de devenir bodhisattva et la nature de bouddha (tathagatagarbha) peut être reconnue dans tous les êtres sensibles. Le bouddha n'est plus à proprement parler celui qui atteint le nirvana, mais plutôt celui qui a transcendé la dualité samsara/nirvana. Par ailleurs, un bouddha se manifeste sous trois aspects appelés le trikaya :
- le « corps de transformation», nirmaṇakaya, l'apparence humaine inscrite dans l'histoire, le seul perçu par les humains ;
- le « corps de jouissance », sambhogakaya, perçu par certains bodhisattvas ;
- le « corps de dharma » absolu, dharmakaya, fruit de la sagesse la plus parfaite, nature même du bouddha, vacuité (sūnyata) où les dualités s’annulent.
Les deux premiers corps ne sont que des moyens d'enseigner dus à la compassion.

* Le bouddhisme Vajrayana :

Le vajrayana reprend les concepts du mahayana. En outre, le corps absolu y est parfois nommé adibuddha (tib. thogma sangya) ou « bouddha auto-créé » et peut constituer un quatrième corps sahajakaya transcendant, primordial, inchangé et indestructible, sans forme et sans action, bien qu'il puisse donner lieu à des émanations visibles. Il est nommé Vairocana dans le bouddhisme Shingon, Samantabhadra dans la plus ancienne école tibétaine (Nyingmapa) et Vajrasattva ou Vajradhara dans les courants ultérieurs comme Kagyupa ou Gelugpa.
L'adibouddha engendre des émanations qui engendrent elles-mêmes d'autres émanations, bouddhas, bodhisattvas, formes courroucées, etc. Le modèle archétypal est le groupe des cinq bouddhas de méditation. Le niveau où se situe une figure donnée peut varier selon les traditions ou le type de pratique tantrique. Ainsi, Vairocana, figure centrale du groupe des cinq bouddhas, est considéré comme l'adibouddha suprême dans le courant Shingon, mais comme une émanation de l'adibouddha Samantabhadra ou Vajradhara dans le bouddhisme tibétain.

* Les différents Bouddhas :

- Bouddha historique :

Le fondateur du bouddhisme est nommé Siddhartha Gautama ; Siddhartha est donné comme son nom personnel, mais il s'agit probablement d'un surnom tardif. Gautama, attesté sans conteste, est probablement son gotta, mais certains y voient l’appellation "fils de Dame Gautami", du gotta de celle qui l'aurait élevé à la mort de sa mère. Il est encore appelé Gautama Bouddha, ou Shakyamuni (sage des Shakya) en raison de son appartenance à ce clan. Il porte de plus de nombreuses épithètes, comme Tathagata, "celui qui est venu ainsi" [prêcher la bonne Loi]. Le titre de Bouddha lui fut accordé par ses disciples.

Les récits de sa vie, tout d’abord transmis oralement, n'ont été mis par écrit pour la première fois que quelques centaines d’années après sa mort et mélangent métaphysique et légende. Certains épisodes, tel celui où il apaise un éléphant furieux que son cousin jaloux Devadatta aurait lâché contre lui, peuvent être d’authentiques souvenirs historiques contrairement à ses conversations avec les dieux ou sa téléportation instantanée au Sri Lanka. Au fil du temps, une riche légende s’est développée dans les jatakas. En tout état de cause, l’existence d’un Gautama-Shakyamuni fondateur du bouddhisme n'est pas mise en doute. Il aurait vécu aux environs du VIe siècle av. J.-C. et serait mort vers quatre-vingts ans. Selon les chroniques historiques du Sri Lanka, il est né en 563 av. J.-C. La plupart des sources s’accordent également pour dire qu’il est décédé aux alentours de l’an 480 av. J.-C. Toutes les traditions concordent sur le fait que Siddhartha Gautama est contemporain des deux rois du Magadha, Bimbisâra et son fils Ajatasattu, qui lui apportèrent souvent leur soutien. A l'âge de 16 ou 20 ans Bouddha Gautama épouse Yashodhara, sa cousine germaine fille d'un seigneur du voisinage et donne naissance à un garçon nommé Rahula.

A 29 ans, le prince comprend que si sa condition le met à l'abri du besoin, rien ne le protègera jamais de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Il quitte alors son palais et sa famille pour chercher la voie du salut. Gautama entreprend alors une vie d'ascèse et se consacre à des pratiques méditatives austères. Six ans plus tard, il comprend et préconise la voie moyenne consistant à nier les excès, refusant autant l'austérité excessive que le laxisme. Jugeant cette décision comme une trahison, les cinq disciples qui le suivaient l'abandonnent. Siddhartha Gautama prend alors place sous un pipal (Ficus religiosa), faisant vœu de ne pas bouger avant d'avoir atteint la Vérité.

Plusieurs légendes racontent comment Mara, démon de la mort, effrayé du pouvoir que le Bouddha allait obtenir contre lui en délivrant les hommes de la peur de mourir, tente de le sortir de sa méditation en lançant contre lui des hordes de démons effrayants et ses trois filles séductrices. Mais c'est peine perdue et à l'âge de 35 ans Bouddha accède à l'éveil. Il affirme être parvenu à la compréhension totale de la nature, des causes de la souffrance humaine et des étapes nécessaires à son élimination. Bouddha Gautama insiste sur le fait qu'il n'est pas un dieu.

Gautama garda le célibat depuis l'âge de 29 ans jusqu'à sa mort. Il sera également indifférent à la faim et aux rigueurs du climat. Durant les 45 dernières années de sa vie, Bouddha voyage dans la région du Gange et de ses affluents. Il enseigne sa pratique méditative et fonde la communauté des moines et nonnes bouddhistes, le sangha, afin que ses enseignements se perpétuent après sa disparition. Son école bénéficie généralement du soutien des rois de Magadha et survit à une première tentative de schisme de la part de Devadatta. Sentant sa mort venir, il demande à son disciple Ananda de lui préparer un lit entre deux sals et décède à Kusinara dans l'actuel Uttar Pradesh, à l'âge de 80 ans. Les derniers mots du Bouddha sont : « L'impermanence est la loi universelle. Travaillez avec diligence à votre propre salut. »

- Bouddha Dipankara:

Dipankara est l'un des nombreux bouddhas du passé. C'est durant son ère que le futur Siddhartha Gautama prononça le vœu de devenir bouddha dans le futur ; Dipankara lui assura qu'il le serait.

- Bouddha Bhaisajyaguru:

Bhaisajyaguru est un autre bouddha du passé dont l'aide est sollicitée pour lutter contre les maladies et les calamités. Il est parfois appelé "bouddha médecin".

- Bouddha Maitreya du futur:

Maitreya (« amical », « bienveillant », nommé Milefo en chine) est parfois appelé le "bouddha du futur": tant le mahayana que le hīnayana le considèrent comme le prochain bouddha. La "Prophétie de Maitreya" décrit sa venue. Maitreya, comme son nom l'indique, sera un bouddha d'amour bienveillant (maitrī) afin de rehausser le bien-être du monde, et l'orienter vers l'Éveil. Certains courants s’écartant du bouddhisme orthodoxe estiment que Maitreya a déjà atteint l’état de bouddha mais diffère sa venue, ou qu’il est déjà dans ce monde incognito. Par exemple Benjamin Creme (fondateur du mouvement bouddhiste Share International) prétendit que Maitreya est le messie attendu par toutes les religions sous des noms différents.

- Bouddha Amitabha:

Amitabha ou Amida (japonais) est un bouddha ignoré du courant hīnayana. Il règne sur le « paradis occidental de la Terre pure ». La récitation de son nom est une pratique importante de l'école dite de la Terre pure dont il est la déité principale ; certaines branches considèrent même que cet exercice suffit à donner accès à son paradis. Il a aussi sa place dans le bouddhisme vajrayana comme l'un des cinq bouddhas de méditation.

- Bouddha Dhyanibuddhas:

Les cinq dhyanibuddhas, "bouddhas de méditation" ou "bouddhas de sagesse" du vajrayana, sont les émanations de l'adibuddha primordial représentant les divers aspects de la conscience d’illumination (dhyani). Ce sont Vairocana (ci-dessous), Amitabha (ci-dessus), Akshobhya, Amoghasiddhi et Ratnasambhava.

- Bouddha Vairocana:

Vairocana, ou Maha Vairocana "Grand soleil" ou "Grande lumière", est le bouddha central du groupe des cinq dhyanibuddhas du vajrayana ; il est particulièrement important dans le bouddhisme tantrique japonais Shingon où il est l'adibouddha primordial. Il joue aussi un rôle central dans les écoles mahayana chinoises et japonaises Tiantai-Tendaï et Huayan-Kegon.

- Bouddha Samantabhadra:

Habituellement considéré comme un bodhisattva, Samantabhadra est le bouddha primordial de la tradition nyingma, « de l'ancienne traduction », du bouddhisme tibétain.

- Bouddha Vajradhara:

Vajradhara est le bouddha primordial dans les traditions Sarmas, « de la nouvelle traduction », du bouddhisme tibétain.

- Bouddha et l'hindouisme:

Dans l'hindouisme, Bouddha est considéré comme la neuvième incarnation du Dieu Vishnou. Ceci provient du temps où la popularité du bouddhisme, notamment dans les castes inférieures, commençait à inquiéter les brahmanes. D'après le texte sacré hindou vishnouite, le Bhagavata Puraṇa, « Vishnou prit la forme de Bouddha pour tromper les Asuras. En conseillant aux démons d'abandonner les Védas, il contribua à diminuer leur pouvoir et à rétablir la suprématie des dieux ». Dans la section Dasavatara-stotra de son Gita Govinda, le célèbre poète vaïshnava Jayadeva Goswami (XIIIe siècle ap J.-C.) inclut Bouddha parmi les dix avatars principaux de Vishnou. Ainsi Vishnou serait descendu sur terre pour mettre fin à l'attitude arrogante des brahmanes et purifier l'hindouisme : la nouvelle doctrine qu'il prêcha en tant que Bouddha expliquait que tout un chacun pouvait s'échapper du cycle des réincarnations par un comportement exemplaire, lié en premier lieu à l'Ahimsâ.


1. L'accès aux libres examens (KALAMA-SUTTA)

(1.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux en voyageant dans le pays Kosala, avec un grand groupe de disciples, arriva dans une ville appelée Kesaputta. Les Kalamas, habitants de Kesaputta, apprirent que "le religieux Gotama, fils des Sakyas, ayant abandonné sa famille sakya et quitté son foyer pour entrer dans la vie religieuse, voyageant dans le pays Kosala, était parvenu à Kesaputta".

(1.2)
Or, une bonne réputation se propageait à propos de ce Bienheureux Gotama: Il est le Bienheureux, l'Arahant, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en sa sagesse et sa conduite, bien arrivé (à son but), le Connaisseur des mondes, l'incomparable Guide des êtres qui doivent être guidés, l'Instructeur des dieux et des humains, le Bouddha, le Bienheureux.

(1.3)
Ayant connu lui-même ce monde-ci avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), avec ses troupes de religieux et de brahmanes, ses êtres célestes et humains, il le fait connaître.

(1.4)
Il enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il exalte la Conduite pure parfaitement pleine et parfaitement pure. Rencontrer un tel Arahant est vraiment une bonne chose."

(1.5)
Les Kalamas, habitants de Kesaputta, rendirent alors visite au Bienheureux. En y arrivant, certains parmi eux rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres échangèrent avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie et s'assirent ensuite à l'écart sur un côté. Certains, les mains jointes, rendirent hommage dans la direction où se trouvait le Bienheureux, puis s'assirent à l'écart sur le coté. D'autres encore, ayant énoncé leurs noms et leurs noms de famille, s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres s'assirent à l'écart sur un côté sans rien dire.

(1.6)
S'étant assis ainsi à l'écart sur un côté, ils s'adressèrent au Bienheureux et dirent: "O vénérable Gotama, il y a des religieux et des brahmanes qui arrivent à Kesaputta. Ils exposent et exaltent seulement leur propre doctrine, mais ils condamnent et méprisent les doctrines des autres. Puis d'autres religieux et brahmanes arrivent aussi à Kesaputta. Eux aussi exposent et exaltent leur propre doctrine, et ils méprisent, critiquent et brisent les doctrines des autres. O Vénérable, il y a un doute, il y a une perplexité chez nous à propos de ces diverses opinions religieuses. Parmi ces religieux et ces brahmanes, qui dit la vérité et qui des mensonges?"

(1.7)
Le Bienheureux s'adressa aux Kalamas et dit: Il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

(1.8)
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire. Ne vous laissez par guider par l'autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée que "ce religieux est notre maître spirituel".

(1.9)
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.

(1.10)
Maintenant, je vous demande: "Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'avidité apparaît chez quelqu'un, cette avidité apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour son mal ?"

(1.11)
Les Kalamas répondirent: O Vénérable, l'avidité apparaît pour le mal de cet individu.

(1.12)
O Kalamas, en se donnant à l'avidité, étant vaincu par l'avidité, étant enveloppé mentalement par l'avidité, un tel individu tue des êtres vivants, commet des vols, s'engage dans l'adultère et profère des paroles mensongères. Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps? Certainement, oui, ô Vénérable.

(1.13)
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque la haine apparaît chez quelqu'un, cette haine apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour le mal? O Vénérable, la haine apparaît pour le mal de cet individu.

(1.14)
O Kalamas, en se donnant à la haine, étant vaincu par la haine, étant enveloppé mentalement par la haine, un tel individu tue des êtres vivants (...) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps? Certainement oui, ô Vénérable.

(1.15)
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'illusion apparaît chez quelqu'un, cette illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? O Vénérable, l'illusion apparaît pour le mal de cet individu.

(1.16)
O Kalamas, en se donnant à l'illusion, étant vaincu par l'illusion, étant enveloppé mentalement par l'illusion, un tel individu tue des êtres vivants (...) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps? Certainement oui, ô Vénérable.

(1.17)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises? O Vénérable, ces choses sont mauvaises. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? O Vénérable, ces choses sont blâmables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? O Vénérable, ces choses sont censurées par les sages.

(1.18)
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au mal et au malheur? Lorsqu'on les met en pratique, ô Vénérable, ces choses conduisent au mal et au malheur. C'est ce qui est généralement accepté. C'est ce que nous en pensons.

(1.19)
Le Bienheureux dit: C'est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit: Il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

(1.20)
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que "ce religieux est notre maître spirituel".

(1.21)
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.

(1.22)
Ensuite, le Bienheureux s'adressa à nouveau aux Kalamas et dit: Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que "ce religieux est notre maître spirituel".

(1.23)
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu'on les met en pratique, elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.

(1.24)
Maintenant, je vous demande: "Qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsque l'absence d'avidité apparaît chez un individu, cette absence d'avidité apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? "
Les Kalamas répondirent: O vénérable, l'absence d'avidité apparaît pour le bien-être de cet individu.

(1.25)
O Kalamas, ne se donnant pas à l'avidité, n'étant pas vaincu par l'avidité, n'étant pas enveloppé mentalement par l'avidité, un tel individu ne tue point d'êtres vivants, ne commet pas de vols, ne s'engage pas dans l'adultère, ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s'abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être? Certainement oui, ô Vénérable.

(1.26)
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'absence de haine apparaît chez un individu, cette absence de haine apparaît-elle pour le bien-être de cet individu, ou pour son mal? O Vénérable, l'absence de haine apparaît pour son bien.

(1.27)
O Kalamas, ne se donnant pas à la haine, n'étant pas vaincu par la haine, n'étant pas enveloppé mentalement par la haine, cet individu ne tue pas d'êtres vivants (...) et ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.

(1.28)
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l'absence d'illusion apparaît chez un individu, cette absence d'illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? O Vénérable, l'absence d'illusion apparaît pour son bien.

(1.29)
O Kalamas, ne se donnant pas à l'illusion, n'étant pas vaincu par l'illusion, n'étant pas enveloppé mentalement par l'illusion, cet individu ne tue pas d'êtres vivants (...) et ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s'abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.

(1.30)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises? O Vénérable, ces choses sont bonnes. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? O Vénérable, ces choses sont louables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? O Vénérable, ces choses sont pratiquées par les sages.

(1.31)
Qu'en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au bien-être et au bonheur, ou bien ne conduisent-elles pas au bien-être et au bonheur? Les Kalamas répondirent: Lorsqu'on les met en pratique, ces choses conduisent au bien-être et au bonheur. C'est ce qui est généralement accepté. C'est ce que nous en pensons.

(1.32)
Le Bienheureux dit: C'est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit: Il est juste pour vous, ô Kalamas, d'avoir un doute et d'être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d'une matière qui est douteuse.

(1.33)
Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (...) ni par la pensée que "ce religieux est notre maître spirituel".

(1.34)
Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu'on les met en pratique elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.

(1.35)
O Kalamas, le disciple noble, qui s'est ainsi séparé de l'avidité, de la haine, de l'illusion, ayant une compréhension claire et une attention de la pensée, demeure, faisant rayonner la pensée de bienveillance dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans la totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de bienveillance, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

(1.36)
Egalement, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de compassion dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de compassion, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

(1.37)
Egalement, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de joie sympathique dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée de joie sympathique, large profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

(1.38)
Egalement, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée d'équanimité dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.

(1.39)
O Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée ainsi libérée de la haine, de la malveillance, qui a une pensée non souillée et une pensée pure, est quelqu'un qui trouve les quatre soulagements, ici et maintenant, en pensant:

(1.40)
"Supposons qu'il y ait, après la mort, des résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). En ce cas, il est possible pour moi de naître après la dissolution du corps, après la mort, dans un des cieux où se trouvent des bonheurs célestes." Cela est le premier soulagement.

(1.41)
"Supposons qu'il n'y ait pas, après la mort, de résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). Tout de même, ici et maintenant, dans cette vie, je demeure sain et sauf avec une pensée heureuse, libérée de la haine, de la malveillance." Cela est le deuxième soulagement.

(1.42)
"Supposons que des mauvais résultats tombent sur l'individu qui a accompli des mauvaises actions. Quant à moi, je ne souhaite aucun mal à personne. Alors comment se pourrait-il qu'un mauvais résultat tombe sur moi qui ne fais aucune action mauvaise? " Cela est le troisième soulagement.

(1.43)
"Supposons que des mauvais résultats ne tombent pas sur l'individu qui fait des actions mauvaises. Alors dans ces deux cas, je trouve que je suis pur." Cela est le quatrième soulagement.

(1.44)
O Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu'un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant.

(1.45)
Les Kalamas dirent: "Cela est exact, ô Bienheureux, cela est exact, ô Parfait. Le disciple des êtres nobles, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu'un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant (...)"

(1.46)
Ayant entendu la parole du Bienheureux, les Kalamas s'écrièrent: Merveilleux, ô Bienheureux, merveilleux. C'est comme si l'on redressait ce qui a été renversé, ou découvrait ce qui a été caché, ou montrait le chemin à celui qui s'est égaré, ou apportait une lampe dans l'obscurité pour que ceux qui ont des yeux puissent voir. Ainsi, le vénérable Gotama a rendu claire la vérité de nombreuses façons.

(1.47)
Nous prenons refuge dans le vénérable Gotama, dans l'Enseignement (dhamma), dans la Communauté (saiigha). Que le vénérable Gotama veuille bien nous accepter comme disciples laïcs jusqu'à la fin de nos vies."


2. Le principe de non-violence (AGGI-SUTTA)

(2.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait au monastère fondé par Anathapindika, dans le parc Jeta, près de la ville de Savatthi. En ce temps-là, un grand sacrifice avait été organisé par le brahmane Uggatasarira. Les animaux: cinq cents taureaux, cinq cents jeunes boeufs, cinq cents génisses, cinq cents chèvres, cinq cents béliers, avaient été amenés au poteau sacrificiel afin d'être immolés.

(2.2)
Alors, le brahmane Uggatasarira rendit visite au Bienheureux. S'étant approché du Bienheureux, il échangea avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis s'assit à l'écart sur un côté.

(2.3)
Le brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux: "O vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."

(2.4)
Le Bienheureux dit: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."

(2.5)
Le brahmane Uggatasarira dit pour la deuxième fois: "O vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."

(2.6)
Le Bienheureux dit: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."

(2.7)
Pour la troisième fois, le brahmane Uggatasarira dit: "O vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."

(2.8)
Le Bienheureux aussi répéta alors: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."

(2.9)
Enfin, le brahmane dit: "Dans ce cas, nous avons donc le même point de vue! Mon opinion et celle du vénérable Gotama sont tout à fait semblables sur ce point!" Pendant cette discussion, l'Ayasmanta Ananda était là en écoutant.

(2.10)
Lorsque le brahmane Uggatasarira eut ainsi parlé, l'Ayasmanta Ananda dit: O brahmane, le Tathagata ne doit pas être interrogé ainsi, en disant: "O vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses", mais vous devez formuler votre question ainsi: "O vénérable, je me prépare à allumer un feu de sacrifice et à ériger un poteau sacrificiel. Que le Bienheureux me conseille! Que le Bienheureux m'instruise pour que ses conseils m'amènent le bonheur et le bien-être pour longtemps!"

(2.11)
Le brahmane Uggatasarira alors s'adressa au Bienheureux: "O Vénérable, je me prépare à allumer un feu de sacrifice et à ériger un poteau sacrificiel. Que le Bienheureux me donne des conseils ! Que le Bienheureux m'instruise pour que ses conseils m'amènent le bonheur et le bien-être pour longtemps!"

(2.12)
Le Bienheureux dit: O brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu de sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse trois épées malfaisantes, mauvaises dans leur efficacité, mauvaises dans leur fruit. Quelles sont ces trois épées? L'épée des actions corporelles, l'épée des actions verbales et l'épée des actions mentales.

(2.13)
O brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel fait naître les pensées suivantes: "Que pour ce sacrifice soient massacrés tant de taureaux, tant de jeunes boeufs, tant de génisses, tant de chèvres, tant de béliers."

(2.14)
De cette façon, il fait des démérites, mais en pensant acquérir des mérites. Il fait une chose mauvaise, mais en pensant faire une bonne chose. Il prépare la voie conduisant à une destination malheureuse, mais en pensant préparer la voie conduisant à une destination heureuse.

(2.15)
Ainsi, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse en premier lieu cette épée des actions mentales, qui est malfaisante, mauvaise dans son efficacité, mauvaise dans son fruit.

(2.16)
Et encore, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel déclare: "Que pour ce sacrifice soient massacrés tant de taureaux, tant de jeunes boeufs, tant de génisses, tant de chèvres, tant de béliers."

(2.17)
De cette façon, il fait des démérites, mais en pensant acquérir des mérites. Il fait une chose mauvaise, mais en pensant faire une chose bonne. Il prépare la voie conduisant à une destination malheureuse, mais en pensant préparer la voie conduisant à une destination heureuse.

(2.18)
Ainsi, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse en second lieu cette épée des actions verbales, qui est malfaisante, mauvaise dans son efficacité mauvaise dans son fruit.

(2.19)
Et encore, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel met en marche lui-même toute l'affaire, en disant: "Que l'on abatte les taureaux, pour sacrifier! Que l'on abatte les jeunes boeufs pour sacrifier ! Que l'on abatte les génisses pour sacrifier! Que l'on abatte les béliers pour sacrifier!"

(2.20)
De cette façon, il fait des démérites, mais en pensant acquérir des mérites. Il fait une chose mauvaise, mais en pensant faire une chose bonne. Il prépare la voie conduisant à une destination malheureuse, mais en pensant préparer la voie conduisant à une destination heureuse.

(2.21)
Ainsi, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse en troisième lieu cette épée des actions corporelles qui est malfaisante, mauvaise dans son efficacité, mauvaise dans son fruit.

(2.22)
De cette façon, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du sacrifice, et qui érige le poteau sacrificiel dresse ces trois épées malfaisantes, qui sont mauvaises dans leur efficacité, qui sont mauvaises dans leur fruit.

(2.23)
Il y a, ô brahmane, trois sortes de feu qu'il faut abandonner, qu'il faut éloigner, qu'il faut éviter. Quels sont ces trois feux? Ce sont le feu de l'avidité, le feu de la haine et le feu de l'illusion.

(2.24)
Pourquoi, ô brahmane, le feu de l'avidité faut-il l'abandonner, l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée obsédée par l'avidité, dominée par l'avidité, impressionnée par l'avidité, on s'engage dans un cours mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et mauvais en action mentale. Alors, après la dissolution du corps, après la mort, on renaîtra dans les enfers, dans les destinations malheureuses, dans le malheur, dans l'enfer.

(2.25)
Pourquoi, ô brahmane, le feu de la haine faut-il l'abandonner, l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée obsédée par la haine, dominée par la haine, impressionnée par la haine, on s'engage dans un cours mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et mauvais en action mentale. Alors, après la dissolution du corps, après la mort, on renaîtra dans les enfers, dans les destinations malheureuses, dans le malheur, dans l'enfer.

(2.26)
Pourquoi, ô brahmane, le feu de l'illusion faut-il l'abandonner, l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée obsédée par l'illusion, dominée par l'illusion, impressionnée par l'illusion, on s'engage dans un cours mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et mauvais en action mentale. Alors, après la dissolution du corps, après la mort, on renaîtra dans les enfers, dans les destinations malheureuses, dans le malheur, dans l'enfer.

(2.27)
En effet, ô brahmane, ces trois sortes de feux doivent être abandonnés, doivent être éloignés, doivent être évités.

(2.28)
(Cependant) il y a, ô brahmane, trois sortes de feux qui amènent le bonheur lorsqu'on les respecte, vénère et révère. Quels sont ces trois feux? Le feu des êtres dignes de respect, le feu des chefs de famille et le feu des êtres dignes de dons.

(2.29)
Quel est le feu des êtres dignes de respect? Considère, ô brahmane, quelqu'un qui honore sa mère et son père. La mère et le père sont appelés "le feu des êtres dignes de respect". Pourquoi? Parce que ce feu s'est produit. Pour cette raison, ô brahmane, le feu des êtres dignes de respect, s'il est respecté, vénéré et révéré, ne manque pas d'amener le bonheur.

(2.30)
Quel est le feu des chefs de famille ? Considère, ô brahmane, quelqu'un qui traite correctement ses enfants et sa femme, ses esclaves, ses serviteurs, ses travailleurs. Ces êtres (appartenant au chef de famille) sont appelés "le feu des chefs de famille". Pour cette raison, ô brahmane, le feu des chefs de famille, s'il est respecté, vénéré et révéré, ne manque pas d'amener le bonheur.

(2.31)
Quel est le feu des êtres dignes de dons ? Considère, ô brahmane, les religieux et les prêtres, qui s'abstiennent de la vaine gloire, de l'orgueil et de l'indolence, qui supportent tout avec patience et sérénité, tantôt essayant de se dompter eux-mêmes, tantôt se dirigeant vers l'obtention de l'émancipation. Ces êtres sont appelés "le feu des êtres dignes de dons". Pour cette raison, ô brahmane, le feu des êtres dignes de dons, s'il est respecté, vénéré et révéré, ne manque pas d'amener le bonheur.

(2.32)
En effet, ô brahmane, ces trois sortes de feux, s'ils sont respectés, vénérés et révérés, ne manquent pas d'amener le bonheur.

(2.33)
Concernant le feu de bois, ô brahmane, il faut l'allumer de temps en temps, il doit être maintenu de temps en temps, il doit être éteint de temps en temps, il doit être abandonné de temps en temps."

(2.34)
Cela dit, le brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux: Merveilleux, ô vénérable Gotama! Merveilleux, ô vénérable Gotama ! Que le vénérable Gotama veuille bien m'accepter comme un disciple laïc qui, de ce jour jusqu'à la fin de sa vie, le prenne comme refuge.

(2.35)
Je laisse, ô vénérable Gotama, en liberté ces cinq cents taureaux, je leur donne la vie. Je laisse en liberté ces cinq cents jeunes boeufs, je leur donne la vie.

(2.36)
Je laisse en liberté ces cinq cents génisses. Je leur donne la vie. Je laisse en liberté ces cinq cents béliers, je leur donne la vie.

(2.37)
Que ces animaux mangent de l'herbe comme ils veulent. Qu'ils boivent l'eau fraîche comme ils veulent. Que la douceur du vent souffle sur leur corps.


3. La guerre et la paix (SANGAMA-SUTTA)

(3.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait à Savatthi. En ce temps-là, Vedehiputta Ajatasattu, roi du pays Magadha, ayant déployé une armée de quatre divisions s'avança jusqu'à Kasi, contre Pasenadi Kosala, roi du pays Kosala. Le roi Pasenadi Kosala apprit l'expédition militaire du roi Vedehiputta Ajatasattu et déploya lui aussi une armée de quatre divisions, puis il s'avança jusqu'à Kasi pour faire face à l'armée du roi Vedehiputta Ajatasattu. Ainsi ces deux souverains se firent la guerre. De la bataille le roi Vedehiputta Ajatasattu sortit vainqueur du roi Pasenadi Kosala. Celui-ci alors, étant vaincu, fit retraite jusqu'à Savatthi, sa propre capitale.

(3.2)
Ce jour-là, de nombreux disciples, s'étant habillés de bon matin, prirent leur bol à aumône et leur manteau, entrèrent dans la ville de Savatthi pour recevoir leur nourriture. Puis, ayant fini leur tournée d'aumône, après avoir terminé leur repas, ils s'approchèrent du Bienheureux. S'étant approchés, ils rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent à l'écart sur un côté.

(3.3)
Ensuite, ils l'informèrent: "Le roi Ajatasattu de Magadha, ô Bienheureux, a déployé son armée de quatre divisions et s'est avancé jusqu'à Kasi contre le roi Pasenadi Kosala. Le roi Pasenadi Kosala ayant appris l'expédition militaire du roi Vedehiputta Ajatasattu, déploya lui aussi son armée de quatre divisions, s'avança jusqu'à Kasi pour faire face à l'armée du roi Vedehiputta Ajatasattu (...)"

(3.4)
Le Bienheureux dit: "O moines, Vedehiputta Ajatasattu est un ami non vertueux, il est un compagnon non vertueux, il est un allié non vertueux. Cependant, ô moines, Pasenadi Kosala, roi de Kosala, est un ami vertueux, il est un compagnon vertueux) il est un allié vertueux. Pour le moment, ce roi Pasenadi Kosala passe cette nuit-ci dans la misère en éprouvant sa défaite."

(3.5)
Ensuite le Bienheureux s'exprima ainsi: "La conquête engendre la haine, le vaincu demeure dans la misère. Celui qui se tient paisible, ayant abandonné toute idée de victoire ou de défaite se maintient heureux."

(3.6)
(Quelque temps après, encore une fois) Vedehiputta Ajatasattu, roi de Magadha, ayant déployé son armée de quatre divisions, s'avança jusqu'à Kasi contre Pasenadi Kosala, roi de Kosala. Le roi Pasenadi Kosala ayant appris l'expédition militaire du roi Vedehiputta Ajatasattu et déploya lui aussi son armée de quatre divisions s'avança jusqu'à Kasi pour faire face à l'armée du roi Vedehiputta Ajatasattu. Ainsi, ces deux souverains se firent guerre.

(3.7)
Dans cette bataille, le roi Pasenadi Kosala sortit vainqueur du roi Vedehiputta Ajatasattu et réussit à le prendre vivant. Le roi Pasenadi Kosala se dit: "Bien que je ne sois pas hostile à ce roi, lui est hostile à mon égard. Et, en tout cas, il est mon neveu. Il faut que je confisque seulement son armée: la division des éléphants, celle des chevaux, celle des chars de guerre et celle des soldats d'infanterie. Quant à Vedehiputta Ajatasattu, je ne le tue pas, mais je le laisse en liberté." Ainsi, le roi Pasenadi Kosala confisqua l'armée de Vedehiputta Ajatasattu et le laissa, lui, en liberté.

(3.8)
Ce jour-là, de nombreux disciples, s'étant habillés de bon matin, prirent leur bol à aumône et leur manteau, entrèrent dans la ville de Savatthi pour recueillir l'aumône. Puis, ayant fini leur tournée d'aumône, après avoir terminé leur repas, ils s'approchèrent du Bienheureux. S'étant approchés, ils rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent à l'écart sur un côté.

(3.9)
Ensuite, ils l'informèrent: "Le roi Ajatasattu de Magadha, ô Bienheureux, a déployé son armée de quatre divisions et s'est avancé jusqu'à Kasi contre le roi Pasenadi Kosala. Le roi Pasenadi Kosala ayant appris l'expédition militaire du roi Vedehiputta Ajatasattu déploya lui aussi son armée de quatre divisions s'avança jusqu'à Kasi pour faire face à l'armée du roi Vedehiputta Ajatasattu (...)" Ainsi, le roi Pasenadi Kosala confisqua l'armée de Vedehiputta Ajatasattu et le laissa, lui, en liberté.

(3.10)
A ce moment-là, ayant entendu tout cela, sachant les faits, le Bienheureux s'exprima ainsi: Un homme ruine un autre homme jusqu'à ce que son acte serve à sa propre ruine. Or, lorsqu'il est ruiné par les autres, même s'étant ruiné, il en ruine un autre. Jusqu'à ce que son acte soit mûr, l'imbécile imagine: voici mon tour venu. Cependant, au moment où l'acte est mûr, cet idiot ne sort pas des souffrances.

(3.11)
Un meurtrier retrouve son futur meurtrier, un vainqueur retrouve son futur vainqueur, un offenseur retrouve son futur offenseur, un malfaiteur retrouve son futur malfaiteur, ainsi, selon la maturité de l'acte commis, même s'étant ruiné, il en ruine un autre."


4. Les guerres pendant les avalanches (PABBATUPAMA-SUTTA)

(4.1)
Une fois, alors que le Bienheureux séjournait à Savatthi, pendant un après-midi, le roi Pasenadi Kosala s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux et s'assit à l'écart sur un côté.

(4.2)
Le Bienheureux s'adressa au roi Pasenadi Kosala: "Vous voilà donc, ô grand roi. Où êtes-vous allé, ces temps-ci ?" Le roi répondit: J'étais très occupé, ô Bienheureux, dans diverses affaires dont les rois s'occupent, c'est-à-dire dans les affaires des rois d'origine khattiya qui ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre.

(4.3)
Le Bienheureux dit: A ce propos, qu'en pensez-vous, ô grand roi? Supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne de l'Est et vous informe ainsi: "Que sa majesté sache que je viens des provinces de l'Est où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage. Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet."

(4.4)
Egalement, supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne de l'Ouest et vous informe (...)

(4.5)
Egalement, Supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne du Nord et vous informe (...)

(4.6)
Egalement, supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne du Sud et vous informe: "Que sa majesté sache que je viens des provinces du Sud où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage. Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet."

(4.7)
Dans ce cas-là, ô grand roi, en écoutant ces quatre nouvelles, étant saisi par une si grande terreur devant de si graves pertes humaines, alors que la naissance en tant qu'être humain est une occasion très difficile à obtenir, qu'y aurait-il à faire?

(4.8)
Le roi répondit: "Dans une si grande terreur, ô Bienheureux, devant de si graves pertes humaines, alors que la naissance en tant qu'être humain est une occasion très difficile à obtenir, qu'y aurait-il à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats ?"

(4.9)
Le Bienheureux dit alors: "Je vous informe, ô grand roi, que la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche. Puisque la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche, qu'y a-t-il à faire?"Le roi répondit: Puisque la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche, ô Bienheureux, qu'y a-t-il à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats.

(4.10)
Les guerres où les éléphants sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des éléphants sont inutiles et inopportunes.

(4.11)
Egalement, ô Bienheureux, les guerres où les chevaux sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés (...) Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des chevaux sont inutiles et inopportunes.

(4.12)
Egalement, ô Bienheureux, les guerres où les chars de guerre sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés (...) Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des chars de guerre sont inutiles et inopportunes. Egalement, ô Bienheureux, les guerres où les soldats d'infanterie sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés (...) Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des soldats d'infanterie sont inutiles et inopportunes.

(4.13)
Egalement, ô Bienheureux, il y a à ma cour royale des conseillers très capables qui sont compilateurs des formules sacrées utilisables en vue d'arrêter des ennemis qui s'avancent. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'on fait en employant des formules sacrées sont inutiles et inopportunes.

(4.14)
Egalement, ô Bienheureux, il y a chez moi une grande quantité d'or, entassée dans des souterrains et amassée dans les chambres fortes des hauts étages, utilisable comme une stratégie financière en vue d'arrêter des ennemis qui s'avancent. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'on fait en employant des stratégies financières sont inutiles et inopportunes.

(4.15)
Lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ô Bienheureux, qu'y a-t-il à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats.

(4.16)
Le Bienheureux dit: Vous avez raison, ô grand roi, vous avez raison. Lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, il n'y a rien à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats.

(4.17)
Ensuite, le Bienheureux s'exprima ainsi: Tout comme un rocher d'une grande montagne perçant le ciel s'écroule en avalanche de tous les côtés, écrasant les terrains plats dans les quatre directions, de même la vieillesse et la mort arrivent en écrasant tout le monde sans distinction. Les notables, les brahmanes, les commerçants et les intouchables, personne ne peut s'évader ou s'en amuser. Le danger imminent ensevelit chacun et tout le monde.

(4.18)
Dans ce domaine, il n'y a ni place ni utilité pour la guerre. La victoire ne peut survenir par déploiement des éléphants, ni des chevaux, ni des chars de guerre, ni des soldats d'infanterie, ni des formules sacrées, ni de la finance.

(4.19)
Que l'homme sage utilise la capacité de sa pensée pour son bien-être, qu'il ait confiance dans le Bouddha, dans le Dhamma et dans le Saiigha.

(4.20)
Celui qui vit selon la droiture au moyen de son corps, de sa parole et de sa pensée est vénéré ici-bas, de par le monde, il trouve aussi le bonheur céleste dans la vie prochaine.


5. Conseils aux laïcs (VELUDVAREYYA-SUTTA)

(5.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux voyageant dans les provinces du pays Kosala, avec une grande troupe de disciples, arriva à Veludvara, un village de brahmanes. Les habitants de Veludvara, brahmanes chefs de famille, apprirent que le religieux Gotama, fils des Sakyas, qui avait abandonné sa famille sakyas, et quitté son foyer pour entrer dans la vie religieuse, en voyageant dans les provinces du pays Kosala, était parvenu à Veludvara.

(5.2)
En effet, une bonne réputation s'était propagée à propos du Bienheureux Gotama: Il est le Bienheureux, l'Arahant, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en sagesse et en conduite, bien arrivé (à son but), le Connaisseur des mondes, l'incomparable Guide des êtres qui doivent être guidés, l'Instructeur des dieux et des humains, le Bouddha, le Bienheureux.

(5.3)
Ayant connu lui-même ce monde-ci avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), avec ses troupes de religieux et de brahmanes, ses êtres célestes et humains, il le fait connaître.

(5.4)
Il enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il exalte la Conduite pure parfaitement pleine, parfaitement pure. Rencontrer un tel Arahant est vraiment une chance."

(5.5)
Les brahmanes chefs de famille, habitants de Veludvara, rendirent visite au Bienheureux. En arrivant, certains parmi eux rendirent hommage au Bienheureux, puis s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres échangèrent avec lui des politesses et des paroles de courtoisie, puis s'assirent à l'écart sur un côté. Certains, les mains jointes, se tournèrent vers le Bienheureux puis s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres encore, ayant énoncé leurs noms et leurs noms de famille, s'assirent à l'écart sur un côté. D'autres s'assirent à l'écart sur un côté sans rien dire.

(5.6)
S'étant assis à l'écart sur un côté, les brahmanes chefs de famille, habitants de Veludvara, s'adressèrent au Bienheureux et dirent: O vénérable Gotama, nous sommes des gens qui ont telles passions, tels espoirs, telles intentions comme: "de vivre au milieu de beaucoup d'enfants", "d'utiliser le santal de Bénarès", "de porter des guirlandes et d'utiliser des parfums et des onguents", "d'accepter l'or et l'argent", "de renaître dans les destinations heureuses, dans les états célestes, après la dissolution du corps, après la mort".

(5.7)
Nous vous demandons, ô vénérable Gotama, enseignez-nous une doctrine selon laquelle nous pourrions vivre avec telles passions, tels espoirs, telles intentions comme: "De vivre au milieu de beaucoup d'enfants, d'utiliser le santal de Bénarès, de porter des guirlandes et d'utiliser des parfums et des onguents, d'accepter l'or et l'argent, de renaître dans les destinations heureuses, dans les états célestes, après la dissolution du corps, après la mort."

(5.8)
Le Bienheureux dit: O chefs de famille, je vous enseignerai donc un mode de vie qui procure un profit à chacun. Ecoutez-le. Rendez vos oreilles attentives". Entendu, ô vénérable Gotama", répondirent les brahmanes chefs de famille, habitants de Veludvara.

(5.9)
Le Bienheureux dit: Quel est, ô chefs de famille, le mode de vie qui procure un profit à chacun? Imaginons, ô chefs de famille, que le disciple noble réfléchisse ainsi: "J'aime la vie et je ne veux pas mourir. J'aime la joie et je répugne aux douleurs. Si je suis privé de la vie par quelqu'un, c'est un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi. Si, moi, je prive quelqu'un d'autre de sa vie, ce ne sera un fait ni agréable ni plaisant pour lui, car il ne veut pas qu'on le tue, et il aime la joie, et il répugne aux douleurs.

(5.10)
Ainsi, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour quelqu'un d'autre. Donc, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis-je l'infliger à quelqu'un d'autre?

(5.11)
Le résultat d'une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s'abstient de tuer les êtres vivants. Il encourage les autres à s'abstenir de tuer les êtres vivants. Il parle et fait l'éloge d'une telle abstinence. Ainsi, en ce qui concerne la conduite de son corps, il est complètement pur.

(5.12)
Et encore, ô chefs de famille, imaginons que le disciple noble réfléchisse ainsi: Si quelqu'un prenait avec l'intention de la voler une chose m'appartenant que je ne lui ai pas donnée, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour moi. Si moi, je prenais avec l'intention de la voler une chose appartenant à quelqu'un d'autre qu'il ne m'aurait pas donnée, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour lui.

(5.13)
Ainsi, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour quelqu'un d'autre. Donc, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis-je l'infliger à quelqu'un d'autre ?

(5.14)
Le résultat d'une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s'abstient de prendre ce qui ne lui est pas donné. Il encourage les autres à s'abstenir de prendre ce qui ne leur est pas donné. Il parle et fait éloge d'une telle abstinence. Ainsi, en ce qui concerne la conduite de son corps, il est complètement pur.

(5.15)
Et encore, ô chefs de famille, imaginons que le disciple noble réfléchisse ainsi: Si quelqu'un avait des relations sexuelles avec mes femmes, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour moi. Si moi, j'avais des relations sexuelles avec les femmes de quelqu'un d'autre, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour lui.

(5.16)
Ainsi, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour quelqu'un d'autre. Donc, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis-je l'infliger à quelqu'un d'autre?

(5.17)
Le résultat d'une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s'abstient de s'engager dans les relations sexuelles illicites. Il encourage les autres aussi à s'abstenir de s'engager dans des relations sexuelles illicites. Il parle et fait l'éloge d'une telle abstinence. Ainsi, en ce qui concerne la conduite de son corps, il est complètement pur.

(5.18)
Et encore, ô chefs de famille, imaginons que le disciple noble réfléchisse ainsi: Si quelqu'un entamait mon bien-être par des mensonges, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour moi. Si moi, j'entamais le bien-être de quelqu'un d'autre par des mensonges, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour lui.

(5.19)
Ainsi, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour quelqu'un d'autre. Donc, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis-je l'infliger à quelqu'un d'autre?

(5.20)
Le résultat d'une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s'abstient de dire des mensonges. Il encourage les autres aussi à s'abstenir de dire des mensonges. Il parle et fait l'éloge d'une telle abstinence. Ainsi, en ce qui concerne la conduite de sa parole, il est complètement pur.

(5.21)
Et encore, ô chefs de famille, imaginons que le disciple noble réfléchisse ainsi: Si quelqu'un me séparait de mes amis par la calomnie, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour moi. Si moi, je séparais un autre de ses amis par la calomnie, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour lui.

(5.22)
Ainsi, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour quelqu'un d'autre. Donc, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis je l'infliger à quelqu'un d'autre?

(5.23)
Le résultat d'une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s'abstient de dire des paroles calomnieuses. Il encourage les autres aussi à s'abstenir de dire des paroles calomnieuses. Il parle et fait l'éloge d'une telle abstinence. Ainsi, en ce qui concerne la conduite de sa parole, il est complètement pur.

(5.24)
Et encore, ô chefs de famille, imaginons que le disciple noble réfléchisse ainsi: Si quelqu'un me traitait avec des paroles insensées, des paroles futiles, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour moi. Si moi, je traitais un autre avec des paroles insensées, des paroles futiles, ce serait un fait ni agréable ni plaisant pour lui.

(5.25)
Ainsi, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour quelqu'un d'autre. Donc, un fait qui n'est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis-je l'infliger à quelqu'un d'autre?

(5.26)
Le résultat d'une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s'abstient de dire des paroles insensées, des paroles futiles. Il encourage les autres aussi à s'abstenir de dire des paroles insensées, des paroles futiles. Il parle et fait l'éloge d'une telle abstinence. Ainsi, en ce qui concerne la conduite de sa parole, il est complètement pur.

(5.27)
Puis, le disciple noble possède une confiance sereine à l'égard du Bouddha, en réfléchissant: "Il est le Bienheureux, l'Arahant, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en sagesse et en conduite, bienvenu, le Connaisseur des mondes, l'incomparable Guide des êtres qui doivent être guidés, l'Instructeur des dieux et des humains, le Bouddha, le Bienheureux."

(5.28)
Puis, le disciple noble possède une confiance sereine à l'égard de l'Enseignement, en réfléchissant: "Bien exposé par le Bienheureux est l'Enseignement, donnant des résultats ici même, immédiat, invitant à le comprendre, conduisant à la perfection, compréhensible par les sages en eux-mêmes.

(5.29)
Puis le disciple noble possède une confiance sereine à l'égard de la Communauté, en réfléchissant: La Communauté des disciples du Bienheureux est de conduite droite, la Communauté des disciples du Bienheureux est de conduite correcte, la Communauté des disciples du Bienheureux est de conduite bienséante; ce sont en fait les quatre paires d'êtres: les huit êtres. Telle est la Communauté des disciples du Bienheureux, digne des offrandes, digne de l'hospitalité, digne de dons, digne de respect; le plus grand champ de mérite pour le monde.

(5.30)
Désormais, ô chefs de famille, puisque le disciple noble a rempli ces sept conditions et ces quatre points d'avantage, s'il le veut, il peut déclarer avec certitude: "La voie vers l'enfer a été coupée, la voie vers les naissances animales a été coupée, la voie vers le monde des esprits malheureux a été coupée, la voie vers les mondes de malheurs, vers le malheur, vers les destinations malheureuses, a été coupée. Je suis entré dans le courant. Il est sûr que je ne suis plus destiné à retomber. Je suis destiné à atteindre l'état d'Eveil."

(5.31)
Cela dit, les brahmanes chefs de famille, habitants de Veludvara, dirent au Bienheureux: Merveilleux, ô vénérable Gotama, merveilleux, ô vénérable Gotama. C'est (vraiment), ô vénérable Gotama, comme si l'on redressait ce qui a été renversé, découvrait ce qui a été caché, montrait le chemin à l'égaré, ou apportait une lampe dans l'obscurité en pensant: "Que ceux qui ont des yeux voient les formes", de même le vénérable Gotama a rendu claire la doctrine de nombreuses façons.

(5.32)
Nous prenons refuge dans le vénérable Gotama, dans l'Enseignement et dans la Communauté des disciples. Que le vénérable Gotama veuille bien nous accepter comme disciples laïcs de ce jour jusqu'à la fin de nos vies.


6. Les dieux et les déesses (VERANJAKA-SUTTA)

(6.1)
Une fois, le Bienheureux était en voyage sur une grande route entre Madura et Veranja. A ce moment-là, un nombre important de chefs de famille voyageaient aussi avec leurs femmes sur cette grande route. Le Bienheureux, en quittant la route, s'assit sur un siège préparé au pied d'un arbre, au bord de cette route. En voyant que le Bienheureux s'était assis, les chefs de famille et leurs femmes s'approchèrent, lui rendirent hommage, puis s'assirent à l'écart, sur un côté. Lorsqu'ils furent assis, le Bienheureux s'adressa à eux et dit:

(6.2)
O chefs de famille, il y a quatre façons de vivre ensemble (dans la vie conjugale). Quelles sont ces quatre façons ? Un homme semblable à un cadavre qui vit avec une femme semblable à un cadavre; un homme semblable à un cadavre qui vit avec une femme semblable à une déesse; un homme semblable à un dieu qui vit avec une femme semblable à un cadavre; un homme semblable à un dieu qui vit avec une femme semblable à une déesse.

(6.3)
Comment, ô chefs de famille, un homme semblable à un cadavre vit-il avec une femme semblable à un cadavre? Dans ce cas, ô chefs de famille, un mari est quelqu'un qui tue des êtres vivants, il commet des vols, il s'engage dans des relations sexuelles illicites, il pratique le mensonge, il consomme des boissons enivrantes qui causent l'égarement et l'inattention, il est cruel et fait du mal aux autres, il vit avec un coeur impur, il insulte les religieux et les prêtres.

(6.4)
Sa femme également tue des êtres vivants, elle commet des vols, elle s'engage dans des relations sexuelles illicites, elle pratique le mensonge, elle consomme des boissons enivrantes, elle est cruelle et fait du mal aux autres, elle vit avec un coeur impur, elle insulte les religieux et les prêtres. C'est ainsi, ô chefs de famille, qu'un homme semblable à un cadavre mène sa vie avec une femme semblable à un cadavre.

(6.5)
Et comment, ô chefs de famille, un homme semblable à un cadavre mène-t-il sa vie avec une femme semblable à une déesse? Dans ce cas, le mari est quelqu'un qui tue des êtres vivants, il commet des vols, il s'engage dans des relations sexuelles illicites, il pratique le mensonge, il consomme des boissons enivrantes qui causent l'égarement et l'inattention, il est cruel et fait du mal aux autres, il vit avec un coeur impur, il insulte les religieux et les prêtres.

(6.6)
Cependant, sa femme est quelqu'un qui s'abstient de tuer des êtres vivants, elle s'abstient de commettre des vols, elle s'abstient de s'engager dans des relations sexuelles illicites, elle s'abstient de dire des mensonges, elle s'abstient de consommer des boissons enivrantes, elle vit avec un coeur pur, elle ne fait pas de mal aux autres, elle n'insulte pas les religieux et les prêtres. C'est ainsi, ô chefs de famille, qu'un homme semblable à un cadavre mène sa vie avec une femme semblable à une déesse.

(6.7)
Et comment, ô chefs de famille, un homme semblable à un dieu mène-t-il sa vie avec une femme semblable à un cadavre ? Dans ce cas, le mari est quelqu'un qui s'abstient de tuer des êtres vivants, il s'abstient de commettre des vols, il s'abstient de s'engager dans des relations sexuelles illicites, il s'abstient de dire des mensonges, il s'abstient de consommer des boissons enivrantes qui causent l'égarement et l'inattention, il vit avec un coeur pur, il ne fait pas de mal aux autres, il n'insulte pas les religieux et les prêtres.

(6.8)
Cependant, sa femme tue des êtres vivants, elle commet des vols, elle s'engage dans des relations sexuelles illicites, elle dit des mensonges, elle consomme des boissons enivrantes, elle vit avec un coeur impur, elle fait du mal aux autres, elle insulte les religieux et les prêtres. C'est ainsi, ô chefs de famille, qu'un homme semblable à un dieu mène sa vie avec une femme semblable à un cadavre.

(6.9)
Et comment, ô chefs de famille, un homme semblable à un dieu mène-t-il sa vie avec une femme semblable à une déesse? Dans ce cas, le mari est quelqu'un qui s'abstient de tuer des êtres vivants, il s'abstient de commettre des vols, il s'abstient de s'engager dans des relations sexuelles illicites, il s'abstient de dire des mensonges, il s'abstient de consommer des boissons enivrantes qui causent l'égarement et l'inattention, il vit avec un coeur pur, il ne fait pas de mal aux autres, il n'insulte pas les religieux et les prêtres.

(6.10)
Egalement, sa femme s'abstient de tuer des êtres vivants. Elle s'abstient de commettre des vols, elle s'abstient de s'engager dans des relations sexuelles illicites. Elle s'abstient de dire des mensonges, elle s'abstient de consommer des boissons enivrantes, elle vit avec un coeur pur, elle ne fait pas de mal aux autres, elle n'insulte pas les religieux et les prêtres. C'est ainsi, ô chefs de famille, qu'un homme semblable à un dieu mène sa vie avec une femme semblable à une déesse. Telles sont, ô chefs de famille, les quatre façons de vivre ensemble (dans la vie conjugale).


7. Conseils à une femme excessive (BHARIYA-SUTTA)

(7.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait dans le monastère fondé par Anathapindika, au parc Jeta, près de la ville de Savatthi. Un jour, le Bienheureux, s'étant habillé de bon matin, prit son bol à aumône et son manteau, puis s'approcha de la maison du chef de famille Anathapindika. Y étant arrivé, il s'assit sur un siège déjà préparé (à son intention).

(7.2)
A ce moment-là, les habitants de la maison du chef de famille Anathapindika étaient en train de faire un grand tapage, un grand bruit. Le chef de famille Anathapindika s'approcha du Bienheureux et il rendit hommage au Bienheureux, puis s'assit à l'écart sur un côté.

(7.3)
Le Bienheureux lui demanda: "Pourquoi, ô chef de famille, les gens de votre maison font-ils tout ce tapage et ce tumulte? Pourquoi ce bruit, tout comme lorsque des pêcheurs ont trouvé leur grand filet rempli de poissons ?"

(7.4)
Le chef de famille Anathapindika répondit: "O Bienheureux, c'est Sujata, ma belle-fille, qui habite ici avec nous. Elle est riche. Elle a été amenée ici d'une famille très riche. Elle n'écoute pas sa belle-mère, ni son beau-père, ni son mari. Elle ne respecte pas, ne révère pas, n'admire pas même le Bienheureux." Le Bienheureux alors la convoqua en disant "Venez, Sujata". Ayant répondu en disant "Oui, Vénérable", elle s'approcha du Bienheureux. S'étant approchée, elle rendit hommage au Bienheureux, puis s'assit à l'écart sur un côté.

(7.5)
Le Bienheureux s'adressa à Sujata qui s'était assise à l'écart sur un côté: O Sujata, il y a sept sortes de femmes que l'homme peut avoir. Quelles sont ces sept sortes? Une femme semblable à une meurtrière, une femme semblable à une voleuse, une femme semblable à une patronne, une femme semblable à une mère, une femme semblable à une soeur, une femme semblable à une amie et une femme semblable à une servante. Ce sont les sept sortes de femmes que l'homme peut avoir. Laquelle d'entre elles vous représente?

(7.6)
Sujata répondit: "O Bienheureux, je n'ai pas bien compris ce que le Bienheureux dit en bref. Cela me fera du bien, ô Bienheureux, si vous me l'expliquez et ainsi je pourrai comprendre le vrai sens des paroles que le Bienheureux a dites d'une façon concise." "Alors, écoutez avec attention, ô Sujata. Je vous expliquerai", dit le Bienheureux. "Oui, ô Bienheureux", répondit Sujata.

(7.7)
Le Bienheureux dit: Si une femme est cruelle, si elle est corrompue dans sa pensée, si elle néglige son mari, si elle n'est pas aimable, si elle est enflammée à cause d'autres hommes, si elle souhaite la disparition de son mari, alors on peut dire qu'elle est une femme semblable à une meurtrière.

(7.8)
Si une femme vole la richesse, même une petite quantité, que son mari obtient par les profits du travail artisanal, du commerce ou de la riziculture, alors on peut dire qu'elle est une femme semblable à une voleuse.

(7.9)
Si une femme est paresseuse, si elle a tendance à ne rien faire, à bavarder, à quereller avec une voix rude, si elle n'apprécie pas l'ardeur et l'activité de son mari, alors on peut dire qu'elle est une femme semblable à une patronne.

(7.10)
Si une femme est sympathique et aimable à l'égard de son mari tout comme une mère à l'égard de son propre fils, si elle protège son mari, si elle protège la richesse de son mari et veille sur elle, alors on peut dire qu'elle est une femme semblable à une mère.

(7.11)
Si une femme traite son mari en égal, tout comme une petite soeur vis-à-vis de son grand frère, si elle est douce dans sa pensée, si elle souhaite le bien-être de son mari, alors on peut dire qu'elle est une femme semblable à une soeur.

(7.12)
Si une femme est ravie de voir son mari qui revient (chez lui après le travail), tout comme c'est le cas dans les retrouvailles d'un couple qui était séparé depuis longtemps, si elle a un caractère bienveillant et si elle a une naissance noble, si elle est une compagne vraiment souhaitable, alors on peut dire qu'elle est une femme semblable à une amie.

(7.13)
Si une femme supporte les difficultés venant de son mari, si elle supporte tout avec calme et avec un coeur pur, si elle est obéissante à la parole de son mari, si elle est libérée de la colère, alors on peut dire qu'elle est une femme semblable à une servante.

(7.14)
La femme qui est dure, non vertueuse, qui ne respecte rien, semblable à une meurtrière, ou à une voleuse, ou à une patronne, après la mort se promènera dans la misère et dans l'enfer.

(7.15)
Cependant, la femme qui est bien installée dans les bons préceptes, qui s'est domptée elle-même, semblable à une mère, ou à une soeur, ou à une amie, ou bien à une servante, après la mort se promènera dans le bonheur céleste.

(7.16)
Ce sont, ô Sujata, les sept sortes de femmes que l'homme peut avoir. Parmi elles, à quelle catégorie appartenez-vous.

(7.17)
Sujata répondit: "A partir d'aujourd'hui, que le Bienheureux me considère comme une femme semblable à une servante vis-à-vis de son mari."


8. La richesse chez l'avare (APUTTAKA-SUTTA)

(8.1)
Une fois, alors que le Bienheureux séjournait à Savatthi, pendant un après-midi, le roi Pasenadi Kosala s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux et s'assit à l'écart sur un côté. Le Bienheureux lui demanda: "O grand roi, vous voilà donc. Où êtes-vous allé pendant l'après-midi ?"

(8.2)
Le roi répondit: O Bienheureux, à la ville de Savatthi, un chef de famille extrêmement riche vient de mourir. Il est mort, sans enfants, et moi, je suis venu ici après avoir envoyé au trésor royal la richesse de cet homme: huit millions en or, et que dire de la quantité d'argent.

(8.3)
Cependant, ô Bienheureux, lorsque cet homme riche était vivant, un gâteau de grains accompagné d'un gruau préparé avec de la balle de riz constituait son repas quotidien. Quelques morceaux d'étoffe de chanvre couvrant seulement les trois quarts du corps étaient son costume! Une vieille charrette au toit couvert de paille était son carrosse!"

(8.4)
Le Bienheureux dit alors: C'est possible, ô grand roi, c'est possible. Un homme égoïste, ayant amassé une grande richesse, ne la dépense pas pour la joie et le plaisir de lui-même. Il ne la dépense pas pour la joie et le plaisir de sa famille. Il ne la dépense pas pour la joie et le plaisir de ses esclaves, ni de ses artisans, ni de ses serviteurs. Il ne la dépense pas pour la joie et le plaisir de ses amis ni de ses collègues.

(8.5)
Il ne laisse pas de côté une partie de sa richesse pour donner aux religieux et aux prêtres en vue d'acquérir des mérites produisant le bonheur céleste (dans la vie prochaine), conduisant aux bonheurs célestes.

(8.6)
Ainsi, la grande richesse d'un tel individu, qui n'a pas été correctement utilisée, sera confisquée par les rois, ou elle sera enlevée par les voleurs, ou elle sera brûlée par des incendies, ou elle sera détruite par des inondations, ou bien elle tombera aux mains d'héritiers qui n'auront pas d'affection pour lui.

(8.7)
De cette façon, ô grand roi, la richesse qui n'a pas été correctement utilisée est destinée à se perdre, non à être consommée pour le bonheur. C'est tout comme, ô grand roi, un lac qui a une eau pure, délicieuse, fraîche, transparente, qui est bien situé dans une région sauvage, mais où personne ne peut venir pour boire ou pour se baigner, ou pour l'utiliser d'une façon ou d'une autre.

(8.8)
O grand roi, l'eau qui n'est pas bien utilisée coule en pure perte et n'est pas consommée pour le bonheur. De même, ô grand roi, un homme égoïste, ayant obtenu une grande richesse, ne la dépense pas pour la joie et le plaisir de lui-même. Il ne la dépense pas pour la joie et le plaisir de ses parents (...)

(8.9)
Ainsi, ô grand roi, la grande richesse qui n'est pas correctement utilisée est destinée à se perdre, mais n'est pas consommée pour le bonheur.

(8.10)
Cependant, ô grand roi, un homme généreux, ayant amassé une grande richesse, la dépense pour la joie et le plaisir de lui-même. Il la dépense pour la joie et le plaisir de ses parents. Il la dépense pour la joie et le plaisir de sa famille. Il la dépense pour la joie et le plaisir de ses esclaves, de ses artisans et de ses serviteurs. Il la dépense pour la joie et le plaisir de ses amis et de ses collègues.

(8.11)
Il laisse de côté une partie de sa richesse pour la donner aux religieux et aux prêtres en vue d'acquérir des mérites produisant le bonheur céleste (dans la vie prochaine), conduisant aux bonheurs célestes.

(8.12)
De cette façon, la grande richesse d'un individu qui a été correctement utilisée ne sera pas confisquée par les rois, elle ne sera pas enlevée par les voleurs, elle ne sera pas brûlée par des incendies, elle ne sera pas détruite par les inondations, elle ne tombera pas aux mains d'héritiers qui n'auront pas d'affection pour lui.

(8.13)
De cette façon, ô grand roi, la richesse qui est correctement utilisée n'est pas destinée à se perdre, mais à être consommée pour le bonheur. C'est tout comme, ô grand roi, un lac qui a une eau pure, délicieuse, fraîche, transparente, qui est bien situé près d'un village ou d'un bourg où les gens peuvent venir pour boire, ou pour se baigner, ou bien pour l'utiliser d'une façon ou d'une autre.

(8.14)
O grand roi, l'eau qui est bien utilisée ne coule pas en pure perte, mais est consommée pour le bonheur. De même, ô grand roi, un homme généreux, ayant amassé une grande richesse, la dépense pour la joie et le plaisir de lui-même. Il la dépense pour la joie et le plaisir de ses parents. Il la dépense pour la joie et le plaisir de sa famille (...)

(8.15)
Ainsi, ô grand roi, la grande richesse qui est correctement utilisée n'est pas destinée à se perdre, mais à être consommée pour le bonheur.

(8.16)
L'eau fraîche qui se trouve dans une région sauvage, personne ne s'en approche pour boire, cette eau coule en vain, inutilement. Semblable est la richesse amassée par un homme égoïste. Il ne la dépense ni pour lui ni pour la donner.

(8.17)
L'homme qui a une pensée forte et qui a amassé une richesse, il la consomme et l'utilise pour remplir ses devoirs. Il nourrit ses parents et ses amis. Lui qui a un coeur noble, sans fautes, après la mort, il va au bonheur céleste.


9. La richesse et la beauté (MALLIKA-SUTTA)

(9.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait au monastère fondé par Anathapindika, au parc Jeta, près de la ville de Savatthi. Un jour, la reine Mallika rendit visite au Bienheureux, s'étant approchée, elle rendit hommage au Bienheureux et s'assit à l'écart sur un côté.

(9.2)
Ensuite elle dit: O Bienheureux quelle est la raison, quelle est la cause pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence déplaisante, laide et dure, qui sont pauvres, qui ont peu de bien, peu de bonheur, peu de pouvoir ?

(9.3)
Egalement, ô Bienheureux, quelle est la raison, quelle est la cause pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence déplaisante, laide et dure, mais qui sont riches, qui ont beaucoup de bien, beaucoup de bonheur, beaucoup de pouvoir?

(9.4)
Egalement, ô Bienheureux, quelle est la raison, quelle est la cause pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence très charmante, élégante, agréable à voir, qui ont une excellente couleur de peau, mais qui sont pauvres, qui ont peu de bien, peu de bonheur, peu de pouvoir?

(9.5)
Egalement, ô Bienheureux, quelle est la raison, quelle est la cause pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence charmante, élégante, agréable à voir, qui ont une excellente couleur de peau, qui sont riches, qui ont beaucoup de bien, beaucoup de bonheur et beaucoup de pouvoir)

(9.6)
Le Bienheureux répondit: Supposons, ô Mallika, qu'il y ait dans ce monde, une femme irritée, qui se met souvent en colère. Même à cause d'une petite provocation, elle se fâche et s'agite. Elle est vexée et obstinée et manifeste de la colère, de la haine et du mécontentement.

(9.7)
Elle n'est pas généreuse envers les religieux et les brahmanes. Elle n'a pas l'habitude d'offrir à manger et à boire. Elle ne donne pas de vêtements, de moyens de transport, de guirlandes, de parfums, d'onguents, de meubles, de lampes, etc.

(9.8)
En plus, elle est jalouse. Elle envie les profits que d'autres réalisent. Elle est jalouse de l'honneur, du respect, de la révérence, de l'hommage, des cadeaux reçus par les autres. Elle éprouve de la tristesse (à cause du succès des autres) et elle convoite (le succès des autres).

(9.9)
Alors, une telle femme, après sa mort, lorsqu'elle renaît quelque part, renaît avec une apparence déplaisante, laide et dure dans un état pauvre en possédant peu de bien, peu de bonheur et peu de pouvoir.

(9.10)
(Concernant le deuxième cas,) ô Mallika, supposons qu'il y ait, dans ce monde, une femme irritée, qui se met souvent en colère. Même à cause d'une petite provocation, elle se fâche et s'agite. Elle est vexée et obstinée et manifeste de la colère, de la haine et du mécontentement.

(9.11)
Cependant, elle est généreuse envers les religieux et les brahmanes. Elle offre à manger et à boire. Elle donne des vêtements, des moyens de transport, des guirlandes, des parfums, des onguents, des meubles, des lampes, etc.

(9.12)
Elle n'est pas jalouse. Elle n'envie pas les profits que d'autres réalisent. Elle n'est pas jalouse de l'honneur, du respect, de la révérence, de l'hommage, des cadeaux reçus par les autres. Elle n'éprouve pas de tristesse (à cause du succès des autres) et elle ne convoite pas (le succès des autres).

(9.13)
Alors, une telle femme, après sa mort, lorsqu'elle renaît quelque part, renaît avec une apparence déplaisante, laide et dure, mais dans un état riche, avec beaucoup de bien, beaucoup de bonheur et beaucoup de pouvoir.

(9.14)
(Concernant le troisième cas,) ô Mallika, supposons qu'il y ait, dans ce monde, une femme qui n'est pas irritée et qui ne se met pas souvent en colère. Même à cause d'une grande provocation, elle ne se fâche ni ne s'agite. Elle n'est pas vexée ni obstinée et elle ne manifeste ni colère, ni haine, ni mécontentement.

(9.15)
Cependant, elle n'est pas généreuse envers les religieux et les brahmanes. Elle n'a pas l'habitude d'offrir à manger et à boire. Elle ne donne pas de vêtements, de moyens de transport, de guirlandes, de parfums, d'onguents, de meubles, de lampes, etc.

(9.16)
Elle est jalouse. Elle envie les profits que d'autres réalisent. Elle est jalouse de l'honneur, du respect, de la révérence, de l'hommage, des cadeaux reçus par les autres. Elle éprouve de la tristesse (à cause du succès des autres) et elle convoite (le succès des autres).

(9.17)
Alors, une telle femme, après sa mort, lorsqu'elle renaît quelque part, renaît avec une apparence charmante, élégante, agréable à voir, avec une excellente couleur de peau, mais dans un état pauvre, avec peu de bien, peu de bonheur et peu de pouvoir.

(9.18)
(Concernant le quatrième cas,) ô Mallika, supposons qu'il y ait, dans ce monde, une femme qui n'est pas irritée et qui ne se met pas souvent en colère. Même à cause d'une grande provocation, elle ne se fâche ni ne s'agite. Elle n'est pas vexée ni obstinée et ne manifeste ni colère, ni haine, ni mécontentement.

(9.19)
Egalement, elle est généreuse envers les religieux et les brahmanes. Elle a l'habitude d'offrir à manger et à boire. Elle donne des vêtements, des moyens de transport, des guirlandes, des parfums, des onguents, des meubles, des lampes, etc.

(9.20)
Elle n'est pas jalouse. Elle n'envie pas les profits que d'autres réalisent Elle n'est pas jalouse de l'honneur, du respect, de la révérence, de l'hommage, des cadeaux reçus par les autres. Elle n'éprouve pas de tristesse (à cause du succès des autres) et elle ne convoite pas (le succès des autres).

(9.21)
Alors, une telle femme, après sa mort, lorsqu'elle renaît quelque part, renaît avec une apparence charmante, élégante, agréable à voir, avec une excellente couleur de peau et dans un état riche, avec beaucoup de bien, beaucoup de bonheur et beaucoup de pouvoir.

(9.22)
Telles sont, ô Mallika, les raisons et les causes pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence déplaisante, laide et dure, qui sont pauvres, qui ont peu de bien, peu de bonheur et peu de pouvoir.

(9.23)
Telles sont, ô Mallika, les raisons et les causes pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence déplaisante, laide et dure, mais qui sont riches, qui ont beaucoup de bien, beaucoup de bonheur, beaucoup de pouvoir.

(9.24)
Telles sont, ô Mallika, les raisons et les causes pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence charmante, élégante, agréable à voir, qui ont une excellente couleur de peau, mais qui sont pauvres, qui ont peu de bien, peu de bonheur, peu de pouvoir.

(9.25)
Telles sont, ô Mallika, les raisons et les causes pour qu'il y ait, dans ce monde, des femmes à l'apparence charmante élégante, agréable à voir, qui ont une excellente couleur de peau, qui sont riches, qui ont beaucoup de bien, beaucoup de bonheur et beaucoup de pouvoir.

(9.26)
Cela étant dit, la reine Mallika dit au Bienheureux: Evidemment, ô Bienheureux, dans la vie antérieure, je m'irritais, je me mettais souvent en colère. Même à cause d'une petite provocation, j'étais fâchée et agitée. J'étais vexée et obstinée, et je manifestais de la colère, de la haine, du mécontentement. C'est pourquoi, dans cette vie j'ai une apparence à ce point déplaisante, laide et dure.

(9.27)
Evidemment, ô Bienheureux, dans la vie antérieure, j'étais généreuse envers les religieux et les brahmanes. J'offrais à manger et à boire. Je donnais des vêtements, des moyens de transport, des guirlandes, des parfums, des onguents, des meubles, des lampes, etc. C'est pourquoi, dans cette vie, j'ai tellement de bien, tellement de bonheur et tellement de pouvoir.

(9.28)
Evidemment, ô Bienheureux, dans la vie antérieure, je n'étais pas jalouse. Je n'enviais pas les profits que d'autres réalisaient. Je n'étais pas jalouse de l'honneur, du respect, de la révérence, de l'hommage et des cadeaux reçus par les autres. Je n'éprouvais pas de tristesse (à cause du succès des autres), et je ne convoitais pas (le succès des autres). C'est pourquoi, dans cette vie, je possède tellement de pouvoir.

(9.29)
Dans notre palais royal, ô Bienheureux, il y a des domestiques appartenant à la caste des nobles, à la caste des brahmanes et à la caste des commerçants. Pour eux, je suis la maîtresse. Dès aujourd'hui, ô Bienheureux, je resterai calme, sans me mettre souvent en colère. Même à cause d'une grande provocation, je ne me fâcherai ni ne m'agiterai. Je ne serai pas vexée ni obstinée, je ne manifesterai pas de colère, ni de haine, ni de mécontentement.

(9.30)
Je serai généreuse envers les religieux et les brahmanes. J'offrirai à manger et à boire. Je donnerai des vêtements, des moyens de transport, des guirlandes, des parfums, des onguents, des meubles, des lampes, etc. Je n'éprouverai pas de tristesse (à cause du succès des autres), je ne convoiterai pas (le succès des autres).

(9.31)
Merveilleux, ô Bienheureux, merveilleux, ô Bienheureux. C'est comme si l'on redressait ce qui a été renversé, découvrait ce qui a été caché, montrait le chemin à l'égaré ou apportait une lampe dans l'obscurité pour que ceux qui ont des yeux puissent voir.

(9.32)
Ainsi, le Bienheureux a rendu claire la doctrine de nombreuses façons. Je prends refuge dans le Bienheureux, dans l'Enseignement (dhamma) et dans la Communauté des disciples (sangha). Que le Bienheureux veuille bien m'accepter comme disciple laïc de ce jour jusqu'à la fin de ma vie.


10. L'utilité de l'attention (AMBALATTHIKARAHULOVADA-SUTTA)

(10.1)
Ainsi ai-je entendu: En ce temps-là, le Bienheureux résidait à l'endroit appelé Kalandakanivapa, dans le bois de bambous, près de la ville de Rajagaha. L'Ayasmanta Rahula séjournait alors à Ambalatthika. Un après-midi, le Bienheureux, s'étant levé de son repos solitaire, se rendit à Ambalatthika pour voir l'Ayasmanta Rahula.

(10.2)
L'Ayasmanta Rahula, apercevant de loin le Bienheureux qui s'approchait, lui prépara une place pour s'asseoir et de l'eau pour se laver les pieds. A son arrivée, le Bienheureux s'assit sur le siège préparé à son intention et se lava les pieds. L'Ayasmanta Rahula rendit hommage au Bienheureux et s'assit à l'écart sur un côté.

(10.3)
En laissant une petite quantité d'eau dans l'écuelle, le Bienheureux s'adressa à l'Ayasmanta Rahula: "O Rahula, voyez-vous cette petite quantité d'eau qui reste dans l'écuelle?". "Oui, Bienheureux", répondit l'Ayasmanta Rahula. "De même, ô Rahula, il n'y a que très peu de qualité religieuse chez les religieux qui n'ont pas de honte à dire des mensonges délibérés."

(10.4)
Puis, le Bienheureux jeta la petite quantité d'eau et s'adressa à nouveau à l'Ayasmanta Rahula: "Voyez-vous maintenant, ô Rahula, la petite quantité d'eau qui a été jetée ?" "Oui, Bienheureux." "De même, ô Rahula, la qualité religieuse des religieux qui n'ont pas de honte à dire des mensonges délibérés est abandonnée."

(10.5)
Ensuite, ayant renversé l'écuelle d'eau, le Bienheureux, s'adressa à nouveau à l'Ayasmanta Rahula: "Voyez-vous maintenant ô Rahula, cette écuelle d'eau qui est renversée?" "Oui Bienheureux."
"De même, ô Rahula, la qualité religieuse des religieux qui n'ont pas de honte à dire des mensonges délibérés est renversée"

(10.6)
Finalement, le Bienheureux retourna l'écuelle et s'adressa à nouveau à l'Ayasmanta Rahula: "Voyez-vous maintenant, ô Rahula, cette écuelle vide?" "Oui, Bienheureux." De même, ô Rahula, la vie religieuse des religieux qui n'ont pas de honte à dire des mensonges délibérés est vide et néant.

(10.7)
Supposons que l'éléphant du roi, aux défenses longues comme un bras de charrue dans la plénitude de sa maturité, bien nourri, soit digne d'être amené sur le champ de bataille et supposons qu'à la lutte il exécute des hauts faits, avec ses quatre pieds avec ses postérieurs, avec son avant-train, avec son arrière-train et aussi avec sa tête, ses oreilles, sa queue, ses défenses, tandis qu'il protège seulement sa trompe. Le cornac pense alors que malgré sa vaillance et les hauts faits variés qu'il exécute, la vie de l'éléphant royal n'est pas en danger, car il protège toujours sa trompe.

(10.8)
Cependant, ô Rahula, supposons que l'éléphant royal allant à la bataille, exécutant de hauts faits avec les différentes parties de son corps, ait aussi accompli de hauts faits avec sa trompe. Alors le cornac pense que la vie de l'éléphant royal est vraiment en danger. Car, désormais, il n'y a plus rien chez l'éléphant royal qui ne soit en péril.

(10.9)
De même, ô Rahula, je dis que chez quelqu'un qui n'a pas de honte à dire des mensonges délibérés, il n'y a plus aucun mal qu'il ne soit capable de faire (pour soi-même et pour les autres). C'est pour cela, ô Rahula que vous devez vous discipliner ainsi: "Même pour m'amuser je ne dirai pas de mensonge."

(10.10)
Puis le Bienheureux interrogea l'Ayasmanta Rahula: "Qu'en pensez-vous, ô Rahula? Quelle est l'utilité d'un miroir?" L'Ayasmanta Rahula répondit: "Le miroir sert à réfléchir, ô Bienheureux." De même, ô Rahula, c'est après réflexion que les actions corporelles doivent être accomplies; c'est après réflexion que les actions verbales doivent être accomplies; c'est après réflexion que les actions mentales doivent être accomplies.

(10.11)
Quelle que soit l'action que vous voulez faire avec votre corps, ô Rahula, vous devez réfléchir: Cette action corporelle que je veux accomplir avec mon corps contribuera-t-elle à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties (pour moi-même et pour les autres)? Cette action corporelle dès lors maladroite amène-t-elle la souffrance et produit-elle le mal?

(10.12)
Si, lorsque vous réfléchissez ainsi, vous concluez: Oui, l'action corporelle que j'ai envie de faire contribuerait à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties; ou cette action corporelle maladroite amènerait la souffrance et elle produirait le mal", alors une telle action, ô Rahula, ne doit pas être accomplie.

(10.13)
Par contre, ô Rahula, si, lorsque vous réfléchissez, vous concluez: "Cette action corporelle que j'ai envie de faire ne contribuerait ni à mon propre mal, ni à celui des autres, ni à celui des deux parties; en fait, c'est une action juste, elle amène le bonheur et elle produit le bonheur ", alors, ô Rahula, vous devez accomplir une telle action corporelle.

(10.14)
Lorsque vous êtes en train de faire une action corporelle, ô Rahula, à propos de cette action, vous devez réfléchir: "Maintenant, cette action que je suis en train de faire avec mon corps contribuerait-elle à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties? Cette action est-elle maladroite, amène-t-elle la souffrance et produit-elle le mal?"

(10.15)
Si, lorsque vous réfléchissez ainsi, vous concluez: "Oui, cette action que je suis en train de faire avec mon corps contribuerait à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties; en conséquence, cette action corporelle qui est maladroite amène la souffrance et elle produit le mal ", alors une telle action corporelle, ô Rahula, ne doit pas être accomplie.

(10.16)
Par contre, ô Rahula, si, lorsque vous réfléchissez, vous concluez: "Cette action corporelle que je suis en train de faire ne contribuerait ni à mon propre mal, ni à celui des autres, ni à celui des deux parties, en fait, c'est une action juste, elle amène le bonheur et elle produit le bonheur", alors, ô Rahula, vous devez accomplir une telle action encore et encore.

(10.17)
Lorsque vous avez fait une action corporelle, ô Rahula, à propos de cette action vous devez réfléchir: "Cette action que j'ai faite avec mon corps, a-t-elle contribué à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties? Cette action corporelle, a-t-elle été maladroite, a-t-elle amené la souffrance et a-t-elle produit le mal ?"

(10.18)
Lorsque vous réfléchissez si vous concluez: "Oui, cette action corporelle que j'ai faite a contribué à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties et, en fait, cette action maladroite a amené la souffrance et a produit le mal ", alors, ô Rahula, une telle action corporelle accomplie par vous doit être confessée, doit être révélée. Vous devez la faire savoir au Maître, ou au sage ou aux confrères.

(10.19)
Ayant confessé, révélé et fait savoir cette action, vous devez vous contraindre à ne plus l'accomplir dans le futur.

(10.20)
Par contre, ô Rahula, si, lorsque vous réfléchissez, vous concluez: "Cette action corporelle que j'ai faite n'a pas contribué à mon propre mal, ni au mal des autres, ni au mal des deux parties et, en fait, cette action corporelle était juste, elle a amené le bonheur et elle a produit le bonheur", à cause de cette véritable raison, ô Rahula, vous demeurez dans la joie, dans la sérénité et dans le bonheur, jour et nuit, vous entraînant vous-même dans les états méritoires.

(10.21)
Lorsqu'il y a une action que vous voulez faire avec votre parole, à propos de cette action verbale, vous devez réfléchir: "Cette action que je veux faire avec ma parole contribuera t-elle à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties? Cette action de parole est-elle maladroite, amène-t-elle la souffrance et produit-elle le mal?"

(10.22)
Si, lorsque vous réfléchissez ainsi, vous concluez: "Oui, l'action verbale que j'ai envie de faire contribuerait à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties et, en fait, cette action verbale maladroite amènerait la souffrance et elle produirait le mal ", alors, une telle action verbale, ô Rahula, ne doit pas être accomplie.

(10.23)
Ensuite, le Bienheureux explique à l'Ayasmanta Rahula, de la même façon, comment il doit réfléchir avant, pendant et après telle ou telle action de la parole.

(10.24)
Lorsqu'il y a une action que vous voulez faire avec votre pensée, à propos de cette action mentale, vous devez réfléchir: "Cette action que je veux faire avec ma pensée contribuera t-elle à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties ? Cette action mentale est-elle maladroite, amène-t-elle la souffrance et produit-elle le mal?"

(10.25)
Si, lorsque vous réfléchissez ainsi, vous concluez: "Oui, l'action mentale que j'ai envie de faire contribuerait à mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties et, en fait, cette action mentale maladroite amènerait la souffrance et elle produirait le mal ", alors, une telle action mentale, ô Rahula, ne doit pas être accomplie.

(10.26)
Ensuite, le Bienheureux explique à l'Ayasmanta Rahula, de la même façon, comment il doit réfléchir avant, pendant et après telle ou telle action de la pensée.

(10.27)
(...) Lorsque vous réfléchissez, ô Rahula, si vous concluez: "Oui, cette action que j'ai faite avec ma pensée a contribué a mon propre mal, ou au mal des autres, ou bien au mal des deux parties et, en fait, cette action maladroite a amené la souffrance et a produit le mal ", alors, ô Rahula, de telles actions mentales doivent être détestées, abandonnées et, ainsi, en détestant, abandonnant, méprisant de telles actions mentales, vous devez vous restreindre à ne plus les accomplir dans le futur.

(10.28)
Par contre, ô Rahula, si, lorsque vous réfléchissez, vous concluez: "Cette action mentale que j'ai faite n'a pas contribué à mon propre mal, ni au mal des autres, ni au mal des deux parties et, en fait, cette action mentale est juste, elle amène le bonheur et elle produit le bonheur", à cause de cette véritable raison, ô Rahula, vous demeurez dans la joie, dans la sérénité et dans le bonheur, jour et nuit, vous entraînant vous-même dans les états méritoires.

(10.29)
Dans le passé le plus lointain, ô Rahula, tous les religieux ou prêtres qui ont purifié leurs actions du corps, de la parole et de la pensée, tous l'ont fait de la même manière, c'est-à-dire par une réflexion constante.

(10.30)
Dans le futur le plus éloigné, ô Rahula, tous les religieux ou prêtres qui purifieront leurs actions du corps, de la parole et de la pensée, eux tous aussi le feront de la même manière, c'est-à-dire par une réflexion constante.

(10.31)
Dans le présent également, ô Rahula, tous les religieux ou prêtres qui purifient leurs actions du corps, de la parole et de la pensée, eux tous aussi le font exactement de la même manière, c'est-à-dire par une réflexion constante.

(10.32)
C'est parce que vous, ô Rahula, vous devez vous entraîner ainsi: "Par la réflexion constante, nous purifierons nos actions corporelles. Par la réflexion constante, nous purifierons nos actions de la parole. Par la réflexion constante, nous purifierons nos actions de la pensée." Ainsi parla le Bienheureux. L'Ayasmanta Rahula ravi se réjouit des paroles du Bienheureux.


11. Les quatre Vérités des nobles (DHAMMA-CAKKAPPAVATTANA-SUTTA)

(11.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait au parc aux Daims, à Isipatana, près de Bénarès. Il s'adressa aux cinq moines et dit:

(11.2)
O moines, il existe deux extrêmes qui doivent être évités par un religieux. Quels sont ces deux extrêmes? S'adonner aux plaisirs des sens, ce qui est inférieur, vulgaire, mondain, ignoble et engendre de mauvaises conséquences, et s'adonner aux mortifications, ce qui est pénible, ignoble et engendre de mauvaises conséquences. Sans aller à ces deux extrêmes, ô moines, le Tathagata a découvert la Voie du Milieu qui prodigue la vision, qui donne la connaissance, qui conduit à la quiétude, à la sagesse, à l'éveil et à l'émancipation.

(11.3)
Et quelle est, ô moines, cette Voie du Milieu que le Tathagata a découverte et qui prodigue la vision, qui donne la connaissance, qui conduit à la quiétude, à la sagesse, à l'éveil et à l'émancipation ? Ce n'est que le Noble Sentier Octuple, à savoir: la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action juste, le moyen d'existence juste, l'effort juste, l'attention juste, la concentration juste.

(11.4)
Cela est, ô moines, la Voie du Milieu que le Tathagata a découverte, qui prodigue la vision, qui donne la connaissance, qui conduit à la quiétude, à la sagesse, à l'éveil et à l'émancipation.

(11.5)
Voici ô moines, la Vérité Noble dite dukkha: La naissance est dukkha, la vieillesse est aussi dukkha, la maladie est aussi dukkha, la mort est aussi dukkha, être uni à ce que l'on n'aime pas est dukkha, être séparé de ce que l'on aime est dukkha, ne pas obtenir ce que l'on désire est aussi dukkha. En résumé, les cinq agrégats d'attachement sont dukkha.


(11.6)
Voici, ô moines, la Vérité Noble dite la cause du dukkha: C'est cette "soif" qui produit la ré-existence et le re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c'est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l'existence et du devenir et la soif de la non-existence.

(11.7)
Voici, ô moines, la Vérité Noble dite la cessation du dukkha: C'est la cessation complète de cette " soif", la délaisser, y renoncer, s'en libérer, s'en débarrasser.

(11.8)
Voici, ô moines, la Vérité Noble dite le sentier conduisant à la cessation du dukkha: C'est le Noble Sentier Octuple, à savoir: la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action juste, le moyen d'existence juste, l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste.

(11.9)
O moines, c'est avec la compréhension: "Ceci est la Vérité Noble dite dukkha" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance, s'est élevée en moi la sagesse, s'est élevée en moi la science, s'est élevée en moi la lumière.

(11.10)
O moines, c'est avec la compréhension: "Cette vérité Noble dite dukkha doit être comprise " que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.11)
O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité Noble dite dukkha a été comprise" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.12)
O moines, c'est avec la compréhension: "Ceci est la Vérité Noble dite la cause du dukkha que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.13)
O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité Noble dite la cause du dukkha doit être détruite" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.14)
O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité Noble dite la cause du dukkha a été détruite " que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.15)
O moines, c'est avec la compréhension: "Ceci est la Vérité Noble dite la cessation du dukkha" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.16)
O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité Noble dite la cessation du dukkha doit être atteinte" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.17)
O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité Noble dite la cessation du dukkha a été atteinte" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.18)
O moines, c'est avec la compréhension que: "Ceci est la Vérité Noble dite le chemin conduisant à la cessation du dukkha" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.19)
O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité Noble dite le chemin conduisant à la cessation du dukkha doit être pratiquée que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)

(11.20)
O moines, c'est avec la compréhension: " Cette Vérité Noble dite le chemin conduisant à la cessation du dukkha a été pratiquée " que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance, s'est élevée en moi la sagesse, s'est élevée en moi la science, s'est élevée en moi la lumière.

(11.21)
O moines, tant que cette vision et connaissance réelle des quatre Vérités Nobles sous leurs trois aspects et dans leurs douze modalités n'était pas absolument claire en moi, aussi longtemps je n'ai pas proclamé à ce monde avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), ses troupes de religieux et de prêtres, ses êtres divins et humains, que j'avais atteint l'incomparable et suprême connaissance.

(11.22)
Cependant, ô moines, lorsque cette vision et connaissance réelle des quatre Vérités Nobles sous leurs trois aspects et dans leurs douze modalités me devint parfaitement claire, alors seulement j'ai proclamé à ce monde avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), ses troupes de religieux et de prêtres, ses êtres divins et humains, que j'avais atteint l'incomparable et suprême connaissance.

(11.23)
Et la connaissance profonde s'est élevée en moi: "Inébranlable est la libération de ma pensée, cela est ma dernière naissance, il n'y aura plus d'autre existence."

(11.24)
Ainsi parla le Bienheureux. Les cinq moines, contents se réjouirent des paroles du Bienheureux.


12. Les questions inutiles (CULAMALUNKYA-SUTTA)

(12.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait dans le monastère fondé par Anathapindika, au parc Jeta, près de la ville de Savatthi.

(12.2)
Un jour, alors que le moine Malunkyaputta était dans une méditation solitaire, l'idée suivante lui vint à la pensée: L'univers est-il éternel ou est-il non éternel? L'univers a-t-il une limite ou est-il sans limite? Le principe vital est-il la même chose que le corps ou le principe vital est-il une chose et le corps une autre chose? Le Tathagata existe-t-il après la mort ou n'existe-t-il pas après la mort ? Existe-t-il et à la fois n'existe-t-il pas après la mort? Ou bien est-il non existant et à la fois pas non existant après la mort ? Ces problèmes sont inexpliqués, laissés de côté et rejetés par le Bienheureux. Le Bienheureux ne me les explique pas. Le fait qu'il ne les explique pas ne me plaît pas. Je n'apprécie pas.

(12.3)
J'approcherai le Bienheureux et je l'interrogerai à ce propos. S'il m'explique si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...) alors je pratiquerai la Conduite pure sous la direction du Bienheureux. S'il ne m'explique pas si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...) alors en rejetant l'entraînement je redescendrai dans la vie laïque.

(12.4)
Dans l'après-midi, s'étant levé de sa méditation solitaire, le moine Malunkyaputta s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux, puis s'assit à l'écart sur un côté et dit: O Bienheureux, lorsque j'étais dans une méditation solitaire, l'idée suivante me vint à la pensée: "L'univers est-il éternel ou non éternel? L'univers a-t-il une limite ou est-il sans limite ? (...) Ces problèmes sont inexpliqués, laissés de côté et rejetés par le Bienheureux. Le Bienheureux ne me les explique pas. Le fait qu'il ne les explique pas ne me plaît pas. Je n'apprécie pas.

(12.5)
J'approcherai le Bienheureux et je l'interrogerai à ce propos. S'il m'explique si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...) alors je pratiquerai la Conduite pure sous la direction du Bienheureux. S'il ne m'explique pas si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...) alors, en rejetant l'entraînement, je redescendrai dans la vie laïque."

(12.6)
O Bienheureux, si le Bienheureux sait que l'univers est éternel, qu'il me le dise. Si le Bienheureux sait que l'univers n'est pas éternel, qu'il me le dise. Si le Bienheureux ne sait pas si l'univers est éternel ou non, alors quand une personne ne sait pas, ne voit pas, elle doit dire par honnêteté: "Je ne sais pas, je ne vois pas." Le moine Malunkyaputta répète la même phrase concernant les autres opinions.

(12.7)
Le Bienheureux dit: O Malunkyaputta, est-ce que je vous ai jamais dit: "Venez Malunkyaputta, pratiquez la Conduite pure sous ma direction et je vous expliquerai si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...) ?" Non, Bienheureux.

(12.8)
Alors, ô Malunkyaputta, est-ce que vous ne m'avez jamais promis: "Bienheureux, je pratiquerai la Conduite pure sous la direction du Bienheureux et le Bienheureux m'expliquera si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...)? " Non, Bienheureux.

(12.9)
Il est donc clair, ô Malunkyaputta, que je ne vous ai pas promis: "Venez, ô Malunkyaputta, pratiquez la Conduite pure sous ma direction et je vous expliquerai si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite(...)", et que vous ne m'avez pas promis non plus: "Bienheureux, je pratiquerai la Conduite pure sous la direction du Bienheureux et le Bienheureux m'expliquera si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite(...)"

(12.10)
En ce cas, ô homme stupide, que refusez-vous? Si quelqu'un dit: "Je ne pratiquerai pas la Conduite pure sous la direction du Bienheureux, tant qu'il ne m'aura pas expliqué si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...) ", l'interrogateur pourra mourir, sans que ces questions reçoivent de réponse du Tathagata.

(12.11)
C'est tout comme si, ô Malunkyaputta, un homme ayant été blessé par une flèche fortement empoisonnée, ses amis et parents amenaient un médecin chirurgien, et que l'homme blessé dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir qui m'a blessé: si c'est un ksatriya, ou un brahmane, ou un vaisya, ou un sudra?"

(12.12)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir qui m'a blessé: Quel est son nom? Quelle est sa famille?"

(12.13)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir qui m'a blessé: s'il est grand, petit ou de taille moyenne."

(12.14)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir la couleur de l'homme qui m'a blessé: s'il est noir, ou brun, ou de couleur d'or?"

(12.15)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir d'où vient cet homme qui m'a blessé: De quel village, ou de quelle ville, ou de quelle cité?"

(12.16)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir avec quelle sorte d'arc on a tiré sur moi: Etait-ce une arbalète ou un autre arc?"

(12.17)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir quelle sorte de corde a été employée sur l'arc: Etait-elle en coton ou en roseau, en tendon, en chanvre ou en écorce ?"

(12.18)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir de quelle manière était faite la pointe de la flèche: Etait-elle en fer ou d'une autre matière ?"

(12.19)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir quelles plumes ont été employées pour la flèche: Etaient-ce des plumes de vautour, de héron, de paon ou d'un autre oiseau ?"

(12.20)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir avec quelle sorte de tendon la flèche a été enfermée: Avec des tendons de vache, ou de boeuf, ou de cerf, ou de singe?"

(12.21)
Puis il dirait: "Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoir si c'était une flèche ordinaire ou une autre sorte de flèche?"

(12.22)
O Malunkyaputta, cet homme mourrait sans le savoir. De même, ô Malunkyaputta, si quelqu'un dit: "Je ne pratiquerai pas la Conduite pure sous la direction du Bienheureux tant qu'il ne m'aura pas expliqué si l'univers est éternel ou non éternel, si l'univers a une limite ou s'il est sans limite (...) ", il mourra avec des questions laissées sans réponse par le Tathagata.

(12.23)
La vie dans la Conduite pure, ô Malunkyaputta, ne dépend pas de l'opinion: l'univers est éternel. La vie dans la Conduite pure ne dépend pas de l'opinion: l'univers est non éternel. Bien qu'il existe une opinion selon laquelle l'univers est éternel et une opinion selon laquelle l'univers est non éternel, il existe avant tout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, les lamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j'enseigne leur cessation ici-bas, dans cette vie même.

(12.24)
La vie dans la Conduite pure, ô Malunkyaputta, ne dépend pas de l'opinion: l'univers a une limite. La vie dans la Conduite pure ne dépend pas de l'opinion: l'univers est sans limite. Bien qu'il existe une opinion selon laquelle l'univers a une limite et une opinion selon laquelle l'univers n'a pas de limite, il existe avant tout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, les lamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j'enseigne leur cessation ici-bas, dans cette vie même.

(12.25)
La vie dans la Conduite pure, ô Malunkyaputta, ne dépend pas de l'opinion: le principe vital est la même chose que le corps. La vie dans la Conduite pure ne dépend pas de l'opinion: le principe vital est une chose et le corps une autre chose. Bien qu'il existe une opinion selon laquelle le principe vital est la même chose que le corps et une opinion selon laquelle le principe vital est une chose et le corps une autre chose, il existe avant tout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, les lamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j'enseigne leur cessation ici-bas, dans cette vie même.

(12.26)
La vie dans la Conduite pure, ô Malunkyaputta, ne dépend pas de l'opinion: le Tathagata existe après la mort. La vie dans la Conduite pure ne dépend pas de l'opinion: le Tathagata n'existe pas après la mort. La vie dans la Conduite pure ne dépend pas de l'opinion: le Tathagata existe et à la fois n'existe pas après la mort. Bien qu'il existe une opinion selon laquelle le Tathagata existe après la mort et une opinion selon laquelle le Tathagata n'existe pas après la mort, il existe avant tout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, les lamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j'enseigne leur cessation ici-bas, dans cette vie même.

(12.27)
La vie dans la Conduite pure, ô Malunkyaputta, ne dépend pas de l'opinion: le Tathagata existe et à la fois n'existe pas après la mort. La vie dans la Conduite pure ne dépend pas de l'opinion: le Tathagata est non existant et à la fois pas non existant après la mort. Bien qu'il existe une opinion selon laquelle le Tathagata existe et à la fois n'existe pas après la mort, et une opinion selon laquelle le Tathagata est non existant et à la fois pas non existant après la mort, il existe avant tout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, les lamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j'enseigne leur cessation ici-bas, dans cette vie même.

(12.28)
Par conséquent, ô Malunkyaputta, gardez donc dans votre pensée ce que j'ai expliqué comme expliqué et ce que je n'ai pas expliqué comme non expliqué. Quelles sont les choses que je n'ai pas expliquées? Je n'ai pas expliqué si cet univers est éternel ou s'il n'est pas éternel. Je n'ai pas expliqué si l'univers a une limite ou s'il n'a pas de limite.

(12.29)
Je n'ai pas expliqué si le principe vital est la même chose que le corps ou si le principe vital est une chose et le corps une autre chose. Je n'ai pas expliqué si le Tathagata existe après la mort ou si le Tathagata n'existe pas après la mort. Je n'ai pas expliqué si le Tathagata existe et à la fois n'existe pas après la mort. Je n'ai pas expliqué si le Tathagata est non existant et à la fois pas non existant après la mort.

(12.30)
Pourquoi ne l'ai-je pas expliqué? Parce que ce n'est pas utile, que ce n'est pas fondamentalement lié à la Conduite pure et que cela ne conduit pas à l'aversion, au détachement, à la cessation, à la tranquillité, à la pénétration profonde, à la réalisation complète, au nibbana. C'est pourquoi je ne l'ai pas expliqué.

(12.31)
Quelles sont, ô Malunkyaputta, les choses que j'ai expliquées ? J'ai expliqué le dukkha, J'ai expliqué la cause du dukkha. J'ai expliqué la cessation du dukkha. J'ai expliqué le chemin qui conduit à la cessation du dukkha. Pourquoi, ô Malunkyaputta ai-je expliqué ces choses? Parce que c'est utile, fondamentalement lié au but de la Conduite pure, que cela conduit à l'aversion, au détachement, à la cessation, à la tranquillité, à la pénétration profonde, à la réalisation complète, au nibbana. C'est pour cela que je les ai expliquées.

(12.32)
Par conséquent, ô Malunkyaputta, gardez donc dans votre pensée ce que je n'ai pas expliqué comme non expliqué et ce que j'ai expliqué comme expliqué. Ainsi parla le Bienheureux. Ravi, le moine Malunkyaputta se réjouit des paroles du Bienheureux.


13. La doctrine de non-Soi (ANATTALAKKHANA-SUTTA)

(13.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait au parc aux Daims, à Isipatana, près de Bénarès (...) Le Bienheureux s'adressa aux cinq moines et dit:

(13.2)
La forme, ô moines, n'est pas le Soi. Si la forme était le Soi, ô moines, la forme ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité de dire à propos du corps: "Que mon corps devienne ou ne devienne pas tel pour moi."

(13.3)
Cependant, puisque le corps n'est pas le Soi, le corps est sujet aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos du corps: "Que mon corps devienne ou ne devienne pas tel pour moi."

(13.4)
La sensation, ô moines, n'est pas le Soi. Si la sensation était le Soi, ô moines, la sensation ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité de dire à propos de la sensation: "Que ma sensation devienne ou ne devienne pas telle pour moi."

(13.5)
Cependant, puisque la sensation n'est pas le Soi, la sensation est sujette aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la sensation: "Que ma sensation devienne ou ne devienne pas telle pour moi."

(13.6)
La perception, ô moines, n'est pas le Soi. Si la perception était le Soi, ô moines, la perception ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité de dire à propos de la perception: "Que ma perception devienne ou ne devienne pas telle pour moi."

(13.7)
Cependant, puisque la perception n'est pas le Soi, la perception est sujette aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la perception: "Que ma perception devienne ou ne devienne pas telle pour moi."

(13.8)
La tendance habituelle, ô moines, n'est pas le Soi. Si la tendance habituelle était le Soi, ô moines, la tendance habituelle ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité de dire à propos de la tendance habituelle: "Que ma tendance habituelle devienne ou ne devienne pas telle pour moi."

(13.9)
Cependant, puisque la tendance habituelle n'est pas le Soi, la tendance habituelle est sujette aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la tendance: "Que ma tendance habituelle devienne ou ne devienne pas telle pour moi"

(13.10)
La conscience, ô moines, n'est pas le Soi. Si la conscience était le Soi, ô moines, la conscience ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité de dire à propos de la conscience: "Que ma conscience devienne ou ne devienne pas telle pour moi."

(13.11)
Cependant, puisque la conscience n'est pas le Soi, la conscience est sujette aux maladies, et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la conscience: "Que ma conscience devienne ou ne devienne pas telle pour moi."

(13.12)
Qu'en pensez-vous, ô moines ? La forme est-elle permanente ou impermanente ? - La forme est impermanente, ô Bienheureux. - Si une chose est impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux. - Alors, donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère, dire: "Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi ? " - Certainement non, ô Bienheureux.

(13.13)
- Qu'en pensez-vous, ô moines ? La sensation est-elle permanente ou impermanente? - La sensation est impermanente, ô Bienheureux. -Si une chose est impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur ? - Dans le malheur, ô Bienheureux. -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère, dire: "Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi?" - Certainement non, ô Bienheureux.

(13.14)
-Qu'en pensez-vous, ô moines? La perception est-elle permanente ou impermanente? - La perception est impermanente, ô Bienheureux -Si une chose est impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère, dire " Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi" - Certainement, non, ô Bienheureux.

(13.15)
-Qu'en pensez-vous, ô moines? La tendance habituelle est-elle permanente ou impermanente? - La tendance habituelle est impermanente, ô Bienheureux. -Si une chose est impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux. -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère, dire: "Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi? " - Certainement non, ô Bienheureux.

(13.16)
-Qu'en pensez-vous, ô moines? La conscience est-elle permanente ou impermanente? - La conscience est impermanente, ô Bienheureux. -Si une chose est impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux. -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère, dire: "Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi?" - Certainement non, ô Bienheureux.

(13.17)
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est corps, passé, futur ou présent, intérieur ou extérieur, grossier ou subtile, vil ou excellent, lointain ou proche, tout ce qui est corps doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon Soi."

(13.18)
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est sensation, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente, lointaine ou proche, tout ce qui est sensation doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon Soi."

(13.19)
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est perception, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente, lointaine ou proche, tout ce qui est perception doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon Soi."

(13.20)
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est tendance habituelle, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente, lointaine ou proche, tout ce qui est tendance habituelle doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon Soi."

(13.21)
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est conscience, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente, lointaine ou proche, tout ce qui est conscience doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon Soi."

(13.22)
Considérant les choses ainsi, ô moines, le disciple savant réprouve le corps, il réprouve la sensation, il réprouve la perception, il réprouve la tendance habituelle, il réprouve la conscience. Lorsqu'il les réprouve, il est sans désir. Lorsqu'il est sans désir, il est libéré du désir. Lorsqu'il est libéré vient la connaissance: "Voici la libération ", et il sait: "Toute naissance nouvelle est anéantie, la Conduite pure est vécue, ce qui doit être achevé est achevé, il n'y a plus rien qui demeure à accomplir, il n'est plus (pour moi) de devenir."

(13.23)
Ainsi parla le Bienheureux. Les cinq moines, contents, se réjouirent de la parole du Bienheureux. De plus, pendant le déroulement de ce sermon, la pensée des cinq moines fut libérée complètement des souillures. A ce moment il y eut six Arahants dans le monde.


14. La coproduction conditionnée (ACELA-SUTTA)

(14.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait à Kalandakanivapa dans le parc des Bambous, près de la ville de Rajagaha. Un jour, le Bienheureux, s'étant habillé de bon matin, prit son bol et son manteau, puis entra dans la ville de Rajagaha pour sa tournée d'aumône. A ce moment-là, un ascète nu appelé Kassapa vit de loin le Bienheureux qui arrivait. L'ayant vu, l'ascète Kassapa s'approcha du Bienheureux et échangea avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis se tint debout à l'écart sur un côté.

(14.2)
Se tenant debout à l'écart sur un côté, l'ascète nu Kassapa dit: "Si le vénérable Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion d'écouter sa réponse, nous voulons l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons." L'ascète nu Kassapa dit pour la deuxième fois: "Si le vénérable Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion d'écouter sa réponse, nous voulons l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons."

(14.3)
L'ascète nu Kassapa dit pour la troisième fois: "Si le vénérable Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion d'écouter sa réponse, nous voulons l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons."

(14.4)
Lorsque cela eut été dit par le Bienheureux, l'ascète nu Kassapa persista: "Ce n'est pas une grande chose que nous voulons vous demander, ô vénérable Gotama." Enfin, le Bienheureux dit: "Demandez alors, ô Kassapa, ce que vous voulez."

(14.5)
L'ascète nu Kassapa demanda: La souffrance de l'individu, ô vénérable Gotama, est-elle quelque chose de créé par lui-même ? - Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa dit le Bienheureux. -La souffrance de l'individu, ô vénérable Gotama, est-elle quelque chose de créé par quelqu'un d'autre? - Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa, dit le Bienheureux.

(14.6)
- Si la souffrance de l'individu n'est pas quelque chose de créé par lui-même, si la souffrance de l'individu n'est pas quelque chose de créé par quelqu'un d'autre, ô vénérable Gotama, la souffrance de l'individu est-elle une chose apparue par hasard? - Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa, dit le Bienheureux.

(14.7)
- La souffrance de l'individu, ô vénérable Gotama, est-elle une chose non existante? - Si, ô Kassapa, la souffrance de l'individu n'est pas une chose non existante, la souffrance de l'individu est donc une chose existante. -Peut-être, le vénérable Gotama ne connaît-il pas la souffrance de l'individu, ne voit-il pas la souffrance de l'individu? -Non, ô Kassapa, je ne suis pas quelqu'un qui ne connaît pas la souffrance de l'individu. Je suis quelqu'un qui connaît la souffrance de l'individu. Je suis quelqu'un qui voit la souffrance de l'individu.

(14.8)
- Comment cela peut être alors, ô vénérable Gotama ? Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu avait été créée par lui-même, vous m'avez répondu en disant " Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".

(14.9)
Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu avait été créée par quelqu'un d'autre, vous m'avez répondu en disant " Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".

(14.10)
Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu se produisait par hasard, vous m'avez répondu en disant " Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".

(14.11)
Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu était une chose non existante, vous m'avez répondu en disant " La souffrance de l'individu n'est pas une chose non existante. La souffrance de l'individu est une chose existante".

(14.12)
Lorsque j'ai demandé si le vénérable Gotama ne connaissait pas et ne voyait pas la souffrance, vous m'avez répondu en disant " Je ne suis pas quelqu'un qui ne connaît pas la souffrance de l'individu. Je suis quelqu'un qui connaît la souffrance. Je suis quelqu'un qui voit la souffrance".

(14.13)
Dites-moi donc, ô vénérable Gotama, comment se produit la souffrance? Expliquez-moi, ô vénérable Gotama, comment se produit la souffrance?

(14.14)
(Le Bienheureux répondit): Lorsqu'on dit que l'individu fait des actions et que le même individu reçoit leurs résultats - comme vous l'avez dit au début: "La souffrance de l'individu est créée par lui-même "-, une telle affirmation se réduit à la théorie éternaliste.

(14.15)
Lorsqu'on dit qu'un individu fait des actions et qu'un autre obtient leurs résultats, c'est-à-dire l'opinion selon laquelle on souffre à cause de la faute d'un autre, une telle affirmation se réduit à la théorie annahilationiste.

(14.16)
Dans ce cas, ô Kassapa, le Tathagata enseigne la doctrine sans aller à ces deux extrêmes, mais selon la voie du milieu, selon laquelle: conditionnées par l'ignorance se produisent les formations mentales; conditionnée par les formations mentales se produit la conscience; conditionnés par la conscience se produisent des phénomènes psychiques et des phénomènes physiques; conditionnées par les phénomènes psychiques et les phénomènes physiques se produisent les six facultés; conditionné par les six facultés se produit le contact (sensoriel et mental); conditionnée par le contact (sensoriel et mental) se produit la sensation; conditionné par la sensation se produit le désir; conditionnée par le désir se produit la saisie; conditionné par la saisie se produit le processus du devenir, conditionnée par le processus du devenir se produit la naissance; conditionnés par la naissance se produisent la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, les douleurs, les chagrins, les désespoirs. De cette façon se produit ce monceau de souffrances.

(14.17)
(Cependant), par la cessation complète de l'ignorance, les formations mentales cessent; par la cessation complète des formations mentales, la conscience cesse; par la cessation complète de la conscience, les phénomènes psychiques et les phénomènes physiques cessent; par la cessation complète des phénomènes psychiques et des phénomènes physiques, les six facultés cessent; par la cessation complète des six facultés, le contact cesse; par la cessation complète du contact, la sensation cesse; par la cessation complète de la sensation, le désir cesse; par la cessation complète du désir, le processus du devenir cesse; par la cessation complète du processus du devenir, la naissance cesse; par la cessation complète de la naissance, la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, les douleurs, les chagrins, les désespoirs cessent. Telle est la cessation complète de tout ce monceau de souffrances.

(14.18)
Cela étant dit, l'ascète nu Kassapa dit au Bienheureux: Merveilleux, ô Vénérable, merveilleux, ô Vénérable. C'est (vraiment), ô Vénérable, comme si l'on redressait ce qui a été renversé, découvrait ce qui a été caché, montrait le chemin à l'égaré ou apportait une lampe dans l'obscurité en pensant: "Que ceux qui ont des yeux voient les formes ", de même le Bienheureux a rendu claire la doctrine de maintes façons.

(14.19)
Je prends donc refuge dans le Bienheureux, dans l'Enseignement et dans la Communauté. Puissé-je obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure auprès du Bienheureux.

(14.20)
(Le Bienheureux dit): O Kassapa, si quelqu'un qui était d'abord un adepte d'une autre religion veut obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure ici, dans cette Doctrine et dans cette Discipline, il lui faut passer une période de probation de quatre mois. Lorsqu'il a passé cette période de probation, à la fin des quatre mois, les moines contents de lui lui donneront délibérément l'Ordination mineure et l'Ordination majeure afin de le faire moine. Néanmoins, je constate une différence entre les individus.

(14.21)
L'ascète nu Kassapa dit: O Bienheureux, si quelqu'un qui était d'abord un adepte d'une autre religion veut obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure ici, dans cette Doctrine et dans cette Discipline, s'il passe une période de probation de quatre mois et si, lorsqu'il a passé cette période de probation, à la fin des quatre mois, les moines contents de lui lui donnent délibérément l'Ordination mineure et l'Ordination majeure afin de le faire moine, je suis prêt, ô Bienheureux, à passer une période de probation, même de quatre ans. Après avoir passé ainsi une période de probation, à la fin des quatre ans, que les moines contents de moi me donnent délibérément l'Ordination mineure et l'Ordination majeure.

(14.22)
Ainsi, l'ascète nu Kassapa obtint auprès du Bienheureux l'Ordination mineure et l'Ordination majeure. Peu de temps après son Ordination majeure, l'Ayasmanta Kassapa, demeurant seul, retiré, vigilant, ardent, résolu, parvint rapidement à ce but pour la réalisation duquel les fils de noble famille quittent leur foyer pour la vie religieuse; cet incomparable but de la Conduite pure, il le réalisa dans cette vie même.

(14.23)
Il comprit: "Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduite pure est vécue. Ce qui doit être achevé est achevé, plus rien ne demeure à accomplir." Ainsi, l'Ayasmanta Kassapa parvint au nombre des Arahants.


15. Les actions et leurs résultats (SIVAKA-SUTTA)

(15.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait à Kalandakanivapa, dans le parc des Bambous, près de la ville de Rajagaha. Un jour, le Paribbajaka Moliya-Sivaka rendit visite au Bienheureux. S'étant approché du Bienheureux, il échangea avec lui des politesses et des paroles de courtoisie. Puis il s'assit à l'écart sur un côté.

(15.2)
S'étant assis à l'écart sur un côté, le Paribbajaka Moliya-Sivaka dit au Bienheureux: Il y a, ô vénérable Gotama, des religieux et des brahmanes qui ont cette opinion et disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé." A ce sujet qu'avez-vous à dire, ô vénérable Gotama?

(15.3)
Le Bienheureux dit: O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause de la bile. Vous pouvez savoir par votre propre expérience qu'il y a aussi des sensations qui se produisent à cause de la bile. Le fait de l'existence des sensations qui ont la bile pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.4)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.5)
O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause du flegme. Vous pouvez savoir par votre propre expérience qu'il y a aussi des sensations qui se produisent à cause du flegme. Le fait de l'existence des sensations qui ont le flegme pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.6)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.7)
O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause du souffle. Vous pouvez savoir par votre propre expérience qu'il y a aussi des sensations qui se produisent à cause du souffle. Le fait de l'existence de sensations qui ont le souffle pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.8)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé ", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.9)
O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause de l'union des humeurs du corps. Vous pouvez savoir par votre propre expérience qu'il y a aussi des sensations qui se produisent à cause de l'union des humeurs du corps. Le fait de l'existence de sensations qui ont l'union des humeurs pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.10)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé ", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.11)
O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause du changement des saisons. Vous pouvez savoir par votre propre expérience qu'il y a aussi des sensations qui se produisent à cause du changement des saisons. Le fait de l'existence des sensations qui ont le changement des saisons pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.12)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé ", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.13)
O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause d'incidents irréguliers. Vous pouvez savoir par votre propre expérience qu'il y a des sensations qui se produisent à cause d'incidents irréguliers. Le fait de l'existence des sensations qui ont des incidents irréguliers pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.14)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.15)
O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause d'accidents soudains. Vous pouvez savoir par votre propre expérience qu'il y a des sensations qui se produisent à cause d'accidents soudains. Le fait de l'existence des sensations qui ont des accidents soudains pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.16)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé ", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.17)
O Sivaka, il y a aussi des sensations qui se produisent à cause de la maturation des actions. Vous pouvez savoir par votre expérience qu'il y a des sensations qui se produisent à cause de la maturation des actions. Le fait de l'existence des sensations qui ont la maturation des actions pour origine est généralement reconnu par le monde comme vrai.

(15.18)
Dans ce cas-là, ô Sivaka, les religieux et les brahmanes qui disent: "Toutes les sensations joyeuses, ou douloureuses, ou neutres éprouvées par tel ou tel individu dépendent des actions qu'il a commises dans le passé ", vont trop loin des faits qu'on peut connaître par l'expérience personnelle et des faits généralement reconnus par le monde. A cause de cela, je dis que l'opinion de ces religieux et de ces brahmanes n'est pas correcte.

(15.19)
Cela dit, le Paribbajaka Moliya-Sivaka dit au Bienheureux: Merveilleux, ô vénérable Gotama, merveilleux, ô vénérable Gotama. C'est (vraiment), ô vénérable Gotama, comme si l'on redressait ce qui a été renversé, découvrait ce qui a été caché, montrait le chemin à l'égaré ou apportait une lampe dans l'obscurité en pensant: "Que ceux qui ont des yeux voient les formes"; de même, le vénérable Gotama a rendu claire la doctrine de maintes façons.

(15.20)
Je prends refuge dans le vénérable Gotama, dans le dhamma (l'Enseignement) et dans le sangha (la Communauté). Que le vénérable Gotama veuille bien m'accepter comme disciple laïc de ce jour jusqu'à la fin de ma vie.


16. Où sont les vrais Brahma(s)? (TEVIJJA-SUTTA)

(16.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux, en voyageant dans le pays Kosala avec un groupe important d'à peu près cinq cents disciples, arriva à Manasakata qui était un village de brahmanes. Alors le Bienheureux fit halte dans le parc des Manguiers situé au nord du village, au bord de la rivière Aciravati. A cette époque-là, beaucoup de brahmanes célèbres et riches, le brahmane Canki, le brahmane Tarukkha, le brahmane Pokkarasati, le brahmane Janussoni, le brahmane Todeyya et d'autres encore vivaient dans le village.

(16.2)
Un jour, une discussion naquit entre les jeunes brahmanes nommés Vasettha et Bharadvaja, sur le sujet de la voie et de la non-voie (religieuses), alors qu'ils faisaient les cent pas. Le jeune brahmane Vasettha dit: "La voie annoncée par le brahmane Pokkarasati est la voie directe vers le salut, celle qui mène l'individu qui la suit à l'état d'union avec Brahma." (Cependant), le jeune brahmane Bharadvaja dit: "La voie annoncée par le brahmane Tarukkha est la voie directe vers le salut, celle qui mène l'individu qui la suit à l'état d'union avec Brahma." Le jeune brahmane Vasettha ne put convaincre le jeune brahmane Bharadvaja, ni le jeune brahmane Bharadvaja le jeune brahmane Vasettha.

(16.3)
Enfin, Vasettha dit à Bharadvja: Le religieux Gotama, fils des Sakyas, ayant abandonné sa famille sakya et quitté son foyer pour entrer dans la vie religieuse, demeure ces jours-ci dans le parc des Manguiers du village Manasakata.

(16.4)
A propos du vénérable Gotama, une haute réputation s'est propagée partout: "Il est le Bienheureux, l'Arahant, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en sagesse et en conduite, bienvenu, le Connaisseur des mondes, l'incomparable Guide des êtres qui doivent être guidés, l'Instructeur des dieux et des humains, le Bouddha, le Bienheureux."

(16.5)
Viens, Bharadvaja. Allons voir le religieux Gotama, interrogeons-le sur cette question et gardons sa réponse dans nos pensées. - Entendu, mon ami, répondit le jeune brahmane Bharadvaja. Le jeune brahmane Vasettha et le jeune brahmane Bharadvaja s'approchèrent de l'endroit où se trouvait le Bienheureux. S'étant approchés, ils échangèrent avec le Bienheureux des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, et s'assirent à l'écart sur un côté.

(16.6)
S'étant assis, le jeune brahmane Vasettha dit au Bienheureux: O vénérable Gotama, alors que nous faisions les cent pas en parlant, une discussion s'éleva entre nous au sujet de la voie et de la non-voie (religieuses). J'ai exprimé mon opinion ainsi: "La voie annoncée par le brahmane Pokkarasati est la voie directe vers le salut, celle qui mène l'individu qui la suit à l'état d'union avec Brahma." (Cependant), Bharadvaja a exprimé son opinion: "La voie annoncée par le brahmane Tarukkha est la voie directe vers le salut, celle qui mène l'individu qui la suit à l'union avec Brahma." O vénérable Gotama, en ce qui concerne ce sujet, il y a une dispute, un débat et une différence (entre Bharadvaja et moi-même).

(16.7)
(Le Bienheureux s'adressa au jeune brahmane Vasettha et dit): Vous dites, ô Vasettha, que la voie annoncée par le brahmane Pokkarasati est la voie directe vers le salut, celle qui mène l'individu qui la suit à l'état d'union avec Brahma. Et également vous dites que, selon Bharadvaja, la voie annoncée par le brahmane Tarukkha est la voie directe vers le salut, celle qui mène l'individu qui la suit à l'état d'union avec Brahma. Alors, ô Vasettha, sur ce sujet y a-t-il vraiment une contestation, une dispute, une différence (entre vous deux)?

(16.8)
Vasettha répondit: En ce qui concerne la voie et la non-voie, ô vénérable Gotama, les brahmanes enseignent des voies différentes: par exemple, de nombreux (groupes de) brahmanes, comme les brahmanes Addhariya, les brahmanes Tittiriya, les brahmanes Chandoka, les brahmanes Chandava, les brahmanes Brahmacariya, enseignent des voies différentes.

(16.9)
Toutes ces voies mènent-elles l'individu qui les suit au salut, à l'état d'union avec Brahma? Tout comme, ô vénérable Gotama, il y a de nombreuses voies près d'un village ou près d'un bourg, et tout comme toutes ces voies se rencontrent dans le village et dans le bourg, il y a de nombreuses voies annoncées par les divers brahmanes, comme les brahmanes Addhariya (...) les brahmanes Brahmacariya. Est-ce que toutes ces voies mènent l'individu qui les suit au salut, à l'état d'union avec Brahma?

(16.10)
(Le Bienheureux demanda): "Est-ce que vous affirmez, ô Vasettha, que toutes ces voies dirigent correctement?" (Vasettha répondit): "Oui, ô vénérable Gotama. J'affirme qu'elles dirigent correctement." (Pour la deuxième fois, le Bienheureux demanda): "Est-ce que vous affirmez, ô Vasettha, que toutes ces voies dirigent correctement?" (Pour la deuxième fois, Vasettha répondit): "Oui, ô vénérable Gotama, j'affirme qu'elles dirigent correctement." (Pour la troisième fois, le Bienheureux demanda): "Est-ce que vous affirmez, ô Vasettha, que toutes ces voies dirigent correctement ?" (Pour la troisième fois, Vasettha répondit): "Oui, ô vénérable Gotama, j'affirme qu'elles dirigent correctement."

(16.11)
- Cependant, ô Vasettha, y a-t-il un seul brahmane, parmi les brahmanes versés dans les trois Veda, qui ait vu Brahma face à face personnellement? - Il n'y en a pas, ô vénérable Gotama.

(16.12)
-Y a-t-il, ô Vasettha, un seul maître des brahmanes, parmi les maîtres des brahmanes versés dans les trois Veda, qui ait vu le Brahma face à face personnellement? - Il n'y en a pas, ô vénérable Gotama.

(16.13)
- Y a-t-il, ô Vasettha, un seul précepteur ou maître de précepteur, parmi les précepteurs et les maîtres de précepteurs des brahmanes versés dans les trois Veda, qui ait vu Brahma face à face personnellement? - Il n'y en a pas, ô vénérable Gotama.

(16.14)
- Y a-t-il, ô Vasettha, un seul brahmane, parmi les brahmanes versés dans les trois Veda, pendant les dernières générations jusqu'au septième Acariya-Mahayuga, qui ait vu Brahma face à face personnellement? - Il n'y en a pas, ô vénérable Gotama.

(16.15)
- Est-ce que, ô Vasettha, les anciens risi des brahmanes versés dans les trois Veda, les auteurs de formules, les faiseurs de formules, dans lesquelles des formes anciennes de mots sont chantées, émises ou composées, que les brahmanes de nos jours chantent encore et encore, ou répètent, des risi comme Atthaka, Vamaka, Vamadeva, Vessamitta, Yamataggi, Anglrasa, Bharadvaja, Vasettha, Kassapa, Bhagu, ont-ils dit: "Nous savons qui est Brahma. Nous savons d'où il vient et où il va?" - Non, ô vénérable Gotama.

(16.16)
-Ainsi, ô Vasettha, vous affirmez qu'aucun brahmane versé dans les trois Veda, ni leurs maîtres, ni leurs précepteurs, ni leurs maîtres de précepteurs, même jusqu'à la septième génération, qu'aucun d'eux n'a jamais vu Brahma face à face personnellement.

(16.17)
Egalement, vous affirmez que les anciens risi des brahmanes versés dans les trois Veda, qui étaient des auteurs de formules, des faiseurs de formules, d'anciennes formes des mots que les brahmanes de nos jours entonnent soigneusement, récitent précisément comme ils les ont appris par la tradition même, ces anciens risi comme Atthaka, Vamaka (...) n'ont jamais dit: "Nous savons qui est Brahma. Nous savons d'où il vient et où il va."

(16.18)
Cependant, les brahmanes versés dans les trois Veda, en disant par exemple: "Voici la voie directe, voici la voie directe pour le salut, celle qui mène (l'individu qui la suit) à l'état d'union avec Brahma ", dirent en réalité ceci: "Nous montrons la voie de l'union avec quelqu'un dont nous ne savons rien, que nous n'avons pas vu."

(16.19)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda n'est-elle pas une parole insensée? -Certainement oui, ô vénérable Gotama. Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda est une parole insensée.

(16.20)
- En effet, ô Vasettha, il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda soient capables de montrer la voie de l'union avec quelqu'un dont ils ne savent rien et qu'ils n'ont pas vu.

(16.21)
Justement, ô Vasettha, tout comme une rangée d'aveugles attachés l'un après l'autre - le premier aveugle ne peut pas voir, l'aveugle qui est au milieu ne peut pas voir et celui qui est à la fin ne peut pas voir - de même, à mon avis, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda est une parole d'aveugle. Le premier ne peut pas voir, celui qui est au milieu ne peut pas voir et celui qui est à la fin ne peut pas voir.

(16.22)
La parole de ces brahmanes versés dans les trois Veda s'annonce une parole ridicule, simplement des mots insensés, une parole vide et vaine.

(16.23)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha ? Les brahmanes versés dans les trois Veda voient-ils, tout comme les gens ordinaires, la lune et le soleil qu'ils adorent, dont ils font l'éloge et auxquels ils rendent hommage, les mains jointes, et ils rendent hommage les mains jointes dans la direction où la lune et le soleil se lèvent et se couchent?

(16.24)
- Oui, ô vénérable Gotama. Les brahmanes versés dans les trois Veda peuvent, tout comme les gens ordinaires, voir la lune et le soleil qu'ils adorent, dont ils font l'éloge, auxquels ils rendent hommage les mains jointes, et ils rendent hommage dans les directions où la lune et le soleil se lèvent et se couchent.

(16.25)
- Qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Ces brahmanes versés dans les trois Veda sont-ils capables de montrer la voie vers un état d'union avec la lune et le soleil qu'ils adorent, dont ils font l'éloge, auxquels ils rendent hommage les mains jointes dans la direction où la lune et le soleil se lèvent et se couchent, en disant: "Voici la voie directe, voici la voie correcte qui mène (l'individu qui la suit) à l'état d'union avec la lune et le soleil." - Certainement, non, ô vénérable Gotama.

(16.26)
- Ainsi, ô Vasettha, vous affirmez que ces brahmanes versés dans les trois Veda sont capables, tout comme les gens ordinaires, de voir la lune et le soleil qu'ils adorent (...) et, cependant, ces brahmanes ne sont pas capables de montrer la voie vers un état d'union avec la lune et le soleil qu'ils adorent.

(16.27)
(... D'autre part) vous affirmez qu'aucun de ces brahmanes versés dans les trois Veda, ni leurs maîtres, ni leurs précepteurs et maîtres de précepteurs même jusqu'à la septième génération, n'a jamais vu Brahma.

(16.28)
(Egalement) vous affirmez que les anciens risi des brahmanes versés dans les trois Veda, qui étaient des auteurs de formules, des faiseurs de formules (...) n'ont pas dit: "Nous savons qui est Brahma. Nous savons d'où il vient et où il va."

(16.29)
Cependant, ces brahmanes versés dans les trois Veda, en disant par exemple: "Voici la voie directe, voici la voie correcte vers le salut, qui mène (l'individu qui la suit) à l'état d'union avec le Brahma ", dirent en réalité ceci: "Nous montrons la voie pour s'unir avec quelqu'un dont nous ne savons rien, que nous ne voyons pas."

(16.30)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda n'est-elle pas une parole insensée? - Certainement oui, ô vénérable Gotama. Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda est une parole insensée.

(16.31)
- Bien, ô Vasettha. Il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda soient capables de montrer la voie pour s'unir avec quelqu'un dont ils ne savent rien, qu'ils n'ont jamais vu.

(16.32)
Supposons, ô Vasettha, qu'un homme dise: "J'attends la plus belle jeune fille de ce pays et j'ai le désir de l'avoir ", les gens alors lui demanderaient: "Bien, cher ami, à propos de la plus belle jeune fille de ce pays que vous attendez et que vous désirez, savez-vous si cette jeune fille a pour origine la caste des nobles, la caste des brahmanes, la caste des commerçants ou bien la caste des Sudras ? " Questionné ainsi, il répondrait: "Je ne sais pas."

(16.33)
Les gens lui demanderaient alors: "Eh bien, cher ami, la plus belle jeune fille de ce pays que vous attendez et que vous désirez, connaissez-vous son nom ou le nom de sa famille? Cette jeune fille est-elle grande ou petite ou de taille moyenne? Est-elle noire, ou brune, ou couleur d'or? Savez-vous dans quel village ou quelle ville elle habite ? " Questionné ainsi, il répondrait: "Je ne sais pas."

(16.34)
Les gens alors lui demanderaient: "Eh bien, cher ami, n'est-il pas vrai que vous attendez et désirez une jeune fille que vous ne connaissez pas, que vous n'avez jamais vue?" Questionné ainsi, il répondrait par l'affirmative. Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Selon les faits, la parole de cet homme ne s'avère-t-elle pas une parole insensée?- Certainement oui, ô vénérable Gotama. Selon les faits, la parole de cet homme s'avère une parole insensée.

(16.35)
-De même, ô Vasettha, vous affirmez que ces brahmanes versés dans les trois Veda, ni leurs maîtres, ni leurs précepteurs, ni leurs maîtres de précepteurs, même jusqu'à la septième génération, qu'aucun d'eux n'a jamais vu Brahma face à face personnellement.

(16.36)
(Egalement) vous affirmez que les anciens risi des brahmanes versés dans les trois Veda, qui étaient des auteurs de formules, des faiseurs de formules, d'anciennes formes des mots que les brahmanes de nos jours entonnent soigneusement, récitent précisément comme ils les ont appris par la tradition même ces anciens risi comme Atthaka, Vamaka (...) n'ont jamais dit: "Nous savons qui est Brahma. Nous savons d'où il vient et où il va."

(16.37)
Cependant, les brahmanes versés dans les trois Veda, en disant par exemple: "Voici la voie directe, voici la voie directe pour le salut, celle qui mène (l'individu qui la suit) à l'état d'union avec Brahma ", dirent en réalité ceci: "Nous montrons la voie de l'union avec quelqu'un dont nous ne savons rien, que nous n'avons pas vu."

(16.38)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha ? Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda n'est-elle pas une parole insensée? - Certainement oui, ô vénérable Gotama. Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda est une parole insensée.

(16.39)
- Bien, ô Vasettha. En effet, il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda soient capables de montrer la voie de l'union avec quelqu'un dont ils ne savent rien et qu'ils n'ont pas vu.

(16.40)
Supposons, ô Vasettha, qu'un homme veuille construire un escalier pour une maison située à un carrefour. Les gens lui demanderaient: "Eh bien, cher ami, cette maison pour laquelle vous allez construire un escalier, savez-vous si elle est située à l'est ou au sud, à l'ouest ou bien au nord? Savez-vous si cette maison est grande ou petite ou de taille moyenne ? " Questionné ainsi, il répondrait: "Je ne sais pas." Les gens alors lui diraient: "Alors, cher ami, n'est-il pas vrai que vous voulez construire un escalier pour monter à une maison dont vous ne savez rien et que vous ne voyez pas? " Questionné ainsi, il répondrait par l'affirmative.

(16.41)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Selon les faits, la parole de cet homme ne s'avère-t-elle pas une parole insensée? - Certainement oui, ô vénérable Gotama. Selon les faits, la parole de cet homme s'avère une parole insensée.

(16.42)
-De même, ô Vasettha, vous affirmez que ces brahmanes versés dans les trois Veda, ni leurs maîtres, ni leurs précepteurs, ni leurs maîtres de précepteurs, même jusqu'à la septième génération, qu'aucun d'eux n'a jamais vu le Brahma face à face personnellement (...)

(16.43)
Cependant, les brahmanes versés dans les trois Veda, en disant par exemple: "Voici la voie directe, voici la voie directe pour le salut, celle qui mène (l'individu qui la suit) à l'état d'union avec le Brahma ", dirent en réalité ceci: "Nous montrons la voie de l'union avec quelqu'un dont nous ne savons rien, que nous n'avons pas vu."

(16.44)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha ? Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda n'est-elle pas une parole insensée? - Certainement oui, ô vénérable Gotama. Selon les faits, la parole des brahmanes versés dans les trois Veda est une parole insensée.

(16.45)
- Bien, ô Vasettha. En effet, il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda soient capables de montrer la voie de l'union avec quelqu'un dont ils ne savent rien et qu'ils n'ont pas vu.

(16.46)
Supposons, ô Vasettha, que cette rivière Aciravati soit pleine d'eau jusqu'au bord et, par conséquent, débordante. Un homme y arriverait dans l'espoir de la traverser pour aller sur l'autre rive, ayant à faire sur l'autre rive. Cet homme, debout sur la rive, commencerait par invoquer l'autre rive, en disant: "Viens ici, ô l'autre rive! viens de ce côté-ci!" Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Se peut-il qu'à cause de l'invocation, de la prière, du souhait et de l'éloge de cet homme, l'autre rive vienne de ce côté-ci? - Certainement non, ô vénérable Gotama.

(16.47)
- De même, ô Vasettha, les brahmanes versés dans les trois Veda, en abandonnant des pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un vrai brahmane et en assimilant des pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un non-brahmane, répètent ainsi: "Nous invoquons Indra, nous invoquons Soma, nous invoquons Varuna, nous invoquons Isana, nous invoquons Pajapati, nous invoquons Brahma, nous invoquons Mahiddhi, nous invoquons Yama."

(16.48)
En vérité, ô Vasettha, ces brahmanes versés dans les trois Veda, en abandonnant des pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un vrai brahmane, assimilent de plus des pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un non-brahmane.

(16.49)
Il est impossible que, à cause de leurs invocations, de leurs prières, de leurs souhaits, de leurs éloges, ils puissent s'unir avec le Brahma, après la dissolution de leur corps, après leur mort.

(16.50)
Supposons, ô Vasettha, que cette rivière Aciravati soit pleine d'eau jusqu'au bord et, par conséquent, débordante. Un homme y arriverait dans l'espoir de traverser la rivière, pour aller sur l'autre rive, ayant à faire sur l'autre rive. Supposons que les mains de cet homme qui est sur cette rive soient attachées fortement dans son dos. Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Cet homme est-il capable d'aller sur l'autre rive de la rivière Aciravati? - Certainement non, ô vénérable Gotama.

(16.51)
- De même, ô Vasettha, il y a cinq choses prédisposant au désir. Dans la discipline des êtres nobles, ces cinq choses sont nommées une "chaîne " et également nommées un " lien".

(16.52)
Quelles sont ces cinq choses: les formes connaissables par la conscience visuelle désirées, aimées, plaisantes, charmantes, attirantes, séduisantes; les sons connaissables par la conscience auditive désirés, aimés, plaisants, charmants, attirants, séduisants; les odeurs connaissables par la conscience olfactive désirées, aimées, plaisantes, charmantes, attirantes, séduisantes; les saveurs connaissables par la conscience gustative désirées, aimées, plaisantes, charmantes, attirantes, séduisantes; les choses tangibles connaissables par la conscience tactile désirées, aimées, plaisantes, charmantes, attirantes, séduisantes.

(16.53)
En vérité, ô Vasettha, telles sont les choses prédisposant au désir qui sont nommées dans la discipline des êtres nobles une " chaîne " et également un " lien".

(16.54)
En effet, ô Vasettha, les brahmanes versés dans les trois Veda sont attachés à ces cinq choses prédisposant au désir, ils se collent à elles, ils sont inclinés vers elles, ils sont infatués d'elles; ils ne voient pas leur danger ni ne savent combien ces cinq choses sont instables et pourtant ils prennent plaisir à ces cinq choses.

(16.55)
En effet, ô Vasettha, ces brahmanes versés dans les trois Veda, en abandonnant des pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un vrai brahmane et en assimilant des pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un non-brahmane, demeurent attachés à ces cinq choses prédisposant au désir.

(16.56)
Ils se collent à ces cinq choses, ils sont inclinés vers elles (...)

(16.57)
Il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda, après la dissolution de leur corps, après leur mort, s'unissent à Brahma.

(16.58)
Supposons, ô Vasettha, que cette rivière Aciravati soit pleine d'eau jusqu'au bord et, par conséquent, débordante. Un homme y arriverait dans l'espoir de traverser la rivière, pour aller sur l'autre rive, ayant à faire sur l'autre rive. Cependant, il s'étend pour dormir sur ce côté-ci. Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Cet homme est-il capable de gagner l'autre rive? - Certainement non, ô vénérable Gotama.

(16.59)
- De même, ô Vasettha, il y a cinq entraves. Dans la discipline des êtres nobles, ces cinq entraves sont nommées des " voiles " et également nommées des " obstacles". Quelles sont ces cinq entraves? La convoitise sensuelle, la malveillance, la torpeur physique et mentale et la langueur, l'inquiétude et le tracas, le doute.

(16.60)
Les brahmanes versés dans les trois Veda sont voilés, encombrés, empêchés et empêtrés par ces cinq entraves.

(16.61)
En vérité, ô Vasettha, ces brahmanes versés dans les trois Veda, en abandonnant les pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un vrai brahmane et en assimilant des pratiques concernant les qualités par lesquelles on devient un non-brahmane, sont voilés, encombrés, empêchés et empêtrés par ces cinq entraves.

(16.62)
En effet, ô Vasettha, il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda, après la dissolution de leur corps, après leur mort, s'unissent à Brahma.

(16.63)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha ? Selon les paroles des brahmanes que vous avez écoutées et selon les discussions des savants, des précepteurs et des maîtres de précepteurs des brahmanes que vous avez entendues, oui ou non, du Brahma possède-t-il les femmes et la richesse? - Il ne les possède pas, ô vénérable Gotama.

(16.64)
- La pensée de Brahma est-elle haineuse ou est-elle libérée de la haine? - Sa pensée est libérée de la haine, ô vénérable Gotama. - La pensée de Brahma est-elle malveillante ou est-elle libérée de la malveillance? - Sa pensée est libérée de la malveillance, ô vénérable Gotama. - La pensée de Brahma est-elle impure ou est-elle libérée de l'impureté ? - Sa pensée est libérée de l'impureté, ô vénérable Gotama. -Est-ce que Brahma a la maîtrise de soi ou n'a-t-il pas la maîtrise de soi? - Il a la maîtrise de soi, ô vénérable Gotama.

(16.65)
- Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Les brahmanes versés dans les trois Veda possèdent-ils ou non les femmes et la richesse? - Ils les possèdent, ô vénérable Gotama.

(16.66)
- La pensée des brahmanes est-elle haineuse ou est-elle libérée de la haine? - Leur pensée est haineuse, ô vénérable Gotama. -La pensée des brahmanes est-elle malveillante ou est-elle libérée de la malveillance? - Leur pensée est malveillante, ô vénérable Gotama. - La pensée des brahmanes est-elle impure ou est-elle libérée de l'impureté? - Leur pensée est impure, ô vénérable Gotama. - Est-ce que ces brahmanes ont la maîtrise de soi ou n'ont-ils pas la maîtrise de soi? - Ils n'ont pas la maîtrise de soi, ô vénérable Gotama.

(16.67)
- Alors, ô Vasettha, vous affirmez que ces brahmanes versés dans les trois Veda possèdent les femmes et la richesse, tandis que Brahma ne les possède pas. Comment peut-il alors y avoir une concordance et une similitude entre les brahmanes versés dans les trois Veda qui possèdent les femmes et la richesse et Brahma qui ne les possède pas? - Non, il n'y a pas de similitude, ô vénérable Gotama.

(16.68)
- Bien, ô Vasettha. En effet, il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda, qui possèdent les femmes et la richesse, après la dissolution de leur corps, après leur mort, s'unissent à Brahma.

(16.69)
Vous affirmez, ô vasettha, que la pensée de ces brahmanes est haineuse, tandis que la pensée de Brahma est libérée de la haine (...) Vous affirmez que la pensée de ces brahmanes est malveillante, tandis que la pensée de Brahma est libérée de la malveillance (...) Vous affirmez que la pensée de ces brahmanes est impure, tandis que la pensée de Brahma est libérée de l'impureté (...) Vous affirmez que ces brahmanes n'ont pas la maîtrise de soi, tandis que le Brahma a la maîtrise de soi (...) Comment peut-il alors y avoir une concordance et une similitude entre les brahmanes versés dans les trois Veda, qui n'ont pas la maîtrise de soi, et Brahma, qui a la maîtrise de soi ? - Non, il n'y a pas de similitude, ô vénérable Gotama.

(16.70)
- Bien, ô Vasettha. En effet, il est impossible que ces brahmanes versés dans les trois Veda, qui n'ont pas la maîtrise de soi, après la dissolution de leur corps, après la mort, s'unissent à Brahma.

(16.71)
Ces brahmanes versés dans les trois Veda, ô Vasettha, en s'installant (dans leurs opinions religieuses) se noient (dans leur mirage) et ainsi nageant ils arrivent seulement à une pensée désespérée selon laquelle ils sont en train de traverser un pays sec.

(16.72)
Ainsi, la "triple connaissance" de ces brahmanes versés dans les trois Veda n'est qu'un désert. Leur " triple connaissance " n'est qu'une forêt. Leur "triple connaissance " n'est qu'un péril.

(16.73)
Lorsque le Bienheureux eut ainsi parlé, le jeune brahmane Vasettha dit: J'ai entendu dire que le vénérable Gotama connaît la voie menant à s'unir avec le Brahma.

(16.74)
-Qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Le village de Manasakata, n'est-ce pas près d'ici, n'est-il pas loin d'ici? - C'est vrai, ô vénérable Gotama. Manasakata est près d'ici, il n'est pas loin d'ici.

(16.75)
-Qu'en pensez-vous, ô Vasettha? Supposons qu'un homme né à Manasakata et qui y aurait grandi viendrait d'y revenir. Des gens lui demanderaient le chemin de Manasakata: est-ce que cet homme aurait une difficulté ou un doute pour l'indiquer ? - Certainement non, ô vénérable Gotama, car tous les chemins qui conduisent à Manasakata sont bien familiers à cet homme qui est né et a grandi dans ce village de Manasakata.

(16.76)
- Il est possible, ô Vasettha, que cet homme qui est né et qui a grandi à Manasakata puisse avoir une difficulté ou un doute (pour dire le chemin de Manasakata). Cependant, si le Tathagata était questionné sur le ciel du Brahma ou sur le chemin conduisant à ce ciel, il n'aurait pas de difficulté à répondre. Je connais Brahma, ô Vasettha. Je connais aussi le ciel de Brahma.

(16.77)
Je connais également le chemin menant au ciel de Brahma. Je sais qui est sur le chemin menant au ciel de Brahma. Je sais également qui est né dans ce ciel de Brahma.

(16.78)
Lorsque le Bienheureux eut ainsi parlé, le jeune brahmane Vasettha dit: J'ai entendu dire que le vénérable Gotama explique le chemin de l'union avec le Brahma. Il est bon que le vénérable Gotama nous explique le chemin de l'union avec le Brahma. Que le vénérable Gotama sauve la race des brahmanes !

(16.79)
- Eh bien, ô Vasettha, écoutez, réfléchissez bien. Je vous expliquerai. - Je suis prêt, ô vénérable Gotama ", répondit le jeune brahmane Vasettha au Bienheureux.

(16.80)
Le Bienheureux dit: Sachez-le, ô Vasettha. Il apparaît (de temps en temps dans le monde) un Tathagata qui est un Arahant, complètement et parfaitement éveillé, parfait en sagesse et parfait dans sa conduite, correctement arrivé à son but, connaisseur des mondes, incomparable guide des êtres qui doivent être guidés, instructeur des dieux et des êtres humains, l'Eveillé, le Bienheureux (...).

(16.81)
Il enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il exalte la Conduite pure, parfaitement pleine et parfaitement pure.

(16.82)
Un chef de famille, ou le fils d'un chef de famille, ou un individu né dans une quelconque famille entend cette doctrine. L'ayant entendue, il atteint la confiance sereine en le Tathagata.

(16.83)
Parce qu'il a atteint cette confiance sereine et qu'il en est pourvu, il réfléchit ainsi: "Cette vie à la maison est pleine d'obstacles, elle est un chemin poussiéreux; la vie religieuse est comparable au plein air.

(16.84)
Il n'est pas aisé de pratiquer la Conduite pure entièrement pleine, entièrement pure, parfaite comme une conque gravée, en demeurant dans la vie domestique. Il faut donc que, m'étant rasé la barbe et les cheveux, ayant couvert mon corps des vêtements ocre, je quitte ma maison pour mener une vie religieuse, sans maison."

(16.85)
Plus tard, ayant abandonné l'ensemble de ses biens, quelle qu'en soit la valeur, ayant abandonné ses parents et son entourage, quel qu'en soit le nombre, s'étant rasé la barbe et les cheveux, ayant couvert son corps des vêtements ocre des religieux, il quitte sa maison pour mener une vie religieuse, sans maison.

(16.86)
Etant ainsi devenu religieux, ce disciple mène une vie maîtrisée selon le Code de la discipline, une vie vertueuse en voyant un danger même dans les petits manquements; il observe les préceptes.

(16.87)
Les actes du corps, les actes de la parole qu'il met en œuvre sont sains; le moyen de gagner sa vie est entièrement pur; il est vertueux. Sa porte est gardée vis-à-vis des facultés sensorielles. Il possède la vigilance et la compréhension; il est pleinement satisfait.

(16.88)
Et comment, ô Vasettha, ce disciple est-il vertueux? Ayant abandonné le meurtre des êtres vivants, il s'abstient du meurtre des êtres vivants. Ayant déposé le bâton, déposé les armes, décent, compatissant, il demeure plein de bienveillance et de pitié envers tous les êtres vivants.

(16.89)
Ayant abandonné le vol, il s'abstient de prendre ce qu'on ne lui donne pas. Il ne prend que ce qu'on lui donne; il ne tient qu'à ce qu'on lui donne. Il vit étant lui-même purifié, ignorant le vol.

(16.90)
Ayant abandonné l'incontinence, il est chaste et continent; il se tient à l'écart, s'abstenant de cette pratique vulgaire dite le " rapport sexuel".

(16.91)
Ayant abandonné la parole mensongère, il s'abstient de mensonge. Il est un partisan de la vérité. Attaché à la vérité, il est sûr, digne de confiance, sans tromper le monde par sa parole.

(16.92)
Ayant abandonné la parole calomnieuse, il s'abstient de parole calomnieuse; ce qu'il a entendu ici, il ne le raconte pas là-bas, pour séparer ceux-là de ceux-ci; ce qu'il a entendu là-bas, il ne le raconte pas ici, pour séparer ceux-ci de ceux-là. Il ne parle qu'en vue de réconcilier ceux qui sont désunis ou d'accroître la concorde. Il se plaît dans l'harmonie, il trouve son plaisir dans l'harmonie, il trouve sa joie dans l'harmonie. Il ne parle que pour créer l'harmonie.

(16.93)
Ayant abandonné la parole grossière, il s'abstient de parole grossière. Il ne prononce que des paroles irréprochables, agréables à l'oreille, affectueuses, allant au coeur, courtoises, aimables à beaucoup de gens, plaisantes à beaucoup de gens.

(16.94)
Ayant abandonné les propos frivoles, il s'abstient de propos frivoles; il ne prononce que des paroles opportunes, véridiques, sensées, conformes à la doctrine et à la discipline, dignes d'être conservées, raisonnables, correspondant au but final, profitables.

(16.95)
Il s'abstient de détruire les graines et les plantes. Il ne prend qu'un seul repas par jour, s'abstenant de manger pendant la nuit et hors du temps (prescrit).

(16.96)
Il s'abstient de spectacles de danse, de chant, de musique ou d'agitation quelconque. Il s'abstient du port des guirlandes, de l'usage des parfums et des onguents, des ornements et décorations. Il s'abstient de lits grands et luxueux.

(16.97)
Il s'abstient d'accepter de l'or et de l'argent, des grains crus, de la viande crue.

(16.98)
Il s'abstient d'accepter des femmes et des jeunes filles, des esclaves d'un sexe ou de l'autre.

(16.99)
Il s'abstient d'accepter des chèvres, des moutons, des coqs, des porcs, des éléphants, des bovins ou des chevaux. Il s'abstient d'accepter des champs ou d'autres biens.

(16.100)
Il s'abstient d'envoyer des messages ou d'en porter.

(16.101)
Il s'abstient d'acheter et de vendre. Il s'abstient d'utiliser de faux poids, de la fausse monnaie et de fausses mesures. Il s'abstient de fourberie, de tromperie, de fraude, de pratiques tortueuses.

(16.102)
Il s'abstient de blesser en coupant ou en perçant, de lier, de pratiquer le vol à main armée ou par effraction, d'exercer une forme quelconque de violence.

(16.103)
Il s'abstient d'endommager les graines et plantes, à savoir les graines nées d'une racine, les graines nées d'une branche, les graines nées d'un noeud, les graines nées d'une greffe, les graines nées d'une graine, etc.

(16.104)
Il s'abstient de faire des réserves et d'en jouir, à savoir réserves de nourriture, de boissons, de vêtements, de véhicules, de lits, de parfums, de friandises, etc.

(16.105)
Il s'abstient de spectacles, à savoir danse, chant, musique, théâtre, récitation, claquement des mains, magie, hautbois, groupes musicaux, jonglerie, jeu de bambou, lavage des ossements, combats d'éléphants, de chevaux, de buffles, de taureaux, de boucs, de béliers, de coqs, de cailles, au bâton, au poing, boxe, lutte, avant-garde, armée déployée, revue de troupes, etc. - il s'abstient de tels spectacles.

(16.106)
Il s'abstient de telles occupations consistant en jeux et frivolités, à savoir huit carrés, dix carrés, jeu de plein air, jeu où l'on évite les lignes, jeu de présence, dés, bâtonnets, main et pinceau, boules, charrue, saut périlleux, moulin a vent, mesures en feuilles de palmier, chariot, petit arc, jeu de lettres, jeu de pensée, imitation des défauts physiques, etc. - il s'abstient de telles occupations consistant en jeux et frivolités.

(16.107)
Il s'abstient de lits élevés et de couches luxueuses, à savoir fauteuils, divans, tapis de haute laine, courtepointes, couvertures de laine, couvertures brodées de fleurs, matelas de coton, couvertures à broderie d'animaux, couvertures avec poil au-dessus ou avec poil d'un seul côté, couvertures de soie brodée de joyaux, soieries, tapis pour danseuses, couvertures d'éléphants, de chevaux, de voitures, housses en eau, belles couvertures en poil d'antilope, avec baldaquins et coussins rouges des deux côtés, etc. - il s'abstient de tels lits élevés et de telles couches luxueuses.

(16.108)
Il s'abstient d'occupations employant ornements et parures, à savoir onguents, massages, bains, frictions, miroirs, pommades, guirlandes, cosmétiques, poudres détersives pour le visage, fards, bracelets, chignons, cannes, boîtes, épées, parasols, sandales aux couleurs vives, turbans, joyaux, éventails en crin de buffle, vêtements blancs à longues franges, etc. - il s'abstient de telles occupations employant ornements et parures.

(16.109)
Il s'abstient de propos vulgaires, à savoir les conversations à propos des rois, des voleurs, des ministres, de l'armée, des périls, des batailles, de la nourriture, de la boisson, des vêtements, des lits, des guirlandes, des parfums, des parents, des véhicules, des bourgades, des marchés, des villes, des campagnes, des femmes, des hommes, des héros, des routes, des points d'eau, des morts, des sujets divers relatifs aux choses de la nature, relatifs à l'océan, et à propos de ce qui est et ce qui n'est pas, etc. - il s'abstient de tels propos vulgaires.

(16.110)
Il s'abstient de tels propos chicaniers, à savoir des paroles comme: "Toi, tu ne connais pas cette doctrine et cette discipline, moi, je connais cette doctrine et cette discipline, comment connaîtrais-tu cette doctrine et cette discipline? Tu t'es engagé dans la mauvaise voie, moi je suis engagé dans la bonne voie. Je suis conséquent avec moi-même, tu es inconséquent. Tu as dit après ce qu'il fallait dire avant, tu as dit avant ce qu'il fallait dire après. Ce que tu as imaginé est jeté bas. Ta thèse est réfutée: tu es battu. Va te défaire de cette opinion-ci ou démolis celle-là, si tu en es capable, etc." - il s'abstient de tels propos chicaniers.

(16.111)
Il s'abstient d'occupations consistant à envoyer des messages ou en porter, à savoir pour les rois, les hauts fonctionnaires du roi, les nobles, les brahmanes, les chefs de famille, les jeunes gens, en disant: "Va ici. Va là-bas. Emporte ceci là-bas. Apporte-le ici, etc." - il s'abstient de telles occupations consistant à envoyer des messages ou en porter.

(16.112)
Il s'abstient de fraudes et hâbleries qui sont pratiquées par des fraudeurs, hâbleurs, devins, jongleurs, et des profiteurs, etc. - il s'abstient de telles fraudes et hâbleries.

(16.113)
Il s'abstient des arts vulgaires, des mauvaises façons de gagner sa vie, à savoir en faisant des pronostics d'après les signes du corps, les auspices, les incidents extraordinaires, les rêves, les marques, les déchirures causées par les rats, et en faisant des oblations comme les oblations dans le feu, les oblations à la cuiller, les oblations de paille, de poudre de riz, de grains de riz, de beurre, d'huile, de bouche, de sang, et en pratiquant des sciences (occultes) comme la science du corps, la science des lieux à bâtir, la science des lieux à cultiver, la science des propitiations, la science des démons, la science secrète, la science des serpents, des poissons, des scorpions, des rats, des oiseaux, des corneilles, la prédiction du temps (qui reste) à vivre, la protection contre les flèches, la protection contre le règne animal, etc. - il s'abstient de tels arts vulgaires, de telles mauvaises façons de gagner sa vie.

(16.114)
Il s'abstient des arts vulgaires, des mauvaises façons de gagner sa vie, à savoir en faisant des pronostics d'après les signes des joyaux, des vêtements, des bâtons, des couteaux, des épées, des dards, des arcs, des armes en général, des femmes, des hommes, des garçons, des filles, des esclaves mâles, des esclaves femelles, des éléphants, des chevaux, des buffles, des taureaux, des boeufs, des chèvres, des béliers, des coqs, des cailles, des varans, des bêtes à longues oreilles, des tortues, des bêtes sauvages, etc. - il s'abstient de tels arts vulgaires, de telles mauvaises façons de gagner sa vie.

(16.115)
Il s'abstient des arts vulgaires, des mauvaises façons de gagner sa vie, à savoir en faisant des prédictions comme: "Les rois feront une sortie. Ceux-ci ne feront pas de sortie. Les rois indigènes feront une avance. Les rois étrangers feront une retraite. Ceux-ci feront une avance. Les rois indigènes feront une retraite. Ceux-ci feront une avance; les rois indigènes auront la victoire. Les rois étrangers auront la défaite. Ceux-ci auront la victoire. Les rois indigènes auront la défaite. C'est ainsi qu'un tel aura la victoire, qu'un tel aura la défaite, etc." - il s'abstient de tels arts vulgaires, de telles mauvaises façons de gagner sa vie.

(16.116)
Il s'abstient des arts vulgaires, des mauvaises façons de gagner sa vie, à savoir en faisant des prédictions comme: "Il y aura une éclipse de lune, une éclipse de soleil. Il y aura une éclipse de constellation. La lune et le soleil suivront leur chemin. La lune et le soleil quitteront leur chemin. Les constellations suivront leur chemin. Les constellations quitteront leur chemin. Il y aura chute de météores. Il y aura embrasement des orients. Il y aura tremblement de terre; il y aura grondement céleste. La lune, le soleil, les constellations monteront, descendront, seront brouillés, seront purs. Voici quelles seront la conséquence de l'éclipse de lune, la conséquence de l'éclipse de soleil, la conséquence de l'éclipse de constellation, la conséquence du fait que la lune et le soleil suivent leur chemin, la conséquence du fait que la lune et le soleil quittent leur chemin, la conséquence du fait que les constellations suivent leur chemin, la conséquence du fait que les constellations quittent leur chemin, la conséquence de la chute de météores, la conséquence de l'embrasement des orients, la conséquence du tremblement de terre, la conséquence du grondement céleste, quelle sera la conséquence du fait que la lune, le soleil, les constellations montent, descendent, sont brouillés, sont purs, etc." - il s'abstient de tels arts vulgaires, de telles mauvaises façons de gagner sa vie.

(16.117)
Il s'abstient des arts vulgaires, des mauvaises façons de gagner sa vie, à savoir en faisant des prédictions comme: "Il y aura une pluie abondante. Il n'y aura point de pluie. Il y aura une riche moisson. Il y aura la disette. Il y aura la paix. Il y aura péril de guerre. Il y aura la maladie. Il y aura la santé ", ou encore en faisant des prédictions par les gestes, par l'arithmétique, par le calcul improvisé, par la poésie, par les choses de la nature, etc. - il s'abstient de tels arts vulgaires, de telles mauvaises façons de gagner sa vie.

(16.118)
Il s'abstient des arts vulgaires, des mauvaises façons de gagner sa vie, à savoir par l'art de marier, de réconcilier, de désunir, de faire rentrer l'argent, de faire prêter de l'argent, de rendre heureux, de rendre malheureux, de faire avorter, de paralyser la langue, de bloquer les mâchoires, de conjurer les mains, de conjurer les oreilles, d'interroger le miroir, d'interroger les filles, d'interroger les dieux, d'adorer le soleil, d'adorer le sacrifice, de souffler le feu, d'invoquer la déesse Fortune, etc. - il s'abstient de tels arts vulgaires, de telles mauvaises façons de gagner sa vie.

(16.119)
Il s'abstient des arts vulgaires, des mauvaises façons de gagner sa vie par les pratiques magiques, à savoir les pratiques magiques en vue d'apporter la bénédiction, de se libérer de promesses faites, de se protéger, de garder sa maison, de donner et d'ôter la virilité, de déterminer les lieux à bâtir, de consacrer les lieux à bâtir, de se rincer la bouche, de se baigner, de faire des oblations, de faire vomir, de purger, de chasser les impuretés par le haut, de les chasser par le bas, de chasser celles qui sont dans la tête, de préparer de l'huile pour l'oreille, des lavages des yeux, des drogues à respirer par le nez, des collyres, des onguents, d'exercer l'ophtalmologie, la chirurgie, la pédiatrie, d'appliquer de nouveaux remèdes consistant en racines, de contrecarrer l'effet de médicaments, etc. - il s'abstient de tels arts vulgaires, de telles mauvaises façons de gagner sa vie. C'est là sa part dans la morale.

(16.120)
Ce disciple religieux, ô Vasettha, qui est devenu ainsi vertueux, ne voit aucun danger nulle part. Tout comme un prince dûment couronné, qui a terrassé ses ennemis, ne voit plus de danger d'aucun côté pour ce qui est de ses adversaires, de même ô Vasettha, un disciple religieux qui suit ainsi les principes moraux ne voit plus de danger d'aucun côté, pour ce qui est de la défense morale. Pourvu de ce noble ensemble de vertus, il éprouve intérieurement le bonheur de l'irréprochabilité. C'est ainsi, ô Vasettha, que le disciple religieux possède une bonne conduite.

(16.121)
Et comment, ô Vasettha, le disciple religieux a-t-il sa porte gardée vis-à-vis des facultés sensorielles ?

(16.122)
Lorsqu'il voit une forme au moyen de son œil, il n'en saisit ni les apparences générales ni les détails car, en conséquence de ce que l'organe de l'oeil demeure non maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la frustration, peuvent s'y introduire; il se garde contre l'organe de l'oeil; il se met en état de défense contre l'organe de l'oeil. Lorsqu'il entend un son au moyen de son oreille (...)

(16.123)
Lorsqu'il sent une odeur au moyen de son nez (...)

(16.124)
Lorsqu'il goûte une saveur au moyen de sa langue (...)

(16.125)
Lorsqu'il sent une chose tangible au moyen de son corps (...)

(16.126)
Lorsqu'il connaît une idée au moyen de sa pensée, il n'en saisit ni les apparences générales ni les détails car, en conséquence de ce que cet organe de la pensée demeure non maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la frustration, peuvent s'y introduire; il se garde contre l'organe de la pensée; il se met en état de défense contre l'organe de la pensée. C'est ainsi, ô Vasettha, que le disciple religieux a sa porte gardée vis-à-vis des facultés sensorielles.

(16.127)
Et comment, ô Vasettha, le disciple religieux possède-t-il la conscience et la compréhension? Dans ce cas, ô Vasettha, en allant ou en venant, le disciple religieux agit avec conscience et compréhension. En regardant devant ou autour de lui, il agit avec conscience et compréhension. En étendant ou pliant ses membres, il agit avec conscience et compréhension. En mangeant ou en buvant, en mastiquant, en goûtant, il agit avec conscience et compréhension. En déféquant et en urinant, il agit avec conscience et compréhension. En étant debout, en s'asseyant, s'endormant, s'éveillant, parlant ou se taisant, il agit avec conscience et compréhension.

(16.128)
Et comment, ô Vasettha, le disciple religieux est-il pleinement satisfait? Dans ce cas, ô Vasettha, le disciple religieux est pleinement satisfait d'un vêtement (monastique) qui lui préserve le corps et des aumônes de nourriture dont il sustente son ventre; partout où il va, il va avec son vêtement (monastique) et avec son bol à aumône. Tout comme, ô Vasettha, un oiseau emporte ses ailes partout où il vole, de même le disciple religieux qui est pleinement satisfait emportant seulement, partout où il va, le vêtement (monastique) dont il protège son corps et le bol à aumônes dont il sustente son ventre. C'est ainsi, ô Vasettha, que le disciple religieux est pleinement satisfait.

(16.129)
Ainsi pourvu de ce noble ensemble de vertus, pourvu de cette noble maîtrise des facultés sensorielles, pourvu de cette noble conscience et compréhension, pourvu enfin de cette noble satisfaction absolue, le disciple religieux cherche et choisit une résidence à l'écart, dans un bois, au pied d'un arbre, dans une montagne, une grotte, une caverne, un cimetière, un plateau boisé, un endroit découvert, une meule de paille. Etant revenu de sa tournée d'aumône, après son repas, il s'assied en repliant et croisant ses jambes, posant son corps bien droit, fixant son attention.

(16.130)
Ayant abandonné la convoitise dans ce monde, il demeure avec la pensée débarrassée de convoitise; il purifie sa pensée de la convoitise.

(16.131)
Ayant abandonné la haine et la méchanceté, il demeure avec la pensée débarrassée de méchanceté; il purifie sa pensée de la haine et de la méchanceté.

(16.132)
Ayant abandonné la paresse et la torpeur, il demeure avec la pensée débarrassée de la paresse et de la torpeur; attentif, pleinement conscient de ce qu'il voit, il purifie sa pensée de la paresse et de la torpeur.

(16.133)
Ayant abandonné l'agitation et le regret, il demeure avec la pensée débarrassée d'agitation et de regret; la pensée apaisée intérieurement, il purifie sa pensée de l'agitation et du regret.

(16.134)
Ayant abandonné le doute, il demeure avec la pensée débarrassée du doute; il est sans perplexité touchant les choses bonnes, il purifie sa pensée du doute.

(16.135)
Tant que, ô Vasettha, ces cinq entraves n'ont pas disparu, le disciple religieux se considère lui-même comme quelqu'un qui est endetté, comme quelqu'un qui est malade, comme quelqu'un qui est en prison, comme quelqu'un qui est vendu comme esclave, comme quelqu'un qui a perdu sa voie dans le désert.

(16.136)
Cependant, ô Vasettha, lorsque le disciple religieux s'est débarrassé de ces cinq entraves, il se considère lui-même comme quelqu'un qui est libéré de ses dettes, comme quelqu'un qui s'est guéri de sa maladie, comme quelqu'un qui est libéré de sa prison, comme quelqu'un qui est libre et assuré.

(16.137)
Lorsque le disciple religieux considère ces cinq entraves dont il s'est libéré en lui-même, la joie naît en lui; de la joie naît l'allégresse; lorsque sa pensée est allègre, son corps se calme; lorsque son corps est calmé, il ressent le bonheur; lorsqu'il est heureux, sa pensée se concentre bien.

(16.138)
Ensuite il demeure en faisant rayonner la pensée de bienveillance dans une direction (de l'espace), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité, en tout lieu de l'univers, il demeure en faisant rayonner la pensée de bienveillance, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié.

(16.139)
Tout comme, ô Vasettha, un puissant sonneur de trompette fait entendre sans difficulté dans quatre directions le son de son instrument, de même est la libération de la pensée atteinte par la bienveillance, et ici il n'y aura plus aucun kamma restreint, il n'y restera aucun kamma restreint. Ainsi donc, ô Vasettha, c'est un chemin de l'union avec Brahma.

(16.140)
Ensuite, ô Vasettha, le disciple religieux demeure en faisant rayonner la pensée de compassion dans une direction (de l'espace), et de même dans une deuxième, dans une troisième (...) il demeure faisant rayonner la pensée de compassion, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié.

(16.141)
Tout comme, ô Vasettha, un puissant sonneur de trompette fait entendre sans difficulté dans quatre directions le son de son instrument, de même est la libération de la pensée atteinte par la compassion, et ici il n'y aura plus aucun kamma restreint, il n y restera aucun kamma restreint. Ainsi donc, ô Vasettha, c'est aussi un chemin de l'union avec Brahma.

(16.142)
Ensuite, ô Vasettha, le disciple religieux demeure en faisant rayonner la pensée de joie sympathique dans une direction (de l'espace), et de même dans une deuxième, dans une troisième (...) il demeure en faisant rayonner la pensée de joie sympathique, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié.

(16.143)
Tout comme, ô Vasettha, un puissant sonneur de trompette fait entendre sans difficulté dans quatre directions le son de son instrument, de même est la libération de la pensée atteinte par la joie sympathique, et ici il n'y aura plus aucun kamma restreint, il n'y restera aucun kamma restreint. Ainsi donc, ô Vasettha, c'est aussi un chemin de l'union avec Brahma.

(16.144)
Ensuite, ô Vasettha, le disciple religieux demeure en faisant rayonner la pensée d'équanimité dans une direction (de l'espace), et de même dans une deuxième, dans une troisième (...) il demeure en faisant rayonner la pensée d'équanimité, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié.

(16.145)
Tout comme, ô Vasettha, un puissant sonneur de trompette fait entendre sans difficulté dans quatre directions le son de son instrument, de même est la libération de la pensée atteinte par l'équanimité, et ici il n'y aura plus aucun kamma restreint, il n'y restera aucun kamma restreint. Ainsi donc, ô Vasettha, c'est aussi un chemin de l'union avec Brahma.

(16.146)
Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vasettha ? Le disciple religieux qui mène sa vie ainsi, possède-t-il les femmes et la richesse ? - Il ne les possède pas, ô vénérable Gotama. - La pensée du disciple religieux est-elle haineuse ou est-elle libérée de la haine? - Sa pensée est libérée de la haine, ô vénérable Gotama. - La pensée du disciple religieux est-elle malveillante ou est-elle libérée de la malveillance? - Sa pensée est libérée de la malveillance, ô vénérable Gotama. - La pensée du disciple religieux est-elle impure ou est-elle libérée de l'impureté? - Sa pensée est libérée de l'impureté, ô vénérable Gotama. - Est-ce que le disciple religieux a la maîtrise de soi, ou n'a-t-il pas la maîtrise de soi? - Il a la maîtrise de soi, ô vénérable Gotama.

(16.147)
- Alors, ô Vasettha, vous affirmez que le disciple religieux ne possède pas les femmes et la richesse et que Brahma ne les possède pas non plus. N'y a-t-il pas une concordance et une similitude entre le disciple religieux qui ne possède pas les femmes et la richesse et Brahma qui ne possède pas les femmes et la richesse? - Certainement oui, ô vénérable Gotama. Il y a une similitude.

(16.148)
-Très bien, ô Vasettha. En vérité, alors, il est possible que ce disciple religieux qui ne possède pas les femmes et la richesse, après la dissolution de son corps, après sa mort, se réunisse à Brahma qui ne possède pas les femmes et la richesse!

(16.149)
Alors, ô Vasettha, vous affirmez que le disciple religieux est libéré de la haine et que Brahma est aussi libéré de la haine. N'y a-t-il pas une concordance et une similitude entre le disciple religieux qui est libéré de la haine et le Brahma qui est libéré de la haine? - Certainement oui, ô vénérable Gotama, il y a une similitude.

(16.150)
-Très bien, ô Vasettha. En vérité, alors, il est possible que ce disciple religieux qui est libéré de la haine, après la dissolution de son corps, après sa mort, s'unisse avec Brahma qui est libéré de la haine!

(16.151)
Alors, ô Vasettha, vous affirmez que le disciple religieux est libéré de la malveillance et que Brahma est aussi libéré de la malveillance. N'y a-t-il pas une concordance et une similitude entre le disciple religieux qui est libéré de la malveillance et le Brahma qui est libéré de la malveillance? - Certainement oui, ô vénérable Gotama, il y a une similitude.

(16.152)
-Très bien, ô Vasettha. En vérité, alors, il est possible que ce disciple religieux qui est libéré de la malveillance, après la dissolution de son corps, après sa mort, s'unisse avec le Brahma qui est libéré de la malveillance!

(16.153)
Alors, ô Vasettha, vous affirmez que le disciple religieux est libéré de l'impureté et que Brahma est aussi libéré de l'impureté. N'y a-t-il pas une concordance et une similitude entre le disciple religieux qui est libéré de l'impureté et Brahma qui est libéré de l'impureté? - Certainement oui, ô vénérable Gotama, il y a une similitude.

(16.154)
-Très bien, ô Vasettha. En vérité, alors, il est possible que ce disciple religieux qui est libéré de l'impureté, après la dissolution de son corps, après sa mort, s'unisse avec Brahma qui est libéré de l'impureté. Alors, ô Vasettha, vous affirmez que le disciple religieux a la maîtrise de soi et que Brahma a aussi la maîtrise de soi. N'y a-t-il pas une concordance et une similitude entre le disciple religieux qui a la maîtrise de soi et Brahma qui a la maîtrise de soi ?- Certainement oui, ô vénérable Gotama, il y a une similitude.

(16.155)
-Très bien, ô Vasettha. En vérité, alors, il est possible que ce disciple religieux qui a la maîtrise de soi, après la dissolution de son corps, après sa mort, s'unisse avec Brahma qui a la maîtrise de soi!

(16.156)
Cela dit, le jeune brahmane Vasettha et le jeune brahmane Bharadvaja dirent au Bienheureux: Merveilleux, ô vénérable Gotama. Merveilleux, ô vénérable Gotama. C'est (vraiment), ô vénérable Gotama, comme si l'on redressait ce qui a été renversé, découvrait ce qui a été caché, montrait le chemin à l'égaré ou apportait une lampe dans l'obscurité en pensant: "Que ceux qui ont des yeux voient les formes"; de même le vénérable Gotama a rendu claire la doctrine de nombreuses façons.

(16.157)
Aussi nous prenons refuge dans le vénérable Gotama, dans le dhamma (l'Enseignement) et dans le saiigha (la Communauté). Que le vénérable Gotama veuille bien nous accepter comme disciples laïcs, de ce jour jusqu'à la fin de nos vies.


17. La patience infinie (KAKACUPAMA-SUTTA)

(17.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait dans le monastère fondé par Anathapindika, au parc Jeta, près de la ville de Savatthi.

(17.2)
En ce temps-là, l'Ayasmanta Moliya-Pagguna demeurait dans une relation fort étroite avec des moniales. Si un moine quelconque parlait en mal des moniales en présence de Moliya-Pagguna, celui-ci se montrait mécontent, se mettait en colère et se plaignait. Les moniales, de leur côté, si un moine quelconque parlait en mal de Moliya-Pagguna en leur présence, se montraient mécontentes, se mettaient en colère et se plaignaient. La relation entre l'Ayasmanta Moliya-Pagguna et les moniales était étroite à ce point! Un moine s'approcha alors du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux, puis s'assit à l'écart sur un côté.

(17.3)
S'étant assis, ce moine dit: "O Bienheureux, l'Ayasmanta Moliya-Pagguna demeure en relation fort étroite avec des moniales. Si un moine quelconque parle en mal des moniales en sa présence, il se montre mécontent (...) Les moniales, de leur côté, si un moine quelconque parle en mal de Moliya-Pagguna en leur présence, se montrent mécontentes (...) C'est ainsi, ô Bienheureux, que l'Ayasmanta Moliya-Pagguna demeure en relation fort étroite avec des moniales."

(17.4)
Le Bienheureux dit alors à un moine: "Allez, convoquez le moine Moliya-Pagguna en mon nom." En répondant "Entendu, Bienheureux", le moine s'approcha de l'Ayasmanta Moliya-Pagguna et l'informa: "O Moliya-Pagguna, le Bienheureux vous appelle." "Entendu, ô Ayasmanta", répondit le moine Moliya-Pagguna, puis il s'approcha du Bienheureux. S'étant approché il rendit hommage au Bienheureux, puis s'assit à l'écart sur un côté.

(17.5)
Le Bienheureux s'adressa alors à l'Ayasmanta Moliya-Pagguna: Est-il vrai, ô Pagguna, comme on le dit, que vous vivez en relation fort étroite avec des moniales? Une relation étroite à ce point que, si un moine quelconque parle en mal des moniales en votre présence, vous vous montrez mécontent, vous vous mettez en colère et vous vous plaignez? Egalement, une relation étroite à ce point que, si un moine quelconque parle en mal de vous en présence des moniales, celles-ci se montrent mécontentes, se mettent en colère et se plaignent?

(17.6)
Ainsi est-il vrai que, ô Pagguna, comme on le dit, vous demeurez en relation étroite avec des moniales? - C'est vrai, ô Bienheureux, répondit l'Ayasmanta Moliya-Pagguna. -Cependant, n'est-ce pas, ô Pagguna, vous êtes un fils de famille qui a renoncé à la vie de la maison pour assumer la vie religieuse, à cause de la confiance sereine? - Oui, Bienheureux.

(17.7)
- Le fait de demeurer en relation fort étroite avec des moniales, ô Moliya-Pagguna, n'est donc pas.une chose convenable pour quelqu'un comme vous. En outre, si quelqu'un dit en votre présence du mal des moniales, vous devez tenter de vous débarrasser des états mentaux, à savoir des désirs mondains, des pensées mondaines.

(17.8)
Dans ce cas-là, vous devez vous entraîner vous-même ainsi: "Que ma pensée ne soit pas pervertie. Que je ne dise pas de paroles méchantes, mais que je demeure plein de piété avec une pensée de compassion, une pensée libérée de la haine."

(17.9)
Même, ô Pagguna, si quelqu'un donne un coup devant vos yeux à ces moniales ou bien si quelqu'un donne un coup avec des pierres devant vos yeux à ces moniales, si quelqu'un donne un coup de bâton devant vos yeux à ces moniales, si quelqu'un donne un coup avec une arme devant vos yeux à ces moniales, dans ces cas-là également, ô Pagguna, vous devez vous entraîner vous-même ainsi: "Que ma pensée ne soit pas pervertie. Que je ne dise pas de paroles méchantes, mais que je demeure plein de piété avec une pensée de compassion, une pensée libérée de la haine."

(17.10)
Même, ô Pagguna, si quelqu'un dit du mal de vous en votre présence ou bien si quelqu'un vous donne un coup, si quelqu'un vous donne un coup avec des pierres, si quelqu'un vous donne un coup de bâton, si quelqu'un vous donne un coup avec une arme, dans ces cas-là également, ô Pagguna, vous devez vous entraîner vous-même ainsi: "Que ma pensée ne soit pas pervertie. Que je ne dise pas de paroles méchantes, mais que je demeure plein de piété avec une pensée de compassion, une pensée libérée de la haine." C'est ainsi, ô Pagguna, que vous devez vous entraîner vous-même.

(17.11)
Ensuite, le Bienheureux s'adressa aux moines et dit: Il y eut, ô moines, une époque où mes disciples étaient bien avancés dans le progrès intérieur. Moi, alors je m'adressai à ces disciples: "Maintenant, ô moines, je prends un seul repas par jour. En prenant un seul repas par jour, j'attends d'avoir une bonne santé, de ne pas avoir de maladie, d'avoir force et confort. Vous aussi, ô moines, prenez un seul repas par jour. Prenant seulement un seul repas par jour, vous aussi, vous serez capables d'avoir une bonne santé, de ne pas avoir de maladie, d'avoir force et confort."

(17.12)
Je n'avais rien à faire pour l'instruction de ces disciples. La seule chose que je devais faire était de produire en eux la vigilance.

(17.13)
Supposons, ô moines, qu'une voiture déjà préparée (pour partir), tirée par des chevaux, soit sur un bon terrain, à un carrefour et qu'un cocher qui est un bon entraîneur de chevaux, ayant pris les rênes dans sa main gauche et l'aiguillon dans sa main droite, conduise cette voiture, selon son gré vers le haut et vers le bas (d'une rue).

(17.14)
De même, ô moines, je n'avais rien à faire pour l'instruction de ces disciples. La seule chose que je devais faire était de produire en eux la vigilance. Evitez, ô moines, les états mauvais et occupez-vous des états bons. Ainsi, vous arriverez à la croissance, au développement, à la maturité dans cette Doctrine et dans cette Discipline.

(17.15)
Imaginez, ô moines, près d'un village ou d'une ville, un grand arbre appelé sala, un arbre qui a poussé entouré de lianes. Un homme s'approche de cet arbre en souhaitant le bien-être de cet arbre, le développement et la sécurité de cet arbre vis-à-vis de son entourage. Ainsi, il coupe les branches qui ploient sous la lourdeur des lianes. Il les emporte et nettoie bien l'endroit où pousse l'arbre sala. Cependant, il entretient les branches de l'arbre qui ont poussé rectilignes. Ainsi, quelque temps après, ô moines, cet arbre sala arrive à un complet état de croissance, à son plein développement, à sa maturité.

(17.16)
De même, si vous vous débarrassez des choses qui donnent des résultats malheureux, si vous vous occupez de choses qui donnent des résultats heureux, ainsi, vous aussi, vous arriverez à un complet état de croissance, au plein développement, à la maturité dans cette Doctrine et dans cette Discipline.

(17.17)
Une fois, ô moines, dans cette ville de Savatthi, il y avait une riche maîtresse de maison nommée Vedehika. Cette dame Vedehika jouissait d'une bonne réputation. On disait d'elle: " La dame Vedehika est gentille. La dame Vedehika est douce. La dame Vedehika est très patiente." Elle avait une esclave appelée Kali, qui était une servante très habile, diligente et soigneuse. Alors, ô moines, Kali eut cette pensée: "Ma maîtresse jouit d'une bonne réputation. On dit que la dame Vedehika est gentille, la dame Vedehika est douce, la dame Vedehika est très patiente. Je dois savoir si ma maîtresse a une agressivité qu'elle ne montre pas à l'extérieur, ou bien si elle n'a vraiment pas d'agressivité, ou bien si elle ne montre pas son agressivité parce que je travaille très soigneusement. Je dois mettre à l'épreuve ma maîtresse."

(17.18)
Le lendemain matin, l'esclave Kali se leva alors en retard. La dame Vedehika dit (ironiquement): "Bravo, Kali, très bien! - Pourquoi, ma maîtresse? demanda Kali. -Aujourd'hui tu t'es levée en retard, pourquoi? - Sans raison particulière, ma maîtresse." En colère, la dame Vedehika fit un mauvais visage et dit: "C'est sans raison particulière, maudite esclave, que tu t'es levée si tard aujourd'hui."

(17.19)
L'esclave Kali se dit alors: "Ma maîtresse a-t-elle une agressivité qu'elle ne montre pas ? N'a-t-elle vraiment pas d'agressivité ou bien ne montre-t-elle pas son agressivité à cause du soin de mon travail. Je dois la mettre à l'épreuve encore plus."

(17.20)
Le lendemain matin, l'esclave Kali se leva encore plus tard. La dame Vedehika dit: "Bravo, Kali très bien! - Pourquoi, ma maîtresse? - Aujourd'hui tu t'es levée en retard, pourquoi? - Sans raison particulière, ma maîtresse." Courroucée, la dame Vedehika proféra ces mots rudes avec colère: "Maudite esclave, c'est sans raison particulière que tu t'es levée en retard aujourd'hui!"

(17.21)
L'esclave Kali se dit alors: "Ma maîtresse a-t-elle une agressivité qu'elle ne montre pas ? N'a-t-elle vraiment pas d'agressivité ou bien ne montre-t-elle pas son agressivité à cause du soin de mon travail. Je dois la mettre à l'épreuve encore plus."

(17.22)
Le lendemain matin, l'esclave Kali se leva encore plus tard: "Bravo, Kali, très bien, dit la dame Vedehika. - Pourquoi, ma maîtresse? - Aujourd'hui tu t'es levée en retard, pourquoi? - Sans raison particulière, ma maîtresse, dit l'esclave Kali. - Sans raison particulière, maudite esclave. Tu t'es levée en retard aujourd'hui."

(17.23)
En parlant ainsi, la dame Vedehika courroucée, en colère, prit la barre de la porte, en donna un coup sur la tête de Kali et la blessa. Alors, le sang coulant de sa tête blessée, l'esclave Kali se rendit chez les voisins en disant: "Voyez, Messieurs Dames, l'oeuvre de la personne qui était gentille; voyez l'oeuvre de la personne qui était douce; voyez l'oeuvre de la personne qui était très patiente. Comment peut-elle, avec des mots si méchants, dans sa colère, à l'égard de son unique esclave, lui donner un coup sur la tête avec la barre de la porte?" Dès lors, ô moines, une mauvaise réputation se propagea à propos de la dame Vedehika, et on en disait: "La dame Vedehika est violente. La dame Vedehika n'est pas douce. La dame Vedehika n'est pas patiente."

(17.24)
De même, ô moines, ici certains moines sont très gentils, très doux, très patients, jusqu'à ce qu'une parole désagréable les atteigne; Or, c'est lorsqu'un moine est attaqué par une parole rude qu'on peut savoir s'il est vraiment gentil, doux et patient.

(17.25)
Je ne dis pas, ô moines, que le moine auquel on peut parler des vêtements monastiques, de la nourriture, du logement et des médicaments est un moine à qui on peut parler facilement ou je ne dis pas qu'il est un moine qui demeure dans la suavité. A un tel moine, s'il n'obtient pas les vêtements monastiques, la nourriture, le logement, les médicaments, il est difficile de parler et il n'arrive pas à la suavité.

(17.26)
A un moine qui respecte l'Enseignement, révère l'Enseignement, honore l'Enseignement, on peut parler facilement et il arrive à la suavité. Je dis qu'un tel moine est un moine auquel on peut parler facilement.

(17.27)
C'est pourquoi, ô moines, vous devez vous entraîner vous-mêmes ainsi: "Que nous soyons des êtres auxquels on peut facilement parler. Que nous demeurions dans la suavité en respectant seulement l'Enseignement, en révérant l'Enseignement, en honorant l'Enseignement. C'est ainsi, ô moines, que vous devez vous entraîner vous-mêmes."

(17.28)
Il y a, ô moines, cinq manières de parler, lorsque les autres vous parlent, à savoir: Parler dans le temps correct ou parler dans le temps non correct; parler selon le fait ou parler sans tenir compte du fait; parler gentiment ou parler rudement; proférer des paroles relatives au but ou des paroles non relatives au but; parler avec bienveillance ou parler avec malveillance.

(17.29)
Egalement, ô moines, il y a cinq manières de parler lorsque vous parlez aux autres, à savoir: Parler dans le temps correct ou parler dans le temps non correct; parler selon le fait ou parler sans tenir compte du fait; parler gentiment ou parler rudement; proférer des paroles relatives au but ou des paroles non relatives au but; parler avec bienveillance ou parler avec malveillance.

(17.30)
Dans chaque cas, vous devez vous entraîner vous-mêmes ainsi: "Que notre pensée ne soit pas pervertie. Puissions-nous ne pas proférer de mauvaise parole. Puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance, sans haine. Puissions-nous demeurer en faisant rayonner la pensée de bienveillance envers la personne qui a mal parlé. A partir d'elle, en faisant rayonner dans le monde entier la pensée de bienveillance qui est large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié, puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance." C'est ainsi, ô moines, que vous devez vous entraîner vous-mêmes."

(17.31)
Supposons qu'un homme avec une pelle et un panier dise: "Je transforme cette terre en non-terre ", et pour cela laboure la terre ici et là, jette la terre ici et là, cache la terre ici et là, rend la terre inégale ici et là, et fait des trous dans l'espoir que la terre devienne une non-terre."

(17.32)
Qu'en pensez-vous, ô moines? Cet individu est-il capable de transformer cette grande terre en non-terre ?" Les moines répondirent: "Non, Bienheureux. Non, parce que la terre est grande, profonde, vaste, non mesurable. Transformer cette terre en non-terre n'est pas possible. Avant qu'il ne le fasse, cet homme sera usé et perdu."

(17.33)
De même, ô moines, il y a cinq manières de parler, lorsque les autres vous parlent: Parler dans le temps correct ou parler dans le temps non correct (...)

(17.34)
Dans chaque cas, vous devez vous entraîner vous-mêmes ainsi: "Que notre pensée ne soit pas pervertie. Puissions-nous ne pas proférer de mauvaise parole (...) Puissions-nous demeurer en faisant rayonner la pensée de bienveillance envers la personne qui a mal parlé. A partir d'elle, en faisant rayonner dans le monde entier la pensée de bienveillance large, profonde, sans limite comme la terre, sans haine et libérée d'inimitié, puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance." C'est ainsi, ô moines, que vous devez vous entraîner vous-mêmes."

(17.35)
Supposons qu'un homme avec des peintures en laque ou de couleur jaune, ou noire, ou bleue, ou pourpre, s'exprime ainsi: "Je dessinerai des formes matérielles dans l'espace. Je ferai apparaître des formes matérielles dans l'espace." Qu'en pensez-vous, ô moines ? Cet individu est-il capable de dessiner des formes matérielles dans l'espace? Est-il capable d'y faire apparaître des formes matérielles? - Non, Bienheureux. Non, parce que l'espace est sans forme, invisible. Cet individu n'est pas capable d'y peindre des formes matérielles. Avant d'y faire apparaître des formes matérielles, cet homme sera usé et perdu."

(17.36)
De même, ô moines, il y a cinq manières de parler, lorsque les autres vous parlent: Parler dans le temps correct ou parler dans le temps non correct (...)

(17.37)
Dans chaque cas, vous devez vous entraîner vous-mêmes ainsi: "Que notre pensée ne soit pas pervertie. Puissions-nous ne pas proférer de mauvaise parole (...) Puissions-nous demeurer en faisant rayonner la pensée de bienveillance envers la personne qui a mal parlé. A partir d'elle, en faisant rayonner dans le monde entier la pensée de bienveillance large, profonde, sans limite comme l'espace, sans haine et libérée d'inimitié, puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance." C'est ainsi, ô moines, que vous devez vous entraîner vous-mêmes."

(17.38)
Supposons qu'un homme avec une torche de paille allumée s'exprime ainsi: "Avec cette torche de paille, je mettrai le feu au fleuve Gange. Je le ferai brûler avec cette torche de paille." Qu'en pensez-vous, ô moines? Cet homme avec une torche de paille allumée, peut-il mettre le feu au fleuve Gange? Est-il capable de le faire brûler? - Non, Bienheureux. Non, parce que le fleuve Gange est profond et sans limite. Y mettre le feu avec un flambeau de paille n'est pas possible. Avant qu'il ne fasse brûler le fleuve Gange, cet homme sera usé et perdu.

(17.39)
De même, ô moines, il y a cinq manières de parler lorsque les autres vous parlent: Parler dans le temps correct ou parler dans le temps non correct (...)

(17.40)
Dans chaque cas, vous devez vous entraîner vous-mêmes ainsi: "Que notre pensée ne soit pas pervertie. Puissions-nous ne pas proférer de parole mauvaise (...) Puissions-nous demeurer en faisant rayonner la pensée de bienveillance envers la personne qui a mal parlé. A partir d'elle, en faisant rayonner dans le monde entier la pensée de bienveillance large, profonde, sans limite comme le fleuve Gange, sans haine et libérée d'inimitié, puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance." C'est ainsi, ô moines, que vous devez vous entraîner vous-mêmes.

(17.41)
Imaginez, ô moines, un sac en peau de chat, traité, bien traité, complètement traité, souple, doux, non bruissant, non froufroutant. Supposons qu'un homme avec une pièce de bois ou un tesson se dise: "Moi, avec cette pièce de bois ou ce tesson, je ferai froufrouter ce sac en peau de chat. Je ferai bruire ce sac en peau de chat." Qu'en pensez-vous, ô moines? Cet homme peut-il faire un froufrou, est-il capable de faire un bruissement avec ce sac en peau de chat qui est traité, bien traité, qui est doux et sans bruissements, sans froufrous? - Non, Bienheureux. Non, parce que ce sac en peau de chat est un objet bien traité, complètement traité, il est souple, doux, sans bruissements, sans froufrous. Faire un bruissement ou un froufrou n'est pas possible. Avant qu'il n'y parvienne, cet homme sera use et perdu.

(17.42)
De même, ô moines, il y a cinq manières de parler, lorsque les autres vous parlent: Parler dans le temps correct ou parler dans le temps non correct; parler selon le fait ou parler sans tenir compte du fait; parler gentiment ou parler rudement; proférer des paroles relatives au but ou des paroles non relatives au but; parler avec bienveillance ou parler avec malveillance.

(17.43)
Egalement, il y a cinq manières de parler, lorsque vous parlez aux autres: Parler dans le temps correct ou parler dans le temps non correct; parler selon le fait ou parler sans tenir compte du fait; parler gentiment ou parler rudement; proférer des paroles relatives au but ou des paroles non relatives au but; parler avec bienveillance ou parler avec malveillance.

(17.44)
Dans chaque cas, vous devez vous entraîner vous-mêmes ainsi: "Que notre pensée ne soit pas pervertie. Puissions-nous ne pas proférer de mauvaise parole. Puissions-nous demeurer en faisant rayonner la pensée de bienveillance envers la personne qui a mal parlé. A partir d'elle, en faisant rayonner dans le monde entier la pensée de bienveillance large, profonde, sans limite comme un sac en peau de chat, sans haine et libérée d'inimitié, puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance." C'est ainsi, ô moines, que vous devez vous entraîner vous-mêmes.

(17.45)
Même si de dangereux voleurs coupent le corps de quelqu'un membre à membre avec une scie à deux mains, s'il lui vient une pensée haineuse envers ces voleurs, pour cette raison, il ne se conduit pas selon mon Enseignement.

(17.46)
Dans ce cas-là, ô moines, vous devez vous entraîner vous-mêmes ainsi: "Que notre pensée ne soit pas pervertie. Puissions-nous ne pas proférer de mauvaise parole. Puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance, sans haine. Puissions-nous demeurer en faisant rayonner la pensée de bienveillance envers la personne qui fait du mal. A partir d'elle, en faisant rayonner dans le monde entier la pensée de bienveillance qui est large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié, puissions-nous demeurer dans la pensée de bienveillance." C'est ainsi, ô moines, que vous devez vous entraîner vous-mêmes.

(17.47)
Si, ô moines, vous êtes attentifs encore et encore à cette " exhortation de la parabole de la scie", est-ce qu'il y aura une parole, subtile ou rude, que vous ne pourrez pas supporter? - Non, ô Bienheureux.

(17.48)
- Rendez-vous donc, ô moines, attentifs encore et encore à cette exhortation. Cela sera pour votre bien-être pendant longtemps et pour votre bonheur pendant longtemps. Ainsi parla le Bienheureux. Les moines heureux se réjouirent des paroles du Bienheureux.


18. Un tronçon de bois (DARUKKHANDHA-SUTTA)

(18.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait au pays de Kosambi, au bord de la rivière Gange. Le Bienheureux vit un grand tronçon de bois qui descendait le Gange. Ayant vu ce tronçon de bois, le Bienheureux s'adressa aux moines et dit: O moines, voyez-vous ce tronçon de bois qui descend le Gange? - Oui, Bienheureux, répondirent-ils.

(18.2)
- Alors, ô moines, si ce tronçon de bois ne se jette pas contre cette rive, ou s'il ne se jette pas contre l'autre rive, ou s'il ne se noie pas dans le milieu du fleuve, ou s'il ne s'enfonce pas jusqu'au fond de l'eau, ou s'il ne tombe pas dans les mains d'êtres humains, ou dans les mains d'êtres non humains, ou s'il n'est pas pris dans un tourbillon, ou s'il ne se décompose pas intérieurement, eh bien, ô moines, ce tronçon de bois flottera vers l'Océan, il descendra vers l'Océan, il se dirigera vers l'Océan. Pourquoi ? Parce que, ô moines, le fleuve Gange coule vers l'Océan, il descend vers l'Océan, il se dirige vers l'Océan.

(18.3)
De même, ô moines, si vous ne vous jetez pas contre cette rive, ou si vous ne vous jetez pas contre l'autre rive, ou si vous ne vous noyez pas au milieu du fleuve, ou si vous ne vous enfoncez pas jusqu'au fond de l'eau, ou si vous ne tombez pas dans les mains d'êtres humains ou dans les mains d'êtres non humains, ou si vous n'êtes pas pris dans un tourbillon, ou si vous ne vous décomposez pas intérieurement, alors, ô moines, vous coulerez vers le nibbana, vous descendrez vers le nibbana, vous vous dirigerez vers le nibbana. Pourquoi ? Parce que, ô moines, la compréhension correcte coule vers le nibbana, elle descend vers le nibbana, elle se dirige vers le nibbana.

(18.4)
Lorsque le Bienheureux eut ainsi parlé, un moine dit: O Bienheureux, quelle est la signification de " cette rive " ? Quelle est " l'autre rive "? Quelle est la signification de " se noyer dans le milieu du fleuve " ? Quelle est la signification de " s'enfoncer jusqu'au fond de l'eau " ? Quelle est la signification de " tomber dans les mains d'êtres humains " ou celle de " tomber dans les mains d'êtres non humains " ? Quelle est la signification d"'être pris par un tourbillon " ? Quelle est la signification de "se décomposer intérieurement" ?

(18.5)
"Cette rive ", ô moine, est un nom pour les six sphères sensorielles de l'intérieur. "L'autre rive", ô moine, est un nom pour les six sphères sensorielles de l'extérieur. "Se noyer dans le milieu du fleuve", ô moine, est un nom pour l'avidité passionnée et le désir. "S'enfoncer au fond de l'eau", ô moine, est un nom pour la fierté de soi-même.

(18.6)
Ici, quel est, ô moine, le sens de "tomber dans les mains d'êtres humains"? Supposons, ô moine, que quelqu'un vive en relation intime avec des laïcs. Il se réjouit avec les gens qui se réjouissent. Il s'afflige avec les gens qui s'affligent. Il prend du plaisir avec les gens qui prennent du plaisir. Il souffre avec les gens qui souffrent et établit un lien étroit entre lui-même et ce qui arrive. Voilà ce qu'est, ô moine, "être attrapé par des êtres humains".

(18.7)
Ici, quel est, ô moine, le sens de " tomber dans les mains d'êtres non humains " ? Supposons, ô moine, qu'on s'engage dans la Conduite pure dans l'espoir de renaître parmi tel ou tel groupe de dieux, en se disant: "Par le moyen de cette vertu, ou par le moyen de cette pratique, ou par le moyen de cette austérité, ou par le moyen de cette Conduite pure, que je devienne un petit dieu ou un grand dieu! " Voilà ce qu'est, ô moine, " tomber dans les mains d'êtres non humains".

(18.8)
"Pris dans un tourbillon ", ô moine, est un nom pour les cinq plaisirs.

(18.9)
Quelle est la signification de "se décomposer intérieurement " ? Supposons, ô moine, quelqu'un qui mène une vie non vertueuse. Il s'engage dans les mauvaises choses, il est impur. Il a un comportement douteux. Il a des affaires secrètes. Bien qu'il prétende être religieux, il ne l'est pas. Bien qu'il prétende être pratiquant de la Conduite pure, il ne l'est pas. Il est pourri et il est un tas d'ordure. Tel est, ô moine, le sens de " se décomposer intérieurement".

(18.10)
A ce moment-là, un vacher nommé Nanda se trouvait debout non loin du Bienheureux. Le vacher Nanda s'écria alors: Moi, ô Bienheureux, je suis quelqu'un qui ne se jette pas contre "cette rive". Je suis quelqu'un qui ne se jette pas contre " l'autre rive". Je " ne me noierai pas au milieu du fleuve". Je " ne m'enfoncerai pas jusqu'au fond de l'eau". Je ne " tomberai pas dans les mains des êtres humains " ni " dans les mains des êtres non humains". Je " ne serai pas pris dans un tourbillon". Je "ne me décomposerai pas intérieurement". O Bienheureux, puissé-je obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure auprès du Bienheureux!

(18.11)
- Alors, ô Nanda, rendez les vaches à leurs propriétaires, dit le Bienheureux. - O Bienheureux, les vaches retourneront. Elles seront attirées par leurs veaux. - Justement, ô Nanda, rendez les vaches à leurs propriétaires ", répéta le Bienheureux. Alors, le vacher Nanda, ayant rendu les vaches à leurs propriétaires, étant revenu devant le Bienheureux, dit: "O Bienheureux, les vaches ont été rendues à leurs propriétaires. O Bienheureux, puissé-je obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure auprès du Bienheureux!"

(18.12)
Le vacher Nanda obtint l'Ordination mineure et l'Ordination majeure auprès du Bienheureux. Peu de temps après son Ordination majeure, l'Ayasmanta Nanda demeurant seul, retiré, vigilant, ardent, résolu, parvint rapidement à ce but pour la réalisation duquel les fils de famille quittent leur maison pour la vie religieuse, cet incomparable but de la Conduite pure, il le réalisa dans cette vie même.

(18.13)
Il comprit: "La naissance est détruite, la Conduite pure est vécue, ce qui doit être achevé est achevé, plus rien ne demeure à accomplir." Ainsi, l'Ayasmanta Nanda parvint au nombre des Arahants.


19. L'entraînement graduel (GANAKAMOGGALLANA-SUTTA)

(19.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait dans la résidence monastique fondée par Migara-Mata, dans le monastère de l'Est, près de la ville de Savatthi. Alors, un jour, le brahmane nommé Ganaka-Moggallana s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il échangea des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis s'assit à l'écart sur un côté.

(19.2)
S'étant assis à l'écart sur un côté, le brahmane Ganaka-Moggallana dit au Bienheureux: Tout comme, ô vénérable Gotama, dans cette résidence monastique fondée par MigaraMata on peut voir un entraînement graduel, une action graduelle, une pratique graduelle jusqu'au dernier étage, de même chez les brahmanes on peut voir un entraînement graduel, une action graduelle, une pratique graduelle concernant leurs études (sur les Veda).

(19.3)
De même, ô vénérable Gotama, chez les archers on peut voir un entraînement graduel, une action graduelle, une pratique graduelle concernant l'archerie. De même, ô vénérable Gotama, chez nous dont la profession est la comptabilité on peut voir un entraînement graduel, une action graduelle, une pratique graduelle concernant le métier de comptable.

(19.4)
Lorsque nous trouvons un élève, tout d'abord nous lui apprenons à calculer: un-premier, deux-deuxième, trois-troisième, quatre-quatrième, cinq-cinquième, six-sixième, sept-septième, huit-huitième neuf-neuvième, dix-dixième, et ainsi nous lui apprenons d'abord à compter jusqu'à cent.

(19.5)
De même, ô vénérable Gotama, est-il possible d'indiquer un entraînement graduel, une action graduelle, une pratique graduelle en ce qui concerne votre Doctrine et votre Discipline? - Oui, ô brahmane, il est possible d'indiquer un entraînement graduel, une action graduelle, une pratique graduelle dans cette Doctrine et dans cette Discipline.

(19.6)
Tout comme un entraîneur de chevaux très habile qui, ayant trouvé un cheval de pure race, tout d'abord l'entraîne en mettant le mors de bride, et ensuite l'amène aux autres entraînements, le Tathagata aussi ayant trouvé un individu domptable, tout d'abord l'entraîne en disant: "Venez, ô moine, soyez vertueux, vivez en maîtrisant les sens par les restrictions. Vivez en pratiquant la bonne conduite et vivez en voyant du danger même dans les moindres fautes. Vivez en vous entraînant vous-même dans le Code de discipline."

(19.7)
Lorsque, ô brahmane, le disciple est vertueux, lorsqu'il vit en maîtrisant ses sens par les restrictions, lorsqu'il vit en pratiquant la bonne conduite et en voyant du danger dans les moindres fautes, lorsqu'il vit en s'entraînant lui-même dans le Code de discipline, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: Venez, ô moine, soyez vigilant à propos de vos organes sensoriels.

(19.8)
Par exemple, ayant vu une forme au moyen de votre œil, ne soyez pas plongé dans ses apparences générales ni dans ses détails car, en conséquence de ce que cet organe de l'oeil demeure non maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la tristesse, peuvent s'introduire dans votre pensée. Maîtrisez donc bien l'organe de l'oeil et achevez le domptage de l'organe de l'oeil.

(19.9)
Egalement, ayant écouté un son au moyen de votre oreille (...)

(19.10)
Ayant senti une odeur au moyen de votre nez (...)

(19.11)
Ayant goûté une saveur au moyen de votre langue (...)

(19.12)
Ayant senti une chose tangible au moyen de votre corps (...)

(19.13)
Ayant reconnu un objet mental au moyen de votre pensée, ne soyez pas plongé dans ses apparences générales ni dans ses détails car, en conséquence de ce que cet organe de la pensée demeure non maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la tristesse, peuvent s'introduire dans votre pensée. Maîtrisez donc bien l'organe de la pensée et achevez le domptage de l'organe de la pensée.

(19.14)
Lorsque, ô brahmane, le disciple a maîtrisé ses organes sensoriels, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, soyez modéré lorsque vous mangez. Mangez attentivement en réfléchissant: Je me sers de cette nourriture non pour le plaisir, non pour l'exagération de la vigueur, non pour l'esthétique, non pour la beauté, mais simplement pour maintenir l'existence de ce corps, pour supprimer la souffrance, pour favoriser la Conduite pure car, ainsi, je mettrai fin à la souffrance ancienne, je ne produirai pas de nouvelles souffrances et, de cette façon~ mon existence sera irréprochable et heureuse."

(19.15)
Lorsque, ô brahmane, le disciple est devenu modéré dans ses repas, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: Venez, ô moine, vivez en vigilance. Pendant la journée, lorsque vous marchez, lorsque vous restez immobile, purifiez votre pensée des états mentaux entravés. Pendant la première partie de la nuit, couchez-vous en la posture du lion, attentif, en pensant à votre lever du lendemain matin. Puis, dans la dernière partie de la nuit, lorsque vous vous levez, lorsque vous marchez, lorsque vous restez immobile, lorsque vous vous asseyez, purifiez votre pensée des états mentaux entravés."

(19.16)
Lorsque, ô brahmane, le disciple est tout entier vigilant, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, vous possédez l'attention et la conscience. Soyez quelqu'un qui agit avec conscience. Soyez attentif et conscient. Allant ou revenant, soyez parfaitement conscient. Regardant devant ou autour de vous, soyez parfaitement conscient. Etendant ou repliant vos membres, soyez parfaitement conscient. Portant le bol à aumône et les vêtements monastiques, soyez parfaitement conscient. Mangeant, buvant, mâchant, soyez parfaitement conscient. Déféquant, urinant, soyez parfaitement conscient. Marchant, étant debout, vous asseyant, vous endormant, vous éveillant, parlant, vous taisant, soyez parfaitement conscient."

(19.17)
Lorsque, ô brahmane, le disciple possède l'attention et la conscience dans ses actes quotidiens, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, choisissez un logement solitaire, dans la forêt, au pied d'un arbre, dans la montagne, une grotte, une caverne, un cimetière, un plateau boisé, un endroit découvert, une meule de paille."

(19.18)
Il choisit alors un logement solitaire, dans la forêt, au pied d'un arbre, dans la montagne, une grotte, une caverne, un cimetière, un plateau boisé, un endroit découvert, une meule de paille. Etant revenu de sa tournée d'aumône, après son repas, il s'assied en repliant et croisant les jambes, posant son corps bien droit, fixant son attention.

(19.19)
Ainsi, ayant abandonné la convoitise en ce monde, il demeure, la pensée débarrassée de convoitise. Il purifie sa pensée de la convoitise.

(19.20)
Ayant abandonné la haine et la méchanceté, il demeure, la pensée débarrassée de méchanceté. Il purifie sa pensée de la haine et de la méchanceté.

(19.21)
Ayant abandonné la paresse et la torpeur, il demeure, la pensée débarrassée de la paresse et de la torpeur. Attentif, pleinement conscient de ce qu'il voit, il purifie sa pensée de la paresse et de la torpeur.

(19.22)
Ayant abandonné l'agitation et le regret, il demeure, la pensée débarrassée d'agitation et de regret. La pensée apaisée intérieurement, il purifie sa pensée de l'agitation et du regret.

(19.23)
Ayant abandonné le doute, il demeure ayant franchi le doute. Ne se posant plus de questions concernant les choses bonnes, il purifie sa pensée du doute.

(19.24)
Ayant éliminé ces cinq entraves qui sont des souillures de la pensée et qui sont nuisibles à la sagesse intuitive, s'étant séparé des désirs sensuels, s'étant séparé des mauvaises pensées, le disciple entre dans le premier recueillement (pathamajjhana), pourvu de raisonnement et de réflexion, qui est joie et bonheur, né de la séparation (des choses mauvaises), et il y demeure.

(19.25)
Après cela, ayant mis fin au raisonnement et à la réflexion, le disciple entre et demeure dans le deuxième recueillement (dutiyajjhana), qui est apaisement intérieur, unification de la pensée, qui est dépourvu de raisonnement et de réflexion, né de la concentration, et consiste en bonheur.

(19.26)
Puis, se détournant du bonheur, le disciple vit dans l'indifférence, conscient et vigilant, il ressent dans son corps le bonheur, en sorte que les êtres nobles l'appellent: "Celui qui, indifférent et attentif, demeure heureux "; il entre ainsi et demeure dans le troisième recueillement (tatiyajjhana).

(19.27)
Enfin, s'étant débarrassé du bonheur et s'étant débarrassé de la peine, ayant supprimé la gaieté et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure dans le quatrième recueillement (catutthajjhana), où ne sont ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaite d'attention et d'indifférence.

(19.28)
Telle est, ô brahmane, mon instruction pour les disciples qui sont encore des " étudiants ", qui n'ont pas encore atteint la perfection, mais qui demeurent dans l'espoir d'obtenir la libération incomparable par rapport aux liens.

(19.29)
Cependant, en ce qui concerne les disciples qui ont déjà atteint la perfection, qui ont détruit les souillures, qui ont vécu dans la Conduite pure, qui ont achevé ce qu'ils devaient achever, qui ont déposé leur fardeau, qui ont détruit complètement leurs liens, qui ont été libérés par la connaissance - ces instructions sont destinées à leur confort ici et maintenant et à leur séjour attentif et vigilant.

(19.30)
Cela étant dit, le brahmane Ganaka-Moggallana dit au Bienheureux: Alors, ô vénérable Gotama, étant exhortés ainsi, étant instruits ainsi, tous les disciples du vénérable Gotama atteignent-ils la libération définitive ou bien certains parmi eux ne l'atteignent-ils pas ?

(19.31)
Le Bienheureux dit: "Certains parmi mes disciples, ô brahmane, étant exhortés ainsi, étant instruits ainsi, atteignent la libération définitive, mais, étant exhortés ainsi et étant instruits ainsi, certains disciples ne l'atteignent pas."

(19.32)
Le brahmane Ganaka-Moggallana demanda: Quelle est la cause, ô vénérable Gotama, quelle est la raison? Bien que la libération existe, bien que la voie conduisant à cette libération existe, bien que le vénérable Gotama existe en tant que conseiller, étant exhortés ainsi, étant instruits ainsi, pourquoi certains parmi vos disciples atteignent-ils la libération définitive et d'autres ne l'atteignent-ils pas?

(19.33)
- Dans ce cas, ô brahmane, afin de répondre à cette question, je vous pose une question. Répondez comme vous voulez. Qu'en pensez-vous, ô brahmane? Etes-vous capable d'indiquer la voie conduisant à Rajagaha? - Oui, ô Vénérable. Je suis capable d'indiquer la voie conduisant à Rajagaha.

(19.34)
- Qu'en pensez-vous, ô brahmane ? Un homme qui aurait besoin d'aller à Rajagaha viendrait ici. S'étant approché de vous, il dirait: J ai besoin d'aller à Rajagaha. Monsieur, montrez-moi la voie conduisant à Rajagaha." Vous lui diriez: "Oui, mon ami, cette route va dans la direction de Rajagaha. Suivez cette voie pendant un certain temps. Suivez-la pendant un certain temps et vous verrez un village. Continuez encore pendant un certain temps. En continuant pendant un certain temps, vous verrez un bourg nommé Amuka. Continuez encore pendant un certain temps. En continuant pendant un certain temps, vous verrez Rajagaha avec ses jardins ravissants, avec ses bois ravissants, avec ses rizières ravissantes, avec ses étangs ravissants." Bien qu'exhorté ainsi et instruit ainsi par vous, cet homme prendrait une mauvaise voie et irait dans la direction de l'ouest.

(19.35)
Un deuxième homme qui aurait besoin d'aller à Rajagaha viendrait ici. S'étant approché de vous, il dirait: "J'ai besoin d'aller à Rajagaha. Monsieur, montrez-moi la voie conduisant à Rajagaha." Vous lui diriez: "Oui, mon ami, cette route va dans la direction de Rajagaha. Suivez cette voie pendant un certain temps (...) " Ainsi exhorté et instruit par vous, il arriverait à Rajagaha sain et sauf. Quelle en est la cause, ô brahmane, quelle en est la raison?

(19.36)
Bien que Rajagaha existe, bien que la voie conduisant à Rajagaha existe, bien que vous soyez là en tant que conseiller, l'un des deux hommes, bien qu'il ait été exhorté et instruit par vous, prendrait une mauvaise voie et partirait vers l'ouest, tandis que l'autre arriverait à Rajagaha sain et sauf? " Le brahmane Ganaka-Moggallana répondit: Que puis-je faire, dans ce cas, ô vénérable Gotama? Je suis seulement le montreur de la voie!

(19.37)
De même, ô brahmane, la libération existe, la voie conduisant à la libération existe, j'existe en tant que conseiller. Cependant, certains parmi mes disciples, étant exhortés et étant instruits par moi, atteignent la libération définitive et d'autres parmi mes disciples ne l'atteignent pas. Que puis-je faire, dans ce cas, ô brahmane ? Je suis seulement le montreur de la voie.

(19.38)
Lorsque cela fut dit, le brahmane Ganaka-Moggallana s'adressa ainsi au Bienheureux: O vénérable Gotama, en ce qui concerne de tels individus qui ont abandonné la vie laïque pour assumer la vie religieuse, sans une confiance sereine, mais qui cherchent simplement un moyen de vivre et qui sont rusés, fraudeurs, trompeurs, agités, arrogants, instables, bruyants, bavards, dont les portes des sens ne sont pas gardées, s'adonnant à la gourmandise, manquant de vigilance, indifférents à l'égard de la vie religieuse, non respectueux de l'entraînement, aimant l'abondance, retombant encore et encore dans l'erreur, ayant abandonné la solitude, paresseux, manquant d'énergie, oublieux, inconscients, ayant une pensée non concentrée, ayant une pensée errante, manquant de sagesse, imbéciles, le vénérable Gotama n'est pas en communion avec telles personnes.

(19.39)
Cependant, en ce qui concerne les fils de famille qui ont renoncé à la vie laïque pour assumer la vie religieuse à cause de la confiance sereine, qui ne sont ni rusés, ni fraudeurs, ni trompeurs, ni agités, ni arrogants, ni instables, ni bruyants, ni bavards, dont les portes des sens sont gardées, ne s'adonnant pas à la gourmandise, vigilants, ayant de la considération pour la vie religieuse, respectueux de l'entraînement, n'aimant pas l'abondance, consciencieux, ne retombant pas dans l'erreur, attachés à la solitude, actifs, énergiques, ayant une mémoire en éveil, conscients, ayant une pensée concentrée, ayant une pensée unifiée, doués de sagesse, intelligents, quant à de tels individus, le vénérable Gotama est en communion avec eux.

(19.40)
Tout comme la kalanusarika est considérée comme la meilleure parmi les parfums des racines, tout comme le santal rouge est considéré comme le meilleur parmi les parfums des bois, tout comme le jasmin est connu comme le meilleur parmi les parfums des fleurs, de même l'exhortation du vénérable Gotama est la meilleure parmi les exhortations d'aujourd'hui.

(19.41)
Merveilleux, ô vénérable Gotama, merveilleux. C'est comme si l'on redressait ce qui a été renversé, ou découvrait ce qui a été caché, ou montrait le chemin à celui qui s'est égaré, ou apportait une lampe dans l'obscurité pour que ceux qui ont des yeux puissent voir. Ainsi, le vénérable Gotama a rendu claire la vérité de maintes façons. Je prends refuge dans le vénérable Gotama, dans le dhamma (l'Enseignement) et dans le sangha (la Communauté). Que le vénérable Gotama veuille bien m'accepter comme disciple laïc, de ce jour jusqu'à la fin de ma vie.


20. Le domptage de l'éléphant (DANTABHUMI-SUTTA)

(20.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait à l'endroit appelé Kalandakanivapa, dans le bois de bambous, près de la ville de Rajagaha. En ce temps-là, le novice Aciravata demeurait dans la cabane de bois. Le prince Jayasena, qui se promenait ici et là, s'approcha un jour du novice Aciravata. S'étant approché, il échangea avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis il s'assit à l'écart sur un côté.

(20.2)
S'étant assis à l'écart sur un côté, le prince Jayasena dit au novice Aciravata: J'ai entendu dire, ô ami Aggivessana, que, si un moine demeure ici (dans cette cabane de bois), diligent, ardent et bien déterminé, il peut atteindre la concentration de la pensée. - C'est vrai, ô prince, c'est vrai. Un moine qui demeure ici, diligent, ardent et bien déterminé, peut atteindre la concentration de la pensée, répondit le novice Aciravata.

(20.3)
Le prince Jayasena demanda alors: Le révérend Aggivessana peut-il m'enseigner la doctrine comme il l'a apprise, comme il l'a pratiquée? - Je ne suis pas capable, ô prince, de vous enseigner la doctrine comme je l'ai apprise et comme je l'ai pratiquée, dit le novice Aciravata. Si je vous enseignais la doctrine comme je l'ai apprise et comme je l'ai pratiquée et si vous ne comprenez pas le vrai sens de ce que je dis, ce serait pour moi fatigant et ennuyeux.

(20.4)
Le prince Jayasena demanda à nouveau: Que le révérend Aggivessana m'enseigne la doctrine comme il l'a apprise et comme il l'a pratiquée. Peut-être pourrai-je comprendre ce qu'il dit. - Si je vous enseigne la doctrine comme je l'ai apprise et comme je l'ai pratiquée, ô prince, si vous pouviez comprendre ce que je dis, ce serait bon. Si vous ne pouviez pas comprendre ce que je dis, vous devriez vous arrêter là. Vous ne devriez pas m'interroger davantage sur cette matière.

(20.5)
Que le révérend Aggivessana m'enseigne la doctrine comme il l'a apprise et comme il l'a pratiquée. Si je ne peux comprendre ce qu'il me dit, je m'arrêterai là. Je n'interrogerai pas davantage le révérend Aggivessana.

(20.6)
Le novice Aciravata parla alors de la doctrine comme il l'avait apprise et comme il l'avait pratiquée. Quand il eut terminé, le prince Jayasena dit: "C'est impossible, ami Aggivessana. Il est impossible qu'un moine puisse atteindre la concentration de la pensée en demeurant ici, diligent, ardent et résolu." Ce disant, le prince Jayasena quitta la place où il était assis et s'en alla.

(20.7)
Dès que le prince Jayasena fut parti, le novice Aciravata s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux, puis s'assit à l'écart sur un côté, il raconta au Bienheureux la discussion qu'il avait eue avec le prince Jayasena.

(20.8)
Ayant entendu le novice Aciravata, le Bienheureux dit: A quoi bon, ô Aggivessana ? Il est impossible que le prince Jayasena, vivant au milieu des plaisirs sensuels, jouissant des plaisirs sensuels, consumé par la pensée des plaisirs sensuels, brûlé par la fièvre des plaisirs sensuels, passionné par la recherche des plaisirs sensuels, il est impossible qu'il puisse savoir ou voir ou atteindre ou réaliser ce que l'on peut savoir par le renoncement (aux plaisirs sensuels), voir par le renoncement, atteindre par le renoncement, réaliser par le renoncement. Cela ne peut être.

(20.9)
Supposons Aggivessana, que, parmi les éléphants, ou les chevaux, ou les boeufs qui doivent être domptés, il y ait deux éléphants, ou deux chevaux, ou deux boeufs, bien domptés et bien entraînés, et deux qui ne soient ni bien domptés ni bien entraînés. Qu'en pensez-vous, ô Aggivessana? Est-ce que les premiers qui doivent être domptés et qui sont déjà bien domptés et bien entraînés ne pourront pas atteindre un haut niveau de domptage et d'entraînement ? - Si, Bienheureux, répondit le novice Aciravata.

(20.10)
Cependant, les deux éléphants, ou les deux chevaux, ou les deux boeufs, qui devaient être domptés mais qui n'étaient ni domptés ni entraînés, atteindront-ils un haut niveau de domptage et d'entraînement comme ce fut le cas pour les deux éléphants, ou les deux chevaux, ou les deux boeufs, bien domptés et bien entraînés ? - Non, Bienheureux.

(20.11)
De même, ô Aggivessana, il est impossible que le prince Jayasena vivant au milieu des plaisirs sensuels, jouissant des plaisirs sensuels, consumé par la pensée des plaisirs sensuels brûlé par la fièvre des plaisirs sensuels, passionné par la recherche des plaisirs sensuels, il est impossible qu'il puisse savoir ou voir ou atteindre ou réaliser ce qu'on peut savoir par le renoncement (aux plaisirs sensuels), voir par le renoncement, atteindre par le renoncement, réaliser par le renoncement. Cela ne peut être.

(20.12)
Supposons, Aggivessana, qu'il y ait un versant de montagne près duquel se trouve un village, une petite ville. Deux amis arrivent, la main dans la main, dans ce village ou cette petite ville, et s'approchent du pied de la montagne. Arrivé là, un des amis veut rester au pied de la montagne, tandis que l'autre veut la gravir jusqu'au sommet. Alors, l'ami qui est resté au pied de la montagne dit à celui qui est monté au sommet: "Mon ami, maintenant que vous êtes sur le sommet, que voyez-vous ? " L'autre répond: "Debout sur le sommet de la montagne, mon ami, je vois des jardins ravissants, des bois ravissants, des terrains ravissants." Cependant, l'autre dit: "C'est impossible! Cela ne peut être, mon ami, que vous voyiez des jardins ravissants, des bois ravissants, des terrains ravissants."

(20.13)
L'ami qui était sur le sommet de la montagne, étant redescendu, ayant pris la main de son ami, le conduit alors au sommet et, lui laissant le temps de souffler, lui dit: "Maintenant, mon ami, maintenant que vous êtes debout au sommet de la montagne, que voyez-vous? " L'autre répond: "Mon ami, maintenant que je suis debout au sommet de la montagne, je vois des jardins ravissants, des bois ravissants, des terrains ravissants." L'autre dit: "Tout à l'heure, j'ai compris ce que vous avez dit: "C'est impossible! Cela ne peut pas être (...)" cependant, maintenant, je comprends ce que vous dites: "Je vois des jardins ravissants, des bois ravissants (...)". L'autre répond: "Mon ami, c'était parce que j'étais au pied de la montagne. Je n'avais pas vu ce qu'il y avait à voir."

(20.14)
De même, ô Aggivessana, mais encore plus, le prince Jayasena est enserré, bloqué, entravé, enveloppé par ce tas d'ignorances. En vérité, ce prince Jayasena, vivant au milieu des plaisirs sensuels, jouissant des plaisirs sensuels (...) il est impossible que ce prince Jayasena puisse savoir ou voir ou atteindre ou réaliser ce qu'on peut savoir par le renoncement (aux plaisirs sensuels), voir par le renoncement, atteindre par le renoncement, réaliser par le renoncement. Cela ne peut pas être.

(20.15)
O Aggivessana, si vous aviez raconté ces deux paraboles au prince Jayasena, alors il aurait pu mettre sa confiance en vous; ayant confiance, il aurait pu agir à la façon de quelqu'un qui aurait confiance en vous.

(20.16)
Le novice Aciravata répondit: "O Bienheureux, comment aurais-je pu raconter ces deux paraboles au prince Jayasena? Je vois que ces deux paraboles sont spontanées chez vous et, d'ailleurs, je n'avais jamais entendu ces deux paraboles."

(20.17)
Le Bienheureux s'adressa à nouveau au novice Aciravata: "O Aggivessana, imaginons qu'un roi qui a été sacré s'adresse à un capteur d'éléphants, en disant: "O bon capteur d'éléphants, allez à la forêt où se trouvent des éléphants. Allez-y sur l'éléphant royal. Lorsque vous y verrez un éléphant sauvage, attachez-le au cou de l'éléphant royal." Le capteur d'éléphants ayant répondu en disant " Bien, sire ", se rend dans la forêt des éléphants sauvages. Y ayant trouvé un éléphant sauvage, il l'attache au cou de l'éléphant royal. Ensuite, l'éléphant royal amène l'éléphant sauvage hors de la forêt. Cependant, celui-ci a une seule envie: retourner à la forêt des éléphants sauvages.

(20.18)
Le capteur d'éléphants informe le roi qu'il a amené l'éléphant sauvage hors de la forêt. Le roi demande alors à un dompteur d'éléphants: "Venez, ô bon dompteur d'éléphants. Domptez cet éléphant sauvage afin de réduire sa conduite sauvage, afin de réduire ses souvenirs sauvages, afin de réduire ses aspirations sauvages, afin de réduire ses angoisses, afin de réduire son chagrin et afin de réduire son désir pour la forêt sauvage, en lui faisant aimer la vie dans les villages, en l'habituant aux méthodes des êtres humains."

(20.19)
Le dompteur d'éléphants répond alors " Bien, sire" et il plante un grand pilier dans la cour, y attache l'éléphant sauvage, puis il le dompte afin de réduire sa conduite sauvage (...) pour qu'il aime la vie dans les villages, qu'il s'habitue aux méthodes des êtres humains. Le dompteur s'adresse à cet éléphant avec des mots gentils, agréables aux oreilles, affectueux, cordiaux, des mots urbains, agréables à tout le monde, plaisants à tout le monde.

(20.20)
Le dompteur, ô Aggivessana, s'étant adressé à lui avec des mots gentils, agréables aux oreilles (...) l'éléphant sauvage se met à écouter, à ouvrir ses oreilles, et il commence à apprendre. Désormais, le dompteur d'éléphants lui donne à manger et à boire. Lorsque l'éléphant est prêt à manger et à boire, le dompteur arrive à la conclusion que l'éléphant du roi va vivre.

(20.21)
Puis, il lui donne des ordres en disant " Prends ceci " et " Dépose cela". Lorsque l'éléphant est obéissant et lorsqu'il prend ou dépose selon les ordres du dompteur, celui-ci donne d'autres ordres en disant "Avance " et " Recule". Lorsque l'éléphant est obéissant et lorsqu'il avance et recule selon les ordres du dompteur, celui-ci donne d'autres ordres en disant " Lève-toi " et " Assieds-toi".

(20.22)
Lorsque l'éléphant est obéissant et lorsqu'il se lève et s'assied selon les ordres du dompteur, celui-ci fait un autre essai appelé " immobilité". Pour cela, le dompteur attache un bouclier à la trompe de l'éléphant. Un homme qui porte une lance se tient assis sur son cou, et des hommes qui portent des lances se tiennent debout autour de lui, de tous les côtés, et le dompteur lui-même prend une lance avec un long manche et se tient debout devant l'éléphant. Pendant ce temps, l'animal reste immobile, il ne bouge ni ses antérieurs ni ses postérieurs; il ne bouge ni son avant-train ni son arrière-train; il ne bouge ni la tête, ni une oreille, ni une défense, ni la queue, ni la trompe.

(20.23)
Cet éléphant du roi, désormais, supporte les attaques des épées, des haches, des flèches, des hachettes, et il supporte le tapage retentissant des tambours, des timbales, des conques et des tam-tams.

(20.24)
Comme l'or purifié, lavé de toutes ses impuretés et scories, cet éléphant convient désormais pour un roi, pour une procession royale; il est également considéré comme un symbole royal.

(20.25)
De même, ô Aggivessana, il apparaît (de temps en temps dans le monde) un Tathagata, qui est un Arahant, complètement et parfaitement éveillé, parfait en sa sagesse, parfait en sa conduite, arrivé correctement à son but, dompté, connaisseur des mondes, incomparable guide des êtres qui doivent être dirigés, instructeur des dieux et des êtres humains, l'Eveillé, le Bienheureux.

(20.26)
Ayant connu par lui-même ce monde-ci, avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), avec ses religieux et ses brahmanes, avec ses êtres divins et humains, il le fait connaître.

(20.27)
Il enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il exalte la Conduite pure parfaitement pleine et parfaitement pure.

(20.28)
Un chef de maison, ou le fils d'un chef de maison, ou une personne née dans une quelconque famille, entend cette doctrine. L'ayant entendue, il atteint la confiance sereine dans le Tathagata.

(20.29)
Parce qu'il a atteint la confiance sereine et qu'il en est pourvu, il réfléchit ainsi: "Cette vie à la maison est pleine d'obstacles, elle est un chemin poussiéreux; la vie religieuse est comparable au plein air. Il n'est pas aisé de pratiquer la Conduite pure entièrement pleine, entièrement pure, parfaite comme une conque gravée, en demeurant dans la vie domestique. Il faut donc que, m'étant rasé la barbe et les cheveux, ayant couvert mon corps de vêtements ocre, je quitte ma maison pour mener une vie religieuse, sans maison."

(20.30)
Plus tard, ayant abandonné l'ensemble de ses biens quelle qu'en soit la valeur, ayant abandonné ses parents et son entourage quel qu'en soit le nombre, s'étant rasé la barbe et les cheveux, ayant couvert son corps des vêtements ocre des religieux, il quitte sa maison pour mener une vie religieuse, sans maison. A ce point, le disciple religieux atteint la liberté.

(20.31)
Pourtant, ô Aggivessana, les dieux et les êtres humains désirent les cinq sortes de plaisirs sensuels.

(20.32)
Le Tathagata entraîne alors son disciple, en disant: "Venez, ô moine, soyez vertueux, vivez en maîtrisant les sens par les restrictions, vivez en pratiquant la bonne conduite et vivez en voyant du danger même dans les moindres fautes, vivez en vous entraînant vous-même dans le Code de discipline."

(20.33)
Lorsque le disciple religieux est vertueux, lorsqu'il vit en maîtrisant ses sens par les restrictions, lorsqu'il vit en pratiquant la bonne conduite et en voyant du danger dans les moindres fautes, lorsqu'il vit en s'entraînant lui-même dans le Code de discipline, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, soyez vigilant, à propos de vos organes sensoriels.

(20.34)
Par exemple, ayant vu une forme matérielle au moyen de votre oeil, ne soyez pas plongé dans ses apparences générales ni dans ses détails car, en conséquence de ce que cet organe de l'oeil demeure non maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la tristesse peuvent s'introduire dans votre pensée. Maîtrisez donc bien l'organe de l'oeil et achevez le domptage de l'organe de l'oeil.

(20.35)
Egalement, ayant écouté un son au moyen de votre oreille (...)

(20.36)
Ayant senti une odeur au moyen de votre nez (...)

(20.37)
Ayant goûté une saveur au moyen de votre langue (...)

(20.38)
Ayant senti une chose tangible au moyen de votre corps (...)

(20.39)
Ayant reconnu un objet mental au moyen de votre pensée, ne soyez pas plongé dans ses apparences générales ni dans ses détails car, en conséquence de ce que cet organe de la pensée demeure non maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la tristesse peuvent s'introduire dans votre pensée. Maîtrisez donc bien l'organe de la pensée et achevez le domptage de l'organe de la pensée."

(20.40)
Lorsque, ô Aggivessana, le disciple religieux a maîtrisé ses organes sensoriels, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, soyez modéré lorsque vous mangez. Mangez attentivement en réfléchissant: Je me sers de cette nourriture non pour le plaisir, non pour l'exagération de la vigueur, non pour l'esthétique, non pour la beauté, mais simplement pour maintenir l'existence de ce corps, pour supprimer la souffrance, pour favoriser la Conduite pure car, ainsi, je mettrai fin à la souffrance ancienne, je ne produirai pas de nouvelles souffrances et, de cette façon, mon existence sera irréprochable et heureuse."

(20.41)
Lorsque, ô Aggivessana, le disciple religieux est devenu modéré dans ses repas, le Tathagata l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, vivez en vigilance. Pendant la journée, lorsque vous marchez, lorsque vous restez immobile, purifiez votre pensée des états mentaux entravés. Pendant la première partie de la nuit, couchez-vous en la posture du lion, consciemment, en réfléchissant à l'intention de vous lever, le lendemain matin. Puis, dans la dernière partie de la nuit, lorsque vous vous levez, lorsque vous marchez, lorsque vous restez immobile, lorsque vous vous asseyez, purifiez votre pensée des états mentaux entravés."

(20.42)
Lorsque, ô Aggivessana, le disciple religieux est tout entier vigilant, le Tathagata l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine. Vous possédez l'attention et la conscience. Soyez quelqu'un qui agit avec conscience. Soyez attentif et conscient. Allant ou revenant, soyez parfaitement conscient. Regardant devant ou autour de vous, soyez parfaitement conscient. Etendant ou repliant vos membres, soyez parfaitement conscient. Portant le bol à aumône et les vêtements monastiques, soyez parfaitement conscient. Mangeant, buvant, mâchant, soyez parfaitement conscient. Déféquant, urinant, soyez parfaitement conscient. Marchant, étant debout, vous asseyant, vous endormant, vous éveillant, parlant, vous taisant, soyez parfaitement conscient."

(20.43)
Lorsque, ô Aggivessana, le disciple religieux possède l'attention et la conscience dans ses actes quotidiens, le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, choisissez un logement solitaire, dans la forêt, au pied d'un arbre, dans la montagne, une grotte, une caverne, un cimetière, un plateau boisé, un endroit découvert, une meule de paille." Il choisit alors un logement solitaire, dans la forêt (...)

(20.44)
Etant revenu de sa tournée d'aumône, après son repas, il s'assied en repliant et croisant les jambes, posant son corps bien droit, fixant son attention.

(20.45)
Ainsi, ayant abandonné la convoitise en ce monde, il demeure, la pensée débarrassée de convoitise; il purifie sa pensée de la convoitise.

(20.46)
Ayant abandonné la haine et la méchanceté il demeure, la pensée débarrassée de méchanceté; il purifie sa pensée de la haine et de la méchanceté.

(20.47)
Ayant abandonné la paresse et la torpeur, il demeure, la pensée débarrassée de la paresse et de la torpeur; attentif, pleinement conscient de ce qu'il voit, il purifie sa pensée de la paresse et de la torpeur.

(20.48)
Ayant abandonné l'agitation et le regret, il demeure, la pensée débarrassée d'agitation; la pensée apaisée intérieurement, il purifie sa pensée de l'agitation et du regret.

(20.49)
Ayant abandonné le doute, il demeure ayant franchi le doute; ne se posant plus de questions concernant les choses bonnes, il purifie sa pensée du doute.

(20.50)
Le disciple religieux, ayant abandonné ces cinq entraves, qui sont des souillures de la pensée, qui affaiblissent la sagesse intuitive, demeure, observant le corps selon la fonction du corps, d'une façon ardente, consciencieuse, afin de pouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse.

(20.51)
Puis il demeure, observant les sensations selon les fonctions des sensations, d'une façon ardente et consciencieuse afin de pouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse.

(20.52)
Ensuite, il demeure, observant la pensée selon les fonctions de la pensée, d'une façon ardente et consciencieuse afin de pouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse.

(20.53)
Puis il demeure, observant les divers objets mentaux selon leur fonction, d'une façon ardente et consciencieuse, afin de pouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse.

(20.54)
Tout comme, ô Aggivessana, un dompteur d'éléphants, ayant planté un grand pilier dans la cour, y attache un éléphant sauvage par le cou afin de réduire sa conduite sauvage, ses souvenirs sauvages (...) et afin de l'habituer aux méthodes des êtres humains; de même, ô Aggivessana, ces quatre Attentions sont des moyens de la pensée, chez un disciple religieux, pour réduire les manières propres aux chefs de famille, réduire les aspirations propres aux chefs de famille, réduire l'angoisse propre aux chefs de famille, réduire l'agitation, la fièvre des chefs de famille. Elles sont les moyens qui conduisent le disciple religieux à la voie correcte, à réaliser le nibbana.

(20.55)
Le Tathagata entraîne alors à nouveau son disciple religieux, en disant: "Venez, ô moine, demeurez en observant le corps selon les fonctions du corps, mais ne vous appliquez pas vous-même à une série de pensées concernant le corps.

(20.56)
Demeurez en observant les sensations selon les fonctions des sensations, mais ne vous appliquez pas vous-même à une série de pensées concernant les sensations.

(20.57)
Demeurez en observant la pensée selon les fonctions de la pensée, mais ne vous appliquez pas vous-même à une série de pensées concernant la pensée.

(20.58)
Demeurez en observant les divers objets mentaux selon les fonctions des divers objets mentaux, mais ne vous appliquez pas vous-même à une série de pensées concernant les divers objets mentaux."

(20.59)
Ainsi, ayant mis fin au raisonnement et à la réflexion, le disciple religieux entre et demeure dans le deuxième recueillement (dutiyajjhana) qui est apaisement intérieur, unification de la pensée, qui est dépourvu de raisonnement et de réflexion, né de la concentration, et consiste en bonheur.

(20.60)
Puis se détournant du bonheur, le disciple vit dans l'indifférence, conscient et vigilant, il ressent dans son corps le bonheur, en sorte que les êtres nobles l'appellent: "Celui qui, indifférent et attentif, demeure heureux ", il entre ainsi et demeure dans le troisième recueillement (tatiyajjhana).

(20.61)
Enfin, s'étant débarrassé du bonheur et s'étant débarrassé de la peine, ayant supprimé la gaieté et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure dans le quatrième recueillement (catutthajjhana) où ne sont ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaite d'attention et d'indifférence.

(20.62)
Ensuite, ayant une pensée ainsi réglée, ainsi purifiée, sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable, stable, arrivée à l'impassibilité, le disciple religieux dirige sa pensée vers la connaissance pour se rappeler ses anciennes " existences".

(20.63)
Il se rappelle ainsi une série d'anciennes existences: une naissance, deux naissances, trois, cinq, dix, vingt, trente, quarante, cinquante, cent, mille, cent mille, etc., et beaucoup de naissances pendant un kappa d'intégration, et beaucoup de naissances pendant un kappa de désintégration, et beaucoup de naissances pendant un kappa d'intégration et de désintégration, en voyant: "Je fus connu par tel ou tel nom, étant né dans telle race portant telle ou telle couleur. J'ai été nourri de telle ou telle façon. J'ai senti telles et telles sensations et de telle ou telle façon ma vie là-bas est arrivée à sa fin.

(20.64)
Après la fin de ma vie là-bas, j'ai eu une autre naissance et une autre vie dans laquelle j'ai été appelé par tel ou tel nom, dans telle ou telle race, portant telle ou telle couleur (...)

(20.65)
Après la fin de cette vie, je suis né à nouveau ici-bas (...)"

(20.66)
De cette façon, le disciple religieux se rappelle ses diverses existences en tous leurs modes et détails.

(20.67)
Ensuite, ayant une pensée ainsi réglée, ainsi purifiée, sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable, stable, arrivée à l'impassibilité, le disciple religieux dirige sa pensée vers la connaissance de la manière dont les êtres meurent et naissent encore et encore.

(20.68)
Avec une faculté de clairvoyance qui surpasse la vision ordinaire des êtres humains il voit comment les êtres partent d'ici et comment ils renaissent.

(20.69)
Il comprend que, si les êtres deviennent ainsi excellents ou ordinaires, laids ou élégants, heureux ou malheureux, c'est la conséquence de leurs actions, et il réfléchit: "En vérité, tels ou tels êtres respectables, mais qui ont eu une mauvaise conduite avec leur corps, une mauvaise conduite en parole, une mauvaise conduite en pensée, qui ont adopté des opinions fausses, se sont engagés dans de mauvaises actions encouragées par des opinions fausses, ces êtres, après la dissolution de leur corps, après la mort, sont nés dans des lieux malheureux comme l'enfer.

(20.70)
Cependant, tels et tels êtres respectables, qui ont eu une bonne conduite avec leur corps, une bonne conduite en parole, une bonne conduite en pensée, qui ne se sont pas moqué des Arahants, qui ont adopté des opinions correctes et ont fait de bonnes actions encouragées par des opinions correctes, ces gens-là, après la dissolution de leur corps, après leur mort, sont nés dans des états heureux, par exemple, dans les cieux.

(20.71)
Ensuite, ayant une pensée ainsi réglée, bien purifiée, sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable, stable, arrivée à l'impassibilité, le disciple religieux dirige sa pensée vers la connaissance qui permet de détruire les souillures.

(20.72)
Il comprend les choses telles qu'elles sont: "Voilà, ceci est le dukkha, ceci est la cause du dukkha, ceci est la cessation du dukkha, ceci est la voie conduisant à la cessation du dukkha."

(20.73)
Il comprend ainsi les choses telles qu'elles sont: "Voilà, celles-ci sont des souillures, ceci est la cause des souillures, ceci est la cessation des souillures, ceci est la voie conduisant à la cessation des souillures."

(20.74)
Ayant compris ainsi, ayant vu ainsi, sa pensée se libère des souillures concernant la ré-existence et le re-devenir (dans le cycle des renaissances). Sa pensée se libère des souillures concernant les plaisirs sensuels. Sa pensée se libère des souillures concernant l'ignorance. Quand il est libéré, vient la connaissance: "Voici la libération " et il sait: "Toute naissance nouvelle est anéantie, la Conduite pure est vécue, ce qui devait être accompli est accompli, plus rien ne demeure à accomplir."

(20.75)
Enfin, ce moine est capable de supporter la chaleur, le froid, la faim, la soif, les piqûres des moustiques, les piqûres des taons, le vent, le soleil, les serpents venimeux, les paroles abusives venant d'autrui, les paroles méchantes venant d'autrui. Il est capable de supporter les sensations corporelles douloureuses, aiguës, coupantes, insupportables, pénibles, et des sensations fatales.

(20.76)
Délivré de toutes les scories et impuretés de l'attachement (aux choses mondaines), délivré de la méchanceté et de l'illusion, ce moine est tout à fait digne de recevoir des dons, des offrandes, des marques de respect et d'hommage. Il est un des plus grands champs de mérites pour le monde.

(20.77)
O Aggivessana, si un éléphant du roi, âgé, non dompté et non entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant mort dans un état non dompté. Egalement, ô Aggivessana, si un éléphant du roi, d'âge moyen, non dompté et non entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant mort dans un état non dompté. Egalement, ô Aggivessana, si un éléphant du roi, jeune, non dompté et non entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant mort dans un état non dompté.

(20.78)
De même, ô Aggivessana, si un moine âgé, non dompté et non entraîné, meurt, il est considéré comme quelqu'un mort dans un état non dompté. Si un moine d'âge moyen, non dompté et non entraîné meurt, il est considéré comme quelqu'un mort dans un état non dompté. Si un moine jeune, non dompté et non entraîné, meurt il est considéré comme quelqu'un mort dans un état non dompté.

(20.79)
Par contre, ô Aggivessana, si un éléphant du roi, âgé, bien dompté et bien entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant mort dans un état bien dompté. Si un éléphant du roi, d'âge moyen, bien dompté et bien entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant mort dans un état bien dompté. Si un éléphant du roi, jeune, bien dompté et bien entraîné meurt, il est considéré comme un éléphant mort dans un état bien dompté.

(20.80)
De même, ô Aggivessana, si un moine âgé, ayant éliminé ses souillures, meurt, il est considéré comme quelqu'un mort dans un état bien dompté. Si un moine d'âge moyen, ayant éliminé ses souillures, meurt, il est considéré comme quelqu'un mort dans un état bien dompté. Si un moine jeune ayant éliminé ses souillures, meurt, il est considéré comme quelqu'un mort dans un état bien dompté.

(20.81)
Ainsi, parla le Bienheureux. Ravi, le novice Aciravata se réjouit de ce qu'avait dit le Bienheureux.


21. L'incendie (ADITTAPARIYAYA-SUTTA)

(21.1)
Une fois, le Bienheureux séjournait à Gayasisa, près de Gaya, avec un groupe de mille disciples.

(21.2)
Le Bienheureux s'adressa alors à ces disciples et dit: Tout est en flammes, ô moines. Et quel est ce tout en flammes? L'oeil est en flammes. Les formes matérielles sont en flammes. La conscience visuelle est en flammes. Le contact de l'oeil avec les formes matérielles est en flammes. La sensation qui naît du contact avec les formes matérielles, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.3)
Par quel feu, ô moines, cela est-il enflammé? Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l'illusion; cela est enflammé par la naissance, par la vieillesse, par la maladie, par la mort, par les peines, par les plaintes, par la douleur, par le chagrin, par le désespoir.

(21.4)
L'oreille est en flammes, ô moines. Les sons que l'oreille perçoit sont en flammes. La conscience auditive est en flammes. Le contact avec ce que l'oreille perçoit est en flammes. La sensation qui naît du contact avec ce que l'oreille perçoit, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.5)
Par quel feu cela est-il enflammé? Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l'illusion; cela est enflammé par la naissance, par la vieillesse, par la maladie, par la mort, par les peines, par les plaintes, par la douleur, par le chagrin, par le désespoir.

(21.6)
Le nez est en flammes, ô moines. Les odeurs sont en flammes. La conscience olfactive est en flammes. Le contact du nez avec les odeurs est en flammes. La sensation qui naît du contact avec ce que le nez perçoit, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.7)
Par quel feu cela est-il enflammé ? Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l'illusion; cela est enflammé par la naissance, par la vieillesse, par la maladie, par la mort, par les peines, par les plaintes, par la douleur, par le chagrin, par le désespoir.

(21.8)
La langue est en flammes, ô moines. Les saveurs sont en flammes. La conscience gustative est en flammes. Le contact de la langue avec les saveurs est en flammes. La sensation qui naît du contact avec ce que la langue perçoit, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.9)
Par quel feu cela est-il enflammé ? Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l'illusion; cela est enflammé par la naissance, par la vieillesse, par la maladie, par la mort, par les peines, par les plaintes, par la douleur, par le chagrin, par le désespoir.

(21.10)
Le corps est en flammes, ô moines. Les choses tangibles sont en flammes. La conscience tactile est en flammes. Le contact du corps avec les choses tangibles est en flammes. La sensation qui naît du contact avec ce que le corps perçoit, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.11)
Par quel feu cela est-il enflammé? Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l'illusion; cela est enflammé par la naissance, par la vieillesse, par la maladie, par la mort, par les peines, par les plaintes, par la douleur, par le chagrin, par le désespoir.

(21.12)
La pensée est en flammes, ô moines. Les objets mentaux sont en flammes. La conscience mentale est en flammes. Le contact de la pensée avec les objets mentaux est en flammes. La sensation naît du contact avec ce que la pensée perçoit, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.13)
Par quel feu cela est-il enflammé? Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l'illusion; cela est enflammé par la naissance, par la vieillesse, par la maladie, par la mort, par les peines, par les plaintes, par la douleur, par le chagrin, par le désespoir.

(21.14)
Considérant les choses de cette façon, ô moines, le disciple intelligent est dégoûté de l'oeil, il est dégoûté des formes matérielles, il est dégoûté de la conscience visuelle, il est dégoûté du contact de l'oeil avec les formes matérielles, il est dégoûté de la sensation qui naît du contact avec les formes matérielles, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.15)
Même démonstration en ce qui concerne l'oreille, les sons, la conscience auditive, le contact et la sensation; le nez, les odeurs, la conscience olfactive, le contact et la sensation; la langue, les saveurs, la conscience gustative, le contact et la sensation; le corps, les choses tangibles, la conscience tactile, le contact et la sensation. Puis le sermon continue:

(21.16)
Considérant les choses de cette façon, ô moines, le disciple intelligent est dégoûté de la pensée, il est dégoûté des objets mentaux, il est dégoûté de la conscience mentale, il est dégoûté du contact de la pensée avec les objets mentaux, il est dégoûté de la sensation qui naît du contact avec les objets mentaux, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes.

(21.17)
Lorsque le disciple intelligent en est dégoûté, il est sans désir. Lorsqu'il est sans désir, il est libéré du désir. Quand il est libéré, vient la connaissance: "Voici la libération" et il sait: "Toute naissance nouvelle est anéantie, la Conduite pure est vécue, ce qui doit être achevé est achevé, plus rien ne demeure à accomplir."

(21.18)
Ainsi parla le Bienheureux. Les moines, heureux, se réjouirent des paroles du Bienheureux. Pendant le déroulement de ce sermon, la pensée de ces mille disciples fut libérée complètement des souillures.


22. Les facultés sensorielles (INDRIYABHAVANA-SUTTA)

(22.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait dans le parc de Mukhelu, près de Kajangala. Un jour, un jeune homme nommé Uttara, élève du brahmane Parasariya, s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il échangea avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis s'assit à l'écart sur un côté.

(22.2)
Le Bienheureux s'adressa au jeune homme Uttara et demanda: Est-ce que, ô Uttara, le brahmane Parasariya adresse à ses élèves un enseignement sur le développement des facultés sensorielles? - Oui, ô vénérable Gotama. Le brahmane Parasariya adresse un enseignement sur le développement des facultés sensorielles.

(22.3)
- De quelle façon, ô Uttara, le brahmane Parasariya adresse-t-il à ses élèves son enseignement sur le développement des facultés sensorielles? Le jeune homme Uttara répondit: Il ne faut pas voir les formes matérielles par les yeux. Il ne faut pas écouter les sons par les oreilles. C'est ce que, ô vénérable Gotama, le brahmane Parasariya enseigne à ses élèves sur le développement des facultés sensorielles.

(22.4)
Le Bienheureux dit: "Ainsi donc, ô Uttara, selon l'enseignement du brahmane Parasariya, un aveugle est quelqu'un qui a une faculté sensorielle développée et un sourd est quelqu'un qui a une faculté sensorielle développée, car l'aveugle ne voit pas les formes matérielles par ses yeux et le sourd n'écoute pas les sons par ses oreilles!" Lorsque le Bienheureux se fut exprimé ainsi, le jeune homme Uttara, élève du brahmane Parasariya, resta assis en silence, honteux, les épaules tombantes, le visage baissé et incapable de parler.

(22.5)
Le Bienheureux constata alors que le jeune homme Uttara, élève du brahmane Parasariya, restait assis en silence, honteux, les épaules tombantes, le visage baissé et incapable de parler. Pendant cette discussion, l'Ayasmanta Ananda était assis auprès du Bienheureux.

(22.6)
Le Bienheureux s'adressa à l'Ayasmanta Ananda et dit: "O Ananda, le brahmane Parasariya adresse à ses élèves un certain enseignement sur le développement des facultés sensorielles. Cependant, ô Ananda, dans la discipline des êtres nobles, l'incomparable méthode du développement des facultés sensorielles est une autre chose."

(22.7)
L'Ayasmanta Ananda dit: "Le bon moment est arrivé, ô Bienheureux, le bon moment est arrivé pour expliquer l'incomparable développement des facultés sensorielles selon la discipline des êtres nobles. Ayant écouté les paroles du Bienheureux, les disciples les garderont dans leur mémoire. -Très bien, ô Ananda. Ecoutez donc attentivement. Je vais parler, dit le Bienheureux. - Bien, ô Bienheureux", répondit l'Ayasmanta Ananda.

(22.8)
Le Bienheureux dit: Quel est, ô Ananda, l'incomparable développement des facultés sensorielles dans la discipline des êtres nobles ? O Ananda, lorsqu'un disciple voit une forme matérielle par ses yeux, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité: "Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.

(22.9)
Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné; elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant), c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.

(22.10)
Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable, ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.11)
Tout comme, ô Ananda, un homme qui peut voir, ayant les yeux ouverts, les ferme ou, ayant les yeux fermés, les ouvre, de même, ô Ananda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.12)
Tel est, ô Ananda, le développement de la faculté sensorielle concernant les formes matérielles connaissables par les yeux.

(22.13)
Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a entendu un son par ses oreilles, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité: Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.

(22.14)
Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné; elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant), c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.

(22.15)
Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable, ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.16)
Tout comme, ô Ananda, un homme fort est capable de claquer ses doigts, de même, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.17)
Tel est, ô Ananda, le développement incomparable de la faculté sensorielle concernant les sons connaissables par les oreilles.

(22.18)
Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a senti une odeur par son nez, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité: Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.

(22.19)
Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné; elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant), c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.

(22.20)
Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable, ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.21)
Tout comme, ô Ananda, une goutte d'eau tombe sur une feuille de lotus, qui descend sur la pente et qui ne reste pas, de même, ô Ananda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.22)
Tel est, ô Ananda, l'incomparable développement de la faculté sensorielle concernant les odeurs connaissables par le nez.

(22.23)
Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a goûté une saveur par sa langue, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité: Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.

(22.24)
Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné; elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant), c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.

(22.25)
Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.26)
Tout comme, ô Ananda, un homme fort peut cracher une particule de mucus rassemblée sur la langue, de même, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.27)
Tel est, ô Ananda, l'incomparable développement de la faculté sensorielle concernant les saveurs connaissables par la langue.

(22.28)
Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a senti une chose tangible par son corps, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité: Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.

(22.29)
Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné; elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant), c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente."

(22.30)
Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable, ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe chez lui et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.31)
Tout comme, ô Ananda, un homme fort peut replier son bras qui était étendu, ou étendre son bras qui était replié, de même, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.32)
Tel est, ô Ananda, l'incomparable développement de la faculté sensorielle concernant les choses tangibles connaissables par le corps.

(22.33)
Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a perçu un objet mental par sa pensée, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité: Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.

(22.34)
Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné; elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant), c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.

(22.35)
Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable, ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe chez lui et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.36)
Tout comme, ô Ananda, lorsqu'un homme verse chaque jour deux ou trois gouttes d'eau dans une casserole chauffée au rouge, ces gouttes d'eau sont détruites aussitôt et elles sont consommées aussitôt, de même, ô Ananda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.

(22.37)
Tel est, ô Ananda, le développement incomparable de la faculté sensorielle concernant les états mentaux perceptibles par la pensée.

(22.38)
Et quel est, ô Ananda, l'entraînement chez un disciple étudiant? Lorsque le disciple a vu une forme matérielle, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. A cause de la sensation agréable, ou à cause de la sensation désagréable, ou à cause de la sensation à la fois agréable et désagréable qui s'est produite chez lui, le disciple est soucieux, il est honteux et il est dégoûté d'une telle sensation.

(22.39)
Lorsque le disciple a entendu un son par ses oreilles, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. A cause de la sensation agréable, ou à cause de la sensation désagréable, ou à cause de la sensation à la fois agréable et désagréable qui s'est produite chez lui, le disciple est soucieux, il est honteux et il est dégoûté d'une telle sensation.

(22.40)
Même démonstration en ce qui concerne les odeurs connaissables par le nez, les saveurs connaissables par la langue, les choses tangibles connaissables par le corps. Puis le sermon continue:

(22.41)
Lorsque le disciple a perçu un objet mental par sa pensée, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. A cause de la sensation agréable, ou à cause de la sensation désagréable, ou à cause de la sensation à la fois agréable et désagréable qui s'est produite chez lui, le disciple est soucieux, il est honteux, et il est dégoûté d'une telle sensation.

(22.42)
Et quel est, ô Ananda, l'être noble dont les facultés sensorielles ont été développées? Lorsque le disciple a vu une forme matérielle par ses yeux, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Alors, s'il souhaite: "Que je demeure sans conscience de la répugnance, dans un cas de répugnance ", alors il demeure sans conscience de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure avec conscience de la répugnance dans un cas de non-répugnance", alors il demeure avec conscience de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure sans conscience de la répugnance dans un cas de répugnance et de non-répugnance ", alors il demeure sans conscience de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure avec la conscience de la répugnance dans un cas à la fois répugnant et non répugnant", alors il demeure avec la conscience de la répugnance.

(22.43)
(Cependant) s'il souhaite: "M'étant débarrassé de la non-répugnance comme de la répugnance, que je demeure dans l'équanimité avec l'attention et la conscience claires ", alors il demeure dans l'équanimité avec l'attention et la conscience claires. Ainsi, ô Ananda, c'est lui qui est l'être noble dont les facultés sensorielles ont été développées.

(22.44)
Même démonstration en ce qui concerne les sons connaissables par les oreilles, les odeurs connaissables par le nez, les saveurs connaissables par la langue, les choses tangibles connaissables par le corps. Puis le sermon continue:

(22.45)
Lorsqu'un disciple a perçu un objet mental par sa pensée, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable et désagréable. Alors s'il souhaite: "Que je demeure sans conscience de la répugnance dans un cas de répugnance ", il demeure sans conscience de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure avec conscience de la répugnance dans un cas de non-répugnance ", alors il demeure avec conscience de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure sans conscience de la répugnance dans un cas de répugnance et de non-répugnance ", alors il demeure sans conscience de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure avec conscience de la répugnance dans un cas à la fois répugnant et non répugnant", alors il demeure avec la conscience de la répugnance.

(22.46)
(Cependant) s'il souhaite: "M'étant débarrassé de la non-répugnance comme de la répugnance, que je demeure dans l'équanimité avec l'attention et la conscience claires", alors il demeure dans l'équanimité avec l'attention et la conscience claires. Ainsi, ô Ananda, c'est lui qui est l'être noble dont les facultés sensorielles ont été développées.

(22.47)
C'est de cette façon, ô Ananda, que l'incomparable développement des facultés sensorielles dans la discipline des êtres nobles a été enseigné par moi; de cette façon que l'entraînement du disciple étudiant a été enseigné par moi; de cette façon que j'ai défini l'être noble dont les facultés sensorielles ont été développées.

(22.48)
S'il est un devoir pour un maître religieux compatissant, plein de bonne volonté et qui souhaite le bien-être de ses disciples, ce devoir pour vous tous a été rempli par moi. Voici, ô Ananda, les pieds des arbres. Voici des endroits isolés. Engagez-vous, ô Ananda, dans le progrès intérieur. Ne soyez pas paresseux afin de n'avoir pas, plus tard, de regrets. Cela est notre instruction pour vous tous.

(22.49)
Ainsi parla le Bienheureux. Ravi, l'Ayasmanta Ananda se réjouit des paroles du Bienheureux.


23. Un monceau de malheurs (MAHADUKKHAKKHANDHA-SUTTA)

(23.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait au monastère fondé par Anfithapindika au parc Jeta, près de la ville de Savatthi. En ce temps-là, quelques disciples, s'étant habillés de bon matin, prirent leur bol à aumône et leur manteau, et entrèrent dans la ville de Savatthi pour recevoir la nourriture.

(23.2)
L'idée suivante vint à ces disciples: "Il est trop tôt pour aller recueillir l'aumône. Si nous nous approchions du bois où se trouvent les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes." Les disciples s'approchèrent donc du bois où se trouvaient les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes. S'étant approchés, ils échangèrent avec eux des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, et ensuite s'assirent à l'écart sur un côté.

(23.3)
Les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes, dirent alors aux disciples: "Le religieux Gotama, ô amis, énonce la compréhension claire des plaisirs des sens. Nous aussi, nous énonçons la compréhension claire des plaisirs des sens. Le religieux Gotama, ô amis, énonce la compréhension claire des formes matérielles. Nous aussi, nous énonçons la compréhension claire des formes matérielles. Le religieux Gotama, ô amis, énonce la compréhension claire des sensations. Nous aussi, nous énonçons la compréhension claire des sensations. Ainsi, ô amis, où est la divergence, où est le désaccord, où est la différence entre nous et le religieux Gotama, en ce qui concerne notre doctrine et notre enseignement par rapport à la doctrine et à l'enseignement du religieux Gotama ?"

(23.4)
Les disciples n'approuvèrent ni rejetèrent les paroles des Paribbajakas, adeptes d'autres sectes. S'étant levés de leurs sièges, les disciples partirent sans approuver ni rejeter, mais en pensant: "Nous comprendrons le sens des paroles des Paribbajakas auprès du Bienheureux."

(23.5)
Puis, étant allés pour recevoir la nourriture et étant revenus de leur tournée, après avoir fini leur repas, ces disciples s'approchèrent du Bienheureux. S'étant approchés, ils rendirent hommage au Bienheureux, puis s'assirent à l'écart sur un côté.

(23.6)
S'étant assis à l'écart sur un côté, ils informèrent le Bienheureux: Ce matin, ô Bienheureux, nous étant habillés, prenant nos bols à aumône et nos manteaux, nous sommes entrés à Savatthi pour recevoir la nourriture. L'idée suivante, alors, nous est venue: "Il est trop tôt pour aller recevoir la nourriture. Si nous nous approchions du bois où se trouvent des Paribbajakas, adeptes d'autres sectes." Ensuite, nous étant approchés du bois, nous avons échangé avec les Paribbajakas des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, et nous nous sommes assis à l'écart sur un côté.

(23.7)
Les Paribbajakas nous parlèrent alors ainsi: "Le religieux Gotama, ô amis, énonce la compréhension claire des plaisirs des sens. Nous aussi, nous énonçons la compréhension claire des plaisirs des sens (...) Ainsi, ô amis, où est la divergence, où est le désaccord, où est la différence entre nous et le religieux Gotama, c'est-à-dire en ce qui concerne notre doctrine et notre méthode d'enseignement par rapport à la doctrine et à la méthode d'enseignement du religieux Gotama ?"

(23.8)
Alors, nous n'avons approuvé ni rejeté les paroles des Paribbajakas. Nous étant levés de nos sièges, nous partîmes sans approuver ni rejeter, mais en pensant: "Nous comprendrons le sens des paroles des Paribbajakas auprès du Bienheureux."

(23.9)
Le Bienheureux alors s'adressa à ces disciples et dit: O moines, les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes, qui parlent ainsi doivent être interrogés de façon suivante: "Cependant, quelle est, ô amis, la jouissance des plaisirs des sens? Quels sont leurs désavantages? Quelle est l'évasion hors des plaisirs des sens? Quelle est la jouissance des formes matérielles? Quels sont leurs désavantages? Quelle est l'évasion hors des formes matérielles? Quelle est la jouissance des sensations? Quels sont leurs désavantages? Quelle est l'évasion hors des sensations?"

(23.10)
O moines, lorsque les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes, seront interrogés ainsi, ils ne seront pas capables de répondre, et de plus ils tomberont dans des difficultés supplémentaires. Pourquoi ? La raison en est que ce sujet est en dehors de leur compétence. Moi, ô moines, je ne vois personne dans le monde avec ses dieux, ses Mara(s) et ses Brahma(s), ses troupes de religieux et de prêtres, ses êtres célestes et humains, qui soit capable de répondre à ces questions, sauf un Tathagata, ou un disciple du Tathagata, ou bien quelqu'un qui a appris auprès des disciples du Tathagata.

(23.11)
Quelle est, ô moines, la jouissance des plaisirs des sens? Il y a cinq sortes de plaisirs des sens. Quelles sont ces cinq sortes: les formes connaissables par la conscience visuelle, désirées, aimées, plaisantes, charmantes et pourvues de séduction. Les sons connaissables par la conscience auditive, désirés, aimés, plaisants, charmants et pourvus de séduction. Les odeurs connaissables par la conscience olfactive, désirées, aimées, plaisantes, charmantes et pourvues de séduction. Les saveurs connaissables par la conscience gustative, désirées, aimées, plaisantes, charmantes et pourvues de séduction. Les choses tangibles connaissables par la conscience tactile, désirées, aimées, plaisantes, charmantes et pourvues de séduction. Tels sont, ô moines, les plaisirs des sens.

(23.12)
La jouissance des plaisirs des sens, c'est, ô moines, le bonheur et le plaisir qui se produisent en conséquence de ces cinq sortes de plaisirs des sens.

(23.13)
Quels sont, ô moines, les désavantages des plaisirs des sens ? Supposons, ô moines, qu'un fils de famille gagne sa vie par un métier tel que le calcul ou la comptabilité ou l'estimation, ou par un métier agricole ou bien au service des rois, ou par une autre profession. Supposons qu'il soit affligé par le froid, affligé par la chaleur, ou bien qu'il souffre de piqûres de taon, ou de piqûres de moustique, ou bien qu'il souffre à cause du vent, à cause du soleil, à cause des serpents venimeux, ou bien qu'il meure de faim ou de soif.

(23.14)
Voilà, ô moines, le désavantage des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même. C'est un monceau de souffrances, qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.15)
O moines, si, malgré son courage dans son métier, malgré sa force et ses efforts, ce fils de famille n'acquiert pas de biens, alors il s'attriste, se lamente, se frappant la poitrine et gémissant, il tombe dans la désillusion et pense: "J'ai employé ma force en vain. Mon effort est sans fruit."

(23.16)
Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.17)
O moines, supposons que ce fils de famille, s'encourageant lui-même, faisant des efforts, acquière en conséquence des biens. Dès lors, il éprouve une souffrance et une douleur, à cause de sa préoccupation pour protéger ses possessions, et il pense: "Que ni les rois ni les voleurs n'enlèvent mes possessions. Que ni le feu ni l'eau ne détruisent mes possessions. Que les autres héritiers que je n'aime pas ne m'enlèvent pas mes possessions."

(23.18)
Bien qu'il s'occupe de protéger ses possessions et de les garder, les rois ou les voleurs s'en emparent, ou bien elles sont détruites par le feu ou par l'eau, ou bien les héritiers qu'il n'aime pas les prennent. Alors, le fils de famille s'attriste, se lamente, se frappant la poitrine et gémissant, il tombe dans la désillusion, et pense: "Je n'ai plus ce qui m'appartenait."

(23.19)
Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.20)
Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause, lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause, les rois se disputent avec des rois, les notables se disputent avec des notables; les brahmanes se disputent avec des brahmanes; les maîtres de maison se disputent avec des maîtres de maison; une mère se dispute avec son fils; un fils se dispute avec sa mère; un père se dispute avec son fils; un fils se dispute avec son père; un frère se dispute avec son frère; un frère se dispute avec sa soeur; une soeur se dispute avec son frère; un ami se dispute avec son ami.

(23.21)
Ceux qui entrent dans la querelle, dans la contestation, se battent et s'attaquent l'un l'autre à mains nues, avec des pierres, avec des bâtons et avec des armes, ils meurent en souffrant ou bien ils éprouvent une douleur mortelle. Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.22)
Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause, lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause, ayant pris des épées et des boucliers, portant des arcs et des carquois, les deux parties se rassemblent pour combattre, et des flèches volent, des couteaux volent, des épées flamboient. Ici, il y en a qui blessent avec des flèches et blessent avec des couteaux, qui décapitent avec des épées. Là il y en a qui souffrent en mourant, ou bien qui éprouvent une douleur mortelle.

(23.23)
Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.24)
Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause, lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause, ayant pris des épées et des boucliers, portant des arcs et des carquois, ils sautent sur les remparts brillants, et des flèches volent, des couteaux volent, des épées flamboient. Ici, il y en a qui blessent avec des flèches, avec des couteaux et qui versent des bouses brûlantes, qui écrasent avec une grande force et qui décapitent avec des épées. Là, il y en a qui souffrent en mourant ou bien éprouvent une douleur mortelle.

(23.25)
Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.26)
Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause, lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause, certains cambriolent une maison et la dévalisent, et se comportent comme des voleurs, tendent des embuscades et prennent les femmes des autres.

(23.27)
Les rois, alors, s'emparent de tels individus et les punissent. Ils les battent avec des fouets, avec des bâtons, avec des verges. Ils leur coupent les mains, les pieds, les mains et les pieds, les oreilles, le nez, les oreilles et le nez.

(23.28)
Ils leur infligent la punition appelée bilangathalika, la punition sankhamundita, la punition appelée rahumukha, la punition appelée jotimalika, la punition appelée hatthapa jjotika, la punition appelée erahavattika, la punition appelée cirahavasika, la punition appelée eneyyaha, la punition appelée balisamamsika, la punition appelée kahapanaka, la punition appelée kharapatacchika, la punition appelée palighaparivattika et la punition appelée palalapithaha.

(23.29)
Ils versent de l'huile bouillante sur eux. Ils les font mordre par des chiens. Ils les empalent. Ils les décapitent avec des épées.

(23.30)
Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.31)
Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause, lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause, certains se comportent de façon mauvaise au moyen de leur corps, en parole et en pensée.

(23.32)
S'étant comportés d'une façon mauvaise, après la dissolution du corps, après la mort, ils naissent dans des états malheureux, dans l'enfer, dans le Niraya.

(23.33)
Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des sens qui arrive après la mort, et c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.

(23.34)
Alors, quelle est, ô moines, l'évasion hors des plaisirs des sens? L'évasion hors des plaisirs des sens, c'est la maîtrise du désir et de l'attachement, et la possibilité de se débarrasser des désirs et de l'attachement à l'égard des plaisirs des sens.

(23.35)
O moines, si des religieux ou des brahmanes ne comprennent pas objectivement de cette façon la jouissance des plaisirs des sens comme jouissance, les désavantages de ceux-ci comme désavantages, l'évasion à leur égard comme évasion, il n'est alors pas possible qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète, le désir des plaisirs des sens, ni qu'ils soient capables d'instruire à cette fin une autre personne, ni que cette personne, en suivant leur enseignement, comprenne complètement le désir des plaisirs des sens.

(23.36)
Cependant, ô moines, si des religieux ou des brahmanes comprennent objectivement de cette façon la jouissance des plaisirs des sens comme jouissance, les désavantages de ceux-ci comme désavantages, l'évasion à leur égard comme évasion, il est alors possible qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète, le désir des plaisirs des sens et qu'ils soient capables d'instruire à cette fin une autre personne et que cette personne, en suivant leur enseignement, comprenne complètement le désir des plaisirs des sens.

(23.37)
Alors, quelle est, ô moines, la jouissance des formes matérielles ? Supposons, ô moines, une jeune fille d'une famille noble, ou d'une famille de brahmanes, ou d'une famille d'un chef de famille, qui est arrivée à l'âge de quinze, seize ans, et qui n'est ni trop grande ni trop petite, ni trop mince ni trop grosse, ni trop noire ni trop blanche. N'est-elle pas, ô moines, à ce moment-là, au sommet de sa beauté et de sa séduction? - Certainement oui, ô Bienheureux.

(23.38)
- Si un bonheur et un plaisir se produisent à cause de la beauté et de la séduction de cette jeune fille, ô moines, cela est la jouissance des formes matérielles.

(23.39)
Alors, quel est, ô moines, le désavantage dans les formes matérielles ? Supposons, ô moines, que l'on voie la même dame, longtemps après; elle a maintenant quatre-vingts, quatre-vingt-dix ou cent ans; elle est âgée, courbée comme (le bois) d'un chevron, inclinée sur un bâton, paralysée, devenue misérable; sa jeunesse est usée, ses dents brisées, ses cheveux rares; elle a la peau ridée, les jambes défraîchies et mal assurées. Qu'en pensez-vous, ô moines ? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux.- Cela, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.

(23.40)
En plus, ô moines, on verra la même dame maintenant malade, souffrante, puis gravement malade, qui est étendue sur ses propres excréments, qui doit être levée et couchée par les autres. Qu'en pensez-vous, ô moines ? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.

(23.41)
En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est jeté à l'écart dans un charnier. Un jour après la mort, deux jours après la mort, trois jours après la mort, le corps est gonflé, décoloré et en train de se décomposer. Qu'en pensez-vous, ô moines ? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.

(23.42)
En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est jeté à l'écart dans un charnier, dévoré par des corbeaux, par des vautours ou par des chiens sauvages, des chacals ou divers animaux. Qu'en pensez-vous, ô moines? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu ? - Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.

(23.43)
En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est jeté à l'écart dans un charnier; il est désormais devenu un squelette auquel des chairs sanguinolentes pendent çà et là par des tendons, puis un squelette sans chair mais avec l'odeur du sang collée aux tendons, puis simplement les os séparés et dispersés çà et là, à savoir ici un os d'une main, là un os d'un pied, ici un os d'une jambe, là une côte, ici un os de la hanche, là un os de la colonne vertébrale et ici le crâne. Qu'en pensez-vous, ô moines? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.

(23.44)
En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est jeté à l'écart dans un charnier. Désormais ses os sont blancs comme des coquillages, puis c'est un tas d'os d'un an, ensuite les os sont pourris et, enfin, réduits en poudre. Qu'en pensez-vous, ô moines? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.

(23.45)
Alors, quelle est, ô moines, l'évasion hors des formes matérielles ? L'évasion hors des formes matérielles, c'est la maîtrise du désir et de l'attachement, et la possibilité de se débarrasser des désirs et de l'attachement à l'égard des formes matérielles.

(23.46)
O moines, si des religieux ou des brahmanes ne comprennent pas objectivement, de cette façon, la jouissance des formes matérielles comme jouissance, les désavantages de celles-ci comme désavantages, l'évasion à leur égard comme évasion, il n'est alors pas possible qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète, les formes matérielles, ni qu'ils soient capables d'instruire à cette fin une autre personne, ni que cette personne, en suivant leur enseignement, comprenne complètement les formes matérielles.

(23.47)
Cependant, ô moines, si des religieux ou des brahmanes comprennent objectivement de cette façon la jouissance des formes matérielles comme jouissance, les désavantages de celles-ci comme désavantages, l'évasion à leur égard comme évasion, il est alors possible qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète, les formes matérielles et qu'ils soient capables d'instruire à cette fin une autre personne et que cette personne en suivant leur enseignement comprenne complètement les formes matérielles.

(23.48)
Alors, quelle est, ô moines, la jouissance des sensations? Supposons, ô moines, qu'un disciple, s'étant séparé des plaisirs des sens, s'étant séparé des mauvais objets de la pensée, entre dans le premier recueillement (pathamajjhana) pourvu de raisonnement et de réflexion, qui est joie et bonheur, nés de la séparation (des choses mauvaises), et y demeure.

(23.49)
A ce moment, ô moines, où le disciple, s'étant séparé des plaisirs des sens, s'étant séparé des mauvais objets de la pensée, entre et demeure dans le premier recueillement qui est pourvu de raisonnement et de réflexion et, puisqu'il ne pense pas à faire du mal à lui-même, ni à faire du mal aux autres, ni à faire du mal aux deux parties, à ce moment même, il éprouve une sensation qui n'est nuisible (à personne). Moi, ô moines, je dis que cette non-nuisance est la plus haute jouissance concernant les sensations.

(23.50)
Et ensuite, ô moines, ayant mis fin au raisonnement et à la réflexion, le disciple entre et demeure dans le deuxième recueillement (dutiyajjhana) qui est apaisement intérieur, unification de la pensée, qui est dépourvu de raisonnement et de réflexion, né de la concentration, et consiste en bonheur (...) Moi, ô moines, je dis que cette non-nuisance est la plus haute jouissance concernant les sensations.

(23.51)
Et ensuite, ô moines, se détournant du bonheur, le disciple vit dans l'indifférence, conscient et vigilant, il ressent dans son corps le bonheur en sorte que les êtres nobles l'appellent: "Celui qui, indifférent et attentif, demeure heureux ", il entre ainsi et demeure dans le troisième recueillement (tatiyajjhana) (...) Moi, ô moines, je dis que cette non-nuisance est la plus haute jouissance concernant les sensations.

(23.52)
Et ensuite, ô moines, s'étant débarrassé du bonheur et s'étant débarrassé de la peine, ayant supprimé la gaieté et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure dans le quatrième recueillement (catutthajjhana) où ne sont ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaite d'attention et d'indifférence.

(23.53)
A ce moment, ô moines, où le disciple, s'étant débarrassé du bonheur et s'étant débarrassé de la peine, ayant supprimé la gaieté et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure dans le quatrième recueillement où ne sont ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaite d'attention et d'indifférence, et puisqu'il ne pense pas à faire du mal à lui-même, ni à faire du mal aux autres, ni à faire du mal aux deux parties, à ce moment même, il éprouve une sensation qui n'est nuisible (à personne). Moi, ô moines, je dis que cette non-nuisance est la plus haute jouissance concernant les sensations.

(23.54)
Alors, quels sont, ô moines, les désavantages des sensations ? Les sensations, ô moines, sont impermanentes, elles sont dukkha par nature même, et elles sont sujettes aux changements. Ce sont, ô moines, les désavantages des sensations.

(23.55)
Quelle est alors, ô moines, l'évasion hors des sensations? L'évasion hors des sensations, c'est la maîtrise du désir et de l'attachement, et la possibilité de se débarrasser des désirs et de l'attachement à l'égard des sensations.

(23.56)
O moines, si des religieux ou des brahmanes ne comprennent pas objectivement, de cette façon, la jouissance des sensations comme jouissance, les désavantages des sensations comme désavantages, l'évasion à leur égard comme évasion, il n'est alors pas possible qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète, les sensations, ni qu'ils soient capables d'instruire à cette fin une autre personne, ni que cette personne, en suivant leur enseignement, comprenne complètement les sensations.

(23.57)
Cependant, ô moines, si des religieux ou des brahmanes comprennent objectivement, de cette façon, la jouissance des sensations comme jouissance, les désavantages de celles-ci comme désavantages, l'évasion à leur égard comme évasion, il est alors possible qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète, les sensations et qu'ils soient capables d'instruire à cette fin une autre personne et que cette personne, en suivant leur enseignement, comprenne complètement les sensations.

(23.58)
Ainsi parla le Bienheureux. Les moines, heureux, se réjouirent des paroles du Bienheureux.


24. Le coeur d'un grand arbre solide (MAHASAROPAMA-SUTTA)

(24.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait sur la colline appelée Gijjhakuta, près de la ville de Rajagaha. C'était le lendemain du départ de Devadatta.

(24.2)
A propos de Devadatta, le Bienheureux s'adressa aux moines et dit: Ici, ô moines, un certain fils de famille qui a quitté la vie familiale pour assumer la vie religieuse à cause de la confiance sereine, pense: "Je suis assailli par la naissance, par la vieillesse, par la mort, par le chagrin, par la tristesse, par la souffrance, par les lamentations et par le désespoir. Je verrai peut-être la cessation de toute cette multitude de dakkhô".

(24.3)
Après avoir assumé la vie religieuse dans cet espoir, il acquiert des avantages matériels, du respect et de la popularité. A cause de ces avantages matériels, de ce respect et de cette popularité, il se vante et médit des autres ainsi: "Parce que je suis renommé, c'est moi qui suis digne de dons. Quant aux autres moines, ils sont peu connus, peu estimés." A cause de ces avantages matériels, de ce respect, de cette popularité, il est satisfait. Son but est atteint. De cette façon, à cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il exulte et devient indolent, il tombe dans la négligence. Ainsi, il demeure dans le mal.

(24.4)
O moines, c'est tout comme un homme qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide et, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur, l'aubier, l'écorce et les jeunes pousses, coupe des rameaux et des feuillages, les ramasse et s'en va, en pensant que c'est là le coeur.

(24.5)
Un homme intelligent, qui a vu cet individu, dira: "En vérité, cet individu ne connaît pas le coeur. Il ne connaît pas l'aubier. Il ne connaît pas l'écorce. Il ne connaît pas les jeunes pousses. Cet individu qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur, l'aubier, l'écorce et les jeunes pousses, coupe des rameaux et des feuillages, les ramasse et s'en va, en pensant que c'est là le coeur. Ainsi, cet individu n'obtient pas les bienfaits que le coeur peut donner parce qu'il est le coeur."

(24.6)
De même, ô moines, un certain fils de famille, qui a quitté la vie familiale pour assumer la vie religieuse à cause de la confiance sereine, pense: "Je suis assailli par la naissance, par la vieillesse, par la mort, par le chagrin, par la tristesse, par la souffrance, par les lamentations et par le désespoir. Je verrai peut-être la cessation de toute cette multitude de souffrances."

(24.7)
Ayant assumé la vie religieuse dans cet espoir, il acquiert des avantages matériels, du respect et de la popularité. A cause de ces avantages matériels, de ce respect, de cette popularité, il est satisfait. Son but est atteint. A cause de ces avantages matériels, de ce respect et de cette popularité, il se vante et médit des autres ainsi: "Parce que je suis renommé, c'est moi qui suis digne de dons. Quant aux autres moines, ils sont peu connus, peu estimés." De cette façon, à cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il exulte et devient indolent, il tombe dans la négligence. Ainsi, il demeure dans le mal.

(24.8)
O moines, voilà un moine qui détient des rameaux et des feuillages de la Conduite pure. A cause de cela, il ne réussit pas à atteindre l'accomplissement total.

(24.9)
Cependant, ô moines, un certain fils de famille qui a quitté la vie familiale pour assumer la vie religieuse, à cause de la confiance sereine, pense (...)

(24.10)
Après avoir assumé la vie religieuse, il acquiert des avantages matériels, du respect, de la popularité. Cependant, il n'est pas satisfait. Son but n'est pas encore atteint. A cause de ces avantages matériels, de ce respect, de cette popularité, il ne se vante pas, ne médit pas des autres. A cause de ces avantages matériels, de ce respect et de cette popularité, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.11)
(Au contraire) comme il est diligent, il acquiert la discipline. A cause de son acquisition de la discipline, il est satisfait. Son but est atteint. A cause de son acquisition de la discipline, il se vante et il médit des autres, ainsi: "C'est moi qui détiens la discipline, qui suis agréable de caractère, mais les autres moines ont une mauvaise discipline. Ils sont de mauvais caractère." De cette façon, à cause de l'acquisition de la discipline, il exulte et devient indolent, et il tombe dans la négligence. Ainsi, étant indolent, il demeure dans le mal.

(24.12)
O moines, c'est tout comme un homme qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur, l'aubier et l'écorce, coupe les jeunes pousses, les ramasse et s'en va, en pensant que c'est là le coeur.

(24.13)
Un homme intelligent qui a vu cet individu, dira: "En vérité, cet individu ne connaît pas le coeur. Il ne connaît pas l'aubier. Il ne connaît pas l'écorce. Cet individu qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur, l'aubier, l'écorce, coupe des jeunes pousses, les ramasse et s'en va, en pensant que c'est le coeur. Ainsi, cet individu n'obtient pas les bienfaits que le coeur peut donner parce qu'il est le coeur." De même, ô moines, un certain fils de famille (...)


(24.14)
A cause de son acquisition de la discipline, il est satisfait. Son but est atteint. A cause de son acquisition de la discipline, il se vante et il médit des autres, ainsi: "C'est moi qui détiens la discipline, qui suis agréable de caractère, mais les autres moines ont une mauvaise discipline. Ils sont de mauvais caractère."

(24.15)
De cette façon, à cause de l'acquisition de la discipline, il exulte et devient indolent, et il tombe dans la négligence. Ainsi, étant indolent, il demeure dans le mal. O moines, voilà un moine qui détient des jeunes pousses de la Conduite pure. A cause de cela, il ne réussit pas à atteindre l'accomplissement total.

(24.16)
Cependant, ô moines, un certain fils de famille qui a quitté la vie familiale pour assumer la vie religieuse, à cause de la confiance sereine, pense (...)

(24.17)
Après avoir assumé la vie religieuse, il acquiert des avantages matériels, du respect, de la popularité, mais il n'est pas satisfait. Son but n'est pas encore atteint. A cause des avantages matériels, du respect, de la popularité, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.18)
Etant diligent, il acquiert la discipline. A cause de l'acquisition de la discipline, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la discipline, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la discipline, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.19)
Etant diligent, il acquiert la concentration mentale. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il est satisfait. Son but est atteint. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il se vante et il médit des autres ainsi: "C'est moi qui suis capable de concentrer la pensée. La pensée des autres moines erre." A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il exulte, devient indolent et tombe dans la négligence. Ainsi, étant indolent il demeure dans le mal.

(24.20)
O moines, c'est tout comme un homme qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur et l'aubier, coupe l'écorce, la ramasse et s'en va, en pensant que c'est là le coeur.

(24.21)
Un homme intelligent, qui a vu cet individu, dira: "En vérité, cet individu ne connaît pas le coeur. Il ne connaît pas l'aubier. Il ne connaît pas l'écorce. Il ne connaît pas les jeunes pousses, il ne connaît pas les rameaux et les feuillages. Cet individu qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur et l'aubier, coupe de l'écorce, la ramasse et s'en va, en pensant que c'est là le coeur. Ainsi, cet individu n'obtient pas les bienfaits que le coeur peut donner parce qu'il est le coeur."

(24.22)
De même, ô moines, un certain fils de famille (...)

(24.23)
A cause de l'acquisition de la discipline, il se vante et il médit des autres, ainsi: "C'est moi qui suis capable de concentrer la pensée. La pensée des autres moines erre." A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il exulte, devient indolent et tombe dans la négligence. Ainsi, étant indolent il demeure dans le mal.

(24.24)
O moines, voilà un moine qui détient l'écorce de la Conduite pure. A cause de cela, il ne réussit pas à atteindre l'accomplissement total.

(24.25)
Cependant, ô moines, un certain fils de famille qui a quitté la vie familiale pour assumer la vie religieuse, à cause de la confiance sereine, pense (...)

(24.26)
Après avoir assumé la vie religieuse, il acquiert des avantages matériels, du respect, de la popularité, mais il n'est pas satisfait. Son but n'est pas encore atteint. A cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence. Etant diligent, il acquiert la discipline.

(24.27)
Il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la discipline, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la discipline, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.28)
Etant diligent, il acquiert la concentration mentale. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence. Etant diligent, il acquiert la connaissance et l'intuition. A cause de l'acquisition de la connaissance et de l'intuition, il est satisfait. Son but est atteint.

(24.29)
A cause de l'acquisition de la connaissance et de la vision, il se vante et il médit des autres ainsi: "C'est moi qui demeure en sachant et en voyant, mais les autres moines demeurent sans savoir et sans voir." A cause de l'acquisition de la connaissance et de l'intuition, il exulte, devient indolent et il tombe dans la négligence. Ainsi, étant indolent, il demeure dans le mal.

(24.30)
O moines, c'est tout comme un homme qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur, coupe l'aubier, le ramasse et s'en va, en pensant que c'est le coeur.

(24.31)
Un homme intelligent, qui a vu cet individu, dira: "En vérité, cet individu ne connaît pas le coeur. Il ne connaît pas l'aubier. Il ne connaît pas l'écorce. Il ne connaît pas les jeunes pousses. Il ne connaît pas les rameaux et les feuillages. Cet individu qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, mais en négligeant le coeur, coupe l'aubier, le ramasse et s'en va, en pensant que c'est là le coeur. Ainsi, cet individu n'obtient pas les bienfaits que le coeur peut donner parce qu'il est le coeur."

(24.32)
De même, ô moines, un certain fils de famille (...)

(24.33)
A cause de l'acquisition de la connaissance et de l'intuition, il se vante et il médit des autres, ainsi: "C'est moi qui demeure en sachant et en voyant, mais les autres moines demeurent sans savoir et sans voir." A cause de l'acquisition de la connaissance et de la vision, il exulte, devient indolent et il tombe dans la négligence. Ainsi, étant indolent, il demeure dans le mal.

(24.34)
O moines, voilà un moine qui détient l'aubier de la Conduite pure. A cause de cela, il ne réussit pas à atteindre l'accomplissement total.

(24.35)
Cependant, ô moines, ici un certain fils de famille qui a quitté la vie familiale pour assumer la vie religieuse, à cause de la confiance sereine, pense: "Je suis assailli par la naissance, par la vieillesse, par la mort, par le chagrin, par la tristesse, par la souffrance, par les lamentations et par le désespoir. Je verrai peut-être la cessation complète de toute cette multitude de dukkha."

(24.36)
Après avoir assumé la vie religieuse dans cet espoir, il acquiert des avantages matériels, du respect et de la popularité. A cause de ces avantages matériels, du respect et de la popularité, il n'est pas satisfait. Son but n'est pas encore atteint. A cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il ne se vante pas, ne médit pas des autres. A cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.37)
Etant diligent, il acquiert la discipline. A cause de l'acquisition de la discipline, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la discipline, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la discipline, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.38)
Etant diligent, il acquiert la concentration mentale. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.39)
Etant diligent, il acquiert la vision réaliste par la sagesse. A cause de l'acquisition de la vision réaliste par la sagesse, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la vision réaliste par la sagesse, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la vision réaliste par la sagesse, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.40)
Etant diligent, il atteint " la libération qui a un temps limité". Il peut se produire, ô moines, que ce moine retombe de " la libération qui a un temps limité".

(24.41)
O moines, c'est tout comme un homme qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide; voyant un grand arbre, il coupe le coeur, le ramasse et s'en va, en sachant que c'est là le coeur.

(24.42)
Un homme intelligent, qui a vu cet individu, dira: "En vérité, cet individu connaît le coeur, il connaît l'aubier, il connaît l'écorce. Il connaît les jeunes pousses. Il connaît les rameaux et les feuillages. Cet individu qui va à la recherche du coeur d'un grand arbre solide, voyant un grand arbre, coupe le coeur, le ramasse et s'en va, en sachant que c'est là le coeur. Ainsi, cet individu obtiendra les bienfaits que le coeur peut donner parce qu'il est le coeur."

(24.43)
De même, ô moines, ici, un certain fils de famille qui a quitté la vie familiale pour assumer la vie religieuse, à cause de la confiance sereine, pense: "Je suis assailli par la naissance, par la vieillesse, par la mort, par le chagrin, par la tristesse, par la souffrance, par les lamentations et par le désespoir. Je verrai peut-être la cessation complète de toute cette multitude de dukkha " Après avoir assumé la vie religieuse dans cet espoir, il acquiert des avantages matériels, du respect et de la popularité. A cause de ces avantages matériels, du respect et de la popularité, il n'est pas satisfait. Son but n'est pas encore atteint.

(24.44)
A cause des avantages matériels, du respect et de la popularité, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause des avantages matériels, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.45)
Etant diligent, il acquiert la discipline. A cause de l'acquisition de la discipline, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la discipline, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la discipline, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.46)
Etant diligent, il acquiert la concentration mentale. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la concentration mentale, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.47)
Etant diligent, il acquiert la connaissance et l'intuition. A cause de l'acquisition de la vision réaliste par la sagesse, il est satisfait, mais son but n'est pas encore atteint. A cause de l'acquisition de la vision réaliste par la sagesse, il ne se vante pas et ne médit pas des autres. A cause de l'acquisition de la vision réaliste par la sagesse, il n'exulte pas, ne devient pas indolent et ne tombe pas dans la négligence.

(24.48)
Etant diligent, il atteint " la libération qui n'a pas un temps limité". Il est impossible ô moines, qu'un moine retombe de la libération qui n'a pas un temps limité.

(24.49)
Ainsi, ô moines, cette Conduite pure n'a pas pour but d'acquérir des avantages matériels, du respect, de la popularité; elle n'a pas pour but d'obtenir la discipline, ni la concentration mentale, ni la vision réaliste par la sagesse, mais la libération inébranlable de la pensée. C'est le coeur, c'est la fin totale.

(24.50)
Ainsi parla le Bienheureux. Ravis, les moines se réjouirent de ce qu'avait dit le Bienheureux.


25. La Vacuité (CULASUNNATA-SUTTA)

(25.1)
Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait à la résidence monastique fondée par Migara-Mata, dans le monastère de l'Est, près de la ville de Savatthi. Un après-midi, s'étant levé de sa méditation solitaire, l'Ayasmanta Ananda s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux et s'assit à l'écart sur un côté.

(25.2)
S'étant assis à l'écart sur un côté, l'Ayasmanta Ananda dit au Bienheureux: Une fois, ô Bienheureux, vous étiez dans le bourg des Sakyas appelé Nagaraka au pays des Sakyas. En ce temps-là, j'ai entendu, étant en face de lui, le Bienheureux qui disait: "Moi, ô Ananda, en demeurant dans la vacuité, maintenant j'y demeure davantage." Je pense, ô Bienheureux, que j'ai entendu ainsi correctement, que j'ai compris ainsi correctement.

(25.3)
Le Bienheureux dit: Certainement, ô Ananda, ce que vous avez entendu ainsi est correct; ce que vous avez compris ainsi est correct. Maintenant, tout comme avant, en demeurant dans la vacuité, j'y demeure davantage.

(25.4)
Tout comme cette résidence monastique fondée par Migara-Mata est vide d'éléphants, de vaches, de chevaux, de juments, est vide d'or et d'argent, est vide d'assemblées d'hommes et de femmes. Seulement elle est non vide du caractère unique fondé sur l'Ordre des moines.

(25.5)
De même, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant le village, sans se concentrer sur la perception concernant les êtres humains, se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la forêt. Sa pensée plonge dans la perception concernant la forêt. Sa pensée s'y plaît, sa pensée s'y établit, sa pensée s'y libère.

(25.6)
Alors, il sait: "Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant le village. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant les êtres humains. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la forêt."

(25.7)
Alors il sait: "Cette aperception est vide de la perception concernant le village. Cette aperception est vide de la perception concernant les êtres humains. Elle est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la forêt." De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ananda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.

(25.8)
Et encore, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant les êtres humains, sans se concentrer sur la perception concernant la forêt, se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la terre.

(25.9)
Tout comme, ô Ananda, une peau de boeuf, bien étendue par cent chevilles, dont la graisse a disparu, de même, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur les choses terrestres comme les hautes terres et les marécages, les rivières, les arbres portant des branches et des épines, etc., les montagnes et les vallées, etc., se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la terre. Sa pensée plonge dans la perception concernant la terre. Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.

(25.10)
Alors il sait: "Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant les êtres humains. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la forêt. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la terre."

(25.11)
Alors, il sait: "Cette aperception est vide de la perception concernant les êtres humains. Cette aperception est vide de la perception concernant la forêt. Elle est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la terre."

(25.12)
De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ananda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.

(25.13)
Et encore, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la forêt, sans se concentrer sur la perception concernant la terre, se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la " sphère de l'espace infini". Sa pensée plonge dans la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.

(25.14)
Alors il sait: Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la forêt. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la terre. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la sphère de l'espace infini."

(25.15)
Alors, il sait: Cette aperception est vide de la perception concernant la forêt. Cette aperception est vide de la perception concernant la terre. Cette aperception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère de l'espace infini".

(25.16)
De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ananda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.

(25.17)
Et encore, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la terre, sans se concentrer sur la perception concernant la " sphère de l'espace infini ", se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la " sphère de la conscience infinie". Sa pensée plonge dans la perception concernant la " sphère de la conscience infinie". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.

(25.18)
Alors il sait: Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la terre. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la "sphère de la conscience infinie".

(25.19)
Alors il sait: Cette aperception est vide de la perception concernant la terre. Cette aperception est vide de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Cette aperception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère de la conscience infinie".

(25.20)
De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ananda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.

(25.21)
Et encore, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la " sphère de l'espace infini ", sans se concentrer sur la perception concernant la "sphère de la conscience infinie", se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la " sphère du néant". Sa pensée plonge dans la perception concernant la " sphère du néant". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.

(25.22)
Alors il sait: Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la "sphère du néant".

(25.23)
Alors il sait: "Cette aperception est vide de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Cette aperception est vide de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Cette aperception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère du néant".

(25.24)
De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ananda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.

(25.25)
Et encore, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la " sphère de la conscience infinie", sans se concentrer sur la perception concernant la " sphère du néant", se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception". Sa pensée plonge dans la perception concernant la "sphère ni de la perception ni de la non-perception". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.

(25.26)
Alors il sait: Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère du néant". Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception ".

(25.27)
Alors il sait: "Cette aperception est vide de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Cette aperception est vide de la perception concernant la "sphère du néant". Cette aperception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception".

(25.28)
De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y en a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ananda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.

(25.29)
Et encore, ô Ananda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la "sphère du néant", sans se concentrer sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception ", se concentre sur le caractère unique fondé sur la "concentration mentale qui est sans indice". Sa pensée plonge dans la " concentration mentale qui est sans indice". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.

(25.30)
Alors il sait: "Cette concentration mentale qui est sans indice est un état conditionné. Elle est un état produit par la pensée. Si une chose est conditionnée, si elle est une production de la pensée, elle est sûrement impermanente; elle est sujette à la dissolution."

(25.31)
Quand il sait cela et quand il voit cela, la pensée se libère de la souillure du désir sensuel; la pensée se libère de la souillure du désir d'existence; la pensée se libère de la souillure de l'ignorance. Quand il est libéré vient la connaissance: "Voici la libération."

(25.32)
Alors il sait: "Toute naissance nouvelle est anéantie, la Conduite pure est vécue, ce qui devait être accompli est accompli, plus rien ne demeure à accomplir."

(25.33)
Il comprend: "Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la souillure du désir sensuel. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la souillure du désir de l'existence et du devenir. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la souillure de l'ignorance. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause des six sphères sensorielles conditionnées par cette vie, conditionnées par ce corps."

(25.34)
Alors il sait: Cette aperception est vide de la souillure dit "désir sensuel". Cette aperception est vide de la souillure dite "désir d'existence et du devenir". Cette aperception est vide de la souillure dite " ignorance". Ici, ce qui est non vide, ce sont les six sphères sensorielles conditionnées par cette vie, conditionnées par ce corps.

(25.35)
Ainsi, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." De cette façon, ô Ananda, pour ce disciple, c'est l'arrivée dans la vacuité suprême, incomparable, vraie, non fausse et pure.

(25.36)
S'il y a eu, ô Ananda, des religieux et des prêtres dans le passé le plus lointain qui sont entrés et ont demeuré dans la vacuité complètement pure, incomparable et suprême, tous ces religieux et prêtres entrèrent et demeurèrent précisément dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême.

(25.37)
S'il y a, ô Ananda, des religieux et des prêtres dans le futur le plus éloigné qui entreront et demeureront dans la vacuité complètement pure, incomparable et suprême, tous ces religieux et ces prêtres entreront et demeureront précisément dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême.

(25.38)
S'il y a, ô Ananda, des religieux et des prêtres dans le présent qui entrent et demeurent dans la vacuité complètement pure, incomparable et suprême, tous ces religieux et ces prêtres entrent et demeurent précisément dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême.

(25.39)
C'est pourquoi, ô Ananda, vous devez vous entraîner en disant: "Entrant dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême, j'y demeure."

(25.40)
Ainsi parla le Bienheureux. L'Ayasmanta Ananda, heureux, se réjouit des paroles du Bienheureux.