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Religion bahá'íe

Joyaux des mystères divins

Joyaux des mystères divins (Bahá'u'lláh)
Auteur: Bahå'u'llåh (révélation 1863)
Edition : MEB 2005 - ISBN 2-87203-71-9


Table des matiĂšres

Préface
Joyaux des mystĂšres divins

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Préface

L’exil de Bahá’u’llĂĄh en Irak dura dix ans et il commença dans des conditions extrĂȘmement dures lorsque la foi du BĂĄb Ă©tait au plus bas. NĂ©anmoins, cette pĂ©riode connut la cristallisation graduelle de ces forces spirituelles puissantes qui culmineraient en 1863 dans la dĂ©claration de la mission universelle de Bahá’u’llĂĄh. Dans le courant de ces annĂ©es, se rĂ©pandirent depuis la ville de Bagdad, selon les dires de Shoghi Effendi, « vagues aprĂšs vagues, une puissance, un rayonnement et une gloire qui ranimĂšrent insensiblement une foi languissante et sĂ©vĂšrement frappĂ©e, une foi qui sombrait dans l’obscuritĂ© et que l’oubli menaçait. D’elle s’exhalĂšrent jour et nuit, et avec une force toujours croissante, les premiĂšres Ă©manations d’une rĂ©vĂ©lation qui, par son Ă©tendue et sa richesse, par sa force dynamique, par la variĂ©tĂ© et par l’abondance de sa littĂ©rature, Ă©tait destinĂ©e Ă  surpasser celle du BĂĄb lui-mĂȘme ». [nota : Shoghi Effendi, Dieu passe prĂšs de nous, Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1976, p. 104 ]

Parmi les premiĂšres Ă©manations de la Plume de gloire, nous trouvons une longue Ă©pĂźtre en arabe, connue sous le nom de JavĂĄhiru’l-AsrĂĄr, ce qui signifie littĂ©ralement « Joyaux » ou « Essences » des mystĂšres. Plusieurs des thĂšmes qu’elle propose sont aussi traitĂ©s en persan - bien que dans des modalitĂ©s diffĂ©rentes - dans Les sept vallĂ©es et Le livre de la certitude, ces deux oeuvres immortelles que Shoghi Effendi a appelĂ©es respectivement la composition mystique la plus importante de Bahá’u’llĂĄh et son ouvrage doctrinal le plus Ă©minent. Sans le moindre doute, Joyaux des mystĂšres divins fait partie de ces tablettes rĂ©vĂ©lĂ©es en langue arable dont il est fait rĂ©fĂ©rence dans Le livre de la certitude. [nota: Bahá’u’llĂĄh, Le livre de la certitude, Presses universitaires de France, 1965, p. 13]

Un des thĂšmes centraux de cette Ă©pĂźtre est, comme Bahá’u’llĂĄh l’indique, celui de la « transformation », dans le sens du retour du Promis sous une forme humaine diffĂ©rente. En fait, dans une note prĂ©liminaire figurant en tĂȘte des premiĂšres lignes du manuscrit original, Bahá’u’llĂĄh dĂ©clare : Ce traitĂ© a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© en rĂ©ponse Ă  un chercheur qui demandait comment le MihdĂ­ promis pouvait se transformer en ‘AlĂ­ Muhammad [nota: le BĂĄb]. L’occasion fournie par cette demande fut saisie pour dĂ©velopper un certain nombre de sujets utiles tant Ă  ceux qui cherchent qu’à ceux qui ont trouvĂ©, si vous pouvez le voir avec les yeux de la vertu divine.

Le chercheur dont il est question dans ce passage est Siyyid-i-YĂșsuf-i-SihdihĂ­ IsfahĂĄnĂ­ qui rĂ©sidait Ă  KarbilĂĄ Ă  cette Ă©poque. Ses questions furent prĂ©sentĂ©es par un intermĂ©diaire Ă  Bahá’u’llĂĄh qui, en rĂ©ponse, rĂ©vĂ©la cette Ă©pĂźtre le jour mĂȘme.

Cet ouvrage traite Ă©galement un nombre de thĂšmes importants : la cause du rejet des prophĂštes dans le passĂ©, le danger d’une lecture littĂ©rale des Écritures, la signification dans la Bible des signes annonciateurs de la venue d’une nouvelle Manifestation, la continuitĂ© de la rĂ©vĂ©lation divine, l’évocation de la dĂ©claration prochaine de Bahá’u’llĂĄh, la signification de termes symboliques comme « le Jour du jugement », « la rĂ©surrection », « l’accĂšs Ă  la PrĂ©sence divine » et « la vie et la mort », ainsi que les Ă©tapes d’une quĂȘte spirituelle Ă  travers « le jardin de la recherche », « la citĂ© de l’amour et du ravissement », « la citĂ© de l’unitĂ© divine », « le jardin de l’émerveillement », « la citĂ© du nĂ©ant absolu », « la citĂ© de l’immortalitĂ© » et « la citĂ© qui n’a ni nom ni description ».

La publication de Joyaux des mystĂšres divins est l’un des projets entrepris pour rĂ©aliser l’objectif du plan de cinq ans annoncĂ© en avril 2001 : enrichir les traductions en anglais des Écrits sacrĂ©s [nota : et par consĂ©quent en français]. Cet Ă©crit permettra au lecteur occidental, d’avoir une apprĂ©ciation plus pertinente d’une pĂ©riode pleine de promesses dĂ©crite par Shoghi Effendi comme « les annĂ©es printaniĂšres du ministĂšre de Bahá’u’llĂĄh » ; il aidera les Ă©tudiants de sa rĂ©vĂ©lation Ă  acquĂ©rir une vue plus appropriĂ©e du dĂ©roulement progressif de celle-ci.


Joyaux des mystĂšres divins

L’essence des mystĂšres divins dans les Ă©tapes du voyage de ceux qui veulent s’approcher de Dieu, le tout-puissant, le magnanime. BĂ©nis les justes qui Ă©tanchent leur soif Ă  ces eaux cristallines.

IL EST LE SUPREME, LE TRÈS-HAUT !

(1)
Ô toi qui foules le chemin de la justice et contemples le visage de la misĂ©ricorde, nous avons reçu ton Ă©pĂźtre, notĂ© ta question et entendu les doux accents de ton Ăąme Ă©manant des chambres les plus secrĂštes de ton coeur. Et les nuages de la volontĂ© divine ont dĂ©versĂ© sur toi les pluies de la sagesse cĂ©leste, pour te purifier de toutes tes connaissances passĂ©es, pour te mener depuis les royaumes de la contradiction aux retraites de l’unitĂ© et te conduire aux flots sacrĂ©s de sa loi. Puisses-tu t’y abreuver, t’y reposer, Ă©tancher ta soif, rafraĂźchir ton esprit et ĂȘtre de ceux que la lumiĂšre de Dieu a guidĂ©s en ce jour.

(2)
Je suis entourĂ© Ă  prĂ©sent par les chiens de la terre et les bĂȘtes de chaque contrĂ©e, je reste cachĂ© dans la demeure intĂ©rieure de mon ĂȘtre et il m’est interdit de divulguer ce que Dieu m’a accordĂ© des merveilles de sa connaissance, des joyaux de sa sagesse et des tĂ©moignages de son pouvoir. Et cependant, je rĂ©pugne Ă  dĂ©cevoir les espoirs de celui qui s’est approchĂ© du sanctuaire de grandeur, qui a cherchĂ© Ă  pĂ©nĂ©trer dans l’enceinte d’éternitĂ© et, Ă  l’aube du dĂ©cret divin, souhaite s’élever dans l’immensitĂ© de la crĂ©ation. Aussi vais-je te relater certaines vĂ©ritĂ©s parmi celles que Dieu m’a octroyĂ©es, uniquement dans une mesure supportable par les esprits et les intelligences, de peur que le mĂ©chant ne pousse un cri ou que l’hypocrite ne dĂ©ploie ses Ă©tendards. Je supplie la bienveillance de Dieu de m’aider Ă  accomplir cette tĂąche, car pour ceux qui le supplient il est le Dieu de toute bontĂ© et parmi ceux qui sont misĂ©ricordieux, il est le TrĂšs-MisĂ©ricordieux.

(3)
Sache qu’il appartient Ă  ton Eminence de mĂ©diter ces questions en ton coeur dĂšs le dĂ©but : qu’est-ce qui a incitĂ© les divers peuples et phratries de la terre Ă  rejeter les apĂŽtres que Dieu, dans sa puissance et son pouvoir, leur a envoyĂ©s, apĂŽtres qu’il a suscitĂ©s pour exalter sa cause, dĂ©crĂ©tant qu’ils sont les lampes de l’éternitĂ© dans la demeure de son unitĂ© ? Pour quelles raisons les hommes se sont-ils dĂ©tournĂ©s d’eux et les ont-ils contestĂ©s, pourquoi se sont-ils soulevĂ©s contre eux et les ont-ils combattus ? Pour quels motifs ont-ils refusĂ© de reconnaĂźtre leur condition d’apĂŽtre et leur autoritĂ©, allant jusqu’à nier leur vĂ©ritĂ© et insulter leur personne, voire jusqu’à les bannir ou les mettre Ă  mort ?

(4)
Ô toi qui as posĂ© le pied dans le dĂ©sert de la connaissance et pris rĂ©sidence dans l’arche de la sagesse ! tant que tu n’auras pas saisi les mystĂšres cachĂ©s dans ce que nous te relatons, tu ne pourras espĂ©rer parvenir Ă  l’état de foi et de certitude en la cause de Dieu et en ceux qui sont les Manifestations de sa cause, les Aurores de son commandement, les TrĂ©sors de sa rĂ©vĂ©lation et les DĂ©positaires de sa connaissance. Si tu Ă©choues en cela, tu seras comptĂ© parmi ceux qui n’ont pas luttĂ© pour la cause de Dieu, qui n’ont pas senti le parfum de la foi sur le vĂȘtement de la certitude, ni atteint les sommets de l’unitĂ© divine, pas plus qu’ils n’ont reconnu le rang de l’unicitĂ© divine chez les Personnifications de la louange et les Essences de saintetĂ©.

(5)
Ô mon frĂšre, efforce-toi de saisir cette question afin que se retirent les voiles qui recouvrent ton coeur et d’ĂȘtre comptĂ© au nombre de ceux que Dieu a dotĂ©s d’une vision si pĂ©nĂ©trante qu’ils discernent les rĂ©alitĂ©s les plus subtiles de son empire, sondent les mystĂšres de son royaume, perçoivent dans ce monde Ă©phĂ©mĂšre les signes de son essence transcendante et atteignent cet Ă©tat oĂč il n’est fait aucune diffĂ©rence entre ses crĂ©atures, oĂč l’on ne trouve aucune imperfection dans la crĂ©ation des cieux et de la terre. [voir: Coran 67:3]

(6)
Maintenant que le discours aborde ce thĂšme exaltĂ© et insondable, effleure ce mystĂšre sublime et impĂ©nĂ©trable, sache que les chrĂ©tiens et les juifs n’ont pas saisi le sens des paroles de Dieu ni les promesses qu’il leur a faites dans son Livre ; ils ont en consĂ©quence reniĂ© sa cause, ils se sont dĂ©tournĂ©s de ses prophĂštes et ils ont rejetĂ© ses preuves. S’ils avaient fixĂ© leur regard sur le tĂ©moignage de Dieu, s’ils avaient refusĂ© de suivre les mauvais et les insensĂ©s parmi leurs dirigeants et leurs religieux, ils seraient assurĂ©ment parvenus Ă  la source de la providence et au puits de la vertu, ils auraient Ă©tanchĂ© leur soif aux eaux cristallines de la vie Ă©ternelle dans la citĂ© du TrĂšs-MisĂ©ricordieux, dans les jardins du TrĂšs-Glorieux et dans la rĂ©alitĂ© intĂ©rieure de son paradis. Mais ils ont refusĂ© de voir avec les yeux dont Dieu les a dotĂ©s et ont souhaitĂ© tout autre chose que ce que leur avait rĂ©servĂ© sa misĂ©ricorde, ils ont errĂ© loin des retraites de la prĂ©sence, ont Ă©tĂ© privĂ©s des eaux vivifiantes de la rĂ©union et de la source de sa grĂące, et se sont couchĂ©s tels des morts dans le linceul de leur ego.

(7)
Par le pouvoir de Dieu et sa puissance, je vais maintenant dĂ©voiler certains passages rĂ©vĂ©lĂ©s dans les Livres du passĂ© et mentionner certains des signes annonciateurs de l’apparition des Manifestations de Dieu dans les saintes personnes de ses Ă©lus, afin que tu reconnaisses l’Aurore de cet Ă©ternel matin et contemples ce feu qui flambe dans l’Arbre qui n’est ni de l’Orient, ni de l’Occident [voir: Coran, 24 : 35]. Souhaitons que tes yeux s’ouvrent lorsque tu atteindras la prĂ©sence de ton Seigneur et que ton coeur prenne part aux bĂ©nĂ©dictions cachĂ©es dans ces trĂ©sors enfouis. Aussi loue Dieu qui t’a choisi pour cette faveur et qui t’a comptĂ© parmi ceux qui sont assurĂ©s de rencontrer leur Seigneur.

(8)
Voici le texte de ce qui fut rĂ©vĂ©lĂ© autrefois dans le premier Évangile, selon Matthieu, concernant les signes annonciateurs de l’avĂšnement de celui qui viendra aprĂšs lui. Il dit : « Malheureuses celles qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-lĂ  ! » [voir: Matthieu, 24 : 19] jusqu’à ce que la Colombe mystique roucoulant au coeur mĂȘme de l’éternitĂ©, l’Oiseau cĂ©leste chantant sur l’arbre divin dise : « AussitĂŽt aprĂšs la dĂ©tresse de ces jours-lĂ , le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus, les Ă©toiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront Ă©branlĂ©es. Alors apparaĂźtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme ; alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine ; et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuĂ©es du ciel dans la plĂ©nitude de la puissance et de la gloire. Et il enverra ses anges avec la grande trompette ». [voir: Mathieu, 24 : 29-31]

(9)
Dans le deuxiĂšme Évangile, selon Marc, la Colombe de saintetĂ© parle en ces termes : « Car ces jours-lĂ  seront des jours de dĂ©tresse comme il n'y en a pas eu de pareils depuis le commencement du monde que Dieu a crĂ©Ă© jusqu'Ă  maintenant, et comme il n'y en aura plus. » [voir: Marc, 13 : 19] Et elle chante les mĂȘmes mĂ©lodies qu’auparavant, sans y rien changer. Et vraiment, Dieu est tĂ©moin de la vĂ©ritĂ© de mes paroles.

(10)
Le troisiĂšme Évangile, selon Luc, rapporte : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les Ă©toiles, et sur la terre, les nations seront dans l'angoisse, Ă©pouvantĂ©es par le fracas de la mer et son agitation, tandis que les hommes dĂ©failliront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde ; car les puissances des cieux seront Ă©branlĂ©es. Alors, ils verront le Fils de l'homme venir entourĂ© d'une nuĂ©e dans la plĂ©nitude de la puissance et de la gloire. Quand ces Ă©vĂ©nements commenceront Ă  se produire, redressez-vous et relevez la tĂȘte, car votre dĂ©livrance est proche. » [voir: Luc, 21 : 25-28]

(11)
Et dans le quatriĂšme Évangile, selon Jean, il est Ă©crit : « Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprĂšs du PĂšre, l’Esprit de vĂ©ritĂ© qui procĂšde du PĂšre, il rendra lui-mĂȘme tĂ©moignage de moi ; et Ă  votre tour, vous me rendrez tĂ©moignage » [voir: Jean, 25 : 26-27] Et il dit ailleurs : « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le PĂšre enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. » [voir: Jean, 14 : 26] Et : « Mais maintenant je vais Ă  celui qui m'a envoyĂ©, et aucun d'entre vous ne me pose la question : OĂč vas-tu ? Mais parce que je vous ai dit cela ... » [voir: Jean, 16 : 5-6] Et Ă  nouveau : « Cependant je vous ai dit la vĂ©ritĂ© : c'est votre avantage que je m'en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas Ă  vous ; si, au contraire, je pars, je vous l'enverrai. » [voir: Jean, 16 : 7] Et : « lorsque viendra l’Esprit de vĂ©ritĂ©, il vous fera accĂ©der Ă  la vĂ©ritĂ© tout entiĂšre. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu'il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. » [voir: Jean, 16 : 13]

(12)
C’est ce que dit le texte des versets rĂ©vĂ©lĂ©s dans le passĂ©. Par celui qui est le Dieu unique, j’ai choisi d’ĂȘtre bref, car si je devais redire chacune des paroles qui ont Ă©tĂ© envoyĂ©es aux prophĂštes de Dieu depuis son royaume de gloire cĂ©leste et de puissance souveraine, toutes les pages, toutes les tablettes du monde ne suffiraient pas Ă  Ă©puiser mon sujet. Dans tous les livres et les Ă©critures du passĂ© sont inscrites d’autres rĂ©fĂ©rences semblables Ă  celles qui sont mentionnĂ©es, voire mĂȘme plus sublimes et plus exaltĂ©es. Si rapporter l’ensemble de ce qui a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par le passĂ© Ă©tait mon souhait, il serait bien certainement en mon pouvoir de le faire, en vertu de ce que Dieu m’a accordĂ© des prodiges de sa connaissance et de sa puissance. Cependant, je me suis contentĂ© de ce qui est mentionnĂ© de peur que tu ne te lasses dans ton cheminement ou sois enclin Ă  faire demi-tour, ou de crainte de te voir envahi par la tristesse et le chagrin et submergĂ© par le dĂ©couragement, l’affliction et la fatigue.

(13)
Sois Ă©quitable en ton jugement et mĂ©dite ces saintes paroles. Informe-toi ensuite de ce que disent, Ă  ce propos, ceux qui prĂ©tendent Ă  la connaissance sans preuve venant de Dieu et qui ne tiennent pas compte de ces jours oĂč l’Astre de la connaissance et de la sagesse point Ă  l’horizon de la divinitĂ©, remet Ă  chacun son dĂ» et assigne Ă  chacun son rang et sa mesure. En vĂ©ritĂ©, leur explication Ă©gare l’esprit des hommes, et mĂȘme les Ăąmes les plus saintes sont impuissantes Ă  dĂ©couvrir ce que ces paroles dissimulent de la sagesse incomparable et du savoir cachĂ© de Dieu.

(14)
S’ils disent : « Ces paroles sont vĂ©ritablement de Dieu, et n’ont pas d’autre sens que leur signification apparente », quelle objection peuvent-ils alors Ă©lever contre les incroyants parmi le peuple du Livre ? Car lorsque ces derniers ont vu dans leurs Ă©critures les passages mentionnĂ©s prĂ©cĂ©demment et ont entendu les interprĂ©tations littĂ©rales de leurs prĂȘtres, ils ont refusĂ© de reconnaĂźtre Dieu dans ceux qui sont les Manifestations de son unitĂ©, les InterprĂštes de son unicitĂ© et les Incarnations de sa saintetĂ©, et ont Ă©chouĂ© Ă  croire en eux et Ă  se soumettre Ă  leur autoritĂ©. Ils n’ont pas vu le soleil s’assombrir, ni les Ă©toiles du ciel tomber sur le sol, ni les anges descendre sur la terre, aussi se sont-ils opposĂ©s aux prophĂštes et aux messagers de Dieu. Dans la mesure oĂč ils les ont trouvĂ©s en dĂ©saccord avec leur propre religion ou credo, ils les ont accablĂ©s d’accusations d’imposture, de folie, de sĂ©dition et de croyance erronĂ©e, telles que j’ai honte de les rapporter. Consulte le Coran, et puisses-tu y trouver mention de tout cela et ĂȘtre de ceux qui en comprennent la signification. En ce jour encore, ces peuples attendent l’apparition de ce qu’ils ont appris et assimilĂ© auprĂšs de leurs docteurs et de leurs thĂ©ologiens. Aussi disent-ils : « Quand ces signes seront-ils manifestĂ©s, que nous puissions croire ? » Mais si cela se produisait, comment pourriez-vous rĂ©futer leurs arguments, invalider leurs preuves, et les interpeller au sujet de leurs croyances, leur comprĂ©hension de leurs Livres et les dires de leurs chefs ?

(15)
Et s’ils rĂ©pondaient : « Les Livres qui sont entre les mains de ce peuple, qu’ils nomment Évangiles et qu’ils attribuent Ă  JĂ©sus, fils de Marie, n’ont pas Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s par Dieu et ne viennent pas des Manifestations de son soi, alors ceci impliquerait que soit tari le flot de grĂące de celui qui est la Source de toute grĂące. S’il en Ă©tait ainsi, la preuve de Dieu Ă  ses serviteurs resterait incomplĂšte et sa bontĂ© se rĂ©vĂšlerait imparfaite. Sa misĂ©ricorde ne resplendirait pas, et l’ombre de sa grĂące ne s’étendrait pas sur tous. Car, si lors de l’ascension de JĂ©sus son Livre Ă©tait Ă©galement montĂ© au ciel, comment Dieu pourrait-il rĂ©primander et chĂątier les hommes au Jour de la rĂ©surrection, ainsi qu’il est Ă©crit par les imams de la religion et affirmĂ© par ses thĂ©ologiens illustres.

(16)
MĂ©dite en ton coeur : les faits Ă©tant tels que tu en tĂ©moignes et tels que nous en tĂ©moignons aussi, oĂč peux-tu t’enfuir et auprĂšs de qui trouver refuge ? Vers qui tourner ton regard ? En quel lieu demeurer et devant quel trĂŽne te prosterner ? Quel chemin suivre et quand trouver le repos ? Qu’adviendra-t-il de toi Ă  la fin ? OĂč renforcer la corde de ta foi et attacher le cordon de ton obĂ©issance ? Par celui qui se manifeste dans son unicitĂ© et dont l’ĂȘtre mĂȘme porte tĂ©moignage de son unitĂ© ! si le tison brĂ»lant de l’amour de Dieu s’allumait en ton coeur, tu ne chercherais ni repos ni tranquillitĂ©, ni rire ni sommeil, mais tu te hĂąterais d’escalader les plus hauts sommets dans les royaumes de la proximitĂ©, de la saintetĂ© et de la beautĂ© divines. Tu te lamenterais telle une Ăąme endeuillĂ©e et verserais des larmes tel un coeur qui soupire. Tu ne prendrais aucun repos en ta demeure, Ă  moins que Dieu ne te dĂ©voile sa cause.

(17)
Ô Éminence, toi qui t’élances vers le royaume de la voie et t’élĂšves vers l’empire de la vertu ! DĂ©sirerais-tu comprendre ces allusions cĂ©lestes, ĂȘtre tĂ©moin des mystĂšres de la connaissance divine et connaĂźtre sa parole qui contient tout, il te faudrait alors t’enquĂ©rir de cela, et d’autres sujets relatifs Ă  ton origine et Ă  ton but ultime, auprĂšs de ceux que Dieu a crĂ©Ă©s pour ĂȘtre les sources de son savoir, le ciel de sa sagesse et l’arche de ses mystĂšres. Car, si n’existaient point ces LumiĂšres effulgentes qui brillent Ă  l’horizon de son essence, les hommes ne reconnaĂźtraient pas leur gauche de leur droite, et pourraient d’autant moins s’élever jusqu’aux sommets des rĂ©alitĂ©s essentielles ou sonder les profondeurs de leurs subtilitĂ©s ! Aussi, nous implorons Dieu de nous immerger dans ces ocĂ©ans houleux, de nous honorer de la prĂ©sence de ces brises vivifiantes et de nous permettre de demeurer dans ces lieux cĂ©lestes et nobles. Si d’aventure nous pouvons nous dĂ©pouiller de tout ce qui nous vient les uns des autres et retirer ces vĂȘtements d’emprunt, volĂ©s Ă  nos semblables, il pourra alors nous parer Ă  leur place du vĂȘtement de sa grĂące, de l’habit de sa direction, et nous admettre dans la citĂ© de la connaissance.

(18)
Quiconque pĂ©nĂštre en cette citĂ© comprend toute science avant mĂȘme de plonger dans ses mystĂšres et recueille des feuilles de ses arbres un savoir et une sagesse englobant les mystĂšres de souverainetĂ© divine enchĂąssĂ©s dans les trĂ©sors de la crĂ©ation. Gloire Ă  Dieu, son crĂ©ateur et son façonneur, au-delĂ  de tout ce qu’il y a produit et prescrit. Par Dieu, le Protecteur souverain, l’Absolu, le Tout-Puissant, si je dĂ©voilais devant tes yeux les portes de cette citĂ©, oeuvrĂ©es par la main droite du pouvoir et de la puissance, tu apercevrais ce que jamais personne avant toi n’a aperçu et tu serais tĂ©moin de ce dont jamais aucune autre Ăąme n’as Ă©tĂ© tĂ©moin. Tu comprendrais les signes les plus obscurs et les allusions les plus abstruses, et tu apprĂ©henderais les mystĂšres du commencement dans le point final. Tous les sujets te seraient rendus faciles, pour toi le feu deviendrait lumiĂšre, connaissance et bĂ©nĂ©dictions, et tu te trouverais Ă  l’abri dans la cour de saintetĂ©.

(19)
Cependant, privĂ© de l’essence des mystĂšres de sa sagesse que nous t’avons transmise sous le voile de ces paroles bĂ©nies et Ă©mouvantes, tu ne pourrais accĂ©der Ă  la moindre goutte des ocĂ©ans de la connaissance divine ou des ruisseaux cristallins de la puissance cĂ©leste, et par la plume de l’unicitĂ©, le doigt de Dieu inscrirait ton nom parmi ceux des ignorants dans le Livre-MĂšre. Tu ne pourrais non plus saisir un seul mot du Livre, ni une simple parole des gens de la maison de Dieu [nota: les imams de l’islam chiite] touchant aux mystĂšres du commencement et de la fin.

(20)
Ô toi que nous n’avons jamais rencontrĂ©, et que nous chĂ©rissons pourtant intimement dans notre coeur ! Sois Ă©quitable en ton jugement et prĂ©sente-toi devant celui qui te voit et qui te connaĂźt, mĂȘme si tu ne le vois ni ne le connais. Se trouve-t-il une Ăąme pour expliquer ces paroles avec des arguments assez convaincants, des preuves assez claires et des allusions assez irrĂ©futables pour apaiser le coeur du chercheur et soulager l’ñme de celui qui Ă©coute ? Non, par celui qui tient mon Ăąme en sa main ! Il n’est donnĂ© Ă  personne d’en boire ne serait-ce qu’une goutte de rosĂ©e, Ă  moins d’ĂȘtre entrĂ© dans cette citĂ©, une citĂ© dont les fondations reposent sur des montagnes de rubis d’un rouge Ă©clatant, les murs sont taillĂ©s dans la chrysolithe de l’unitĂ© divine, les portes sont faites des diamants de l’immortalitĂ©, et dont la terre diffuse le parfum de la bontĂ© cĂ©leste.

(21)
Nous t’avons rĂ©vĂ©lĂ©, sous le couvert de voiles innombrables, certains mystĂšres cachĂ©s, et maintenant nous revenons Ă  notre explication des Livres du passĂ©, afin que ton pied ne dĂ©rape point et que tu reçoives avec une entiĂšre certitude la part que nous t’avons destinĂ©e des ocĂ©ans de vie dans le royaume des noms et attributs de Dieu.

(22)
Il est rapportĂ© dans tous les Évangiles que celui qui est l’Esprit [nota: JĂ©sus] dit Ă  ses disciples ces paroles de pure lumiĂšre : « Sachez le, le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ». [voir: Matthieu 24 :35 ; Marc 13 :31 ; Luc 21 :33] C’est clair et Ă©vident pour toi, Éminence, ces mots veulent dire que les Évangiles resteront entre les mains des hommes jusqu’à la fin du monde, que leurs lois ne seront pas abrogĂ©es, que leur preuve ne sera pas abolie et que tout ce qui a Ă©tĂ© enjoint, prescrit ou ordonnĂ© dans leurs lignes restera Ă  jamais.

(23)
Ô mon frĂšre ! Purifie ton coeur, illumine ton Ăąme et aiguise ta vue afin de percevoir les doux accents des oiseaux du paradis et les mĂ©lodies des colombes de saintetĂ© qui roucoulent dans le royaume d’éternitĂ©, et peut-ĂȘtre comprendre le sens profond de ces paroles et leurs mystĂšres cachĂ©s. Autrement, si tu interprĂštes littĂ©ralement ces mots, tu ne peux jamais dĂ©montrer la vĂ©ritĂ© de la cause de celui qui est venu aprĂšs JĂ©sus, ni faire taire les opposants, ni l’emporter sur la contestation des incrĂ©dules. Car les prĂȘtres chrĂ©tiens utilisent ce verset pour prouver que les Évangiles ne seront jamais abrogĂ©s ; si tous les signes rapportĂ©s dans leurs livres Ă©taient accomplis et que le Promis apparaissait, il n’aurait d’autre recours que de diriger les hommes selon les ordonnances des Évangiles. Cette question est (absolument) claire et Ă©vidente Ă  leurs yeux, aussi prĂ©tendent-ils qu’ils ne le reconnaĂźtraient ni ne le suivraient s’il dĂ©crĂ©tait quoi que ce soit qui diffĂšre de ce que dĂ©crĂ©ta JĂ©sus, mĂȘme s’il devait manifester tous les signes indiquĂ©s dans les Livres.

(24)
En vĂ©ritĂ©, tu ne peux pas suivre l’opinion des savants et des insensĂ©s parmi celles des hommes qui avancent aujourd’hui la mĂȘme objection lorsqu’ils disent : « Le soleil ne s’est pas levĂ© Ă  l’Occident, et la voix du crieur ne s’est pas fait entendre entre ciel et terre. L’eau n’a pas submergĂ© certaines terres, le Dajjal [nota: l’AntĂ©christ, dont on croyait qu’il apparaĂźtrait Ă  la venue du Promis, pour le combattre et se voir finalement vaincu par lui] n’est pas apparu, Sufyani [nota : un autre personnage dont on croyait qu’il lĂšverait l’étendard de la rĂ©bellion entre La Mecque et Damas, lors de la venue du Promis] ne s’est pas levĂ©, et le temple n’a pas Ă©tĂ© vu dans le soleil ». De mes propres oreilles, j’ai entendu un de leurs thĂ©ologiens proclamer : « S’il arrivait que tous ces signes se manifestent, que le Promis longtemps attendu apparaisse, et qu’en rapport avec nos lois, mĂȘme secondaires, il dĂ©crĂšte quoi que ce soit qui s’écarte des rĂ©vĂ©lations du Coran, nous l’accuserions assurĂ©ment d’imposture, le mettrions Ă  mort, et nous refuserions Ă  jamais de le reconnaĂźtre », et d’autres affirmations semblables profĂ©rĂ©es par les nĂ©gateurs. Et tout cela, alors que dĂ©jĂ  le jour de la rĂ©surrection est arrivĂ©, la trompette a sonnĂ©, tous les hĂŽtes de la terre et des cieux sont rassemblĂ©s, la balance est dĂ©signĂ©e, le pont posĂ©, les versets dispensĂ©s, et que le Soleil resplendit, les Ă©toiles sont effacĂ©es, les Ăąmes sont ressuscitĂ©es, l’Esprit diffuse son souffle, les anges se dĂ©ploient en rangs, et que le paradis s’est rapprochĂ© et l’enfer enflammĂ© ! Toutes ces choses sont bien arrivĂ©es, et pourtant personne parmi ces peuples ne les a reconnues jusqu’à maintenant. Tous gisent comme morts dans leur linceul, exceptĂ©s ceux qui ont cru et sont retournĂ©s Ă  Dieu, et qui, en ce jour, se rĂ©jouissent dans son paradis cĂ©leste et foulent le chemin de son bon plaisir.

(25)
La plupart d’entre eux, aveuglĂ©s dans leur repli sur eux-mĂȘmes, ne parviennent pas Ă  percevoir les doux accents de saintetĂ©, respirer le parfum de misĂ©ricorde, chercher la voie auprĂšs des gardiens des Écritures, ainsi que Dieu l’enjoint. Il proclame, et sa parole est vĂ©ritĂ© : « Si vous ne le savez pas, interrogez ceux qui (ont reçu) conservent (Ă  ceux qui ont la garde) les Écritures » [voir: Coran 16 :43; ceux qui ont reçu les Écritures sont les juifs et les chrĂ©tiens]. Ils se sont plutĂŽt dĂ©tournĂ©s d’eux pour suivre le SĂĄmirĂ­ [nota: un magicien Ă  la cour du Pharaon au temps de MoĂŻse] de leurs propres chimĂšres. Ils ont ainsi errĂ© loin de la misĂ©ricorde de leur Seigneur et n’ont pas su reconnaĂźtre sa BeautĂ© au jour de sa prĂ©sence. Car, Ă  peine est-il venu Ă  eux avec les preuves de Dieu, que ces mĂȘmes personnes qui attendaient impatiemment le jour de sa rĂ©vĂ©lation, qui le rĂ©clamaient le jour et la nuit, le suppliaient de les rassembler en sa prĂ©sence et de leur accorder le privilĂšge d’offrir leur vie sur son chemin, d’ĂȘtre guidĂ©s par son autoritĂ© et Ă©clairĂ©s par sa lumiĂšre, ces mĂȘmes personnes le condamnĂšrent et l’injuriĂšrent, lui infligĂšrent des cruautĂ©s telles qu’elles dĂ©passaient ce que je peux dire et ce que tu peux entendre. À ce moment, ma plume elle-mĂȘme se lamente, et l’encre verse des larmes de douleur et gĂ©mit. Par Dieu ! Si tu tendais ton oreille intĂ©rieure, tu entendrais en vĂ©ritĂ© les lamentations des hĂŽtes du paradis, et si tu retirais le voile qui occulte ton regard, tu verrais les vierges du paradis et les Ăąmes saintes, conquises et subjuguĂ©es, se frapper le visage et se jeter dans la poussiĂšre.

(26)
HĂ©las, hĂ©las ! Voyez ce qui advint Ă  celui qui Ă©tait la manifestation du Soi de Dieu, voyez les souffrances infligĂ©es Ă  lui et Ă  ses aimĂ©s ! On leur a fait subir ce que nulle Ăąme n’a jamais fait subir Ă  quiconque, et ce qu’aucun infidĂšle n’a infligĂ© Ă  un croyant ni supportĂ© de sa main. HĂ©las, hĂ©las ! Cet Être immortel s’est assis dans la poussiĂšre obscure, le Saint Esprit s’est lamentĂ© dans les retraites de gloire, les piliers du TrĂŽne se sont effondrĂ©s dans l’empyrĂ©e cĂ©leste, la joie du monde s’est changĂ©e en dĂ©solation dans la contrĂ©e vermeille et la voix du Rossignol fut rĂ©duite au silence dans le royaume dorĂ©. Malheur Ă  eux, pour ce que leurs mains ont perpĂ©trĂ© et pour ce qu’ils ont commis !

(27)
PrĂȘte l’oreille Ă  ce que profĂšre Ă  leur sujet l’Oiseau du paradis, avec les accents les plus suaves et les plus merveilleux, sur les mĂ©lodies les plus parfaites et les plus exaltĂ©es - dĂ©claration qui les remplira de remords, aujourd’hui et jusqu’au « jour oĂč les hommes se tiendront debout devant le Seigneur des mondes » [voir: Coran, 83 : 6] : « ils demandaient auparavant la victoire sur les incrĂ©dules et pourtant, lorsque ce qu’ils connaissaient dĂ©jĂ  leur est parvenu, ils n’y crurent pas. Que la malĂ©diction de Dieu tombe sur les incrĂ©dules ! ». [voir: Coran, 2 : 89] Telle est leur condition et tels sont les rĂ©sultats de leur vie vaine et creuse. Sous peu, ils seront jetĂ©s dans le feu de la dĂ©tresse et ne trouveront personne pour les aider ni les secourir.

(28)
Ne te laisse aveugler par rien de ce qui est rĂ©vĂ©lĂ© dans le Coran, ni par ce que tu as appris dans les oeuvres de ces Soleils de puretĂ© et de ces Lunes de majestĂ© [nota: les ImĂĄms de l’islam chiite], quant Ă  la perversion des Écrits par les fanatiques ou de leur altĂ©ration par leurs falsificateurs. Seuls certains passages particuliers et clairement identifiĂ©s sont concernĂ©s par ces dĂ©clarations. Si je le dĂ©sire, Éminence, et en dĂ©pit de ma faiblesse et de ma pauvretĂ©, je suis assurĂ©ment capable de t’expliquer ces passages. Mais cela nous Ă©carterait de notre objectif et nous Ă©loignerait du chemin dĂ©terminĂ©. Cela nous plongerait dans des Ă©vocations limitĂ©es et nous dĂ©tournerait de ce qui est apprĂ©ciĂ© Ă  la cour du MagnifiĂ©.

(29)
Ô toi qui es inscrit sur ce rouleau dĂ©roulĂ©, toi qui, entourĂ© des tĂ©nĂšbres Ă©paisses qui prĂ©valent aujourd’hui, es Ă©clairĂ© par les splendeurs de la montagne sacrĂ©e sur le SinaĂŻ de la rĂ©vĂ©lation divine ! Purifie ton coeur des murmures blasphĂ©matoires et allusions malfaisantes que tu as entendus autrefois, afin d’inhaler les savoureux parfums d’éternitĂ© du Joseph de fidĂ©litĂ©, d’ĂȘtre admis dans l’Egypte cĂ©leste, et de percevoir les fragrances de la comprĂ©hension Ă©manant de cette Ă©pĂźtre resplendissante et lumineuse, une Ă©pĂźtre dans laquelle la Plume a consignĂ© les mystĂšres antiques des noms de son Seigneur, le SuprĂȘme, le TrĂšs-Haut. Et peut-ĂȘtre seras-tu inscrit dans les saintes Tablettes, parmi ceux qui sont confirmĂ©s.

(30)
Ô toi qui te tiens devant mon trĂŽne et n’en as toujours pas conscience ! Sache que celui qui cherche Ă  gravir les sommets des mystĂšres divins doit s’efforcer de dĂ©ployer pour sa foi le meilleur de sa puissance et de ses moyens, afin que s’ouvre clairement devant lui la voie directrice. Et s’il rencontre quelqu’un revendiquant une cause venant de Dieu et apportant de son Seigneur une preuve qui surpasse ce que les hommes sont capables de produire, il ne peut qu’accepter tout ce qu’il lui plaĂźt de proclamer et d’ordonner, mĂȘme s’il dĂ©crĂšte que l’ocĂ©an est terre, ou que la terre est ciel, annonce que l’un est au-dessus ou en-dessous de l’autre, ou commande changement ou transformation, car lui connaĂźt les mystĂšres divins, les subtilitĂ©s cachĂ©es et les ordonnances de Dieu.

(31)
Si les peuples de toutes les nations observaient ce qui vient d’ĂȘtre dit, la question deviendrait simple pour eux, et ces paroles et ces Ă©vocations ne les Ă©loigneraient pas de l’OcĂ©an des noms et des attributs de Dieu. Et si les hommes avaient reconnu cette vĂ©ritĂ©, ils n’auraient pas repoussĂ© les faveurs de Dieu, ils ne se seraient pas levĂ©s contre ses prophĂštes, ne les auraient pas combattus ni rejetĂ©s. Si l’on Ă©tudie soigneusement le sujet, on trouve Ă©galement des passages similaires dans le Coran.

(32)
Sache, de plus, que c’est par de telles paroles que Dieu Ă©prouve ses serviteurs et les distingue, sĂ©parant le croyant de l’incroyant, celui qui se dĂ©tache du monde de celui qui s’y attache, le pieux du libertin, le bienfaisant du pĂ©cheur, et ainsi de suite. VoilĂ  ce qu’a dĂ©clarĂ© la Colombe de saintetĂ© : « Les hommes pensent-ils qu’on les laissera dire : “Nous croyons !” sans les Ă©prouver ? » [voir: Coran, 29 : 2].

(33)
Il incombe Ă  celui qui voyage dans le sentier de Dieu et parcourt sa voie de se dĂ©tacher de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Il doit renoncer Ă  tout sauf Ă  Dieu dans l’espoir que s’ouvrent devant lui les portes de la misĂ©ricorde et soufflent sur lui les brises de la providence. Et lorsqu’il aura gravĂ© en son Ăąme ce que nous lui avons octroyĂ© de la quintessence du sens cachĂ©, il pĂ©nĂ©trera tous les secrets de ces Ă©vocations, et Dieu rĂ©pandra dans son coeur une sĂ©rĂ©nitĂ© divine et lui donnera d’ĂȘtre de ceux qui sont en paix avec eux-mĂȘmes. De la mĂȘme maniĂšre, tu comprendras le sens de tous les versets ambigus qui ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s sur la question que tu as posĂ©e Ă  ce Serviteur qui demeure sur le siĂšge de l’humiliation, marche sur la terre comme un exilĂ© sans ami, rĂ©confort, aide ou assistance, a placĂ© son entiĂšre confiance en Dieu, et proclame en tout temps : « Nous sommes Ă  Dieu et nous retournons Ă  lui » [voir: Coran, 2 : 156].

(34)
Tu dois savoir que ces passages que nous appelons « ambigus » ne le sont qu’aux yeux de ceux qui n’ont pu franchir l’horizon de la voie et atteindre les sommets de connaissance dans les retraites de grĂące. Au contraire, tous les versets de Dieu sont sans Ă©quivoque et toutes ses Ă©vocations sont claires pour ceux qui reconnaissent les DĂ©positaires de la rĂ©vĂ©lation divine et, sous son inspiration, saisissent les mystĂšres de son autoritĂ©. Ceux-lĂ  discernent les mystĂšres cachĂ©s qui sont habillĂ©s du vĂȘtement des mots aussi distinctement, si ce n’est mieux, que tu ne perçois la chaleur du soleil ou l’humiditĂ© de l’eau. Incommensurablement glorifiĂ© est Dieu, au-delĂ  de notre louange Ă  ses aimĂ©s, et au-delĂ  de leur louange Ă  lui !

(35)
Maintenant que nous avons abordĂ© ce thĂšme d’une telle qualitĂ©, et atteint de tels sommets, grĂące au flot dĂ©versĂ© de cette Plume par les faveurs incomparables de Dieu, le LouĂ©, le TrĂšs-Haut, nous souhaitons te dĂ©voiler certaines Ă©tapes dans le chemin du voyageur vers son CrĂ©ateur dans l’espoir que tout ce que tu dĂ©sirais, Eminence, te soit rĂ©vĂ©lĂ© ; ainsi, la preuve sera faite et la bĂ©nĂ©diction abondante.

(36)
Sache, en vĂ©ritĂ©, qu’au commencement de sa quĂȘte de Dieu, le chercheur doit pĂ©nĂ©trer dans le jardin de la recherche. Au cours de son pĂ©riple, il incombe au voyageur de se dĂ©tacher de tout sauf de Dieu et d’ĂȘtre aveugle Ă  tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Il ne doit subsister dans son coeur ni haine ni amour pour quiconque, car cela pourrait l’empĂȘcher d’atteindre la rĂ©sidence de la BeautĂ© cĂ©leste. Il doit purifier son Ăąme des voiles de l’ostentation et Ă©viter de se glorifier des vanitĂ©s mondaines, d’une connaissance apparente, ou d’autres dons que Dieu lui a peut-ĂȘtre accordĂ©s. Il doit dĂ©ployer au mieux ses capacitĂ©s et ses efforts dans la recherche de la vĂ©ritĂ© afin que Dieu le guide dans les chemins de sa grĂące et sur les voies de sa misĂ©ricorde. Car il est vĂ©ritablement le meilleur soutien pour ses serviteurs. Il dit, et il dit rĂ©ellement la vĂ©ritĂ© : « Oui, nous dirigeons sur nos chemins ceux qui auront combattu pour nous ». [voir: Coran, 29 : 69] Et aussi : « Craignez Dieu ! Dieu vous instruit ». [voir: Coran, 2 : 282]

(37)
Pendant ce voyage, le chercheur est tĂ©moin d’une myriade de changements et de transformations, de convergences et de divergences. Il assiste aux merveilles du Divin dans les mystĂšres de la crĂ©ation et dĂ©couvre les voies et les chemins de son Seigneur. Telle est la condition Ă  laquelle parviennent ceux qui cherchent Dieu, et tels sont les sommets atteints par ceux qui se hĂątent vers lui.

(38)
Lorsque le chercheur s’est Ă©levĂ© Ă  cette condition, il entre dans la citĂ© de l’amour et du ravissement, sur laquelle soufflent les vents de l’amour et les brises de l’esprit. Dans cette condition, l’extase et les fragrances du dĂ©sir transportent le chercheur au point qu’il ne distingue plus sa gauche de sa droite, la terre de la mer ou le dĂ©sert de la montagne. À tout moment, le feu du dĂ©sir le consume et le dĂ©chirement de la sĂ©paration en ce monde le ronge. Il se hĂąte dans le Paran de l’amour et traverse le Horeb de l’extase. TantĂŽt il rit, tantĂŽt il Ă©clate en sanglots ; tantĂŽt il est en paix, tantĂŽt il tremble de peur. Rien ne l’inquiĂšte, rien ne le dĂ©tourne de son dessein, et aucune loi ne l’entrave. Il est prĂȘt Ă  obĂ©ir Ă  tout ce que son Seigneur souhaite dĂ©crĂ©ter quant Ă  son commencement et Ă  sa fin. À chaque souffle, il sacrifie sa vie et offre son Ăąme. Il expose sa poitrine aux flĂšches de l’ennemi, il relĂšve la tĂȘte pour accueillir l’épĂ©e du destin, il baise mĂȘme la main de son Ă©ventuel assassin et il s’abandonne totalement. Il livre son esprit, son Ăąme et son corps dans le chemin de son Seigneur, mais il le fait avec la permission de son Bien-aimĂ© et non selon son propre caprice ou dĂ©sir. Tu le trouves froid dans le feu et sec dans la mer, il rĂ©side en toute contrĂ©e et parcourt tout chemin. Quiconque l’approche dans cet Ă©tat perçoit la chaleur de son amour. Il foule les sommets du dĂ©tachement et sillonne la vallĂ©e du renoncement. Son regard est continuellement dans l’attente des merveilles de la misĂ©ricorde de Dieu et avide d’apercevoir les splendeurs de sa beautĂ©. Heureux, en vĂ©ritĂ©, ceux qui ont atteint une telle condition, car c’est la condition des amoureux ardents et des Ăąmes transportĂ©es.

(39)
Et lorsque ce point du voyage est atteint et que le voyageur a dĂ©passĂ© cette condition Ă©levĂ©e, il pĂ©nĂštre dans la citĂ© de l’unitĂ© divine, dans le jardin de l’unicitĂ© et dans la cour du dĂ©tachement. À ce niveau, le chercheur rejette tous signes, allusions, voiles et paroles, il perçoit toutes choses d’un oeil Ă©clairĂ© par les effulgences dĂ©versĂ©es sur lui par Dieu lui-mĂȘme. Au cours de ce voyage, il voit toutes les diffĂ©rences rĂ©duites Ă  un seul mot et toutes les allusions rĂ©sumĂ©es en un unique point. En tĂ©moigne celui qui a naviguĂ© sur l’arche de feu et qui a suivi le plus secret chemin jusqu’au pinacle de gloire dans le royaume d’immortalitĂ© : « Le savoir n'est qu'un simple point ; les ignorants l'ont multipliĂ© » [voir: Hadiths] Il est fait rĂ©fĂ©rence Ă  cette condition dans la tradition : « Je suis lui, lui-mĂȘme, et il est moi, moi-mĂȘme, sauf que je suis ce que je suis et qu’il est ce qu’il est. » [voir: Hadiths]

(40)
Dans cette condition, si celui qui est l’Incarnation de la fin dit : « Je suis, en vĂ©ritĂ©, le Point du commencement », il dit assurĂ©ment la vĂ©ritĂ©. Et s’il dit : « Je suis un autre que lui », c’est Ă©galement vrai. De la mĂȘme maniĂšre, s’il proclame : « Je suis en vĂ©ritĂ© le Seigneur du ciel et de la terre », « ou le Roi des rois », ou « le Souverain du royaume d’en-haut », ou Muhammad, ou ‘AlĂ­, ou leurs descendants, ou qui que se soit d’autre, il proclame assurĂ©ment la vĂ©ritĂ© de Dieu. En vĂ©ritĂ©, il rĂšgne sur toute chose crĂ©Ă©e et il a la suprĂ©matie sur tout ce qui n’est pas lui. N’as-tu pas entendu ce qui a Ă©tĂ© dit autrefois : « Muhammad est notre premier, Muhammad est notre dernier, Muhammad est notre tout » ? Ou encore : « Tous procĂšdent de la mĂȘme lumiĂšre » ?

(41)
Dans cette condition est Ă©tablie la vĂ©ritĂ© de l’unitĂ© de Dieu et des signes de sa saintetĂ©. Tu les verras tous jaillir du sein de la puissance de Dieu et enlacĂ©s par les bras de sa misĂ©ricorde ; mais aucune distinction n’existe entre son sein et ses bras. À ce niveau, ce serait pur blasphĂšme et impiĂ©tĂ© que de parler de changement et de transformation car c’est la condition oĂč brille la lumiĂšre de l’unitĂ© divine, oĂč s’exprime la vĂ©ritĂ© de son unicitĂ© et oĂč se reflĂštent les splendeurs du Matin Ă©ternel dans des miroirs nobles et fidĂšles. Par Dieu ! si je rĂ©vĂ©lais tout ce qu’il a ordonnĂ© pour cette condition, l’ñme des hommes quitterait leur corps, la rĂ©alitĂ© cachĂ©e de toutes choses serait Ă©branlĂ©e dans ses fondements, les habitants des royaumes de la crĂ©ation seraient stupĂ©fiĂ©s et ceux qui se meuvent dans les contrĂ©es de l’allusion s’évanouiraient dans le pur nĂ©ant.

(42)
N’as-tu pas entendu : « Il n’y a pas de changement dans la crĂ©ation de Dieu ». [voir: Coran, 30 : 30] N’as-tu pas lu : « Tu ne trouveras aucun changement dans la coutume de Dieu ». [voir: Coran, 48 : 23] N’as-tu pas tĂ©moignĂ© de cette vĂ©ritĂ© : « Sans que tu voies de faille dans la crĂ©ation du MisĂ©ricordieux ». [voir: Coran, 67 : 3] Oui, par mon Seigneur ! ceux qui se plongent dans cet OcĂ©an, ceux qui s’embarquent sur cet Arche ne constatent aucun changement dans la crĂ©ation de Dieu, ni aucune diffĂ©rence sur sa terre. Et, si la crĂ©ation de Dieu n’est portĂ©e Ă  aucun changement, comment en serait-il autrement pour les Manifestations de son propre ĂȘtre ? Dieu est immensĂ©ment exaltĂ©, au-delĂ  de tout ce que nous pouvons concevoir des RĂ©vĂ©lateurs de sa cause, il est immensĂ©ment glorifiĂ©, au-delĂ  de tout ce que nous pouvons mentionner Ă  son sujet.

(43)
Dieu trÚs grand ! Nombreuses sont les perles éclatantes que recÚle cet océan,
Une vague soulevée par le vent les a jetées sur le rivage,
Aussi quitte ton vĂȘtement et abĂźme-toi dans ses flots,
Cesse de te vanter : à rien désormais, cela ne te sert !

(44)
Si tu es un habitant de cette citĂ©, au coeur de l’ocĂ©an de l’unitĂ© divine, tu considĂšreras tous les prophĂštes et messagers de Dieu comme une seule Ăąme et un seul corps, comme une seule lumiĂšre et un seul esprit, de sorte que le premier d’entre eux sera le dernier et le dernier sera le premier. Car tous se sont levĂ©s pour proclamer sa cause et ont Ă©tabli les lois de la sagesse divine. Ils sont, tous et chacun, les Manifestations de son soi, les DĂ©positaires de sa puissance, les Gardiens de sa rĂ©vĂ©lation, les Orients de sa splendeur et les Aurores de sa lumiĂšre. Ils manifestent les marques de saintetĂ© dans la rĂ©alitĂ© de toutes choses et les signes d’unicitĂ© dans l’essence de tous les ĂȘtres. Ils rĂ©vĂšlent ce qui glorifie les rĂ©alitĂ©s cĂ©lestes et font l’éloge des essences Ă©ternelles. D’eux procĂšde toute crĂ©ation et vers eux retourne tout ce qui est mentionnĂ©. Ils sont dans le trĂ©fonds de leur ĂȘtre, les mĂȘmes luminaires et les mĂȘmes mystĂšres, aussi dois-tu considĂ©rer leur apparence de la mĂȘme maniĂšre, afin de les reconnaĂźtre comme un seul ĂȘtre, mieux, de les trouver unis dans leurs paroles et leurs discours.

(45)
Si, dans cette condition, tu en viens Ă  considĂ©rer que le dernier d’entre eux est le premier, ou l’inverse, tu dis assurĂ©ment la vĂ©ritĂ©, ainsi qu’en a dĂ©crĂ©tĂ© celui qui est la Fontaine de divinitĂ© et la Source de majestĂ© « Dis : Invoquez Dieu, ou bien : invoquez le MisĂ©ricordieux. Quel que soit le nom sous lequel vous l’invoquez, les plus beaux noms lui appartiennent ». [voir: Coran, 17 : 110] Car tous sont les Manifestations du nom de Dieu, les Orients de ses attributs, les DĂ©positaires de sa puissance, les Centres de sa souverainetĂ©, mais Dieu, magnifiĂ© soit sa puissance et sa gloire, est en son essence sanctifiĂ© au-dessus de tout nom et exaltĂ© au-delĂ  des attributs les plus Ă©levĂ©s. ConsidĂšre de mĂȘme les marques de l’omnipotence divine, aussi bien dans leur Ăąme que dans leurs temples humains, afin que la certitude habite ton coeur et que tu sois de ceux qui se hĂątent vers le royaume de sa proximitĂ©.

(46)
Je vais rĂ©itĂ©rer mon propos afin que cela t’aide Ă  reconnaĂźtre ton crĂ©ateur. Sache que Dieu - exaltĂ© et glorifiĂ© soit-il - ne manifeste en aucune façon son essence et sa rĂ©alitĂ© la plus profonde. De tout temps, il est voilĂ© dans l’éternitĂ© de son essence et cachĂ© dans l’infinitude de son ĂȘtre. Lorsqu’il dĂ©cida de rĂ©vĂ©ler sa beautĂ© dans le royaume des noms et sa gloire dans le royaume des attributs, il fit passer ses prophĂštes du monde invisible au monde visible afin de distinguer son nom, le Manifeste, de son nom, le CachĂ©, et son nom, le Dernier, de son nom, le Premier, pour que s’accomplisse ainsi sa parole : « Il est le Premier et le Dernier, celui qui est apparent et celui qui est cachĂ©. Il connaĂźt parfaitement toute chose. » [voir: Coran, 57 : 3] Ainsi, il rĂ©vĂ©la ces noms les plus excellents et ces paroles les plus exaltĂ©es dans les Manifestations et les Miroirs de son soi.

(47)
Il est ainsi avĂ©rĂ© que tous les noms et attributs se rapportent Ă  ces LumiĂšres sublimes et saintes. En fait, tous les noms se trouvent dans leurs noms et tous les attributs sont visibles dans leurs attributs. De ce point de vue, si tu leur donnes tous les noms de Dieu, tu dis la vĂ©ritĂ© car tous ces noms ne font qu’un avec leur ĂȘtre. Saisis donc la signification de ces mots et garde la dans le secret de ton coeur afin de rĂ©aliser les implications de ta quĂȘte et de les mettre en oeuvre selon le dessein de Dieu Ă  ton Ă©gard. Sois ainsi comptĂ©s parmi ceux qui accomplissent son dessein.

(48)
Tout ce que tu as pu entendre sur Muhammad fils de Hasan [nota: le douziĂšme ImĂĄm, Muhammad al-MehdĂ­, fils de Hasan al-‘AskarĂ­] - que les Ăąmes immergĂ©es dans les ocĂ©ans de l'esprit lui soient offertes - est vrai sans l'ombre d'un doute, et tous nous lui faisons allĂ©geance. Mais les ImĂĄms de la religion ont Ă©tabli sa rĂ©sidence dans la citĂ© de JĂĄbulqĂĄ [nota: selon les traditions chiites, l'ImĂĄm cachĂ© (le Promis) rĂ©side dans les villes jumelles de JĂĄbulqĂĄ et JabulsĂĄ d'oĂč il apparaĂźtra le jour de la rĂ©surrection] qu'ils ont dĂ©crite en images aussi Ă©tranges que surprenantes. Il est vraiment impossible d’imaginer cette ville en s'attachant littĂ©ralement Ă  ce que dit la tradition, mĂȘme impossible de la trouver. Parcourrais-tu le monde jusque dans ses moindres recoins aussi longtemps que durent l'Ă©ternitĂ© et la souverainetĂ© de Dieu que tu ne trouverais pas une citĂ© telle qu’ils la dĂ©crivent, car la terre entiĂšre ne pourrait la contenir. Si tu me conduisais dans cette ville, alors je te conduirais Ă  cet Être saint que les gens conçoivent avec leurs moyens et non en fonction de ses caractĂ©ristiques propres ! Comme ce n’est pas en ton pouvoir, tu n’as d’autre recours que d'interprĂ©ter symboliquement les traditions attribuĂ©es Ă  ces Ăąmes lumineuses. De mĂȘme que les traditions concernant cette citĂ© requiĂšrent une interprĂ©tation, de mĂȘme l’interprĂ©tation est-elle nĂ©cessaire pour Ă©voquer cet Être saint. DĂšs l’instant oĂč tu auras compris cette interprĂ©tation, tu n’auras plus besoin de « transformation » [nota: NTB : voir la prĂ©face] ni de rien d’autre.

(49)
De mĂȘme que les ProphĂštes ne sont qu’un en esprit, en Ăąme, en nom et en attribut, sache que tu dois les considĂ©rer tous comme s’ils portaient le nom de Muhammad, comme s’ils Ă©taient le fils de Hasan, comme s’ils venaient de la JabulqĂĄ du pouvoir de Dieu et de la JabulqĂĄ de sa misĂ©ricorde. Car par JabulqĂĄ on n'entend rien d'autre que les palais de l’éternitĂ© dans le trĂšs haut paradis et les citĂ©s de l’invisible dans le royaume divin. Nous tĂ©moignons que Muhammad, fils de Hasan, rĂ©sidait bien Ă  JabulqĂĄ d’oĂč il est apparu. De mĂȘme « Celui que Dieu rendra manifeste » demeure dans cette citĂ© jusqu’à ce que Dieu l’établisse sur le siĂšge de sa souverainetĂ©. Nous reconnaissons assurĂ©ment cette vĂ©ritĂ© et nous faisons allĂ©geance Ă  tous et chacun d’entre eux. Ici, nous avons choisi d’ĂȘtre bref dans notre explication des significations de JabulqĂĄ, mais si tu es de ceux qui croient vraiment, tu comprendras tous les sens vĂ©ritables des mystĂšres enchĂąssĂ©s dans ces tablettes.

(50)
Quant Ă  celui qui apparut en l’an soixante, il n’a besoin ni de transformation ni d’interprĂ©tation, car son nom Ă©tait Muhammad et il descendait des ImĂĄms de la religion. On peut vraiment dire de lui qu’il Ă©tait le fils de Hasan, comme c’est sans doute Ă©vident pour Ton Eminence. C’est mĂȘme lui qui forgea ce nom et le crĂ©a pour lui-mĂȘme, si tu observes avec l’oeil de Dieu.

(51)
À ce stade, nous dĂ©sirons nous Ă©carter de notre thĂšme pour conter ce qu’il advint du Point du Coran [nota: Muhammad] et exalter son souvenir, afin que tu regardes toute chose avec l’oeil de celui qui est le Tout-Puissant, l’Incomparable.

(52)
MĂ©dite sur ses jours oĂč Dieu le suscita pour promouvoir sa cause et pour ĂȘtre le reprĂ©sentant de son propre soi. Vois comme il fut assailli, rejetĂ© et dĂ©noncĂ© par tous ; comme les gens le raillaient, le montraient du doigt et lui tĂ©moignaient leur mĂ©pris dans les rues et les marchĂ©s. Vois comme Ă  tout moment ils cherchaient Ă  le faire pĂ©rir. Suite Ă  leurs agissements, il ne lui restait plus de place sur la terre, malgrĂ© son immensitĂ©, l’assemblĂ©e cĂ©leste se lamentait sur son sort, les fondements de l’existence en Ă©taient rĂ©duits Ă  nĂ©ant et les Ă©lus parmi les habitants de son royaume pleuraient sur lui toutes les larmes de leur corps. Les afflictions que lui infligeaient les infidĂšles et les mĂ©chants Ă©taient si cruelles qu’il est insupportable Ă  toute Ăąme fidĂšle d’entendre leur rĂ©cit.

(53)
Si ces Ăąmes perverses avaient un instant rĂ©flĂ©chi sur leur conduite, avaient reconnu les douces mĂ©lodies de cette Colombe mystique chantant sur les branches de cet Arbre d’un blanc nivĂ©en, avaient acceptĂ© ce que Dieu leur avait rĂ©vĂ©lĂ© et accordĂ©, et avaient dĂ©couvert les fruits de l’arbre de Dieu sur ses branches, l’auraient-elles alors rejetĂ© et accusĂ© ? N’avaient-elles pas levĂ© les yeux jusqu’aux cieux pour implorer qu’il apparaisse ? N’avaient-elles pas sans cesse implorĂ© Dieu de les honorer de sa beautĂ© et de les soutenir par sa prĂ©sence ?

(54)
Mais comme elles n’ont pas su reconnaĂźtre les accents de Dieu, les mystĂšres divins et les saintes allusions enchĂąssĂ©es dans ce qui a coulĂ© des lĂšvres de Muhammad, et comme elles ont nĂ©gligĂ© d’examiner ce sujet dans leur coeur et prĂ©fĂ©rĂ© suivre les prĂȘtres de l’erreur qui dans les rĂ©vĂ©lations du passĂ© ont entravĂ© le progrĂšs des peuples et continueront Ă  le faire dans les cycles futurs, elles furent aveugles au dessein divin, elles ne s’abreuvĂšrent pas aux flots cĂ©lestes et se privĂšrent de la prĂ©sence de Dieu, de la Manifestation de son essence et de la Source de son Ă©ternitĂ©. Aussi errĂšrent-elles dans les sentiers de l’erreur, les chemins de l’insouciance et se retirĂšrent-elles chez elles dans le feu qui se nourrit de leur ĂȘtre. Sont vĂ©ritablement comptĂ©es parmi les infidĂšles celles dont le nom est inscrit dans le livre saint par la plume de Dieu. Elles n’ont jamais trouvĂ©, et ne trouveront jamais, ni ami, ni personne pour les aider.

(55)
Si ces Ăąmes s’étaient fermement tenues Ă  la main de Dieu manifestĂ©e dans la personne de Muhammad, si elles s’étaient entiĂšrement tournĂ©es vers Dieu et avaient abandonnĂ© tout ce qu’elles avaient reçu de leurs thĂ©ologiens, il les aurait sĂ»rement guidĂ©es par sa grĂące et leur aurait fait connaĂźtre les saintes vĂ©ritĂ©s enchĂąssĂ©es dans ses paroles impĂ©rissables. Car il serait indigne de sa grandeur et de sa gloire de rebuter un chercheur qui se prĂ©sente Ă  sa porte, de repousser de son seuil celui qui met son espoir en lui, de rejeter celui qui cherche l’abri de son ombre, de priver celui qui se tient fermement au pan de sa misĂ©ricorde ou d’écarter le malheureux qui dĂ©couvre la riviĂšre de ses richesses. Or comme ces gens n’ont pas rĂ©ussi Ă  se tourner entiĂšrement vers Dieu, ni Ă  tenir fermement le pan de sa misĂ©ricorde omniprĂ©sente lors de l’apparition du Soleil de vĂ©ritĂ©, ils ont quittĂ© l’ombre de la Providence divine et sont entrĂ©s dans la citĂ© de l’erreur. Ainsi se sont-ils corrompus et ont-ils corrompu le peuple. Ainsi se sont-ils Ă©garĂ©s et ont-ils conduit le peuple Ă  l’erreur. Et ainsi ont-ils Ă©tĂ© comptĂ©s parmi les oppresseurs dans les Livres cĂ©lestes.

(56)
Maintenant que cet Être Ă©vanescent a atteint ce point Ă©levĂ© dans la formulation de ces mystĂšres profonds, expliquons briĂšvement la raison du reniement de ces Ăąmes frustres, afin que cela serve de tĂ©moignage Ă  ceux qui sont douĂ©s de comprĂ©hension et de perspicacitĂ© et soit un gage de ma faveur pour l’assemblĂ©e des croyants.

(57)
Sache-le ! Lorsque Muhammad, Point du Coran et LumiĂšre du Tout-Glorieux, vint avec des preuves Ă©videntes et des versets clairs, manifestes dans des signes dĂ©passant ce que peut produire tout ce qui existe, il enjoignit aux hommes de suivre le large et noble chemin conforme aux prĂ©ceptes qui lui venaient de Dieu. Celui qui l’a reconnu a reconnu les signes de Dieu dans le trĂ©fonds de son ĂȘtre, il a vu la beautĂ© immuable de Dieu dans sa beautĂ©, il a Ă©tĂ© jugĂ© digne de la « rĂ©surrection », de la « recrĂ©ation », de la « vie » et du « paradis ». Car celui qui a cru en Dieu et en les Manifestations de sa beautĂ© est ressuscitĂ© du tombeau de l’insouciance, recrĂ©Ă© dans le sol sacrĂ© du coeur, rĂ©veillĂ© Ă  la vie de la foi et de la certitude, et admis au paradis de la prĂ©sence divine. Quel paradis peut ĂȘtre plus noble que cela, quelle recrĂ©ation plus puissante et quelle rĂ©surrection plus grande ? En vĂ©ritĂ©, si une Ăąme devait sonder ces mystĂšres, elle saisirait ce qu’aucune autre n’a pĂ©nĂ©trĂ©.

(58)
Sache-le ! le paradis qui apparaĂźt au jour de Dieu Ă©clipse tout autre paradis et surpasse les rĂ©alitĂ©s cĂ©lestes. Car lorsque Dieu, bĂ©ni et glorifiĂ© soit-il, scella le rang de prophĂšte dans la personne de celui qui est son Ami, son Élu et la meilleure de ses crĂ©atures, ainsi qu’il a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© du Royaume de gloire : « mais il est l’ApĂŽtre de Dieu et le Sceau des prophĂštes » [nota: Coran, 33 : 40 - D. Masson a traduit « le ProphĂšte de Dieu et le Sceau des prophĂštes »], il promit Ă  tous les hommes qu’ils parviendraient en sa prĂ©sence au jour de la rĂ©surrection. Par lĂ , il voulait souligner la grandeur de la rĂ©vĂ©lation Ă  venir, ainsi que cela s’est manifestĂ© par le pouvoir de la vĂ©ritĂ©. Il n’y a certainement pas de paradis plus grand ni de condition plus Ă©levĂ©e. Si seulement, tu mĂ©ditais sur les versets du Coran ! BĂ©ni celui qui sait avec certitude qu’il atteindra la prĂ©sence de Dieu au jour oĂč sa BeautĂ© sera manifestĂ©e.

(59)
Si je mentionnais tous les versets rĂ©vĂ©lĂ©s qui traitent de ce noble sujet, cela lasserait le lecteur et nous Ă©loignerait de notre dessein. Aussi, le verset suivant nous suffira-t-il ; que sa lecture console tes yeux, et puisses-tu saisir ce qui y est conservĂ© prĂ©cieusement et tenu secret : « Dieu est celui qui a Ă©levĂ© les cieux sans colonnes visibles. Il s’est ensuite assis en majestĂ© sur le TrĂŽne. Il a soumis le soleil et la lune - chacun d’eux poursuit sa course vers un terme fixĂ© -, il dirige toute chose avec attention et il explique les Signes. Peut-ĂȘtre croirez-vous fermement Ă  la rencontre de votre Seigneur ! » [voir: Coran, 13 : 2]

(60)
Ô mon ami, rĂ©flĂ©chis sur les mots « croirez-vous fermement » qui sont mentionnĂ©s dans ce verset. Il est dit que les cieux et la terre, le trĂŽne, le soleil et la lune, ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s pour que ses serviteurs aient une foi inĂ©branlable dans sa prĂ©sence en ses Jours. Par la justice de Dieu ! contemple, ĂŽ mon frĂšre, la grandeur de cet Ă©tat, vois la condition des peuples en ces jours, fuyant la face de Dieu et sa beautĂ© « comme des Ăąnes affolĂ©s » [voir: Coran, 74 : 50]. Si tu rĂ©flĂ©chissais sur ce que nous t’avons rĂ©vĂ©lĂ©, tu comprendrais certainement pourquoi nous avons citĂ© ce verset et tu dĂ©couvrirais ce que nous avons dĂ©sirĂ© te transmettre dans ce paradis. Peut-ĂȘtre tes yeux se rĂ©jouiraient-ils en l’apercevant, tes oreilles entendraient-elles avec dĂ©lices ce qui s’y rĂ©cite, ton Ăąme serait-elle captivĂ©e en le reconnaissant, ton coeur illuminĂ© en le comprenant et ton esprit rĂ©joui par les brises embaumĂ©es qui en Ă©manent. EspĂ©rons que tu parviennes au pinacle de la grĂące divine et demeures dans le RidvĂĄn de saintetĂ© sublime.

(61)
Le verdict d’« impiĂ©tĂ© », de « blasphĂšme », de « mort » et de « feu » a Ă©tĂ© prononcĂ© contre celui qui renie la vĂ©ritĂ© de Dieu, qui lui tourne le dos, qui refuse de croire et suscite des troubles. Quel blasphĂšme, en effet, est plus grand que de se tourner vers la manifestation de Satan, que de suivre les docteurs de l’omission et le peuple de la rĂ©bellion ? Quelle impiĂ©tĂ© est plus grave que de renier le Seigneur au jour oĂč la Foi est renouvelĂ©e par Dieu, le Tout-Puissant, le Magnanime ? Quelle mort est plus misĂ©rable que de fuir la Source de vie Ă©ternelle ? Quel feu au Jour du jugement est plus violent que d’ĂȘtre Ă©loignĂ© de la BeautĂ© divine et de la Gloire cĂ©leste ?

(62)
Voici les propos que tenaient les Arabes paĂŻens Ă  l’époque de Muhammad pour contester ses dires et le condamner : « Ceux qui ont cru en Muhammad ont vĂ©cu parmi nous et nous ont tenu compagnie jour et nuit. Quand sont-ils morts et quand ont-ils ressuscitĂ© ? » Ecoute la rĂ©ponse qui leur fut rĂ©vĂ©lĂ©e : « Si tu t’étonnes, leur parole, en effet, est Ă©tonnante : “Lorsque nous serons poussiĂšre deviendrons-nous, vraiment, une nouvelle crĂ©ation ?” » [voir: Coran 13 : 5]. Et dans un autre verset : « Si tu dis : “Vous serez certainement ressuscitĂ©s aprĂšs votre mort”, les incrĂ©dules vous diront : “Ce n’est lĂ  que magie Ă©vidente !” » [voir: Coran, 11 : 7]. Ainsi se sont-ils moquĂ© de lui et l’ont-ils ridiculisĂ©, car ils avaient lu dans leurs livres et entendu de la bouche de leurs prĂȘtres les mots « vie » et « mort », et les avaient compris comme signifiant la vie Ă©lĂ©mentale et la mort physique. Lorsque, dĂšs lors, ils ne reconnurent pas ce que leurs vaines imaginations et leur esprit faussĂ© et mauvais avaient conçu, ils arborĂšrent les Ă©tendards de la discorde et les banniĂšres de la sĂ©dition, ils allumĂšrent le feu de la guerre. Mais Dieu l’éteignit par la force de sa puissance, comme tu le constates encore aujourd’hui avec ces infidĂšles et ces mĂ©chants.

(63)
Maintenant que les douces saveurs de l’attirance Ă©manant de la citĂ© Ă©ternelle m’enveloppent, que les transports d’un dĂ©sir ardent venant du pays de splendeur s’emparent de moi alors que le Soleil des mondes se lĂšve aux confins de l’Irak et que les douces mĂ©lodies du HijĂĄz chantent Ă  mes oreilles les mystĂšres de la sĂ©paration, je conçois le dessein de partager avec Ton Eminence un peu de ce que la Colombe mystique roucoule au coeur mĂȘme du Paradis sur le sens vĂ©ritable de la vie et de la mort, mĂȘme si c’est une tĂąche impossible. Si, en effet, j’interprĂ©tais pour toi ces paroles comme elles ont Ă©tĂ© consignĂ©es dans les Tablettes prĂ©servĂ©es, tous les livres du monde ne pourraient les contenir et les Ăąmes des hommes ne pourraient supporter leur poids. Je mentionnerai toutefois ce qui convient Ă  ce jour et Ă  ce temps pour guider quiconque dĂ©sire ĂȘtre admis dans les retraites de gloire du royaume d’En-Haut afin qu’il Ă©coute les mĂ©lodies de l’esprit entonnĂ©es par cet oiseau mystique et divin, et soit comptĂ© parmi ceux qui se sont dĂ©tachĂ©s de tout sauf de Dieu et qui se rĂ©jouissent en ce jour de la prĂ©sence de leur Seigneur.

(64)
Sache que le mot « vie » a une double signification. La premiĂšre qui est Ă©vidente comme le soleil de midi pour Ton Eminence et pour tout le monde, concerne l’apparition de l’homme dans un corps Ă©lĂ©mental. Cette vie prend fin Ă  la mort physique, qui est une rĂ©alitĂ© inĂ©vitable voulue par Dieu. Mais la vie dont parlent les Livres des prophĂštes et Ă©lus de Dieu est la vie de la connaissance ; en d’autres termes, c’est la reconnaissance par le serviteur du signe de la splendeur dont l’a parĂ© celui qui est la Source de toute splendeur et sa certitude d’avoir accĂ©dĂ© en prĂ©sence de Dieu par l’intermĂ©diaire des Manifestations de sa cause. C’est cette vie bĂ©nie et Ă©ternelle qui ne pĂ©rit point : qui en est animĂ© ne connaĂźtra jamais la mort et perdurera aussi longtemps que perdure son Seigneur, son CrĂ©ateur.

(65)
Cette vie qui a trait au corps Ă©lĂ©mental prendra fin, ainsi que Dieu l’a rĂ©vĂ©lĂ© : « Tout homme goĂ»tera la mort » [voir: Coran 3 : 185]. Mais l’autre vie, qui Ă©mane de la connaissance de Dieu, ne connaĂźt pas la mort, ainsi qu’il fut autrefois rĂ©vĂ©lĂ© : « Nous ressusciterons, pour une vie excellente, tout croyant » [voir: Coran, 16 : 97]. Et dans un autre passage concernant les martyrs : « Ils sont vivants ! Ils seront pourvus de biens auprĂšs de leur Seigneur » [voir: Coran, 3 : 169], ainsi que dans la Tradition « Celui qui est un vrai croyant vit dans ce monde et dans le monde Ă  venir [voir: Hadith]. On peut trouver de nombreuses paroles semblables dans les Livres de Dieu et dans ceux des Incarnations de sa justice. Nous nous contenterons de ces citations par souci de briĂšvetĂ©.

(66)
Ô mon frĂšre ! renonce Ă  tes dĂ©sirs, tourne-toi vers ton Seigneur et ne marche pas dans les pas de ceux qui ont pris leurs inclinations corrompues pour leur dieu. Alors, tu trouveras abri au coeur de l’existence, Ă  l’ombre rĂ©demptrice de celui qui façonne tous les noms et attributs. Car en ce jour ceux qui se dĂ©tournent de leur Seigneur sont, en vĂ©ritĂ©, comptĂ©s parmi les morts bien qu’apparemment ils foulent la terre, parmi les sourds bien qu’ils entendent et parmi les aveugles bien qu’ils voient, ainsi que l’a clairement dĂ©clarĂ© celui qui est le Seigneur du Jour du jugement : « Ils ont des coeurs avec lesquels ils ne comprennent rien, ils ont des yeux avec lesquels ils ne voient pas...» [voir: Coran, 7 : 179]. Ils longent une berge pĂ©rilleuse et cĂŽtoient un abĂźme de feu [voir: Coran, 9 : 109 ; 3 : 103]. Ils n’ont pas leur part des flots de cet ocĂ©an qui s’enfle, riche de trĂ©sors, car ils s’amusent de leurs vaines paroles

(67)
À ce propos, nous allons te rappeler ce qui fut rĂ©vĂ©lĂ© dans le passĂ© concernant le mot « vie » dans l’espoir que cela te dĂ©tourne des instigations de l’ego, te dĂ©livre de l’étroitesse de la prison de ce lieu lugubre et t’aide Ă  devenir l’un de ceux qui sont bien guidĂ©s dans la nuit de ce monde.

(68)
Il dit et, en vĂ©ritĂ©, il parle vrai : « Celui qui Ă©tait mort, que nous avons ressuscitĂ© et Ă  qui nous avons remis une lumiĂšre pour se diriger au milieu des hommes, est-il semblable Ă  celui qui est dans les tĂ©nĂšbres d’oĂč il ne sortira pas ? » [voir: Coran, 6 : 122]. Ce verset concernait Hamzih et AbĂș-Jahl. Le premier Ă©tait un croyant et le second un incroyant. La plupart des dirigeants paĂŻens s’en gaussĂšrent, le tournĂšrent en ridicule et s’exclamĂšrent Ă  grand bruit : « Comment Hamzih mourut-il ? Comment fut-il ramenĂ© Ă  sa vie antĂ©rieure ? ». Si tu examines soigneusement les versets de Dieu, tu trouveras de nombreuses affirmations semblables dans le Livre.

(69)
OĂč trouver ces coeurs purs et sanctifiĂ©s Ă  qui je pourrais transmettre une goutte de cet ocĂ©an de la connaissance que mon Seigneur m’a accordĂ©e, afin qu’ils planent dans le ciel comme ils marchent sur le sol, qu’ils glissent sur les flots comme ils courent sur la terre et qu’ils se saisissent de leur Ăąme pour la sacrifier dans le chemin de leur CrĂ©ateur. Mais il n’est pas permis de divulguer ce grand secret. C’est un mystĂšre enfoui de toute Ă©ternitĂ© dans les trĂ©sors de son pouvoir et un secret cachĂ© de crainte que ses fidĂšles serviteurs ne renoncent Ă  leur vie dans l’espoir d’atteindre ce rang sublime dans les royaumes d’éternitĂ©. Et jamais, ceux qui errent dans cette obscuritĂ© opprimante n’y accĂšderont !

(70)
Ô mon frĂšre ! Ă  chaque fois, nous avons rĂ©pĂ©tĂ© notre propos afin qu’avec le consentement de Dieu, te devienne clair le contenu de ces versets, que tu sois indĂ©pendant de ceux qui sont plongĂ©s dans l’obscuritĂ© de l’ego et qui foulent la vallĂ©e de l’arrogance et de l’orgueil, et que tu sois comptĂ© parmi ceux qui se meuvent dans le paradis de la vie Ă©ternelle.

(71)
Dis : Ô peuple ! L’Arbre de vie est bien plantĂ© au coeur du paradis cĂ©leste et confĂšre la vie dans toute direction. Comment pourrais-tu manquer de le percevoir et de le reconnaĂźtre ? Il t’aidera sĂ»rement Ă  saisir ce que cette Âme affermie t’a dĂ©voilĂ© de l’essence des mystĂšres divins. La Colombe de saintetĂ© roucoule au ciel du paradis de l’immortalitĂ© et te conjure de te parer d’une vĂȘture nouvelle, faite d’acier, pour te protĂ©ger des traits du doute camouflĂ©s dans les allusions des hommes : « nul, s’il ne naĂźt d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est nĂ© de la chair est chair, et ce qui est nĂ© de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas si je t’ai dit : Il vous faut naĂźtre d’en haut. » [voir: Jean, 3 : 5-7].

(72)
Prends donc ton envol vers cet Arbre divin et goĂ»te ses fruits. Ramasse ceux qui en sont tombĂ©s et conserve-les fidĂšlement. MĂ©dite cette parole de l’un des prophĂštes lorsqu’il annonça aux Ăąmes des hommes, en termes voilĂ©s et mĂ©taphores cachĂ©es, la bonne nouvelle concernant celui qui viendrait aprĂšs lui ; ainsi tu comprendras avec certitude que leurs paroles sont insondables pour ceux qui ne sont pas douĂ©s d’un coeur comprĂ©hensif. Il dit : « Ses yeux Ă©taient comme une flamme ardente », « ses pieds semblaient d'un bronze prĂ©cieux » et « de sa bouche sort un glaive acĂ©rĂ© » [voir: Apocalypse, 1 : 14-15 ; 19 : 15]. Comment pourrait-on donner un sens littĂ©ral Ă  ces mots ? Si quelqu’un apparaissait avec ces signes, il ne serait pas un ĂȘtre humain. Et comment une seule Ăąme pourrait-elle rechercher sa compagnie ? Quoi ! S’il se prĂ©sentait dans une ville, mĂȘme les habitants de la ville voisine le fuiraient, et aucune Ăąme ne daignerait l’approcher. Mais si tu rĂ©flĂ©chissais sur la signification de ces affirmations, tu les trouverais sublimes d’énoncĂ© et de clartĂ© au point d’atteindre des sommets d’éloquence et de sagesse. Je dirais que c’est par elles que les soleils d’éloquence se sont levĂ©s et que les Ă©toiles de limpiditĂ© ont rayonnĂ© et brillĂ© de leur Ă©clat.

(73)
Aussi souviens-toi des insensĂ©s du temps passĂ© et vois, en ce jour, ceux qui attendent une telle apparition. Ils ne lui feraient allĂ©geance que s’il apparaissait dans la forme mentionnĂ©e ci-dessus. Et comme il n’en sera jamais ainsi, ils ne croiront jamais. Tel est le degrĂ© d’incomprĂ©hension de ces Ăąmes perverses et impies ! Comment ceux qui ne peuvent comprendre la plus Ă©vidente des Ă©vidences et la plus certaine des certitudes pourraient-ils apprĂ©hender les vĂ©ritĂ©s abstruses des prĂ©ceptes divins et l’essence des mystĂšres de sa sagesse Ă©ternelle ?

(74)
Je vais maintenant expliquer briĂšvement le vrai sens de ces paroles pour te faire dĂ©couvrir leurs mystĂšres cachĂ©s afin que tu sois de ceux qui ont compris. Examine donc et juge avec justesse ce que nous te rĂ©vĂ©lons afin d’ĂȘtre comptĂ© aux yeux de Dieu parmi ceux qui sont impartiaux dans ces matiĂšres.

(75)
Sache donc que celui qui a prononcĂ© ces paroles dans le royaume de gloire entendait dĂ©crire les attributs de celui qui devait venir, dans des termes particuliĂšrement voilĂ©s et Ă©nigmatiques pour dĂ©router la comprĂ©hension des gens de l’erreur. Lorsqu’il dit : « Ses yeux Ă©taient comme une flamme ardente », il fait allusion Ă  la perspicacitĂ© et Ă  l’acuitĂ© du Promis qui brĂ»le de ses yeux tous les voiles et les apparences trompeuses, fait connaĂźtre au monde contingent les mystĂšres Ă©ternels et distingue les visages obscurcis par la poussiĂšre de l’enfer de ceux qui brillent de la lumiĂšre du paradis [voir: Coran 80 : 41 ; 83 : 24]. Si ses yeux n’étaient pas faits de cette flamme ardente de Dieu comment pourrait-il consumer tous les voiles et brĂ»ler tout ce que possĂšde le peuple ? Comment pourrait-il voir les signes de Dieu dans le royaume de ses noms et dans le monde de la crĂ©ation ? Comment pourrait-il voir toutes choses avec le regard perçant de Dieu ? Aussi lui avons-nous confĂ©rĂ© en ce jour une vision pĂ©nĂ©trante. Puisses-tu croire en les versets de Dieu ! Quel feu, en effet, est plus brĂ»lant que cette flamme qui brille au SinaĂŻ de ses yeux, avec lequel il consume tout ce qui recouvre d’un voile les peuples du monde ? Dieu restera immensĂ©ment exaltĂ© au-dessus de tout ce qui a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© dans ses tablettes infaillibles Ă  propos des mystĂšres du commencement et de la fin jusqu’au jour oĂč le Crieur lancera son appel, le jour oĂč tous nous retournerons Ă  lui.

(76)
Quant au texte : « ses pieds semblaient d'un bronze prĂ©cieux », il se rĂ©fĂšre Ă  sa fermetĂ© en recevant l’appel de Dieu qui lui demande : « sois droit comme tu en as reçu l’ordre » [voir: Coran 11 : 112]. Il persĂ©vĂ©rera dans la cause de Dieu et fera preuve de fermetĂ© sur le sentier de son pouvoir au point de ne jamais vaciller dans la proclamation de sa Cause, ni de se soustraire Ă  son commandement de promulguer ses lois, mĂȘme si toutes les forces du ciel et de la terre devaient le renier. Au contraire, il se montrera aussi solide que les plus hautes montagnes et les sommets les plus Ă©levĂ©s. Il restera inĂ©branlable dans son obĂ©issance Ă  Dieu, rĂ©solu Ă  rĂ©vĂ©ler sa cause et Ă  proclamer sa parole. Aucun obstacle ne le retiendra, aucune dĂ©sapprobation du renĂ©gat ne le dissuadera, aucun rejet de l’infidĂšle ne le fera chanceler. Toute la haine, tout le rejet, toute l’iniquitĂ©, toute l’incroyance qu’il constatera servira seulement Ă  renforcer son amour pour Dieu, Ă  accroĂźtre les aspirations de son coeur, Ă  intensifier l’exaltation de son Ăąme et Ă  gonfler son sein de dĂ©votion passionnĂ©e. As-tu dĂ©jĂ  vu en ce monde airain plus solide, lame plus acĂ©rĂ©e ou montagne plus inĂ©branlable ? Il sera bien campĂ© sur ses jambes pour affronter les habitants de la terre et ne craindra personne en dĂ©pit de la conduite habituelle des gens, conduite que tu connais bien. Gloire Ă  Dieu qui l’a crĂ©Ă© et l’a appelĂ© ! Dieu a le pouvoir de faire ce qu’il lui plaĂźt. En vĂ©ritĂ©, il est le Secours et l’Absolu.

(77)
Il dit aussi : « de sa bouche sort un glaive acĂ©rĂ© ». Le glaive est un instrument qui tranche et fend. Comme ce qui sort de la bouche des prophĂštes et des Ă©lus de Dieu sĂ©pare le croyant de l’infidĂšle, l’amant de l’aimĂ©, c’est dans ce sens que ces paroles ont Ă©tĂ© employĂ©es et aucune autre signification que la division et la sĂ©paration n’est sous-entendue. Aussi lorsque le Point premier, le Soleil Ă©ternel, dĂ©sirera, avec l’assentiment de Dieu, rassembler toutes les crĂ©atures, les sortir de la tombe de leur ego et les sĂ©parer les uns des autres, il n’aura qu’un mot Ă  prononcer, un mot qui distinguera la vĂ©ritĂ© de l’erreur Ă  dater de ce jour et jusqu’au Jour de la rĂ©surrection. Quelle Ă©pĂ©e est plus acĂ©rĂ©e que l’épĂ©e cĂ©leste, quelle lame est plus tranchante que cet acier inaltĂ©rable qui coupe tout lien et sĂ©pare tout croyant de l’infidĂšle, le pĂšre du fils, le frĂšre de la soeur, l’amant de l’aimĂ© [voir: Luc, 12 : 53]. Ainsi celui qui croit en ce qui lui a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© est un vrai croyant et celui qui s’en dĂ©tourne est un infidĂšle. Une sĂ©paration irrĂ©vocable se produit entre eux de sorte qu’ils cessent de se frĂ©quenter et de s’associer dans ce monde. Il en est ainsi entre le pĂšre et le fils, car si le fils croit et le pĂšre ne croit pas, ils se sĂ©pareront et se dissocieront Ă  jamais. De plus tu verras le fils frapper le pĂšre et le pĂšre frapper le fils. Jette la mĂȘme lumiĂšre sur tout ce que nous t’avons expliquĂ© et t’avons contĂ©.

(78)
Si tu considĂšres toute chose de l’oeil du discernement tu verras sans nul doute que cette Ă©pĂ©e divine sĂ©pare des gĂ©nĂ©rations. Puisses-tu le comprendre ! Si seulement le peuple Ă©tait attentif aux jours de son Seigneur, il comprendrait que tout cela est dĂ» Ă  la parole de sĂ©paration qui est manifestĂ©e au Jour de jugement et de sĂ©paration. Si tu pouvais seulement aiguiser ta vue, affiner ton coeur, tu comprendrais que toutes les Ă©pĂ©es matĂ©rielles qui, en chaque jour et en chaque Ăąge, ont taillĂ© en piĂšces les infidĂšles et livrĂ© bataille contre les impies, Ă©manaient de cette Ă©pĂ©e divine et invisible. Ouvre donc les yeux et vois tout ce que nous t’avons rĂ©vĂ©lĂ© et accĂšde Ă  ce que personne d’autre n’a atteint. En vĂ©ritĂ©, nous proclamons : « Louange Ă  Dieu... le Roi du Jour du jugement » [voir: Coran 1 : 4].

(79)
Oui vraiment ! De mĂȘme que ces gens n’ont pas rĂ©ussi Ă  saisir la vĂ©ritable connaissance Ă  sa source et Ă  l’ocĂ©an d’eau fraĂźche et limpide qui, par la grĂące de Dieu, coule dans les coeurs qui sont purs et sans tache, de mĂȘme ils se sont rendus sourds Ă  ce que Dieu a voulu dire par ces paroles et ces Ă©vocations et sont restĂ©s enfermĂ©s dans la prison de leur ego.

(80)
Nous rendons grĂące Ă  Dieu pour ce qu’il nous a donnĂ© par sa munificence. C’est par lui que nous avons reçu la certitude de la vĂ©ritĂ© de sa Foi - une Foi Ă  quoi ne peuvent rĂ©sister les forces combinĂ©es de la terre et du ciel. C’est lui qui nous a rendus capables de le reconnaĂźtre au jour de sa prĂ©sence, de donner Ă  tĂ©moigner de Celui que Dieu rendra manifeste lors de la rĂ©surrection finale et d’ĂȘtre parmi ceux qui croient en lui avant mĂȘme qu’il apparaisse, de sorte que sa grĂące soit totale pour nous et pour toute l’humanitĂ©.

(81)
Cependant, ĂŽ mon frĂšre, Ă©coute mes dolĂ©ances au sujet de ceux qui prĂ©tendent s’ériger en partenaires de Dieu et des Manifestations de son savoir et ne suivent que leurs inclinations corrompues, dĂ©robent les biens de leur voisin, s’adonnent Ă  la boisson, commettent le meurtre, se livrent Ă  l’escroquerie et Ă  la diffamation les uns envers les autres, lancent des calomnies contre Dieu et ont l’habitude de mentir. Les gens nous attribuent tous ces mĂ©faits, et pourtant leurs auteurs n’ont aucune honte devant Dieu. Ils refusent ce qu’il leur a enjoint et commettent ce qu’il leur a dĂ©fendu. Il convient pourtant aux gens de vĂ©ritĂ© de faire resplendir leur visage par les signes de l’humilitĂ©, de faire briller leur face de la lumiĂšre de saintetĂ©, de marcher sur la terre comme s’ils Ă©taient en prĂ©sence de Dieu et de se distinguer des habitants de la terre par tous leurs actes. Leur condition doit ĂȘtre telle qu’ils contemplent de leurs yeux les preuves de sa puissance, qu’ils mentionnent son nom en paroles et en esprit, qu’ils dirigent leurs pas vers les contrĂ©es de sa proximitĂ© et qu’ils saisissent ses prĂ©ceptes Ă  pleines mains. Viendraient-ils Ă  traverser une vallĂ©e d’or pur, Ă  pĂ©nĂ©trer dans une mine d’argent prĂ©cieux, qu’ils les considĂšreraient indignes de leur attention.

(82)
Les premiers se sont cependant dĂ©tournĂ©s de tout cela et ont placĂ© leur aspiration dans ce qui convient Ă  leurs inclinations corrompues. Aussi errent-ils dans le dĂ©sert de l’arrogance et de l’orgueil. Je tĂ©moigne en cet instant que Dieu les a rejetĂ©s et nous faisons de mĂȘme. Nous supplions Dieu de ne pas permettre que nous nous associions avec eux dans cette vie et dans celle Ă  venir. Il est l’éternelle VĂ©ritĂ©. Il n’est pas d’autre Dieu que lui et sa puissance maĂźtrise toutes choses.

(83)
Ô mon frĂšre, abreuve-toi aux eaux vivifiantes que nous faisons couler de l’ocĂ©an de ces paroles. De lui dĂ©ferlent les vagues de grandeur et les joyaux de la vertu divine scintillent en son sein et Ă  sa surface. DĂ©pouille-toi de ce qui t’éloigne de cette mer vermeille insondable, et au cri de : « au nom de Dieu et de sa grĂące » immerge-toi dans ses flots. Ne te laisse pas dĂ©tourner par la crainte de qui que ce soit. Place ta confiance en le Seigneur, ton Dieu, car il suffit Ă  tous ceux qui lui donnent leur confiance. En vĂ©ritĂ©, il te protĂšgera et en lui tu vivras en sĂ©curitĂ©.

(84)
Sache, de plus, que dans cette citĂ© sainte et glorieuse, tu trouveras le voyageur humble devant tous et modeste devant toutes choses. Car il ne voit rien sans y voir Dieu. Il contemple la gloire effulgente de Dieu dans les lumiĂšres de sa rĂ©vĂ©lation qui a embrassĂ© le SinaĂŻ de la crĂ©ation. Dans cet Ă©tat, le voyageur ne revendique pas le siĂšge d’honneur dans les rĂ©unions et ne marche pas devant les autres dans le dĂ©sir de se vanter et de s’exalter. Au contraire il doit se considĂ©rer toujours en prĂ©sence de son Seigneur. Il ne doit souhaiter Ă  personne ce qu’il ne souhaite pas pour lui-mĂȘme, ni dire ce qu’il ne supporterait pas d’entendre de la bouche d’autrui, ni dĂ©sirer pour une Ăąme ce qu’il ne dĂ©sirerait pas pour lui-mĂȘme. Il lui convient plutĂŽt de marcher sur la terre d’un pas ferme dans le royaume de sa nouvelle crĂ©ation.

(85)
Sache pourtant que le chercheur, au dĂ©but de son cheminement, assistera Ă  des changements et des transformations ainsi que nous l’avons dĂ©jĂ  mentionnĂ©. C’est Ă  coup sĂ»r la vĂ©ritĂ©, ainsi qu’il est rĂ©vĂ©lĂ© au sujet de ces jours : « Le Jour oĂč la terre sera remplacĂ©e par une autre terre » [voir: Coran, 14 : 48]. Ce sont vraiment des jours comme aucun oeil mortel n’en a jamais vus. BĂ©ni celui qui y accĂšde et rĂ©alise leur vĂ©ritable valeur : « Oui, nous avons envoyĂ© MoĂŻse avec nos Signes : “Fais sortir ton peuple des tĂ©nĂšbres vers la lumiĂšre ; rappelle-lui les jours de Dieu” » [voir: Coran, 14 : 5]. Et ces jours-ci sont vraiment les jours de Dieu, si seulement tu pouvais le savoir.

(86)
Dans cet Ă©tat, tous les changements et variations des rĂ©alitĂ©s sont manifestes devant toi. Celui qui dĂ©nie cette vĂ©ritĂ© s’écarte de la cause de Dieu, se rebelle Ă  son commandement et rĂ©fute sa souverainetĂ©. Celui qui a le pouvoir de changer la terre en une autre terre a aussi le pouvoir de changer tout ce qui l’habite et s’y meut. Ne t’étonne donc pas qu’il change l’obscuritĂ© en lumiĂšre et la lumiĂšre en obscuritĂ©, l’ignorance en savoir, l’erreur en bonne direction, la mort en vie et la vie en mort. C’est dans cet Ă©tat que se manifeste la loi de transformation. MĂ©dite cela si tu es de ceux qui foulent ce sentier afin que devienne clair pour toi ce que tu as demandĂ© Ă  cette humble Personne et que tu sois admis dans les tentes de direction. Il fait, en effet, ce qu’il veut et ordonne ce qu’il lui plaĂźt. Personne ne demandera des comptes Ă  Dieu alors que tous les autres auront Ă  rendre les leurs [voir: Coran 21 : 23].

(87)
Ô mon frĂšre, Ă  cette Ă©tape qui marque le commencement du voyage, tu verras des conditions diffĂ©rentes et des signes variĂ©s, comme il est mentionnĂ© au sujet de la citĂ© de la recherche. Et cela est vrai pour tous les plans. Il convient Ă  Ton Eminence de considĂ©rer toute chose crĂ©Ă©e Ă  sa propre place, sans amoindrir ou exalter sa vĂ©ritable condition. Par exemple si tu t’efforces de rabaisser le monde invisible au monde de la crĂ©ation, ce ne sera que pur blasphĂšme et l’inverse, la quintessence de l’impiĂ©tĂ©. Par contre, si tu essayes de dĂ©crire l’invisible et le royaume de la crĂ©ation, chacun selon sa propre condition, ce sera vĂ©ritĂ© manifeste. En d’autres termes, si tu tĂ©moignes d’une transformation, dans le royaume de l’unitĂ© divine, aucun pĂ©chĂ© ne sera plus grand dans toute la crĂ©ation, mais si tu conçois la transformation Ă  sa vĂ©ritable place et l’imagine en consĂ©quence, il ne t’adviendra aucun mal.

(88)
Par mon Seigneur ! En dĂ©pit de tout ce que nous t’avons rĂ©vĂ©lĂ© des mystĂšres du verbe et des degrĂ©s d’explication, j’ai le sentiment que pas une seule lettre de cet ocĂ©an du savoir cachĂ© de Dieu et de l’essence de sa sagesse insondable, n’a Ă©tĂ© prononcĂ©e. Que Dieu le veuille et nous accomplirons bientĂŽt cela, le moment venu. En vĂ©ritĂ©, il se souvient de toute chose dans sa propre perspective ; en vĂ©ritĂ©, nous chantons ses louanges.

(89)
Sache en outre que l’oiseau qui prend son envol dans le royaume d’en-haut, ne pourra jamais s’élever jusqu’au ciel de la saintetĂ© transcendante, ni goĂ»ter aux fruits que Dieu y produit, ni s’abreuver aux eaux qui y coulent selon sa volontĂ©. S’il arrivait qu’il en partage une goutte, il pĂ©rirait sur-le-champ. Vois ce qui se passe de nos jours parmi ceux qui me font allĂ©geance, mais se livrent Ă  de tels actes, tiennent de tels propos et avancent les revendications qu’ils se permettent. J’affirme qu’ils sont comme des morts enveloppĂ©s de leurs voiles.

(90)
De mĂȘme, apprĂ©hende chaque Ă©tape, chaque signe, chaque allusion, afin de voir chaque chose Ă  sa juste place et d’envisager chaque question Ă  la lumiĂšre qui lui convient. Or, dans cette Ă©tape, la citĂ© de l’unitĂ© divine, se trouvent ceux qui sont entrĂ©s dans l’arche de la providence divine et ont voyagĂ© sur les sommets de l’unitĂ© divine. Tu verras sur leur visage les lumiĂšres de la beautĂ© et dans leur temple humain les mystĂšres de la gloire. Tu humeras la fragrance musquĂ©e de leurs paroles et contempleras les signes de sa souverainetĂ© dans leurs maniĂšres et dans leurs actes. De mĂȘme, tu ne seras pas aveuglĂ© par les actes de ceux qui n’ont pas bu aux sources cristallines ni atteint les citĂ©s saintes et qui, suivant leurs dĂ©sirs Ă©goĂŻstes, rĂ©pandent le dĂ©sordre dans le monde tout en se croyant bien guidĂ©s, ceux dont on a dit : « Les voici ces misĂ©rables, ces insensĂ©s qui suivent tout imposteur fort en voix et changent au grĂ© du vent » [nota: tradition attribuĂ©e Ă  l’ImĂĄm ‘AlĂ­]. Les degrĂ©s de ce cheminement, les phases de cette Ă©tape, les lieux de ce sĂ©jour te sont maintenant clairs et manifestes et n’exigent pas de plus amples explications.

(91)
Maintenant tu as compris que si ce Soleil de vĂ©ritĂ©, le Point premier, s’est attribuĂ© Ă  lui-mĂȘme des titres du temps passĂ©, c’est Ă  cause de la faiblesse humaine et des intrigues du monde. Sinon, tous les noms et les attributs tournent autour de son essence et circulent autour du seuil de son sanctuaire. Car c’est lui qui forme les noms, rĂ©vĂšle les attributs, confĂšre la vie Ă  tous les ĂȘtres, proclame les versets divins et dĂ©ploie les signes cĂ©lestes. Et si tu voyais de ta vision intĂ©rieure, tu saurais que tout sauf lui s’efface dans le nĂ©ant, que tout s’oublie en sa sainte prĂ©sence. « Dieu Ă©tait seul ; il n’y avait rien d’autre que lui. Il est aujourd’hui ce qu’il a toujours Ă©tĂ©. » Puisqu’il est Ă©tabli que Dieu - saint et glorifiĂ© soit-il ! - Ă©tait seul et que nul n’était avec lui, comment la loi du changement et de la transformation pourrait-elle s’appliquer ici ? Si tu mĂ©dites sur ce que je viens de t’exposer, le Soleil de direction resplendira devant toi en ce matin Ă©ternel et tu seras comptĂ© parmi les fidĂšles.

(92)
De plus, sache que tout ce que nous avons mentionnĂ© concernant ces voyages n’est destinĂ© qu’aux Ă©lus parmi les justes. Éperonne le destrier de l’esprit Ă  travers les prairies du paradis et tu accompliras tous ces voyages, dĂ©couvriras tous les mystĂšres en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

(93)
Ô mon frĂšre ! si tu veux ĂȘtre un champion dans cette arĂšne, Ă©lance-toi dans les pays de la certitude pour, en ce jour, dĂ©livrer ton Ăąme des liens de l’incroyance et percevoir les doux parfums qui s’élĂšvent de ce jardin. Les brises parfumĂ©es qui rĂ©pandent la fragrance de cette citĂ© soufflent sur toutes les rĂ©gions. Ne cĂšde pas ta part et ne sois pas des Ă©garĂ©s. Comme il fut si bien Ă©crit :

(94)
« Ses doux parfums qu’on respire dans tout l’Orient
Pourraient bien rendre son odorat perdu Ă  l’Occident ! » [nota: Extrait du DĂ­vĂĄn de Ibn-i-FĂĄrid]

(95)
À la fin de ce voyage cĂ©leste, de cette ascension mystique, le voyageur entre dans le jardin de l’émerveillement. Si je te dĂ©voilais la rĂ©alitĂ© de cette Ă©tape, tu te rĂ©pandrais en lamentations et en pleurs en voyant la situation dans laquelle se trouve ce Serviteur qui est livrĂ© aux mains des infidĂšles, est perplexe devant son sort et est dĂ©sorientĂ© dans cet ocĂ©an sans fond. Ils complotent constamment pour me mettre Ă  mort et ne cessent de chercher Ă  me bannir de ce pays comme ils m’ont dĂ©jĂ  banni d’un autre pays. NĂ©anmoins, ce serviteur se tient devant eux, prĂȘt et attendant les dĂ©crets du Tout-Puissant. Je ne crains personne mĂȘme submergĂ© par les souffrances et les afflictions que m’infligent les mĂ©chants et les malveillants, mĂȘme entourĂ© de tant d’épreuves et de tribulations. « Les pleurs de NoĂ© sont Ă  la mesure des larmes que je verse et le feu d’Abraham un bouillonnement de mon Ăąme. Le chagrin de Jacob n’est qu’un reflet de ma peine et l’affliction de Job une parcelle de ma calamitĂ©. » [nota: Extrait du DĂ­vĂĄn de Ibn-i-FĂĄrid]

(96)
Si je dĂ©taillais Ă  Ton Eminence les malheurs terribles qui me sont arrivĂ©s, tu en serais si attristĂ© que tu resterais sans voix et que tu t’oublierais toi-mĂȘme ainsi que tout ce que le Seigneur a crĂ©Ă© sur terre. Or ce n’est pas mon dĂ©sir et j’ai cachĂ© dans le coeur de BahĂĄ la rĂ©vĂ©lation du dĂ©cret divin et l’ai dissimulĂ© aux yeux de tout ce qui se meut dans le royaume de la crĂ©ation afin qu’il demeure dans le tabernacle de l’invisible jusqu’à ce que Dieu en rĂ©vĂšle le secret. « Rien dans le ciel et sur la terre ne peut Ă©chapper Ă  sa connaissance. En vĂ©ritĂ©, il perçoit toute chose ». [voir: Coran, 10 : 61 ; 34 : 3]

(97)
Mais cela nous Ă©loigne de notre thĂšme, laissons ces allusions de cĂŽtĂ© et revenons-en Ă  notre exposĂ© sur cette citĂ©. En vĂ©ritĂ©, quiconque y pĂ©nĂštre sera sauvĂ© et quiconque s’en dĂ©tourne assurĂ©ment pĂ©rira.

(98)
Ô toi qui es mentionnĂ© dans ces Ă©pĂźtres ! Sache que celui qui s’embarque pour ce voyage sera Ă©bloui par les preuves de la puissance de Dieu et les merveilles de son oeuvre. L’émerveillement le saisira de toute part ainsi que l’affirme cette Essence d’immortalitĂ© issue de l’assemblĂ©e cĂ©leste : « Accrois mon Ă©merveillement et ma surprise Ă  ton Ă©gard, ĂŽ Dieu ! » [voir: Hadith] Il est dit aussi :

(99)
« De l’émerveillement, je ne savais rien
avant d’avoir fait de ton amour ma cause.
Que je ne sois pas étonné par toi
serait chose étonnante ! » [nota: Extrait du Dívån de Ibn-i-Fårid]

(100)
Dans cette vallĂ©e, les voyageurs s’égarent et pĂ©rissent avant d’atteindre leur but. Seigneur ! si grande est cette vallĂ©e, si vaste cette citĂ© dans le royaume de la crĂ©ation, qu’elle semble n’avoir ni commencement ni fin. Grande est la bĂ©nĂ©diction de celui qui termine ce voyage et traverse, avec l’aide de Dieu, le sol sacrĂ© de cette citĂ© cĂ©leste dans laquelle les protĂ©gĂ©s de Dieu et ceux qui ont le coeur pur sont submergĂ©s par l’émerveillement. Et nous disons : « LouĂ© soit Dieu, le seigneur des mondes. »

(101)
Et si, quittant ce monde mortel pour des lieux plus Ă©levĂ©s, le serviteur cherchait Ă  atteindre la demeure cĂ©leste, il quitterait cette citĂ© pour la CitĂ© du nĂ©ant absolu, il mourrait Ă  lui-mĂȘme pour vivre en Dieu. À cette Ă©tape, dans cette habitation trĂšs exaltĂ©e, au cours de ce voyage oĂč l’ego s’efface complĂštement, le voyageur oublie son Ăąme, son esprit, son corps, son ĂȘtre mĂȘme, plonge dans la mer de l’anĂ©antissement et vit sur terre comme un ĂȘtre indigne d’ĂȘtre mentionnĂ© qui ne laisse aucune trace car il a disparu du royaume du visible pour atteindre les sommets de l’abnĂ©gation de soi.

(102)
Si nous devions dĂ©tailler tous les mystĂšres de cette citĂ©, le royaume du coeur des hommes serait dĂ©vastĂ© par l’intensitĂ© de leur dĂ©sir Ă  atteindre cette importante Ă©tape. C’est lĂ  que la gloire effulgente du Bien-aimĂ© se rĂ©vĂšle Ă  l’amant sincĂšre et que se dĂ©versent les lumiĂšres Ă©blouissantes de l’Ami sur le coeur vacant qui lui est dĂ©vouĂ©.

(103)
Comment l’amoureux sincĂšre pourrait-il continuer Ă  vivre alors que la gloire effulgente du Bien-AimĂ© est manifeste ? La nuit peut-elle survivre alors que le soleil brille ? Un coeur Ă©pris peut-il exister face Ă  l’objet de son amour ? Non, par celui qui tient mon Ăąme en sa main ! Dans cette Ă©tape, le chercheur s’abandonne et disparaĂźt si complĂštement devant son crĂ©ateur qu’il ne trouve plus trace de lui-mĂȘme ni d’aucune autre Ăąme, devrait-il chercher Ă  l’Orient comme Ă  l’Occident et traverser terres, mers, montagnes et plaines.

(104)
Par Dieu ! si ce n’était par crainte du Nemrod de la tyrannie et pour protĂ©ger l’Abraham de la justice, je te rĂ©vĂšlerais ce qui te permettrait de te dispenser de tout et de t’approcher de cette citĂ© Ă  la condition d’abandonner ton ego et tes dĂ©sirs. Mais sois patient jusqu’au jour oĂč Dieu rĂ©vĂšlera sa cause. En vĂ©ritĂ©, il rĂ©compense au-delĂ  de toute mesure ceux qui souffrent avec patience [voir: Coran, 39 : 10]. Respire donc les doux parfums de l’esprit qui s’exhalent de l’habit des sens cachĂ©s et dis : Ô vous qui ĂȘtes immergĂ©s dans l’ocĂ©an de l’anĂ©antissement ! Entrez vite dans la citĂ© de l’immortalitĂ© si vous cherchez Ă  en gravir les hauteurs. Alors nous nous exclamons : « Nous appartenons Ă  Dieu et c’est vers lui que nous retournerons. » [voir: Coran, 2 : 156]

(105)
C’est de ce rang auguste et exaltĂ©, de ce lieu sublime et glorieux que le chercheur entre dans la citĂ© de l’immortalitĂ© pour y vivre pour toujours. LĂ , il se voit Ă©tabli sur le trĂŽne de l’indĂ©pendance, le siĂšge de l’élĂ©vation. Alors il comprend le sens de tout ce qui fut rĂ©vĂ©lĂ© dans le passĂ© concernant le jour « oĂč Dieu les enrichira tous avec abondance » [voir: Coran 4 : 130]. Heureux ceux qui sont arrivĂ©s Ă  ce niveau et ont bu leur content dans le calice nivĂ©en devant ce Pilier vermeil.

(106)
Au cours de ce voyage, le chercheur s’est plongĂ© dans l’ocĂ©an de l’immortalitĂ©, a dĂ©tachĂ© son coeur de tout sauf de Dieu, est arrivĂ© aux plus hauts sommets de la vie Ă©ternelle et il ne voit plus d’anĂ©antissement ni pour lui ni pour les autres. Il boit Ă  la coupe de l’immortalitĂ©, marche sur ses terres, s’envole dans son atmosphĂšre, rencontre ceux qui en sont les Incarnations, prend sa part des fruits incorruptibles et impĂ©rissables de l’arbre de l’éternitĂ© et fait pour toujours partie des habitants du royaume Ă©ternel sur les sommets de l’immortalitĂ©.

(107)
Tout ce qui se trouve dans cette citĂ© perdurera et ne pĂ©rira jamais. Si, par la grĂące de Dieu, tu entrais dans ce jardin sublime et exaltĂ©, tu y verrais le soleil brillant au zĂ©nith sans jamais se coucher, sans jamais ĂȘtre Ă©clipsĂ©. Il en est de mĂȘme de la lune, du firmament, des Ă©toiles, des arbres, des ocĂ©ans et de tout ce qui existe lĂ . Par celui Ă  cĂŽtĂ© de qui il n’est pas d’autre Dieu ! si je devais dĂ©tailler jusqu’à la fin des temps, ces attributs merveilleux, l’amour que mon coeur ressent pour cette citĂ© sainte et Ă©ternelle ne serait toujours pas tari. Mais le temps est court, le questionneur impatient et je vais terminer mon sujet car ces secrets ne doivent ĂȘtre divulguĂ©s que par la grĂące de Dieu, le Tout-Puissant, l’IrrĂ©sistible.

(108)
Avant peu, le croyant pourra voir, aux jours de la derniĂšre rĂ©surrection, Celui-que-Dieu-manifestera descendre avec cette citĂ© depuis le paradis de l’invisible, accompagnĂ© de ses anges favoris. Grande est la bĂ©nĂ©diction de celui qui arrive en sa prĂ©sence et contemple son visage. Nous nous attachons tous Ă  cet espoir en nous exclamant : « LouĂ© soit-il car il est la VĂ©ritĂ© Ă©ternelle et c’est vers lui que nous retournerons ! »

(109)
Mais souviens-toi que si quelqu’un, embarquĂ© pour ces voyages et arrivĂ© jusqu’à ces hauteurs, tombait victime de l’orgueil et de la vanitĂ©, il perdrait tout Ă  la seconde mĂȘme, et sans mĂȘme le comprendre, il se retrouverait Ă  son point de dĂ©part. Ceux qui se languissent de lui et le recherchent dans ces voyages se reconnaissent Ă  ceci qu’ils s’en remettent humblement Ă  ceux qui croient en Dieu et en ses versets, qu’ils font preuve d’humilitĂ© devant ceux qui sont proches de lui et des Manifestations de sa beautĂ© et qu’ils s’inclinent en signe de soumission devant ceux qui sont fermement installĂ©s sur les hauteurs de la cause de Dieu et devant sa majestĂ©.

(110)
Car s’ils arrivaient au but ultime de leur recherche de Dieu et parvenaient en sa prĂ©sence, ils n’auraient fait qu’atteindre la demeure Ă©levĂ©e dans leur propre coeur. Comment pourraient-ils prĂ©tendre atteindre ces royaumes qui ne leur sont pas destinĂ©s et qui ne furent pas crĂ©Ă©s pour leur condition ? Qu’ils voyagent depuis l’éternitĂ© jusqu’à l’éternitĂ©, ils n’arriveront jamais jusqu’à celui qui est le coeur mĂȘme de l’existence et le centre de la crĂ©ation tout entiĂšre, celui d’oĂč sortent, par la main droite, les mers de grandeur, d’oĂč jaillissent, par la main gauche, les riviĂšres de puissance, celui dont la cour est inaccessible Ă  tous, sans parler de sa demeure elle-mĂȘme ! Car il demeure dans l’arche de feu, traverse, dans cette sphĂšre de feu, l’ocĂ©an de feu, et se dĂ©place dans l’atmosphĂšre de feu. Comment celui qui fut crĂ©Ă© d’élĂ©ments diffĂ©rents pourrait-il s’approcher de ce feu et mĂȘme y entrer ? S’il le faisait, il serait instantanĂ©ment consumĂ©.

(111)
Sache, de plus, que si la corde de l’aide qui relie ce puissant pivot aux habitants de la terre et du ciel se rompait, ils pĂ©riraient tous. Dieu, TrĂšs-Haut ! Comment l’humble poussiĂšre pourrait-elle jamais atteindre le Seigneur des seigneurs ? Dieu est immensĂ©ment plus exaltĂ© que ce qu’ils conçoivent dans leur coeur, incommensurablement plus glorieux que ce qu’ils lui attribuent.

(112)
Oui, le chercheur atteint un lieu dans lequel ce qui lui est destinĂ© n’a pas de limite. Le feu de l’amour brĂ»le en son coeur Ă  tel point qu’il ne connaĂźt plus de retenue. L’amour pour son Seigneur augmente sans cesse et le rapproche de son CrĂ©ateur en sorte que, si son Seigneur Ă©tait Ă  l’orient de la proximitĂ© et que lui habitait Ă  l’occident de l’éloignement, possĂ©dant tout ce que la terre contient d’or et de rubis, il abandonnerait tout pour se prĂ©cipiter vers la terre du DĂ©sirĂ©. Si tu le voyais agir diffĂ©remment, sache qu’il ne serait qu’un imposteur et un menteur. Nous appartenons tous Ă  celui que Dieu manifestera dans la derniĂšre RĂ©surrection et par lui nous serons ressuscitĂ©s.

(113)
Parce qu’aujourd’hui, nous n’avons pas encore levĂ© les voiles qui cachent la rĂ©alitĂ© de la cause de Dieu, ni dĂ©voilĂ© aux hommes les fruits qui poussent en ces lieux qu’il nous est interdit de dĂ©crire, tu les vois tous ivres d’insouciance. Car si la splendeur de ce rang Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ©e aux hommes ne serait-ce que dans la proportion d’un grain de moutarde, tu les verrais se rassembler devant le seuil de la misĂ©ricorde divine et s’avancer de tous cĂŽtĂ©s vers la cour de proximitĂ© dans les royaumes de la gloire divine. Mais nous l’avons cachĂ©, comme dĂ©jĂ  dit, afin que ceux qui croient se distinguent de ceux qui nient et que ceux qui se tournent vers Dieu se diffĂ©rencient de ceux qui s’en dĂ©tournent. Je proclame en vĂ©ritĂ© : « Il n’est pouvoir et force qu’en Dieu, le Secours, l’Absolu. »

(114)
C’est de lĂ  que le voyageur s’élĂšve jusqu’à une citĂ© sans nom ni description, dont on n’entend jamais parler. LĂ  ondoie l’ocĂ©an d’éternitĂ© alors que la citĂ© elle-mĂȘme tourne autour du siĂšge d’éternitĂ©. Le soleil de l’Invisible y brille resplendissant au-dessus de l’horizon de l’Invisible, un soleil qui a son propre ciel et ses propres lunes partageant sa lumiĂšre, s’élevant et se couchant sur l’ocĂ©an de l’Invisible. Je ne peux mĂȘme pas espĂ©rer partager une goutte de ce qui y fut dĂ©crĂ©tĂ© car nul ne connaĂźt ses mystĂšres sauf Dieu, son crĂ©ateur et façonneur, et ses Manifestations.

(115)
Sache enfin que lorsque nous entreprĂźmes de rĂ©vĂ©ler ces paroles et d’en Ă©crire quelques-unes, nous avions l’intention d’élucider pour Ton Éminence, avec les doux accents des bienheureux et des favoris de Dieu, tout ce que nous avions prĂ©cĂ©demment mentionnĂ© des paroles des ProphĂštes et des dires des Messagers. Mais le temps manque et l’émissaire que tu m’envoyas est pressĂ© de repartir. Ainsi avons-nous coupĂ© court Ă  notre discours et nous sommes-nous contentĂ© de ce qui prĂ©cĂšde, sans dĂ©crire complĂštement ces Ă©tapes d’une maniĂšre adĂ©quate. Nous avons omis de dĂ©crire de grandes citĂ©s et d’impressionnants voyages. La hĂąte du messager Ă©tait si grande que nous avons mĂȘme nĂ©gligĂ© de mentionner ces deux voyages importants de la rĂ©signation et du contentement.

(116)
Pourtant, si Ton Éminence mĂ©dite sur ce bref exposĂ©, tu acquerras sans doute toute connaissance, tu trouveras l’objet de tout savoir et tu t’exclameras : « Ces paroles suffisent Ă  toute la crĂ©ation visible et invisible. »

(117)
Et si, le feu de l’amour se dĂ©clarant en ton Ăąme, tu demandes : « Y en a-t-il encore ? » [voir: Coran, 50 : 30], nous disons : « LouĂ© soit Dieu, le seigneur des mondes ! »


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