ÔĽŅ Les leçons de Saint-Jean d'Acre (Religare - Bibliothèque des religions - Foi bahá'íe - Abdu'l-Bahá)
Religion bahá'íe

Les leçons de Saint-Jean d'Acre

Les leçons de Saint-Jean d'Acre (Abdu'l-Bahá)
Auteur: Abdu'l-Bah√° (révélation 1905-07)
Edition : MEB 1981 - isbn: 2-13-037588-

Table des matières

Introduction
1. Du r√īle des proph√®tes dans l'√©volution de l'humanit√©
   1.1. La nature est sous l'empire d'une loi g√©n√©rale unique
   1.2. Preuves et d√©monstrations de l'existence de Dieu
   1.3. De la n√©cessit√© d'un √©ducateur
   1.4. Abraham
   1.5. Mo√Įse
   1.6. Le Christ
   1.7. Muhammad
   1.8. Le Bab
   1.9. Bah√°'u'll√°h
   1.10. Preuves et arguments traditionnels tir√©s du livre de Daniel
   1.11. Commentaire du chapitre XI des r√©v√©lations de saint Jean
   1.12. Commentaire du chapitre XI d‚ÄôEsa√Įe
   1.13. Commentaire du chapitre XII des r√©v√©lations de saint Jean
   1.14. Preuves spirituelles
   1.15. O√Ļ se trouve la v√©ritable valeur de l'existence
2. Sur quelques points de la doctrine chrétienne
   2.1. Les choses intellectuelles ne tombant pas sous les sens
   2.2. La naissance du Christ
   2.3. La grandeur du Christ tient √† ses perfections
   2.4. Le bapt√™me du Christ
   2.5. De l'utilit√© du bapt√™me
   2.6. Le pain et le vin
   2.7. Les miracles
   2.8. La r√©surrection du Christ
   2.9. L'entr√©e du Saint-Esprit dans les ap√ītres
   2.10. Le Saint-Esprit
   2.11. Sur la seconde venue du Christ et le jour du Jugement dernier
   2.12. La Trinit√©
   2.13. La pr√©existence
   2.14. Comme tous meurent par Adam de m√™me tous revivront par Christ
   2.15. Adam et Eve
   2.16. Le blasph√®me contre le Saint-Esprit
   2.17. Il y a beaucoup d'appel√© et peu d'√©lus
   2.18. Le retour
   2.19. La confession de Pierre
   2.20. La pr√©destination
3. Sur les pouvoirs et la condition des manifestations de Dieu
   3.1. Les cinq aspects de l'esprit
   3.2. La Divinit√© ne peut √™tre connue que par l'interm√©diaire des manifestations de Dieu
   3.3. Les trois √©tats des manifestations de Dieu
   3.4. L'√™tre humain et l'√™tre spirituel chez les manifestations de Dieu
   3.5. Le savoir des manifestations de Dieu
   3.6. Les cycles universels
   3.7. Les pouvoirs des manifestations de Dieu et la limite de leur influence
   3.8. Les deux sortes de proph√®tes
   3.9. Les reproches adress√©s aux proph√®tes dans les saintes Ecritures
   3.10. Il n'y a point d'associ√© dans Son Infaillibilit√© supr√™me
4. Sur l'origine, les pouvoir et la condition de l'homme
   4.1. Modification des esp√®ces
   4.2. Le monde n'a pas eu de commencement. Origine de l'homme
   4.3. Diff√©rence entre l'homme et l'animal
   4.4. Croissance des √™tres et d√©veloppement de l'esp√®ce humaine
   4.5. Preuves spirituelles sur l'origine de l'esp√®ce humaine
   4.6. L'esprit et l'intelligence de l'homme ont toujours exist√©
   4.7. Raisons de l'apparition de l'esprit dans le corps
   4.8. Relation entre Dieu et la cr√©ature
   4.9. Sur la provenance des √Ęmes par rapport √† Dieu
   4.10. L'esprit, l'√Ęme, la raison
   4.11. Facult√©s physiques et facult√©s intellectuelles
   4.12. Les diff√©rents caract√®res de l'homme
   4.13. L'intelligence humaine et les manifestations de Dieu
   4.14. La connaissance de Dieu
   4.15. L'immoralit√© de l'esprit
   4.16. L'immortalit√© de l'esprit (suite)
   4.17. Les perfections de l'existence sont illimit√©es
   4.18. Sur le progr√®s de l'homme dans l'autre monde
   4.19. La condition de l'homme et ses progr√®s apr√®s la mort
   4.20. Commentaire sur un verset du Kitab-i-Aqdas
   4.21. Que devient l'√Ęme dou√©e de raison ? L'immortalit√© des enfants.
   4.22. La vie √©ternelle et l'entr√©e dans le royaume de Dieu
   4.23. La destin√©e
   4.24. Influence des √©toiles
   4.25. L'homme est-il libre de faire le bien ou le mal ?
   4.26. Visions et communications avec les esprits
   4.27. La gu√©rison des malades par des moyens spirituels
   4.28. La gu√©rison des malades par des moyens mat√©riels
5. Questions diverses
   5.1. La non-existence du mal
   5.2. Combien y a-t-il de sortes de ch√Ętiments ?
   5.3. Les gr√®ves
   5.4. De la justice et de la mis√©ricorde de Dieu
   5.5. Comment faut-il traiter tes criminels ?
   5.6. La r√©alit√© du monde ext√©rieur
   5.7. La v√©ritable pr√©existence
   5.8. La r√©incarnation
   5.9. Le panth√©isme
   5.10. Les quatre moyens d'acqu√©rir la connaissance
   5.11. Pourquoi il faut suivre les enseignements des manifestations de Dieu

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Introduction

Avant-propos

Saint-Jean-d'Acre ('Akka), petite ville historique en face du mont Carmel, sur une baie de la M√©diterran√©e, fut la derni√®re √©tape de Bah√°'u'll√°h exil√© de la Perse, son pays natal, pour avoir adh√©r√© √† la cause de Siyyid 'Ali Muhammad, dit ¬ę Le Bab ¬Ľ, qui y pr√™cha la r√©forme et le renouvellement de la religion.

Après l'exécution du Bab à Tabriz, en 1850, sur l'ordre du gouvernement de Nasiri'd-Din Shah, Bahá'u'lláh consacra sa vie à ce mouvement régénérateur.

Un certain laps de temps s'√©tant √©coul√©, il fit, √† Bagdad, premi√®re √©tape de son exil, en 1863, sa proclamation de la Religion bahá'íe. Le sultan Abdu‚Äôl-Aziz, se m√©fiant de son influence grandissante, le fit transf√©rer √† Constantinople, de l√† √† Andrinople et finalement √† Saint-Jean-d'Acre o√Ļ il fut incarc√©r√© dans les casernes qui servaient de prison. Sa famille et quelques disciples l'y suivirent. Deux ans plus tard, lui et les siens furent log√©s dans diff√©rentes demeures o√Ļ il fut confin√© pendant sept ans. Plus tard seulement, il put habiter hors des remparts de la ville.

Ce fut pendant son exil, long et pénible, que Bahá'u'lláh traita, dans ses écrits, de l'évolution spirituelle de l'homme, de la continuité de la révélation de Dieu par ses prophètes, de l'organisation économique et sociale du monde. Il souligna l'interdépendance des peuples, l'urgence d'un puissant parlement universel des nations avec un tribunal de justice pour établir et maintenir la paix.

A sa mort, en 1892, selon sa volonté, son fils Abdu'l-Bahá, connu en Syrie sous le nom d'Abbas Effendi, lui succéda comme chef des bahá'ís. Après la révolution dans l'Empire ottoman et la chute du sultan, les Jeunes Turcs, en 1908, libérèrent les prisonniers politiques et religieux de l'ancien régime, et quelques années plus tard Abdu'l-Bahá put se rendre en Egypte, en Europe et en Amérique du Nord. Il accueillait tous ceux qui venaient à lui. Il fut invité à parler dans les églises, les synagogues, les universités et dans les milieux les plus divers, des centres de Théosophie à l'Armée du Salut.

Il mourut √† Ha√Įfa, en 1921, au pied du mont Carmel et d√©signa, dans son testament, son petit-fils, Shoghi Effendi, comme premier Gardien de la foi bah√°'√≠e, mission qu'il remplit avec ma√ģtrise.

Le gouvernement d'Isra√ęl, comme l'avait fait le gouvernement du Royaume-Uni quand il avait mandat sur la Palestine, a reconnu que la Religion bahá'íe avait droit aux consid√©rations accord√©es aux grandes croyances poss√©dant des communaut√©s, des institutions et des √©difices en ¬ę Terre sainte¬Ľ.

Laura CLIFFORD BARNEY


Introduction à la première édition

¬ę Je vous ai consacr√© mes moments de fatigue ¬Ľ, me disait Abdu'l-Bah√°', un jour qu'il se levait de table apr√®s avoir r√©pondu √† quelqu'une de mes questions. Ainsi en √©tait-il toujours. Entre ses heures de travail, il se d√©lassait dans une activit√© nouvelle! Parfois, il pouvait parler longuement; mais souvent, alors m√™me que le sujet qu'il traitait e√Ľt demand√© de grands d√©veloppements, on venait le chercher au bout d'un moment; et des jours, des semaines passaient, sans qu'il p√Ľt trouver le temps de reprendre l'enseignement qu'il me donnait. Et pourtant je n'avais aucun m√©rite √† demeurer patiente, car j'avais continuellement devant les yeux la grande Le√ßon, la le√ßon de sa vie !

Lors de mes différents séjours à Saint-Jean-d'Acre, ces conversations furent sténographiées en persan, pendant qu'Abdu'l-Bahá parlait, sans la moindre idée alors de les publier, mais uniquement afin que je puisse les conserver pour des études ultérieures. Au début, elles devaient se prêter à la traduction orale de l'interprète; puis, plus tard, lorsque j'eus commencé à savoir le persan, elles devaient se confiner dans les limites étroites de mon vocabulaire. Ainsi s'expliquent les redites, et l'usage constant des mêmes allégories, chez un homme qui possède aussi merveilleusement sa langue et qui la manie avec autant d'élégance qu'Abdu'l-Bahá.

Dans ces le√ßons, c'est le ma√ģtre qui se met √† la port√©e de son √©l√®ve, ce n'est pas l'orateur ni le po√®te qui parle. Ce livre ne pr√©sente aussi que certains aspects de la r√©v√©lation bah√°'√≠e, dont la port√©e pourtant est universelle, et qui a, pour tout questionneur, des r√©ponses adapt√©es √† son degr√© de d√©veloppement et √† ses aspirations. C'est ainsi qu'en ce qui me concerne les r√©ponses furent simples, en rapport avec mes connaissances rudimentaires, et nullement avec l'importance des titres que, pour plus de clart√©, j'ai ajout√©s apr√®s coup en t√™te de chacune des conversations.

J'ai cru néanmoins que ce qui m'avait été si utile à moi-même pourrait aussi servir à d'autres, puisque tous, aussi bien, malgré les différences qui nous séparent, nous sommes unis dans notre besoin du Vrai et du Beau. Et j'ai demandé à Abdu'l-Bahá la permission de publier ces conversations.

Originellement, ces leçons ne furent pas données dans un ordre spécial, et je me suis bornée à les classer sommairement pour la commodité du lecteur. Ainsi qu'on s'en convaincra aisément, le persan a été suivi d'aussi près que possible, et seules, dans cette première édition, les notes les plus indispensables ont été ajoutées, afin de ne pas retarder une publication déjà depuis trop longtemps attendue (1).

Laura CLIFFORD BARNEY
Mai 1907


[nota : le texte persan de cet ouvrage a √©t√© √©dit√© sous le titre ¬ę An-N√ļru'l-Abba fi-Mufavadat Abdu'l-Bah√° ¬Ľ. La version anglaise est √©dit√©e sous le titre ¬ę Some Answered Questions ¬Ľ]


Introduction à l'édition de 1981

Pouvons-nous conna√ģtre Dieu ? Dieu existe-t-il ? Peut-on concilier l'enseignement religieux et la connaissance scientifique ? Qu'est-ce que l'homme ? Ces questions sont de celles qui √©taient autrefois consid√©r√©es comme √©tant exclusivement du ressort des philosophes et des th√©ologiens. Il n'en est plus de m√™me aujourd'hui : elles sont entr√©es dans le domaine public.

Notre civilisation affligée et désorientée, détachée des croyances et des valeurs qui l'avaient soutenue pendant des siècles, chancelle au bord de l'autodestruction. Nous qui en faisons partie, nous ressentons la disparition de deux choses que nos ancêtres considéraient comme tout à fait naturelles, à savoir la signification et le sens de la vie. Aujourd'hui, ces questions demandent des réponses.

Les le√ßons de Saint-Jean-d'Acre posent d'une fa√ßon attrayante, succincte et logique, non seulement des questions sur Dieu et sur la relation qui existe entre la science et la religion, mais un vaste √©ventail de questions d'int√©r√™t certain pour l'√Ęme en qu√™te de v√©rit√© religieuse ou pour l'esprit curieux et scientifique.

Les réponses sont celles d'Abdu’l-Bahá, fils du Prophète fondateur de la Foi Bahá'íe, une religion mondiale nouvelle et indépendante qui a des adeptes dans presque tous les pays. Les réponses ont été rassemblées à partir d'une série d'entretiens qu'il accorda au cours des repas en 1904, 1905 et 1906.

Dans chacune des cinq parties du livre, Abdu'l-Bahá donne des explications sur des sujets allant de la métaphysique à la réalité.

D'un c√īt√©, il entre dans le domaine philosophique pour discuter de sujets comme l'immortalit√©, la pr√©destination, le libre arbitre et la doctrine erron√©e de la r√©incarnation - en suivant toujours le sentier mystique avec beaucoup de sens pratique.

De l'autre, il parle de questions concernant l'organisation de la société humaine telles que le problème des grèves, le traitement des criminels et les rapports adéquats entre le capital et le travail, instillant dans ces questions normalement temporelles une signification spirituelle.

Dans la premi√®re partie des Le√ßons de Saint-Jean-d'Acre, Abdu'l-Bah√° donne des preuves √† la fois logiques et traditionnelles pour d√©montrer l'existence de Dieu et la n√©cessit√© d'Educateurs divins ou Manifestations de Dieu. Il consacre plusieurs causeries √† la vie et aux r√©alisations de quelques-unes de ces Manifestations divines dont Abraham, Mo√Įse, le Christ, Muhammad, le Bab et Bah√°'u'll√°h, les consid√©rant comme les maillons cons√©cutifs du plan r√©v√©l√© de Dieu pour l'√©ducation de l'humanit√©. Il r√©pand ainsi une nouvelle lumi√®re sur l'histoire religieuse et sur la nature de la religion elle-m√™me.

Abdu'l-Bahá revient au thème des Manifestations de Dieu dans la troisième partie de l'ouvrage dans laquelle il explique plus en détail le caractère, la station et les pouvoirs des Etres uniques choisis pour agir comme les porte-parole de Dieu.

Dans la deuxi√®me partie des Le√ßons de Saint-Jean-d'Acre, Abdu'l-Bah√° pr√©sente le point de vue bah√°'√≠ sur un certain nombre de sujets chr√©tiens √©pineux. Il accorde une attention particuli√®re √† la question du ¬ę retour ¬Ľ ou Seconde Venue du Christ.

Les lecteurs instruits dans la doctrine chrétienne traditionnelle sont certains de trouver étonnamment nouvelle et lumineuse sa façon d'aborder des sujets comme la naissance du Christ, la résurrection, le baptême, la signification de l'Eucharistie, les miracles du Christ et la Trinité.

Dans la quatrième partie du livre, Abdu'l-Bahá considère l'origine, les pouvoirs et les conditions de l'homme. L'affirmation bahá'íe quant à l'existence d'une harmonie et d'un accord sous-jacents entre la science et la religion prend toute sa réalité dans l'explication qu'il donne de l'origine et du développement de l'espèce humaine.

La cinquième et dernière partie est consacrée à des sujets divers comprenant des discussions à propos de la connaissance humaine et du panthéisme.

Les le√ßons de Saint-Jean-d'Acre, tant par le style que par la structure, diff√®rent des autres ouvrages d'Abdu‚Äôl-Bah√°. Son Testament, √©crit en trois parties, atteste l'autorit√© de l'Ordre Administratif de la Foi Bah√°'√≠e, garantit son int√©grit√© et son unit√©. Le secret de la civilisation divine est un trait√© sur l'√©tat g√©n√©ral de la civilisation moderne. Le Traveller's Narrative est une chronique des d√©buts de la Foi B√°b√≠e et de la Foi Bah√°'√≠e. ¬ę Memorials of the Faithful ¬Ľ renferme les souvenirs d'Abdu'l-Bah√° sur soixante-neuf des premiers bah√°'√≠s, tous li√©s par leur amour pour Bah√°'u'll√°h.

Seules Les leçons de Saint-Jean-d'Acre, qui prennent forme à partir de questions posées à Abdu'l-Bahá pendant les repas, offrent au lecteur des essais sur des thèmes divers ; on peut lire ces essais au cours de réunions, chacun d'eux pouvant être considéré comme un sujet séparé d'étude et de réflexion ou comme une partie d'un tout qui émerge de l'ensemble des causeries.

La plupart de ces causeries sont courtes. Toutes portent l'empreinte de la conversation. Toutes donnent des images lucides et concr√®tes pour clarifier des sujets difficiles. L'humour all√®ge le s√©rieux. A chaque tournant, ¬ę simplicit√© brillante ¬Ľ, ¬ę pouvoir de persuasion ¬Ľ et ¬ę conviction ¬Ľ font la lumi√®re sur les principes de base et les points subtils de la croyance bah√°'√≠e.

La Foi Bah√°'√≠e a √©t√© fond√©e par Mirza Husayn 'Ali (1817-1892), connu sous le nom de Bah√°'u'll√°h, la ¬ę Gloire de Dieu ¬Ľ. Les origines de la Foi Bah√°'√≠e sont intimement li√©es √† la Foi B√°b√≠e, fond√©e en Perse (Iran) en 1844 par Mirza 'Ali-Muhammad (1819-1850), connu sous le nom de Bab, ou la ¬ę Porte ¬Ľ.

Le Bab annonça qu'il n'était pas seulement le fondateur d'une religion indépendante mais le héraut d'un nouveau prophète ou messager de Dieu beaucoup plus grand que lui, qui inaugurerait une ère de paix pour toute l'humanité.

En 1863, Bahá'u'lláh déclara qu'Il était Celui que le Bab avait annoncé. Les enseignements de Bahá'u'lláh amenèrent rapidement le gouvernement persan et le clergé musulman à entrer en conflit avec Lui et Il fut exilé d'Iran en différents lieux de l'Empire ottoman. En 1868, Il fut envoyé comme prisonnier dans la cité forteresse d'Akka, en Terre sainte ; Il décéda en 1892, dans les environs de cette ville.

Dans son Testament Il d√©signa son fils a√ģn√©, Abdu'l-Bah√° (1844-1921), comme son successeur √† la t√™te de la communaut√© bah√°'√≠e et comme l'interpr√®te des √©crits bah√°'√≠s.

A son tour, Abdu'l-Bah√° d√©signa l'a√ģn√© de ses petits-fils, Shoghi Effendi (1897-1957), comme son successeur, comme le Gardien de la Cause et l'interpr√®te autoris√© des enseignements bah√°'√≠s.

Les affaires de la communauté mondiale bahá'íe sont aujourd'hui administrées par la Maison Universelle de Justice, conseil élu suprême de la Foi Bahá'íe.

Les principaux enseignements de la Foi Bahá'íe sont l'unicité de Dieu, l'unité de la religion et l'unité de l'humanité. Les principes fondamentaux proclamés par Bahá'u'lláh sont que la vérité religieuse n'est pas absolue mais relative; que la Révélation divine est continue et progressive ; que toutes les grandes religions du monde sont d'origine divine; et que leurs missions représentent les étapes successives de l'évolution spirituelle de la société humaine.

Etant donné que Bahá'u'lláh enseigne que le but de la religion est de promouvoir la concorde et l'unité et que la religion est le premier facteur de la réalisation de la paix et du progrès méthodique de la société, les écrits bahá'ís donnent le schéma des institutions nécessaires à l'établissement de la paix et de l'ordre mondial.

Celles-ci comprennent une f√©d√©ration mondiale ou ¬ę Commonwealth ¬Ľ, avec des branches ex√©cutive, l√©gislative et judiciaire ; une langue auxiliaire universelle ; une √©conomie mondiale; un m√©canisme d'intercommunications mondiales et un syst√®me universel des monnaies, poids et mesures.

Les √©crits bah√°'√≠s fournissent √©galement des directives explicites qui permettent aux bah√°'√≠s (adeptes de Bah√°'u'll√°h) d'atteindre le but fondamental de la vie humaine qui est de conna√ģtre et d'adorer Dieu et de ¬ę faire aller de l'avant une civilisation toujours en progr√®s ¬Ľ - tout en s'effor√ßant de r√©aliser l'unit√© de l'humanit√©, la paix mondiale et l'ordre mondial.

C'est ainsi que, selon les écrits bahá'ís, il faut entretenir un bon caractère et développer des qualités spirituelles telles que l'honnêteté, la loyauté, la compassion et la justice. Cela par la prière, la méditation et le travail accompli dans un esprit de service envers l'humanité, actions qui, pour les bahá'ís, équivalent à adorer Dieu.

Pour la mise en application du principe bahá'í de l'unité organique de l'humanité, les écrits bahá'ís demandent que soient déracinés les préjugés de race, de croyance, de classe, de nationalité et de sexe.

Ils requièrent l'élimination systématique de toutes les formes de superstition qui entravent le progrès de l'homme, ainsi que la réalisation d'un équilibre entre les aspects matériel et spirituel de la vie, ces deux aspects reposant sur la compréhension des principes d'une recherche indépendante de la vérité et de l'harmonie de la science et de la religion qui sont deux facettes de la vérité.

Ils encouragent le développement des talents et capacités uniques de chaque individu par la poursuite de la connaissance et l'acquisition de compétences, car la pratique d'un commerce ou d'une profession est nécessaire, non seulement pour la satisfaction personnelle de chacun mais également pour l'enrichissement de la société dans son ensemble.

Ils engagent à la pleine participation des hommes et des femmes dans tous les aspects de la vie de la communauté, y compris dans les processus électoral et administratif, dans les décisions, dans la réalisation du principe bahá'í d'opportunités égales, de droits et de privilèges égaux pour les deux sexes.

Ils incitent à l'établissement du principe de l'éducation obligatoire universelle.

Les leçons de Saint-Jean-d'Acre ont fait l'objet de plusieurs éditions depuis leur première publication à Londres en 1908. C'est toujours l'un des ouvrages les plus populaires et les plus recherchés de la littérature en expansion de la Foi Bahá'íe.

Plus important encore, ce livre a occupé une place significative dans la littérature sacrée de la Foi puisqu'il est l'une des très rares compilations de paroles d'Abdu'l-Bahá authentifiées par Abdu'l-Bahá lui-même. Cette nouvelle édition constitue une fois encore un matériel aisément disponible et sans prix pour celui qui étudie les enseignements bahá'ís et pour le chercheur.


1. Du r√īle des proph√®tes dans l'√©volution de l'humanit√©

1.1. La nature est sous l'empire d'une loi générale unique

(1.1.1)
La Nature est cet état, cette réalité, représentée, en apparence, par la vie et la mort ou, en d'autres termes, par la formation et la décomposition de toutes choses.

(1.1.2)
Cette Nature est soumise à une organisation absolue, à des lois déterminées, à un ordre complet, et à un plan achevé dont elle ne s'écarte jamais.

(1.1.3)
A tel point que, pour qui examine d'un regard minutieux et d'un oeil acéré, depuis le plus petit atome existant jusqu'aux plus grands corps de l'univers, comme le globe solaire ou les autres astres et corps lumineux, tout, soit au point de vue de l'arrangement ou de la composition, soit sous le rapport de la forme ou du mouvement, est absolument organisé; et tout est sous l'empire d'une loi universelle, dont il n'y a pas moyen de s'écarter.

(1.1.4)
Et lorsque vous regardez la Nature elle-m√™me, vous voyez qu'elle n'a ni intelligence, ni volont√©. Ainsi, la nature du feu est de br√Ľler : il br√Ľle sans volont√© ni intelligence.

(1.1.5)
L'eau, par nature, est fluide : elle coule sans volonté ni intelligence; le soleil, par nature, est resplendissant : il brille sans volonté ni intelligence; la vapeur, par nature, s'élève dans l'air : elle s'élève sans volonté ni intelligence.

(1.1.6)
Il appara√ģt donc clairement que les mouvements naturels de toutes les choses sont des mouvements forc√©s; aucun n'est d√Ľ √† la volont√©, si ce n'est chez les animaux et surtout chez l'homme.

(1.1.7)
L'homme peut même s'opposer et résister à la Nature, car il a découvert le caractère des choses, et par là il arrive à commander aux forces de la Nature; toutes ces inventions qu'il a faites viennent de cette découverte.

(1.1.8)
Par exemple, il a inventé le télégraphe qui met en communication l'Orient et l'Occident. Il est donc évident que l'homme commande à la Nature. [nota : la foi bahá’íe n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et si elle se sert d'une terminologie passée dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la portée symbolique]

(1.1.9)
En présence d'organisations, d'arrangements, de règles pareils à ce que vous voyez dans le monde, est-il possible de dire que c'est le simple effet de la Nature, bien qu'elle n'ait ni intelligence ni perception ?

(1.1.10)
Il devient alors √©vident que cette Nature qui n'a ni perception ni intelligence est entre les mains du Tout-Puissant qui est le gouverneur du monde de ta Nature; tout ce qu'Il veut, Il le fait appara√ģtre dans la Nature.

(1.1.11)
Parmi l'ensemble des choses qui sont survenues dans le monde et font partie des nécessités naturelles, se trouve la vie humaine.

(1.1.12)
Sous ce rapport, l'homme est la branche, la Nature est la souche; se peut-il que la volonté, l'intelligence, les qualités qui se trouvent dans la branche ne soient pas dans la souche ?

(1.1.13)
Il est dit que la Nature, dans sa propre essence, est entre les mains du pouvoir de Dieu, et ce Dieu vivant est tout-puissant : Il a mis la Nature sous l'égide de règlements et de lois de vérité, et Il la régit.


1.2. Preuves et démonstrations de l'existence de Dieu

(1.2.1)
Parmi les preuves et les démonstrations de l'existence de Dieu se trouve le fait que l'homme ne s'est pas créé lui-même et que son créateur, son dessinateur, est un autre que lui.

(1.2.2)
II est certain et hors de doute que le créateur de l'homme n'est pas comme l'homme, car un être impuissant ne peut créer un autre être, et il faut que le créateur, l'agent actif, réunisse toutes les perfections pour pouvoir inventer sa création.

(1.2.3)
Se peut-il que la création soit parfaite, et que le créateur soit imparfait? Une peinture peut-elle être un chef-d'oeuvre si l'artiste est imparfait, puisque cette oeuvre d'art est sa création? Non, la peinture ne peut même pas être comme le peintre. S'il en était autrement, la peinture se serait faite elle-même. Tandis que la peinture, quel que soit son degré de perfection, en comparaison de celui qui l'a faite, se trouve au dernier degré de l'imperfection. Le monde contingent est une source d'imperfections.

(1.2.4)
Dieu est une mine de perfections; et les imperfections du monde contingent sont en elles-mêmes des preuves des perfections de Dieu.

(1.2.5)
De même, si vous regardez un homme, vous voyez qu'il est faible, et cette faiblesse même de la créature est une preuve de la puissance de Dieu Tout-Puissant; car s'il n'y avait pas de puissance, on ne pourrait imaginer la faiblesse; donc la faiblesse de la créature est une preuve de la puissance du Créateur : tant qu'il n'y avait pas de puissance, il ne pouvait pas y avoir de faiblesse, et la faiblesse elle-même nous apprend que la puissance existe dans le monde.

(1.2.6)
De même, dans le monde contingent, il y a la pauvreté; nécessairement la richesse existe, car la pauvreté se rencontre dans le monde.

(1.2.7)
Dans le monde contingent se trouve l'ignorance; nécessairement le savoir existe, car l'ignorance se rencontre; et si, également, il n'y avait pas de savoir, il n'y aurait pas non plus d'ignorance : l'ignorance est la non-existence du savoir, et s'il n'y avait pas d'existence, la non-existence ne se concevrait pas.

(1.2.8)
Le monde contingent tout entier est soumis √† une loi et √† un ma√ģtre auxquels il ne peut jamais d√©sob√©ir : l'homme lui-m√™me est soumis √† la mort, au sommeil, et √† d'autres conditions; c'est-√†-dire que, sous certains rapports, il est gouvern√©, et cet √©tat implique n√©cessairement l'existence d'un gouverneur.

(1.2.9)
Puisque la qualité des contingences est la relativité, et que cette relativité est une nécessité essentielle, il doit y avoir un être indépendant, dont l'indépendance soit essentielle.

(1.2.10)
De même, un malade nous enseigne que l'homme valide existe, car autrement on ne pourrait prouver qu'il est malade.

(1.2.11)
Il est donc évident qu'un Dieu Tout-Puissant existe, possesseur de toutes les perfections, car s'Il ne les possédait pas toutes Il serait comme Sa création.

(1.2.12)
Et de même dans le monde de l'existence, la plus infime des choses créées prouve l'existence du Créateur : ce pain est une preuve que quelqu'un l'a créé.

(1.2.13)
Dieu glorieux! le moindre changement dans la forme du plus simple objet est une preuve de l'existence d'un créateur !

(1.2.14)
Et ce monde glorieux, infini, se serait créé lui-même, et n'existerait que par l'activité des éléments et de la matière ? Cela est faux de toute évidence.

(1.2.15)
Toutes ces choses sont des preuves combin√©es pour des √™tres faibles; mais, pour qui ouvre l'oeil de la vision interne, cent mille arguments √©vidents deviennent aussit√īt visibles.

(1.2.16)
C'est ainsi que, lorsque l'homme sent en lui l'esprit, il n'a plus besoin de preuves de l'existence de l'esprit; mais pour ceux qui sont privés des bienfaits de l'esprit, il faut apporter des preuves du dehors.


1.3. De la nécessité d'un éducateur

(1.3.1)
Lorsque nous jetons un regard sur le monde, nous voyons que le monde minéral, le monde végétal, le monde animal, le monde humain dépendent tous d'un éducateur.

(1.3.2)
Si la terre n'avait pas d'√©ducateur, elle deviendrait une jungle o√Ļ pousseraient des herbes folles. Mais si un cultivateur vient et la laboure, elle produit des moissons qui nourrissent les √™tres vivants. Il est donc √©vident que la terre d√©pend des soins que lui donne le cultivateur.

(1.3.3)
Considérez les arbres; s'ils demeurent incultes, ils ne donnent pas de fruits, et s'ils ne donnent pas de fruits, ils deviennent inutiles. Mais, s'ils reçoivent les soins d'un jardinier, ces arbres stériles deviennent fruitiers; et par la culture, la fertilisation et la greffe, l'arbre aux fruits amers donne des fruits savoureux.

(1.3.4)
Ces preuves sont logiques et, en ces jours, les peuples du monde ont besoin de preuves logiques.

(1.3.5)
De même chez les animaux; remarquez que, lorsque l'animal est éduqué, il devient domestique, et que, lorsque l'homme est inéduqué, il devient bestial. Bien plus, si vous le laissez sous l'empire de la nature, il devient pire qu'un animal, tandis que, éduqué, il devient un ange!

(1.3.6)
En effet, la plupart des animaux ne dévorent pas leurs semblables, tandis qu'au Soudan, dans les régions centrales de l'Afrique, l'homme tue et mange ses pareils.

(1.3.7)
Maintenant, consid√©rez que c'est l'√©ducation qui r√©unit l'Orient et l'Occident sous la loi de l'homme, c'est l'√©ducation qui fait appara√ģtre toutes ces merveilleuses inventions, c'est l'√©ducation qui produit ces sciences et ces arts √©minents, c'est l'√©ducation qui fait ces nouvelles d√©couvertes et met en √©vidence ces institutions!

(1.3.8)
Et s'il n'y avait pas d'éducateur, ces conforts, ce progrès ou cette civilisation n'existeraient pas.

(1.3.9)
Si vous laissez un homme dans un d√©sert o√Ļ il ne voit aucun de ses semblables, sans nul doute il deviendra un v√©ritable animal : il est donc clair qu'un √©ducateur est n√©cessaire.

(1.3.10)
Mais il y a trois sortes d'éducations : l'éducation matérielle, l'éducation humaine, l'éducation spirituelle.

(1.3.11)
L'éducation matérielle a pour but les progrès et les développements du corps, en facilitant les moyens de vivre, en aidant à acquérir le confort et la tranquillité : cette éducation est commune à l'homme et aux animaux.

(1.3.12)
L'éducation humaine implique civilisation et progrès, c'est-à-dire : gouvernement, administration, oeuvres de bienfaisance, activités commerciales, artisanat, sciences, grandes inventions et découvertes, institutions soigneusement élaborées; ces activités sont essentielles à l'homme et le distinguent de l'animal.

(1.3.13)
L'√©ducation divine est l'√©ducation en vue du royaume. Elle consiste √† acqu√©rir les perfections divines, et c'est la v√©ritable √©ducation; car, dans cet √©tat, l'homme devient le centre des b√©n√©dictions divines, et la manifestation de ¬ę faisons l'homme √† notre image et √† notre ressemblance ¬Ľ. Tel est le but du monde humain.

(1.3.14)
Maintenant, il nous faut un éducateur qui soit à la fois matériel, humain et spirituel, ayant une influence effective dans toutes les conditions.

(1.3.15)
Que si quelqu'un disait : ¬ę Je poss√®de une raison et une intelligence parfaites, et je n'ai pas besoin d'un tel √©ducateur ¬Ľ, il nierait l'√©vidence, comme un enfant qui dirait : ¬ę Je n'ai pas besoin d'√©ducation, j'agirai selon ma raison et mon intelligence, et ainsi j'atteindrai les perfections de l'existence ¬Ľ; ou bien comme un aveugle qui dirait : ¬ę Je n'ai pas besoin d'yeux, puisqu'il y a tant d'aveugles qui vivent facilement. ¬Ľ

(1.3.16)
Il est donc clair et évident que l'homme a besoin d'un éducateur, lequel, sans aucun doute, doit être parfait sous tous les rapports, et supérieur à tous les hommes. Car s'il est comme le reste de l'humanité, il ne peut être leur éducateur; surtout étant donné qu'il doit être à la fois un éducateur matériel, humain et spirituel :

(1.3.17)
c'est-à-dire qu'il doit apprendre aux hommes à organiser et à diriger les affaires matérielles et à élaborer un ordre social, pour que règnent dans existence coopération et aide mutuelle, de sorte que ces questions matérielles soient arrangées et réglées pour toutes les circonstances.

(1.3.18)
De la même manière, il doit établir les bases de l'éducation humaine; c'est-à-dire qu'il devra éduquer les intelligences et les pensées de telle façon qu'elles puissent faire les plus grands progrès, que les sciences et les connaissances se développent, que l'on découvre la réalité des choses, les mystères des existences et les propriétés des créatures et que, de jour en jour, l'instruction, les inventions, les institutions soient améliorées; et, des connaissances tirées de la perception des sens, il déduira celles qui relèvent uniquement de l'intellect.

(1.3.19)
Et de même, il fera l'éducation spirituelle, afin que la raison et l'intelligence pénètrent le monde métaphysique, qu'elles reçoivent les bienfaits qu'on retire des brises sacrées du Saint-Esprit, et qu'elles entrent en relation avec l'Assemblée suprême;

(1.3.20)
que la r√©alit√© de l'homme devienne le th√©√Ętre des qualit√©s de Dieu, au point que tous les noms et attributs divins resplendissent dans le miroir de cette r√©alit√©, et que le verset sacr√© : ¬ę Nous le ferons √† notre image et √† notre ressemblance ¬Ľ soit r√©alis√©.

(1.3.21)
Il est évident que l'homme n'a pas le pouvoir de remplir une fonction aussi grande et que, par le jeu de la raison seule, il ne pourrait prendre la responsabilité d'une telle oeuvre.

(1.3.22)
Comment un être isolé pourrait-il, sans aide et sans soutien, jeter les fondements d'une construction aussi élevée ? Il faut donc que le pouvoir céleste et divin vienne à son secours, afin qu'il puisse entreprendre cette mission.

(1.3.23)
Seule, une essence sainte peut donner la vie au monde des humains, changer l'aspect du globe terrestre, faire progresser les intelligences, faire vivre les √Ęmes, jeter les bases d'une nouvelle existence, √©tablir de nouvelles fondations, donner une organisation au monde, amener les religions et les peuples √† l'ombre d'un drapeau unique, affranchir la cr√©ature du monde des imperfections et des vices, et lui inspirer le d√©sir et le besoin des perfections naturelles aussi bien qu'acquises.

(1.3.24)
Certes, il faut qu'un pareil pouvoir vienne de Dieu pour accomplir une telle oeuvre ! Nous devons examiner ceci avec justice, car c'est ici la place de la justice.

(1.3.25)
Une cause que tous les gouvernements et les peuples du monde, avec toutes leurs forces et leurs arm√©es, ne peuvent r√©ussir √† promulguer et √† r√©pandre, une seule √Ęme sainte, sans aide ni soutien, peut la r√©pandre! Cela est-il possible √† l'aide des seules forces humaines ? Non, par Dieu !

(1.3.26)
Ainsi, seul et sans aide, le Christ a élevé la bannière de la paix et de la droiture, tandis que tous les puissants gouvernements, avec toutes leurs armées, sont incapables de le faire.

(1.3.27)
Regardez quel fut le destin de tant d'Etats et de peuples divers : l'Empire romain et tous les pays qui devaient devenir la France, l'Allemagne, la Russie, l'Angleterre, etc.;

(1.3.28)
tous, ils ont pénétré sous une même tente : je veux dire que l'apparition du Christ fut, pour ces nations diverses, une cause d'union; si bien que certaines d'entre elles, qui étaient devenues chrétiennes, furent tellement unies qu'elles sacrifièrent l'un e pour l'autre leurs vies et leurs biens;

(1.3.29)
et cela surtout au temps de Constantin qui fut le protagoniste du triomphe du christianisme. Après lui, pour diverses raisons, la division ne tarda pas à éclater parmi ces peuples.

(1.3.30)
Cela pour dire que le Christ a uni ces nations mais qu'après un certain temps les gouvernements devinrent cause de discorde.

(1.3.31)
Ce que je veux dire, c'est que le Christ a soutenu une cause que tous les rois de la terre ne pouvaient établir : il a uni des religions diverses et il a modifié des coutumes anciennes.

(1.3.32)
Voyez combien il y avait de divergences entre les Romains, les Grecs, les Syriens, les Ph√©niciens, les Egyptiens, les Isra√©lites et les autres peuples de l'Europe : le Christ les a toutes fait dispara√ģtre, et il fut la cause de l'amour entre tous ces peuples.

(1.3.33)
Bien que, après quelque temps, les gouvernements aient détruit cette union, le Christ pourtant avait accompli son oeuvre!

(1.3.34)
Donc, l'éducateur parfait doit être à la fois matériel, humain et spirituel : il doit avoir un pouvoir surnaturel, afin de tenir le rang d'éducateur divin.

(1.3.35)
S'il ne manifeste pas un tel pouvoir, il ne pourra être un éducateur, car s'il est imparfait, comment fera-t-il une éducation parfaite ? s'il est ignorant, comment instruira-t-il les autres ? s'il est inique, comment rendra-t-il les autres justes ? s'il est attaché à ce monde matériel, comment rendra-t-il les autres divins ?

(1.3.36)
Maintenant, réfléchissons avec équité : ces manifestations divine qui sont venues, possédaient-elles toutes ces qualités, oui ou non ? Si ces prophètes ne possédaient pas ces qualités, ces perfections, ils n'étaient pas de vrais éducateurs. [nota : les Manifestations divines sont les grands éducateurs, les prophètes indépendants, fondateurs de religions]

(1.3.37)
Il faut donc que nous prouvions aux gens intelligents, par des arguments de raison, le caract√®re proph√©tique de Mo√Įse, du Christ et des autres manifestations divines. Et ces preuves et arguments que nous mentionnerons seront tir√©s de la raison, non des traditions.

(1.3.38)
C'est par des arguments de raison qu'il a été prouvé que le monde de l'existence a le plus grand besoin d'un éducateur, et que son éducation ne peut être réalisée que par le pouvoir divin.

(1.3.39)
Il n'y a pas de doute que ce pouvoir divin soit la révélation; et que l'éducation des peuples doive se faire par ce pouvoir qui est supérieur aux forces humaines.


1.4. Abraham

(1.4.1)
L'un de ceux qui poss√©daient ce pouvoir, qui en re√ßurent le secours, fut Abraham. La preuve en est qu'il naquit en M√©sopotamie, d'une famille o√Ļ l'on ignorait l'unit√© de Dieu.

(1.4.2)
Il s'éleva contre sa nation et son gouvernement et même contre sa propre famille, il renia tous leurs dieux, et à lui seul, sans aide, il résista à un peuple puissant; cette opposition et cette résistance n'étaient pourtant ni faciles ni aisées.

(1.4.3)
C'est comme si de nos jours quelqu'un, chez un peuple chrétien, attaché à la Bible et à l'Evangile, allait renier le Christ, ou si, dans l'entourage du pape (à Dieu ne plaise), il blasphémait le Christ et résistait à tout un peuple, avec la plus grande énergie!

(1.4.4)
Et ces gens-là n'avaient pas qu'un Dieu, au contraire ils étaient attachés à des dieux différents à qui ils attribuaient des miracles.

(1.4.5)
Aussi chacun s'éleva-t-il contre Abraham : nul ne le soutint si ce n'est son neveu Loth, et un ou deux personnages sans importance.

(1.4.6)
Enfin, r√©duit √† la plus grande d√©tresse par suite de l'extr√™me opposition de ses ennemis, il dut quitter sa patrie. En r√©alit√©, ceux-ci le chass√®rent pour causer sa ruine et sa perte, et pour qu'aucune trace ne subsist√Ęt de lui.

(1.4.7)
Abraham se rendit alors dans ces contrées, c'est-à-dire en Terre sainte. Ce que je veux dire, c'est que ses ennemis pensaient, par cet exil, parvenir à le détruire et à le ruiner; car en vérité, si un homme est chassé de sa patrie, privé de ses droits, et opprimé de toutes les manières, même si c'est un roi, il sera anéanti.

(1.4.8)
Mais Abraham r√©sista et fit preuve d'une d√©termination extraordinaire jusqu'√† ce qu'il e√Ľt √©tabli l'unit√© de Dieu dans cette g√©n√©ration polyth√©iste - et Dieu fit de cet exil la gloire √©ternelle d'Abraham.

(1.4.9)
Cet exil fut la cause du progrès de la postérité d'Abraham et la Terre sainte lui fut donnée.

(1.4.10)
A cause de cet exil, les enseignements d'Abraham se répandirent et, parmi ses descendants, on trouve un Jacob, on découvre un Joseph qui devint gouverneur de l'Egypte.

(1.4.11)
A cause de cet exil encore, un Mo√Įse et un √™tre comme le Christ se manifest√®rent dans sa post√©rit√©. Cet exil eut pour cons√©quence la rencontre avec Agar qui donna naissance √† un Isma√ęl dont l'un des descendants fut Muhammad. II permit encore que, parmi ses descendants, on trouve les proph√®tes d'Isra√ęl et que paraisse le Bab. Et il en sera ainsi pour l'√©ternit√©.

(1.4.12)
A cause de cet exil enfin, toute l'Europe et presque toute l'Asie se rang√®rent sous l'ombre du Dieu d'Isra√ęl.

(1.4.13)
Voyez quelle est la puissance qui a permis à un homme ayant fui son pays de fonder une telle famille, d'établir une telle foi, de promulguer de tels enseignements! Maintenant, peut-on dire que tout cela survint fortuitement ? II faut être juste : cet homme était-il un éducateur ou non ?

(1.4.14)
Puisque l'exil d'Abraham, depuis Our jusqu'à Alep, en Syrie, a donné ce résultat, il faut penser à l'effet qui résultera de l'exil de Bahá'u'lláh, déplacé plusieurs fois : de Tihran à Bagdad, puis à Constantinople, en Roumélie et en Terre sainte. Considérez donc quel parfait éducateur fut Abraham.


1.5. Mo√Įse

(1.5.1)
Mo√Įse √©tait un berger qui v√©cut longtemps √† la campagne.

(1.5.2)
A ne juger que par les apparences, c'√©tait un homme qui avait √©t√© √©lev√© dans une maison o√Ļ r√©gnait l'iniquit√©. Parmi les hommes, il √©tait connu pour avoir commis un meurtre avant de devenir berger; aupr√®s des officiers et du clerg√© du Pharaon, il √©tait d√©test√© et ha√Į au supr√™me degr√©.

(1.5.3)
Ce fut un tel individu qui affranchit une grande nation des cha√ģnes de l'esclavage, la rendit heureuse, la fit sortir d'Egypte et l'amena en Terre sainte.

(1.5.4)
Cette nation était arrivée au dernier degré de la décadence : elle parvint au sommet de la gloire. C'était un peuple de prisonniers, ils devinrent libres; c'étaient les plus ignorants des hommes, ils devinrent les plus savants.

(1.5.5)
Gr√Ęce √† leurs institutions, ils finirent par √™tre exalt√©s parmi toutes les nations, et leur renomm√©e parvint √† tous les horizons. Les choses en arriv√®rent au point que lorsqu'un homme d'une nation voisine voulait louer un individu, il disait : ¬ę Certes, c'est un Isra√©lite. ¬Ľ

(1.5.6)
Mo√Įse √©tablit les lois et ordonnances, par lesquelles il r√©nova le peuple d'Isra√ęl, et le fit parvenir au plus haut degr√© de civilisation de l'√©poque.

(1.5.7)
Il parvint √† un tel d√©veloppement que les philosophes de la Gr√®ce vinrent acqu√©rir la connaissance aupr√®s des √©rudits d'Isra√ęl.

(1.5.8)
Tel Socrate, qui vint en Syrie, et prit des Beni-Isra√ęl les enseignements sur l'unit√© de Dieu et l'√©ternit√© de l'√Ęme apr√®s la mort, puis, √©tant retourn√© en Gr√®ce, les y promulgua.

(1.5.9)
Alors les Grecs le contredirent, l'accus√®rent d'impi√©t√©, le firent compara√ģtre devant l'Ar√©opage, et lui donn√®rent du poison.

(1.5.10)
Voyons! un homme qui bégayait, qui, après avoir été élevé dans la maison du Pharaon, passait pour être devenu un meurtrier, celui que, pendant longtemps, la crainte avait réduit à vivre caché, à devenir berger, c'est un tel homme qui vient, et établit dans le monde une cause si grande que les plus grands philosophes de la terre n'ont jamais reçu la millième partie d'un tel pouvoir!

(1.5.11)
C'est un prodige extraordinaire! Un homme dont la langue balbutiait, qui certainement ne pouvait parler correctement, est parvenu à établir une telle cause! S'il n'avait pas été aidé par la puissance divine, jamais il n'aurait pu arriver à exécuter cette grande oeuvre. Ce ne sont pas des arguments que l'on puisse réfuter.

(1.5.12)
Des philosophes mat√©rialistes, des penseurs grecs, les grands hommes de Rome furent fameux dans le monde, bien que chacun d'eux ne se f√Ľt sp√©cialis√© que dans une des branches de la connaissance.

(1.5.13)
Ainsi Hippocrate en médecine, Aristote en dialectique et en logique, Platon en morale et en théologie, parvinrent à la célébrité.

(1.5.14)
Comment se fait-il qu'un berger ait pu acquérir la totalité de ces sciences ? II est hors de doute qu'un tel homme fut secouru par une puissance extraordinaire.

(1.5.15)
De plus, remarquez combien furent pénibles les épreuves et les difficultés que le peuple eut à surmonter.

(1.5.16)
Mo√Įse, pour emp√™cher un acte de violence, frappa un Egyptien, et il passa ensuite parmi les hommes pour un meurtrier, d'autant plus compromis que celui qu'il avait tu√© appartenait √† la nation dominante. II prit donc la fuite.

(1.5.17)
Après cela, il fut élevé au rang de prophète, malgré sa mauvaise réputation. A quel point dut-il être assisté par une puissance surnaturelle, pour pouvoir établir ces grandes institutions, et ces lois matérielles!


1.6. Le Christ

(1.6.1)
Le Christ vint ensuite et dit : ¬ę Je suis n√© par l'oeuvre du Saint-Esprit. ¬Ľ S'il est ais√© pour les chr√©tiens de croire √† cette assertion aujourd'hui, c'√©tait alors une chose fort difficile. Le texte de l'Evangile dit que les pharisiens s'√©cri√®rent : ¬ę N'est-il pas le fils de Joseph de Nazareth que nous connaissons ? Comment peut-il pr√©tendre venir du ciel ? ¬Ľ [voir : Jean 6.41]

(1.6.2)
Bref, bien que, apparemment et aux yeux de tous, il f√Ľt pauvre, malgr√© cela il agit avec une puissance telle qu'il r√©ussit √† abolir une loi religieuse datant de quinze cents ans, alors que celui qui s'en √©cartait le moins du monde tombait dans le plus grand p√©ril, et risquait sa vie.

(1.6.3)
De plus, dans le temps du Christ, les moeurs, partout dans le monde, √©taient tout √† fait corrompues, la condition des Isra√©lites √©tait des plus confuses, et Isra√ęl √©tait tomb√© au dernier degr√© de la d√©gradation, de la mis√®re et de la servitude.

(1.6.4)
Tant√īt prisonniers de la Perse et de la Chald√©e, tant√īt r√©duits en esclavage par les Assyriens, tant√īt sujets et vassaux des Grecs, les Isra√©lites √©taient finalement soumis et m√©pris√©s par les Romains.

(1.6.5)
Tout jeune, le Christ, √† l'aide d'un pouvoir surnaturel, abrogea l'antique loi mosa√Įque, et se mit √† r√©former les moeurs g√©n√©rales : une seconde fois il jeta pour Isra√ęl les bases d'une gloire √©ternelle. [nota : ¬ę une seconde fois ¬Ľ - J√©sus a r√©form√© les moeurs une seconde fois, Mo√Įse ayant r√©form√© celles-ci une premi√®re fois]

(1.6.6)
De plus, il donna √† l'humanit√© la bonne nouvelle de la paix universelle; il r√©pandit des enseignements qui n'√©taient pas r√©serv√©s √† Isra√ęl seulement : il institua les fondements de la f√©licit√© universelle pour tout le genre humain.

(1.6.7)
Les premiers qui s'efforc√®rent de le faire dispara√ģtre furent les Isra√©lites, sa propre parent√©. En apparence, ils eurent raison de lui, et ils le plong√®rent dans la plus profonde d√©tresse : ils finirent par lui mettre sur la t√™te la couronne d'√©pines, et par le crucifier.

(1.6.8)
Et cet √™tre, alors qu'il √©tait apparemment dans la plus grande d√©tresse, annon√ßa : ¬ę Ce soleil va resplendir, cette lumi√®re va briller, et ma gr√Ęce va envelopper le monde, et tous les ennemis seront confondus! ¬Ľ Et comme il le dit, cela arriva. [voir : Jean 12.46]

(1.6.9)
Tous les rois de la terre réunis n'ont pu le réduire à néant. Au contraire, toutes leurs bannières ont été déchirées, tandis que celle de cet opprimé a été portée à son apogée.

(1.6.10)
Est-ce qu'une telle chose est possible sur les bases de la logique humaine ? Non, par Dieu ! Il devient donc clair et évident qu'un tel être glorieux fut un véritable éducateur de l'humanité, et qu'il fut aidé et confirmé par le pouvoir divin.


1.7. Muhammad

(1.7.1)
Passons à Muhammad. Les Européens et les Américains ont entendu pas mal d'histoires sur le compte du Prophète, et ils les ont tenues pour vraies, bien que ceux qui les ont écrites faussent parfois ignorants ou partiaux :

(1.7.2)
la plupart d'entre eux étaient des prêtres, d'autres étaient des musulmans sans instruction, et ils firent sur le compte de Muhammad des récits sans fondement qu'ils considéraient comme des panégyriques.

(1.7.3)
Ainsi, quelques musulmans ignorants font de la polygamie du Prophète le pivot de leurs louanges, et la tiennent pour merveilleuse, parce que ces esprits bornés la regardent comme un miracle; et les historiens européens se réfèrent le plus souvent aux récits de ces ignorants.

(1.7.4)
Autre exemple : un insensé, ayant dit à un prêtre que la preuve de la grandeur était l'extrême bravoure et le sang répandu, et que l'un des compagnons de Muhammad avait, un jour, sur le champ de bataille, tranché la tête à cent individus, ce prêtre crut qu'en réalité le signe de la religion de Muhammad était le meurtre, tandis que cela n'est qu'une simple imagination.

(1.7.5)
Au contraire, les expéditions de Muhammad étaient toujours des mouvements défensifs : la preuve évidente en est que, pendant treize ans, dans La Mecque, lui et ses adeptes endurèrent les pires persécutions.

(1.7.6)
Durant ce temps ils furent la cible des flèches de la haine; plusieurs des compagnons furent tués, et leurs biens confisqués; d'autres abandonnèrent le pays de leurs pères et s'enfuirent à l'étranger.

(1.7.7)
Quant √† lui-m√™me, apr√®s les plus extr√™mes pers√©cutions les Cora√Įschites s'√©taient r√©solus √† le tuer. Aussi, au milieu de la nuit, il sortit de La Mecque et s'enfuit √† M√©dine.

(1.7.8)
Malgré cela, ses ennemis n'abandonnèrent pas les persécutions : ils poursuivirent ses disciples jusqu'en Abyssinie et à Médine.

(1.7.9)
Ces tribus et ces groupements arabes étaient réduits au dernier degré de la sauvagerie et de la barbarie, au point que les barbares et les sauvages d'Amérique étaient auprès d'eux aussi avancés qu'un Platon; car les barbares d'Amérique n'enterraient pas leurs enfants vivants, tandis que ces gens enterraient leurs filles vivantes, disant que c'était une action honorable entre toutes, et dont ils se glorifiaient. [nota : les Béni-Tamine, une des tribus arabes les plus sauvages, pratiquaient cette odieuse coutume qui consistait à enterrer les petites filles vivantes]

(1.7.10)
Ainsi, la plupart des hommes mena√ßaient de mort leurs femmes au cas o√Ļ elles mettraient au monde une fille.

(1.7.11)
Et jusqu'√† aujourd'hui, les Arabes redoutent d'avoir des filles. [nota : les Arabes redoutaient encore au d√©but du vingti√®me si√®cle d'avoir des filles tellement la coutume qui consiste √† enterrer ses filles vivantes √©tait enracin√©e dans les mŇďurs] De m√™me, un seul individu pouvait prendre mille femmes, et la plupart d'entre eux avaient plus de dix femmes √† la maison.

(1.7.12)
Quand l'une de ces tribus faisait la guerre et luttait contre une autre, celle qui était victorieuse faisait prisonniers les femmes et les enfants de la tribu vaincue, et les emmenait comme esclaves et comme servantes qu'on achetait et vendait.

(1.7.13)
Lorsqu'un homme venait √† mourir qui avait dix femmes, les enfants de ces femmes se ruaient sur les m√®res des uns et des autres, et si l'un de ces enfants jetait son manteau sur la t√™te de la femme de son p√®re, et s'√©criait : ¬ę Cette femme est mon bien l√©gat! ¬Ľ, √† l'instant m√™me apr√®s cela, cette malheureuse devenait la prisonni√®re et la servante du fils de son mari, et celui-ci faisait ce qu'il voulait de la femme de son p√®re.

(1.7.14)
Il pouvait la tuer, l'emprisonner dans une fosse, ou la frapper, l'invectiver, la torturer, jusqu'√† ce que, peu √† peu, elle en mour√Ľt. Selon l'habitude et les coutumes arabes, il √©tait le ma√ģtre.

(1.7.15)
La malignité, la jalousie, l'envie, la haine qui devaient exister entre les femmes d'un même époux et leurs enfants, on peut l'imaginer clairement : cela se passe de commentaires.

(1.7.16)
D'ailleurs, réfléchissez aux terribles conditions d'existence réservées à ces malheureuses femmes; ajoutez que les moyens de vie des tribus arabes consistaient dans le pillage et le vol, de sorte qu'à chaque instant elles étaient en lutte et en guerre, se massacraient, pillaient et dévastaient leurs biens, et capturaient les femmes et les enfants pour les vendre aux étrangers.

(1.7.17)
Combien de fois est-il arrivé que les filles et les fils d'un prince, qui passaient leur temps dans le luxe et le confort, furent réduits, lorsque vint l'affliction, à la honte, à la pauvreté et à la captivité. C'étaient des princes, ils devenaient des prisonniers; hier des grandes dames, aujourd'hui des servantes!

(1.7.18)
C'est au milieu de ces tribus que Muhammad reçut la Révélation divine, et pendant treize ans il ne cessa pas d'être persécuté par elles. Après treize ans, il dut partir et s'enfuir. [nota : Muhammad, persécuté, dut s'enfuir à Médine]

(1.7.19)
Mais ces gens ne s'en tinrent pas là : ils se réunirent et formèrent une armée pour l'attaquer, et tuer tout le monde, hommes, femmes, enfants. C'est ainsi que Muhammad fut contraint de se battre avec ces tribus. Telle est la vérité.

(1.7.20)
Nous ne voulons pas le juger avec partialité, ni le défendre aveuglément; mais nous sommes justes, et justement nous vous disons : regardez avec justice.

(1.7.21)
Si le Christ s'√©tait trouv√© dans de telles circonstances, parmi des tribus aussi tyranniques et aussi sauvages, et si, pendant treize ans, il avait endur√© avec tous ses disciples toutes ces vexations, s'il les avait support√©es patiemment et si, √† la fin, √† cause de la tyrannie de ses contemporains, il avait d√Ľ s'enfuir de sa patrie vers le d√©sert;

(1.7.22)
si, malgr√© cela, des tribus barbares avaient continu√© √† le poursuivre et √† tenter de tuer tous les hommes, de piller les biens, d'emprisonner les femmes et les enfants, quelle e√Ľt √©t√© sa conduite √† leur √©gard ?

(1.7.23)
Si ces mauvais traitements n'√©taient venus que sur lui, il e√Ľt pardonn√© g√©n√©reusement, et ce pardon e√Ľt √©t√© fort approuv√© et lou√©.

(1.7.24)
Mais s'il avait vu que ces meurtriers tyranniques et assoiff√©s de sang voulaient tuer, piller, molester tous les malheureux, et r√©duire en captivit√© les femmes et les enfants, il est hors de doute qu'il e√Ľt d√©fendu ces opprim√©s, et qu'il e√Ľt combattu leurs oppresseurs.

(1.7.25)
Alors, quelle est l'objection qu'on peut faire à Muhammad ? Il n'y a que celle-ci : pourquoi, avec ses compagnons, leurs femmes et leurs enfants, ne s'est-il pas soumis à ces tribus sauvages ?

(1.7.26)
De plus, affranchir ces tribus de leur caract√®re et de leur temp√©rament sanguinaires √©tait le plus grand des bienfaits, les contraindre √† refr√©ner leurs passions √©tait une v√©ritable gr√Ęce.

(1.7.27)
C'est comme si un homme généreux brisait la coupe de poison qu'un ami tient à la main pour la boire, et que, par sa violence, il l'empêchait de boire le poison.

(1.7.28)
Si le Christ s'était trouvé dans de pareilles circonstances, sans aucun doute il aurait, d'un pouvoir dominateur, délivré hommes, femmes et enfants, des griffes de ces loups sanguinaires.

(1.7.29)
Muhammad n'a pas fait la guerre contre les chrétiens : au contraire, il a eu pour eux beaucoup d'égards, et il leur a donné une liberté entière.

(1.7.30)
A Nedjran se trouvait une communaut√© chr√©tienne sous sa protection et sa garde. Muhammad dit : ¬ę Quiconque commettra une injustice √† leur encontre sera mon ennemi, et je t√©moignerai contre lui au jugement devant Dieu. ¬Ľ [voir : Coran 5.82]

(1.7.31)
Les édits qu'il a promulgués indiquent d'une façon explicite que la vie, les biens, l'honneur des chrétiens et des juifs sont sous la garde de Dieu.

(1.7.32)
Que si un musulman a une femme chrétienne, il ne doit pas l'empêcher d'aller à l'église, ni l'obliger à porter le voile; et si elle meurt, il doit la remettre entre les mains du prêtre.

(1.7.33)
De m√™me, si des chr√©tiens veulent construire une √©glise, l'islam doit les aider. D'autre part, lorsqu'il y a guerre entre l'islam et ses ennemis, il faut exempter les chr√©tiens de l'obligation de servir, sauf dans le cas o√Ļ ils d√©sireraient, de leur plein gr√©, combattre, et venir au secours de l'islam; car ce sont des prot√©g√©s.

(1.7.34)
Mais, en compensation de cette exemption, ils doivent annuellement payer une petite somme.

(1.7.35)
Bref il existe sept √©dits d√©taill√©s sur cette question, dont certaines copies sont encore conserv√©es aujourd'hui √† J√©rusalem. C'est un fait reconnu, et non pas seulement ma propre affirmation. L'√©dit du second calife existe encore √† J√©rusalem chez un patriarche orthodoxe, et il ne peut y avoir aucun doute √† cet √©gard. [nota : sur les √©dits de tol√©rance entre les chr√©tiens et les musulmans, voir le livre de Jurji Zaydan's ¬ę Umayyads and Abbasids ¬Ľ (traduction anglaise de D-S. Margoliouth, p. 123)]

(1.7.36)
Néanmoins, après quelque temps, la haine et l'inimitié s'élevèrent entre les musulmans et les chrétiens, chacun des deux partis ayant outrepassé ses droits. En dehors de cette vérité, tout ce que les musulmans, les chrétiens et les autres disent n'est qu'un tissu de légendes et d'histoires. La source de ces récits est le fanatisme ou l'ignorance, à moins qu'ils ne proviennent d'une hostilité profonde.

(1.7.37)
Par exemple, les musulmans disent que Muhammad fendit la lune, et qu'elle tomba sur la montagne de La Mecque : ils pensent que la lune est un petit corps que Muhammad déchira en deux; il jeta une partie sur une montagne et l'autre sur une autre!

(1.7.38)
De tels r√©cits sont dict√©s par le fanatisme. Il en est de m√™me des r√©cits que font les pr√™tres; les choses qu'ils bl√Ęment sont toutes des exag√©rations, la plupart sont sans fondement.

(1.7.39)
Bref, Muhammad apparut dans le désert du Hijaz, dans la péninsule arabique, contrée stérile et inculte, bien plus: sablonneuse et inhabitée : certains lieux, comme La Mecque et Médine, sont extrêmement chauds;

(1.7.40)
les habitants sont des nomades, ayant les moeurs et les coutumes des habitants du désert, entièrement dépourvus de savoir et d'instruction. Muhammad lui-même était illettré.

(1.7.41)
Le Qur'an fut écrit sur des omoplates de mouton ou sur des feuilles de palmier : ces détails nous font comprendre la basse condition du peuple.

(1.7.42)
C'est chez de tels hommes que fut envoy√© Muhammad. La premi√®re objection qu'il leur fit fut de dire : ¬ę Pourquoi n'acceptez-vous pas le Pentateuque et l'Evangile, et ne croyez-vous pas √† J√©sus et √† Mo√Įse ? ¬Ľ Ces paroles leur parurent tr√®s p√©nibles;

(1.7.43)
aussi ils r√©pondirent : ¬ę Comment se fait-il que nos p√®res et nos a√Įeux ne croyaient ni au Pentateuque ni √† l'Evangile ? ¬Ľ II r√©pondit : ¬ę C'√©taient des √©gar√©s.

(1.7.44)
Vous devez rejeter ceux qui ne croient pas au Pentateuque et √† l'Evangile, fussent-ils vos p√®res et vos a√Įeux. ¬Ľ

(1.7.45)
C'est dans de pareilles régions, chez des tribus aussi sauvages, qu'un illettré produisit un livre qui, dans une éloquence et un style parfait, contient l'explication des qualités et des perfections divines, celle du caractère prophétique des envoyés de Dieu, celle des lois divines et de plusieurs sciences et questions scientifiques.

(1.7.46)
C'est ainsi que vous savez qu'avant les observations des savants des temps modernes, dans les premiers siècles et dans le Moyen Age, jusqu'au XVe siècle de l'ère chrétienne, tous les mathématiciens du monde s'accordaient sur le caractère central de la terre, et sur le mouvement giratoire du soleil autour de celle-ci.

(1.7.47)
Et cet astronome fameux [nota : Copernic] fut le protagoniste de la théorie nouvelle qui a expliqué le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil. Jusqu'à son époque, tous les mathématiciens et tous les philosophes du monde s'en tenaient au système de Ptolémée; et tous ceux qui s'élevaient contre ses théories étaient traités d'ignorants.

(1.7.48)
Or, Pythagore, et Platon dans les derniers temps de sa vie, avaient adopté le système d'après lequel le mouvement annuel du soleil dans le zodiaque ne provient pas du soleil, mais bien du mouvement de la terre autour de lui. Mais ce système avait été complètement oublié, et celui de Ptolémée avait prévalu chez tous les mathématiciens.

(1.7.49)
N√©anmoins, dans le Qur'an, des versets ont √©t√© r√©v√©l√©s contre l'id√©e du syst√®me ptol√©ma√Įque, parmi lesquels nous citerons : ¬ę Le soleil court dans un endroit fixe ¬Ľ; cela montre la fixit√© du soleil et son mouvement autour d'un axe. De m√™me, dans un autre verset : ¬ę Et chaque √©toile nage dans son propre ciel ¬Ľ, il explique le mouvement du soleil, de la lune, de la terre et des autres √©toiles brillantes. [voir : Coran 36.38 et 36.40]

(1.7.50)
Lorsque le Qur'an fut répandu, tous les mathématiciens raillèrent ces affirmations et mirent cette opinion sur le compte de l'ignorance.

(1.7.51)
Même les docteurs de l'islam, lorsqu'ils s'aperçurent que ces versets étaient contraires au système de Ptolémée, se virent réduits à les commenter, car le système de Ptolémée était alors universellement admis, et le texte du Qur'an était contraire à ce système.

(1.7.52)
Ce n'est qu'après le XVe siècle de l'ère chrétienne, c'est-à-dire environ neuf cents ans après Muhammad, qu'un astronome célèbre [nota : Galilée qui inventa le télescope] fit de nouvelles observations, qu'il inventa le télescope, et que de nombreuses découvertes purent être faites.

(1.7.53)
Le mouvement de la terre, la fixité du soleil furent prouvés; on découvrit aussi le mouvement du soleil autour d'un axe. Et il devint évident que les versets du Qur'an étaient conformes à ce qui existait et que le système de Ptolémée n'était que de l'imagination.

(1.7.54)
Bref, la plupart des peuples orientaux ont √©t√© √©lev√©s pendant treize si√®cles √† l'ombre de la religion de Muhammad. Et pendant le Moyen Age, o√Ļ l'Europe √©tait tomb√©e au dernier degr√© de la barbarie, le peuple arabe l'emportait sur toutes les nations du monde dans les arts, les sciences, les math√©matiques, la civilisation, la politique, etc.

(1.7.55)
Le promoteur et l'éducateur de ces tribus nomades d'Arabes, le fondateur de la civilisation et des perfections humaines chez ces peuples divers fut un illettré, Muhammad. Cet homme illustre fut-il un éducateur parfait, oui ou non ? Soyons justes !


1.8. Le Bab

(1.8.1)
Quant au Bab (que mon √Ęme soit son sacrifice!) encore dans sa jeunesse, c'est-√†-dire quand il venait de parvenir √† la vingt-cinqui√®me ann√©e de sa vie b√©nie, il se leva pour proclamer sa cause. [nota : le Bab - d√©sign√© dans le texte en persan par Hadrat-i-'Ala Bab, c'est √† dire l'Altesse Supr√™me le Bab; mais pour la commodit√© du lecteur, nous le d√©signerons toujours par le nom de Bab, sous lequel il est plus connu en Europe]

(1.8.2)
Il est généralement admis chez les chiites qu'il n'étudia dans aucune école, et qu'il n'acquit son instruction auprès de personne; tous les gens de Shiraz en témoignent.

(1.8.3)
Malgr√© cela, avec l'√©rudition la plus compl√®te, il apparut tout √† coup dans le monde; et bien qu'il ne f√Ľt qu'un simple n√©gociant, il r√©duisit au silence tous les ul√©mas de la Perse. [nota : ul√©ma est un docteur de la religion musulmane]

(1.8.4)
Tout seul, d'une façon qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer, d défendit la Cause parmi les Persans qui sont renommés pour leur fanatisme religieux.

(1.8.5)
Cet être illustre se leva avec une telle force qu'il ébranla les piliers de la religion, de la morale, des moeurs, des habitudes et des coutumes de la Perse, et institua des lois, des coutumes et une religion nouvelles.

(1.8.6)
Bien que les grands personnages de l'Etat et presque tout le clergé, ainsi que les hommes publics, se fussent ligués pour l'arrêter et l'anéantir, seul, il se maintint et secoua toute la Perse.

(1.8.7)
Combien d'ulémas, d'hommes publics, de grands personnages, avec la joie et la satisfaction les plus grandes, sacrifièrent leur vie dans son chemin et coururent vers le champ du martyre!

(1.8.8)
Le gouvernement, la nation, les docteurs de la religion, les grands personnages voulaient éteindre sa lumière, ils n'y réussirent pas.

(1.8.9)
Sa lune ne tarda pas à se lever, son étoile à briller, les fondations qu'il jetait à s'établir solidement, et son aurore à devenir une lumière éclatante.

(1.8.10)
II donna à de nombreux êtres l'éducation divine, et il influença merveilleusement les pensées, les moeurs, les coutumes, les habitudes des Persans.

(1.8.11)
Il annonça à tous ses disciples la bonne nouvelle de la manifestation de Bahá, et il les prépara à la foi et à la certitude.

(1.8.12)
L'apparition de signes aussi merveilleux et de prodiges aussi grands, l'influence produite sur les intelligences et les mentalit√©s populaires, l'√©tablissement des bases du progr√®s, l'organisation des principes du succ√®s et de la prosp√©rit√©, de la part de ce jeune n√©gociant, prouvent √† l'√©vidence qu'il √©tait un √©ducateur parfait. Un homme juste n'h√©sitera jamais √† le reconna√ģtre.


1.9. Bah√°'u'll√°h

(1.9.1)
Quant √† Bah√°'u'll√°h, il apparut √† une √©poque o√Ļ l'Empire persan √©tait plong√© dans l'obscurantisme et dans l'ignorance les plus grands, et perdu dans le fanatisme le plus aveugle. [nota : dans le texte persan on lit: Jamal-i-Mubarak, la Beaut√© B√©nie, titre sous lequel Bah√°'u'll√°h est g√©n√©ralement d√©sign√©. Il est √©galement appel√© Jamal-i-Qidam, la Beaut√© antique, √©ternelle. Mais chaque fois que nous aurons √† parler de lui, nous le mentionnerons sous le nom de Bah√°'u'll√°h, sous lequel il est c√©l√®bre en Occident]

(1.9.2)
Certes vous avez lu en détail, dans les histoires européennes, quel était l'état des pensées, des coutumes et des idées des Persans dans ces derniers siècles. II est inutile d'y revenir.

(1.9.3)
Nous dirons seulement que la Perse était tombée si bas que les voyageurs étrangers déploraient que ces provinces, si glorieuses autrefois, et si civilisées, faussent maintenant tellement abattues et ruinées, complètement renversées de leur base, et que ses populations faussent parvenues à une aussi complète dégradation.

(1.9.4)
C'est à cette époque que Bahá'u'lláh se manifesta. Son père était un des vizirs, non un des ulémas : et tout le monde sait en Perse qu'il n'étudia dans aucune école, et qu'il ne fréquenta ni les ulémas ni les savants.

(1.9.5)
Il débuta dans la vie au milieu du bonheur et de la félicité les plus complets, étant en rapport et en bonnes relations avec la haute société persane, mais non avec des savants.

(1.9.6)
D√®s que le Bab annon√ßa sa mission, il dit : ¬ę Cet homme glorieux est le Seigneur des justes, et √† tous s'imposent la foi et la certitude ! ¬Ľ

(1.9.7)
Et il se leva pour seconder le Bab, et donner en témoignage des preuves et des arguments péremptoires sur la vérité de sa cause, bien que les ulémas de la religion eussent contraint le gouvernement persan à l'opposition et à la résistance les plus grandes, et qu'ils eussent rendu des fatwas ordonnant le meurtre, le pillage, la persécution, l'expulsion et l'écrasement des babis. [nota : les fatwas sont des sentences rendues par les juges religieux]

(1.9.8)
Dans toutes les provinces on se mit à tuer, à incendier, à piller et à violenter jusqu'aux femmes et enfants. Malgré cela, Bahá'u'lláh, avec l'énergie et la fermeté les plus grandes, se leva pour proclamer la parole du Bab.

(1.9.9)
Jamais il ne se cacha une seule heure : clairement, ouvertement, il se mêlait à ses ennemis, occupé à établir des preuves et des arguments.

(1.9.10)
Il fut reconnu comme le h√©raut de la parole de Dieu. En beaucoup de circonstances et d'occasions, il endura de violentes calamit√©s, et √† chaque minute il faillit devenir un martyr; on alla jusqu'√† l'encha√ģner et l'emprisonner dans un souterrain.

(1.9.11)
Toutes ses vastes propriétés, ses héritages furent confisqués et pillés.

(1.9.12)
De pays en pays, il fut exilé quatre fois, et il ne trouva de repos que dans la Prison suprême. [nota : exilé d'abord à Bagdad, puis à Constantinople, puis à Andrinople, Bahá’u’lláh fut emprisonné à Saint-Jean-d'Acre, la Prison suprême, en 1869]

(1.9.13)
Malgré cela, il ne cessa pas un instant de proclamer et de célébrer la cause de Dieu, et il se manifesta avec des vertus, un savoir, des perfections qui furent la cause de l'admiration de tous les peuples de la Perse.

(1.9.14)
Au point que, à Tihran, à Bagdad, à Constantinople, en Roumélie et à Saint-Jean-d'Acre, tous ceux qui, parmi les gens instruits et les savants, parvenaient en sa présence, amis ou ennemis, et qui lui posaient une question, recevaient une réponse convaincante et suffisante.

(1.9.15)
Et chacun, à maintes reprises, reconnut que cet être était seul et unique dans le monde pour ses perfections.

(1.9.16)
A Bagdad, il arriva souvent que, dans la réunion bénie, des ulémas ä de l'islam, des juifs et des chrétiens, se trouvaient assemblés avec des savants européens. Chacun posait une question; et quoique ces hommes eussent chacun une culture différente, ils recevaient des réponses convaincantes et suffisantes, et ils s'en retiraient satisfaits.

(1.9.17)
C'est au point que les ulémas persans qui étaient à Karbila et à Najaf choisirent un savant qu'ils chargèrent d'une mission auprès de lui : il s'appelait Mulla Hasan-i-Ammu. Il vint en la présence sacrée, et posa, de la part des ulémas, un certain nombre de questions auxquelles Bahá'u'lláh répondit.

(1.9.18)
Puis Hasan-i-Amm√ļ dit : ¬ę Les ul√©mas reconnaissent sans h√©sitation et confessent la science et l'excellence de votre personne; et il est certain pour tous qu'elle n'a pas d'√©gale ni de semblable dans toutes les sciences.

(1.9.19)
Et il est aussi reconnu que vous n'avez jamais √©tudi√© ni travaill√© ces sciences. Mais les ul√©mas disent qu'ils ne se contentent pas de cela, et qu'ils ne confessent ni ne reconnaissent la v√©rit√© de votre mission, d'apr√®s votre savoir et votre excellence. Aussi nous vous demandons de faire appara√ģtre un miracle, pour contenter et tranquilliser nos coeurs. ¬Ľ [nota : en donnant une valeur aussi importante √† cette anecdote, sur la demande par les ul√©mas d'un miracle √† Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h, Abdu‚Äôl-Bah√° nous laisse entendre la vanit√© des miracles comme preuve de la r√©alit√© des Manifestations de Dieu]

(1.9.20)
Bah√°'u'll√°h r√©pondit : ¬ę Bien que vous n'en ayez nullement le droit (car c'est √† Dieu qu'il appartient de mettre la cr√©ature √† l'√©preuve, et non √† celle-ci d'√©prouver Dieu), malgr√© cela, cette demande est agr√©√©e et approuv√©e.

(1.9.21)
Mais la cause de Dieu n'est pas un th√©√Ętre, o√Ļ l'on repr√©sente √† chaque heure un spectacle, et o√Ļ chaque jour on demande quelque chose. Autrement elle deviendrait un jeu d'enfants.

(1.9.22)
Les ul√©mas doivent donc s'assembler et, d'un commun accord, choisir un miracle, puis √©crire qu'apr√®s l'apparition de ce miracle ils n'auront plus de doutes sur moi, et que tous reconna√ģtront et confesseront la v√©rit√© de cette cause. Qu'ils cachettent cette feuille de papier et me l'apportent; que ceci soit leur crit√©rium.

(1.9.23)
Si le miracle appara√ģt, il ne restera pour vous aucun doute, sinon, nous serons convaincu d'imposture. ¬Ľ.

(1.9.24)
Le savant personnage se leva et dit : ¬ę Il n'y a plus rien √† dire. ¬Ľ Il baisa le genou de Bah√°'u'll√°h, bien qu'il ne f√Ľt pas un croyant, et il s'en alla. Il r√©unit les ul√©mas et leur transmit le message sacr√©. Ceux-ci se concert√®rent, puis dirent : ¬ĽCet homme est un enchanteur, peut-√™tre va-t-il accomplir quelque enchantement, et alors nous n'aurons plus rien √† dire. ¬Ľ Et ils n'os√®rent pas pousser plus loin. [nota : la p√©n√©tration de jugement et la finesse d'esprit de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h ont eu, dans cette circonstance, raison de la malignit√© de ses adversaires, lesquels, il en √©tait certains, ne devaient pas pouvoir se mettre d'accord sur le choix d'un miracle]

(1.9.25)
Quant √† Hasan-i-Amm√ļ, il parla de cette aventure dans la plupart des r√©unions; il quitta Karbila pour Kirmanshah et Tihran, et raconta les d√©tails partout, parlant de la crainte des ' ul√©mas et de leur retraite.

(1.9.26)
Ainsi tous ses adversaires, en Orient, reconnaissaient la grandeur, la noblesse, la science, l'excellence de la Beaut√© B√©nie et, bien qu'ils fussent ses ennemis, ils parlaient toujours de lui comme du ¬ę c√©l√®bre Bah√°'u'll√°h ¬Ľ.

(1.9.27)
Bref, cet Astre sublime se leva soudain à l'horizon de la Perse, alors que ses habitants, ministres, ulémas, peuple, s'étaient dressés contre lui avec la plus grande animosité, en disant qu'il voulait supprimer et détruire la religion, la loi, la nation, l'empire. De même avait-on parlé contre le Christ.

(1.9.28)
Cependant Bah√°'u'll√°h, seul et sans appui, r√©sista √† tout le monde, sans jamais montrer la moindre d√©faillance. A la fin, on dit : ¬ę Tant que cet homme sera en Perse, il n'y aura ni tranquillit√© ni repos. Il faut donc l'exiler, afin que la Perse recouvre la paix. ¬Ľ

(1.9.29)
On força Bahá'u'lláh à demander la permission de sortir de la Perse, pensant qu'ainsi la lampe de la cause sacrée s'éteindrait. Mais, au contraire, il n'en résulta que des choses heureuses : la cause grandit, et sa flamme devint plus brillante. D'abord, elle s'était répandue dans la Perse seule; mais ce fut la raison qui la fit se répandre dans d'autres contrées.

(1.9.30)
Alors on trouva que l'Iraq Arabi [nota : l'Iraq Arabi est la province o√Ļ se trouve Bagdad], √©tait pr√®s de la Perse et qu'il fallait l'exiler dans des provinces lointaines. Aussi le gouvernement persan fit-il des d√©marches pour qu'on envoy√Ęt Bah√°'u'll√°h de l'Iraq √† Constantinople.

(1.9.31)
Puis, on vit que la cause n'avait jamais eu un moment de d√©faillance. On trouva alors que Constantinople √©tait un lieu de passage et de s√©jour de peuples et de races sans nombre, o√Ļ vivaient beaucoup de Persans; c'est pourquoi les Persans s'efforc√®rent de faire exiler Bah√°'u'll√°h en Roum√©lie.

(1.9.32)
Mais la flamme devint plus brillante, la cause plus grande. A la fin, les Persans dirent : ¬ę Aucune de ces places n'est digne de confiance ni s√Ľre; il faut l'envoyer quelque part o√Ļ il sera r√©duit √† l'impuissance, dans un lieu de trouble et de mis√®re, o√Ļ sa famille et ses compagnons √©prouveront de grands malheurs. ¬Ľ

(1.9.33)
Donc ils choisirent la prison de Saint-Jean-d'Acre, qui est réservée aux meurtriers, aux voleurs et aux brigands de grands chemins. Et, en vérité, ils le mêlèrent à ces hommes.

(1.9.34)
Mais la puissance divine se manifesta, car cette prison fut la cause de la promulgation et de la proclamation de sa parole.

(1.9.35)
La grandeur de Bahá'u'lláh devint évidente, car c'est de cette prison, et dans des circonstances aussi humiliantes, qu'il fit avancer la Perse d'une condition à une autre, qu'il soumit tous ses ennemis, et leur prouva qu'ils ne pouvaient résister à cette cause.

(1.9.36)
Ses enseignements sacrés pénétrèrent toutes les régions, sa cause fut établie. Oui, dans toute la Perse, ses ennemis agissaient avec la plus grande haine, emprisonnant, tuant, frappant, incendiant, et ruinant de fond en comble des milliers de demeures, s'efforçant par tous les moyens d'exterminer et d'écraser la cause.

(1.9.37)
Malgré cela, de la prison des meurtriers, des brigands de grands chemins et des voleurs, il fit triompher sa cause et répandit ses enseignements; il exhorta la plupart de ceux qui avaient été les plus enragés contre lui et en fit des croyants; au point que le gouvernement persan lui-même s'éveilla, et fut honteux du mal qui était arrivé par la faute des ulémas.

(1.9.38)
Lorsque Bahá'u'lláh arriva dans cette prison, en Terre sainte, les gens instruits comprirent que la bonne nouvelle que Dieu, par la bouche des prophètes, avait donnée deux ou trois mille ans auparavant, était réalisée, que Dieu était fidèle à la promesse.

(1.9.39)
Car √† plusieurs des proph√®tes il avait r√©v√©l√© et donn√© la bonne nouvelle qui a trait √† la Terre sainte : ¬ę Le Seigneur des arm√©es doit se manifester chez toi. ¬Ľ

(1.9.40)
Toutes ces promesses √©taient accomplies! Et s'il n'y avait pas eu ces pers√©cutions, ces exils et ces bannissements, de la part des ennemis, on ne pourrait comprendre pourquoi Bah√°'u'll√°h aurait d√Ľ s'enfuir de Perse, et planter sa tente en Terre sainte.

(1.9.41)
Les ennemis voulaient, par cet emprisonnement, anéantir et détruire complètement la cause sacrée; au lieu de cela, cette prison bénie fut l'aide suprême, et le moyen de son développement.

(1.9.42)
Sa voix divine parvint à l'Orient et à l'Occident, et les rayons du Soleil de Vérité brillèrent à tous les horizons.

(1.9.43)
Gloire √† Dieu! Bien qu'il f√Ľt emprisonn√©, sa tente √©tait dress√©e sur le mont Carmel, et il circulait avec la plus grande majest√©! Et tous ceux, amis ou √©trangers, qui furent honor√©s de sa pr√©sence, disaient : ¬ę C'est un prince, non un prisonnier ! ¬Ľ

(1.9.44)
A son arriv√©e dans la prison [nota : prison d'Andrinople d'o√Ļ Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h √©crivit une tablette √† Napol√©on III], il √©crivit une adresse √† Napol√©on III, qu'il envoya par l'entremise de l'ambassadeur de France, et dans laquelle il disait : ¬ę Demandez quel fut notre crime, et pourquoi cette prison et ce cachot. ¬Ľ Napol√©on ne r√©pondit pas.

(1.9.45)
Une seconde √©p√ģtre fut r√©dig√©e peu apr√®s son arriv√©e √† 'Akka, qui est contenue dans la S√ļriy-i-Haykal et o√Ļ il est √©crit : ¬ę Napol√©on, comme tu n'as pas √©cout√© la proclamation, et comme tu n'as pas r√©pondu, bient√īt ton empire dispara√ģtra, et tu seras enti√®rement ruin√©. ¬Ľ

(1.9.46)
Cette √©p√ģtre fut envoy√©e par la poste aux soins de C√©sar Catafago, √† la connaissance de tous les compagnons d'exil. [nota : C√©sar Catafago fut le fils d'un consul de France en Syrie avec lequel Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h se trouvait li√©]

(1.9.47)
La copie de cette √©p√ģtre se r√©pandit rapidement dans toute la Perse, car le Kitab-i-Haykal y √©tait alors partout distribu√©, et cette lettre se trouve comprise parmi les documents de ce livre. Cela se passait en l'an 1869 de l'√®re chr√©tienne. Et comme la S√ļriy-i-Haykal √©tait aussi distribu√©e dans l'Hindoustan, elle se trouvait dans les mains des croyants, et tous attendaient avec confiance l'accomplissement de cette proph√©tie. [nota : S√ļriy-i-Haykal est le nom donn√© aux Epitres de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(1.9.48)
Peu de temps apr√®s, en 1870 de l'√®re chr√©tienne, le feu de la guerre √©clata entre l'Allemagne et la France. Et, bien que personne ne cr√Ľt √† la victoire de l'Allemagne, Napol√©on fut battu; il but la honte, il se rendit √† l'ennemi et sa gloire fut chang√©e en humiliation supr√™me.

(1.9.49)
De m√™me, des tablettes furent envoy√©es aux autres rois, parmi lesquelles la lettre √† S. M. Nasiri'd-Din Shah, dans laquelle il dit : ¬ę Fais-moi appeler, r√©unis tous les ul√©mas, et demande des preuves et des arguments, afin que la v√©rit√© et le mensonge apparaissent. ¬Ľ [nota : une tablette est le nom donn√© aux missives de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(1.9.50)
S. M. Nasiri'd-Din Shah envoya l'√©p√ģtre sacr√©e aux ul√©mas, et leur proposa d'accepter. Mais ils n'os√®rent pas. Alors il demanda √† sept des plus c√©l√®bres d'entre eux d'√©crire une r√©ponse √† cette lettre; apr√®s quelque temps, ils rendirent la lettre sacr√©e, disant que cet homme √©tait un adversaire de la religion et un ennemi du shah.

(1.9.51)
S. M. le shah de Perse fut très mécontent, parce que cette affaire étant une question de preuves et d'arguments, de vérité ou d'apostasie, comment pouvait-il s'agir d'inimitié envers le gouvernement ?

(1.9.52)
¬ę H√©las, dit-il, combien nous avons eu d'√©gards pour ces ul√©mas, qui ne peuvent m√™me pas r√©pondre √† cette lettre! ¬Ľ

(1.9.53)
Bref, tout ce qui est rapport√© dans les tablettes aux souverains s'est ensuite r√©alis√©. Si, depuis 1870, on examine les √©v√©nements, on voit que tout s'est pass√© comme il √©tait pr√©dit, et qu'il en reste tr√®s peu √† appara√ģtre encore.

(1.9.54)
C'est ainsi que les peuples étrangers et les sectes non croyantes attribuèrent à Bahá'u'lláh beaucoup de choses extraordinaires.

(1.9.55)
Certains, le regardant comme un saint [nota : un saint, ou ¬ę vali ¬Ľ en persan], firent des ouvrages sur lui : parmi eux, siyyid Daoudi, un savant sunnite de Bagdad, a √©crit une courte plaquette dans laquelle il raconte certains actes surnaturels de Bah√°'u'll√°h.

(1.9.56)
Maintenant encore, partout en Orient, il y a des gens qui, tout en ne croyant pas à sa manifestation, croient néanmoins qu'il fut un saint, et racontent des miracles qui lui sont attribués.

(1.9.57)
En résumé, tant ses adversaires que ses partisans, tous ceux qui furent reçus dans le lieu sacré, reconnurent et confessèrent la grandeur de Bahá'u'lláh.

(1.9.58)
Si, en fin de compte, on ne croyait pas en lui, on reconnaissait sa grandeur dès qu'on parvenait dans le lieu sacré.

(1.9.59)
La rencontre de Bah√°'u'll√°h produisait de tels effets que la plupart des gens ne pouvaient parler.

(1.9.60)
Combien de fois arriva-t-il qu'un de ses plus terribles ennemis prit en lui-même la résolution et l'engagement de dire telle et telle chose en arrivant en sa présence, et d'amener telle controverse et telle discussion; mais dès qu'il arrivait au lieu sacré, il demeurait stupide et confondu, et n'avait d'autre ressource que de rester silencieux et tranquille.

(1.9.61)
Bah√°'u'll√°h n'avait pas √©tudi√© l'arabe, il n'avait eu ni professeur ni ma√ģtre, et il n'avait √©t√© dans aucune √©cole : n√©anmoins, l'√©loquence et l'excellence de ses discours b√©nis, en arabe, aussi bien que de ses tablettes arabes, ont caus√© l'√©tonnement et la stup√©faction des lettr√©s les plus accomplis en cette langue; tous reconnaissent et avouent qu'il est incomparable et sans pareil,

(1.9.62)
Et si nous examinons avec soin le texte de la Bible, nous voyons qu'aucune des manifestations divines ne dit √† ceux qui les reniaient : ¬ę Tous les miracles que vous demanderez, je suis pr√™t √† les accomplir, tout crit√©rium que vous choisirez, je l'accepte. ¬Ľ

(1.9.63)
Pourtant, dans l'√©p√ģtre au shah, il proclama clairement : ¬ę R√©unis les ul√©mas, et demande-moi les preuves et les arguments que tu voudras que j'√©tablisse ¬Ľ. [nota : en donnant une valeur aussi importante √† cette anecdote, sur la demande par les ul√©mas d'un miracle √† Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h, Abdu‚Äôl-Bah√° nous laisse entendre la vanit√© des miracles comme preuve de la r√©alit√© des Manifestations de Dieu]

(1.9.64)
Pendant cinquante ans, Bahá'u'lláh se tint en face de ses ennemis comme une montagne : tous voulaient l'anéantir et cherchaient sa perte. Mille fois on tenta de le crucifier et de, le détruire; et pendant ces cinquante ans, il fut constamment dans le plus grand danger.

(1.9.65)
La Perse, aujourd'hui, est dans un tel √©tat de d√©cadence et de ruine que tous les hommes intelligents, au courant de la v√©ritable situation, reconnaissent que son progr√®s, sa civilisation et son rel√®vement d√©pendent de la promulgation des enseignements et du d√©veloppement des principes de ce grand personnage. [nota : ceci fut √©crit en 1905. Les √©v√®nements dont la Perse fut le th√©√Ętre vers 1980 illustrent d'une fa√ßon saisissante l'opinion qu'exprimait alors Abdu‚Äôl-Bah√°]

(1.9.66)
Le Christ, en son temps béni, a réellement éduqué onze hommes dont le plus célèbre était Pierre : néanmoins, quand ce dernier fut mis à l'épreuve, il renia trois fois le Christ. Malgré cela, combien, par la suite, le christianisme a pénétré les fondations du monde!

(1.9.67)
Aujourd'hui, Bah√°'u'll√°h a √©duqu√© des milliers d'humains qui, sous la menace de l'√©p√©e, poussent au plus haut des cieux le cri Ya-Bah√°'u'l-Abha et dont, sous le feu des √©preuves, le visage brille comme de l'or! Puis songez √† ce qui se passera encore dans l'avenir! [nota : le cri de Ya-Bah√°'u'l-Abha est une exclamation de louange bah√°‚Äô√≠e: ¬ę O Toi la Gloire des gloires ! ¬Ľ]

(1.9.68)
En r√©sum√©, il faut reconna√ģtre avec √©quit√© quel √©ducateur de l'humanit√© fut cet √™tre glorieux, quels signes merveilleux il manifesta, et quelle force et quelle puissance ont √©man√© de lui dans le monde de l'existence !


1.10. Preuves et arguments traditionnels tirés du livre de Daniel

(1.10.1)
Aujourd'hui, autour de cette table, parlons un peu des preuves. Si vous étiez venue en ce lieu béni aux jours de la manifestation de la lumière évidente, et si vous étiez arrivée à la cour de sa présence, si vous aviez vu cette beauté lumineuse, vous eussiez compris que ses explications et sa beauté n'avaient besoin d'aucune autre preuve. [nota : la manifestation de la lumière évidente est un titre de Bahá’u’lláh]

(1.10.2)
Bien des gens, après avoir été admis une seule fois en sa présence, devinrent confirmés et croyants : ils n'avaient pas besoin d'autre preuve.

(1.10.3)
M√™me ceux qui avaient pour lui la haine et l'inimiti√© les plus grandes, rien qu'apr√®s l'avoir rencontr√©, t√©moignaient de la grandeur de Bah√°'u'll√°h, et disaient : ¬ę C'est un homme sublime, mais quel dommage qu'il √©mette une pareille pr√©tention. Autrement, tout ce qu'il dit est acceptable. ¬Ľ

(1.10.4)
Mais aujourd'hui que cette lumière de vérité s'est éteinte, tout le monde a besoin de preuves. Aussi nous sommes-nous occupés de donner des preuves rationnelles. Nous en citerons une autre qui, seule, est suffisante pour des gens équitables, et que nul ne peut réfuter.

(1.10.5)
C'est que cet être sublime a proclamé sa cause et répandu sa lumière dans la Prison suprême; c'est de là que sa renommée a conquis le monde et que le chant de sa gloire est parvenu à l'Orient et à l'Occident jusqu'à nos jours, rien de semblable n'était arrivé dans le monde. [nota : la Prison suprême, ou la Plus-Grande-Prison, est la prison de Saint-Jean-d'Acre à Akka]

(1.10.6)
Tout homme juste le reconna√ģtrait; mais il y a des gens qui, m√™me en entendant toutes les preuves du monde, ne jugeraient pas avec justice.

(1.10.7)
C'est ainsi que, malgr√© toutes leurs forces, les nations et les Etats ne purent lui r√©sister; bien qu'il f√Ľt seul, sans aide, emprisonn√©, opprim√©, tout ce qu'il voulait il l'accomplissait.

(1.10.8)
Je ne veux pas mentionner les miracles de Bahá'u'lláh; peut-être en les entendant dirait-on que ce sont des histoires sujettes à la vérité et à l'erreur.

(1.10.9)
Ainsi, les miracles du Christ, dans les Evangiles, nous sont racont√©s par les ap√ītres, et non par quelqu'un d'autre : n√©anmoins les juifs les nient.

(1.10.10)
Si je voulais mentionner les choses surnaturelles dans la vie de Bahá'u'lláh, elles abondent; elles sont établies en Orient, et même auprès des non-bahá'ís.

(1.10.11)
Mais ces récits ne sont pas des arguments et des preuves péremptoires pour tous; en les entendant, on pourrait dire que, peut-être, cela n'est pas conforme à la réalité des faits.

(1.10.12)
Et puis les autres sectes font √©galement le r√©cit des miracles de leurs fondateurs. Ainsi les adeptes du Brahmanisme rapportent des miracles; d'o√Ļ pouvons-nous savoir que ceux-ci sont faux et que ceux-l√† sont vrais ? Si les uns sont des contes, les autres en sont aussi; si les uns sont accept√©s universellement, les autres le sont aussi.

(1.10.13)
Ces r√©cits ne sont donc pas des preuves solides. Ce sont des preuves pour le t√©moin oculaire; et encore, lui aussi pourrait douter que ce f√Ľt un miracle, et non de la sorcellerie. N'a-t-on pas racont√© aussi sur des sorciers des choses extraordinaires ?

(1.10.14)
Bref, j'en arrive à ceci que beaucoup de choses extraordinaires furent accomplies par Bahá'u'lláh; mais nous ne les racontons pas, parce qu'elles ne constituent pas des preuves et des arguments pour tous les peuples du monde, et que, même pour ceux qui en ont été témoins, ce ne sont pas des preuves péremptoires; ils peuvent croire que c'est de la sorcellerie.

(1.10.15)
D'ailleurs, la plupart des miracles attribués aux prophètes ont une signification symbolique.

(1.10.16)
Ainsi, dans le récit du martyre du Christ, dans l'Evangile, on mentionne que l'obscurité régna, qu'il y eut un tremblement de terre, que le rideau du temple fut déchiré en deux, et que les morts sortirent de leurs tombes.

(1.10.17)
Si ces choses avaient √©t√© vues, elles auraient √©t√© des √©v√©nements consid√©rables, et certes, on les e√Ľt ins√©r√©s dans les histoires de l'√©poque, et ils seraient devenus la cause de la perplexit√© des coeurs; pour le moins, les soldats auraient descendu le Christ de la croix, ou bien ils se seraient enfuis. Mais comme ces √©v√©nements ne sont relat√©s dans aucune histoire, il est √©vident qu'ils ne doivent pas √™tre pris √† la lettre, et qu'ils ont une signification symbolique.

(1.10.18)
Notre but n'est pas de nier, notre seule intention est d'établir que ces récits ne constituent pas des preuves péremptoires, et qu'ils ont une signification symbolique, c'est tout.

(1.10.19)
Aussi, aujourd'hui, autour de cette table, nous nous reporterons aux explications des preuves traditionnelles tirées des livres saints. Jusqu'ici, tout ce que nous avons dit était des preuves rationnelles.

(1.10.20)
Et comme il s'agit maintenant de d√©couvrir et de rechercher la v√©rit√©, d'expliquer la condition de l'homme assoiff√© dont l'√Ęme est br√Ľl√©e du d√©sir de l'eau de la vie, celle du poisson qui s'agite pour rentrer dans la mer, celle du malade qui cherche le m√©decin de v√©rit√© pour obtenir la gu√©rison divine, celle de la caravane perdue qui cherche la v√©ritable route, celle du bateau d√©sempar√© et √©gar√© qui parvient au port de la d√©livrance, nous dirons que le chercheur doit √™tre par√© de certaines qualit√©s.

(1.10.21)
D'abord, il doit être juste et détaché de tout autre que Dieu; son coeur doit être entièrement tourné vers l'horizon suprême, il doit être affranchi de l'ego et de toute passion, car ce sont des obstacles.

(1.10.22)
De plus, il doit supporter toutes les calamit√©s, vivre dans la puret√© et la saintet√© les plus parfaites, et √™tre au-dessus de l'amour ou de la haine de tous les habitants du monde : car le poids de son amour pour un parti peut le priver de reconna√ģtre les m√©rites d'un autre parti, et de m√™me la haine pour un parti risque aussi de l'emp√™cher de d√©couvrir ses m√©rites.

(1.10.23)
Tel est l'état qui convient au chercheur. Le chercheur doit avoir ces caractéristiques et ces qualités; autrement, il est impossible que le Soleil de Vérité arrive jusqu'à lui.

(1.10.24)
Revenons à notre sujet : tous les peuples du monde sont dans l'attente de deux manifestations, qui doivent être contemporaines. Tous attendent l'accomplissement de cette promesse.

(1.10.25)
Dans la Bible, les juifs ont la promesse du Seigneur des armées et du Messie; dans l'Evangile, c'est le retour du Messie et d'Elie. Dans la religion de Muhammad se trouve la promesse du Mihdi et du Messie, et ainsi de suite chez les zoroastriens et les autres peuples;

(1.10.26)
mais si nous entrions dans les détails, cela tirerait en longueur.

(1.10.27)
L'essentiel est que tous attendent deux manifestations qui doivent venir l'une derrière l'autre; et qu'il a été annoncé que, dans le temps de la venue de ces deux manifestations, la terre serait renouvelée, l'existence serait changée et les contingences revêtiraient une nouvelle parure.

(1.10.28)
La justice et la v√©rit√© doivent r√©gner sur le monde, l'inimiti√© et la haine dispara√ģtre, toutes les causes de division entre les tribus, les sectes, les nations s'√©vanouir, et les causes d'union, d'accord et d'amiti√© se manifester.

(1.10.29)
Les négligents s'éveilleront, les aveugles verront, les sourds entendront, les muets parleront, les malades guériront, les morts revivront, la guerre sera changée en paix, l'inimitié sera transformée en amour, les occasions de querelle et de dispute s'évanouiront entièrement, et l'humanité obtiendra la réelle félicité.

(1.10.30)
Le monde deviendra le miroir du royaume des cieux, et l'humanit√©, le tr√īne de la Divinit√©.

(1.10.31)
Les différentes nations ne seront qu'un seul peuple, toutes les religions s'unifieront, tous les hommes ne constitueront plus qu'une famille, qu'une maison.

(1.10.32)
Toutes les contr√©es de la terre n'en formeront plus qu'une, et les superstitions de nationalit√©, de patrie, de personnalit√©, de langage, de politique, dispara√ģtront et mourront; chacun, √† l'ombre du Seigneur des arm√©es, parviendra √† la vie √©ternelle!

(1.10.33)
Maintenant, il nous reste à prouver, d'après les livres saints, que ces deux manifestations se sont produites, et à deviner le sens des paroles des prophètes; car nous voulons des preuves tirées des livres saints, et nous avons déjà, il y a quelques jours, à table, produit des preuves rationnelles.

(1.10.34)
Quoi qu'il en soit, dans le livre de Daniel, depuis la reconstruction du temple de Jérusalem jusqu'au jour du martyre du Christ, soixante-dix semaines sont déterminées; car, par le martyre du Christ, le sacrifice doit être accompli et l'autel détruit. [voir : Daniel 9.24 - CLE: 70 SEMAINES JUSQU'AU CHRIST - Depuis la reconstruction du temple de Jérusalem jusqu'au jour du martyre du Christ, soixante-dix semaines sont déterminées]

(1.10.35)
Cette prophétie a trait à la manifestation du Christ, Le commencement de la période de ces soixante-dix semaines est la restauration et la reconstruction de Jérusalem;

(1.10.36)
et, à cet égard, pour la restauration de Jérusalem, nous possédons quatre édits, émanant de trois souverains. Le premier est de Cyrus, en 536 avant Jésus-Christ, et est rapporté au premier chapitre d'Esdras. Le deuxième édit pour reconstruire Jérusalem est de Darius de Perse, en 519 avant Jésus-Christ, rapporté au VIe chapitre d'Esdras. Le troisième est d'Artaxerxès, dans la septième année de son règne, c'est-à-dire en 457 avant Jésus-Christ, et est rapporté au VIIe chapitre d'Esdras. Le quatrième est d'Artaxerxès en 444 avant Jésus-Christ, et se trouve au IIe chapitre de Néhémie.

(1.10.37)
Mais Daniel se r√©f√®re au troisi√®me √©dit, qui fut rendu en 457 avant J√©sus-Christ. Soixante-dix semaines √©galent quatre cent quatre-vingt-dix jours. Chaque jour, suivant la terminologie des livres saints, est une ann√©e. Dans la Bible il est √©crit : ¬ę Le jour du Seigneur est une ann√©e ¬Ľ. Donc quatre cent quatre-vingt-dix jours font quatre cent quatre-vingt-dix ann√©es. Le troisi√®me √©dit d'Artaxerx√®s fut rendu quatre cent cinquante-sept ans avant la naissance du Christ, et lorsqu'il fut martyris√© et qu'il monta au ciel, le Christ avait 33 ans; 33 ajout√©s √† 457 font 490, qui est la date annonc√©e par Daniel pour la manifestation du Christ. [voir : Ez√©chiel 4.6 ; Nombres 14.34 ; Coran 32.5 - CLE: UN JOUR=UNE ANNEE - ¬ę Le jour du Seigneur est une ann√©e ¬Ľ]

(1.10.38)
Mais, au verset 25 du IXe chapitre de Daniel, il s'exprime d'une autre manière, c'est-à-dire sept semaines et soixante deux semaines. Et, en apparence, il y a là une contradiction avec la première phrase; beaucoup de gens sont demeurés perplexes en essayant de concilier ces deux affirmations. Comment ici s'agit-il de soixante-dix semaines, et là de soixante-deux semaines et de sept semaines ? Ces deux phrases ne concordent pas.

(1.10.39)
En r√©alit√©, Daniel cite deux dates, Une des dates commence avec l'ordre d'Artaxerx√®s qui enjoignit √† Esdras de reb√Ętir J√©rusalem : ce sont les soixante-dix semaines qui se terminent √† l'ascension du Messie, quand le sacrifice et l'oblation cess√®rent par son martyre.

(1.10.40)
La seconde date se trouve au verset 26, o√Ļ il est dit qu'apr√®s la terminaison de la reconstruction de J√©rusalem jusqu'√† l'ascension du Christ il y aura soixante-deux semaines; les sept semaines sont la dur√©e de la reconstruction de J√©rusalem, c'est-√†-dire quarante-neuf ans.

(1.10.41)
Si l'on ajoute ces sept semaines aux soixante-deux, cela fait soixante-neuf semaines; et, dans la dernière semaine, eut lieu l'ascension du Christ. Les soixante-dix semaines sont ainsi complètes et il ne reste plus de contradiction.

(1.10.42)
Et de même que la manifestation du Messie est prouvée par les prophéties de Daniel, maintenant nous allons prouver les manifestations de Bahá'u'lláh et du Bab.

(1.10.43)
Jusqu'ici, nous n'avons donné que des preuves rationnelles : il s'agit maintenant de preuves traditionnelles.

(1.10.44)
Au verset 13 du VIIIe chapitre du livre de Daniel, il est dit : ¬ę Alors j'entendis un saint qui parlait, et un saint qui demandait √† celui qui parlait : jusqu'√† quand durera la vision du sacrifice continuel et de la r√©volte qui cause la ruine, pour livrer le sanctuaire et l'arm√©e √† √™tre foul√©s aux pieds ? Et il me dit : jusqu'√† deux mille trois cents soirs et matins; alors le sanctuaire sera purifi√©. ¬Ľ Alors il me dit: ¬ę Cette vision se rapporte aux derniers jours. En d'autres termes ce malheur, cette d√©vastation, cette ruine, cette d√©gradation, jusqu'√† quand dureront-ils ? ou bien, quand 'sera aurore de la manifestation ? Alors il dit : jusqu'√† deux mille trois cents soirs et matins, et alors le sanctuaire sera purifi√©. ¬Ľ [voir : Daniel 8.13-17 - CLE: 2300 ANS JUSQU'AU PROMIS - ¬ę ...jusqu'√† quand durera la vision du sacrifice ...jusqu'√† deux mille trois cents soirs et matins; alors le sanctuaire sera purifi√©. ¬Ľ]

(1.10.45)
Bref, le but de ce passage est d'établir qu'il fixe deux mille trois cents ans; car, dans le texte de la Bible, chaque jour est une année.

(1.10.46)
Or, depuis la date de l'apparition de l'édit d'Artaxerxès pour reconstruire Jérusalem jusqu'au jour de la naissance du Christ, il y a quatre cent cinquante-six ans, et depuis la naissance du Christ jusqu'à la manifestation du Bab, il y a mille huit cent quarante-quatre ans, et si vous ajoutez quatre cent cinquante-six ans à ce nombre, cela fait deux mille trois cents ans.

(1.10.47)
C'est-à-dire que l'accomplissement de la prophétie de Daniel eut lieu en 1844 de l'ère chrétienne, et ce fut l'année de la manifestation du Bab.

(1.10.48)
Considérez le texte même de Daniel : avec quelle clarté il fixe l'année de manifestation! On ne peut pas annoncer plus clairement que cela une manifestation.

(1.10.49)
Le Christ, au chapitre XXIV de l'Evangile de Matthieu, verset 3, dit clairement que, ce que Daniel voulait dire par cette prophétie, c'était l'époque de la manifestation;

(1.10.50)
et voici le verset : ¬ę Et s'√©tant assis sur la montagne des Oliviers, ses disciples vinrent √† lui en particulier et lui dirent : dis-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de ton av√®nement et de la fin du monde ? ¬Ľ Parmi toutes les explications que le Christ leur donna en r√©ponse, se trouve celle-ci : ¬ę Quand donc vous verrez dans le lieu saint l'abomination qui cause la ruine dont le proph√®te Daniel a parl√©, que celui qui le lit y fasse attention ¬Ľ. Et il faisait ainsi allusion au VIIIe chapitre de Daniel, en disant que toute personne qui lira ce verset comprendra qu'il y est parl√© de ces temps. [voir : Matthieu 24.3 et 24.15 - CLE: ABOMINATION DANS LE LIEU SAINT - ¬ę ...dis-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de ton av√®nement et de la fin du monde ? ¬Ľ et ¬ę Quand donc vous verrez dans le lieu saint l'abomination ... ¬Ľ]

(1.10.51)
Voyez combien la manifestation du Bab est clairement annoncée dans la Bible et l'Evangile!

(1.10.52)
Maintenant, expliquons la date de la manifestation de Bah√°'u'll√°h par la Bible.

(1.10.53)
La date de la manifestation de Bahá'u'lláh est calculée en années lunaires, à partir de la mission et de l'hégire de Muhammad; car, dans la religion de Muhammad, c'est l'année lunaire qui est en usage et qui est employée; et dans cette religion, c'est l'année lunaire dont on se sert pour chacun des cas des commandements aux fidèles.

(1.10.54)
Au chapitre XII, verset 6, du livre de Daniel, il est dit : ¬ę Et on dit √† l'homme v√™tu de lin qui √©tait sur les eaux du fleuve : quand sera la fin de ces merveilles ? Et j'entendis l'homme v√™tu de lin qui √©tait sur les eaux du fleuve, lequel √©leva sa droite et sa gauche vers les cieux et jura par Celui qui vit √©ternellement, que ce sera jusqu'√† un temps, deux temps et une moiti√© de temps; et que, quand il aura achev√© de disperser la force du peuple saint, toutes ces choses-l√† seront termin√©es. ¬Ľ [voir : Daniel 12.6-7 - CLE: UN TEMPS, DEUX TEMPS... - ¬ę ...quand sera la fin de ces merveilles ? ...ce sera jusqu'√† un temps, deux temps et une moiti√© de temps... ¬Ľ]

(1.10.55)
J'ai déjà expliqué la signification du jour; il n'est pas utile d'y revenir. Mais disons brièvement que chaque jour du Père vaut une année, et chaque année vaut douze mois. Donc trois ans et demi valent quarante-deux mois; quarante-deux mois égalent mille deux cent soixante jours. Chaque jour, dans les livres saints, est une année. Et en 1260 de l'hégire de Muhammad, selon le compte musulman, le Bab, l'annonciateur de Bahá'u'lláh, apparut. [nota : trois ans et demi, c'est-à-dire un temps, deux temps et une moitié de temps]

(1.10.56)
Plus loin, dans le verset II, il est dit : ¬ę Or, dans le temps que le sacrifice continuel aura cess√©, et qu'on aura mis l'abomination de la ruine, il y aura douze cent quatre-vingt-dix jours. Heureux celui qui attendra et atteindra jusqu'√† treize cent trente-cinq jours. ¬Ľ [voir : Daniel 12.1 - CLE: 1290 JOURS, OU 1335 JOURS - ¬ę Or, dans le temps que le sacrifice continuel aura cess√© ...il y aura douze cent quatre-vingt-dix jours. Heureux celui qui attendra et atteindra jusqu'√† treize cent trente-cinq jours. ¬Ľ]

(1.10.57)
Le commencement de ce calcul lunaire est le jour de la proclamation du r√īle proph√©tique de Muhammad dans toutes les contr√©es du Hijaz; et cela eut lieu trois ans apr√®s le d√©but de sa mission, car, au d√©but, son r√īle proph√©tique √©tait tenu cach√© : nul, sauf Khadija et Ibn-Naufal, ne les avait. Apr√®s trois ans on le proclama. [nota : Waraqat-Ibn-Naufal fut le cousin de Khadija]

(1.10.58)
Et Bah√°'u'll√°h, en l'an 1290 de la proclamation de la mission de Muhammad, proclama sa manifestation. [nota : l'an 1290 apr√®s la proclamation de la mission de Muhammad, c'est l'an 1280 de l'H√©gire, c'est-√†-dire 1863 de l'√®re chr√©tienne. C'est √† cette √©poque (avril 1863) que Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h, quittant Bagdad pour Constantinople, d√©clara √† ceux qui l'entouraient qu'il √©tait la Manifestation de Dieu annonc√©e par le Bab. C'est cette d√©claration que les bah√°‚Äô√≠s c√©l√®brent par la f√™te du Ridvan, du nom du jardin o√Ļ Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h s'arr√™ta pendant douze jours au sortir de la ville, et o√Ļ il fit sa d√©claration]


1.11. Commentaire du chapitre XI des révélations de saint Jean

(1.11.1)
Au chapitre XI, verset 1 des r√©v√©lations de saint Jean, il est dit : ¬ę Alors on me donna un roseau semblable √† un b√Ęton √† mesurer, et l'ange s'√©tant pr√©sent√© me dit : L√®ve-toi et mesure le temple de Dieu et l'autel, et ceux qui y adorent. Mais laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point car il est abandonn√© aux gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cit√© pendant quarante-deux mois. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.1-2 - CLE: 1260 ANS, 42 MOIS LE PARVIS AU GENTILS - ¬ę ...laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point car il est abandonn√© aux gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cit√© pendant quarante-deux mois. ¬Ľ]

(1.11.2)
Ce roseau représente ici le symbole d'un homme parfait, et la portée de cette comparaison est la suivante : lorsque l'intérieur d'un roseau est vidé, et qu'il est débarrassé de tout ce qu'il contenait, on peut obtenir de merveilleuses mélodies.

(1.11.3)
Et de m√™me que le chant et le son ne viennent pas du roseau, que la musique vient v√©ritablement du joueur de fl√Ľte qui souffle dedans, de m√™me cette personne b√©nie a le coeur saint, libre, et vide de tout ce qui n'est pas Dieu, purifi√© et affranchi de toutes conditions humaines, et elle n'est que la compagne de l'Esprit divin.

(1.11.4)
Ses paroles ne viennent pas d'elle-m√™me mais bien du v√©ritable joueur de fl√Ľte, et sont une inspiration divine. Voil√† pourquoi il le compare √† un roseau.

(1.11.5)
Et ce roseau est comme un b√Ęton, c'est-√†-dire qu'il est le secours des faibles, et le soutien des √™tres contingents; c'est le b√Ęton du divin berger, √† l'aide duquel il fait pa√ģtre son troupeau, et le conduit dans les prairies du royaume.

(1.11.6)
Puis : ¬ę L'ange se pr√©senta et me dit : L√®ve-toi et mesure le temple de Dieu et l'autel, et ceux qui y adorent ¬Ľ; c'est-√†-dire compare et mesure; mesurer, c'est trouver la quantit√©.

(1.11.7)
Donc l'ange dit : compare le Saint des saints, et l'autel et ceux qui sont en train d'y prier, c'est-√†-dire d√©couvre quelle est leur v√©ritable condition, sache √† quel degr√© et en quelle situation ils sont, et quels sont leur √©tat, leurs perfections, leur conduite, leurs qualit√©s; apprends les secrets de ces saintes √Ęmes qui ont leur place au Saint des saints, dans l'√©tat de puret√© et de saintet√©.

(1.11.8)
¬ę Mais laisse le parvis qui est hors du temple et ne le mesure point, car il est abandonn√© aux gentils. ¬Ľ Au d√©but du VIIe si√®cle de l'√®re chr√©tienne, lorsque J√©rusalem fut conquise, le Saint des saints fut en apparence pr√©serv√©, c'est-√†-dire le temple que Salomon avait construit; mais en dehors du Saint des saints, le parvis ext√©rieur fut pris et donn√© aux gentils.

(1.11.9)
¬ę Et ils fouleront aux pieds la sainte cit√© pendant quarante-deux mois ¬Ľ, c'est-√†-dire que les gentils gouverneront et dirigeront J√©rusalem pendant quarante-deux mois √©quivalant √† douze cent soixante jours; et comme chaque jour √©quivaut √† une ann√©e, par ce compte, cela fait douze cent soixante ans, qui est la dur√©e du cycle coranique. [voir : Apocalypse 11.1-2 - CLE: 1260 ANS, 42 MOIS LE PARVIS AU GENTILS - ¬ę ...laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point car il est abandonn√© aux gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cit√© pendant quarante-deux mois. ¬Ľ]

(1.11.10)
Car, dans le livre saint, chaque jour √©quivaut √† une ann√©e, ainsi qu'il est dit au chapitre IV, verset 6 d'Ez√©chiel. ¬ę Et tu porteras l'iniquit√© de la maison de Juda pendant quarante jours : je t'ai assign√© chaque jour pour une ann√©e. ¬Ľ [voir : Ez√©chiel 4.6 ; Nombres 14.34 ; Coran 32.5 - ¬ę Le jour du Seigneur est une ann√©e ¬Ľ]

(1.11.11)
Cela prophétise la durée de la Dispensation de l'islam, lorsque Jérusalem fut foulée aux pieds, ce qui signifie que sa gloire lui fut enlevée (mais le Saint des saints fut préservé, gardé et respecté) jusqu'en 1260.

(1.11.12)
Cette prophétie sur ces douze cent soixante ans s'applique à la manifestation de l'Altesse Suprême, le Bab, la 'Porte' de Bahá'u'lláh, qui eut lieu en 1260 de l'hégire de Muhammad.

(1.11.13)
Et comme la durée des douze cent soixante années est terminée aujourd'hui, Jérusalem, la Ville sainte, est en train de redevenir prospère, peuplée et florissante. Tous ceux qui ont vu Jérusalem il y a soixante ans et qui la voient maintenant reconnaissent combien elle est devenue de nouveau peuplée, florissante et respectée.

(1.11.14)
Telle est la signification apparente des verses des révélations de saint Jean; mais ces versets ont une autre interprétation et une signification symbolique qui est la suivante.

(1.11.15)
La loi de Dieu comprend deux parties : l'une, fondamentale, est spirituelle; c'est-√†-dire a trait aux vertus spirituelles et aux qualit√©s divines, et n'a ni changement ni modification : c'est le Saint des saints, qui est l'essence de la loi d'Adam, de No√©, .de Mo√Įse, du Christ, de Muhammad, du Bab et de Bah√°'u'll√°h; elle dure et elle est √©tablie dans tous les cycles proph√©tiques.

(1.11.16)
Jamais elle ne sera abrogée, car c'est la vérité spirituelle, non matérielle : c'est la foi, le savoir, la certitude, la justice, la piété, la droiture, la confiance méritée, l'amour de Dieu, la bienveillance, la générosité pour les pauvres, la protection des opprimés, les dons aux malheureux, la main tendue à ceux qui sont tombés, la pureté, le détachement, l'humilité, la douceur, la patience, la constance.

(1.11.17)
Ces qualités divines, ces commandements éternels ne seront jamais abrogés mais dureront et seront établis pour l'éternité.

(1.11.18)
Ces vertus de l'humanit√© sont raviv√©es dans chacun des diff√©rents cycles; car, √† la fin de chaque cycle, la loi divine spirituelle, c'est-√†-dire les vertus humaines, dispara√ģt, et seule la forme subsiste. [nota : les cycles proph√©tiques]

(1.11.19)
Ainsi, chez les juifs, √† la fin du cycle de Mo√Įse, qui co√Įncide avec la manifestation chr√©tienne, la loi de Dieu disparut et une forme sans esprit subsista.

(1.11.20)
Mais le parvis extérieur de Jérusalem, qui équivaut à la forme de la religion, tomba aux mains des gentils.

(1.11.21)
De même, les principes de la religion du Christ, qui sont les vertus sublimes de l'humanité, ont disparu, et sa forme est restée aux mains des prêtres et du clergé.

(1.11.22)
Les fondements de la religion de Muhammad ont également disparu, mais sa forme reste aux mains des ulémas officiels.

(1.11.23)
Ces fondements de la loi de Dieu qui sont spirituels et sont les vertus de l'humanité ne sont pas abrogeables, mais bien immuables et éternels; et ils sont renouvelés dans chaque cycle prophétique.

(1.11.24)
La seconde partie de la loi de Dieu, qui a trait au monde mat√©riel, et qui comprend le je√Ľne, la pri√®re, les exercices du culte, le mariage, le divorce, l'abolition de l'esclavage, la poursuite des proc√®s, les transactions, les amendes, les indemnit√©s pour meurtre, violence, vol, blessures, cette partie de la loi de Dieu qui a trait aux choses mat√©rielles, est modifi√©e et transform√©e dans chaque cycle proph√©tique, et peut √™tre abrog√©e.

(1.11.25)
Car il est certain que les choses politiques, les transactions, les indemnités, etc., doivent être modifiées et transformées suivant les exigences du temps.

(1.11.26)
Bref, le mot ¬ę Saint des saints ¬Ľ veut dire cette loi spirituelle qui n'est jamais transform√©e ou modifi√©e, et qui ne sera pas abrog√©e. [nota : CLE: VILLE SAINTE - ¬ę ...ce qu'il faut entendre le plus souvent dans les Ecritures sacr√©es, par la Ville sainte et la J√©rusalem divine, c'est la loi de Dieu. ¬Ľ]

(1.11.27)
La Ville sainte veut dire la loi matérielle qui est abrogeable. Et c'est cette loi matérielle, qui est décrite comme la Ville sainte, sera foulée aux pieds pendant douze cent soixante ans.

(1.11.28)
¬ę Mais je donnerai √† mes deux t√©moins le pouvoir de proph√©tiser pendant douze cent soixante jours, √©tant v√™tus de sacs. ¬Ľ Les deux t√©moins dont il s'agit sont Muhammad, l'Envoy√© de Dieu, et 'Ali Ibn Abou Thaleb. [voir : Apocalypse 11.3 - CLE: 1260 JOURS POUR LES DEUX TEMOINS - ¬ę Mais je donnerai √† mes deux t√©moins le pouvoir de proph√©tiser pendant douze cent soixante jours... ¬Ľ]

(1.11.29)
Dans le Qur'an, il est dit que Dieu, s'adressant √† Muhammad, l'Envoy√© de Dieu, s'exprime ainsi : ¬ę Je t'ai plac√© comme un t√©moin, comme un messager de bonne nouvelle et comme un avertisseur ¬Ľ, c'est-√†-dire nous t'avons √©tabli comme le t√©moin, le donneur de bonne nouvelle, et celui qui apporte la col√®re de Dieu. T√©moin, c'est-√†-dire que les choses seront prouv√©es par son affirmation. [nota : Citation traduite d'apr√®s une version en persan du texte arabe du Qu'ran][voir : Coran 48.8 - ¬ę Je t'ai plac√© comme un t√©moin, comme un messager de bonne nouvelle et comme un avertisseur ¬Ľ]

(1.11.30)
Et les ordres de ces deux témoins seront donnés pendant douze cent soixante jours signifiant des années.

(1.11.31)
Or, Muhammad √©tait le tronc et 'Ali la branche, comme Mo√Įse et Josu√©.

(1.11.32)
Il est dit : ¬ę Ces deux t√©moins sont v√™tus de sacs ¬Ľ, c'est-√†-dire que, apparemment, ils n'auront pas des v√™tements neufs, mais de vieux v√™tements; autrement dit, au d√©but, aux yeux des autres peuples, ils n'ont aucune splendeur, et leur cause ne para√ģt pas nouvelle; car, par son c√īt√© spirituel, la loi de Muhammad ressemble √† celle du Christ dans l'Evangile, et ses commandements relatifs aux choses mat√©rielles ressemblent pour la plupart √† ceux de la Bible. Telle est la signification des vieux v√™tements.

(1.11.33)
¬ę Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui sont toujours en la pr√©sence du Seigneur de la terre. ¬Ľ Il compare ces deux √Ęmes √† deux oliviers, parce que, dans ce temps, on se servait de l'huile d'olive pour toutes les lampes, la nuit, Ces deux √™tres, chez qui appara√ģt l'esprit de la sagesse de Dieu, origine de la lumi√®re du monde, et qui font briller et resplendir les lumi√®res de Dieu, sont ainsi compar√©s √† deux chandeliers. Le chandelier n'est-il pas le lieu de la lumi√®re, et n'est-ce pas de lui que brille la lumi√®re ? De m√™me, de ces faces lumineuses, la lumi√®re de la direction surgira et brillera. [voir : Apocalypse 11.4 - ¬ę Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui sont toujours en la pr√©sence du Seigneur de la terre. ¬Ľ]

(1.11.34)
¬ę Ils se tiennent en la pr√©sence de Dieu ¬Ľ, signifiant qu'ils sont debout pour servir la cause, √©duquant les cr√©atures de Dieu; ainsi les tribus sauvages des Arabes nomades de la p√©ninsule arabique re√ßurent une telle √©ducation qu'elles arriv√®rent alors au plus haut degr√© de civilisation, et que leur renomm√©e et leur c√©l√©brit√© se r√©pandirent sur toute la terre.

(1.11.35)
¬ę Et si quelqu'un veut leur faire du mal, il sortira de leur bouche un feu qui d√©vorera leurs ennemis. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.5] C'est-√†-dire que nul ne peut leur r√©sister; que si quelqu'un veut affaiblir leurs enseignements et leur loi, cette m√™me loi qui sort de leur bouche les enveloppera et les exterminera enti√®rement; et si quelqu'un tente de les troubler, de leur faire du mal ou de leur r√©sister, un commandement √©manant de leur bouche d√©truira leurs ennemis. Et c'est ce qui arriva : tous leurs ennemis furent subjugu√©s, mis en fuite, an√©antis. De la fa√ßon la plus √©vidente, Dieu les a soutenus.

(1.11.36)
¬ę Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu'il ne pleuve point pendant qu'ils proph√©tiseront. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.6] C'est-√†-dire que pendant ce temps, ils sont comme des rois : la loi et les enseignements de Muhammad, les explications et les commentaires d'Ali sont une gr√Ęce c√©leste; lorsqu'ils veulent distribuer cette gr√Ęce, ils le peuvent. Et s'ils ne veulent pas, la pluie ne tombera pas. (Pluie ici veut dire gr√Ęce.)

(1.11.37)
¬ę Ils ont aussi le pouvoir de changer les eaux en sang. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.6] C'est-√†-dire que, le pouvoir proph√©tique de Muhammad fut le m√™me que celui de Mo√Įse, et la puissance d'Ali fut comme celle de Josu√©.

(1.11.38)
S'ils le veulent, ils transforment en sang les eaux du Nil pour les Egyptiens et ceux qui les renient : c'est-à-dire que les eaux qui sont la cause de la vie deviennent, par l'ignorance et l'orgueil des négateurs, la cause de leur mort.

(1.11.39)
Ainsi, le royaume, la richesse et le pouvoir du Pharaon et des siens, qui furent la cause de la vie de l'Egypte, devinrent, par leur opposition, leur reniement et leur orgueil, une cause de mort, de destruction, de dispersion, de dégradation et de misère. Ces deux témoins ont donc le pouvoir de détruire les nations.

(1.11.40)
¬ę Et de frapper la terre de toutes sortes de plaies toutes les fois qu'ils le voudront. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.6] C'est-√†-dire qu'ils ont la puissance et la force mat√©rielles n√©cessaires pour √©duquer les m√©chants et ceux qui sont des oppresseurs et des tyrans cruels; car Dieu a donn√© √† ces deux t√©moins une force mat√©rielle et un pouvoir spirituel avec lesquels ils ont corrig√© et √©duqu√© les Arabes nomades et f√©roces, sanguinaires et tyranniques, qui vivaient comme des loups et des b√™tes sauvages.

(1.11.41)
¬ę Et quand ils auront achev√© de rendre leur t√©moignage ¬Ľ, c'est-√†-dire quand ils auront accompli ce dont ils sont charg√©s, d√©livr√© le divin message, r√©pandu la loi de Dieu et les enseignements c√©lestes, et que les signes de la vie spirituelle seront visibles dans les √Ęmes, que les lumi√®res des vertus de l'humanit√© brilleront, et que les tribus nomades auront accompli des progr√®s absolus. [voir : Apocalypse 11.7]

(1.11.42)
¬ę La b√™te qui monte de l'ab√ģme leur fera la guerre, et les vaincra et les tuera. ¬Ľ Cette b√™te signifie les B√©ni-Omeyyahs qui les ont attaqu√©s depuis l'ab√ģme de l'erreur : c'est ce qui est arriv√© quand les B√©ni-Omeyyahs s'insurg√®rent contre la loi de Muhammad et la r√©alit√© d'Ali, qui est l'amour de Dieu. [voir : Apocalypse 11.7]

(1.11.43)
¬ę La b√™te fit la guerre aux deux t√©moins ¬Ľ, c'est-√†-dire une guerre religieuse; elle agit contre leurs enseignements, leurs coutumes, leurs institutions, avec la plus compl√®te opposition : les vertus et les qualit√©s qui, gr√Ęce √† ces deux t√©moins, s'√©taient r√©pandues parmi ces peuples et ces tribus dispara√ģtront enti√®rement, et les moeurs bestiales et la sensualit√© pr√©vaudront. [voir : Apocalypse 11.7]

(1.11.44)
Ainsi cette bête qui leur fait la guerre aura la victoire; c'est-à-dire que la noirceur de l'erreur, représentée par cette bête, conquerra tous les horizons du monde et tuera ces deux témoins; en d'autres termes, détruira du milieu des nations la vie spirituelle qu'ils ont apportée, et en supprimera entièrement les lois et les enseignements divins; elle foulera aux pieds la religion de Dieu, et il n'en subsistera rien qu'un corps sans esprit.

(1.11.45)
¬ę Et leurs corps sans vie resteront sur les places publiques de la grande cit√© qui est appel√©e spirituellement Sodome et Egypte, au lieu m√™me o√Ļ Notre-Seigneur aussi fut crucifi√©. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.8] ¬ę Leurs corps ¬Ľ signifie la loi de Dieu; ¬ę les places publiques ¬Ľ veut dire en vue de tout le monde. ¬ę Sodome et Egypte, le lieu o√Ļ Notre-Seigneur aussi fut crucifi√© ¬Ľ, c'est cette contr√©e de Syrie, et surtout J√©rusalem, puisque les B√©ni-Omeyyahs r√©gnaient sur ces lieux et que c'est d'abord d'ici que la loi de Dieu et les enseignements divins disparurent, et dans ces lieux qu'un corps sans esprit subsista. Leurs corps, c'est la loi de Dieu qui demeura comme un corps sans esprit.

(1.11.46)
¬ę Et les diff√©rents peuples et tribus, de nations et de langues diverses, verront leurs corps sans vie pendant trois ans et demi, et ne permettront pas que leurs corps soient mis dans le s√©pulcre. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.9-11]

(1.11.47)
Comme il a déjà été dit, selon la terminologie des livres saints, trois jours et demi égalent trois ans et demi, soit quarante-deux mois, qui font douze cent soixante jours; comme chaque jour dans le texte du livre saint fait une année, cela veut dire que, pendant douze cent soixante ans, ce qui est la durée du cycle coranique, les nations, les tribus, les peuples regarderont leurs corps; qu'ils feront un spectacle de la loi de Dieu. [voir : Apocalypse 11.9-11]

(1.11.48)
Ils n'agiront pas selon cette loi, mais ils ne laisseront pas non plus porter à la tombe son corps, c'est-à-dire la loi de Dieu; en d'autres termes, en apparence ils s'y attacheront, ils ne la laisseront pas enlever complètement ni détruire, et ils ne permettront pas qu'on anéantisse entièrement son corps. Si, en réalité, ils l'abandonnent, en apparence ils en conservent le souvenir et le nom.

(1.11.49)
Les ¬ę tribus, nations et peuples ¬Ľ signifient ceux qui sont r√©unis √† l'ombre du Qur'an, et qui ne permettent pas que la cause et la religion de Dieu soient en apparence enti√®rement d√©truites et an√©anties, car ils ont conserv√© la pri√®re et le je√Ľne.

(1.11.50)
Mais les principes essentiels de la religion de Dieu qui sont la morale, la conduite, la connaissance des mystères spirituels ont disparu; les lumières des vertus de l'humanité, qui sont le résultat de l'amour et de la connaissance de Dieu, se sont éteintes; et l'obscurité de la tyrannie, de l'oppression, les passions et les désirs sataniques ont triomphé.

(1.11.51)
Et le corps de la loi de Dieu, comme un cadavre, a été exposé au public pendant douze cent soixante jours équivalant chacun à une année; et cette période est le cycle de Muhammad.

(1.11.52)
Ce que ces deux êtres avaient établi : les fondements de la loi de Dieu, le peuple l'a abandonné; les vertus de l'humanité, qui étaient le bienfait de Dieu et l'esprit de cette religion, ils les ont détruites, au point que la sincérité, la justice, l'amour, l'unité, la pureté, la sainteté, le détachement, toutes les qualités divines ont disparu.

(1.11.53)
De la religion, la pri√®re et le je√Ľne subsistent; et cet √©tat se prolongea pendant douze cent soixante ans, ce qui est la dur√©e du cycle du Forqan [nota : Forqan, signifiant la distinction, est un autre nom d√©signant le Coran, ou Qur'an]. C'√©tait comme si ces deux √™tres √©taient morts, et que leurs corps fussent demeur√©s sans esprit.

(1.11.54)
¬ę Et les habitants de la terre se r√©jouiront √† leur sujet, et s'abandonneront √† la joie, et s'enverront des pr√©sents les uns aux autres, parce que ces deux proph√®tes auront tourment√© les habitants de la terre. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.10]

(1.11.55)
¬ę Habitants de la terre ¬Ľ signifie les autres nations et races, comme les peuples d'Europe et de l'Extr√™me-Asie qui, lorsqu'ils virent que le caract√®re de l'islam √©tait enti√®rement chang√©, et que la loi divine √©tait abandonn√©e, que les vertus, le z√®le et le bien avaient disparu, chang√®rent leurs sentiments, se montr√®rent heureux et joyeux de ce que la corruption des moeurs e√Ľt p√©n√©tr√© les peuples de l'islam, et de ce que ces derniers allaient √™tre soumis par les autres nations.

(1.11.56)
C'est ainsi que ce malheur se manifeste avec la plus grande évidence. Voyez : ce peuple qui était parvenu au sommet de la force, combien, aujourd'hui, il est devenu soumis et méprisable!

(1.11.57)
Les autres nations ¬ę se sont envoy√© des pr√©sents les unes aux autres ¬Ľ, c'est-√†-dire se sont entraid√©es, car ¬ę ces deux proph√®tes ont tourment√© les habitants de la terre ¬Ľ, c'est-√†-dire ont vaincu les autres peuples et nations de la terre, et les ont soumis.

(1.11.58)
¬ę Mais apr√®s ces trois jours et demi, l'esprit de vie de Dieu entra en eux, et ils se relev√®rent sur leurs pieds, et une grande crainte saisit ceux qui les virent. ¬Ľ Trois jours et demi, c'est-√†-dire douze cent soixante ans, ainsi qu'il a d√©j√† √©t√© expliqu√©. [voir : Apocalypse 11.9-11]

(1.11.59)
Ces deux êtres dont les corps étaient demeurés sans esprit représentent les enseignements et la loi que Muhammad avait établis et qu'Ali avait promulgués, dont la vérité avait disparu, et dont la forme seule était restée.

(1.11.60)
Une seconde fois, l'esprit revint à ces corps, c'est-à-dire que ces fondements et ces enseignements furent à nouveau établis.

(1.11.61)
En d'autres termes, la spiritualité de la loi divine avait été changée en matérialité, les vertus en vices, l'amour de bien en haine, la lumière en obscurité, les sentiments rahmaniques [nota : Rahman, un des noms de Dieu dans le Qur'an] en sentiments sataniques, la justice en tyrannie, la miséricorde en haine, la sincérité en hypocrisie, le salut en perdition, et la pureté en sensualité.

(1.11.62)
Puis, apr√®s trois jours et demi qui, d'apr√®s la terminologie des livres saints, signifient douze cent soixante ann√©es, ces enseignements divins, ces vertus et ces perfections rahmaniques, ces bont√©s spirituelles apparurent une seconde fois, renouvel√©s par la manifestation du Bab et le d√©vouement de D√©jant√© Qudd√ļs. [nota : Haji Muhammad Ali Barfurush, l'un des premiers lieutenants du Bab, et l'une des 19 ¬ę Lettres du Vivant ¬Ľ, appel√© par les babis, Dj√©nab√© Qudd√ļs, l'Excellence pure]

(1.11.63)
Les saintes brises souffl√®rent, les lumi√®res de v√©rit√© brill√®rent, la saison du printemps f√©condant arriva, l'aurore de salut resplendit, et ces deux corps sans √Ęme naquirent √† nouveau : ces deux grands personnages, l'un le fondateur, l'autre le promulgateur, se lev√®rent. C'√©taient deux chandeliers, car ils illumin√®rent le monde par la lumi√®re de v√©rit√©.

(1.11.64)
¬ę Ils entendirent une voix venant du ciel qui leur dit : "Montez ici; puis ils mont√®rent au ciel." C'est-√†-dire qu'ils entendirent la proclamation de Dieu des cieux invisibles, disant : "Vous avez accompli ce qu'il faut et ce qu'il convient des enseignements et des bonnes nouvelles, vous avez transmis mon message √† mes cr√©atures, vous avez proclam√© la parole de Dieu, et vous avez ait ce que vous deviez. [voir : Apocalypse 11.12]

(1.11.65)
Maintenant, il faut, comme le Christ, sacrifier votre vie pour le Bien-Aim√© et devenir des martyrs. ¬Ľ Et ce Soleil de V√©rit√©, cette Lune de Direction, tous deux, comme le Christ, se couch√®rent √† l'horizon du martyre supr√™me, et mont√®rent au ciel du royaume de Dieu. [nota : le Soleil de V√©rit√© et la Lune de Direction sont respectivement le Bab et Dj√©nab√© Quddus]

(1.11.66)
¬ę Et leurs ennemis tes virent. ¬Ľ C'est-√†-dire que, parmi leurs ennemis, apr√®s leur martyre, un grand nombre de gens s'aper√ßurent de la sublimit√© de leur rang et de la hauteur de leur vertu, et t√©moign√®rent de leur grandeur et de leur perfection.

(1.11.67)
¬ę Et √† la m√™me heure, il arriva un grand tremblement de terre, et un dixi√®me de la ville fut an√©anti; et sept mille hommes furent tu√©s dans ce tremblement de terre. ¬Ľ Ce tremblement de terre eut lieu √† Shiraz apr√®s le martyre du Bab : la ville fut sens dessus dessous, et beaucoup d'individus p√©rirent; une grande agitation, telle qu'on n'en avait jamais vu, apparut √©galement, √† la suite des maladies, de la peste, de la famine, du d√©nuement, de la faim et des √©preuves. [voir : Apocalypse 11.13]

(1.11.68)
¬ę Et ceux qui restaient furent effray√©s et glorifi√®rent le Dieu du ciel. ¬Ľ Lorsque le tremblement de terre arriva dans le Fars, tous ceux qui restaient se lamentaient jour et nuit, suppliant et priant Dieu; ils √©taient √† ce point pusillanimes et troubl√©s que, la nuit, ils n'avaient ni sommeil ni repos. [voir : Apocalypse 11.13]

(1.11.69)
¬ę Le second malheur est pass√©, et voici que le troisi√®me malheur arrive rapidement. ¬Ľ Le premier malheur est la manifestation du proph√®te Muhammad Ibn Abd'u'llah (sur lui le salut !). Le second, c'est celle du Bab (sur lui la gloire et la louange !). Le troisi√®me malheur est le jour supr√™me de la manifestation du Seigneur des arm√©es et de l'√©clat de la beaut√© du Promis. [voir : Apocalypse 11.14 et Ez√©chiel 30.2-3]


(1.11.70)
L'explication de ce sujet se trouve au chapitre XXX du Livre d'Ez√©chiel dans lequel il dit : ¬ę La parole de Dieu me fut r√©v√©l√©e. Il dit : √ī fils de l'homme, proph√©tise et dis : c'est ainsi que parle Dieu Iahv√© : Criez et dites : malheur √† ce jour, car ce jour est proche, et le jour de Dieu est proche. ¬Ľ [nota : le sujet en question est le ¬ę Malheur ¬Ľ, c'est-√†-dire l'√©preuve du jugement de Dieu lors de la venue de son Messager] [voir : Apocalypse 11.14 et Ez√©chiel 30.2-3]

(1.11.71)
Il est donc évident que le jour du malheur est le jour de Dieu : car en ce jour, le malheur est pour les négligents, le malheur est pour les pécheurs, le malheur est pour les ignorants.

(1.11.72)
C'est pour cela qu'il dit : le second malheur est passé, voici que le troisième malheur approche rapidement. Ce troisième malheur est le jour de la manifestation de Bahá'u'lláh. C'est le jour de Dieu, proche du jour de la manifestation du Bab.

(1.11.73)
¬ę Le septi√®me ange sonna de la trompette et, tout √† coup, de grandes voix se firent entendre au ciel, disant : le royaume du monde appartient √† notre Dieu et √† son Christ, et il r√©gnera aux si√®cles des si√®cles. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.15]

(1.11.74)
Cet ange est un homme paré des qualités célestes, qui doit être envoyé avec des attributs et un caractère angéliques, et qui doit annoncer la proclamation, afin que l'apparition de la manifestation divine soit répandue et divulguée : c'est le jour de la manifestation du Seigneur des armées, et le temps du cycle divin de l'éducateur, promis et mentionnés dans tous les livres et écrits des prophètes.

(1.11.75)
En ce jour de Dieu, le royaume divin et spirituel sera √©tabli, et le monde renouvel√©; un nouvel esprit soufflera dans le corps de la cr√©ation, la saison du divin printemps arrivera, les nuages de mis√©ricorde verseront la pluie, le Soleil de V√©rit√© brillera, les brises f√©condantes souffleront, l'humanit√© rev√™tira une nouvelle parure, la surface de la terre deviendra un paradis sublime, les hommes seront instruits, la guerre, les disputes et querelles, l'iniquit√© dispara√ģtront, et la v√©rit√©, la droiture, la paix, la pi√©t√© s'√©tabliront; l'amour, l'amiti√©, l'affection envelopperont le monde, et Dieu r√©gnera aux si√®cles des si√®cles, c'est-√†-dire que le royaume spirituel, √©ternel, sera √©tabli. Tel est le jour de Dieu.

(1.11.76)
Car tous les jours, qui sont venus et sont pass√©s, √©taient les jours d'Abraham, de Mo√Įse, du Christ ou des autres proph√®tes. Mais ce jour est le jour de Dieu, car le Soleil de V√©rit√© s'y l√®ve avec toute sa chaleur et tout son √©clat.

(1.11.77)
¬ę Alors les vingt-quatre vieillards qui sont assis sur leurs tr√īnes devant Dieu se prostern√®rent sur leurs visages, et ador√®rent Dieu en disant : Nous te rendons gr√Ęce, Seigneur Dieu tout-puissant, absolu, qui es, qui √©tais, qui viendras, car tu as pris en main ta grande puissance, et tu es entr√© dans ton r√®gne. ¬Ľ [voir : Apocalypse 11.16-17]

(1.11.78)
Dans chaque cycle, les √©lus et les saints ont √©t√© au nombre de douze. Au temps de Jacob, il y avait ses douze fils; au temps de Mo√Įse, il y avait douze t√™tes ou chefs de tribu; au temps du Christ, les douze ap√ītres; au temps de Muhammad, les douze imams. Mais dans cette manifestation glorieuse, il y a vingt-quatre disciples, soit le double, car la grandeur de cette manifestation l'exige.

(1.11.79)
Ces saintes √Ęmes r√®gnent en pr√©sence de Dieu sur leurs propres tr√īnes, c'est-√†-dire r√®gnent √©ternellement.

(1.11.80)
Ces vingt-quatre grands personnages, bien qu'ils soient √©tablis sur le tr√īne du pouvoir √©ternel, adorent pourtant l'apparition de la manifestation universelle, ils sont humbles et soumis, et disent : ¬ę Nous te remercions, √ī Dieu tout-puissant et ind√©pendant, qui as √©t√©, qui es et qui viendras, car, ayant saisi ton pouvoir supr√™me, tu t'es mis √† r√©gner. ¬Ľ

(1.11.81)
C'est-à-dire : Tu répandras complètement tes enseignements, et tu réuniras sous ton ombre tout ce qui est sur terre, et tu amèneras tous les hommes à l'ombre d'une seule tente.

(1.11.82)
Et, bien que ce soit le royaume éternel de Dieu qui a toujours eu et a toujours un royaume, ici, royaume veut dire sa propre manifestation, qui répandra toutes les lois et les enseignements qui sont l'esprit de l'humanité et la vie éternelle. [nota : ici, royaume de Dieu veut dire Sa Manifestation la plus complète]

(1.11.83)
Cette manifestation universelle, par son pouvoir spirituel, affranchira le monde, sans lutte; elle le conduira √† la paix et au salut, autrement que par le sabre et la lance; elle √©tablira ce royaume divin par le v√©ritable amour, non par la force de la guerre; elle r√©pandra ces enseignements divins par la bont√© et l'ordre, non par la violence et par les armes, et elle donnera une telle √©ducation aux peuples et aux nations que, malgr√© la vari√©t√© de leurs conditions, la diff√©rence de leurs coutumes et de leurs caract√®res, la division de leurs religions et de leurs races, ils seront comme le loup et l'agneau, le serpent et l'enfant √† la mamelle, le tigre et le chevreau; ils deviendront des camarades, des confidents, des intimes. [voir : Esa√Įe 11.6]

(1.11.84)
D'une façon absolue, les haines de races, les différences de religions, les barrières entre les nations seront détruites, et tous trouveront, à l'ombre de l'arbre sacré, l'intimité et la réconciliation complètes.

(1.11.85)
¬ę Les nations s'√©taient irrit√©es ¬Ľ, car tes enseignements √©taient contraires aux passions des autres peuples. ¬ę Mais ta col√®re apparut ¬Ľ; c'est-√†-dire que tous furent afflig√©s par un dommage √©vident et que, pour ne pas avoir ob√©i √† tes pr√©ceptes, tes conseils et tes engagements, ils furent priv√©s de ta gr√Ęce √©ternelle et s√©par√©s par un voile des lumi√®res du Soleil de V√©rit√©. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.86)
¬ę Ainsi que le temps que tu dois juger les morts. ¬Ľ Autrement dit, le temps est venu o√Ļ les morts, c'est-√†-dire ceux qui sont priv√©s de l'esprit de l'amour de Dieu, et qui n'ont pas de part √† la sainte vie √©ternelle, seront jug√©s Avec justice, c'est-√†-dire recevront ce qu'ils m√©ritent et ce qu'ils sont capables d'obtenir. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.87)
Et Il √©tablira la r√©alit√© de ces secrets; Il fera conna√ģtre √† quel degr√© de bassesse ils sont arriv√©s dans le monde de l'existence pour que, en v√©rit√©, ils soient jug√©s morts. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.88)
¬ę Et donner la r√©compense √† tes serviteurs les proph√®tes, et aux saints, et √† ceux qui craignent ton nom, petits ou grands. ¬Ľ C'est-√†-dire : Tu distingueras les pieux par des biens infinis; tu les feras briller comme les √©toiles du ciel √† l'horizon de la gloire √©ternelle; tu les aideras en leur donnant les coutumes et la conduite qui sont l'√©clat de l'humanit√©, la cause du salut, et la raison de la vie √©ternelle au royaume divin. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.89)
¬ę Et d√©truire ceux qui ont corrompu la terre. ¬Ľ C'est-√†-dire : Tu ch√Ętieras √©nergiquement les n√©gligents, car la c√©cit√© des aveugles deviendra manifeste et la lucidit√© des voyants √©vidente, l'ignorance et la b√™tise des √©gar√©s seront reconnues, et le savoir et la science de ceux qui sont dans la bonne voie deviendront clairs; par cons√©quent les corrupteurs seront an√©antis. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.90)
¬ę Et le temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel. ¬Ľ C'est-√†-dire que la J√©rusalem divine fut trouv√©e, et le Saint des saints devint visible. [voir : Apocalypse 11.19]

(1.11.91)
Le Saint des saints, selon la terminologie des sages, est l'essence de la loi divine et des véritables enseignements du Seigneur, qui n'ont été changés dans aucun des cycles prophétiques, ainsi qu'il a déjà été expliqué.

(1.11.92)
Le sanctuaire de Jérusalem, c'est la réalité de la loi divine, qui est le Saint des saints; tandis que l'ensemble des lois, des conventions, des rites et des règles matérielles, c'est la ville de Jérusalem. C'est pour cela qu'on parle [nota : dans le 1er cas] de la Jérusalem céleste.

(1.11.93)
Bref comme dans ce cycle, le Soleil de Vérité fera briller du plus grand éclat les lumières divines, l'essence des enseignements divins se répandra dans le monde contingent, et les ténèbres de l'ignorance et de la bêtise seront détruites.

(1.11.94)
Le monde sera un autre monde, et la lumière resplendira. Aussi le Saint des saints sera visible.

(1.11.95)
¬ę Et le temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel. ¬Ľ C'est-√†-dire que la divulgation des enseignements divins, l'apparition de ces secrets c√©lestes, l'√©clat du Soleil de V√©rit√© ouvrirent de tous les c√īt√©s les portes de la prosp√©rit√© et du succ√®s, et les signes des bont√©s et des b√©n√©dictions c√©lestes devinrent apparents. [voir : Apocalypse 11.19]

(1.11.96)
¬ę Et l'arche de son alliance fut vue dans son temple. ¬Ľ C'est-√†-dire que le livre de son alliance apparut dans sa J√©rusalem, et l'√©p√ģtre du covenant fut r√©dig√©e. Alors la signification de l'alliance et du pacte deviendra √©vidente. [nota : √©p√ģtre du covenant - un ouvrage de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h, dans lequel il d√©signe express√©ment Abdu‚Äôl-Bah√° comme celui vers lequel on doit se tourner apr√®s sa mort, porte le nom de livre du Covenant (l'Alliance), Kitab-i-Ahd] [voir : Apocalypse 11.19]

(1.11.97)
La renommée de Dieu envahira l'Orient et l'Occident, et la proclamation de la cause de Dieu dominera le monde.

(1.11.98)
Les infidèles seront dispersés et humiliés, et les fidèles fortifiés et glorifiés, car ils sont attachés au livre de l'alliance, et fermes et solides dans le covenant.

(1.11.99)
¬ę Et il se fit des √©clairs et des voix, et des tonnerres, et un tremblement de terre, et une grosse gr√™le. ¬Ľ C'est-√†-dire qu'apr√®s l'apparition du livre de l'alliance il y aura un grand orage et l'√©clair de la col√®re et de la fureur divines brillera; le bruit du tonnerre de la violation du covenant grondera; le tremblement de terre des doutes surviendra; la gr√™le des tourments grondera sur les infid√®les au covenant; et les troubles et les √©preuves s'abattront sur les fid√®les ! [voir : Apocalypse 11.19]


1.12. Commentaire du chapitre XI d‚ÄôEsa√Įe

(1.12.1)
Au chapitre XI d'Esa√Įe, verset 1, il est dit : ¬ę Et il sortira un rameau du tronc de Jess√©, et une branche cro√ģtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de la connaissance et de la crainte de Dieu, et il ne jugera point par ce qui frappe les yeux; et il ne condamnera pas sur un ou√Į-dire; mais il jugera avec droiture; il frappera la terre de la verge de sa parole, et il tuera le m√©chant par le souffle de ses l√®vres. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fid√©lit√© la ceinture de ses flancs. ¬Ľ [voir : Esa√Įe 11.1-5 - CLE: RAMEAU DU TRONC DE JESSE - ¬ę Et il sortira un rameau du tronc de Jess√©, et une branche cro√ģtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui... ¬Ľ. Ce Rameau est Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(1.12.2)
¬ę Le loup habitera avec l'agneau, et le l√©opard dormira avec le chevreau; le veau, le lion et le b√©tail qu'on engraisse, ensemble, seront conduits par un petit enfant. ¬Ľ [voir : Esa√Įe 11.6 - CLE: UN PETIT ENFANT CONDUIRA LES NATIONS - ¬ę Le loup habitera avec l'agneau, et le l√©opard dormira avec le chevreau; le veau, le lion et le b√©tail qu'on engraisse, ensemble, seront conduits par un petit enfant. ¬Ľ. Ce petit enfant pourrait √™tre Shoghi Effendi, descendant √† la foi du Bab et de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h, et premier Gardien de la foi bah√°‚Äô√≠e, qui guida les nations en propageant le message de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h √† travers le monde]

(1.12.3)
¬ę La vache pa√ģtra avec l'ours, et leurs petits dormiront ensemble. Le lion mangera du fourrage comme le boeuf; l'enfant qui t√®te s'√©battra sur le trou de l'aspic, et l'enfant qu'on s√®vre posera sa main sur le trou du basilic. ¬Ľ [voir : Esa√Įe 11.7-8]

(1.12.4)
¬ę Sur toute ma montagne sainte on ne fera ni mal ni dommage, car la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, comme les eaux qui recouvrent la mer. ¬Ľ [voir : Esa√Įe 11.9]

(1.12.5)
Ce rameau du tronc de Jessé semble s'appliquer correctement au Christ, car Joseph était de la descendance de Jessé, père de David, Mais comme le Christ était né par l'Esprit de Dieu, il s'appela lui-même fils de Dieu. S'il n'avait pas agi ainsi, ce passage pourrait s'appliquer à lui.

(1.12.6)
De plus, les √©v√©nements qu'il indique comme devant se passer dans le temps de ce rameau, au cas o√Ļ on les interpr√®te symboliquement, se sont accomplis en partie, mais non tous; et si on ne les interpr√®te pas, aucun de ces signes n'est d√©cid√©ment arriv√© au temps du Christ. [voir : Esa√Įe 11.1-5 - CLE: RAMEAU DU TRONC DE JESSE - ¬ę Et il sortira un rameau du tronc de Jess√©, et une branche cro√ģtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui... ¬Ľ. Ce Rameau est Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(1.12.7)
Par exemple, le léopard et l'agneau, le lion et le veau, l'aspic et l'enfant qui tète, sont des métaphores et des symboles qui représentent les nations et les peuples opposés, les sectes adverses et les races hostiles qui, pour l'inimitié et l'antagonisme, sont comme le loup et l'agneau; et nous disons que, par le souffle de l'esprit du Christ, ils trouvèrent l'esprit de concorde et d'union, ils furent vivifiés et formèrent des associations.

(1.12.8)
Mais ¬ę sur toute ma montagne sainte on ne fera ni mal ni dommage, car la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, comme les eaux qui recouvrent la mer ¬Ľ. Ces circonstances ne se produisirent pas avec l'apparition du Christ, car jusqu'√† pr√©sent il y a sur la terre des nations oppos√©es et adverses, et bien peu reconnaissent le Dieu d'Isra√ęl : la plupart d'entre elles sont tout √† fait priv√©es de la connaissance de Dieu.

(1.12.9)
De même la paix universelle n'eut pas lieu dans la manifestation du Christ; c'est-à-dire qu'au milieu des nations antagonistes et hostiles il n'y eut ni paix ni concorde; les litiges et les disputes ne cessèrent pas, la réconciliation et la sincérité n'apparurent pas. C'est qu'aujourd'hui même, parmi les sectes et les races chrétiennes, l'inimitié, la haine et l'hostilité les plus violentes se rencontrent.

(1.12.10)
Ces versets, au contraire, s'appliquent compl√®tement √† Bah√°'u'll√°h, et mot pour mot. [voir : Esa√Įe 11.1-5 - CLE: RAMEAU DU TRONC DE JESSE - ¬ę Et il sortira un rameau du tronc de Jess√©, et une branche cro√ģtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui... ¬Ľ. Ce Rameau est Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(1.12.11)
Ainsi, dans ce cycle merveilleux, la terre sera transform√©e, et l'humanit√© para√ģtra dans le calme et l'√©clat les plus grands. Les litiges, les disputes, les meurtres seront remplac√©s par la paix, la sinc√©rit√©, la r√©conciliation; parmi les tribus, les peuples, les races et les nations, l'amour et l'amiti√© vont appara√ģtre; la coop√©ration et la concorde seront √©tablies, et enfin la guerre sera enti√®rement supprim√©e.

(1.12.12)
Lorsque les commandements du Livre Tr√®s-Saint seront en vigueur, les litiges et les querelles trouveront une sentence de justice absolue devant un tribunal g√©n√©ral des nations et des peuples, et les difficult√©s nouvelles seront solutionn√©es. [nota : le ¬ę Livre Tr√®s-Saint ¬Ľ est le Kitab-i-Aqdas, ouvrage principal de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(1.12.13)
Les cinq parties du monde n'en formeront plus qu'une, et les différentes nations en deviendront une seule : la surface de la terre deviendra une patrie unique, l'humanité une seule tribu.

(1.12.14)
Les relations entre les contrées, le mélange, l'union, l'affection des peuples et des tribus, arriveront à un tel degré que toute l'humanité sera comme une seule famille, et une seule progéniture.

(1.12.15)
La lumi√®re de l'amour c√©leste brillera, les t√©n√®bres de la haine et de l'inimiti√© dispara√ģtront du monde contingent.

(1.12.16)
La paix universelle plantera sa tente au centre du monde, et le saint arbre de vie poussera et cro√ģtra, √† tel point qu'il √©tendra son ombre sur l'Orient et l'Occident.

(1.12.17)
Les forts et les faibles, les riches et les pauvres, les tribus adverses et les nations hostiles qui sont comme le loup et l'agneau, comme le léopard et le chevreau, comme le lion et le veau, agiront les uns envers les autres avec l'amour, l'union, la justice, l'équité les plus complets.

(1.12.18)
Le monde sera rempli par la science, le savoir, par la compréhension des mystères des créatures et par la connaissance de Dieu.

(1.12.19)
Remarquez aujourd'hui dans ce siècle sublime, qui est le cycle de Bahá'u'lláh, combien les sciences et les connaissances ont fait de progrès, combien de mystères des créatures ont été découverts, combien d'inventions sublimes ont vu le jour; et leur nombre augmente tout le temps!

(1.12.20)
Bient√īt la science et les connaissances de la mati√®re, comme la science de l'esprit, feront de tels progr√®s et de tels miracles que ceux qui les verront en seront stup√©faits. Alors, la signification du verset d‚ÄôEsa√Įe : ¬ę la terre sera remplie de la connaissance de Dieu ¬Ľ deviendra compl√®tement √©vidente.

(1.12.21)
De même, considérez que, dans le peu de temps qui s'est écoulé depuis la manifestation de Bahá'u'lláh, il est venu à l'ombre de cette cause des gens de toutes les nations, de toutes les races et de toutes les tribus : chrétiens, juifs, zoroastriens, hindous, bouddhistes, persans, tous, avec l'amitié et l'amour les plus grands, s'associent les uns avec les autres.

(1.12.22)
On dirait que ces gens se fréquentent, eux et les leurs, depuis mille ans; car ils sont comme père et fils, mère et fille, soeur et frère. Telle est l'une des significations de l'amitié du loup et de l'agneau, du léopard et du chevreau, du lion et du veau.

(1.12.23)
Un des grands événements qui doit arriver au Jour de la Manifestation de cette Branche incomparable (Bahá'u'lláh) est le déploiement de l'Etendard de Dieu parmi toutes les nations.

(1.12.24)
C'est-à-dire que toutes les nations et tribus seront rassemblées à l'ombre de cette divine Bannière qui n'est autre que la Branche seigneuriale elle-même, et elles deviendront une seule nation.

(1.12.25)
L'antagonisme religieux et sectaire, l'hostilité des races et des peuples, les différends entre les nations seront éliminés.

(1.12.26)
Tous les hommes adhéreront à une seule religion, ils auront une Foi commune, seront mêlés en une seule race et ne feront plus qu'un seul peuple.

(1.12.27)
Tous habiteront une seule patrie, la planète elle-même.

(1.12.28)
La paix et la concorde universelle entre toutes les nations se r√©aliseront, et ce rameau incomparable rassemblera tout Isra√ęl : c'est-√†-dire qu'en ce temps Isra√ęl sera rassembl√© en Terre sainte, et les juifs, diss√©min√©s √† l'est et √† l'ouest, au sud et au nord, se r√©uniront.

(1.12.29)
Maintenant, voyez que ces événements n'ont pas eu lieu au temps du Christ, car les peuples ne s'étaient pas rangés sous le drapeau unique de ce rameau divin; tandis que, dans ce cycle du Seigneur des armées, toutes les races et tous les peuples entrent à l'ombre de ce drapeau.

(1.12.30)
De m√™me Isra√ęl, diss√©min√© sur toute la terre, ne s'√©tait pas rassembl√© en Terre sainte au temps du Christ. Mais au d√©but du cycle de Bah√°'u'll√°h, cette promesse divine qui est inscrite dans tous les livres proph√©tiques a commenc√© √† se r√©aliser.

(1.12.31)
Remarquez que, de tous les coins du monde, des tribus de juifs arrivent en Terre sainte; ayant occupé des villes et villages, ils les habitent, et ils se développent de jour en jour; à tel point que la Palestine tout entière est en train de devenir leur demeure.


1.13. Commentaire du chapitre XII des révélations de saint Jean

(1.13.1)
Nous avons d√©j√† expliqu√© que ce qu'il faut entendre le plus souvent dans les Ecritures sacr√©es, par la Ville sainte et la J√©rusalem divine, c'est la loi de Dieu. On en parle soit comme d'une √©pouse, soit comme de J√©rusalem, soit comme d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle. [nota : CLE: VILLE SAINTE - ¬ę ...ce qu'il faut entendre le plus souvent dans les Ecritures sacr√©es, par la Ville sainte et la J√©rusalem divine, c'est la loi de Dieu. ¬Ľ]

(1.13.2)
Ainsi au chapitre XXI des r√©v√©lations de saint Jean, il est dit : ¬ę Je vis ensuite un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la premi√®re terre √©taient pass√©s et la mer n'√©tait plus. Et moi Jean, je vis la sainte cit√©, la nouvelle J√©rusalem qui descendait du ciel, d'aupr√®s de Dieu, orn√©e comme une √©pouse qui s'est par√©e pour son √©poux. Et j'entendis une grande voix venant du ciel qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes; et Il habitera avec eux; ils seront son peuple et Dieu sera lui-m√™me leur Dieu, avec eux. ¬Ľ [voir : Apocalypse 21.1-3 - CLE: CIEL NOUVEAU]

(1.13.3)
Remarquez combien il est clair et évident que le premier ciel et la première terre signifient la venue de la loi antérieure, puisqu'il dit que le premier ciel et la première terre étaient passés et que la mer n'était plus.

(1.13.4)
C'est-à-dire que la terre est le lieu du jugement, et sur cette terre du jugement, il n'y avait pas de mer; c'est-à-dire que les enseignements et la loi de Dieu étaient entièrement répandus, tous les hommes obéissaient à Dieu, et la terre était complètement habitée par des croyants.

(1.13.5)
Donc, il n'y avait plus de mer, puisque la terre ferme est le lieu de s√©jour et la demeure de l'homme. Autrement dit, √† cette √©poque, le champ de cette loi sera le lieu o√Ļ l'homme prendra ses √©bats, Et cette terre est solide, le pied n'y glisse pas.

(1.13.6)
Et de même, on parle de la loi de Dieu comme de la sainte Ville, la nouvelle Jérusalem.

(1.13.7)
Il est clair que la nouvelle Jérusalem qui doit descendre du ciel n'est pas une ville de pierres, de mortier, de briques, de terre et de bois. C'est la loi de Dieu qui descend du ciel; et on l'appelle nouvelle, car il est clair que la Jérusalem en pierres et en terre ne descend pas du ciel, et qu'elle n'est pas renouvelée.

(1.13.8)
On a aussi compar√© la loi de Dieu √† une superbe √©pouse qui appara√ģt rev√™tue des plus beaux ornements ainsi qu'il a √©t√© dit au chapitre XXI des r√©v√©lations de saint Jean : ¬ę Et je vis la sainte cit√©, la nouvelle J√©rusalem, qui descendait du ciel d'aupr√®s de Dieu, orn√©e comme une √©pouse qui s'est par√©e pour son √©poux. ¬Ľ [voir : Apocalypse 21.1-3 - CLE: CIEL NOUVEAU]

(1.13.9)
Et l'on sait qu'au chapitre XII il est dit : ¬ę Il parut aussi un grand signe dans le ciel, une femme rev√™tue du soleil, avec la lune sous ses pieds et sur sa t√™te une couronne de douze √©toiles. ¬Ľ Cette femme est cette √©pouse, la loi de Dieu, qui descendit du ciel sur Muhammad. [voir : Apocalypse 12.1 - CLE: LA FEMME A LA COURONNE]

(1.13.10)
Le soleil qu'elle avait sur elle et la lune qui était sous ses pieds sont les deux nations qui sont à l'ombre de cette loi, la Perse et l'Empire ottoman, car l'emblème de la Perse est le soleil, et celui de l'Empire ottoman la lune. Ainsi le soleil et la lune sont les emblèmes des deux royaumes qui sont à l'ombre de la loi de Dieu.

(1.13.11)
Puis il est dit que sur sa tête est une couronne de douze étoiles. Ces douze étoiles sont les douze imams qui répandirent la loi divine de Muhammad, éduquèrent le peuple, et brillèrent comme des étoiles au ciel de la direction.

(1.13.12)
Ensuite il est dit : ¬ę Et elle √©tait enceinte, et elle criait, √©tant en travail et souffrant les douleurs de l'enfantement. ¬Ľ C'est-√†-dire que cette religion tomba dans les plus grandes difficult√©s et traversa des √©preuves et des tourments, jusqu'√† ce qu'elle produis√ģt un rejeton parfait, soit la manifestation suivante, celle du Promis, qui est le rejeton parfait, et qui fut √©lev√© dans les bras de cette religion qui lui tenait lieu de m√®re. [voir : Apocalypse 12.2 - CLE: LA FEMME ENCEINTE]

(1.13.13)
Le rejeton dont il s'agit ici est le Bab, le Premier Point qui, en vérité, est né de la loi de Muhammad. En d'autres termes la réalité sacrée, enfant et résultat de la loi de Dieu, sa mère, et qui est promis par cette loi, s'est réalisée dans le royaume de cette loi; mais à cause de la cruauté du dragon, elle fut emportée auprès de Dieu.

(1.13.14)
Après douze cent soixante ans, le dragon fut détruit, et l'enfant de la loi de Dieu, le Promis, se manifesta.

(1.13.15)
¬ę Il parut aussi un autre signe dans le ciel : c'√©tait un grand dragon roux qui avait sept t√™tes et dix cornes, et sur ses t√™tes sept diad√®mes. Et la queue entra√ģnait le tiers des √©toiles du ciel, et elle les jeta sur la terre. ¬Ľ [voir : Apocalypse 12.3-4 - CLE: DRAGON AUX SEPT TETES ET DIX CORNES]

(1.13.16)
Ces signes font allusion aux Omeyyades qui dominèrent la religion mahométane : sept têtes et sept diadèmes signifient sept régions et sept empires sur lesquels régnèrent les Omeyyades : l'Empire romain autour de Damas, l'empire de Perse, l'empire d'Arabie, l'empire d'Egypte, l'empire d'Afrique (c'est-à-dire Tunis, l'Algérie et le Maroc), l'empire d'Andalousie (aujourd'hui l'Espagne', et l'empire des Turcs de Transoxanie; sur tous ces pays régnaient les Omeyyades.

(1.13.17)
Les dix cornes signifient les noms des souverains omeyyades qui, si on ne les répète pas, furent dix rois, dix noms de commandants et de chefs.

(1.13.18)
Le premier est Abou-Sofian et le dernier Merwan : plusieurs d'entre eux portèrent le même nom; ainsi il y eut deux Mo'awièh, trois Yezid, deux Walid et deux Merwan. Si l'on compte les noms sans les répéter, il y en a dix.

(1.13.19)
Les Omeyyades dont le premier fut Abou-Sofian, émir de La Mecque et chef de la dynastie, et le dernier Merwan, détruisirent le tiers du peuple saint et sacré de la pure lignée de Muhammad, brillante comme les étoiles des cieux.

(1.13.20)
¬ę Puis le dragon s'arr√™ta devant la femme qui allait accoucher, afin de d√©vorer son enfant quand elle l'aurait mis au monde. ¬Ľ Cette femme c'est la loi de Dieu, ainsi que nous l'avons vu. ¬ę S'arr√™ta devant elle ¬Ľ, c'est-√†-dire que le dragon se tint devant la femme qui allait accoucher pour d√©vorer son enfant, et cet enfant, c'√©tait la manifestation promise, le rejeton de la loi de Muhammad. [voir : Apocalypse 12.4]

(1.13.21)
Les Omeyyades ont constamment cherché à s'emparer de ce Promis qui devait venir de la lignée de Muhammad et qu'on attendait pour le détruire; car ils avaient la plus grande peur de l'apparition de la manifestation promise; et chaque fois qu'ils rencontraient un descendant de Muhammad qui jouissait d'une grande considération, ils le tuaient.

(1.13.22)
¬ę Or, elle mit au monde un fils qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer. ¬Ľ Ce fils glorieux, c'est la manifestation promise, n√©e de la loi de Dieu et √©lev√©e dans les bras des enseignements divins. [voir : Apocalypse 12.5 - CLE: SCEPTRE DE FER]

(1.13.23)
Le sceptre de fer est un symbole de puissance et de force; ce n'est pas une épée. C'est-à-dire qu'avec la puissance et la force divines il sera le pasteur de toutes les nations de la terre. Ce fils, c'est le Bab.

(1.13.24)
¬ę Et son enfant fut enlev√© vers Dieu et vers son tr√īne. ¬Ľ C‚Äôest une proph√©tie relative au Bab, qui monta au divin royaume, au tr√īne de Dieu, au centre de l'empire de Dieu. Voyez combien tout cela est conforme √† la r√©alit√© ! [voir : Apocalypse 12.5]

(1.13.25)
¬ę Et la femme s'enfuit dans le d√©sert. ¬Ľ C'est-√†-dire la loi de Dieu s'enfuit au d√©sert, soit le vaste d√©sert du Hijaz et de la p√©ninsule arabique. [voir : Apocalypse 12.6]

(1.13.26)
¬ę O√Ļ Dieu lui avait pr√©par√© un lieu. ¬Ľ La p√©ninsule arabique devint la contr√©e, la demeure, le centre de la loi de Dieu. [voir : Apocalypse 12.6]

(1.13.27)
¬ę Pour qu'elle y f√Ľt nourrie pendant douze cent soixante jours. ¬Ľ Et ces douze cent soixante jours, selon le comput des livres saints, sont chacun une ann√©e, comme nous l'avons vu; la loi de Dieu grandit pendant douze cent soixante ans dans l'Arabie, le grand d√©sert, et la manifestation promise en naquit. Apr√®s douze cent soixante ans, cette loi n'aura plus aucune influence, car le fruit de cet arbre sera venu, et le r√©sultat sera l√†. [voir : Apocalypse 12.6]

(1.13.28)
Considérez combien les prophéties concordent entre elles ! Dans l'Apocalypse, on fixe la venue du Promis à quarante deux mois; et Daniel, le prophète, dit trois temps et demi, ce qui fait quarante-deux mois, lesquels font douze cent soixante jours. Dans un autre passage de l'Apocalypse, on parle clairement de douze cent soixante jours, et dans les livres saints, il est dit que chaque jour est une année. Il n'y a rien de plus clair que cette concordance des prophéties entre elles.

(1.13.29)
Le Bab apparut en l'an 1260 de l'hégire de Muhammad, qui est le début du calendrier général de l'islam. Dans les Ecritures saintes, aucune manifestation n'est prophétisée plus clairement. Pour qui est juste, la concordance des dates indiquées par des bouches aussi autorisées est la plus grande des preuves. Il n'y a pas d'autre explication possible.

(1.13.30)
Heureuses les √Ęmes √©quitables qui recherchent la v√©rit√©! Mais s'il n'y a pas de justice, on est agressif on se dispute, on nie l'√©vidence, comme les pharisiens pour la manifestation du Christ : avec le plus grand ent√™tement, ils niaient les explications et les enseignements du Christ et des ap√ītres; et, pour la foule ignorante, ils rendaient les commandements obscurs.

(1.13.31)
Ils disaient : ¬ę Ces proph√©ties n'ont pas trait √† J√©sus; elles sont pour le Promis qui, selon les conditions de la Bible, doit venir plus tard; parmi ces conditions, on trouve qu'il doit √™tre roi, s'asseoir sur le tr√īne de David, r√©pandre la loi de la Bible, et faire r√©gner une telle justice que le loup et l'agneau se r√©uniront √† la m√™me fontaine. ¬Ľ Et ainsi ils emp√™ch√®rent les hommes de reconna√ģtre le Christ ! [nota : dans ces derniers entretiens, Abdu‚Äôl-Bah√° cherche plut√īt √† concilier dans une ex√©g√®se nouvelle les proph√©ties apocalyptiques des juifs, des chr√©tiens et des musulmans, qu'√† mettre en √©vidence leur caract√®re surnaturel. Voir le chapitre sur les pouvoirs des proph√®tes]


1.14. Preuves spirituelles

(1.14.1)
Dans ce monde mat√©riel, pour le temps, il y a les cycles, pour les contr√©es, il y a le retour des saisons, pour les √Ęmes, il y a le progr√®s, l'√©volution et l'√©ducation.

(1.14.2)
Parfois c'est le printemps, et parfois c'est l'automne : un moment, c'est le temps de l'été, et un autre, la saison de l'hiver.

(1.14.3)
Au printemps, les nuages envoient les pluies précieuses et les brises vivifiantes au parfum de musc; l'air est absolument tempéré, la pluie tombe, le soleil brille, les vents fécondants poussent les nuages, le monde est renouvelé, et le souffle de vie se manifeste chez les plantes, les animaux et les hommes.

(1.14.4)
Les créatures terrestres passent d'un état à un autre, toutes les choses revêtent une parure neuve, et la terre noire se couvre d'herbages; les montagnes et les plaines mettent leur robe de verdure, les arbres montrent leurs feuilles et leurs fleurs, et dans les roseraies poussent les roses et les herbes odorantes.

(1.14.5)
Le monde devient un autre monde, et l'univers suit le vivifiant progr√®s spirituel. La terre √©tait un corps sans √Ęme : elle trouve un esprit nouveau et acquiert √† l'infini la beaut√©, le charme et la fra√ģcheur. Ainsi, le printemps est une cause de vie nouvelle et donne un esprit nouveau.

(1.14.6)
Puis vient l'√©t√©, et la chaleur augmente; la force de croissance atteint son apog√©e, La puissance vitale, dans le royaume v√©g√©tal, atteint le degr√© de perfection, les fruits arrivent; c'est le temps de la moisson. La graine est devenue l'√©pi, et la nourriture est mise de c√īt√© pour l'hiver.

(1.14.7)
Apr√®s cela vient l'automne troubl√©, o√Ļ soufflent les vents dess√©chants et passent les brises st√©rilisantes; c'est la saison des maladies, o√Ļ toutes les choses se fanent et o√Ļ l'air embaum√© se corrompt : les brises printani√®res sont chang√©es en vents d'orages, les arbres verts et fleuris se fl√©trissent et se d√©nudent, les fleurs et les herbes odorantes se dess√®chent, et les jardins d√©licats deviennent des monceaux de poussi√®re.

(1.14.8)
Enfin vient l'hiver, avec le froid et les orages; il neige, il vente, il pleut, il tonne, il gèle, toutes les plantes meurent, et les animaux languissent et dépérissent.

(1.14.9)
Lorsqu'on est arrivé à ce point, alors un nouveau printemps vivifiant revient une seconde fois, et un cycle nouveau se forme.

(1.14.10)
La saison nouvelle, avec sa pompe et sa magnificence, avec ses arm√©es de fra√ģcheur et de douceur, plante sa tente sur les monts et les plaines.

(1.14.11)
Une seconde fois, le temple des existences est renouvelé, la création des êtres est recommencée, les corps poussent et croissent, la plaine et le désert deviennent de vertes prairies, les arbres fleurissent, et le printemps de l'an dernier revient avec la majesté et la beauté les plus grandes.

(1.14.12)
Tels sont, tels doivent être le cycle et la suite de la vie des créatures; tels sont le cycle et l'évolution du monde matériel.

(1.14.13)
Il en est de même des cycles spirituels des prophètes. C'est-à-dire que le jour de l'apparition des manifestations sacrées, c'est le printemps spirituel, c'est la splendeur divine, la bonté céleste, le souffle de vie, l'éclat du Soleil de Vérité.

(1.14.14)
Les esprits sont vivifi√©s, les coeurs sont rafra√ģchis et renouvel√©s, les √Ęmes deviennent bonnes, la vie se met en mouvement, la r√©alit√© des hommes re√ßoit la bonne nouvelle et se met √† progresser dans les degr√©s et les perfections.

(1.14.15)
C'est le temps du progrès général et du renouveau, car c'est le jour de la résurrection, le temps de l'exaltation et de l'effervescence, la saison de la félicité, de la joie et de l'extase.

(1.14.16)
Ensuite le printemps vivifiant about√ģt √† l'√©t√© plein de fruits : la parole de Dieu est exalt√©e, la loi est promulgu√©e, toutes les choses parviennent au degr√© de perfection, la table divine est dress√©e, les brises saintes embaument l'Orient et l'Occident, les enseignements divins conqui√®rent le monde, les √Ęmes deviennent √©duqu√©es, de louables r√©sultats sont obtenus et l'humanit√© est en progr√®s g√©n√©ral.

(1.14.17)
Les bienfaits célestes enveloppent le monde, et le Soleil de Vérité resplendit à l'horizon du royaume, avec la force et la chaleur les plus grandes.

(1.14.18)
Puis, lorsqu'il arrive au méridien, il se met à décliner et à descendre, et après l'été spirituel vient l'automne. La croissance et le développement s'arrêtent, les brises se changent en vents stérilisants, et la saison rigoureuse détruit la beauté et le charme des jardins, des plaines et des roseraies.

(1.14.19)
C'est-√†-dire qu'il ne reste plus d'attraction ni de bonne volont√©; les caract√®res divins sont chang√©s, la lumi√®re des coeurs est troubl√©e, la spiritualit√© des √Ęmes est modifi√©e, les vertus tournent en vices, la saintet√© et la puret√© disparaissent.

(1.14.20)
Seul, le nom de la loi de Dieu demeure, avec la forme extérieure des enseignements divins; les fondements de la religion de Dieu sont détruits et anéantis, des habitudes et des rites prennent naissance.

(1.14.21)
Les divisions apparaissent, la fermet√© se change en instabilit√©, les esprits meurent, les coeurs se fanent, les √Ęmes languissent, l'hiver arrive.

(1.14.22)
C'est-à-dire que le froid de l'ignorance enveloppe le monde et que les ténèbres des erreurs humaines prédominent.

(1.14.23)
Alors viennent l'indiff√©rence, la d√©sob√©issance, l'inconsid√©ration, l'indolence, la bassesse, les instincts bestiaux, la froideur et l'insensibilit√© des pierres. C'est comme l'hiver, o√Ļ le globe terrestre, priv√© de l'influence de la chaleur solaire, devient d√©sol√© et dess√©ch√©.

(1.14.24)
Lorsque le monde de l'intelligence et de la pensée est arrivé à cet état, c'est la mort continuelle et l'anéantissement éternel.

(1.14.25)
Mais lorsque l'hiver a accompli son oeuvre, une seconde fois arrive le printemps spirituel, et un nouveau cycle appara√ģt : les brises spirituelles soufflent, l'aurore lumineuse se l√®ve, la ros√©e divine tombe, les rayons du Soleil de V√©rit√© brillent, le monde des contingences trouve une vie nouvelle et rev√™t une parure merveilleuse.

(1.14.26)
Tous les signes et tous les bienfaits du printemps passé réapparaissent une seconde fois, et peut-être en plus grand nombre, dans ce printemps nouveau !

(1.14.27)
Les cycles spirituels du Soleil de Vérité sont donc comme ceux du système solaire : ils sont continuellement en train d'évoluer et de se renouveler.

(1.14.28)
Le Soleil de Vérité est comme l'astre des cieux, lequel a des orients et des levers nombreux; un jour il se lève au signe du Cancer, une autre fois à celui de la Balance, une fois c'est au zodiaque du Verseau qu'il brille, un autre jour c'est du signe du Bélier qu'il diffuse ses rayons.

(1.14.29)
Mais le soleil est un soleil unique et une seule réalité; les gens qui savent aiment le soleil, et ne sont pas fascinés par ses levers et ses orients.

(1.14.30)
Les gens de perception sont à la recherche de la vérité et non de ses lieux d'apparition et de ses sources; aussi ils se prosternent devant le soleil, de quelque point du zodiaque et de quelque orient qu'il se lève; ils recherchent la vérité auprès de tout être saint qui la manifeste.

(1.14.31)
Ces gens-là parviennent toujours à la vérité, et ils ne sont jamais séparés par un voile du Soleil du monde divin.

(1.14.32)
Ainsi, l'amoureux du soleil et le chercheur des lumières seront toujours tournés vers le soleil, soit qu'il donne ses bienfaits du zodiaque du Bélier, soit qu'il illumine au Cancer, soit qu'il brille aux Gémeaux; tandis que les ignorants sans instruction sont amoureux des signes du zodiaque; ils sont fascinés et séduits par les orients, et non par le soleil.

(1.14.33)
Lorsqu'il était au signe du Cancer, ils étaient tournés vers lui; mais ensuite le soleil s'est transporté à la Balance.

(1.14.34)
Comme ils étaient amoureux du signe du zodiaque, ils étaient tournés vers ce signe et s'attachaient à lui, et ainsi ils perdirent le soleil, dès qu'il changea de place.

(1.14.35)
Par exemple, une fois, le Soleil de V√©rit√© lan√ßa ses rayons du zodiaque d'Abraham; puis il se leva au signe de Mo√Įse et embrasa l'horizon; apr√®s cela il se leva au signe du Christ avec la puissance, la chaleur et l'√©clat les plus grands.

(1.14.36)
Ceux qui recherchaient la v√©rit√© la virent dans chacun de ces endroits et l'ador√®rent; mais ceux qui √©taient attach√©s √† Abraham, le jour o√Ļ elle brilla sur le Sina√Į et illumina la r√©alit√© de Mo√Įse, ceux-l√† devinrent aveugles.

(1.14.37)
Ceux qui √©taient attach√©s √† Mo√Įse devinrent √©galement aveugles le jour o√Ļ le Soleil de V√©rit√© brilla divinement du point du Christ, avec l'√©clat le plus grand. Et ainsi de suite.

(1.14.38)
L'homme doit donc rechercher la vérité; il la trouvera dans chacune des essences sacrées.

(1.14.39)
Qu'il soit s√©duit, fascin√© et attir√© par la bont√© de Dieu; qu'il soit comme le papillon amoureux de la lumi√®re, dans quelque verre qu'elle brille; qu'il soit comme le rossignol s√©duit par la rose, quel que soit le jardin o√Ļ elle pousse.

(1.14.40)
M√™me si le soleil se levait √† l'Occident, ce serait le soleil : il ne faut pas √™tre aveugl√© par l'endroit o√Ļ il se l√®ve ni regarder toujours l'Occident comme le lieu de coucher du soleil.

(1.14.41)
Ainsi il faut considérer les bienfaits divins et rechercher les orients de Dieu, et il faut être séduit et fasciné par chaque réalité dans laquelle ils apparaissent clairement et manifestement.

(1.14.42)
Remarquez que si les juifs n'avaient pas √©t√© attach√©s √† l'horizon de Mo√Įse et n'avaient regard√© que le Soleil de V√©rit√©, sans aucun doute ils auraient reconnu ce soleil dans le lever de la r√©alit√© du Christ avec la plus grande splendeur divine.

(1.14.43)
H√©las, mille fois h√©las! s'attachant aux paroles de Mo√Įse, ils sont demeur√©s priv√©s de cette faveur divine et de cette splendeur c√©leste!


1.15. O√Ļ se trouve la v√©ritable valeur de l'existence

(1.15.1)
La gloire et la valeur de chaque créature existante sont liées à une cause, et dépendent de certaines circonstances.

(1.15.2)
La beaut√©, la parure et la perfection de la terre r√©sident en ce qu'elle est verdie et fertilis√©e par la bont√© des pluies printani√®res : alors les plantes croissent, les fleurs et les herbes odorantes poussent, les arbres fruitiers se couvrent de fruits et donnent de fra√ģches et nouvelles primeurs, les jardins se parent de fleurs, et les prairies s'embellissent de leurs ornements; les plaines et les montagnes rev√™tent leur robe de verdure; les jardins, les champs, les villages et les villes deviennent ravissants. Telle est la f√©licit√© du monde min√©ral.

(1.15.3)
Le summum de la gloire et de la perfection du monde v√©g√©tal consiste, pour un arbre, √† pousser sur les rives d'un fleuve √† l'eau fra√ģche, √† ce qu'une douce brise souffle sur lui, que la chaleur du soleil l'illumine, qu'un jardinier s'occupe √† le cultiver, que de jour en jour il croisse, se d√©veloppe et donne des fruits.

(1.15.4)
Quant à sa félicité réelle, elle consiste en ceci qu'il évolue jusqu'au monde animal et au monde humain, et qu'il remplace ce qui a été détruit dans le corps de l'animal et de l'homme.

(1.15.5)
La valeur du monde animal consiste à avoir des membres, des organes et des facultés en parfait état qui pourvoient à ses besoins. Tel est le summum de sa gloire, de son honneur et de sa valeur.

(1.15.6)
Egalement le summum de la f√©licit√© pour un animal, c'est d'avoir une prairie verdoyante, un pr√©, de l'eau qui coule extr√™mement pure, et une for√™t de la derni√®re fra√ģcheur. S'il a tout cela, on ne peut imaginer pour l'animal une f√©licit√© plus grande.

(1.15.7)
Ainsi un oiseau construira son nid dans une forêt verte et plaisante, dans un lieu élevé plein de douceur, sur un arbre robuste, et sur le haut d'une branche élevée; trouver tout ce qu'il désire en fait de graines et d'eau, pour un oiseau, c'est la félicité absolue.

(1.15.8)
Mais la véritable félicité consiste à passer du monde animal au monde humain, comme les infiniment petits qui, par l'intermédiaire de l'air et de l'eau, pénètrent dans l'intérieur de l'homme, et sont assimilés et remplacent ce qui a été détruit dans le corps de l'homme. C'est la plus grande gloire et la plus grande félicité : on ne peut en imaginer de plus grande pour l'animal.

(1.15.9)
Il est donc clair et évident que cette fortune, ce confort, cette richesse matérielle, sont la félicité complète du minéral, du végétal, de l'animal.

(1.15.10)
Et il n'y a pas dans le monde matériel de richesse ou de fortune, de confort ou d'aise comparables à la richesse de cet oiseau; parce que ces plaines et ces étendues sont la place de son nid, que toutes les graines des champs sont sa nourriture et son bien, et que toutes les terres, les villages, les prairies, les prés, les forêts et les plaines sont sa propriété.

(1.15.11)
Voyons qui est le plus riche : cet oiseau, ou l'homme le plus riche ? car malgré toutes les graines qu'il consomme, sa richesse matérielle ne diminue pas.

(1.15.12)
Il est donc certain que la gloire et la valeur de l'homme ne sont pas limitées aux richesses matérielles et à la fortune de ce monde. Au contraire, la félicité matérielle est seulement la branche; mais la racine de la grandeur humaine se trouve dans les bonnes moeurs et les vertus qui sont l'ornement de la réalité de l'homme.

(1.15.13)
Ce sont ces manifestations divines, ces bienfaits célestes, ces sentiments sublimes, cet amour et cette connaissance de Dieu, cette science universelle, cette compréhension intellectuelle, ces découvertes scientifiques, la justice, l'équité, la fidélité, la bonté, le courage naturel et la virilité innée;

(1.15.14)
le respect des droits et la fidélité aux pactes et aux traités, la droiture dans toutes choses, l'amour de la vérité dans toutes les conditions, le dévouement pour le bien général, la bienveillance et l'estime pour toutes les races humaines, l'obéissance aux enseignements divins, les services dans le royaume de Dieu, la direction des créatures, et l'éducation des peuples et des nations.

(1.15.15)
Voilà la félicité du monde humain! Voilà l'élévation de l'homme dans le monde contingent! Voilà la vie éternelle et la gloire céleste!

(1.15.16)
Et, sans le pouvoir de Dieu et les enseignements c√©lestes, ces bienfaits n'apparaissent pas chez l'homme. Car une puissance supra naturelle est n√©cessaire. [nota : cette puissance supranaturelle est n√©cessaire pour faire appara√ģtre ces bienfaits]

(1.15.17)
Il se peut qu'il existe dans le monde de la nature des signes de ces perfections, mais ils sont instables et éphémères; ils sont comme les rayons du soleil sur un mur.

(1.15.18)
Telle est la couronne merveilleuse que Dieu, le Compatissant, a placée sur la tête de l'homme : nous devons nous efforcer de faire briller sur le monde entier ses joyaux étincelants!


2. Sur quelques points de la doctrine chrétienne

2.1. Les choses intellectuelles ne tombant pas sous les sens

(2.1.1)
Ceci est un sujet très important pour la compréhension d'autres questions que nous avons déjà mentionnées, ou que nous mentionnerons dans la suite, afin que vous parveniez à l'essence même de la question, à savoir que les connaissances humaines sont de deux sortes.

(2.1.2)
Premi√®rement les connaissances qui sont acquises par les sens, c'est-√†-dire les choses que l'oeil, l'oreille, l'odorat, le go√Ľt ou le toucher per√ßoivent, et qu'on nomme sensibles.

(2.1.3)
Ainsi ce soleil est une chose sensible, car on le voit; de m√™me les bruits sont des choses sensibles, car l'oreille les entend; les parfums sont des choses sensibles, car on peut les respirer, l'odorat les sent; les aliments sont des choses sensibles, parce que le go√Ľt en per√ßoit la douceur, l'amertume, le piquant; la chaleur et le froid sont des choses sensibles, car le toucher les per√ßoit. Telles sont les r√©alit√©s sensibles.

(2.1.4)
L'autre sorte de connaissances humaines est dite intellectuelle, c'est-à-dire que leur réalité est intellectuelle; ces choses n'ont pas de forme extérieure, elles ne tiennent pas de place, elles ne tombent pas sous les sens.

(2.1.5)
Par exemple, le pouvoir de l'intelligence n'est pas une chose sensible, aucune des qualités humaines n'est une chose sensible; au contraire, ce sont toutes des réalités intellectuelles.

(2.1.6)
Ainsi l'amour est une r√©alit√© intellectuelle, et non sensible. Car cette r√©alit√©, l'oreille ne l'entend pas, l'oeil ne la voit pas, l'odorat ne la sent pas, le go√Ľt ne la sent pas, le toucher ne la per√ßoit pas.

(2.1.7)
Même la matière éthérée, dont on appelle, en physique, les farces : chaleur, lumière, électricité, magnétisme, est une réalité intellectuelle, non sensible. De même aussi la nature, dans son essence, est une réalité intellectuelle, non sensible; l'esprit de l'homme est une réalité intellectuelle, non sensible.

(2.1.8)
Si vous voulez expliquer ces réalités intellectuelles, vous êtes forcé de recourir pour vos explications à des formes sensibles car, dans le monde extérieur, il n'y a que ce qui tombe sous les sens.

(2.1.9)
Donc, lorsque vous voulez expliquer la réalité de l'esprit, de ses conditions, de ses degrés, vous êtes obligé de donner vos explications sous la forme des choses sensibles, car, dans le monde extérieur, tout ce qui existe est sensible.

(2.1.10)
Par exemple, la tristesse et la joie sont des choses intellectuelles; et lorsque vous voulez expliquer cet √©tat de choses spirituel, vous dites : ¬ę Mon coeur est serr√© ¬Ľ ou ¬ę mon coeur est dilat√© ¬Ľ; et cela bien que, pour l'esprit ou le coeur de l'homme, il n'y ait ni resserrement, ni dilatation : c'est un √©tat de choses spirituel et intellectuel que, pour expliquer, il faut exprimer par des formes sensibles.

(2.1.11)
Autre exemple : vous dites que tel individu a beaucoup avancé, bien qu'il soit demeuré continuellement à la même place, et au même endroit; ou encore qu'un tel a acquis une situation très élevée, bien que, comme tout le monde, il marche sur la terre.

(2.1.12)
Cette élévation et cet avancement sont des états de choses spirituels et des réalités intellectuelles. Pour les expliquer, il faut recourir à des formes sensibles, car, dans le monde extérieur, il n'y a que ce qui tombe sous les sens.

(2.1.13)
Ainsi, vous comparez symboliquement le savoir à la lumière, et l'ignorance à l'obscurité. Mais réfléchissez : le savoir est-il la lumière sensible, ou l'ignorance l'obscurité sensible? Jamais! il n'en est rien.

(2.1.14)
Ce sont simplement des √©tats de choses intellectuels; et, lorsque vous cherchez une explication dans le monde ext√©rieur, vous appelez le savoir lumi√®re, et l'ignorance obscurit√©. Vous dites : ¬ę Mon coeur √©tait sombre, il est devenu lumineux. ¬Ľ

(2.1.15)
Ainsi, cette lumière du savoir et cette obscurité de l'ignorance sont des réalités intellectuelles, non sensibles; mais comme nous cherchons des explications dans le monde extérieur, nous sommes obligés de leur donner une forme sensible.

(2.1.16)
Dans ce même ordre d'idées, il est évident que la colombe qui est descendue sur le Christ n'était pas une colombe matérielle : c'était un état de choses spirituel qui, pour les besoins de la compréhension, était expliqué sous la forme sensible.

(2.1.17)
Egalement, il est dit dans la Bible que Dieu apparut dans une colonne de feu. Cela ne veut pas dire la forme matérielle d'une colonne; c'est une réalité intellectuelle expliquée dans une forme sensible.

(2.1.18)
Le Christ dit : ¬ę Le P√®re est dans le Fils, et le Fils est dans le P√®re. ¬Ľ Est-ce que le Christ √©tait dans l'int√©rieur de Dieu, ou Dieu dans l'int√©rieur du Christ ? Non, par Dieu! Au contraire, c'est un √©tat de choses intellectuel expliqu√© sous la forme sensible.

(2.1.19)
Nous arrivons aux explications des paroles de Bah√°'u'll√°h, lorsqu'il dit : ¬ę √ī Roi ! J'√©tais comme n'importe quel homme, endormi sur ma couche. Les brises du Tr√®s-Glorieux pass√®rent sur Moi, et M'enseign√®rent le savoir de ce qui a exist√©. Cela ne vient pas de Moi, mais du Puissant, l'Omniscient ¬Ľ! [voir : ¬ę La proclamation de Bah√°'u'll√°h ¬Ľ 8.1]

(2.1.20)
Ceci est le rang de manifestation; ce n'est pas une chose sensible, c'est une chose intellectuelle, affranchie du passé, du présent et de l'avenir. C'est une explication, une comparaison, une métaphore; cela ne doit pas être pris littéralement : ce n'est pas un état qui puisse être compris par l'homme.

(2.1.21)
Etre endormi, puis s'éveiller, c'est le passage d'un état à un autre : le sommeil est l'état du repos, la veille, l'état du mouvement; le sommeil est l'état du silence, la veille est l'état de la parole; le sommeil est l'état du secret, la veille est l'état de la manifestation.

(2.1.22)
Par exemple, en persan et en arabe, on dit symboliquement que, la terre étant endormie, le printemps vint, et elle s'éveilla; ou bien, la terre était morte, le printemps vint, elle renaquit; ces symboles sont des comparaisons, des allégories, des explications mystiques dans le monde des significations.

(2.1.23)
En un mot, les saintes manifestations ont été et seront toujours des réalités lumineuses; le changement et la modification ne sont pas de leur essence. Tout cela signifie qu'avant leur apparition elles sont silencieuses et muettes, comme si elles étaient endormies; mais après leur apparition, elles parlent et sont illuminées, comme si elles étaient réveillées.


2.2. La naissance du Christ

(2.2.1)
Question. - Comment doit-on comprendre la naissance du Christ par l'oeuvre du Saint-Esprit ? Réponse. - Sur cette question, les théologiens et les matérialistes sont en désaccord. Les premiers croient que le Christ était l'oeuvre du Saint-Esprit. Les matérialistes pensent que c'est là une chose inadmissible et impossible et que, sans aucun doute, il provenait d'un père.

(2.2.2)
D'autre part, dans le Qur'an il est dit : ¬ę Et nous lui envoy√Ęmes notre Esprit, et il lui apparut dans l'image d'un homme parfait ¬Ľ. C'est-√†-dire que le Saint-Esprit prit l'image de la forme humaine, comme la forme qui est reproduite dans un miroir; et il parla √† Marie. [voir : Coran 19.17]

(2.2.3)
Les mat√©rialistes voient l√† un mariage, car ils disent qu'un √™tre vivant ne peut pas √™tre cr√©√© d'un √™tre sans vie, ni exister sans les rapports du m√Ęle et de la femelle. Et ils pensent que, de l'homme aux animaux et des animaux aux v√©g√©taux, cela est impossible. Car cet accouplement du m√Ęle et de la femelle se rencontre chez tous les √™tres vivants, m√™me chez les plantes.

(2.2.4)
Le Qur'an lui-m√™me donne une preuve de l'accouplement des choses : ¬ę Gloire √† celui qui a cr√©√© tous les couples : ceux qui poussent de la terre, ceux qui viennent d'eux-m√™mes, et ceux que nous ne connaissons pas ¬Ľ. C'est-√†-dire que l'homme, les animaux, les plantes, tous proviennent de couples. [voir : Coran 36.36 et 51.49 ‚Äď voir aussi ¬ę S√©lection des Ecrits d‚ÄôAbdu‚Äôl-Bah√° ¬Ľ 87.5]

(2.2.5)
¬ę Et il n'y a aucune chose que nous n'ayons cr√©√©e par couples de deux. ¬Ľ C'est-√†-dire nous avons cr√©√© tous les √™tres par accouplement.

(2.2.6)
Bref, les matérialistes disent qu'on ne peut imaginer un homme sans père.

(2.2.7)
En réponse, les théologiens disent : Ce n'est pas une chose impossible ou inaccomplissable, c'est une chose qui n'a pas été vue; et il y a une grande différence entre une chose impossible et une chose inconnue.

(2.2.8)
Par exemple, autrefois le télégraphe qui fait communiquer l'Orient et l'Occident était inconnu, non impossible; la photographie, la phonographie étaient inconnues, non impossibles.

(2.2.9)
Les mat√©rialistes insistent, et les th√©ologiens demandent : ¬ĽCe globe terrestre est-il √©ternel ou accidentel ? ¬Ľ Les mat√©rialistes disent; ¬ę D'apr√®s la science et les d√©couvertes les plus s√©rieuses, il est certain qu'il est accidentel; au d√©but, c'√©tait une masse en ignition, et peu √† peu il devint temp√©r√©; puis une cro√Ľte se forma au-dessus de laquelle les plantes furent cr√©√©es; ensuite les animaux vinrent au monde, puis l'homme apparut. ¬Ľ

(2.2.10)
Les th√©ologiens r√©pondent : ¬ę D'apr√®s votre expos√©, il est clairement √©tabli que l'humanit√© sur le globe terrestre est accidentelle, non √©ternelle; donc certainement, le premier homme n'a eu ni p√®re, ni m√®re, puisque l'existence de l'humanit√© est accidentelle.

(2.2.11)
Est-ce que la création de l'homme sans père ni mère, mais par degrés successifs, n'est pas plus difficile à admettre que simplement sans un père? Vous admettez que le premier homme est apparu, soit progressivement, soit tout d'un coup, mais sans père ni mère; il ne doit pas rester de doute qu'un homme sans père soit aussi possible et admissible; vous ne pouvez considérer cela comme une impossibilité; autrement, vous êtes inconséquents.

(2.2.12)
Par exemple, si vous dites que cette lampe a une fois √©t√© allum√©e sans m√®che ni huile, puis si vous dites qu'il est impossible de l'allumer sans m√®che, c'est une incons√©quence. ¬Ľ

(2.2.13)
Le Christ avait une mère, mais le premier homme, selon les matérialistes, n'avait ni père ni mère ! [nota : cette conversation montre la vanité des discussions sur de pareilles questions; quant aux théories d'Abdu’l-Bahá sur la naissance du Christ, le lecteur les trouvera au chapitre suivant]


2.3. La grandeur du Christ tient à ses perfections

(2.3.1)
Un grand homme est un grand homme, soit sans père, soit avec un père. Si c'est une vertu de n'avoir pas de père, Adam est le plus grand et le plus excellent des prophètes et des envoyés, car il n'avait ni père, ni mère.

(2.3.2)
Mais ce qui donne l'honneur et la grandeur, c'est l'éclat et l'abondance des qualités divines.

(2.3.3)
Le soleil est le résultat de la substance et de la forme, lesquelles peuvent être comparées au père et à la mère, et c'est la perfection absolue. Mais les ténèbres n'ont ni substance ni forme, ni père ni mère, et elles sont l'imperfection absolue.

(2.3.4)
La substance de vie corporelle d'Adam était le limon; la substance corporelle d'Abraham était le pur sperme. Il est certain que le pur et chaste sperme est supérieur au limon et au minéral.

(2.3.5)
D'ailleurs, dans l'Evangile de saint Jean, chapitre I, versets 12 et 13, il est dit : ¬ę Mais √† tous ceux qui l'ont re√ßu, il a donn√© le droit d'√™tre faits enfants de Dieu, savoir, √† ceux qui croient en son nom, qui ne sont point n√©s du sang, ni de la volont√© de la chair, ni de la volont√© de l'homme, mais de Dieu. ¬Ľ [voir : Jean 1.12-13]

(2.3.6)
De ces versets de saint Jean, il r√©sulte clairement que tes ap√ītres eux-m√™mes n'√©taient pas cr√©√©s par la puissance physique, mais bien par la v√©rit√© spirituelle.

(2.3.7)
L'honneur et la grandeur du Christ ne tiennent donc pas à ce qu'il n'avait pas de père, mais à ses perfections, à sa bonté et son éclat divins. Si sa grandeur tenait à ce qu'il n'avait pas de père, Adam aurait été plus grand que lui : il n'avait ni père ni mère.

(2.3.8)
Dans la Bible, il est dit : ¬ę Le Seigneur Dieu forma ensuite l'homme de la poussi√®re de la terre et souffla dans ses narines un esprit de vie et l'homme devint un √™tre vivant ¬Ľ. Vous voyez qu'il est dit que l'homme naquit par l'esprit de vie. [voir : Gen√®se 2.7]

(2.3.9)
D'ailleurs les paroles de saint Jean √† propos des ap√ītres prouvent qu'eux aussi avaient un p√®re c√©leste.

(2.3.10)
Il est donc évident que la réalité sacrée, c'est-à-dire la véritable existence de tout grand homme tient à Dieu, et doit l'existence au souffle du Saint-Esprit.

(2.3.11)
Bref, si n'avoir pas de père est la plus grande gloire de l'homme, Adam est le plus grand de tous, lui qui n'avait ni père ni mère.

(2.3.12)
Que vaut-il mieux pour l'homme, d'être créé d'une substance vivante, ou de la terre ? Certes, d'une substance vivante, c'est préférable. Mais le Christ naquit et dut son existence au Saint-Esprit.

(2.3.13)
Concluons : l'honneur et la gloire des êtres saints, qui sont les manifestations divines, tiennent à leurs perfections, à leur bonté, à leur éclat céleste, et non à autre chose.


2.4. Le baptême du Christ

(2.4.1)
Question. - On trouve au chapitre III, verset 13 de l'Evangile selon saint Matthieu : ¬ę Alors J√©sus vint de Galil√©e au Jourdain, vers Jean, pour √™tre baptis√© par lui. Mais Jean s'y opposait, disant : C'est moi qui ai besoin d'√™tre baptis√© par toi et c'est toi qui viens vers moi. Et J√©sus, r√©pondant, lui dit : Ne t'y oppose pas pour le pr√©sent, car c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir tout ce qui est juste. Alors il ne s'y opposa plus. ¬Ľ [voir : Matthieu 3.13-15]

(2.4.2)
Comme le Christ possédait la perfection de l'essence, quel besoin avait-il de l'ablution du baptême ?

(2.4.3)
Réponse. - Le principe du baptême est une ablution de repentir. Jean admonestait et exhortait le peuple, le faisait se repentir, puis le baptisait. Il est donc évident que cette purification est un symbole de repentir pour toutes les fautes.

(2.4.4)
Cela veut dire : ¬ę √ī Dieu, de m√™me que mon corps a √©t√© purifi√© et sanctifi√© des impuret√©s mat√©rielles, purifie et sanctifie mon √Ęme des impuret√©s inh√©rentes √† la nature qui sont indignes du seuil de l'unit√©! ¬Ľ

(2.4.5)
Le repentir, c'est le retour de la d√©sob√©issance √† l'ob√©issance : l'homme qui a subi l'√©loignement et la privation de Dieu se repent et fait une ablution qui signifie : ¬ę √ī Dieu, rends mon coeur bon et pur, affranchi et sanctifi√© de tout ce qui n'est pas ton amour! ¬Ľ

(2.4.6)
Comme le Christ d√©sirait que cette institution de Jean f√Ľt suivie dans ce temps-l√† par tous, il la suivit lui-m√™me, afin d'√©veiller le peuple et de perfectionner le code de l'ancienne loi. Bien que ce f√Ľt une institution de Jean, en r√©alit√© c'√©tait l'ablution de repentir et cela existait d√©j√† dans les lois divines ant√©rieures.

(2.4.7)
Le Christ n'avait pas besoin du baptême; mais comme, dans ce temps, c'était une action approuvée, louable, annonciatrice des bonnes nouvelles du royaume, alors il l'accomplit.

(2.4.8)
Pourtant, après cela, il dit que le baptême n'était pas conféré par l'eau matérielle, mais par l'eau et l'esprit. Ailleurs, il parle du baptême par l'esprit et le feu. Et dans ce cas, l'eau ne veut pas dire l'eau matérielle, car, dans un autre endroit, il dit explicitement qu'il s'agit de l'esprit et du feu. Et ainsi il est clair qu'il ne s'agit pas du feu ni de l'eau matériels dans ce cas, car le baptême par le feu est impossible.

(2.4.9)
Donc l'esprit est la bonté divine; l'eau, le savoir et la vie; et le feu, l'amour de Dieu; car l'eau matérielle ne purifie pas le coeur de l'homme : non, elle purifie son corps, tandis que l'eau céleste et l'esprit, qui sont savoir et vie, rendent le coeur humain bon et pur.

(2.4.10)
Le coeur, qui re√ßoit une portion de la bont√© du Saint-Esprit, devient sain, bon et pur. C'est-√†-dire que la r√©alit√© de l'homme se purifie et se sanctifie des impuret√©s naturelles : ces impuret√©s naturelles sont les mauvaises qualit√©s, la col√®re, la convoitise, l'amour du monde, l'orgueil, le mensonge, l'hypocrisie, l'√©go√Įsme, etc.

(2.4.11)
L'homme ne peut s'affranchir de la fureur des passions charnelles qu'avec l'aide de la bonté du Saint-Esprit.

(2.4.12)
C'est pour cela que le Christ a dit qu'il faut le baptême par l'esprit, par l'eau et par le feu, et que c'est essentiel.

(2.4.13)
C'est-à-dire l'esprit de bonté divine, l'eau de la connaissance et de la vie, et le feu de l'amour de Dieu; et c'est par cet esprit, cette eau et ce feu que l'homme doit être baptisé, pour être plein de la bonté divine.

(2.4.14)
Sinon, quel est le fruit du baptême par l'eau matérielle ? Au contraire, le baptême par l'eau était un symbole de repentir et de pardon des fautes.

(2.4.15)
Mais dans le cycle de Bahá'u'lláh, ce symbole n'est plus utile; car son but, qui est d'être baptisé par l'esprit et par l'amour de Dieu, est reconnu et compris de tous.


2.5. De l'utilité du baptême

(2.5.1)
Question. - L'ablution du baptême est-elle utile et nécessaire, ou bien inutile et non nécessaire ? Dans le premier cas, pourquoi, malgré son utilité, fut-elle abolie ? Dans le second, malgré son inutilité, pourquoi Jean la pratiquait-il ?

(2.5.2)
Réponse. - Le changement de leurs conditions d'existence, leur transformation, leur modification sont des nécessités essentielles des contingences; et les nécessités essentielles sont inséparables de la réalité des choses.

(2.5.3)
Ainsi il est absolument impossible de séparer la chaleur du feu, l'humidité de l'eau, la lumière du soleil, car ce sont des nécessités essentielles.

(2.5.4)
Et comme le changement et la modification de leurs conditions sont une nécessité pour les contingences, les lois aussi sont modifiées à cause des changements et des modifications des temps.

(2.5.5)
Par exemple, au temps de Mo√Įse, la loi mosa√Įque √©tait conforme et adapt√©e aux conditions d'alors; et comme, au temps du Christ, ces conditions avaient √©t√© modifi√©es et chang√©es, au point d'ailleurs que cette loi ne convenait plus et n'√©tait plus adapt√©e √† l'humanit√©, elle fut abrog√©e. C'est ainsi que J√©sus rompit le sabbat et interdit le divorce.

(2.5.6)
Après le Christ, quatre disciples, parmi lesquels Pierre et Paul, permirent l'usage des animaux interdits par la Bible, mais ils interdirent de se nourrir de ceux qui avaient été étouffés, de ceux qui provenaient des offrandes aux idoles, et du sang; ils interdirent aussi la fornication; ils maintinrent ces quatre interdictions.

(2.5.7)
Après cela, Paul rendit même légal de se nourrir des animaux étouffés, de ceux provenant des sacrifices aux idoles, et du sang : il ne maintint que la prohibition de la fornication.

(2.5.8)
C'est ainsi qu'au verset 14 du chapitre XIV de son √©p√ģtre aux Romains Paul √©crit : ¬ę Je sais et je suis persuad√©, par le Seigneur Christ, que rien n'est impur en soi; mais toute chose est impure pour celui qui la croit impure. ¬Ľ [voir : Romains 14.14 ; Tite 1.15]

(2.5.9)
De m√™me au verset 15 du chapitre I de l'√©p√ģtre de Paul √† Titre : ¬ę Toutes choses sont pures pour ceux qui sont purs, et pour ceux qui sont impurs rien n'est pur, car pour eux tout est souill√©, aussi bien leur intelligence que leur esprit. ¬Ľ [voir : Romains 14.14 ; Tite 1.15]

(2.5.10)
Or, ces changements, ces modifications, ces abrogations tiennent √† ce qu'on ne pouvait comparer le si√®cle du Christ avec celui de Mo√Įse; les conditions et les n√©cessit√©s en avaient √©t√© enti√®rement chang√©es et modifi√©es, aussi ces lois furent-elles abrog√©es.

(2.5.11)
La vie du monde est comparable à celle de l'homme; et les prophètes et envoyés d e Dieu à des médecins habiles.

(2.5.12)
La personne humaine ne demeure pas toujours dans le même état : différentes maladies surviennent, qui ont chacune un remède spécial.

(2.5.13)
Le médecin habile ne donne pas un remède unique pour chaque infirmité et chaque maladie; au contraire il modifie les prescriptions et les remèdes selon les différentes nécessités des maladies et des tempéraments.

(2.5.14)
Un tel a une grave maladie caus√©e par la fi√®vre : sans nul doute le m√©decin habile lui donnera des rem√®des rafra√ģchissants; puis lorsque, ensuite, l'√©tat de cette personne se sera modifi√© et que la fi√®vre aura fait place au froid, sans doute le m√©decin habile interdira les rem√®des rafra√ģchissants et prescrira des rem√®des r√©chauffants.

(2.5.15)
Ces changements et modifications sont exigés par l'état du malade et prouvent manifestement la valeur du médecin.

(2.5.16)
Par exemple, voyez si la loi de la Bible pourrait être mise en vigueur à notre époque! Non, par Dieu, ce serait absolument impossible! C'est pour cela que Dieu, le Très-Haut, l'a abrogée au temps du Christ.

(2.5.17)
Remarquez également que l'ablution du baptême, au temps de Jean-Baptiste, était le moyen d'exhorter les hommes, de les avertir d'avoir à se repentir de leurs fautes, et d'être dans l'expectative de la manifestation du royaume du Christ.

(2.5.18)
Tandis que de nos jours, en Asie, les catholiques et les orthodoxes plongent les nouveau-nés dans de l'eau mélangée d'huile d'olive, au point que plusieurs d'entre eux en tombent malades, et que pendant le baptême ils se débattent et s'agitent. Ailleurs, les prêtres aspergent le front avec l'eau du baptême; et, soit sous la première forme, soit sous la seconde, les enfants n'en retirent aucun sentiment spirituel.

(2.5.19)
Alors, quel résultat en obtiennent-ils ? Au contraire, les autres peuples, surpris, se demandent pourquoi on plonge dans l'eau tel enfant à la mamelle : cela ne lui donne ni le repentir, ni la foi, ni le réveil spirituel; ce n'est, somme toute, qu'une coutume que l'on suit.

(2.5.20)
Mais dans le temps de Jean-Baptiste, il n'en était pas ainsi; au contraire, d'abord, il exhortait les hommes, il les conduisait à se repentir de leurs fautes, et il les enflammait du désir de l'attente de la manifestation du Christ.

(2.5.21)
Quiconque recevait l'ablution du baptême se repentait de ses fautes avec l'humilité et la soumission les plus grandes, et purifiait et sanctifiait également son corps des impuretés visibles; avec l'anxiété la plus complète, nuit et jour, de moment en moment, il attendait la manifestation du Christ et l'entrée dans le royaume de l'Esprit de Dieu. [nota : l'Esprit de Dieu est le Christ, que les musulmans désignent souvent par le titre de Ruhu'llah, c'est à dire l'Esprit de Dieu]

(2.5.22)
Bref, nous voulons dire que les changements et les modifications des conditions d'existence, et les transformations des exigences du si√®cle et du temps, sont la cause de l'abrogation des lois; car le temps vient o√Ļ ces commandements ne conviennent plus et ne s'adaptent plus aux conditions du monde.

(2.5.23)
Considérez combien sont différentes les exigences des premiers siècles, du Moyen Age et celles des temps modernes. Pourrait-on maintenant, dans nos temps modernes, mettre en vigueur les commandements des premiers siècles ? Il est clair que ce serait absolument impossible. De même, lorsque quelques siècles se seront écoulés, les exigences du temps présent ne s'adapteront plus à celles des siècles futurs, et certes il y aura des changements et des modifications.

(2.5.24)
En Europe, les lois sont à chaque instant changées et modifiées : combien de lois, promulguées dans les années écoulées, pour réglementer et organiser l'Europe, sont aujourd'hui entièrement abrogées!

(2.5.25)
Ces changements et modifications sont dus au changement et à la transformation des pensées, des conditions, des moeurs; s'il n'en était pas ainsi, la prospérité de l'humanité serait anéantie.

(2.5.26)
Ainsi, il y a dans le Pentateuque une loi qui ordonne de tuer celui qui romprait le sabbat; bien plus, il y a dans le Pentateuque dix cas de condamnation à mort. Aujourd'hui, à notre époque, serait-il possible de mettre en vigueur ces commandements? Il est clair que ce serait absolument impossible.

(2.5.27)
Aussi y a-t-il des changements et des modifications, lesquels sont une preuve pertinente de la sagesse suprême de Dieu.

(2.5.28)
Cette question veut beaucoup de réflexion, et son explication deviendra claire et manifeste. Bénis sont ceux qui réfléchissent !


2.6. Le pain et le vin

(2.6.1)
Question. - Le Christ a dit : ¬ę Je suis ce pain qui est descendu du ciel, et quiconque mangera de ce pain ne mourra pas. ¬Ľ Qu'est-ce que cela veut dire ? [voir : Jean 6.35]

(2.6.2)
R√©ponse, - ¬ę Ce pain ¬Ľ signifie la nourriture c√©leste et les perfections divines : ainsi, quiconque mangera de cette nourriture, c'est-√†-dire acquerra la bont√© divine, recevra les lumi√®res c√©lestes, prendra sa part des perfections, et gagnera la vie √©ternelle.

(2.6.3)
Le sang signifie également l'esprit de vie et les perfections divines, les splendeurs célestes et la bonté éternelle, car toutes les parties du corps humain tirent du sang, par le fait de sa circulation, la substance vitale.

(2.6.4)
Au chapitre VI, verset 26 de l'Evangile de saint Jean, il est √©crit : ¬ę Je vous dis que vous me cherchez, non √† cause des miracles que vous avez vus, mais √† cause de ce pain que vous avez mang√© et dont vous √™tes rassasi√©s. ¬Ľ [voir : Jean 6.26]

(2.6.5)
Il est clair que le pain que les disciples mang√®rent et dont ils se rassasi√®rent n'√©tait autre que les bienfaits c√©lestes, car, au verset 33 du m√™me chapitre, il est dit : ¬ę Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel et donne au monde la vie. ¬Ľ [voir : Jean 6.33]

(2.6.6)
Il est clair que le corps du Christ ne vint pas du ciel, mais bien du sein de Marie, et que ce qui est descendu du ciel divin, ce fut l'esprit du Christ.

(2.6.7)
Et comme les juifs pensaient que le Christ parlait de son corps, ils firent des objections, ainsi qu'il est dit au verset 42 du m√™me chapitre : ¬ę Et ils dirent : n'est-ce pas l√† J√©sus, fils de Joseph, dont nous connaissons le p√®re et la m√®re ? Comment peut-il dire qu'il est descendu du ciel ? ¬Ľ [voir : Jean 6.42]

(2.6.8)
Consid√©rez combien il est clair que le Christ voulait dire, en parlant du pain c√©leste, son propre esprit, ses faveurs, ses perfections, ses enseignements; car au verset 63 du m√™me chapitre il dit : ¬ę C'est l'esprit qui fait vivre; quant √† la chair elle ne profite pas. ¬Ľ [voir : Jean 6.63]

(2.6.9)
Il est donc évident que l'esprit du Christ est un bienfait céleste qui est descendu du ciel; quiconque reçoit en abondance cet esprit, et accepte les enseignements divins, trouve la vie éternelle.

(2.6.10)
C'est pour cela qu'au verset 35 Il est dit : ¬ę Et J√©sus leur dit : je suis le pain de vie; celui qui vient √† moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif ¬Ľ Remarquez qu'il dit ¬ę venir √† lui ¬Ľ pour manger, et ¬ę croire en lui ¬Ľ pour boire. Il est donc clair et √©tabli que la nourriture c√©leste consiste dans les gr√Ęces divines, les splendeurs spirituelles, les enseignements c√©lestes, en un mot dans le Christ. Manger, c'est aller vers lui; boire, c'est croire en lui. [voir : Jean 6.35]

(2.6.11)
Car le Christ avait un corps physique et un corps céleste; le premier fut crucifié; mais le second est vivant, immortel et donne la vie éternelle. Le premier avait la nature humaine, le second la nature divine.

(2.6.12)
Grand Dieu! il y a des gens qui croient que le pain de l'eucharistie est la réalité du Christ, que la Divinité et le Saint-Esprit y sont descendus et y demeurent! et cela, bien que, une fois l'eucharistie mangée, après quelques secondes, elle soit tout simplement décomposée et entièrement transformée, Alors comment peut-on imaginer une pareille fantaisie ? Dieu me pardonne! certes, c'est une grande fantaisie!

(2.6.13)
Bref, par la manifestation du Christ, les saints enseignements qui sont la gr√Ęce √©ternelle furent r√©pandus; les lumi√®res de direction brill√®rent, l'esprit de vie fut conf√©r√© √† l'homme; quiconque trouva la direction devint vivant; quiconque demeura √©gar√© fut pris par la mort √©ternelle.

(2.6.14)
Ce pain descendu du ciel, c'était le corps divin du Christ, ses éléments spirituels, que les disciples mangèrent et dont ils acquirent la vie éternelle.

(2.6.15)
Les disciples avaient pris avec le Christ de nombreux repas; pourquoi le dernier souper du Seigneur est-il distingu√© des autres ? Il est donc clair que le pain c√©leste ne signifie pas le pain mat√©riel, mais bien la nourriture divine du corps spirituel du Christ, les gr√Ęces divines et les perfections c√©lestes, dont les disciples eurent leur part, et dont ils se rassasi√®rent.

(2.6.16)
De m√™me, voyez que lorsque le Christ b√©nit le pain et dit : ¬ę Ceci est mon corps ¬Ľ, et le donna aux disciples, il √©tait aupr√®s d'eux en personne, bien √©vident, en chair et en os, bien vivant; il n'√©tait pas transform√© en pain et en vin. Autrement il n'aurait pas pu rester aupr√®s d'eux, en chair et en os, en personne, bien √©vident. [voir : Matthieu 26.26]

(2.6.17)
Il est donc clair que ce pain et ce vin √©taient des symboles qui signifiaient : ¬ę Je vous ai donn√© mes bont√©s et ma perfection, et lorsque vous les avez re√ßues, vous avez gagn√© la vie √©ternelle, et vous avez pris votre lot et votre portion de la nourriture c√©leste! ¬Ľ


2.7. Les miracles

(2.7.1)
Question. - On rapporte les miracles du Christ; doit-on en vérité admettre ces récits avec leur signification littérale, ou bien en ont-ils une autre ? Car la science exacte établit que l'essence des choses ne change pas, et que tous les êtres sont sous l'empire d'une loi universelle et d'un ordre qui ne peuvent jamais être abandonnés. Donc, ce qui est contraire à la loi universelle est impossible. [nota : en donnant une valeur aussi importante à cette anecdote, sur la demande par les ulémas d'un miracle à Bahá’u’lláh, Abdu’l-Bahá nous laisse entendre la vanité des miracles comme preuve de la réalité des Manifestation de Dieu]


(2.7.2)
Réponse. - Les saintes manifestations de Dieu sont la source de miracles, et le spectacle de prodiges merveilleux.

(2.7.3)
Tout ce qui est difficile ou impossible est, pour elles, possible et facile; car, par un pouvoir extraordinaire, des choses extraordinaires émanent d'elles, et par une puissance surnaturelle, elles influencent le monde de la nature. De chacune d'elles, des choses étranges ont apparu.

(2.7.4)
Mais, dans les Ecritures saintes, il est fait usage d'une terminologie spéciale.

(2.7.5)
Quant aux manifestations, elles n'attachent aucune importance à ces miracles et à ces signes étranges : elles ne désirent même pas qu'on en parle.

(2.7.6)
En effet, si nous appelons ces miracles des preuves considérables, ils ne seront une preuve et un argument que pour ceux qui étaient présents, et non pour les absents.

(2.7.7)
Par exemple, si l'on rapporte √† un chercheur, √©tranger √† Mo√Įse et au Christ, les prodiges merveilleux [nota : attribu√©s au Christ et √† Mo√Įse], il les niera et dira : ¬ę On a racont√© √©galement des prodiges merveilleux attribu√©s aux faux dieux, d'une fa√ßon continue, et avec le t√©moignage de bien des peuples; on les a m√™me fix√©s dans des livres. Des brahmanes ont √©crit des livres de prodiges merveilleux sur Brahma. ¬Ľ

(2.7.8)
Puis il dira : ¬ę Comment pouvons-nous savoir si les juifs et les chr√©tiens disent la v√©rit√©, et si les brahmanes mentent ? Des deux c√īt√©s ce sont des r√©cits, des √©pisodes accept√©s universellement et recueillis dans des livres; tous deux peuvent √™tre suppos√©s vrais ou faux, et il en est de m√™me pour les autres religions. Mais si les uns sont vrais, les autres le sont aussi : si l'on accepte les uns, il faut accepter √©galement les autres. Donc ils ne constituent pas une preuve. ¬Ľ

(2.7.9)
Par conséquent, si les miracles sont des preuves pour ceux qui sont présents, ils n'en sont pas pour les absents.

(2.7.10)
Mais, au jour de la manifestation, les gens qui savent voir trouvent que toutes les conditions des manifestations sont des miracles, car elles sont supérieures à tout ce qui existe, et cela seul est un miracle.

(2.7.11)
Rappelez-vous que le Christ, seul et sans aide, sans compagnon et sans appui, sans arm√©e ni troupes, et au comble de l'oppression, brandit le drapeau de Dieu √† l'encontre de tous les habitants de la terre, √† qui il ne cessa de r√©sister. A la fin il les vainquit tous, bien qu'en apparence il f√Ľt crucifi√©. Or cela est un v√©ritable miracle qu'on ne peut nier; et point n'est besoin d'autre chose pour prouver la v√©rit√© du Christ.

(2.7.12)
Les miracles matériels n'ont d'ailleurs aucune importance pour les gens de la vérité.

(2.7.13)
Par exemple, si un aveugle devient voyant, √† la fin il redeviendra aveugle, car il mourra et sera priv√© de tous ses sens et de toutes ses facult√©s. Il n'y a donc aucune importance √† rendre la vue √† un aveugle, car cette facult√© peu √† peu dispara√ģtra. Et si le corps d'un mort est ressuscit√©, √† quoi cela sert-il, puisqu'il doit mourir √† nouveau ?

(2.7.14)
L'important réside dans le don de la perception et de la vie éternelle, c'est-à-dire de la vie spirituelle et divine. Car cette vie corporelle ne dure pas : son existence est le pur néant.

(2.7.15)
C'est ainsi que le Christ, r√©pondant √† l'un des disciples, dit : ¬ę Laissez les morts enterrer les morts ¬Ľ, car ¬ę ce qui est n√© de la chair est chair, et ce qui est n√© de l'esprit est esprit. ¬Ľ Remarquez que le Christ consid√©rait comme morts des gens qui, en apparence, vivaient physiquement : par vie, il entendait la vie √©ternelle, et par existence, l'existence r√©elle.[voir : Jean 3.6 et 6.63 ; Luc 9.60 ; Matthieu 8.22 et 16.17 ‚Äď voir aussi ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 2.101 ; ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 2.7.15 et 2.15.28 et 5.6.7 ; ¬ę Les tablettes du plan divin ¬Ľ 14.17 - CLE: MORT SPIRITUELLE]

(2.7.16)
Donc, si dans les livres saints on parle des morts ressuscit√©s, cela veut dire que ces hommes re√ßurent le secours de la vie √©ternelle; ou bien, si un aveugle est devenu voyant, cela signifie qu'il obtint la vision de v√©rit√©; si un sourd entend, cela veut dire qu'il a acquis un entendement spirituel et qu'il a obtenu l'ou√Įe divine.

(2.7.17)
Et cela r√©sulte du texte de l'Evangile, o√Ļ le Christ dit : ¬ĽIls sont comme ceux dont Esa√Įe a dit : ils ont des yeux et ne voient pas, et des oreilles et n'entendent pas. Et moi je les ai gu√©ris ¬Ľ. [voir : Matthieu 13.15]

(2.7.18)
Je ne prétends pas que les manifestations soient impuissantes à faire des miracles, car elles ont la toute-puissance. Mais pour elles, la vision interne, l'entendement spirituel et la vie éternelle, voilà ce qui est désirable et important.

(2.7.19)
Donc, partout o√Ļ dans les livres saints il est rapport√© qu'un tel, aveugle, est devenu voyant, cela veut dire qu'il √©tait aveugle int√©rieurement et qu'il obtint la vision spirituelle, ou qu'il √©tait ignorant et devint savant, ou bien n√©gligent et devint attentif, ou terrestre et devint c√©leste.

(2.7.20)
Et comme cette vision, cet entendement, cette vie, ce remède, sont éternels, cela a une véritable importance;

(2.7.21)
autrement quels sont l'importance, la valeur et le m√©rite de la vie animale et des ses facult√©s ? Comme un r√™ve, elle dispara√ģtra au bout d'un nombre des jours limit√©.

(2.7.22)
Par exemple si on rallume un flambeau éteint, il s'éteindra à nouveau. Mais le flambeau du soleil est toujours allumé! Voilà l'important.


2.8. La résurrection du Christ

(2.8.1)
Question. - Quelle est la signification de la résurrection du Christ après trois jours ?

(2.8.2)
Réponse. - La résurrection des manifestations divines n'est pas dans la chair. Toutes leurs conditions, leurs états, leurs actes, les choses qu'elles ont fondées, leurs enseignements, leurs expressions, leurs paraboles, leurs instructions ont une signification spirituelle et divine, et n'ont aucun lien avec les choses matérielles.

(2.8.3)
Par exemple, il y a la question de la venue du Christ du ciel; en diff√©rents endroits des Evangiles, il est dit clairement : ¬ę le Fils de l'homme est venu du ciel ¬Ľ, ¬ę il est au ciel ¬Ľ, ¬ę il ira au ciel ¬Ľ. [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.8.4)
Ainsi au chapitre VI, verset 38, de l'Evangile de saint Jean, il est √©crit : ¬ę Car je suis venu du ciel ¬Ľ, et au verset 42, on trouve : ¬ę Et ils disaient : n'est-ce pas l√† J√©sus, fils de Joseph, dont nous connaissons le p√®re et la m√®re ? Comment dit-il : je suis descendu du ciel ? ¬Ľ [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.8.5)
De m√™me, dans saint Jean, chapitre III, verset 13, il est dit : ¬ę Aussi, personne n'est all√© au ciel que celui qui est venu du ciel, le Fils de l'homme qui est au ciel. ¬Ľ Remarquez qu'il est dit : ¬ę Le Fils de l'homme est au ciel ¬Ľ, alors qu'a ce moment le Christ √©tait sur terre. [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.8.6)
Remarquez également qu'il est dit clairement que le Christ est venu du ciel, bien qu'il soit venu du sein de Marie, et que son corps soit né de Marie.

(2.8.7)
Il est donc établi que, lorsqu'il est dit que le Fils de l'homme est venu du ciel, c'est une affirmation qui doit être prise symboliquement, non littéralement, spirituellement, non matériellement.

(2.8.8)
C'est-à-dire que, bien que, visiblement, le Christ soit né du sein de Marie, en réalité il est venu du ciel, le centre du Soleil de Réalité du monde divin et du royaume de Dieu.

(2.8.9)
Et, s'il est établi que le Christ est venu du ciel spirituel du royaume de Dieu, sa disparition sous terre pendant trois jours a une même signification, symbolique et non littérale.

(2.8.10)
Egalement, sa résurrection de l'intérieur de la terre est une chose symbolique; c'est une question spirituelle et non matérielle; et pareillement, son ascension au ciel est une chose spirituelle, non matérielle.

(2.8.11)
En dehors de ces explications, il a √©t√© √©tabli et prouv√© par la science que le ciel visible est une √©tendue sans fin, libre et vide, o√Ļ √©voluent les astres et les √©toiles innombrables.

(2.8.12)
Nous pr√©tendons donc que la signification de la r√©surrection du Christ est la suivante : les ap√ītres, apr√®s le martyre du Christ, √©taient troubl√©s et confondus. La r√©alit√© du Christ, c'est-√†-dire ses enseignements, ses bienfaits, ses perfections, son pouvoir spirituel, pendant deux ou trois jours apr√®s son martyre, fut cach√©e et cel√©e : elle n'√©tait ni apparente, ni visible; au contraire, elle √©tait perdue; en effet, les croyants √©taient peu nombreux, et de plus ils √©taient troubl√©s et confondus. La cause du Christ √©tait comme un corps sans √Ęme.

(2.8.13)
Lorsque, apr√®s trois jours, les ap√ītres redevinrent fermes et assur√©s, lorsqu'ils se mirent au service de la cause chr√©tienne et r√©solurent de r√©pandre les enseignements divins, de mettre en vigueur les conseils du Christ, et de se lever pour le servir, la r√©alit√© du Christ resplendit √† nouveau, sa bont√© devint apparente, sa religion prit vie, ses enseignements et ses exhortations devinrent visibles et √©vidents.

(2.8.14)
Autrement dit, la cause du Christ était comme un corps sans vie : la vie et la bonté du Saint-Esprit l'enveloppèrent. Telle est la signification de la résurrection du Christ, et ce fut une vraie résurrection!

(2.8.15)
Mais, comme les prêtres ne comprenaient pas la signification des Evangiles et n'en pénétraient pas les symboles, cela permit de dire que la religion était en contradiction avec la science, et la science en opposition avec la religion : car, par exemple, la question de l'ascension du Christ dans son corps matériel, au ciel visible, est contraire aux sciences mathématiques.

(2.8.16)
Mais, lorsque la réelle signification de la question devient évidente, et que ce symbole est expliqué, la science n'y fait plus d'objections; bien au contraire, la science et l'intelligence en affirment l'exactitude.


2.9. L'entr√©e du Saint-Esprit dans les ap√ītres

(2.9.1)
Question. - Le Saint-Esprit entra dans les ap√ītres, selon l'Evangile. Comment eut lieu cette entr√©e et quelle signification a-t-elle ? R√©ponse. - Cette entr√©e du Saint-Esprit n'est pas comme celle de l'air √† l'int√©rieur de l'homme : c'est une fa√ßon de parler et une comparaison, non une expression exacte √† prendre litt√©ralement. C'est comme l'entr√©e de l'image du soleil dans un miroir : c'est-√†-dire que son √©clat y appara√ģt.

(2.9.2)
Apr√®s la mort du Christ, les ap√ītres √©taient troubl√©s : leurs pens√©es et leurs id√©es √©taient oppos√©es et contradictoires; plus tard, ils devinrent fermes et unis; lors de la f√™te de la Pentec√īte, ils s'assembl√®rent, se d√©tach√®rent des choses de ce monde, ferm√®rent les yeux sur eux-m√™mes, renonc√®rent au repos et aux joies de la terre, sacrifi√®rent leur corps et leur √Ęme pour le Bien-Aim√©, abandonn√®rent leurs maisons, renonc√®rent √† l'honneur et aux biens, et oubli√®rent m√™me enti√®rement leur propre existence.

(2.9.3)
Alors, l'aide de Dieu leur arriva, et la puissance du Saint-Esprit devint visible : la spiritualité du Christ triompha, et l'amour de Dieu régna.

(2.9.4)
Alors, ils furent assist√©s; puis, chacun se dirigea de son c√īt√© pour r√©pandre la cause d e Dieu et donner les preuves et les t√©moignages.

(2.9.5)
Donc, l'entr√©e du Saint-Esprit dans les ap√ītres signifie qu'ils furent attir√©s par l'esprit messianique, qu'ils trouv√®rent la confirmation et la fermet√©, que, par la force de l'amour de Dieu, ils eurent une vie nouvelle, et qu'ils virent le Christ vivant, les secourant, les prot√©geant.

(2.9.6)
Ils étaient comme des gouttes d'eau, ils devinrent la mer; ils étaient de faibles insectes, ils devinrent des aigles majestueux; ils étaient impuissants, ils devinrent tout-puissants...

(2.9.7)
Ils furent comme des miroirs sur lesquels le soleil se reflète : certes, les rayons et la lumière devinrent manifestes en eux!


2.10. Le Saint-Esprit

(2.10.1)
Question. - Qu'est-ce que le Saint-Esprit ? R√©ponse. - Le Saint-Esprit, c'est la bont√© de Dieu et les rayons Lumineux qui √©manent des manifestations; car le point de concentration des rayons du Soleil de R√©alit√© √©tait le Christ, et de ce centre glorieux, qui √©tait la r√©alit√© du Christ, la bont√© de Dieu se refl√©tait sur les autres miroirs, qui √©taient la r√©alit√© des ap√ītres.

(2.10.2)
La descente du Saint-Esprit sur les ap√ītres signifie donc que les bienfaits glorieux de Dieu se r√©fl√©chissaient et apparaissaient dans la r√©alit√© des ap√ītres.

(2.10.3)
Autrement, l'entrée et la sortie, la descente et la montée caractérisent les corps et non les esprits. En d'autres termes, les choses qui tombent sous les sens entrent et sortent, mais non les conceptions et les réalités intellectuelles comme l'intelligence, l'amour, le savoir, l'imagination, la pensée qui n'entrent ni ne sortent, ni ne descendent, et qui n'indiquent que des relations.

(2.10.4)
Ainsi le savoir, qui est un état acquis par l'intelligence, est une chose intellectuelle, et c'est de la fantaisie de dire qu'il entre dans l'intelligence ou qu'il en sort; c'est un état acquis, comme les images réfléchies dans le miroir.

(2.10.5)
Donc, comme il est clair et prouvé que les réalités intellectuelles n'entrent ni ne descendent, il est certain qu'il est absolument impossible que le Saint-Esprit puisse monter ou descendre, entrer ou sortir, se mélanger ou s'incarner. La seule chose possible est que comme le soleil, il resplendisse dans le miroir.

(2.10.6)
Dans certains passages des Ecritures saintes, on parle de l'Esprit; et cela veut dire une certaine personne, comme on dit couramment dans la conversation qu'un tel est l'esprit personnifié, ou bien qu'il est l'honneur ou la générosité en personne.

(2.10.7)
Dans ce cas, c'est la flamme qu'on regarde et non le verre, comme dans l'Evangile de saint Jean √† propos du Promis qui doit venir apr√®s le Christ, au chapitre XVI, verset 12, on trouve : ¬ę J'aurais encore beaucoup de choses √† vous dire, mais elles sont encore au-dessus de votre port√©e. ¬Ľ [voir : Jean 16.12 ; voir aussi ¬ę Les Tablettes de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h ¬Ľ 2.17 et 2.29 et 2.37 - CLE: ENCORE BEAUCOUP DE CHOSES A DIRE]

(2.10.8)
¬ę Mais quand celui-l√† sera venu, c'est-√†-dire l'Esprit de v√©rit√©, il vous conduira dans toute la v√©rit√©. Car il ne parlera pas par lui-m√™me, mais il dira tout ce qu'il aura entendu. ¬Ľ [voir : Jean 16.13]

(2.10.9)
Remarquez avec soin que ¬ę il ne parlera pas par lui-m√™me, mais dira tout ce qu'il aura entendu ¬Ľ prouve clairement que l'Esprit de v√©rit√© est personnifi√© par un homme qui a une √Ęme, qui a des oreilles pour entendre, une langue pour parler.

(2.10.10)
De m√™me, l'expression ¬ę l'Esprit de Dieu ¬Ľ s'applique ainsi au Christ. Vous parlez de la lumi√®re, et vous faites allusion √† la lumi√®re avec la lampe.


2.11. Sur la seconde venue du Christ et le jour du Jugement dernier

(2.11.1)
Dans les Ecritures saintes, il est dit que le Christ doit revenir, et que son retour est lié à l'apparition de certains signes :

(2.11.2)
s'il vient, ce sera avec ces signes. Entre autres, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera pas sa lumi√®re, les √©toiles des cieux tomberont sur la terre; alors, toutes les tribus de la terre g√©miront et se lamenteront, et √† ce moment elles verront au ciel le signe du Fils de l'homme, elles apercevront cet homme comme s'il chevauchait avec un pouvoir et une gloire consid√©rables. [voir : Matthieu 24.29-30 ; voir aussi ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 24 ; ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 26.2-3 et 26.13 - CLE: LES ETOILES TOMBERONT]

(2.11.3)
Bahá'u'lláh a commenté ces versets dans le Livre de la Certitude [nota : le Livre de la Certitude, ou Kitab-i-Iqan, est l'un des premiers ouvrages de Bahá’u’lláh écrit à Bagdad avant sa manifestation] ; point n'est besoin d'y revenir, reportez-vous à ce livre, et vous comprendrez la signification de ces paroles. Mais maintenant, je désire également dire quelque chose sur ce sujet :

(2.11.4)
c'est que, la premi√®re fois aussi, le Christ est venu du ciel, ainsi qu'il est dit explicitement dans l'Evangile. Le Christ lui-m√™me a dit : ¬ę Le Fils de l'homme est venu du ciel ¬Ľ, et ¬ę le Fils de l'homme est au ciel ¬Ľ; et ¬ę nul homme ne remonte au ciel que celui qui en est venu ¬Ľ. Et il est admis g√©n√©ralement que le Christ est venu du ciel, bien que, en apparence, il soit venu du sein de Marie. [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.11.5)
Or, de même que la première fois, en vérité il est venu du ciel, bien qu'en apparence il soit venu du sein de sa mère, de même aussi, lors de la seconde venue, il viendra réellement du ciel, bien qu'en apparence il doive venir du sein de sa mère.

(2.11.6)
Les conditions que l'Evangile mentionne pour la seconde venue du Christ sont les mêmes que celles qui sont indiquées pour la première, ainsi qu'il a été dit déjà.

(2.11.7)
Le livre d'Esa√Įe annonce que le Christ conquerra l'Orient et l'Occident, que tous les peuples du monde viendront sous son ombre, que son royaume sera √©tabli, qu'il viendra d'un lieu inconnu, que les p√©cheurs seront jug√©s, et que la justice r√©gnera √† tel point que le loup et l'agneau, le l√©opard et le chevreau, le serpent et l'enfant √† la mamelle se rassembleront √† la m√™me source, dans la m√™me prairie, dans le m√™me berceau. [nota : Abdu‚Äôl-Bah√° cherche plut√īt √† indiquer le sens de certains passages des √©critures qu'√† en citer le texte m√™me][voir : Esa√Įe 11.6 et 43.5]

(2.11.8)
La premi√®re venue aussi d√©pendait de la r√©alisation de ces conditions, bien que, en apparence, aucune d'elles ne se soit r√©alis√©e; aussi, les juifs refus√®rent-ils de croire au Christ et, Dieu me pardonne ! ils le trait√®rent de sorcier. [nota : ¬ę Ils le trait√®rent de sorcier ¬Ľ, mot √† mot ¬ę massikh ¬Ľ, montre. Il y a un jeu de mot en arabe entre ¬ę massih ¬Ľ le Messie et ¬ę massikh ¬Ľ le monstre]

(2.11.9)
Le consid√©rant comme le destructeur de l'√©difice divin, le regardant comme le briseur du sabbat et de la loi, ils ordonn√®rent sa mise √† mort. Car chacune de ces conditions avait une signification que les juifs ne comprirent pas; aussi furent-ils priv√©s. [nota : les juifs furent priv√©s de conna√ģtre la v√©rit√©]

(2.11.10)
De même, la seconde venue du Christ eut lieu aussi de cette manière : les signes et les conditions qui ont été énumérés ont tous une signification symbolique, et ne doivent pas être pris à la lettre.

(2.11.11)
S'il en était autrement, il est dit, par exemple, que toutes les étoiles tomberont sur la terre. Or les étoiles sont immenses et innombrables; et les mathématiciens modernes ont établi et prouvé scientifiquement que le globe solaire est environ un million et demi de fois plus grand que la terre, et chacune des étoiles fixes mille fois plus grande que le soleil. Si de telles étoiles tombaient sur la terre, comment y trouveraient-elles de la place ? Ce serait comme si mille millions de montagnes comme l'Himalaya tombaient sur un grain de moutarde. Raisonnablement et scientifiquement, cela est à tout jamais impossible.

(2.11.12)
Ce qui est encore plus curieux, c'est que le Christ a dit : ¬ę Peut-√™tre viendrai-je quand vous serez encore endormis; car la venue du Fils de l'homme ressemble √† la venue d'un voleur; peut-√™tre le voleur est-il dans la maison et le propri√©taire de la maison ne le sait pas. ¬Ľ [voir : Apocalypse 3.3 et 16.15 ; voir aussi ¬ę S√©lection des √©crits d'Abdu'l-Bah√° ¬Ľ 168.2]

(2.11.13)
Il est donc clair et prouv√© que ces signes ont une signification symbolique, et qu'il ne faut pas les prendre √† la lettre. Leur sens a √©t√© expliqu√© tout au long dans le Livre de la Certitude. Reportez-vous-y.[voir : Matthieu 24.29-30 ; voir aussi ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 1.24 ; ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 26.2-3 et 26.13 - CLE: LES ETOILES TOMBERONT]


2.12. La Trinité

(2.12.1)
Question. - Que signifient la Trinité et les trois personnes de la Trinité ? Réponse. - La réalité divine, que sa pureté et sa sainteté rendent inaccessible à la compréhension des créatures, et que les esprits sages et intelligents ne sauraient imaginer ni concevoir, n'admet aucune division.

(2.12.2)
Car la division et la multiplication sont les particularités des créatures, qui sont des contingences et ce ne sont pas des accidents qui arrivent à Celui qui existe par Lui-même.

(2.12.3)
La réalité divine est au-delà de l'unité, à plus forte raison de la multiplicité; et pour elle, la descente dans les conditions et les degrés des créatures serait l'imperfection absolue, le contraire de la perfection; par conséquent c'est absolument impossible. Continuellement, elle a été et est dans les hauteurs de la sainteté et de la pureté.

(2.12.4)
Lorsqu'on parle des apparitions et des orients de Dieu [nota : les orients de Dieu sont les prophètes ou manifestations], on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence. [nota : lorsqu'on parle des Messagers ou Manifestations de Dieu, on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence (panthéisme)]

(2.12.5)
Dieu est la pure perfection, et la créature n'est qu'imperfections; pour Dieu, la descente dans les degrés de l'existence serait la plus grande des imperfections.

(2.12.6)
Au contraire, sa manifestation, son apparition, son lever sont comme le resplendissement du soleil dans un miroir clair, pur, poli.

(2.12.7)
Toutes les cr√©atures sont des signes √©vidents de Dieu, comme les choses terrestres qui, toutes, re√ßoivent les rayons du soleil; mais sur le d√©sert, sur les montagnes, sur les arbres, sur les fruits, un seul rayon brille qui les fait appara√ģtre, les √©l√®ve, et les fait parvenir √† la maturit√© de leur existence; tandis que l'homme parfait est comme un miroir poli dans lequel le Soleil de V√©rit√©, avec tous ses attributs et toutes ses perfections, devient visible et manifeste. [nota : L'homme parfait est le proph√®te ou messager de Dieu]

(2.12.8)
Ainsi la réalité du Christ était un miroir clair et poli qui était de la finesse et de la pureté les plus grandes, et le Soleil de Vérité, l'Essence de Divinité, a resplendi dans ce miroir, et il y a manifesté sa lumière et sa chaleur. Mais, de la hauteur de sa sainteté et du ciel de sa divinité, il n'est pas descendu pour habiter et résider dans le miroir. Non, il continue toujours à subsister dans son exaltation et sa sublimité, tout en apparaissant et en devenant manifeste dans le miroir, avec sa beauté et sa perfection

(2.12.9)
. Or, si nous disons que nous avons vu le soleil dans deux miroirs, l'un le Christ, l'autre le Saint-Esprit, c'est-à-dire que nous avons vu trois soleils, l'un au ciel, les deux autres sur terre, nous sommes sincères. Et si nous disons qu'il y a un Soleil, et qu'il est seul, n'a ni associé, ni semblable, nous disons encore la vérité.

(2.12.10)
Bref, la réalité du Christ fut un miroir poli; et le Soleil de Vérité, c'est-à-dire l'Essence de l'Unité, avec ses perfections et ses attributs infinis, y est devenu visible et manifeste.

(2.12.11)
Ce n'est pas √† dire que le Soleil, Essence de la Divinit√©, se soit divis√© ou se soit multipli√©; car le Soleil est un. Mais il appara√ģt dans le miroir. C'est pour cela que le Christ a dit : ¬ę Le P√®re est dans le Fils. ¬Ľ C'est-√†-dire : ce Soleil est visible et manifeste dans ce miroir. [voir : Jean 14.13]

(2.12.12)
Le Saint-Esprit est la bonté de Dieu elle-même, qui devient visible et évidente dans la réalité du Christ. La filiation, c'est la condition du coeur du Christ; le Saint-Esprit, c'est la condition de son esprit.

(2.12.13)
Il est donc prouvé clairement que l'Essence de la Divinité est absolument unique, qu'elle n'a ni pareil, ni égal, ni équivalent. Telle est la signification des trois personnes de la Trinité.

(2.12.14)
Autrement les fondements de la religion de Dieu reposeraient sur une proposition illogique que l'intelligence ne pourrait jamais comprendre : et ce qu'elle ne peut comprendre, comment pourrait-elle se donner la peine de l'accepter? Une chose ne peut être saisie par l'intelligence que lorsqu'elle revêt une forme intelligible : autrement ce n'est que fantaisie.

(2.12.15)
Nous avons donc clairement expliqué ce que sont les trois personnes de la Trinité, et nous avons aussi affirmé l'unité de Dieu.


2.13. La préexistence

(2.13.1)
¬ę Maintenant, toi, √ī P√®re, glorifie-moi pr√®s de toi de la m√™me gloire que j'avais pr√®s de toi avant la cr√©ation du monde ¬Ľ (saint Jean, XVII, 5). [voir : Jean 17.5]

(2.13.2)
Il y a deux sortes de préexistences : la préexistence de l'essence est celle qui n'est pas précédée par une cause; au contraire, son existence est en elle-même.

(2.13.3)
Par exemple le soleil, dont la lumière est en lui-même, et qui ne dépend pas pour cela de l'abondance des autres étoiles : c'est ce qu'on appelle une lumière d'essence. Mais la lumière de la lune provient du soleil, car, pour la lumière, la lune dépend du soleil. Donc, au point de vue de la lumière, le soleil est une cause, et la lune devient un effet. Celui-là est l'ancien, le précédent, l'antécédent; celle-ci est la suivante, la dernière.

(2.13.4)
La seconde sorte de préexistence est la préexistence du temps; et celle-là n'a pas eu de commencement. Le Verbe de Dieu est au-dessus du passé, du présent, de l'avenir; tout, par rapport à Dieu, est égal. Hier, aujourd'hui, demain, n'existent pas dans le soleil! [nota : Le Verbe de Dieu désigne le Christ]

(2.13.5)
De même, il y a une préexistence en ce qui tient à la gloire, c'est-à-dire que le plus glorieux précède le glorieux. Donc, le Christ, qui est le Verbe de Dieu, précède certainement les créatures, en ce qui concerne l'essence, les attributs, l'honneur.

(2.13.6)
Avant d'appara√ģtre sous la forme humaine, le Verbe de Dieu √©tait √©tabli dans la gloire et la saintet√© les plus grandes, dans la splendeur, la beaut√© les plus parfaites, et dans tout l'√©clat de sa magnificence. [nota : Le Verbe de Dieu d√©signe le Christ]

(2.13.7)
Et lorsque, par la sagesse du Très-Haut, il resplendit des hauteurs de la gloire dans le monde corporel, le Verbe de Dieu, par le fait de ce corps, devint limité; de sorte qu'il tomba entre les mains des juifs, devint le captif des tyrans et des ignorants, et à la fin fut crucifié. [nota : Le Verbe de Dieu désigne le Christ]

(2.13.8)
C'est pour cela qu'il s'adresse √† Dieu en ces termes : ¬ę Lib√®re-moi des cha√ģnes du monde corporel, et affranchis-moi de cette cage, afin que je monte aux hauteurs de la grandeur et de la gloire, que je retrouve cet honneur et cette saintet√© d'autrefois, d'avant le monde corporel, que je me r√©jouisse dans le monde √©ternel, et que je monte √† la patrie originelle, au monde immat√©riel du royaume invisible. ¬Ľ

(2.13.9)
C'est ainsi que vous voyez que, même dans ce bas-monde, c'est-à-dire dans le monde des humains et des nations, la grandeur et la gloire du Christ apparurent après sa mort.

(2.13.10)
Pendant qu'il était dans le monde corporel, il était soumis au mépris et au dédain du plus faible des peuples de la terre, les juifs qui crurent qu'il convenait de placer sur sa tête sacrée une couronne d'épines! Mais après sa mort, les couronnes enrichies de pierreries de tous les rois de la terre s'abaissèrent et s'humilièrent devant cette couronne d'épines! Voyez quelle gloire le Verbe de Dieu a atteint, même dans ce monde!


2.14. Comme tous meurent par Adam de même tous revivront par Christ

(2.14.1)
Sachez qu'il y a deux natures dans l'homme : la nature corporelle et la nature spirituelle. La nature corporelle est l'h√©ritage d'Adam, et la nature spirituelle est l'h√©ritage de la r√©alit√© du Verbe de Dieu, de la spiritualit√© du Christ. [voir : ¬ę Corinthiens 1 ¬Ľ 15.22]

(2.14.2)
La nature corporelle est née d'Adam, la nature spirituelle, de la bonté du Saint-Esprit; celle-là est la source de toute imperfection, celle-ci est la cause de toute perfection.

(2.14.3)
Le Christ s'est sacrifié lui-même pour affranchir les hommes des imperfections de la nature corporelle, et les parer des vertus de la nature spirituelle.

(2.14.4)
Cette nature spirituelle, qui vient de la bonté de la réalité de Dieu, est l'union de toutes les perfections, et existe par les souffles du Saint-Esprit : elle consiste dans les perfections divines, la lumière, la spiritualité, la direction, l'exaltation, les nobles efforts, la justice, l'amour, la bienfaisance, la charité envers le prochain, la philanthropie, en un mot l'essence de la vie. C'est la réflexion de la splendeur du Soleil de Vérité.

(2.14.5)
Le Christ est le point central du Saint-Esprit, il est né du Saint-Esprit, il est suscité par lui, il est de sa descendance.

(2.14.6)
C'est-√†-dire que la r√©alit√© du Christ ne descend pas d'Adam, elle est fille du Saint-Esprit. Donc, le verset 22 du chapitre XV de l'√©p√ģtre de Paul aux Corinthiens o√Ļ il est dit : ¬ę Comme tous meurent par Adam, de m√™me tous revivront par Christ ¬Ľ, veut dire que, selon la terminologie consacr√©e [nota : selon Aboul becher, le p√®re de l'homme, est un des titres donn√©s par les musulmans √† Adam], Adam √©tait le p√®re de l'homme, c'est-√†-dire fut la cause de la vie physique de l'humanit√©. Il a la paternit√© physique; il est une √Ęme vivante, mais il n'est pas donneur de vie. [nota : Adam n'est pas donneur de vie au sens spirituel du mot, contrairement au Christ] [voir : ¬ę Corinthiens 1 ¬Ľ 15.22]

(2.14.7)
Le Christ, au contraire, est la cause de la vie spirituelle de l'homme, et du point de vue de l'esprit il a la paternit√© spirituelle. Adam est l'√Ęme vivante, le Christ est l'esprit vivifiant.

(2.14.8)
Ce monde physique représente pour l'homme les facultés des sens, et c'est des exigences de ces facultés que viennent les péchés, car elles ne sont pas soumises aux lois de la justice et de la sainteté. Le corps de l'homme est prisonnier de la nature, tous ses mouvements ont pour but la satisfaction de ses exigences.

(2.14.9)
Il est donc évident que des péchés existent dans le monde corporel, tels la colère, la jalousie, la dispute, l'avidité, l'avarice, l'ignorance, la tromperie, l'orgueil, la cruauté. Tous ces défauts existent dans la création de l'homme.

(2.14.10)
Un homme qui n'a pas reçu une éducation spirituelle est une brute; par exemple, les peuplades de l'Afrique dont les actes, les habitudes, les caractères sont purement dirigés par les sens, n'agissent que pour satisfaire les exigences de leur nature, au point de se lacérer et de se manger entre eux.

(2.14.11)
Il est donc établi que le monde physique de l'homme est un monde de péchés. Dans ce monde physique, l'homme ne diffère pas de l'animal.

(2.14.12)
Tout péché vient des exigences de la nature, et ces exigences naturelles spéciales au corps, qui ne constituent pas des péchés pour l'animal, en constituent pour l'homme.

(2.14.13)
L'animal est la source des imperfections, comme la colère, la sensualité, la jalousie, l'avarice, la cruauté, l'orgueil; tous les défauts réprouvés se rencontrent chez l'animal, mais ne constituent pas, en ce qui le concerne, des péchés. Ils en constituent pour l'homme.

(2.14.14)
Adam fut la cause de la vie physique de l'homme, mais la réalité du Christ, c'est-à-dire le Verbe de Dieu, fut la cause de sa vie spirituelle.

(2.14.15)
Il est l'esprit vivifiant, c'est-√†-dire que, gr√Ęce aux instructions et √† l'√©ducation de cet esprit unique, toutes les imperfections provenant des exigences de la vie physique de l'homme sont transform√©es en perfections humaines. Donc le Christ √©tait l'esprit vivifiant et la cause g√©n√©rale de la vie spirituelle.

(2.14.16)
Adam était la cause de la vie physique. Et comme le monde physique de l'homme est un monde d'imperfections, et que les imperfections sont la source de la mort, Paul a comparé les imperfections physiques à la mort.

(2.14.17)
Mais l'Eglise chrétienne croit que, comme Adam a mangé du fruit défendu, il a commis une faute et a désobéi, et que la calamité et le désastre de cette désobéissance ont été transmis comme un héritage, et fixés successivement sur toute sa postérité. Adam est alors devenu la cause de la mort de l'humanité.

(2.14.18)
Cette interpr√©tation est inintelligente et, √©videmment, erron√©e. Car elle tend √† dire que tous les hommes, m√™me les proph√®tes et les envoy√©s de Dieu, sans commettre de faute ni de p√©ch√©, uniquement parce qu'ils sont de la post√©rit√© d'Adam, sont devenus sans raison des coupables et des p√©cheurs, et que, jusqu'au jour du sacrifice du Christ, ils ont √©t√© retenus dans l'enfer aux ch√Ętiments terribles, ce qui serait bien loin de la justice divine!

(2.14.19)
En admettant qu'Adam f√Ľt un p√©cheur, quel est le p√©ch√© d'Abraham ? quelle est la faute d'Isaac, de Joseph ? de quoi Mo√Įse est-il coupable ?

(2.14.20)
Quant au Christ, qui était le Verbe de Dieu, et qui est sacrifié, cela a une double signification, l'une apparente, l'autre réelle.

(2.14.21)
La première c'est que, comme le Christ voulait promulguer une cause qui devait éduquer l'humanité, éveiller les enfants d'Adam, et illuminer toute la création, que la promulgation d'une cause aussi grande le mettait en opposition avec tous les peuples de la terre, et en révolte contre toutes les races et toutes les nations, le sang devait forcément couler, et il devait forcément être tué et crucifié.

(2.14.22)
Aussi, le Christ, en proclamant sa cause, a-t-il sacrifi√© sa vie : il a regard√© la croix comme son tr√īne, la blessure comme un baume, et le poison comme du miel et du sucre.

(2.14.23)
Il s'est adonné à l'éducation et à l'instruction des hommes, et ainsi, il s'est sacrifié pour donner aux hommes l'esprit de vie, pour être détruit dans son corps, afin de faire revivre les autres par l'esprit.

(2.14.24)
La seconde signification du sacrifice est que le Christ fut comme la graine. Cette graine a sacrifi√© sa propre forme afin que l'arbre puisse cro√ģtre et se d√©velopper. Bien que la forme de la graine soit d√©truite, sa r√©alit√© devient apparente dans la grandeur et la beaut√© les plus parfaites, dans la forme de l'arbre.

(2.14.25)
Le rang du Christ était la perfection absolue : il fit briller ces perfections divines, comme le soleil, sur tous ceux qui crurent en lui; et les bienfaits de la lumière brillèrent et resplendirent dans la réalité des hommes.

(2.14.26)
C'est pour cela qu'il dit : ¬ę Je suis le pain descendu du ciel : quiconque mangera de ce pain ne mourra pas. ¬Ľ C'est-√†-dire quiconque prendra sa part de cette nourriture divine parviendra √† la vie √©ternelle, autrement dit, quiconque aura une part de cette bont√© et obtiendra ces perfections, trouvera la vie √©ternelle, aura en abondance les bienfaits antiques, sera affranchi des t√©n√®bres de l'erreur, et sera illumin√© par les lumi√®res de la direction. [voir : Jean 6.31-33 et 6.35 et 6.41 et 6.50-51 - CLE: PAIN DE VIE]

(2.14.27)
La forme de cette graine fut sacrifiée pour l'arbre : mais les perfections de cette graine, par suite du sacrifice, devinrent manifestes et évidentes. Car l'arbre, les branches, les feuilles et les fleurs étaient cachés et enfermés dans la graine. Lorsque la forme de celle-ci fut sacrifiée, ses perfections apparurent dans la plus parfaite manifestation, sous la forme des feuilles, des fleurs et des fruits.


2.15. Adam et Eve

(2.15.1)
Question. - Que faut-il comprendre de l'histoire d'Adam qui a mang√© du fruit de l'arbre ? R√©ponse. - Il est √©crit dans la Bible que Dieu pla√ßa Adam dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le soigner, et qu'Il lui dit : ¬ę Mange de tous les arbres du jardin except√© de l'arbre du bien et du mal, car si tu en mangeais, tu serais atteint par la mort. ¬Ľ [voir : Gen√®se 2.16-17]

(2.15.2)
Puis il est dit que Dieu fit tomber Adam dans le sommeil, qu'Il prit un os de ses c√ītes, et en cr√©a une femme afin qu'elle lui t√ģnt compagnie. Apr√®s cela il est dit que le serpent incita la femme √† manger de l'arbre et dit : ¬ę Dieu vous a interdit de manger de l'arbre afin que vos yeux ne s'ouvrent pas et que vous ne connaissiez pas le bien et le mal. ¬Ľ Alors Eve en mangea et en donna √† Adam qui fit de m√™me. Leurs yeux s'ouvrirent; ils se trouv√®rent nus, et ils voil√®rent leurs corps avec les feuilles de l'arbre.

(2.15.3)
Alors ils re√ßurent les reproches de Dieu. Dieu dit √† Adam : ¬ę As-tu mang√© de l'arbre d√©fendu ? ¬Ľ Adam r√©pondit : ¬ę Eve m'y a pouss√©. ¬Ľ Dieu fit ensuite des reproches √† Eve qui r√©pondit : ¬ę Le serpent m'y a pouss√©e. ¬Ľ Alors le serpent fut maudit et l'inimiti√© fut mise entre Eve et le serpent et entre leurs post√©rit√©s. [voir : Gen√®se 3.11-13]

(2.15.4)
Et Dieu dit alors : ¬ę L'homme est devenu semblable √† nous, sachant le bien et le mal; peut-√™tre va-t-il manger de l'arbre de vie et vivre √©ternellement. ¬Ľ Et Dieu prot√©gea l'arbre de vie. [voir : Gen√®se 3.22]

(2.15.5)
Si nous prenons cette histoire au sens apparent de l'interprétation adoptée par le vulgaire, elle est tout à fait extraordinaire; l'intelligence ne peut l'accepter, l'affirmer ou même l'imaginer; car de telles dispositions, de tels détails, de tels discours et de tels reproches sont considérés comme indignes d'un être intelligent, à plus forte raison de Dieu, de Dieu qui a organisé cet univers infini dans la forme la plus parfaite, et ces êtres innombrables avec l'ordre et la fermeté les plus absolus et l'élégance la plus complète.

(2.15.6)
II faut un peu réfléchir : si un homme intelligent pouvait tenir au sens apparent de cette histoire, certes la majorité, logiquement, nierait que des dispositions et des inventions pareilles aient pu émaner d'un être intelligent.

(2.15.7)
C'est pourquoi cette histoire d'Adam et Eve qui mangent de l'arbre, l'expulsion du paradis, tout cela est un symbole. Elle contient des mystères divins, des significations générales et des explications merveilleuses.

(2.15.8)
Seuls les initiés aux secrets, et ceux qui s'approchent de la cour du Tout-Puissant, connaissent ces mystères. Aussi, ces versets de la Bible ont-ils de nombreuses interprétations.

(2.15.9)
Nous allons expliquer l'une d'entre elles, et nous dirons qu'Adam signifie l'esprit c√©leste d'Adam et Eve son √Ęme humaine; car dans certains passages des livres saints o√Ļ l'on parle de la femme, cela veut dire l'√Ęme de l'homme.

(2.15.10)
Quant à l'arbre du bien et du mal, c'est le monde humain; car le monde spirituel et divin est uniquement bon et absolument lumineux, tandis que dans le monde humain, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal ont une existence opposée.

(2.15.11)
Le serpent, c'est l'attachement au monde humain; cet attachement de l'esprit au monde humain fut la cause que l'√Ęme et l'esprit d'Adam furent conduits du monde de la libert√© √† celui de la servitude, et qu'ils se tourn√®rent du royaume de l'unit√© vers le monde humain.

(2.15.12)
Et lorsque son esprit et son √Ęme entr√®rent dans le monde humain, Adam sortit d'un paradis de libert√© pour tomber dans un monde de servitude. Apr√®s avoir √©t√© dans les hauteurs de la saintet√© et du bien absolu, il entra dans le monde du bien et du mal.

(2.15.13)
L'arbre de vie, c'est le degr√© supr√™me de l'existence : c'est la condition du Verbe de Dieu et de la manifestation universelle. Aussi, cette condition a √©t√© pr√©serv√©e, jusqu'au jour o√Ļ, dans l'apparition de la plus noble des manifestations universelles, elle est devenue visible et √©vidente.

(2.15.14)
Car la condition d'Adam, par rapport √† l'apparition et √† la manifestation des perfections divines, √©tait la condition de l'embryon; celle du Christ fut la condition de la maturit√© et de l'√Ęge de raison; et le lever de l'Astre Sublime fut le degr√© de la perfection de l'essence et de la perfection des qualit√©s. [nota : L'Astre Sublime d√©signe Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(2.15.15)
Voilà pourquoi, dans le sublime paradis, l'arbre de vie est l'expression du centre de la sainteté absolue, et de la pureté suprême, c'est-à-dire de la manifestation divine universelle.

(2.15.16)
Depuis le temps d'Adam jusqu'au Christ, on ne parla que peu de la vie éternelle et des perfections universelles du royaume. Cet arbre de vie, c'était la condition de la réalité du Christ : par sa manifestation il a été planté et orné de fruits éternels.

(2.15.17)
Maintenant, voyez combien cette signification est conforme √† la v√©rit√©; car l'esprit et l'√Ęme d'Adam, lorsqu'ils √©taient attach√©s au monde humain, pass√®rent du monde de libert√© √† celui de servitude, et sa post√©rit√©, dans une attitude identique, le suivit.

(2.15.18)
Cet attachement de l'esprit et de l'√Ęme au monde humain, qui est le p√©ch√©, fut h√©rit√© par les descendants d'Adam, et devint le serpent qui fut continuellement dans l'esprit de ses descendants : cette adversit√© dure toujours.

(2.15.19)
Car l'attachement au monde humain est devenu la cause de la servitude des esprits, et cette servitude est comme le péché qui a été transmis d'Adam à sa postérité : c'est à cause de cet attachement que les hommes ont été privés de la spiritualité essentielle des conditions élevées.

(2.15.20)
Et lorsque les saintes brises du Christ et les lumi√®res sacr√©es de l'Astre Sublime se r√©pandirent, les hommes v√©ritables, c'est-√†-dire ceux qui s'√©taient tourn√©s vers le Verbe de Dieu et recevaient l'abondance de ses bienfaits, furent lib√©r√©s de ce p√©ch√© et de cet attachement; ils parvinrent √† la vie √©ternelle et, libres des cha√ģnes de la servitude, ils entr√®rent dans le monde de la libert√© : ils furent affranchis des vices du monde humain et re√ßurent les bienfaits des vertus du royaume. [nota : L'Astre Sublime d√©signe Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h]

(2.15.21)
Telle est l'explication des paroles o√Ļ il dit : ¬ę J'ai donn√© mon sang pour la vie du monde. ¬Ľ C'est-√†-dire, j'ai choisi toutes ces afflictions, ces souffrances et ces calamit√©s, jusqu'au martyre supr√™me, pour atteindre ce but : le pardon des p√©ch√©s; c'est-√†-dire que les esprits se d√©tachent du monde humain, et soient attir√©s par le monde divin; afin que se l√®vent des √Ęmes qui deviennent des essences du salut et refl√®tent les perfections du royaume supr√™me! [voir : Jean 6.53 -54]

(2.15.22)
Remarquez que si, selon la supposition des peuples du Livre, il fallait prendre ces paroles selon leur sens apparent, ce serait l'iniquité absolue, la prédestination complète. [nota : les peuples du Livre désigne les juifs et les chrétiens]

(2.15.23)
Si Adam a p√©ch√© en s'approchant de l'arbre d√©fendu, quelle est la faute du glorieux Abraham ? Quelle est l'erreur de Mo√Įse, l'interlocuteur ? Quel est le crime de No√©, le proph√®te ? Quelle est la d√©sob√©issance de Joseph, le sinc√®re ? Quelle est la faute des proph√®tes de Dieu, et quel est le d√©lit de Jean, le chaste?

(2.15.24)
La justice de Dieu peut-elle accepter que ces manifestations √©clair√©es, par la faute d'Adam, aient √©t√© tourment√©es dans les supplices de l'enfer jusqu'au jour o√Ļ le Christ est venu, les a rachet√©es par son sacrifice et les a affranchies des supplices terribles? Une telle pens√©e est contraire √† toute loi et √† toute coutume, et jamais un √™tre intelligent ne l'acceptera.

(2.15.25)
Non, cela signifie ce qui a √©t√© dit : Adam, c'est l'esprit d'Adam, et Eve, son √Ęme; l'arbre, c'est le monde humain; le serpent, l'attachement √† ce monde, qui constitue le p√©ch√© et qui a p√©n√©tr√© la post√©rit√© d'Adam, Le Christ a lib√©r√© les hommes de cet attachement par ses brises saintes, et il les a affranchis de ce p√©ch√©.

(2.15.26)
Ce péché, chez Adam, est en proportion de son rang : bien que de cet attachement il y ait eu de bons résultats, néanmoins, en comparaison avec l'attachement au monde spirituel, l'attachement au monde matériel est considéré comme un péché : les bonnes actions des justes sont encore des péchés pour les peuples de l'approche; ceci est établi.

(2.15.27)
Ainsi, la force corporelle est l'impuissance √† c√īt√© de la force spirituelle : oui, celle-l√† √† c√īt√© de celle-ci, c'est uniquement de la faiblesse.

(2.15.28)
Pareillement, la vie corporelle, √† c√īt√© de l'existence du royaume et de la vie √©ternelle, est consid√©r√©e comme la mort. Ainsi, le Christ a appel√© mort la vie corporelle, et il a dit : ¬ę Laissez les morts enterrer les morts. ¬Ľ Bien que les gens dont il parlait eussent la vie corporelle, √† ses yeux cette vie √©tait une mort. [voir : Jean 3.6 et 6.63 ; Luc 9.60 ; Matthieu 8.22 et 16.17 ‚Äď voir aussi ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 126 ; ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 2.7.1 et 2.15.28 et 5.6.7 ; ¬ę Les tablettes du plan divin ¬Ľ 14.17 - CLE: MORT SPIRITUELLE]

(2.15.29)
Telle est une des significations de l'histoire d'Adam dans la Bible. Réfléchissez, et vous en trouverez encore d'autres.


2.16. Le blasphème contre le Saint-Esprit

(2.16.1)
Question. - ¬ę C'est pourquoi Je vous dis que tout p√©ch√© de blasph√®me sera pardonn√© aux hommes, mais le blasph√®me contre l'Esprit ne leur sera point pardonn√©. Et si quelqu'un a parl√© contre le Fils de l'homme, il pourra lui √™tre pardonn√©; mais celui qui aura parl√© contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonn√© ni dans ce monde ni dans le prochain ¬Ľ (saint Matthieu, XII, 31, 32). [voir : Matthieu 12.31-32]

(2.16.2)
Réponse. - Les saintes réalités des manifestations de Dieu ont deux conditions spirituelles. L'une consiste à être le lieu de la manifestation que je compare au disque du soleil; l'autre est le resplendissement de la manifestation, qui est comme la lumière du soleil; ce sont les perfections de Dieu, l'Esprit-Saint;

(2.16.3)
car l'Esprit-Saint est la bonté et les perfections de Dieu, lesquelles peuvent se comparer à la lumière et à la chaleur du soleil.

(2.16.4)
Le soleil n'est le soleil qu'à cause de ses rayons brillants : sans eux il ne serait pas le soleil; si la manifestation et la réflexion des perfections divines n'étaient pas dans le Christ, Jésus ne serait pas le Messie. Il est une manifestation parce qu'il a réfléchi en lui les perfections divines; les prophètes de Dieu sont des manifestations, car les perfections divines, c'est-à-dire le Saint-Esprit, sont apparentes en eux.

(2.16.5)
Si quelqu'un demeure √©loign√© de la manifestation, peut-√™tre sera-t-il un jour √©veill√©, car il ne la conna√ģt pas, il ne sait pas que c'est la manifestation des perfections de Dieu. Mais s'il se d√©tache des perfections de Dieu elles-m√™mes, c'est-√†-dire du Saint-Esprit, c'est une preuve qu'il est comme une chauve-souris qui s'√©loigne du soleil.

(2.16.6)
Ce détachement des lumières est irrémédiable et impardonnable, c'est-à-dire qu'il est impossible d'être tout de même auprès de Dieu.

(2.16.7)
Cette lampe n'est une lampe qu'à cause de la lumière; sans elle, elle ne serait pas une lampe. Or, si quelqu'un se détache de la lumière de la lampe, il est aveugle et ne peut comprendre la lumière.

(2.16.8)
Cet aveuglement est une cause de privations √©ternelles, car il est √©vident que les √™tres re√ßoivent les bienfaits de la bont√© du Saint-Esprit qui appara√ģt dans les manifestations de Dieu, et non de la personnalit√© de la manifestation; et si quelqu'un ne re√ßoit pas les bienfaits de la bont√© du Saint-Esprit, il est priv√© de la bont√© de Dieu. Et cette privation m√™me est impardonnable.

(2.16.9)
Voilà pourquoi il y a eu bien des gens qui étaient hostiles aux manifestations de Dieu, ne sachant pas qui elles étaient et qui, une fois qu'ils le surent, devinrent leurs amis.

(2.16.10)
Ainsi, l'hostilité contre les manifestations ne fut pas une cause de privations éternelles, car ces gens furent ennemis du chandelier, et ne savaient pas qu'il était le flambeau des lumières divines. Ils n'étaient pas ennemis de la lumière; et lorsqu'ils comprirent que le chandelier était le lieu de la manifestation des lumières divines, ils devinrent des amis véritables.

(2.16.11)
Bref s'éloigner du chandelier ne cause pas une privation éternelle, car on peut être éveillé et averti; tandis qu'être l'ennemi de la lumière, c'est la privation éternelle et irrémédiable.


2.17. Il y a beaucoup d'appelé et peu d'élus

(2.17.1)
Question. - Le Christ dit dans l'Evangile : ¬ę Il y a beaucoup d'appel√©s et peu d'√©lus ¬Ľ; et dans le Qur'an il est √©crit : ¬ę Il r√©serve sp√©cialement sa mis√©ricorde pour qui II veut. ¬Ľ Quelle est la sagesse de tout cela ? [voir : Matthieu 22.14 ; Coran 2.105]

(2.17.2)
Réponse. - Sachez que l'ordre et la perfection dans l'universalité de l'existence exigent que la vie apparaisse sous des formes illimitées. Car les êtres existants ne pourraient pas se réaliser dans un seul degré, un seul rang, une seule manière, un seul genre, une seule espèce : ils dépendent sans aucun doute de la différence des degrés, des distinctions de formes et des variétés de genres et d'espèces. C'est dire qu'il est nécessaire qu'ils soient répartis entre les différents degrés du minéral, du végétal, de l'animal et de l'homme.

(2.17.3)
Le monde, avec l'homme seul, ne serait pas arrangé, paré, organisé, perfectionné; de même, avec l'animal seul, le végétal seul, le minéral seul, ce monde ne présenterait pas un spectacle merveilleux, une organisation puissante, et une parure délicieuse.

(2.17.4)
Certes, il dépend de la variété des degrés, des rangs, des genres et des espèces, que l'existence resplendisse de la Perfection la plus grande. Ainsi cet arbre, s'il devenait entièrement fruit, ne serait pas un végétal parfait; car les feuilles, les fleurs et les fruits sont également nécessaires pour qu'un végétal resplendisse de la beauté et de la perfection les plus grandes.

(2.17.5)
De m√™me, consid√©rez le corps humain, compos√© de diff√©rents organes, parties et membres; la beaut√© et la perfection de l'existence humaine exigent l'existence de l'ou√Įe, de la vue, du cerveau, et aussi celle des ongles et des cheveux.

(2.17.6)
S'il devenait enti√®rement cerveau, ou oeil ou oreille, l'homme serait compl√®tement d√©fectueux. Ainsi l'absence de cheveux, de sourcils, d'ongles, de dents est un d√©faut absolu; bien qu'en comparaison avec l'oeil ces organes soient sans perfection, et qu'ils ressemblent √† un min√©ral ou √† un v√©g√©tal, pourtant, leur absence dans l'homme est extr√™mement pr√©judiciable et f√Ęcheuse.

(2.17.7)
Comme les rangs des existences sont différents, et que la distinction consiste en ceci, qu'il y a des êtres supérieurs et des êtres inférieurs, la sélection de certaines créatures pour le rang suprême, comme l'homme, le choix, pour d'autres êtres, d'un rang moyen, comme le végétal, la mise d'autres créatures au rang le plus bas, comme le minéral, sont dus au vouloir et au désir de Dieu.

(2.17.8)
L'établissement de l'homme au rang suprême tient donc à la bonté de Dieu; et les différences qui existent entre les hommes, en ce qui concerne la capacité de progrès spirituel et de perfections divines, tiennent aussi à la sélection par Dieu. Car la foi, qui est la vie éternelle, est une preuve de la bonté divine, non un résultat de la justice.

(2.17.9)
La flamme du feu de l'amour [nota : le feu de l'amour de Dieu] tient, dans ce monde de poussi√®re et d'eau, au pouvoir d'attraction, et non aux efforts et aux tentatives. (Pourtant, gr√Ęce aux efforts et √† la pers√©v√©rance, le savoir, la science et les autres perfections peuvent s'acqu√©rir.)

(2.17.10)
Il faut donc que les lumi√®res de la beaut√© divine transportent et entra√ģnent les esprits, par leur force d'attraction.

(2.17.11)
Par cons√©quent, s'il est dit : ¬ę Il y a beaucoup d'appel√©s et peu d'√©lus ¬Ľ, les √™tres mat√©riels, dans leur degr√© et dans leur rang, ne sont pas pour cela bl√Ęm√©s, jug√©s, rendus responsables. [voir : Matthieu 22.14 ; Coran 2.105]

(2.17.12)
Par exemple, le min√©ral dans son degr√©, l'animal dans son degr√©, le v√©g√©tal dans son degr√© sont approuv√©s; mais si, dans leur propre degr√©, ils demeurent imparfaits, ils seront bl√Ęm√©s : le degr√© lui-m√™me est tout √† fait parfait.

(2.17.13)
Quant aux diff√©rences qui existent dans l'esp√®ce humaine, elles sont de deux sortes : l'une est une diff√©rence de rang pour laquelle il n'y a pas de bl√Ęme : l'autre est une diff√©rence de foi et de certitude dont la perte est bl√Ęmable; car cet √™tre [nota : il s'agit de l'√™tre qui n'a ni foi ni certitude] est soumis √† ses d√©sirs et √† ses passions qui le privent d'un pareil bienfait et l'emp√™chent de ressentir le pouvoir d'attraction de l'amour de Dieu.

(2.17.14)
Bien qu'un tel homme soit loué et approuvé pour son rang, comme il s'est privé des perfections de ce rang, il devient une mine d'imperfections, et pour cela il est répréhensible. [nota : voir les différents caractères chez l'homme]


2.18. Le retour

(2.18.1)
Question. - Voulez-vous expliquer la question du ¬ę retour ¬Ľ ? R√©ponse. - Bah√°'u'll√°h, dans le Livre de la Certitude, a expliqu√© ce sujet en d√©tail et nettement : lisez-le, et la question vous para√ģtra claire et nette. Mais puisque vous le demandez, je vais l'expliquer bri√®vement. Nous d√©buterons avec l'Evangile. [voir : ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 21, 160, 162, 168, 170, 171, 179; voir ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 2.18.1 et 2.18.13 et 5.8.46 - CLE: RETOUR des messagers de Dieu]

(2.18.2)
Il r√©sulte clairement de l'Evangile que, lorsque Jean, fils de Zacharie, apparut et donna aux hommes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, on lui demanda : ¬ę Qui es-tu ? Es-tu le Messie promis ? ¬Ľ Il r√©pondit : ¬ę Je ne suis pas le Messie. ¬Ľ Alors on lui demanda : ¬ę Es-tu Elie ? ¬Ľ Il dit : ¬ę Non. ¬Ľ Ces paroles montrent et prouvent √† l'√©vidence que Jean, fils de Zacharie, n'√©tait pas l'Elie promis. [voir : Jean 1.19-21]

(2.18.3)
Mais, au jour de la transfiguration sur le mont Tabor, le Christ dit sans d√©tour que Jean, fils de Zacharie, √©tait l'Elie promis. Au chapitre IX, versets 10 √† 12, de l'Evangile de saint Marc, il est dit : ¬ę Alors ils l'interrog√®rent et dirent : Pourquoi les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie vienne le premier ? ¬Ľ En r√©ponse, il leur dit; ¬ę Il est vrai qu'Elie doit venir le premier et r√©tablir toutes choses, de la fa√ßon dont il est √©crit au sujet du Fils de l'homme qui doit venir, souffrir beaucoup et √™tre m√©pris√©. Mais je vous dis qu'Elie est m√™me venu, et qu'ils lui ont fait ce qu'ils ont voulu. ¬Ľ [voir : Marc 9.11-13]

(2.18.4)
Au chapitre XVII, verset 13, de saint Matthieu, il est dit : ¬ę Alors les disciples comprirent que c'√©tait de Jean-Baptiste qu'il leur avait √©t√© parl√©. ¬Ľ Ils demand√®rent : ¬ę Jean-Baptiste, es-tu Elie ? ¬Ľ Il r√©pondit: ¬ę Non ¬Ľ; bien qu'il soit dit dans l'Evangile que Jean-Baptiste √©tait l'Elie promis, et que le Christ √©galement l'ait dit clairement. Donc, si Jean √©tait Elie, pourquoi le nia-t-il et s'il ne l'√©tait pas, comment le Christ l'affirma-t-il ? [voir : Matthieu 17.12-13]

(2.18.5)
C'est que, dans ce cas, il ne faut pas considérer la personne, mais bien la réalité des perfections; c'est-à-dire que ces perfections, qui se rencontraient dans Elie, existaient de la même façon chez Jean-Baptiste.

(2.18.6)
Donc, Jean-Baptiste était l'Elie promis : dans ce cas, on ne doit pas regarder l'essence, mais bien les qualités.

(2.18.7)
Ainsi, l'an dernier, il y avait une fleur; cette année aussi cette fleur est venue; moi je dis que la fleur de l'an dernier est revenue. Je ne veux pas dire que cette même fleur, dans sa propre individualité, soit exactement revenue; mais comme cette fleur possède les qualités de celle de l'an dernier, qu'elle a le même parfum, la même délicatesse, la même couleur, la même forme, on dit que la fleur de l'an dernier est revenue, et que celle-ci est celle-là.

(2.18.8)
Quand le printemps arrive, on dit que le printemps de l'an dernier _ revient; car ce qui se trouvait au printemps dernier existe encore √† celui-ci. C'est pour cela que le Christ disait : ¬ę Tout ce qui est arriv√© au temps des proph√®tes ant√©rieurs, vous le verrez. ¬Ľ [voir : Matthieu 24.37]

(2.18.9)
Donnons une autre explication : la graine de l'an dernier a √©t√© sem√©e : des branches et des feuilles ont pouss√©, des fleurs et des fruits sont apparus et tout cela aboutit encore √† la graine. Lorsqu'on s√®mera cette seconde graine, un arbre viendra, et de nouveau ces feuilles, ces fleurs, ces branches, ces fruits reviendront et un nouvel arbre appara√ģtra. Comme nous retrouvons cette ann√©e la graine de l'an pass√©, nous disons que la premi√®re graine est aussi la seconde et que la graine est revenue. Si nous consid√©rons la mati√®re de l'arbre, la mati√®re est diff√©rente; mais si nous consid√©rons les fleurs, les feuilles, les fruits, c'est le m√™me parfum, le m√™me go√Ľt, la m√™me douceur. Donc ces perfections de l'arbre sont revenues une seconde fois.

(2.18.10)
De même, si nous regardons la personne [nota : la personne désigne le prophète], c'est une autre personne : mais si nous considérons les qualités et les perfections, les mêmes perfections et qualités sont revenues.

(2.18.11)
Donc quand le Christ disait : ¬ę C'est Elie ¬Ľ, cela voulait dire : cet homme est l'apparition de la bont√©, des perfections, du caract√®re, des qualit√©s et des vertus d'Elie. Et Jean-Baptiste pouvait dire : ¬ę Je ne suis pas Elie. ¬Ľ Le Christ regardait les qualit√©s, les perfections, le caract√®re, les vertus de tous les deux, tandis que Jean consid√©rait son √™tre physique et sa personnalit√©. [voir : Jean 1.19-21]

(2.18.12)
C'est comme ce flambeau qui était là hier soir : il éclaire aussi ce soir, et demain soir, de même, il brillera. Nous disons que le flambeau de ce soir est la même lumière que celle d'hier soir, et qu'elle est revenue. Il s'agit de la lumière, non de l'huile, de la mèche, ou du chandelier.

(2.18.13)
Et cette explication se trouve d√©velopp√©e et d√©taill√©e dans le Livre de ta Certitude. [voir : ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 21, 160, 162, 168, 170, 171, 179; voir ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 2.18.1 et 2.18.13 et 5.8.46 - CLE: RETOUR des messagers de Dieu]


2.19. La confession de Pierre

(2.19.1)
Question. - Dans l'Evangile de saint Matthieu, le Christ dit √† Pierre : ¬ę Tu es Pierre et sur cette pierre je b√Ętirai mon √©glise. ¬Ľ R√©ponse. - Cette parole du Christ est une confirmation de celle de Pierre. Lorsque le Christ avait demand√© : ¬ę Qui pensez-vous que je suis ? ¬Ľ, il avait dit : ¬ę Je pense que tu es le Fils du Dieu vivant. ¬Ľ A quoi le Christ lui avait r√©pondu : ¬ę Et toi, tu es Pierre (car C√©phas en syro-chalda√Įque veut dire pierre), et sur cette pierre je b√Ętirai mon Eglise. ¬Ľ Les autres, au contraire, avaient r√©pondu au Christ qu'il √©tait Elie, d'autres Jean-Baptiste, d'autres J√©r√©mie ou l'un des proph√®tes. [nota : Pierre, comme on le sait, s'appelait Simon, et J√©sus lui avait donn√© le nom de C√©phas qui signifie pierre] [voir : Matthieu 16.15-16 ; ¬ę S√©lection des √©crits d'Abdu'l-Bah√° ¬Ľ 141.5]

(2.19.2)
Le Christ voulait, par une m√©taphore ou une image, confirmer la phrase de Pierre. C'est pourquoi, comme son nom signifiait une pierre, il dit : ¬ę Tu es une pierre, et sur toi je b√Ętirai mon Eglise. ¬Ľ C'est-√†-dire, ta croyance que le Christ est le Fils du Dieu vivant sera le fondement de la religion de Dieu; et, sur cette croyance, le fondement de l'Eglise de Dieu, c'est-√†-dire de la loi de Dieu, sera √©tabli. [voir : Matthieu 16.15-16 ; ¬ę S√©lection des √©crits d'Abdu'l-Bah√° ¬Ľ 141.5]

(2.19.3)
Quant à l'existence de la tombe de saint Pierre dans Rome, elle est douteuse; elle n'est rien moins qu'authentique: on prétend qu'elle est à Antioche.

(2.19.4)
D'ailleurs, comparons les actes de certains papes avec la religion du Christ. Le Christ, affam√© et sans abri, se nourrissait d'herbes dans la campagne, et redoutait de blesser m√™me les sentiments de qui que ce f√Ľt. Les papes s'assoient dans des carrosses dor√©s et passent leur temps dans la splendeur la plus grande, au milieu des plaisirs et d'un luxe tels que les rois n'ont jamais connu des richesses et une v√©n√©ration pareilles.

(2.19.5)
Le Christ n'a blessé personne : il y a des papes qui ont fait tuer bien des innocents. Consultez l'histoire. Que de sang les papes ont versé pour conserver le pouvoir temporel! Pour des différences d'opinion, ils ont arrêté, emprisonné, tué des milliers de serviteurs de l'humanité, des savants qui avaient découvert les mystères des créatures. Combien ils ont apporté d'entraves à la découverte de la vérité!

(2.19.6)
Considérez les instructions du Christ, et étudiez les moeurs et les coutumes des papes! Voyez : peut-on trouver la moindre ressemblance entre les instructions du Christ et les manières de gouverner des papes ? Nous n'aimons pas à critiquer, mais les pages de l'histoire du Vatican sont vraiment surprenantes! Je veux dire que les instructions du Christ et les manières de gouverner des papes sont deux choses différentes qui ne cadrent nullement entre elles.

(2.19.7)
Voyez combien on a tu√© de protestants, tous sur l'ordre des papes; √† combien d'injustices et de cruaut√©s ils ont donn√© libre cours; combien de ch√Ętiments et de tortures ils ont ordonn√©s. Peut-on respirer dans ces actions le moindre des doux parfums du Christ? Non, par Dieu ! ces gens-l√† n'ont pas suivi le Christ; tandis que sainte Barbe, dont vous voyez ici l'image, elle, a suivi le Christ; elle a march√© sur ses traces, et a mis en vigueur ses instructions.

(2.19.8)
Cela n'emp√™che pas qu'il y' eut parmi les papes des √Ęmes saintes qui ont suivi les traces du Christ, surtout dans les premiers si√®cles de l'√®re chr√©tienne, alors que les biens temporels manquaient, et que les √©preuves divines √©taient plus p√©nibles. Mais lorsque les biens du pouvoir leur appartinrent, et qu'ils eurent la gloire et la fortune temporelles, les papes, dans leurs proc√©d√©s de gouvernement, oubli√®rent compl√®tement le Christ : ils s'occup√®rent du pouvoir, de la gloire, du repos et des richesses temporelles. Ils se mirent √† tuer, √† faire obstacle √† la propagation des connaissances et √† tourmenter les savants : la lumi√®re de la science s'√©teignit, et ils donn√®rent l'ordre de massacrer et de piller. Des milliers de savants et d'hommes instruits innocents furent assassin√©s dans les prisons de Rome!

(2.19.9)
Avec toutes ces moeurs et ces actions, comment peut-on accepter le vicariat du Christ ? Le Saint-Siège a constamment fait obstacle à la science; si bien qu'en Europe on admet que la religion est l'adversaire de la science, et que la science détruit les fondements de la religion.

(2.19.10)
Alors que, au contraire, la religion de Dieu est la promulgatrice de la vérité, la fondatrice de la science et de la connaissance, qu'elle est pleine d'affection pour les savants, qu'elle est la civilisatrice de l'humanité, qu'elle a découvert les mystères des créatures et projeté la lumière sur les horizons. Comment, dans de telles conditions, serait-elle l'adversaire de la science ?

(2.19.11)
J'en demande pardon à Dieu! Pour Dieu, la science est la plus belle des qualités de l'homme, et la plus noble de ses perfections.

(2.19.12)
S'opposer à la science, c'est faire acte d'ignorant, et celui qui déteste la science et les connaissances n'est pas un homme, mais un animal sans intelligence; car la science c'est la lumière, la vie, la félicité, la perfection, la beauté, et le moyen d'approcher le seuil de l'unité; c'est l'honneur et la vertu de l'humanité, et la plus grande faveur de Dieu! La science, c'est le salut, et l'ignorance la perte sans recours.

(2.19.13)
Heureux ceux qui passent leurs jours à acquérir les sciences, a découvrir les mystères des créatures et à pénétrer les détails de la vérité; et malheur à ceux qui se résignent dans l'ignorance et la bêtise, dont le coeur se contente de la contrefaçon, qui sont tombés aux derniers degrés de l'ignorance et de la bêtise, et qui ont perdu leur vie!


2.20. La prédestination

(2.20.1)
Question. - Comme la connaissance divine s'applique aux actes d'un individu, et qu'ils sont arrêtés sur la tablette du destin, est-il possible de s'y opposer ? Réponse. - La connaissance d'une chose n'est pas la cause de sa réalisation : en effet la connaissance essentielle de Dieu s'étend de la même façon à la réalité des choses, avant comme après leur existence, et elle ne devient pas la cause de leur existence. C'est une des perfections divines.

(2.20.2)
Ces proph√©ties qui, gr√Ęce √† la r√©v√©lation divine, ont annonc√© par la bouche des proph√®tes la venue du Promis de la Bible n'ont pas √©t√© la cause de la venue du Christ.

(2.20.3)
Pour les prophètes, les mystères cachés du futur ont été révélés, et ils ont eu connaissance des événements de l'avenir qu'ils ont annoncés. Cette connaissance et cette annonciation n'ont pas été la cause de la venue et de la réalisation de ces événements.

(2.20.4)
Ainsi, ce soir, chacun sait que dans sept heures le soleil se lèvera; mais cette connaissance universelle ne cause pas l'apparition et le lever du soleil.

(2.20.5)
Par conséquent, la connaissance de Dieu dans le domaine des contingences n'équivaut pas à la production de la forme de ces contingences; au contraire, cette connaissance est affranchie des divisions du passé, du présent et de l'avenir : elle est l'apparition même des choses et non pas la cause de leur apparition.

(2.20.6)
De même, la fixation et la mention d'une chose dans les Ecritures saintes ne deviennent pas la cause de sa réalisation.

(2.20.7)
Les prophètes, par la révélation divine, ont appris que telle chose doit arriver; par exemple, par la révélation divine, ils ont appris que le Christ serait martyrisé, et ils l'ont annoncé. Est-ce que leur savoir et leur connaissance furent la cause du martyre du Christ ? Non, cette connaissance correspond à leur état de perfection, et n'est pas la cause de la réalisation du martyre.

(2.20.8)
Les mathématiciens, par les calculs astronomiques, savent qu'une éclipse de lune ou de soleil va se produire. Certes cette découverte n'est pas la cause de l'éclipse. Ceci est une analogie, non une image.


3. Sur les pouvoirs et la condition des manifestations de Dieu

3.1. Les cinq aspects de l'esprit

(3.1.1)
Sachez que, d'une fa√ßon g√©n√©rale, l'esprit se pr√©sente sous cinq aspects diff√©rents. Premi√®rement l'esprit v√©g√©tal : c'est le pouvoir qui r√©sulte de l'arrangement des √©l√©ments et m√©lange des substances, par l'ordre du Tr√®s-Haut, de leur influence les uns sur les autres et de leurs relations r√©ciproques. [voir : ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.3.8 et 4.19.1]

(3.1.2)
Quand ces substances et ces √©l√©ments sont s√©par√©s les uns des autres, le pouvoir de croissance est aussi d√©truit. De m√™me, l'√©lectricit√© est produite gr√Ęce √† la combinaison de quelques √©l√©ments et, par la seule dissociation de ces substances, la force √©lectrique est d√©truite et perdue. Tel est l'esprit v√©g√©tal.

(3.1.3)
Ensuite vient l'esprit animal qui, lui aussi, tient au mélange des éléments composants; mais cette composition est plus parfaite.

(3.1.4)
Par le d√©cret du Tout-Puissant, un m√©lange parfait est obtenu : c'est l'esprit animal dont les caract√©ristiques sont les sens, lesquels font conna√ģtre la r√©alit√© des choses sensibles par la vue, l'ou√Įe, l'odorat et le toucher, Cet esprit aussi, apr√®s la dissociation et la s√©paration des substances composantes, dispara√ģt naturellement.

(3.1.5)
C'est comme cette lampe que vous voyez : lorsque l'huile, la m√®che et le feu se trouvent r√©unis, la lumi√®re est obtenue; mais quand l'huile est finie, quand la m√®che est br√Ľl√©e et que ces substances sont dissoci√©es, la lumi√®re aussi est d√©truite et perdue.

(3.1.6)
Quant à l'esprit humain, on peut le comparer à l'effet, sur un miroir, de la bonté du soleil.

(3.1.7)
Le corps de l'homme, 'qui est aussi un composé d'éléments, est combiné et mélangé dans la forme la plus accomplie : c'est l'établissement le plus solide, la combinaison la plus noble, l'existence la plus parfaite. Il se développe et pousse par l'esprit animal.

(3.1.8)
Ce corps parfait est comparable √† un miroir, et l'esprit de l'homme au soleil. Si le miroir se brise, la bont√© du soleil n'en subsiste pas moins; si le miroir est d√©truit ou dispara√ģt, cela ne change rien √† la bont√© du soleil, lequel dure toujours.

(3.1.9)
C'est cet esprit qui fait les d√©couvertes : il s'√©tend sur tout ce qui existe; tous ces signes nouveaux, ces arts, ces d√©couvertes, ces inventions glorieuses, ces √©v√©nements importants de l'histoire que vous connaissez, c'est √† lui que tout cela est d√Ľ.

(3.1.10)
Du monde de l'invisible et du cach√©, il le conduit, par la force spirituelle, √† la condition de visibilit√©. Ainsi l'homme est sur terre, il ait une d√©couverte dans le ciel; des r√©alit√©s connues, c'est-√†-dire des choses qu'il conna√ģt, il d√©couvre les choses inconnues.

(3.1.11)
Par exemple, il est dans cette partie du monde; cependant, gr√Ęce √† son intelligence, comme Christophe Colomb, il d√©couvre l'autre partie, l'Am√©rique, qui √©tait inconnue et ignor√©e.

(3.1.12)
Le corps est pesant, mais √† l'aide d'un appareil qu'il d√©couvre, il vole dans l'air. Il se meut lentement, mais gr√Ęce √† des v√©hicules qu'il invente, il traverse avec la plus grande rapidit√© l'est et l'ouest. Bref, ce pouvoir s'applique √† tout ce qui existe.

(3.1.13)
Mais cet esprit humain a deux aspects, il est ou divin ou satanique; ou bien il est capable de la plus grande perfection, ou bien il est capable de la plus grande imperfection.

(3.1.14)
S'il acquiert des vertus, l'homme devient la plus noble des contingences, mais s'il acquiert des vices, il sera la plus vile des créatures.

(3.1.15)
Le quatrième degré de l'esprit, c'est l'esprit céleste : c'est l'esprit de foi et la bonté de Dieu. Il vient des souffles du Saint-Esprit et, par le pouvoir divin, il est la cause de la vie éternelle.

(3.1.16)
C'est ce pouvoir qui rend céleste l'homme terrestre et parfait l'homme imparfait. Il rend pur celui qui est impur, éloquent celui qui est muet; il purifie et sanctifie celui qui est prisonnier des passions charnelles; il rend savant l'ignorant.

(3.1.17)
Le cinquième esprit est le Saint-Esprit. C'est l'intermédiaire entre Dieu et la créature. C'est comme un miroir placé devant le soleil.

(3.1.18)
De même qu'un saint miroir extrait la lumière du soleil et en transmet à d'autres la bonté, de même le Saint-Esprit est l'intermédiaire des lumières sacrées qui viennent du Soleil de Réalité, et qu'il fait parvenir aux saintes réalités. [nota : les saintes réalités sont les Manifestations (messagers) de Dieu]

(3.1.19)
Il est orné de toutes les perfections divines. Chaque fois qu'il se manifeste, le monde est renouvelé, un cycle nouveau est fondé; le corps de l'humanité revêt une nouvelle parure.

(3.1.20)
On peut le comparer au printemps; chaque fois qu'il arrive, le monde passe d'un √©tat √† un autre. A la venue de la saison printani√®re, la terre noire, les champs et les d√©serts se transforment en prairies et en p√Ęturages; toutes sortes de fleurs et d'herbes odorantes poussent; les arbres renaissent, les fruits nouveaux apparaissent, un nouveau cycle est fond√©.

(3.1.21)
Et l'on peut dire que chaque fois que le Saint-Esprit appara√ģt, le monde humain est renouvel√© et qu'un nouvel esprit lui parvient : l'existence rev√™t une parure de valeur; les t√©n√®bres de l'ignorance sont dissip√©es et les lumi√®res du savoir brillent.

(3.1.22)
C'est par ce pouvoir que le Christ a renouvel√© son cycle, que le c√©leste printemps, avec la fra√ģcheur et la douceur les plus exquises, a plant√© sa tente dans le monde de l'homme, et que les brises vivifiantes ont parfum√© l'odorat de ceux qui √©taient √©clair√©s.

(3.1.23)
C'est ainsi que la manifestation de Bahá'u'lláh fut comme une saison nouvelle, apparaissant avec les brises saintes, avec l'armée de la vie éternelle, et avec le pouvoir divin.

(3.1.24)
Il √©tablit le tr√īne de son royaume divin au centre du monde; et, par le Saint-Esprit, il fit revivre les hommes et institua un cycle nouveau.


3.2. La Divinité ne peut être connue que par l'intermédiaire des manifestations de Dieu

(3.2.1)
Question. - Quelle est la nature de la réalité de la Divinité et de ses rapports avec les aurores et les orients divins ? Réponse. - Sachez que la réalité de la Divinité, la substance de l'Essence d'Unité, est pure sainteté et absolue sanctification, c'est-à-dire qu'elle est au-dessus et au-delà de toute louange. [nota : la foi bahá’íe n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et si elle se sert d'une terminologie passée dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la portée symbolique]


(3.2.2)
L'ensemble des attributs suprêmes du degré des choses existantes n'est, pour ce degré suprême, que pure imagination : c'est une chose invisible, inaccessible, incompréhensible, une essence absolument indescriptible; car l'Essence divine contient les choses, et tous les êtres sont contenus. Et certes, le contenant est plus grand que le contenu, et le contenu ne peut comprendre le contenant ni en saisir la réalité.

(3.2.3)
Les intelligences auront beau progresser et parvenir au plus haut degré de la compréhension, elles n'arriveront jamais plus loin qu'à voir les signes et les attributs de la Divinité dans le monde de la création, et non dans le monde de Dieu.

(3.2.4)
En effet, l'essence et les attributs du Seigneur de l'Unit√© sont dans les hauteurs de la saintet√© et, pour les intelligences et les compr√©hensions, il n'y a pas de chemin qui m√®ne √† ce degr√© supr√™me : ¬ę Le chemin est ferm√©, et la recherche est interdite ¬Ľ. [nota : Hadith c√©l√®bre: ¬ę Le chemin est ferm√©, et la recherche est interdite ¬Ľ]

(3.2.5)
Il est clair que l'intelligence humaine est une qualit√© de l'√™tre humain, et que l'homme est un signe de Dieu; comment la qualit√© d'un signe peut-elle comprendre celui qui ait na√ģtre le signe ? C'est-√†-dire comment l'intelligence, qui est une qualit√© de l'homme, peut-elle parvenir √† Dieu?

(3.2.6)
C'est pourquoi la réalité de la Divinité est cachée à toutes les compréhensions et voilée pour les intelligences de tous les hommes. Il est absolument impossible d'atteindre ce degré.

(3.2.7)
Nous voyons que tout ce qui est inférieur est impuissant à comprendre la réalité de ce qui est supérieur. Ainsi la pierre, la terre, l'arbre auront beau s'élever, ils ne peuvent comprendre la réalité de l'homme ni imaginer les facultés visuelle, auditive, ou les autres sens, bien que tout cela soit des choses créées.

(3.2.8)
Donc l'homme, qui est créé, comment pourrait-il parvenir à la réalité de la pure essence du Créateur ? Ce degré est inaccessible à l'intelligence : aucune explication ne permet de le concevoir; et nul pouvoir n'en peut indiquer l'accès.

(3.2.9)
Qu'est-ce qu'un grain de poussière peut avoir à faire avec le pur univers, et quel rapport y a-t-il entre l'intelligence limitée et le monde infini?

(3.2.10)
L'intelligence est impuissante √† comprendre Dieu, et les √Ęmes sont troubl√©es s'il s'agit de l'expliquer. ¬ę Les yeux ne peuvent le voir, mais Lui, Il voit les yeux; et Il est l'Omniscient, l'Inform√© ¬Ľ. [voir : Coran 6.103]

(3.2.11)
Par conséquent, toute mention et toute explication de ce plan d'existence sont forcément défectueuses, tout éloge et toute description sont insuffisants, toute conception est vaine, et tout approfondissement de la question est futile.

(3.2.12)
Mais pour cette Essence des essences, cette Vérité des vérités, ce Mystère des mystères, il y a dans le monde de l'existence des reflets, des aurores, des apparitions, des resplendissements.

(3.2.13)
Les levers de ces aurores, le lieu de ces reflets, le th√©√Ętre de ces apparitions sont les saints orients, les r√©alit√©s universelles, et les existences divines, qui sont les vrais miroirs de la sainte Essence de Dieu. [nota : la sainte Essence de Dieu est le proph√®te]

(3.2.14)
Toutes les perfections, les bienfaits, les splendeurs, qui viennent de Dieu, sont visibles et évidents dans la réalité des saintes manifestations, comme le soleil, qui resplendit avec toutes ses perfections et ses bienfaits dans un miroir poli et clair.

(3.2.15)
Si l'on dit que les miroirs sont les manifestations du soleil et les aurores de l'astre levant, cela ne signifie pas que le soleil soit descendu des hauteurs de sa sainteté, et qu'il se soit incorporé dans ce miroir; ni que la vérité illimitée se soit bornée à ce lieu d'apparition.

(3.2.16)
Dieu me pardonne ! C'est la théorie des partisans de l'anthropomorphisme. Non : toutes les qualités, les attributs, les descriptions se rapportent aux saintes manifestations; c'est-à-dire que toutes les qualités, les descriptions, les noms, les attributs que nous mentionnons se rapportent à ces manifestations de Dieu; et en vérité personne n'est parvenu jusqu'à la réalité de l'Essence de la Divinité pour pouvoir la décrire, l'expliquer, la louer ou la glorifier.

(3.2.17)
Donc tout ce que l'homme sait, trouve, comprend, des noms, des attributs et des perfections, se rapporte √† ces saintes manifestations [nota : les saintes manifestations de Dieu]. Il n'y a pas moyen de faire autrement : ¬ę Le chemin est ferm√©, la recherche est interdite ! ¬Ľ [nota : Hadith c√©l√®bre: ¬ę Le chemin est ferm√©, et la recherche est interdite ¬Ľ]

(3.2.18)
Pourtant, nous expliquons les noms et les attributs de la R√©alit√© divine, et nous la glorifions en lui attribuant la vue, l'ou√Įe, la puissance, la vie, le savoir.

(3.2.19)
Nous affirmons ces noms et attributs, non pas pour affirmer les perfections de Dieu, mais pour nier ses imperfections.

(3.2.20)
Quand nous regardons le monde contingent, nous voyons que l'ignorance est imparfaite et la science parfaite; aussi disons-nous de l'Essence sainte de Dieu qu'elle est savante. L'impuissance est une imperfection, la puissance une perfection; nous disons de l'Essence sainte de Dieu qu'elle est puissante.

(3.2.21)
Ce n'est pas que nous puissions comprendre, telles qu'elles sont, sa science, sa vue, son ou√Įe, sa puissance ou sa vie; c'est au-dessus de notre compr√©hension.

(3.2.22)
Car les noms et attributs essentiels de Dieu sont absolument identiques √† son Essence, qui est au-dessus de toute compr√©hension. S'il en √©tait autrement, la multiplicit√© des √©ternels [nota : la multiplicit√© des Dieu] serait n√©cessaire, et il y aurait aussi une diff√©rence entre l'essence et les attributs; et comme un Eternel est n√©cessaire, l'encha√ģnement des √©ternels deviendrait infini, ce qui est une erreur √©vidente.

(3.2.23)
Donc, toutes ces qualités, ces noms, ces descriptions, ces éloges s'appliquent aux lieux d'apparition; et tout ce que nous imaginons et supposons en dehors d'eux n'est que pure fantaisie, car nous n'avons pas de chemin qui mène à l'Invisible inaccessible.

(3.2.24)
C'est pour cela qu'il est dit [nota : Hadith c√©l√®bre]: ¬ę Tout ce que vous avez distingu√© par l'illusion de votre imagination dans vos subtiles images mentales n'est qu'une cr√©ation comme vous-m√™mes et se rapporte √† vous. ¬Ľ

(3.2.25)
Il est clair que, si nous voulons imaginer la Réalité divine, cette imagination est contenue, et nous sommes le contenant; et certes le contenant est plus grand que le contenu. Ce qui prouve évidemment que, si nous imaginons une réalité divine en dehors des saintes manifestations, c'est pure fantaisie; car il n'y a pas de chemin vers la Réalité divine; laquelle est interdite à notre imagination; et ce qui vient à notre imagination est de la fantaisie.

(3.2.26)
Aussi, remarquez que tous les peuples du monde tournent autour du pouvoir des fantaisies [nota : ceux qui adorent les conceptions de leur fantaisie, allusion à la pérégrination autour de la Kaaba à La Mecque, qui est, pour les musulmans, l'acte d'adoration par excellence] et sont les esclaves des idoles des pensées et des imaginations. Ils ne le savent pas; ils prennent leurs fantaisies pour la réalité qui est au-dessus de la compréhension et de la description.

(3.2.27)
Ils se regardent comme les peuples de l'unit√©, et ils regardent les autres comme des idol√Ętres. Et cependant les idoles ont au moins l'existence min√©rale, tandis que les idoles de pens√©es et des imaginations de l'homme ne sont que des fantaisies : elles n'ont m√™me pas l'existence min√©rale. ¬ę Et prenez exemple, √ī possesseurs de perception! ¬Ľ

(3.2.28)
Sachez aussi que les attributs de perfection, les splendeurs de la bonté divine, les lumières' de l'inspiration sont visibles et évidentes chez toutes les manifestations sacrées;

(3.2.29)
mais le glorieux Verbe de Dieu, le Christ et le Plus-Grand Nom, Bahá'u'lláh, sont des manifestations et des évidences qui dépassent l'imagination, Car ils possédaient toutes les perfections des manifestations antérieures, et, en plus de cela, ils possédaient des perfections qui faisaient que les autres manifestations dépendaient d'eux.

(3.2.30)
Ainsi, tous les proph√®tes d'Isra√ęl furent des lieux de r√©v√©lation : le Christ aussi re√ßut la r√©v√©lation; mais quelle diff√©rence entre celle du Christ et l'inspiration d'Esa√Įe, de J√©r√©mie, d'Elie!

(3.2.31)
Remarquez que la lumière est l'expression des vibrations de la matière éthérée; les nerfs de l'oeil sont influencés par ces vibrations et la vue se produit.

(3.2.32)
Cette lampe luit à cause des vibrations de la matière éthérée, absolument comme le soleil; mais quelle différence entre la lumière du soleil et celle des étoiles et de la lampe!

(3.2.33)
L'esprit de l'homme se manifeste et appara√ģt dans l'√©tat de l'embryon, de m√™me dans celui de l'enfance, et il √©clate et resplendit d'une fa√ßon parfaite dans celui de l'√Ęge m√Ľr.

(3.2.34)
L'esprit est un, mais dans l'√©tat embryonnaire il lui manque l'ou√Įe, la vue; tandis que, dans l'√©tat de maturit√© et de perfection, il appara√ģt, resplendit et √©clate au plus haut degr√©.

(3.2.35)
De même, la graine commence par donner des feuilles et devient le lieu de manifestations de l'esprit de croissance; et dans l'état de fruit, elle manifeste ce même esprit, c'est-à-dire la force végétale dans sa perfection dernière. Mais quelle différence entre la condition de la feuille et celle du fruit (car le fruit peut donner cent mille feuilles), bien que tous deux croissent et se développent par le même esprit végétal !

(3.2.36)
Consid√©rez la diff√©rence entre les vertus et les perfections du Christ, les splendeurs et l'√©clat de Bah√°'u'll√°h, et les vertus des proph√®tes d'Isra√ęl, comme Ez√©chiel ou Samuel. Ils √©taient tous des manifestations de la r√©v√©lation, mais il y a entre eux une diff√©rence infinie!


3.3. Les trois états des manifestations de Dieu

(3.3.1)
Sachez que, bien qu'elles aient les conditions des perfections infinies, cependant les manifestations sacr√©es, d'une fa√ßon g√©n√©rale, ont trois √©tats diff√©rents. Premi√®rement, l'√©tat physique, deuxi√®mement, l'√©tat humain ou √©tat de l'√Ęme dou√©e de raison, troisi√®mement, l'√©tat d'apparition divine et de splendeur c√©leste.

(3.3.2)
L'état physique est contingent car c'est la composition des éléments; et nécessairement chaque composition est soumise à la décomposition, inévitablement.

(3.3.3)
Le second √©tat est celui de l'√Ęme dou√©e de raison, qui est la r√©alit√© de l'homme. Celui-ci aussi est contingent et, √† ce point de vue, les manifestations sacr√©es partagent le sort de toute l'humanit√©.

(3.3.4)
Sachez que, bien que l'√Ęme humaine existe sur la terre depuis des temps et des √Ęges innombrables, elle est pourtant nouvelle [nota : l'√Ęme est nouvelle √† la naissance]. Mais comme elle est un signe divin, une fois que son existence a commenc√©, elle continue.

(3.3.5)
L'esprit de l'homme a un commencement, mais il n'a pas de fin : il continue éternellement.

(3.3.6)
De m√™me, les esp√®ces existant sur la terre sont r√©centes; car il est √©tabli qu'il fut un temps o√Ļ, sur toute la surface de la terre, ces esp√®ces n'existaient pas. Bien plus, la terre elle-m√™me n'existait pas. Mais il y avait le monde, qui n'est pas limit√© √† la terre.

(3.3.7)
Je veux donc dire que, bien que l'√Ęme humaine soit nouvelle, elle est pourtant durable, √©ternelle, perp√©tuelle.

(3.3.8)
En comparaison avec l'homme, les autres √™tres [nota : les autres √™tres sont les min√©raux, les v√©g√©taux et animaux] sont dans le monde de l'imperfection; et l'homme est dans le monde de la perfection en comparaison avec les autres √™tres. Les choses imparfaites, en arrivant au degr√© de perfection, deviennent √©ternelles. C'est un exemple que nous vous donnons, comprenez-en la signification. [nota : Il faut voir dans ces lignes une illustration de la diff√©rence entre l'esprit chez l'homme et ses autres formes moins parfaites (min√©ral, v√©g√©tal, animal). Ce n'est que lorsqu'il se rencontre chez l'homme que l'esprit, qui manifeste la force de croissance dans le r√®gne v√©g√©tal, et les facult√©s des sens dans le r√®gne animal, manifeste aussi l‚Äôimmortalit√©] [voir : ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.1.1 et 4.19.1]

(3.3.9)
Le troisième état est celui de l'apparition divine et de la splendeur céleste; c'est le Verbe de Dieu, la bonté éternelle, le Saint-Esprit. Cet état n'a ni commencement ni fin, car ces choses appartiennent au monde des contingences et non au monde divin.

(3.3.10)
Pour Dieu, le commencement est la m√™me chose que la fin, et la fin la m√™me chose que le commencement. Ainsi, la division en jours, en semaines, en mois, en ann√©es, hier, aujourd'hui, tout cela appartient √† la terre; mais dans le soleil, on ne le conna√ģt pas : il n'y a ni hier ni aujourd'hui, ni demain, ni mois, ni ann√©es. Tout est √©gal.

(3.3.11)
De même, le Verbe de Dieu est affranchi de toutes ces conditions et il est exempt des comptes, des limites et des lois du monde contingent.

(3.3.12)
Donc, la réalité d'un prophète, qui est le Verbe de Dieu et l'apparition de la perfection, n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin. Son lever, comme celui du soleil, est tout autre.

(3.3.13)
Par exemple, son aurore, dans le signe du Christ, eut lieu avec la splendeur et l'éclat les plus grands : et elle est éternelle et immortelle.

(3.3.14)
Voyez combien de rois conquérants sont venus, combien de vizirs et d'émirs, puissants organisateurs; tous ont disparu; tandis que les brises du Christ soufflent comme toujours, que ses lumières brillent encore, que sa mélodie résonne encore, que son étendard est toujours élevé, que ses armées combattent toujours, que sa voix divine est toujours mélodieuse, que ses nuages répandent les pluies bienfaisantes, que ses éclairs scintillent, que son éclat est brillant et lumineux et que sa splendeur est éclatante et radieuse! Il en est de même de ceux qui sont sous son ombre et brillent de sa lumière.

(3.3.15)
Il est donc clair que les manifestations poss√®dent trois √©tats : l‚Äô√©tat physique, l'√©tat de l'√Ęme dou√©e de raison et l'√©tat d'apparition divine et de splendeur c√©leste.

(3.3.16)
L'√©tat corporel, certes, est appel√© √† se d√©composer. Quant √† l'√©tat de l'√Ęme dou√©e de raison, bien qu'il commence, il ne finit pas : il est dou√© de vie √©ternelle. Mais la sainte r√©alit√© que le Christ d√©signe en disant : ¬ę Le P√®re est dans le Fils ¬Ľ, n'a ni commencement ni fin. [voir : Jean 14.13]

(3.3.17)
Lorsqu'on parle de commencement, il s'agit de l'√©tat o√Ļ les manifestations se r√©v√®lent et, symboliquement, on compare le silence au sommeil. Un homme est endormi, puis, lorsqu'il se met √† parler, c'est comme s'il se r√©veillait. Cet homme endormi, une fois r√©veill√©, est toujours le m√™me individu. Il n'y a aucune diff√©rence dans son √©tat, son √©l√©vation, sa gloire, sa r√©alit√©, sa nature. L'√©tat du silence se compare au sommeil, et celui de la manifestation au r√©veil. L'homme qui dort ou qui veille est le m√™me : le sommeil est un de ses √©tats et la veille en est un autre. On compare la p√©riode du silence au sommeil, et la manifestation et la direction √† la veille.

(3.3.18)
Dans l'Evangile, il est √©crit : ¬ę Au commencement √©tait le Verbe, et le Verbe √©tait avec Dieu. ¬Ľ Il est donc clair et √©vident que le Christ n'est pas parvenu √† l'√©tat de Messie et √† ses perfections seulement au moment de l'ablution du bapt√™me, quand le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, est descendu sur lui. Non, le Verbe de Dieu, de toute √©ternit√©, a √©t√© et sera dans les sublimit√©s de la sanctification. [voir : Jean 1.1]


3.4. L'être humain et l'être spirituel chez les manifestations de Dieu

(3.4.1)
Nous avons dit que, chez les manifestations, il y avait trois √©tats. Premi√®rement, la r√©alit√© physique, qui d√©pend de ce corps; deuxi√®mement, l'individualit√©, c'est-√†-dire l'√Ęme dou√©e de raison; troisi√®mement, l'apparition divine, qui est l'ensemble des perfections divines et la cause de la vie dans le monde, de l'√©ducation des hommes, de la direction des cr√©atures et de la lumi√®re du monde contingent.

(3.4.2)
L'√©tat physique est l'√©tat humain, qui est sujet √† dispara√ģtre car il est d√Ľ √† la composition des √©l√©ments, et tout ce qui est compos√© d'√©l√©ments doit n√©cessairement √™tre d√©compos√© et dispers√©.

(3.4.3)
Quant à l'individualité des manifestations de Dieu, c'est une réalité sacrée et, pour cette raison, elle est pure; et en ce qui concerne sa nature et sa qualité, elle est supérieure à toute autre chose.

(3.4.4)
C'est ainsi que le soleil, par sa propre nature, crée la lumière et ne peut même pas être comparé à la lune. De même, les éléments qui composent le globe solaire ne peuvent être comparés à ceux qui composent la lune. Les éléments et la composition de celui-là produisent nécessairement de la lumière; tandis que les éléments et la composition de celle-ci n'en produisent pas mais ont besoin d'en recevoir.

(3.4.5)
Ainsi, les autres réalités humaines sont des êtres qui, comme la lune, ont besoin des lumières du soleil. Tandis que les saintes réalités sont par elles-mêmes lumineuses.

(3.4.6)
Le troisième état de l'être prophétique est la bonté divine, la splendeur de la beauté éternelle et l'éclat des lumières du Tout-Puissant.

(3.4.7)
L'individualité réelle des manifestations sacrées n'est séparée en rien de la bonté divine et de la splendeur céleste; de même, le globe solaire ne se sépare pas de la lumière solaire.

(3.4.8)
Aussi, peut-on dire que l'ascension des manifestations sacrées est simplement l'abandon de cette forme élémentaire. Par exemple, si une lampe illumine cette niche et que sa lumière cesse de l'éclairer parce que la niche est détruite, le bienfait de la lampe n'est pas interrompu pour cela.

(3.4.9)
Bref, chez les manifestations sacr√©es, la bont√© √©ternelle est comme la lampe; l'individualit√© tient lieu de verre, et le corps humain est comme la niche : si la niche est d√©truite, la lampe continue √† br√Ľler.

(3.4.10)
Les manifestations divines sont autant de miroirs différents, au point de vue de leur individualité spéciale; mais ce qui se reflète dans ces miroirs, c'est un seul et unique soleil.

(3.4.11)
Il est clair que la personnalit√© du Christ √©tait autre que celle de Mo√Įse. De plus, il est certain que, d√®s le d√©but, les manifestations sacr√©es connaissent le secret de l'existence et que, d√®s l'enfance, elles produisent clairement les signes de leur grandeur; comment alors, avec toutes ces bont√©s et ces perfections, n'auraient-elles pas le savoir ?

(3.4.12)
Nous avons parlé de trois états pour les manifestations sacrées : l'état physique, la réelle individualité et le centre d'apparition de la perfection; de même il y a le soleil, sa chaleur et sa lumière.

(3.4.13)
Les autres individus aussi ont trois √©tats, l'√©tat physique, celui de l'√Ęme dou√©e de raison, la relation de l'Esprit avec l'intelligence. [nota : les individus ont trois √©tats, l'√©tat physique, celui de l'√Ęme dou√©e de raison, la relation de l'Esprit avec l'intelligence]

(3.4.14)
Donc, dans les cas o√Ļ il est dit : ¬ę J'√©tais endormi; les brises divines ont pass√© sur moi et je me suis √©veill√© ¬Ľ, c'est comme lorsque le Christ disait : ¬ę Le corps est triste et l'esprit est heureux ¬Ľ; ou encore lorsqu'on dit : ¬ę J'ai des ennuis, je suis tranquille, je suis troubl√©, etc., ¬Ľ Tout cela se rapporte √† l'√©tat physique et n'a rien √† aire ni avec l'individualit√© ni avec l'√©tat de manifestation de la R√©alit√© divine. [voir : ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.4.14 et 3.4.17 et 4.13.15 - ¬ę J'√©tais endormi les brises divines ont pass√© sur moi et je me suis √©veill√© ¬Ľ]

(3.4.15)
Ainsi, voyez combien de milliers de vicissitudes peuvent survenir au corps humain sans que l’esprit n’en soit aucunement affecté. Il se peut même que certains membres du corps soient complètement perdus, mais l'essence de l'intelligence n'en subsiste pas moins et demeure.

(3.4.16)
Il peut arriver cent mille accidents à un vêtement sans que celui qui le porte ne soit aucunement en péril.

(3.4.17)
Ce que dit Bah√°'u'll√°h : ¬ę J'√©tais endormi, le souffle a pass√© sur moi et m'a r√©veill√© ¬Ľ, se rapporte au corps. [voir : ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.4.14 et 3.4.17 et 4.13.15 - ¬ę J'√©tais endormi les brises divines ont pass√© sur moi et je me suis √©veill√© ¬Ľ]

(3.4.18)
Dans le monde de Dieu, il n'y a ni pass√©, ni futur, ni pr√©sent : tout est un. Ainsi quand le Christ dit : ¬ę Au commencement √©tait le Verbe ¬Ľ, c'est-√†-dire il √©tait, il est et il sera; car dans le monde de Dieu, il n'y a pas de temps. [voir : Jean 1.1]

(3.4.19)
Le temps ne se rapporte qu'√† la cr√©ature, non √† Dieu. Par exemple, dans sa pri√®re, le Christ dit : ¬ę Que ton nom soit sanctifi√© ¬Ľ. [voir : Matthieu 6.9]

(3.4.20)
Cela veut dire; ton nom a été, est, et sera sanctifié. Le matin, le midi, le soir se rapportent à cette terre, mais dans le soleil, d n'y a ni matin, ni midi, ni soir !


3.5. Le savoir des manifestations de Dieu

(3.5.1)
Question. - Parmi les pouvoirs que poss√®dent les manifestations se trouve le savoir; par quoi est-il limit√© ? R√©ponse. - Il y a deux sortes de savoir : le savoir qu'on tire de soi, et le savoir qu'on tire du monde ext√©rieur, c'est-√†-dire le savoir d'intuition et le savoir de perception. [nota : Dans ces derniers entretiens, Abdu‚Äôl-Bah√° cherche plut√īt √† concilier dans une ex√©g√®se nouvelle les proph√©ties apocalyptiques des juifs, des chr√©tiens et des musulmans, qu'√† mettre en √©vidence leur caract√®re surnaturel. Voir le chapitre sur les pouvoirs des proph√®tes]

(3.5.2)
La connaissance que, g√©n√©ralement, les hommes ont de toutes choses, est le r√©sultat de la r√©flexion ou de l'exp√©rience; c'est-√†-dire que, ou bien par l'intelligence on imagine une chose, ou bien, l'ayant vue, une image s'en forme dans le miroir de l'√Ęme. Le cercle de ce savoir est extr√™mement limit√© car il d√©pend de l'effort et de l'√©tude.

(3.5.3)
Mais la seconde sorte de savoir, qui est celui qu'on tire de soi, le savoir d'intuition, est comme la connaissance et la conscience que l'homme a de lui-même.

(3.5.4)
Par exemple, l'intelligence de l'homme et l'esprit de l'homme ont conscience des différentes conditions et façons d'être des membres et des parties composantes de son corps, et sont au courant de toutes les sensations physiques; en même temps, ils connaissent leurs forces, leurs sensations et leurs conditions spirituelles.

(3.5.5)
C'est par le savoir tir√© de soi que l'homme r√©alise et comprend les choses; car l'esprit enveloppe le corps et conna√ģt ses sensations et ses forces. Ce savoir ne d√©pend pas de l'effort et de l'√©tude; c'est une chose qui existe, une pure faveur.

(3.5.6)
Comme les saintes réalités, les manifestations universelles de Dieu enveloppent l'essence et les qualités des créatures, contiennent et dépassent les réalités existantes et comprennent toutes choses, leur savoir est le savoir divin et non pas un savoir acquis. C'est une sainte bénédiction et une faculté divine.

(3.5.7)
Nous citerons un exemple sp√©cial pour l'intelligence de cette question. L'homme est l'√™tre le plus noble de la terre; il comprend les r√®gnes animal, v√©g√©tal, min√©ral; c'est-√†-dire que ces conditions sont contenues en lui, de fa√ßon qu'il est le possesseur de ces √©tats; il conna√ģt leurs myst√®res et les secrets de leur existence. C'est un exemple, non une analogie.

(3.5.8)
Bref, les manifestations universelles de Dieu sont au courant de la réalité secrète des choses;

(3.5.9)
aussi établissent-elles des lois convenables et adaptées à l'état de l'humanité; car la religion est le lien essentiel dépendant de la réalité des choses. La manifestation, c'est-à-dire le saint législateur, si elle n'était pas informée de la réalité des créatures, ne comprendrait pas le lien essentiel qui en dépend; elle ne serait pas capable d'établir une religion conforme aux choses et qui convienne aux conditions de l'existence.

(3.5.10)
Les prophètes de Dieu, les manifestations universelles sont des médecins habiles; et le monde des contingences est comme le corps de l'homme : les lois de Dieu sont le remède et le traitement.

(3.5.11)
Le m√©decin, par cons√©quent, doit conna√ģtre chaque membre et chaque partie, il doit √™tre au courant de la nature et de la sant√© du malade, pour lui donner, contre un poison violent, un rem√®de qui lui fasse du bien. En r√©alit√©, le docteur d√©duit de la maladie elle-m√™me le traitement qui convient au malade, car il diagnostique la maladie, puis il prescrit le traitement de ce mal chronique.

(3.5.12)
Jusqu'à ce que la maladie soit diagnostiquée, comment prescrire le remède et le traitement? Il faut que le médecin connaisse à fond la nature, les membres, les organes, la santé du malade, qu'il soit au courant de toutes les maladies et de tous les remèdes afin de prescrire celui qui convient.

(3.5.13)
La religion est donc le lien nécessaire qui dépend de la réalité des choses; et comme les manifestations universelles de Dieu sont au courant des mystères des créatures, elles connaissent ce lien essentiel, et elles établissent cette loi de Dieu.


3.6. Les cycles universels

(3.6.1)
Question. - Comment expliquer réellement les cycles qui se produisent dans le monde de l'existence ? Réponse. - Chacun des corps lumineux de ce firmament sans limites a un cycle de révolution de durée différente, chacun se meut dans sa propre orbite et une fois encore commence un nouveau cycle. [nota : les cycles prophétiques]

(3.6.2)
Ainsi la terre, tous les trois cent soixante-cinq jours, cinq heures, quarante-huit minutes et une fraction, accomplit une révolution : et alors commence un nouveau cycle, c'est-à-dire que le premier cycle est encore renouvelé.

(3.6.3)
De même pour tout l'univers, qu'il s'agisse des cieux ou des hommes, il y a des cycles de grandes événements, de faits et d'incidents importants.

(3.6.4)
Lorsqu'un cycle se termine un nouveau cycle commence, et l'ancien, en raison des grands événements qui ont lieu, est complètement oublié et aucune trace ou mention n'en restera.

(3.6.5)
Comme vous le voyez, nous n'avons aucun souvenir d'il y a vingt mille ans, bien que nous ayons prouvé précédemment par argument que la vie sur cette terre est très ancienne.

(3.6.6)
Elle n'a pas cent mille, ou deux cent mille, ou un million ou deux millions d'années, elle est très ancienne, et les anciennes mentions et traces sont entièrement effacées.

(3.6.7)
De même chacune des manifestations divines a un cycle, et pendant ce cycle ses lois et commandements prévalent et ont cours. Lorsque son cycle est achevé par l'apparition d'une nouvelle manifestation, un nouveau cycle commence.

(3.6.8)
Ainsi les cycles commencent, s'achèvent et sont renouvelés, jusqu'à ce qu'un cycle universel soit achevé dans le monde, lorsque des événements importants et de grands incidents ont lieu, effaçant entièrement toute trace et toute mention du passé; alors un nouveau cycle universel commence dans le monde, car cet univers n'a pas de commencement.

(3.6.9)
Nous avons montré précédemment des preuves et évidences relatives à ce sujet; il n'est pas utile de les répéter.

(3.6.10)
En bref, nous disons qu'un cycle universel dans le monde de l'existence signifie un long laps de temps et des périodes et époques innombrables et incalculables.

(3.6.11)
Dans un tel cycle, les manifestations apparaissent avec splendeur dans le royaume du visible, jusqu'à ce qu'une grande manifestation universelle fasse du monde le centre de son éclat. Son apparition permet au monde d'atteindre sa maturité, et l'étendue de son cycle est très grande.

(3.6.12)
D'autres manifestations se lèveront ensuite sous son ombre et, selon les besoins du temps, renouvelleront certains commandements ayant trait aux questions et affaires matérielles, tout en restant sous son ombre.

(3.6.13)
Nous sommes dans le cycle qui a commencé avec Adam, et sa manifestation universelle est Bahá'u'lláh.


3.7. Les pouvoirs des manifestations de Dieu et la limite de leur influence

(3.7.1)
Question. - Quel est le degr√© de la puissance et des perfections des tr√īnes de v√©rit√©, les manifestations divines, et quelle est la limite de leur influence ?

(3.7.2)
Réponse. - Considérez le monde de l'existence, c'est-à-dire les choses matérielles. Le système solaire est ténébreux et obscur, et au milieu de ce système se trouve le soleil, centre des lumières; toutes les planètes de ce système évoluent autour de sa force et sont illuminées par ses bienfaits. Le soleil est cause de vie et de lumière, ainsi que de croissance et de développement pour l'ensemble des créatures de son système.

(3.7.3)
Sans ces bienfaits, aucun être vivant n'existerait dans ce monde; tout serait sombre et anéanti. Il est donc évident et clair que le soleil est le centre des lumières et la cause de la vie des êtres du système solaire.

(3.7.4)
De la m√™me fa√ßon, les manifestations sacr√©es de Dieu sont le centre des lumi√®res de la v√©rit√©, et la source des myst√®res et des bienfaits de l'amour; elles brillent sur le monde des coeurs et des pens√©es, et elles distribuent les bienfaits √©ternels au monde des √Ęmes; elles donnent la vie spirituelle et resplendissent des lumi√®res des r√©alit√©s et des significations.

(3.7.5)
Tout l'√©clat du monde des pens√©es vient de ce centre lumineux et de cette source myst√©rieuse. Sans le bienfait de la splendeur et de l'√©ducation de ces √™tres saints, le monde des √Ęmes et des pens√©es ne serait que t√©n√®bres sur t√©n√®bres; et sans les instructions irr√©futables de ces sources myst√©rieuses, le monde humain serait la lice des app√©tits et des moeurs des animaux, l'existence de toute chose serait fictive, et il n'y aurait pas de v√©ritable vie. Voil√† pourquoi dans l'Evangile il est dit : ¬ę Au commencement √©tait le Verbe ¬Ľ : c'est-√†-dire qu'il a √©t√© la cause de toute vie. [voir : Jean 1.1]

(3.7.6)
Maintenant, consid√©rez l'influence du soleil sur les √™tres terrestres : quel profit et quel r√©sultat ne tirent-ils pas clairement et √©videmment de son approche ou de son √©loignement, de son lever ou de son coucher! Tant√īt c'est l'automne, tant√īt c'est le printemps, tant√īt l'√©t√© ou l'hiver. Lorsqu'il passe la ligne de l'√©quateur, le printemps vivifiant resplendit; lorsqu'il arrive au z√©nith, les fruits parviennent au degr√© de perfection, les graines et les plantes donnent leurs produits et les cr√©atures de la terre croissent et atteignent leur d√©veloppement achev√©.

(3.7.7)
Pareillement, lorsque la manifestation sacr√©e de Dieu, qui est le soleil du monde de sa cr√©ation, resplendit sur les √Ęmes, les pens√©es et les coeurs, alors le printemps spirituel arrive, une vie nouvelle appara√ģt, la puissance du printemps merveilleux devient visible, et des bienfaits extraordinaires sont constat√©s.

(3.7.8)
De même que vous l'avez remarqué, lors de l'apparition de chaque manifestation de Dieu, des progrès considérables sont constatés dans le monde de l'intelligence, de la pensée, de l'esprit. Entre autres, dans ce siècle divin, voyez quel développement a atteint le monde de l'intelligence et de la pensée : et ce n'est que le commencement de l'aurore, Avant peu, on verra que ces bienfaits nouveaux et ces enseignements divins illumineront ce monde obscur et transformeront ces tristes contrées en un paradis suprême!

(3.7.9)
Et si nous voulions expliquer les signes et les bienfaits de chacune des manifestations sacrées, cela prendrait très longtemps. Pensez-y et réfléchissez-y vous-même, et vous comprendrez cette question.


3.8. Les deux sortes de prophètes

(3.8.1)
Question. - D'une façon générale, combien y a-t-il de sortes de prophètes ? Réponse. - D'une façon générale, il y a deux sortes de prophètes. Les uns sont des prophètes indépendants auxquels on obéit; les autres ne sont pas indépendants, eux-mêmes sont des disciples. [nota : Les Manifestations divines sont les grands éducateurs, les prophètes indépendants, fondateurs de religions]

(3.8.2)
Les prophètes indépendants apportent une loi et fondent un cycle nouveau; par leur apparition, le monde revêt une nouvelle robe d'honneur, et la religion reçoit de nouvelles fondations; un livre nouveau est révélé; et sans intermédiaire, ils manifestent la bonté de la Réalité divine elle-même.

(3.8.3)
Leur spiritualité est une spiritualité essentielle comme celle du soleil qui est lumineux par lui-même, et dont la lumière est une nécessité essentielle qui ne lui vient pas d'un autre astre.

(3.8.4)
Ces orients du matin de l'unité sont les sources de la bonté et les miroirs de l'Essence de Vérité.

(3.8.5)
Les autres prophètes sont des disciples et des promoteurs. Ils ne sont pas indépendants; ce sont des branches qui manifestent la bonté des prophètes indépendants et ils reçoivent la lumière de direction du prophète universel, de même que la lune, non éclairante ni lumineuse par elle-même, reçoit la lumière du soleil.

(3.8.6)
Ces manifestations de la proph√©tie universelle qui sont apparues avec ind√©pendance sont, par exemple, Abraham, Mo√Įse, le Christ, Muhammad, le Bab, Bah√°'u'll√°h. Quant aux autres, qui sont eux-m√™mes des disciples et des promoteurs, ils sont comme Salomon, David, Esa√Įe, J√©r√©mie, Ez√©chiel.

(3.8.7)
Car les proph√®tes ind√©pendants √©taient des fondateurs; ils ont √©tabli une nouvelle religion et ont donn√© aux √Ęmes une vie nouvelle; ils ont chang√© la mentalit√© g√©n√©rale, ils ont r√©pandu des coutumes et des r√®gles nouvelles, renouvel√© le cycle et la religion. Leur apparition ressemble √† celle du printemps qui rev√™t d'une nouvelle parure tous les √™tres de la terre et leur donne une nouvelle vie.

(3.8.8)
Quant √† la seconde sorte de proph√®tes, les disciples, ils r√©pandent simplement la loi existante, font conna√ģtre la religion de Dieu et proclament sa parole. Ce n'est pas d'eux-m√™mes qu'ils tirent le pouvoir et la force, mais ils les re√ßoivent des proph√®tes ind√©pendants.

(3.8.9)
Question. - Bouddha et Confucius, à quelle catégorie appartenaient-ils? Réponse. - Bouddha aussi a établi une nouvelle religion, et Confucius a renouvelé les moeurs et les mentalités antiques.

(3.8.10)
Mais les fondations qu'ils avaient établies se sont entièrement effondrées. Les bouddhistes et les confucianistes ne sont aucunement restés fermes et inébranlables dans les croyances et les rites de l'origine.

(3.8.11)
Le fondateur de cette religion [nota : le fondateur de cette religion est Bouddha] √©tait une √Ęme merveilleuse, il √©tablit les principes de l'unit√© divine; mais par la suite, lorsque sa doctrine se r√©pandit, les principes originels disparurent compl√®tement, des pratiques et des coutumes d'ignorance prirent cours, et l'on en vint √† l'adoration des statues et des images.

(3.8.12)
Or, remarquez également que le Christ a renouvelé à maintes reprises l'ordre de suivre les dix commandements de la Bible, et qu'il a confirmé leur importance.

(3.8.13)
Parmi les dix commandements, il en est un qui dit : ¬ę N'adorez pas des statues et des images. ¬Ľ Or, aujourd'hui, dans bien des √©glises chr√©tiennes, il y a des statues et des images. [voir : Deut√©ronome 5.8]

(3.8.14)
Il est donc clair es évident que la religion de Dieu ne subsiste pas dans ses principes originels au milieu des peuples, et qu'en se répandant elle change et se modifie jusqu'à ce qu'elle soit entièrement détruite et anéantie.

(3.8.15)
Alors une nouvelle manifestation para√ģt, et une religion nouvelle est fond√©e. Si la premi√®re ne se modifiait pas et ne changeait pas, le besoin d'une seconde ne se ferait pas sentir.

(3.8.16)
Au commencement, cet arbre √©tait dans toute sa beaut√©, il √©tait plein de fleurs et de fruits; mais en devenant vieux et ancien, il est devenu tout √† fait st√©rile, il se dess√®che et pourrit. C'est pour cela que le Jardinier de V√©rit√© plante √† nouveau un arbrisseau incomparable, de la m√™me race et de la m√™me famille que le vieil arbre, et le jeune arbre cro√ģt et se d√©veloppe de jour en jour, r√©pand une ombre √©tendue dans le jardin divin et donne des fruits excellents.

(3.8.17)
De m√™me les religions, dans la suite des jours, s'√©cartent de leurs principes fondamentaux; la v√©rit√© de la religion de Dieu dispara√ģt compl√®tement, l'esprit en est perdu; les h√©r√©sies font leur apparition et c'est un corps sans √Ęme. Voil√† pourquoi elles changent.

(3.8.18)
J'en reviens à dire que les confucianistes et les bouddhistes adorent aujourd'hui des statues et des images. Ils ont complètement oublié l'unité divine; ils croient en des dieux imaginaires, comme les anciens Grecs. Mais au commencement il n'en était pas ainsi; c'étaient d'autres principes, d'autres moeurs.

(3.8.19)
Voyez également combien les principes de la religion du Christ sont oubliés, et combien d'hérésies sont venues! Ainsi le Christ a interdit les conquêtes guerrières et la vengeance; Il a ordonné la bonté et la bienveillance, en réponse à la violence et au mal. Voyez cependant, chez les chrétiens eux-mêmes, combien il y a eu de guerres sanguinaires, combien d'injustices, de cruautés, de rapacité, de sang répandu ! Beaucoup de ces guerres furent même ordonnées par les papes!

(3.8.20)
Il est donc clair et évident que, dans la suite des temps, les religions changent et se modifient entièrement. Aussi sont-elles renouvelées.


3.9. Les reproches adressés aux prophètes dans les saintes Ecritures

(3.9.1)
Question. - Dans les livres saints, il y a certaines paroles de menace, comme un reproche à l'adresse des prophètes. A qui ce reproche est-il adressé et à propos de quoi ?

(3.9.2)
Réponse. - Toute parole divine qui prend la forme d'un reproche, bien qu'en apparence elle soit adressée au prophète.

(3.9.3)
s'applique en r√©alit√© au peuple. La raison de cela n'est autre que la cl√©mence; afin que le peuple ne se d√©sesp√®re pas et ne perde pas confiance, la parole para√ģt adress√©e au proph√®te. Donc, bien qu'en apparence elle soit pour le proph√®te, en r√©alit√© elle est pour le peuple, et non pour le proph√®te. D'ailleurs, le roi tout-puissant et ind√©pendant d'un pays est l'expression de tout ce pays; ce qu'il dit est la parole de tous, chaque pacte qu'il fait est le pacte de tous, car le d√©sir et la volont√© de tous ses sujets sont les siens propres. De m√™me, chaque proph√®te est l'expression de tout le peuple; aussi, le pacte et la parole que Dieu lui adresse sont le pacte et la parole adress√©s √† tous.

(3.9.4)
Généralement, la parole de menace et le reproche sont un peu violents pour le peuple, et ils deviendraient la cause de l'humiliation des coeurs. Aussi la sagesse parfaite exige-t-elle ce procédé.

(3.9.5)
Il ressort de la Bible elle-m√™me que les Isra√©lites, s'√©tant r√©volt√©s, dirent √† Mo√Įse : ¬ę Nous ne pouvons pas combattre les Amal√©cites qui sont puissants, forts et courageux. ¬Ľ Dieu fit des reproches √† Mo√Įse et √† Aaron, alors que Mo√Įse √©tait dans la soumission la plus grande, et non en r√©volte. [voir : ¬ę Samuel 1 ¬Ľ 15.18 et 15.24]

(3.9.6)
Et certes, un aussi grand personnage, par qui la bonté divine et la religion se répandaient, doit nécessairement obéir aux commandements de Dieu.

(3.9.7)
Ces √Ęmes saintes sont comme les feuilles d'un arbre, qui sont mises en mouvement par le souffle du vent et non par leur propre d√©sir, car elles sont attir√©es par les brises de l'amour de Dieu; leur volont√© est enti√®rement soumise, leur parole est la parole de Dieu, leurs commandements sont les commandements de Dieu, leurs interdictions, les interdictions de Dieu.

(3.9.8)
Comme ce verre dont la lumière vient de la lampe (bien qu'en apparence la lumière semble émaner du verre, en vérité elle brille de la lampe), il en est de même pour les prophètes de Dieu, les lieux de la manifestation, dont le mouvement ou le repos dépendent de l'inspiration divine, et non des passions humaines.

(3.9.9)
Autrement, comment les prophètes seraient-ils dignes de confiance et comment seraient-ils les messagers de Dieu? Comment transmettraient-ils les commandements et les défenses de Dieu ?

(3.9.10)
Donc, chaque fois que dans les livres saints il est fait, à propos des manifestations, mention d'une faute, il s'agit d'un cas de cette nature.

(3.9.11)
Gr√Ęce √† Dieu, vous √™tes venue ici, et vous avez rencontr√© les serviteurs de Dieu! Avez-vous senti en eux autre chose que le parfum du contentement de Dieu ? Non certes!

(3.9.12)
Avec vos propres yeux vous avez vu combien, nuit et jour, ils travaillent et ils luttent, qu'ils n'ont d'autre but que la proclamation de la parole de Dieu, l'éducation des hommes, l'amélioration des masses, les progrès spirituels, la promulgation de la paix universelle, la bonne volonté pour toute l'humanité, la bienveillance envers tous les peuples, qu'ils ne veulent que se sacrifier pour le bien-être des hommes, se détacher des avantages matériels, se dévouer aux vertus de l'humanité!

(3.9.13)
Mais revenons √† notre sujet. Par exemple, dans la Bible, au livre d'Esa√Įe, chapitre XLVIII, verset 12, il est dit: ¬ę √ī Jacob, et √ī Isra√ęl, mon appel√©, √©coute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. ¬Ľ Il est √©vident que cela ne veut pas dire Jacob qui √©tait Isra√ęl, mais les Isra√©lites. De m√™me au livre d'Esa√Įe, chapitre XLIII, verset I, il est dit : ¬ę Mais maintenant, c'est Dieu qui t'a cr√©√©, √ī Jacob, et qui t'a form√©, √ī Isra√ęl, qui dit : ne crains rien, car je t'ai rachet√©; je t'ai appel√© par ton nom, tu es donc mien. ¬Ľ [voir : ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.9.13 et 4.13.16 et 5.7.11 ; ¬ę Les sept vall√©es ¬Ľ 1.35 et 1.64 ; voir aussi Apocalypse 1.8 ; Esa√Įe 43.1 et 48.12 ; Coran 57.3 - CLE: LE PREMIER LE DERNIER, ALPHA ET OMEGA - Selon la bible: ¬ę √ī Jacob, et √ī Isra√ęl, mon appel√©, √©coute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. ¬Ľ et selon J√©sus: ¬ę Je suis l'Alpha et l'Om√©ga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. ¬Ľ et selon Muhammad: ¬ę C'est Lui le Premier et le Dernier ¬Ľ]

(3.9.14)
De plus, dans les Nombres, chapitre XX, verset 23, il est dit : ¬ę Dieu ayant parl√© √† Mo√Įse et √† Aaron vers la montagne de Hor, pr√®s des fronti√®res du pays d'Edom, dit : Aaron sera recueilli aupr√®s de son peuple, parce que vous avez transgress√© mon commandement aux eaux de contestation; donc il n'entrera pas dans le pays que j'ai donn√© aux enfants d'Isra√ęl. ¬Ľ Et au verset 13, il est dit : ¬ę Ce sont les eaux de contestation, l'endroit o√Ļ les enfants d'Isra√ęl se r√©volt√®rent contre Dieu, et il se sanctifia au milieu d'eux. ¬Ľ [voir : Nombres 20.13 et 20.23-24]

(3.9.15)
Voyez : les Isra√©lites se r√©volt√®rent, mais en apparence le reproche fut pour Aaron et Mo√Įse. De m√™me au chapitre III, verset 26, du Deut√©ronome, il est dit : ¬ę Dieu √©tait en col√®re contre moi √† cause de vous; il ne m'exau√ßa pas et dit : cela te suffit, ne me parle plus de cette affaire. ¬Ľ [voir : Deut√©ronome 3.26]

(3.9.16)
Or, ce discours et ce reproche, en v√©rit√©, s'adressaient au peuple d'Isra√ęl qui, pour s'√™tre r√©volt√© contre les commandements de Dieu, fut retenu longtemps captif dans le d√©sert aride, de l'autre c√īt√© du Jourdain, jusqu'au temps de Josu√© (sur lui le salut !). Ce discours et ce reproche paraissaient √™tre pour Mo√Įse et Aaron, mais en r√©alit√© ils √©taient pour le peuple d'Isra√ęl.

(3.9.17)
De m√™me dans le Qur'an, il est dit √† Muhammad : ¬ę Certes, nous t'avons accord√© une victoire √©vidente, afin que Dieu te pardonne tes p√©ch√©s pass√©s et pr√©sents ¬Ľ. Ces paroles, bien qu'en apparence adress√©es √† Muhammad, √©taient pour tout le peuple. [voir : Coran 48.1-2]

(3.9.18)
Et c'était, comme nous l'avons vu plus haut, un effet de la sagesse parfaite de Dieu, afin que les coeurs ne fussent pas troublés, anxieux ni tourmentés.

(3.9.19)
Combien de fois il arrive que les proph√®tes de Dieu et les manifestations universelles, dans leurs pri√®res, confessent leurs fautes et leurs p√©ch√©s! Ce n'est qu'un enseignement pour les autres hommes, et un avertissement et un encouragement √† la soumission et √† la confession des fautes et des p√©ch√©s. Autrement, ces √Ęmes saintes sont pures de toute faute et affranchies de l'erreur.

(3.9.20)
Dans l'Evangile, il est √©crit que quelqu'un vint trouver le Christ et l'appela ¬ę bon ma√ģtre ¬Ľ. Le Christ r√©pondit : ¬ę Pourquoi m'appelles-tu bon ? car un seul est bon, et c'est Dieu. ¬Ľ Cela ne voulait pas dire (Dieu soit mon refuge!) que le Christ √©tait un criminel; c'√©tait un enseignement de soumission, d'humilit√©, de modestie et de simplicit√©, pour celui √† qui il parlait. [voir : Luc 18.18-19]

(3.9.21)
Ces êtres saints sont des lumières : la lumière ne s'unit pas aux ténèbres; ils sont la vie : la vie et la mort ne se confondent pas; ils sont la direction : la direction et l'erreur ne vont pas ensemble; ils sont l'obéissance réelle : l'obéissance et l'opposition ne se confondent pas.

(3.9.22)
En r√©sum√©, les parole' sous forme de reproches qu'on trouve dans les Ecritures saintes, bien qu'elles semblent destin√©es aux proph√®tes, c'est-√†-dire aux manifestations de Dieu, en r√©alit√© sont destin√©es au peuple. Et si vous examinez attentivement les Ecritures saintes cela vous para√ģtra clair et √©vident.


3.10. Il n'y a point d'associé dans Son Infaillibilité suprême

(3.10.1)
Il est dit dans le verset sacr√© : ¬ę Il n'y a point, pour Celui qui est l'Orient de la R√©v√©lation [nota : L'Orient de la R√©v√©lation est la Manifestation (messager) de Dieu], d'associ√© dans Son Infaillibilit√© supr√™me. Il est, en v√©rit√©, l'interpr√®te de "Dieu fait ce qu'Il veut" dans le royaume de la cr√©ation. Certes, le Tout-Puissant s'est r√©serv√© exclusivement cette station et n'a donn√© √† nul autre une part dans cette distinction hautement exalt√©e ¬Ľ. [nota : Kitab-i-Aqdas, le Tr√®s-Saint Livre. C'est le principal ouvrage de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h; il contient la plupart des commandements. Il constitue la base des principes de la foi bah√°‚Äô√≠e][voir : Kit√°b-i-Aqdas 1.47]

(3.10.2)
Sachez qu'il y a deux sortes d'infaillibilité : l'infaillibilité essentielle et l'infaillibilité acquise. Il y a de même le savoir essentiel et le savoir acquis; et il en est ainsi des autres noms et attributs.

(3.10.3)
L'infaillibilité essentielle est particulière à la manifestation suprême, car c'est pour elle une nécessité essentielle, et une nécessité essentielle est inséparable de la chose elle-même.

(3.10.4)
La lumière est la nécessité essentielle du soleil, et elle en est inséparable. Le savoir est une nécessité essentielle de Dieu, et il est inséparable de Dieu. La puissance est une nécessité essentielle de Dieu, et elle en est inséparable; si on pouvait l'en séparer, ce ne serait plus Dieu.

(3.10.5)
Si l'on pouvait séparer la lumière du soleil, ce ne serait plus le soleil. Donc, si l'on imagine la séparation entre l'infaillibilité suprême et la manifestation suprême, ce n'est plus la manifestation suprême, il lui manque les perfections essentielles.

(3.10.6)
Mais l'infaillibilit√© acquise n'est pas une n√©cessit√© de nature; au contraire, c'est un rayon de la g√©n√©rosit√© de l'infaillibilit√© qui, du Soleil de R√©alit√©, brille sur les coeurs et donne aux √Ęmes une part d'elle-m√™me.

(3.10.7)
Bien que ces √Ęmes n'aient pas l'infaillibilit√© essentielle, elles sont n√©anmoins sous la protection de Dieu, c'est-√†-dire que Dieu les pr√©serve de l'erreur.

(3.10.8)
C'est ainsi que de nombreux saints qui n'√©taient pas des orients de l'infaillibilit√© supr√™me furent n√©anmoins prot√©g√©s et pr√©serv√©s de l'erreur, √† l'ombre de la protection et de la garde de Dieu; car ils √©taient les interm√©diaires de la gr√Ęce entre Dieu et les hommes.

(3.10.9)
Si Dieu ne les avait pas prot√©g√©s de l'erreur, leur erreur aurait fait tomber les croyants dans l'erreur et les fondements de la religion divine eussent √©t√© boulevers√©s, ce qui n'e√Ľt pas √©t√© convenable, ni digne de Dieu.

(3.10.10)
En r√©sum√©, l'infaillibilit√© essentielle appartient express√©ment aux manifestations supr√™mes, et l'infaillibilit√© acquise est accord√©e √† toutes les √Ęmes saintes.

(3.10.11)
Par exemple, la Maison Universelle de Justice, si elle est constituée selon les conditions requises, c'est-à-dire de membres élus parmi tout le peuple, sera sous la direction infaillible et la protection de Dieu. Si cette maison de justice prend une décision sur toute question non mentionnée dans le Livre, que ce soit à l'unanimité ou à la majorité, cette décision et ce commandement seront préservés de l'erreur. [nota : la Maison de Justice (Baytu'l-Adl) est une institution créée par Bahá’u’lláh. Il fait mention de deux échelons de cette institution: les maisons locales de justice, responsables de chaque ville ou village, et la Maison Universelle de Justice. Dans son testament, Abdu’l-Bahá a ajouté un échelon intermédiaire: les maisons secondaires de justice. L'infaillibilité n'a été conférée qu'à la Maison universelle de justice. A l'heure actuelle, pour mettre l'accent sur leurs fonctions purement spirituelles, les maisons de justice locales et secondaires sont désignées sous le nom d'assemblées spirituelles locales et nationales]

(3.10.12)
Cependant, les membres de la maison de justice n'ont pas individuellement l'infaillibilité essentielle; mais le corps de la maison de justice est sous la protection et la direction infaillible de Dieu, c'est ce qu'on appelle l'infaillibilité conférée.

(3.10.13)
Bref, il est dit que l' ¬ę Orient de la R√©v√©lation ¬Ľ est la manifestation de ¬ę Il fait ce qu'Il veut ¬Ľ. Ce rang est particulier √† cet √™tre saint, et les autres √™tres ne partagent pas cette perfection essentielle.

(3.10.14)
C'est-à-dire que, comme les manifestations suprêmes ont assurément l'infaillibilité essentielle, tout ce qui émane d'elles est l'essence de la vérité, et est conforme à la réalité. Elles ne sont pas sous l'ombre des lois précédentes. Tout ce qu'elles disent est la parole de Dieu, tout ce qu'elles font est juste.

(3.10.15)
Nul croyant n'a le droit de critiquer; il doit se soumettre entièrement, car la manifestation s'est levée avec la sagesse suprême. De sorte que tout ce que dit et fait la Manifestation suprême est la sagesse absolue et est conforme à la réalité.

(3.10.16)
Si quelques-uns ne comprennent pas le secret cach√© d'un de ses commandements et d'une de ses actions, ils ne doivent pas s'y opposer, car la Manifestation supr√™me ¬ę fait ce qu'elle veut ¬Ľ.

(3.10.17)
Combien de fois est-il arrivé qu'un individu intelligent, parfait et sage ait accompli une action et que d'autres, incapables d'en comprendre la sagesse, s'y soient opposés, étonnés qu'un pareil sage puisse dire ou faire une telle chose. Cette opposition venait de leur ignorance, tandis que la sagesse du sage est pure et exempte d'erreur.

(3.10.18)
De m√™me, un m√©decin habile, lorsqu'il soigne un malade, ¬ę fait ce qu'il veut ¬Ľ, et le malade n'a pas le droit de s'y opposer. Ce que le m√©decin dit ou fait est bien; chacun doit le consid√©rer comme la manifestation de ¬ę il fait ce qu'il veut et ordonne ce qu'il d√©sire ¬Ľ.

(3.10.19)
Certes, le médecin, dans son traitement, agira contrairement à l'opinion du vulgaire, mais il n'est pas permis a ceux qui n'ont pas l'avantage de la science et de l'art médical de s'y opposer. Non, par Dieu ! Au contraire, chacun doit se soumettre et faire ce que dit le médecin compétent.

(3.10.20)
Donc, le m√©decin comp√©tent ¬ę fait ce qu'il veut ¬Ľ et les malades ne partagent pas ce droit. Il faut d'abord s'assurer de la comp√©tence du m√©decin; mais une fois cette comp√©tence √©tablie, ¬ę il fait ce qu'il veut ¬Ľ.

(3.10.21)
Pareillement, lorsqu'un chef d'arm√©e est pass√© ma√ģtre dans l'art de la guerre, en ce qui concerne ses ordres et ses commandements, ¬ę il fait ce qu'il veut ¬Ľ. Quand un capitaine de vaisseau est pass√© ma√ģtre dans l'art de la navigation, pour ce qu'il dit et commande, ¬ę il fait ce qu'il veut ¬Ľ. Et comme le v√©ritable √©ducateur est l'homme parfait, pour ses paroles et ses ordres, il ¬ę fait ce qu'il veut ¬Ľ.

(3.10.22)
Bref, la signification de ¬ę il fait ce qu'il veut ¬Ľ est la suivante : si la manifestation dit quelque chose, donne un ordre ou accomplit un acte et si les croyants n'en comprennent pas la sagesse, ils ne doivent m√™me pas s'y opposer par une seule pens√©e, cherchant √† savoir pourquoi elle a dit ou fait une telle chose.

(3.10.23)
Quant aux autres êtres, qui sont sous l'ombre des manifestations suprêmes, ils sont soumis aux commandements de la loi de Dieu, et ils ne peuvent s'en écarter, même de l'épaisseur d'un cheveu; ils doivent conformer leurs actes et leurs paroles à la Loi de Dieu. S'ils s'en écartent, ils seront tenus pour responsables et réprimandés en présence de Dieu.

(3.10.24)
Il est certain que ceux-l√† n'ont aucune part dans ¬ę il fait ce qu'il veut ¬Ľ, car cette condition est particuli√®re aux manifestations supr√™mes.

(3.10.25)
Ainsi le Christ (que mon esprit lui soit sacrifi√©!) √©tait la manifestation de ¬ę Il fait ce qu'II veut ¬Ľ; mais les ap√ītres n'avaient aucune part dans cette condition car ils √©taient sous l'ombre du Christ et ne pouvaient s'√©carter de son commandement et de sa volont√©.


4. Sur l'origine, les pouvoir et la condition de l'homme

4.1. Modification des espèces

(4.1.1)
Nous sommes arriv√©s √† la question de la modification des esp√®ces et de l'√©volution organique, c'est-√†-dire au point de savoir si l'homme descend de l'animal. [voir : ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 4.5.1]

(4.1.2)
Cette th√©orie a trouv√© cr√©ance dans les pens√©es de certains philosophes europ√©ens, et il est fort difficile d'en faire comprendre maintenant la fausset√©; mais dans l'avenir elle appara√ģtra clairement et ais√©ment, et les philosophes europ√©ens la saisiront d'eux-m√™mes. Car, en v√©rit√©, c'est une erreur √©vidente.

(4.1.3)
Lorsque l'homme examine attentivement l'univers et pénètre les conditions minutieuses des choses, lorsqu'il voit l'état, l'organisation, la perfection du monde, il se convainc qu'il n'y a pas, dans le monde possible, quelque chose de mieux que ce qui existe.

(4.1.4)
Car tous les êtres existants, célestes ou terrestres, bien plus, tout cet espace sans borne et tout ce qu'il contient ont été, comme il le fallait, créés, composés, organisés, arrangés, perfectionnés : il n'y a pas la moindre imperfection. Au point que, si tous les êtres devenaient l'intelligence même et réfléchissaient pendant l'éternité, il leur serait impossible d'imaginer quelque chose de mieux que ce qui existe.

(4.1.5)
Si, de même, autrefois, la création n'avait pas été aussi parfaite et aussi bien agencée, si elle avait été plus ordinaire, alors l'existence aurait été insignifiante et imparfaite, et en ce cas la création n'aurait pas été complète. Cette question exige l'attention et la réflexion les plus grandes.

(4.1.6)
Par exemple, imaginez que le monde contingent ressemble d'une façon générale au corps humain. Si cette organisation, cet arrangement, cette perfection, cette beauté, ce fini qui existent actuellement dans le corps de l'homme ne s'y trouvaient pas, ce serait l'imperfection même.

(4.1.7)
Or, si nous pensons √† un temps o√Ļ l'homme aurait appartenu au monde animal, o√Ļ il n'aurait √©t√© qu'un simple animal, l'existence aurait √©t√© imparfaite. C'est-√†-dire qu'il n'y aurait pas eu d'homme; et ce membre supr√™me, qui est au corps du monde ce que le cerveau est √† l'homme, aurait manqu√©. Le monde aurait donc √©t√© compl√®tement imparfait.

(4.1.8)
La preuve est ainsi faite que, s'il y avait eu un temps o√Ļ l'homme e√Ľt fait partie du monde animal, la perfection de l'existence e√Ľt √©t√© d√©truite; car l'homme est le membre sup√©rieur de ce monde, et si un corps est priv√© de son membre sup√©rieur, certes c'est un corps imparfait.

(4.1.9)
Nous considérons l'homme comme le membre supérieur car, parmi les créatures, il est la réunion de toutes les perfections existantes.

(4.1.10)
Et quand nous parlons d'homme, il s'agit de l'√™tre parfait, le premier √™tre du monde, qui r√©unit les qualit√©s secr√®tes et apparentes, et qui, parmi les cr√©atures en est comme le soleil. Pouvez-vous imaginer un temps o√Ļ le soleil n'existait pas ? o√Ļ il n'√©tait qu'une √©toile? Certes, dans ce temps-l√†, les relations entre les existences √©taient d√©truites. Comment peut-on imaginer une pareille chose? Si quelqu'un examine le monde, ce que nous venons de dire suffit.

(4.1.11)
Il y a une autre preuve plus subtile : tous ces êtres innombrables qui peuplent le monde, l'homme, l'animal, le végétal, le minéral, quels qu'ils soient, sont chacun des composés d'éléments; et il n'y a pas de doute que cette perfection de tous les êtres provient de ce que Dieu les a créés par une combinaison d'éléments mélangés en proportions déterminées, de la nature de leur constitution ainsi que de l'interaction des autres êtres.

(4.1.12)
Par cons√©quent, tous les √™tres sont li√©s les uns aux autres comme les anneaux d'une cha√ģne; et cette assistance, cette influence r√©ciproques sont de l'essence des choses : elles produisent l'existence, la croissance et le d√©veloppement des cr√©atures.

(4.1.13)
Les preuves et les arguments montrent que chacun de ces êtres, en général, agit et a de l'influence sur les autres, soit directement, soit indirectement.

(4.1.14)
En somme, la perfection de chacune des créatures, c'est-à-dire la perfection que vous rencontrez chez l'homme ou en dehors de lui, en ce qui touche les atomes, les ou les facultés, est due à la composition des éléments, membres à leur mesure et à leur harmonieux équilibre, à leur mode de combinaison, et à l'influence sur l'homme des autres créatures. Lorsque tout cela est réuni, alors l'homme existe.

(4.1.15)
Et comme la perfection de l'homme est entièrement due à la composition des atomes élémentaires, à la mesure de ces éléments, à la règle du mélange, à l'influence et à l'action des différentes créatures les unes sur les autres, donc il y a dix mille ou cent mille ans, comme l'homme fut le résultat de ces mêmes éléments terrestres, d'une pareille mesure et d'un même équilibre, de cette même règle de composition et de mélange, et de la même influence des autres créatures, c'est précisément ce même homme qui a existé. Ceci est clair et ne mérite pas de discussion.

(4.1.16)
Et dans mille millions d'années, si les éléments de cet homme sont réunis, si cette mesure est obtenue et arrangée, si les éléments sont mélangés selon la même règle, et si les effets de la même influence de la part des autres créatures se font sentir, précisément, le même homme existera.

(4.1.17)
De même, si dans cent mille ans on a de l'huile, du feu, une mèche, un luminaire et quelqu'un pour l'allumer, bref, si l'on a tout ce qui, aujourd'hui, est nécessaire, la même lampe précisément sera obtenue.

(4.1.18)
Ceci se passe de preuves, c'est une chose claire. Tandis que les arguments de nos adversaires sont suspects, ils ne se passent pas de preuves.


4.2. Le monde n'a pas eu de commencement. Origine de l'homme

(4.2.1)
Sachez que c'est un des sujets spirituels les plus complexes, à savoir que ce monde, c'est-à-dire cet univers infini, n'a pas eu de commencement.

(4.2.2)
Nous avons déjà expliqué que les noms mêmes et les attributs de la Divinité supposent l'existence des créatures; et, bien que nous soyons entrés dans des détails, nous en reparlerons encore brièvement.

(4.2.3)
Sachez qu'un √©ducateur sans √©l√®ves ne peut se concevoir, un royaume sans sujets ne saurait exister, un ma√ģtre sans disciples n'a pas de raison d'√™tre, un cr√©ateur sans cr√©ation est impossible, un pourvoyeur sans celui qui est pourvu ne s'imagine pas, parce que tous les noms et tous les attributs divins supposent l'existence des √™tres.

(4.2.4)
Si l'on pouvait concevoir un temps o√Ļ aucun des √™tres n'existait, cette conception serait la n√©gation de la divinit√© de Dieu.

(4.2.5)
De plus, la non-existence absolue ne peut devenir l'existence : si les êtres étaient la non-existence pure et simple, la vie n'aurait pas de réalité. Or, comme l'Essence d'Unité, c'est-à-dire l'existence de Dieu est éternelle et immortelle, c'est-à-dire n'a ni commencement ni fin, sans aucun doute ce monde, cet univers infini, n'a pas eu non plus de commencement.

(4.2.6)
Oui, il se peut qu'une des parties des contingences, une des planètes par exemple, soit nouvellement venue au monde ou doive prochainement être annihilée; mais les autres planètes infinies existent.

(4.2.7)
L'univers ne dispara√ģtra pas, ne s'√©teindra pas : au contraire, la vie est √©ternelle et perp√©tuelle.

(4.2.8)
Comme chaque planète a un commencement, forcément elle a une fin, car toute composition, générale ou particulière, appartient nécessairement aux choses qui se décomposent; la seule différence est que les unes se décomposent rapidement et les autres lentement. Autrement, il est impossible qu'une chose composée ne se décompose pas.

(4.2.9)
Nous devons donc conna√ģtre quelle fut l'origine de chacune des existences importantes [nota : l'origine des esp√®ces]. Il n'y a pas de doute qu'au commencement le principe √©tait unique. Il ne pouvait √™tre double, car le principe de tous les nombres est un, et non deux; et deux a besoin d'un principe.

(4.2.10)
Donc il est √©vident qu'√† l'origine la mati√®re est une, et qu'elle est arriv√©e √† une forme sp√©ciale dans chaque √©l√©ment. Ainsi ont √©t√© produites les formes vari√©es; une fois produites, chacune s'est trouv√©e permanente, et les √©l√©ments ont √©t√© sp√©cialis√©s; mais cette confirmation ne fut d√©finitive, n'arriva √† la r√©alisation et √† l'existence parfaite qu'apr√®s un tr√®s long temps. Alors ces √©l√©ments se combin√®rent, s'arrang√®rent, se m√©lang√®rent dans des formes infinies, ou plut√īt, de la combinaison et du m√©lange de ces √©l√©ments, des existences apparurent √† l'infini.

(4.2.11)
Cette composition et cet arrangement, par la sagesse de Dieu et sa puissance préexistante, furent produits par une seule organisation essentielle qui était composée et combinée avec la solidité la plus grande, en conformité avec la sagesse et selon une loi universelle. Il est donc évident que c'est la création de Dieu et non une composition et un arrangement fortuits.

(4.2.12)
Aussi, par cette composition, l'être a pu exister, alors que, par une composition accidentelle, aucun être ne peut exister. Par exemple, si un homme, avec son intelligence et son savoir, assemble des éléments et les compose, comme ce n'est pas l'ordre naturel, il ne créera pas un être vivant.

(4.2.13)
Telle est la réponse à cette question implicite, à savoir que, si l'on se figure ou s'imagine que, puisque les êtres sont faits de la composition et du mélange des éléments, nous n'avons qu'à assembler nous-mêmes ces éléments et à les mélanger pour qu'un être vivant apparaisse, cette supposition est une erreur.

(4.2.14)
Car le principe de cette composition est divin, et c'est Dieu qui fait le mélange; et comme il est fait suivant l'ordre naturel, cette composition produit un être vivant, et la vie se réalise. Une composition faite par l'homme ne produit rien, car l'homme ne peut pas créer.

(4.2.15)
Bref, nous avons dit que, de la composition des éléments, de leur mélange, de leur décomposition, de leur mesure, de leur effet les uns sur les autres, résultaient des formes et des réalités à l'infini, des êtres innombrables.

(4.2.16)
Il est clair que ce globe terrestre, dans son aspect actuel, n'a pas √©t√© cr√©√© tout d'un coup; mais que, degr√© par degr√©, cette existence universelle a travers√© des phases diverses jusqu'√† ce qu'elle resplend√ģt dans cet √©tat de perfection.

(4.2.17)
Et les êtres généraux ressemblent et se comparent aux êtres particuliers, car les uns et les autres sont soumis à un ordre unique, et sont organisés d'après la loi universelle de Dieu.

(4.2.18)
Ainsi, vous verrez que, dans l'ordre universel, les plus petits atomes sont comparables aux êtres les plus grands du monde. Il est clair qu'ils ont été créés dans une seule fabrique puissante, dans un seul ordre naturel, et sous une seule loi générale. Aussi ressemblent-ils les uns aux autres.

(4.2.19)
Ainsi, l'embryon de l'homme, apr√®s avoir cr√Ľ et s'√™tre d√©velopp√© dans la matrice de la m√®re, parvient √† des formes et √† des conditions vari√©es jusqu'√† ce que, dans le degr√© de compl√®te perfection, il arrive √† maturit√© et resplendisse dans une forme parfaite, avec la gr√Ęce la plus grande.

(4.2.20)
De m√™me, la semence de cette fleur que vous voyez √©tait au commencement une chose mis√©rable, toute petite; elle a cr√Ľ et s'est d√©velopp√©e dans le sein de la terre et, apr√®s √™tre parvenue √† des formes vari√©es, elle resplendit dans l'√©tat actuel, au comble de la gr√Ęce et de la beaut√©.

(4.2.21)
De la même façon, il est évident que ce globe terrestre, ayant pris naissance dans le sein de l'univers, s'y étant développé et étant parvenu à des formes et à des conditions variées, est arrivé par degrés à l'état de perfection actuelle, qu'il a été orné de créatures innombrables, et qu'il a ainsi resplendi dans son établissement définitif.

(4.2.22)
Donc il est clair que la mati√®re originelle, que l'on peut comparer au sperme, que ces √©l√©ments combin√©s et m√©lang√©s tout d'abord, que cette organisation qui s'est d√©velopp√©e peu √† peu pendant des √Ęges et des cycles nombreux passant d'une condition et d'une forme √† une autre, sont, √† la fin, parvenus √† cette perfection, √† cette organisation, √† cet arrangement, √† cet √©tablissement, par la sagesse supr√™me de Dieu.

(4.2.23)
Revenons √† notre sujet, √† savoir que l'homme, au commencement de son existence dans le sein de la terre, comme le sperme dans le sein de la m√®re, s'est d√©velopp√© par degr√©s, a pass√© d'une forme √† une autre, d'un √©tat √† un autre jusqu'√† ce qu'il resplend√ģt dans cette perfection et cette beaut√©, dans cette force et ce pouvoir.

(4.2.24)
Il est certain qu'au commencement il n'avait pas cette gr√Ęce, ce charme, cette douceur, et qu'il n'est arriv√© que par degr√©s √† cet √©tat, √† cette disposition, √† cette beaut√© et √† cette finesse. De m√™me, il est indubitable que ce n'est pas en une fois que l'embryon de l'homme, dans le sein de la m√®re, a pris cette forme, et qu'il est devenu la manifestation de ¬ę B√©ni soit Dieu, le meilleur des cr√©ateurs ¬Ľ. Par cons√©quent, peu √† peu, il a pass√© par des √©tats vari√©s et des conditions diff√©rentes, puis il est arriv√© √† cette disposition, √† cette beaut√©, √† cette perfection, √† cette douceur et √† ce charme.

(4.2.25)
Il est donc clair et établi que la croissance et le développement de l'homme sur cette terre, jusqu'à la perfection actuelle, ressemblent à sa croissance et à son développement dans le sein de sa mère : par degrés, et de proche en proche, il passe d'une condition à une autre, d'un état à un autre, d'une forme à une autre. Car c'est l'ordre et la loi universels qui l'exigent.

(4.2.26)
C'est-√†-dire que le sperme de l'homme passe par des √©tats vari√©s, traverse des degr√©s nombreux, jusqu'√† ce qu'il arrive √† la forme de ¬ę B√©ni soit Dieu, le meilleur des cr√©ateurs ¬Ľ, et que les signes de la raison et de la maturit√© apparaissent en lui.

(4.2.27)
De même, l'existence de l'homme sur cette terre, depuis le commencement jusqu'à la condition, la disposition et l'état actuels, a nécessairement duré très longtemps; elle a traversé de nombreux degrés jusqu'à la situation présente. Mais dès le début de son existence, il était une espèce distincte.

(4.2.28)
Pareillement, le sperme de l'homme dans le sein de la m√®re est d'abord dans un √©tat √©trange; puis, ce corps, de composition en composition, d'√©tat en √©tat, de forme en forme, arrive √† appara√ģtre avec la beaut√© et la perfection les plus grandes.

(4.2.29)
Mais, alors même que, dans le sein de la mère, il était dans cette forme étrange, différente de l'aspect et de la disposition actuels, il était le sperme d'une espèce distincte, non un sperme d'animal; son espèce et son essence n'ont jamais changé.

(4.2.30)
Or, en admettant que des traces d'organes disparus existent actuellement, ce n'est pas une preuve de la non-permanence et de la non-originalité de l'espèce; tout au plus cela prouve-t-il que la condition, la disposition, les organes de l'homme ont évolué; mais c'était toujours une espèce distincte : un homme, non un animal.

(4.2.31)
Ainsi, si l'embryon de l'homme dans le sein de la m√®re passe d'un √©tat √† un autre, tel que le second ne ressemble aucunement au premier, est-ce une preuve que l'esp√®ce a chang√©, qu'il √©tait un animal, et que ses organes se sont d√©velopp√©s et ont progress√© jusqu'√† ce qu'il dev√ģnt un homme ? Non, par Dieu !

(4.2.32)
Comme cette pensée et cette idée sont faibles et sans fondement, puisque l'originalité de l'espèce humaine et la constance de l'existence de l'homme sont claires et évidentes!


4.3. Différence entre l'homme et l'animal

(4.3.1)
D√©j√†, une fois ou deux, nous avons parl√© de l'esprit, mais cela n'a pas √©t√© √©crit. [nota : voir ¬ę Diff√©rence entre l'homme et l'animal ¬Ľ. Les deux le√ßons sur l'immortalit√© de l'esprit furent donn√©es par Abdu‚Äôl-Bah√° apr√®s celle sur la diff√©rence entre l'homme et l'animal. Pour la clart√© du sujet nous avons pr√©f√©r√© les classer ici]

(4.3.2)
Sachez que les hommes appartiennent à deux catégories, c'est-à-dire qu'ils constituent deux classes : l'une renie l'esprit, et dit que l'homme aussi est une sorte d'animal; ne voyons-nous pas que l'animal et l'homme partagent les mêmes facultés et les mêmes sens ?

(4.3.3)
Ces éléments simples et isolés, dont l'espace est rempli, se combinent à l'infini, et chacune de ces combinaisons constitue l'une des créatures. Parmi ces créatures, se trouve le possesseur de l'esprit, à qui appartiennent les facultés et les sens. [nota : le possesseur de l'esprit désigne l'homme]

(4.3.4)
Plus la combinaison est parfaite, plus la créature est noble. La combinaison des éléments dans l'homme est plus parfaite que dans tout autre être : le mélange est fait avec le plus complet équilibre, aussi est-il plus noble et plus parfait que les autres êtres.

(4.3.5)
Ce n'est pas, disent ceux qui renient l'esprit, qu'il ait un pouvoir et un esprit particuliers dont les autres animaux seraient priv√©s; les animaux sont des corps sensitifs et l'homme, pour certaines facult√©s, est plus sensitif (bien que, en ce qui concerne les sens externes comme l'ou√Įe, le go√Ľt, l'odorat et le toucher, m√™me en ce qui concerne certaines facult√©s internes comme la m√©moire, l'animal l'emporte sur l'homme).

(4.3.6)
Ils disent que l'animal a de l'intelligence et des facultés de perception; tout ce qu'ils concèdent, c'est que les facultés de l'homme sont plus grandes.

(4.3.7)
Voil√† ce que disent les philosophes de nos jours; telle est leur opinion, tel est le d√©cret de leur imagination! Aussi, avec des arguments et des preuves consid√©rables, ils font remonter l'origine de l'homme √† l'animal. Il fut un temps, disent-ils, o√Ļ l'homme √©tait un animal; puis, l'esp√®ce, ayant chang√©, il fit peu √† peu des progr√®s jusqu'√† parvenir au degr√© humain.

(4.3.8)
Les théologiens répondent : non, ce n'est pas cela; bien que l'homme, par ses facultés et ses sens externes, soit sur le même pied que l'animal, il y a cependant chez lui un pouvoir extraordinaire que l'animal ne possède pas.

(4.3.9)
Ces sciences, ces arts, ces découvertes, ces métiers, ces inventions ne sont que les résultats de ce pouvoir incorporel. C'est un pouvoir qui enveloppe toutes les choses, en comprend la réalité, découvre les mystères cachés des créatures, s'en empare.

(4.3.10)
Il comprend même des choses qui n'ont pas de réalité extérieure, c'est-à-dire les vérités intellectuelles, non sensibles, qui n'ont pas d'existence extérieure, parce qu'elles sont invisibles; il en est ainsi de l'intelligence, de l'esprit, des qualités, du caractère, de l'amour et du chagrin chez l'homme, qui sont des réalités intellectuelles.

(4.3.11)
Bien plus, ces sciences existantes, ces arts visibles, ces lois, ces inventions infinies de l'homme, il fut un temps o√Ļ tout cela √©tait invisible, myst√©rieux, secret et cach√©; c'est ce pouvoir enveloppant de l'homme qui l'a d√©couvert et l'a transport√© des plaines de l'invisible aux plaines du visible.

(4.3.12)
Ainsi, il fut un temps o√Ļ le t√©l√©graphe, la photographie, le phonographe, toutes ces d√©couvertes et ces inventions sublimes √©taient myst√©rieusement cach√©es; la r√©alit√© de l'homme les a d√©couvertes et les a transport√©es des plaines de l'invisible aux plaines du visible.

(4.3.13)
Il fut m√™me un temps o√Ļ les qualit√©s de ce fer que vous voyez, et m√™me de tous les min√©raux, √©taient des myst√®res cach√©s; l'homme a d√©couvert ce m√©tal et l'a model√© dans cette forme industrielle; il en est de m√™me pour toutes les autres d√©couvertes et inventions de l'homme, qui sont infinies.

(4.3.14)
Cela ne peut être nié; si nous disons que cela tient aux pouvoirs qu'ont aussi les animaux et aux facultés des sens corporels, nous voyons clairement et indubitablement que les animaux sont, en ce qui concerne ces pouvoirs, supérieurs à l'homme.

(4.3.15)
Par exemple, la vue des animaux porte beaucoup plus loin que celle de l'homme, leur ou√Įe est beaucoup plus fine; de m√™me pour l'odorat et le go√Ľt. Bref, pour toutes les facult√©s que l'animal et l'homme ont en commun, c'est l'animal qui, la plupart du temps, est le plus puissant.

(4.3.16)
Prenons la m√©moire : si vous emmenez un pigeon d'ici √† un lieu fort √©loign√©, et que l√†-bas vous l'abandonniez √† lui-m√™me, il reviendra ici. Il a gard√© la m√©moire du chemin. Emportez un chien, d'ici jusqu'au centre de l'Asie et laissez-le, il reviendra ici, sans jamais perdre son chemin. Il en est de m√™me pour les autres facult√©s, comme l'ou√Įe, la vue, l'odorat, le go√Ľt, le toucher.

(4.3.17)
Il est donc clair que, s'il n'y avait pas chez l'homme un pouvoir différent de celui que possèdent les animaux, ceux-ci seraient supérieurs à l'homme pour les grandes découvertes et l'intelligence des réalités. Et la preuve est faite que l'homme possède un don que ne possède pas l'animal.

(4.3.18)
Or, l'animal perçoit ce qui tombe sous les sens, mais il ne comprend pas les réalités intellectuelles. Par exemple, il voit ce qui est dans le champ de sa vue, mais il ne peut percevoir ce qui est en dehors, ni l'imaginer. Ainsi, il est impossible à l'animal de comprendre que la terre est ronde.

(4.3.19)
Quant à l'homme, des choses connues, il tire la preuve des choses inconnues, et il découvre les vérités cachées. Entre autres choses, l'homme voit l'inclinaison de l'horizon, il en déduit la rondeur de la terre.

(4.3.20)
Autre exemple : l'√©toile polaire √† Saint-Jean-d'Acre est √† 33 degr√©s, c'est-√†-dire qu'elle est 33 degr√©s au-dessus de l'horizon. Lorsqu'un homme se dirige vers le p√īle arctique, par chaque degr√© qu'il franchit en voyageant, l'√©toile monte d'un degr√© au-dessus de l'horizon, c'est-√†-dire que l'√©toile polaire sera √©lev√©e √† 34 degr√©s, puis 40, puis 50, puis 60, puis 70. S'il arrive jusqu'au p√īle nord, l'√©toile polaire arrivera √† 90 et parviendra au z√©nith, c'est-√†-dire au-dessus de sa t√™te. Cette √©toile polaire comme son ascension sont des choses qui tombent sous les sens : pour quiconque va vers le p√īle, l'√©toile polaire s'√©l√®ve dans le ciel.

(4.3.21)
De ces deux vérités connues, une vérité inconnue a été découverte, à savoir que l'horizon est incliné. C'est-à-dire que l'horizon de chaque degré de la terre est différent de celui d'un autre degré. L'homme comprend cela, et il en tire une connaissance invisible, la preuve de la rondeur de la terre. Mais l'animal ne peut pas comprendre cela.

(4.3.22)
De m√™me, il ne peut comprendre que le soleil est un centre autour duquel se meut la terre. L'animal est prisonnier de ses sens; tout ce que les sens ne contr√īlent pas, jamais il ne le comprend, et cela bien que, pour les facult√©s et les sens externes, il soit sup√©rieur √† l'homme.

(4.3.23)
Il est donc prouvé et vérifié qu'il existe dans l'homme une faculté inventive qui le rend supérieur aux animaux : c'est l'esprit de l'homme.

(4.3.24)
Gloire √† Dieu! l'homme est toujours tourn√© vers les hauteurs, et ses aspirations sont √©lev√©es! Toujours il cherche √† aller du monde o√Ļ il est vers un monde sup√©rieur, et √† monter √† un rang plus √©lev√© que celui o√Ļ il se trouve. L'amour de l'√©l√©vation est une des caract√©ristiques de l'homme.

(4.3.25)
Je m'étonne de voir certains philosophes d'Amérique et d'Europe se complaire à se rabaisser au rang des animaux et à faire ainsi des progrès à rebours; les êtres doivent chercher à s'élever. Et avec cela, si vous traitiez l'un d'eux d'animal, il serait très froissé et très ennuyé!

(4.3.26)
Quelle différence entre le monde humain et le monde animal, entre l'élévation de l'homme et l'abaissement de l'animal, entre les perfections de l'homme et l'ignorance de l'animal, entre la lumière de l'homme et les ténèbres de l'animal, entre la gloire de l'homme et l'humiliation de l'animal!

(4.3.27)
Un petit Arabe de dix ans, dans le désert, peut conduire deux à trois cents chameaux; à l'aide d'un seul cri, il les emmène, les ramène. Un faible Hindou peut à ce point dominer un énorme éléphant que ce dernier ne remue qu'avec la plus grande soumission.

(4.3.28)
Toutes les choses sont soumises à l'homme; il peut résister à la nature; tandis que toutes les créatures sont prisonnières de la nature et ne peuvent s'affranchir de ses exigences, l'homme seul lui résiste.

(4.3.29)
La nature attire les choses vers le centre de la terre; l'homme trouve un instrument pour s'en éloigner et pour s'envoler dans l'air. La nature empêche l'homme de franchir les mers; il construit des bateaux et, à travers le grand océan, il voyage et se promène; et ainsi de suite, ce sujet est très long.

(4.3.30)
L'homme amène sur les montagnes et dans les déserts des véhicules à vapeur, et il centralise en un seul point les nouvelles des événements de l'Orient et de l'Occident. Tout cela est contraire à la nature.

(4.3.31)
La mer, malgré toute sa grandeur, ne peut s'écarter d'un atome des lois de la nature; le soleil, malgré sa grandeur, ne peut s'écarter d'une tête d'épingle des lois de la nature, et jamais il ne comprendra les conditions, l'état, les sentiments, les mouvements et la nature de l'homme!

(4.3.32)
Quel est don c le pouvoir qui se trouve dans le chétif corps de l'homme, qui contient tout cela ? Quel est ce pouvoir dominateur qui soumet à sa volonté toutes les choses ?

(4.3.33)
Un point pourtant subsiste. Les philosophes modernes disent : ¬ę Nous n'avons jamais vu dans l'homme l'esprit; et, malgr√© nos recherches dans les arcanes du corps humain, nous n'apercevons pas un pouvoir spirituel. Comment pouvons-nous imaginer un pouvoir qui ne tombe pas sous les sens ? ¬Ľ

(4.3.34)
Les th√©ologiens r√©pondent : ¬ę L'esprit animal non plus ne tombe pas sous les sens, et ne peut pas √™tre per√ßu par nos facult√©s corporelles. Sur quoi vous fondez-vous pour prouver l'existence de l'esprit animal? Sans aucun doute, vous tirez de ses effets la preuve qu'il y a, dans l'animal, un pouvoir qui n'existe pas dans la plante. Ce pouvoir, c'est la sensation; c'est-√†-dire qu'il voit, qu'il entend, etc.; de l√† vous inf√©rez qu'il y a un esprit animal. Par les m√™mes moyens et les m√™mes preuves et signes mentionn√©s plus haut, vous √©tablissez qu'il y a un esprit humain.

(4.3.35)
Quand, dans l'animal, vous voyez des signes qui ne se trouvent pas dans la plante, vous dites que ce pouvoir de sensation est une propri√©t√© de l'esprit animal; de m√™me, dans l'homme, vous voyez des signes, des pouvoirs, des perfections qui n'existent pas dans l'animal, vous en d√©duisez qu'il y a en lui un pouvoir dont l'animal est priv√©. ¬Ľ

(4.3.36)
Si nous voulions nier tout ce qui ne tombe pas sous les sens, nous devrions nier les réalités les mieux établies du monde. Par exemple, la matière éthérée n'est pas perceptible, pourtant elle existe indubitablement. La pesanteur n'est pas perceptible, pourtant elle existe indubitablement. Sur quoi nous fondons-nous pour affirmer leur existence? Sur leurs signes. Ainsi cette lumière est le signe de la vibration de l'éther, nous en inférons son existence.


4.4. Croissance des êtres et développement de l'espèce humaine

(4.4.1)
Question. - Que dites-vous de l'opinion de certains philosophes européens sur la croissance et le développement des êtres ? Réponse. - Nous avons parlé de cette question l'autre jour, mais nous allons en parler de nouveau. Le résumé de cette question se réduit à savoir si les espèces sont originelles ou non. L'espèce humaine a-t-elle été établie dès l'origine, ou bien est-elle sortie ensuite de l'espèce animale ?

(4.4.2)
Certains philosophes européens admettent qu'il y a, pour l'espèce, une croissance et un progrès, et que même la transformation et le changement sont possibles.

(4.4.3)
Parmi les preuves qu'ils apportent à l'appui de cette théorie, ils disent que l'étude attentive de la géologie nous montre clairement que les végétaux sont plus anciens que les animaux, et que les animaux existent depuis plus longtemps que l'homme; et ils admettent que les races végétale et animale ont toutes deux changé car, dans certaines couches géologiques, on a découvert des végétaux qui existaient autrefois et qui maintenant ont disparu, c'est-à-dire qu'ils ont progressé et sont devenus plus forts; leur forme et leur apparence ont changé. Ainsi l'espèce s'est transformée.

(4.4.4)
De m√™me, dans les couches de la terre, il y a des esp√®ces d'animaux qui ont chang√© et se sont transform√©es. Par exemple le serpent : il y a en lui des parties rudimentaires qui prouvent qu'il y eut un temps o√Ļ il avait des pattes; dans la suite des temps, ces membres tomb√®rent, mais leur vestige subsista.

(4.4.5)
Pareillement, dans la colonne vert√©brale de l'homme, il y a la trace et la preuve qu'autre fois, comme les autres animaux, il avait une queue, et l'on croit que sa trace a subsist√©. Il y eut un temps o√Ļ ce membre √©tait utile; mais lorsque l'homme se d√©veloppa, il n'eut plus d'utilit√© et il disparut peu √† peu.

(4.4.6)
Quant au serpent, qui se réfugiait sous terre et devenait ait un animal rampant, il n'eut plus besoin de pattes. Aussi, elles disparurent, mais leur vestige subsista.

(4.4.7)
L'argument principal, c'est que ces parties atrophiées d'un membre conduisent à ce membre et que, comme aujourd'hui il ne sert plus, il a peu à peu disparu; maintenant ces rudiments ne servent plus à rien et n'ont pas de raison d'être. Tandis que les membres parfaits et utiles ont subsisté, ceux qui n'étaient pas utiles ont peu à peu disparu dans les modifications de l'espèce, et la trace seule en a subsisté.

(4.4.8)
La réponse, c'est que, premièrement, le fait que l'animal a précédé l'homme n'est pas une preuve du progrès, du changement, de la modification de l'espèce qui serait venue du monde animal au monde humain. Car, dès que l'on admet l'existence contingente de ces différents êtres, rien n'empêche que l'homme ait existé plus tard que l'animal.

(4.4.9)
Ainsi, lorsque nous examinons le règne végétal, nous voyons que les fruits des différents arbres ne viennent pas tous à la fois; au contraire, le uns viennent d'abord, les autres après. Cette antériorité ne prouve pas que le fruit tard venu de cet arbre provienne du fruit antérieur de l'autre arbre.

(4.4.10)
deuxi√®mement, ces faibles vestiges et ces rudiments ont peut-√™tre une grande raison d'√™tre que l'intelligence ne comprend pas encore. Combien y a-t-il de choses dans le monde, dont nous ne connaissons pas encore la raison! Ainsi la physiologie, c'est-√†-dire la science de la composition des membres, nous enseigne qu'on ne conna√ģt pas encore la raison et la cause des diff√©rentes couleurs des animaux, des cheveux de l'homme, de la rougeur de ses l√®vres, de la vari√©t√© de couleur des oiseaux; tout cela est secret et cach√©.

(4.4.11)
On sait que la pupille de l'oeil est noire pour attirer la lumière du soleil, car si elle était d'une autre couleur, c'est-à-dire comme le reste de l'oeil, ou blanche, elle n'attirerait pas la lumière du soleil.

(4.4.12)
Donc, comme la raison d'être de ces différentes choses est inconnue, on peut admettre que la raison d'être et la cause de ces membres atrophiés, soit chez l'animal, soit chez l'homme, demeurent également inconnues. Certainement la raison existe, mais nous ne la connaissons pas.

(4.4.13)
Troisi√®mement, supposons qu'il fut un temps o√Ļ certains animaux, voire l'homme, poss√©daient des membres qui ont aujourd'hui disparu, cela ne constitue pas une preuve pertinente du changement et de l'√©volution de l'esp√®ce. Car l'homme, du d√©but de la p√©riode embryonnaire, jusqu'au stade de sa maturit√©, traverse des formes et des aspects diff√©rents; son apparence, sa forme, son aspect, sa couleur changent; c'est-√†-dire qu'il passe d'une forme √† une autre, d'un aspect √† un autre.

(4.4.14)
Néanmoins, depuis le début de la période embryonnaire, il appartient à l'espèce humaine, c'est-à-dire qu'il est un embryon d'homme et non d'animal; mais cela était caché et ne devient apparent et visible qu'ensuite.

(4.4.15)
Par exemple, supposons qu'il y eut un temps o√Ļ l'homme ressemblait √† l'animal, et que maintenant il ait progress√© et chang√©; en supposant cela, il n'en r√©sulterait pas que l'esp√®ce e√Ľt chang√©; non, ce serait comme le changement et la modification de l'embryon humain, jusqu'√† ce qu'il parvienne au stade de la raison et de la perfection, ainsi que nous l'avons vu.

(4.4.16)
Parlons plus clairement : supposons qu'autrefois l'homme marchait sur quatre pattes, ou bien avait une queue; ces modifications et ces changements sont comme ceux du foetus; malgr√© les changements qui se produisent de tous c√īt√©s dans le sein de la m√®re, malgr√© sa croissance et son progr√®s jusqu'√† ce qu'il parvienne √† cette forme compl√®te, depuis le commencement, c'est une esp√®ce sp√©ciale.

(4.4.17)
Regardons également dans le règne végétal; les espèces originelles des familles ne changent ni ne se modifient; mais la forme, la couleur, la dimension changent et se modifient; en d'autres termes, le progrès lui-même se produit.

(4.4.18)
En résumé, de même que l'homme, dans le sein de sa mère, a passé d'une forme à une autre, d'un état à un autre, a changé et évolué, et néanmoins, depuis le commencement de la période embryonnaire, a toujours appartenu à l'espèce humaine, de même, l'homme, depuis le commencement de l'existence dans le sein du monde, a appartenu à l'espèce supérieure, l'humanité, et il a passé peu à peu d'un état à un autre.

(4.4.19)
Donc, ce changement d'état, cette évolution des membres, cette croissance et ce développement n'empêchent pas l'espèce d'être originelle. Tout cela, en admettant la réalité de la croissance et de l'évolution. [nota : c'est-à-dire, en admettant par exemple que l'homme ait autrefois été un quadrupède, ou ait eu une queue]

(4.4.20)
Mais l'homme, depuis le commencement, existait dans cette forme et cette composition parfaites, il avait l'aptitude et la capacit√© d'acqu√©rir les perfections mat√©rielles et spirituelles, et il √©tait la manifestation de ¬ę Nous ferons l'homme √† notre image et √† notre ressemblance ¬Ľ. [voir : Gen√®se 1.26]

(4.4.21)
Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il est devenu meilleur, plus d√©licat, plus beau, et que la civilisation l'a ait sortir de l'√©tat sauvage. De m√™me, les fruits sauvages, cultiv√©s par les soins d'un jardinier, deviennent plus beaux et plus sucr√©s et acqui√®rent plus de fra√ģcheur et de douceur.

(4.4.22)
Les jardiniers de l'humanité sont les prophètes de Dieu.


4.5. Preuves spirituelles sur l'origine de l'espèce humaine

(4.5.1)
Les preuves que nous avons apport√©es, relatives √† l'origine de l'esp√®ce humaine, √©taient des preuves logiques; maintenant, nous parlerons des preuves spirituelles, qui sont essentielles. Comme nous avons donn√© de la Divinit√© des preuves logiques et que, de m√™me, nous avons prouv√© logiquement que l'homme existe d√®s l'origine et d√®s la fondation comme homme, que son esp√®ce date de toute √©ternit√©, il s'agit maintenant de prouver spirituellement que l'existence humaine, c'est-√†-dire l'esp√®ce humaine, existe n√©cessairement et que, sans l'homme, il n'y aurait pas de perfection divine; mais ce sont des preuves spirituelles: non des preuves de logique. [voir : ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 4.1.1]

(4.5.2)
Nous avons √©tabli √† maintes reprises, avec preuves et arguments √† l'appui, que l'homme est le plus noble des √™tres contingents, la r√©union de toutes les perfections, et que tous les √™tres et les cr√©atures sont le lieu o√Ļ resplendit l'√©clat de Dieu; c'est-√†-dire que les signes de la grandeur divine sont apparents dans la r√©alit√© des choses et dans toutes les cr√©atures.

(4.5.3)
De m√™me que le globe terrestre est le lieu o√Ļ resplendit l'√©clat du soleil (puisque sa lumi√®re, sa chaleur, ses effets sont apparents et visibles dans les moindres atomes de la terre), de m√™me les atomes des √™tres, dans cet espace infini, proclament et prouvent l'une des perfections divines. Rien n'en est exclu.

(4.5.4)
C'est, soit un signe de la mis√©ricorde de Dieu, soit un signe de son pouvoir, de sa grandeur, de sa justice, de sa providence qui dispense l'√©ducation; soit un signe de la bont√© de Dieu, de sa vision, de son audience, de sa connaissance, de sa gr√Ęce, et ainsi de suite.

(4.5.5)
Nous en revenons √† ceci que, n√©cessairement, chacune des cr√©atures est le lieu o√Ļ resplendit l'√©clat divin, c'est-√†-dire que les perfections de Dieu sont apparentes et resplendissent en elles. Ainsi le soleil, dans le d√©sert, sur la mer, dans les arbres, dans les fruits et les fleurs, dans tout ce qui existe sur terre, resplendit.

(4.5.6)
Le monde des cr√©atures, c'est-√†-dire chaque √™tre existant, nous dit l'un des noms de la Divinit√©. Mais la r√©alit√© humaine est la r√©alit√© collective, la r√©alit√© g√©n√©rale, le lieu o√Ļ resplendit l'√©clat de toutes les perfections divines; c'est-√†-dire que, pour chaque nom, chaque attribut, chaque perfection que nous reconnaissons en Dieu, il existe un signe chez l'homme. S'il en √©tait autrement, l'homme ne pourrait pas les imaginer ni les comprendre.

(4.5.7)
Ainsi, nous disons que Dieu voit, et notre oeil est le signe de sa vision; autrement, comment pourrions-nous imaginer la vision divine ? Car l'aveugle, du moins l'aveugle-n√©, ne peut imaginer la vision; le sourd, du moins le sourd de naissance, ne peut imaginer l'ou√Įe; celui qui est mort ne peut se repr√©senter la vie.

(4.5.8)
Par conséquent, la divinité de Dieu, qui est la réunion de toutes les qualités, éclate dans la réalité de l'homme; c'est-à-dire que l'Essence d'Unité [nota : l'Essence d'Unité désigne Dieu] est la somme de toutes les perfections et cet état d'unité se reflète dans la réalité humaine : le Soleil de Vérité brille dans ce miroir.

(4.5.9)
C'est pour cela que l'homme est le miroir parfait qui regarde le Soleil de Vérité; il est son lieu de resplendissement. L'éclat des perfections divines se voit dans la réalité de l'homme. Ainsi, il est le représentant de Dieu, son messager.

(4.5.10)
Si l'homme n'existait pas, l'univers n'aurait pas de résultat, car le but de la vie est l'apparition des qualités divines.

(4.5.11)
On ne peut donc pas dire qu'il y eut un temps o√Ļ l'homme n'existait pas. Tout ce qu'on peut dire c'est que le globe terrestre n'existait pas et qu'au commencement l'homme n'√©tait pas non plus apparu sur cette terre. Mais, d√®s le commencement, qui n'a pas commenc√©, jusqu'√† la fin, qui ne finira pas, la manifestation parfaite existe [nota : la manifestation parfaite existe, c'est-√†-dire qu'il y a toujours eu des manifestations de Dieu]; et cet homme dont nous parlons [nota : en affirmant que l'on ne peut pas dire qu'il y eu un temps o√Ļ l'homme n'existait pas] n'est pas n'importe quel homme, mais bien l'homme type.

(4.5.12)
Car, dans l'arbre, la partie la plus noble est le fruit qui est sa raison d'√™tre; si l'arbre n'avait pas de fruit, il ne signifierait plus rien. Donc, on ne peut imaginer que les mondes, les √©toiles ou la terre aient un jour √©t√© peupl√©s d'√Ęnes, de vaches, de souris et de chats, et qu'il n'y ait pas eu d'hommes. C'est une supposition fausse, insignifiante.

(4.5.13)
La parole de Dieu est claire comme le soleil, c'est la preuve spirituelle; mais on ne peut, en commençant, avancer cette preuve pour les matérialistes; d'abord il faut mentionner les preuves logiques, ensuite les preuves spirituelles.


4.6. L'esprit et l'intelligence de l'homme ont toujours existé

(4.6.1)
Question. - L'homme, d√®s qu'il est cr√©√©, poss√®de-t-il une intelligence et un esprit dont la manifestation se produit √† mesure qu'il avance en √Ęge, ou bien ne les acquiert-il qu'√† la suite de son √©volution?

(4.6.2)
Réponse. - Le commencement de la formation de l'homme sur le globe terrestre ressemble à sa formation dans le sein de la mère.

(4.6.3)
L'embryon, dans le sein de la m√®re, cro√ģt et se d√©veloppe peu √† peu jusqu'√† la naissance, apr√®s quoi il cro√ģt et se d√©veloppe encore jusqu'√† ce qu'il parvienne √† l'√Ęge de raison et de maturit√©. Bien que, dans l'enfance, on constate des traces de l'intelligence et de l'esprit, ces facult√©s ne sont pourtant pas arriv√©es √† leur perfection, elles sont imparfaites. Lorsque l'homme parvient √† l'√Ęge m√Ľr, l'intelligence et l'esprit apparaissent et se montrent dans toute leur perfection.

(4.6.4)
Pareillement, dans la cr√©ation, l'homme √©tait, au commencement, comme l'embryon; peu √† peu, il a fait des progr√®s dans les degr√©s de l'existence, il a cr√Ľ et s'est d√©velopp√© jusqu'√† ce qu'il parv√ģnt au stade de la maturit√©, o√Ļ l'intelligence et l'esprit se montrent et se manifestent en lui dans toute leur perfection.

(4.6.5)
Au commencement de la création aussi, l'intelligence et l'esprit existaient, mais ces facultés étaient latentes; plus tard elles se manifestèrent. Car, dans le sein de la mère également, l'intelligence et l'esprit existent chez l'embryon, mais ils sont latents et ne se manifestent qu'après.

(4.6.6)
C'est ainsi que, dans la graine, l'arbre existe, mais il est latent et cach√©; lorsqu'elle cro√ģt et se d√©veloppe, un arbre complet appara√ģt.

(4.6.7)
De même, la croissance et le développement de tous les êtres se font par degrés; c'est la règle générale de Dieu et l'ordre de la nature.

(4.6.8)
L'embryon ne devient pas homme en une seule fois, le minéral ne devient pas une pierre en une seule fois, et la graine ne devient pas un arbre tout d'un coup. Non, ils croissent et se développent peu à peu, et ils parviennent à la limite de la perfection.

(4.6.9)
Toutes les créatures, grandes ou petites, ont été créées, dès le début, complètes et parfaites; seulement les perfections apparaissent en elles peu à peu.

(4.6.10)
La loi de Dieu est une, l'évolution de l'existence est une, l'ordre divin est un; les êtres, faibles ou forts, sont soumis à une loi et à un ordre uniques.

(4.6.11)
Chaque graine a, d√®s le d√©but, toutes les perfections du v√©g√©tal en elle. Ainsi cette semence avait, d√®s le d√©but, toutes les perfections du v√©g√©tal en elle, mais elles ne se montraient pas; puis, peu √† peu, elles sont devenues visibles en elle. Ainsi, c'est d'abord la tige qui appara√ģt de la graine, puis les branches, les feuilles, les fleurs, les fruits; mais d√®s le d√©but de la formation, toutes ces choses se trouvent en puissance, non en fait.

(4.6.12)
De m√™me, l'embryon poss√®de, d√®s le d√©but, toutes les perfections telles que l'esprit, l'intelligence, la vue, l'odorat, le go√Ľt, en un mot toutes les facult√©s; mais elles ne sont pas apparentes, et elles ne le deviendront que par degr√©s.

(4.6.13)
Egalement, le globe terrestre, dès le début, fut créé avec tous les éléments, les substances, les matières, les atomes et les organismes; mais tout cela n'apparut que peu à peu. D'abord les minéraux, puis les végétaux, les animaux et l'homme.

(4.6.14)
Dès le début, ces races et ces espèces existaient d'une façon latente dans le globe terrestre, et elles sont apparues ensuite peu à peu. Car la loi suprême de Dieu et l'ordre général de la nature, qui dominent et régissent toutes les créatures, l'exigent ainsi.

(4.6.15)
Et si vous considérez cet ordre général, vous voyez qu'il n'y a pas un seul être qui, dès qu'il est créé, parvienne à la limite de la perfection; non, ils croissent et se développent tous peu à peu, et arrivent ensuite au degré de la perfection.


4.7. Raisons de l'apparition de l'esprit dans le corps

(4.7.1)
Question. - Pourquoi l'esprit a-t-il √©t√© incorpor√©? R√©ponse. - La raison de l'apparition de l'esprit dans le corps est la suivante : l'esprit humain est un d√©p√īt divin; il doit traverser tous les degr√©s, car son passage et son mouvement √† travers les degr√©s de l'existence sont le moyen par lequel il acquiert les perfections.

(4.7.2)
Ainsi, lorsqu'un homme traverse des contr√©es diff√©rentes et des pays nombreux, syst√©matiquement et avec m√©thode, c'est certainement pour lui un moyen de se perfectionner, car il voit des √©v√©nements, des spectacles, des contr√©es, il d√©couvre le genre de vie et les moeurs des diff√©rents peuples, il apprend la g√©ographie, les inventions et les arts des pays, il se familiarise avec les habitudes, les coutumes, les usages des peuples, il voit la civilisation et les progr√®s de l'√©poque, et il conna√ģt la politique des gouvernements, la capacit√© et la puissance de chaque pays.

(4.7.3)
De même, lorsque l'esprit de l'homme voyage dans les degrés de l'existence, et qu'il passe par tous les rangs et toutes les conditions, et même dans la condition corporelle, il acquiert certainement des perfections.

(4.7.4)
En plus de cela, il faut que les signes des perfections de l'esprit soient apparents dans ce monde, afin que le monde de cette création donne des résultats innombrables, et que ce corps contingent reçoive la vie et manifeste les bontés de Dieu. Ainsi, il faut que la lumière du soleil brille sur la terre, que la chaleur solaire développe les créatures terrestres.

(4.7.5)
Si la lumière et la chaleur du soleil ne brillaient pas sur la terre, celle-ci demeurerait en arrière, sans signification, et en retard. De même, si les perfections de l'esprit n'apparaissaient pas dans ce monde, celui-ci serait ténébreux et purement animal. Par l'apparition de l'esprit dans le corps, ce monde devient lumineux.

(4.7.6)
L'esprit de l'homme fait vivre le corps de l'homme. De même, le monde est comme le corps, et l'homme comme l'esprit.

(4.7.7)
S'il n'y avait pas d'homme, les perfections de l'esprit n'appara√ģtraient pas et les lumi√®res de l'intelligence ne resplendiraient pas dans ce monde qui serait comme un corps sans esprit.

(4.7.8)
On peut également comparer ce monde à un arbre, et l'homme au fruit. Sans fruit, l'arbre n'aurait pas de signification.

(4.7.9)
De plus, ces membres, ces √©l√©ments, cette composition qui se trouvent dans l'organisme de l'homme sont une attraction et un aimant pour l'esprit; il est certain que l'esprit doit y appara√ģtre. Ainsi, un miroir qui est poli attire certainement la lumi√®re du soleil, devient lumineux, et des images merveilleuses apparaissent en lui.

(4.7.10)
C'est-à-dire que lorsque ces éléments créés sont réunis et assemblés, suivant l'ordre naturel, dans une parfaite combinaison, ils deviennent un aimant pour l'esprit, et ce dernier se manifeste en eux avec toutes ses perfections.

(4.7.11)
A ce même point de vue, on pourrait aussi demander quelle nécessité il y a ce que la lumière du soleil descende dans le miroir; or, la relation qui existe entre la réalité des choses spirituelles ou matérielles exige que, lorsque le miroir est poli et qu'il est en face du soleil, la lumière de ce dernier y devienne apparente.

(4.7.12)
De m√™me, lorsque les √©l√©ments sont arrang√©s et m√©lang√©s selon un ordre, une organisation et un arrangement absolument parfaits, l'esprit de l'homme appara√ģt et se manifeste en eux. Tel est le d√©cret du Puissant, du Savant !


4.8. Relation entre Dieu et la créature

(4.8.1)
Question. - Quelle est la nature de la relation entre Dieu et la créature, c'est-à-dire entre l'Indépendant, le Très-Haut et les autres êtres ? Réponse. - La relation de Dieu avec la créature est celle d'un auteur: c'est comme la relation qui existe entre le soleil et les corps ténébreux des contingences; c'est aussi la relation du créateur avec ce qu'il a créé.

(4.8.2)
Le soleil, dans sa propre essence, est indépendant des corps qu'il éclaire; car sa lumière aussi est, par sa propre essence, indépendante et affranchie du globe terrestre; bien que ce dernier soit sous l'influence du soleil et en reçoive les lumières, le soleil et ses lumières sont indépendants. Si le soleil n'existait pas, le globe terrestre et tous les êtres terrestres n'existeraient pas.

(4.8.3)
La dépendance de la créature par rapport à Dieu est une dépendance d'émanation, c'est-à-dire que la créature émane de Dieu, mais ne le manifeste pas. Elle a la relation d'émanation, non celle de manifestation. Les lumières du soleil émanent de lui, elles ne le manifestent pas.

(4.8.4)
Le resplendissement par émanation est comme le resplendissement de la lumière de l'astre des horizons : c'est-à-dire que l'essence sainte du Soleil de Vérité ne se morcelle pas et ne descend pas au rang de la créature, de même que le disque solaire ne se morcelle pas et ne descend pas sur la terre; la lumière du soleil, qui est sa bonté, émane de lui et illumine les corps ténébreux.

(4.8.5)
Quant au resplendissement par manifestation, c'est la manifestation des branches, des feuilles, des fleurs et des fruits à partir de la graine; car la graine, dans sa propre essence, devient des branches et des fruits, sa réalité descende dans les branches, les feuilles et les fruits.

(4.8.6)
Ce resplendissement en manifestation serait pour Dieu, le Tr√®s-Haut, une simple imperfection, ce qui est compl√®tement impossible; car il faudrait que l'Eternel f√Ľt qualifi√© par les attributs des contingences, que la pure ind√©pendance dev√ģnt la pure indigence, que la vraie existence dev√ģnt n√©ant. Et cela est impossible.

(4.8.7)
Donc, toutes les créatures sont émanées de Dieu, c'est-à-dire que c'est Dieu qui a donné la réalité aux choses, et que les contingences ont trouvé l'existence par lui.

(4.8.8)
La première chose qui a émané de Dieu est cette réalité universelle que les anciens philosophes appelaient l'Intelligence première, et que les peuples de Bahá appellent la Volonté première. Cette émanation, en ce qui concerne son action, n'est pas limitée, dans le monde de Dieu, par l'espace ou le temps; il n'y a pour elle ni commencement ni fin.

(4.8.9)
Pour Dieu, le commencement et la fin sont tout un. L'éternité de Dieu est une éternité d'essence aussi bien que de temps, et la contingence des phénomènes est une contingence d'essence non temporelle, ainsi que nous l'avons déjà expliqué un jour à table.

(4.8.10)
Le fait, pour l'Intelligence premi√®re, de n'avoir pas eu de commencement ne lui donne pas une part dans l'√©ternit√© de Dieu [nota : l'√©ternit√©, mot √† mot l'antiquit√©]; car l'existence de cette r√©alit√© universelle, √† c√īt√© de l'existence de Dieu, est tout ce qu'il y a de plus nul; elle n'a pas le pouvoir de devenir son associ√©e et son semblable dans l'√©ternit√©, et nous avons d√©j√† expliqu√© ce sujet.

(4.8.11)
La vie des choses existantes consiste dans une composition, leur mort dans une décomposition. Mais la matière et les éléments universels ne deviennent pas absolument anéantis et détruits; non, cette non-existence est une transformation.

(4.8.12)
Par exemple, lorsque l'homme est anéanti, il devient poussière; mais ce n'est pas la pure non-existence; il a encore l'existence de la poussière; une transformation s'est produite, et cette composition s'est accidentellement désagrégée.

(4.8.13)
Il en est de même de l'anéantissement des autres êtres, car l'existence ne devient pas la non-existence, et la non-existence ne devient pas l'existence.


4.9. Sur la provenance des √Ęmes par rapport √† Dieu

(4.9.1)
Dans la Bible il est dit que Dieu souffla une √Ęme dans le corps de l'homme. Que faut-il entendre par l√† ? Sachez qu'il y a deux sortes de provenances : la provenance et le resplendissement par √©manation, et la provenance et le resplendissement par manifestation.

(4.9.2)
La provenance par émanation est comme la provenance de la création par rapport au créateur, d'un écrit par rapport à un écrivain.

(4.9.3)
L'√©crit √©mane de l'√©crivain et le discours √©mane de l'orateur : de la m√™me fa√ßon, cette √Ęme humaine √©mane de Dieu. Cela ne veut pas dire qu'elle manifeste Dieu; aucune partie n'a √©t√© d√©tach√©e de la r√©alit√© divine pour p√©n√©trer dans le corps de l'homme. Non, l'√Ęme est apparue dans le corps de l'homme, comme le discours √©mane de l'orateur.

(4.9.4)
La provenance par manifestation est la manifestation de la r√©alit√© d'une chose dans une forme diff√©rente, comme la provenance de cet arbre par rapport √† la graine, celle de cette fleur par rapport √† sa semence : c'est la graine elle-m√™me qui appara√ģt dans la forme des branches, des feuilles et des fleurs. C'est ce qu'on appelle la provenance par manifestation.

(4.9.5)
Les √Ęmes des hommes, par rapport √† Dieu, ont une provenance par √©manation, comme le discours et l'√©crit par rapport √† l'orateur et √† l'√©crivain; c'est-√†-dire que l'orateur ne devient pas le discours, ni l'√©crivain l'√©crit, car ils ont une provenance par √©manation. L'orateur a les facult√©s et le pouvoir les plus grands, et le discours provient de lui, comme l'action de celui qui agit.

(4.9.6)
Quant au v√©ritable Orateur, l'Essence d'Unit√©, il a toujours √©t√© dans une m√™me condition, il ne change ni ne se modifie, il n'a ni alt√©ration, ni transformation. C'est l'Eternel immortel. Donc la provenance des √Ęmes humaines, par rapport √† Dieu, est une provenance par √©manation.

(4.9.7)
Et quand il est écrit dans la Bible que Dieu insuffla son esprit dans l'homme, c'est cet esprit qui, comme le discours, provient du véritable Orateur et agit dans la réalité de l'homme.

(4.9.8)
Pour la provenance par manifestation, il s'agit du resplendissement divin, et non pas d'un morcellement; nous avons dit que c'est la provenance et le resplendissement du Saint-Esprit et du Verbe par rapport à Dieu.

(4.9.9)
Dans l'Evangile de saint Jean, il est dit : ¬ę Au commencement √©tait le Verbe, et le Verbe √©tait aupr√®s de Dieu. ¬Ľ Donc, le Saint-Esprit et le Verbe sont le resplendissement de Dieu;

(4.9.10)
en d'autres termes, ce sont les perfections divines qui resplendissaient chez le Christ; et ces perfections étaient auprès de Dieu, comme le soleil qui brille de tout son éclat dans un miroir. Le Verbe ne signifie pas le corps du Christ; il signifie les perfections divines manifestées en lui.

(4.9.11)
Il était comme un miroir poli placé en face du Soleil de Vérité; et les perfections du Soleil de Vérité, c'est-à-dire sa lumière, sa chaleur, devenaient visibles et manifestes dans ce miroir, Si nous regardons dans le miroir, nous voyons le soleil, et nous disons : c'est le soleil.

(4.9.12)
Donc, le Verbe et le Saint-Esprit, qui désignent la perfection divine, sont un resplendissement divin. Voilà la signification du verset de l'Evangile qui dit que le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Car les perfections divines ne sont autres que l'Essence d'Unité.

(4.9.13)
Et on a appelé les perfections de Jésus : le Verbe, parce que tous les êtres sont comme des lettres qui, par elles-mêmes, n'ont pas une signification complète, tandis que les perfections du Christ avaient la valeur du Verbe qui, lui, donne une signification complète.

(4.9.14)
Comme la réalité du Christ était l'apparition des perfections divines, il était comparable au Verbe. Pourquoi ? Parce qu'il était un ensemble de significations parfaites. Aussi l'a-t-on appelé le Verbe.

(4.9.15)
Et sachez qu'il ne faut pas entendre la provenance du Verbe et du Saint-Esprit par rapport à Dieu, provenance et resplendissement par manifestation, comme si la réalité de la Divinité avait été morcelée ou multipliée, ou qu'elle était descendue des hauteurs saintes et pures. Dieu me pardonne!

(4.9.16)
Car si un miroir propre et poli regarde le soleil, sa lumi√®re, sa chaleur, sa forme, son image se refl√®tent en lui avec un tel resplendissement qu'un homme dira du soleil brillant qu'il voit dans ce miroir poli et clair : ¬ę Ceci est le soleil ¬Ľ, et il aura raison. Pourtant le miroir est un miroir, et le soleil est le soleil.

(4.9.17)
Le Soleil unique, m√™me s'il resplendit dans des miroirs diff√©rents, est un. Cet √©tat n'est ni la demeure ni l'entr√©e, ni le m√©lange ni la descente; car l'entr√©e, la demeure, la descente, la sortie, le m√©lange sont les n√©cessit√©s et les caract√©ristiques des corps, non des √Ęmes; √† plus forte raison n'appartiennent-ils pas √† la sainte et pure r√©alit√© de Dieu. Il n'existe en Dieu rien de ce qui ne sied pas √† sa puret√© et √† sa saintet√© exalt√©es et sublimes!

(4.9.18)
Le Soleil de Vérité, comme nous l'avons dit, a toujours été dans une condition unique; Il n'a ni changement ni modification, ni altération ni transformation. Il est éternel et immortel.

(4.9.19)
Quant √† la sainte r√©alit√© du Verbe de Dieu, elle peut √™tre compar√©e √† un miroir pur, clair, lumineux : la chaleur, la lumi√®re, la forme, l'image, c'est-√†-dire les perfections du Soleil de V√©rit√© resplendissent en lui. C'est pour cela que le Christ dit dans l'Evangile : ¬ę Le P√®re est dans le Fils. ¬Ľ C'est-√†-dire le Soleil de V√©rit√© resplendit dans ce miroir. Gloire √† Celui qui brille sur cette r√©alit√© sacr√©e, sainte parmi les cr√©atures!


4.10. L'esprit, l'√Ęme, la raison

(4.10.1)
Question. - Quelle est la diff√©rence entre la raison, l'esprit et l'√Ęme? R√©ponse. - Nous avons d√©j√† expliqu√© que l'universalit√© de l'esprit se divise en cinq cat√©gories : l'esprit v√©g√©tal, l'esprit animal, l'esprit humain, l'esprit de foi et l'esprit saint. [nota : les individus ont trois √©tats, l'√©tat physique, celui de l'√Ęme dou√©e de raison, la relation de l'Esprit avec l'intelligence]

(4.10.2)
L'esprit végétal est ce pouvoir de croissance qui résulte, dans la graine, de la réaction des différents éléments les uns sur les autres.

(4.10.3)
L'esprit animal est le pouvoir de l'ensemble des sens, qui est d√Ľ √† l'assemblage et au m√©lange des √©l√©ments; et lorsque cet assemblage est dissous, ce pouvoir aussi s'annihile et meurt.

(4.10.4)
C'est comme cette lampe : lorsque cette huile, cette mèche et ce feu sont assemblés, elle donne de la lumière; lorsque cet assemblage est dissous, c'est-à-dire lorsque les parties composantes se séparent les unes des autres, cette lampe s'éteint également.

(4.10.5)
L'esprit humain, qui constitue la diff√©rence entre l'homme et l'animal, est l'√Ęme dou√©e de raison; et ces deux termes, l'esprit humain et l'√Ęme dou√©e de raison, d√©signent une seule et m√™me chose.

(4.10.6)
Cet esprit qui, d ans le langage des philosophes, devient l'√Ęme dou√©e de raison, enveloppe l'ensemble des existences, et c'est lui qui, suivant le pouvoir de l'homme, d√©couvre les r√©alit√©s des choses et apprend les qualit√©s et les effets des contingences, les conditions et les propri√©t√©s des choses.

(4.10.7)
Mais, tant que l'homme ne reçoit pas l'assistance de l'esprit de foi, il n'apprend pas les secrets divins ni les vérités éternelles. Tel un miroir, il a beau être clair, propre et brillant, il lui faut de la lumière; tant qu'un rayon de soleil ne vient pas luire sur l'homme, il ne découvre pas les mystères divins.

(4.10.8)
Quant à la raison, c'est la faculté de l'esprit humain. Si l'on compare l'esprit à une lampe, la raison est la lumière qui y brille. Si l'on compare l'esprit à un arbre, la raison en est le fruit. La raison est la perfection de l'esprit et son attribut essentiel, comme la lumière solaire est la qualité essentielle du soleil.

(4.10.9)
Ces explications, bien que résumées, sont complètes : réfléchissez-y et, si Dieu veut, vous en comprendrez les détails.


4.11. Facultés physiques et facultés intellectuelles

(4.11.1)
Il y a dans l'homme cinq facult√©s physiques externes qui sont les agents de la perception; c'est-√†-dire que, par ces cinq facult√©s, l'homme per√ßoit les existences physiques. La vue per√ßoit les formes visibles. L'ou√Įe per√ßoit les formes auditives. L'odorat per√ßoit les odeurs. Le go√Ľt per√ßoit la saveur des aliments. Le toucher, qui s'√©tend √† tout le corps de l'homme, per√ßoit les choses tangibles. Ces cinq facult√©s nous font conna√ģtre le monde ext√©rieur.

(4.11.2)
L'homme a également des facultés intellectuelles : l'imagination qui conçoit les choses, la pensée qui réfléchit aux réalités, l'intelligence qui perçoit les réalités, la mémoire qui conserve ce que l'homme imagine, pense, comprend.

(4.11.3)
L'intermédiaire entre les cinq facultés externes et les facultés internes est la faculté commune, c'est-à-dire une faculté qui agit entre les facultés internes et les facultés externes, et transmet à celles-là ce que celles-ci ont perçu. On l'appelle faculté commune parce qu'elle appartient aux facultés externes et aux facultés internes.

(4.11.4)
Par exemple, la vue qui est une faculté externe voit cette fleur et la perçoit, et la faculté commune fait part de cette perception aux facultés internes. Elle transmet cette vision à la faculté de l'imagination, laquelle la représente, la conçoit et la transmet à la pensée qui, à son tour, la réfléchit et, en ayant saisi la réalité, la transmet à l'intelligence.

(4.11.5)
L'intelligence, lorsqu'elle a compris, transmet √† la m√©moire l'image de cette chose per√ßue, la m√©moire la conserve, et elle demeure en d√©p√īt dans son sanctuaire.

(4.11.6)
Il y a cinq facult√©s externes : la vue, l'ou√Įe, le go√Ľt, l'odorat et le toucher.

(4.11.7)
Il y a aussi cinq facultés internes : la faculté commune, l'imagination, la pensée, l'intelligence et la mémoire.


4.12. Les différents caractères de l'homme

(4.12.1)
Question. - Combien y a-t-il de sortes de caract√®res chez l'homme, et d'o√Ļ proviennent les diff√©rences et les vari√©t√©s ? R√©ponse. - Le caract√®re inn√©, le caract√®re h√©r√©ditaire et le caract√®re acquis provenant de l'√©ducation. [nota : la foi bah√°‚Äô√≠e n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et si elle se sert d'une terminologie pass√©e dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la port√©e symbolique] [nota : voir les diff√©rents caract√®res chez l'homme]

(4.12.2)
Quant au caractère inné, bien que la création divine soit exclusivement bonne, ses variétés, chez l'homme, tiennent à la différence des degrés : tous sont bons, mais ils sont plus ou moins bons selon le degré. Ainsi, toute l'humanité possède l'intelligence et des capacités; mais l'intelligence, la capacité, le mérite, chez l'homme, varient; cela est évident.

(4.12.3)
Par exemple, r√©unissez un certain nombre d'enfants d'une m√™me famille, d'un m√™me pays, d'une m√™me √©cole, d'un m√™me ma√ģtre, qu'ils soient √©lev√©s avec la m√™me nourriture, sous le m√™me climat, avec les m√™mes v√™tements, qu'ils re√ßoivent la m√™me instruction, certainement, parmi eux, il y en aura qui seront instruits dans les sciences, d'autres qui seront m√©diocres, et d'autres nuls.

(4.12.4)
Il est donc clair que, dans la nature elle-même, il y a des variétés de degrés et des différences de mérite et de capacité. Mais la différence ne tient pas au bien ou au mal, c'est uniquement une différence de degré. L'un est au degré le plus haut, l'autre au degré moyen, l'autre au degré le plus bas.

(4.12.5)
Ainsi l'homme existe; l'animal, la plante le minéral existent aussi : mais, dans ces quatre contingences, l'existence diffère. Quelle différence entre l'existence de l'homme et celle de l'animal! Pourtant tous deux existent.

(4.12.6)
Il est donc clair que, dans l'existence, il y a des variétés de degré. Quant aux variétés des caractères héréditaires, elles tiennent à la force ou à la faiblesse de la constitution; ainsi, lorsque les deux parents sont faibles de constitution, les enfants le deviennent aussi; s'ils sont puissants, les enfants sont forts.

(4.12.7)
De même, la pureté du sang a une influence générale, car un germe sain est comme la race supérieure; et cette variété se retrouve aussi chez les plantes et les animaux. Par exemple, considérez des enfants nés d'un père et d'une mère faibles, ils auront naturellement une constitution faible et des nerfs fragiles, ils seront affligés de différents maux, n'auront ni patience ni endurance, ni fermeté ni persévérance; ils seront irréfléchis; car les enfants héritent de la faiblesse et de la débilité de leurs parents.

(4.12.8)
En dehors de cela, certaines familles et certaines g√©n√©rations sont l'objet d'une faveur sp√©ciale. Ainsi, c'est √† une faveur sp√©ciale que la descendance d'Abraham doit d'avoir eu parmi elle tous les proph√®tes d'Isra√ęl. C'est une faveur que Dieu a conf√©r√©e √† cette descendance. Mo√Įse est de cette descendance par son p√®re et sa m√®re, le Christ par sa m√®re, ainsi que Muhammad, le Bab et tous les proph√®tes et les saintes manifestations d'Isra√ęl.

(4.12.9)
La Beaut√© b√©nie est √©galement de la descendance directe d'Abraham, car Abraham avait d'autres fils en plus d'Isma√ęl et d'Isaac qui, √† cette √©poque, √©migr√®rent dans les pays de Perse et d'Afghanistan; et la Beaut√© b√©nie est l'un de leurs descendants.

(4.12.10)
Il est évident que les caractères héréditaires ont aussi leur importance, au point que, si les caractères ne sont pas conformes au caractère originel, bien qu'on appartienne physiquement à telle descendance, on en sera exclu spirituellement. Ainsi, Canaan n'est pas considéré comme appartenant a la descendance de Noé. [voir : Genèse 9.26 ; Nombres 33.51-52 ; Petit-fils de Noé, Canaan a donné son nom à la tribu cananéenne, dont la bible attribue le massacre par les hébreux à son impiété]

(4.12.11)
Mais la différence des caractères, qui résulte de l'éducation, est considérable, car l'éducation a une grande importance.

(4.12.12)
L'éducation rend l'ignorant instruit, le faible courageux; elle redresse la branche tordue, elle rend doux et sucrés les fruits amers et aigres des montagnes et des bois; la fleur à cinq pétales est centuplée; par l'éducation, les peuples sauvages deviennent civilisés et les animaux eux-mêmes se plient aux besoins et aux usages de l'homme.

(4.12.13)
Il faut faire grand cas de cette √©ducation car, de m√™me que les maladies dans le monde des corps se communiquent tr√®s facilement, de m√™me les dispositions sont extr√™mement contagieuses dans les √Ęmes et les coeurs.

(4.12.14)
Cette diversification produite par l'√©ducation est tr√®s consid√©rable et a une influence g√©n√©rale. Peut-√™tre quelqu'un va-t-il dire que, puisque l'aptitude et le m√©rite des hommes sont diff√©rence, et que les vari√©t√©s qui existent entre les hommes tiennent √† leurs aptitudes, il doit n√©cessairement y avoir des caract√®res diff√©rents. Mais c'est une erreur. Car il y a deux sortes d'aptitudes : l'aptitude naturelle et l'aptitude acquise. [nota : il doit n√©cessairement y avoir des caract√®res diff√©rents, par cons√©quent il ne faut pas bl√Ęmer les gens qui ont de mauvaises tendances]

(4.12.15)
La première qui est la création divine, est absolument, purement bonne; dans la nature il n'y a pas de mal.

(4.12.16)
Mais aptitude acquise est devenue la cause de l'existence du mal. Par exemple, Dieu a créé tous les hommes de telle façon, et leur a donné des dispositions et des capacités telles que le miel et le sucre leur profitent, et que le poison les rend malades et les tue. Telles sont les capacités et les aptitudes naturelles que Dieu a données également à toute l'humanité.

(4.12.17)
Mais l'homme commence peu √† peu √† consommer du poison, en en prenant chaque jour une petite quantit√© qu'il augmente progressivement jusqu'au moment o√Ļ, s'il ne prend pas un gramme d'opium par jour, il meurt. Les aptitudes naturelles sont ainsi compl√®tement transform√©es.

(4.12.18)
Remarquez combien les aptitudes et les capacités naturelles peuvent être modifiées par des habitudes et une culture différentes!

(4.12.19)
On ne reproche pas au criminel ses aptitudes et ses capacités naturelles, mais bien ses aptitudes et ses capacités acquises.

(4.12.20)
Dans la nature, le mal n'existe pas, tout est bon; m√™me des qualit√©s et un naturel qui, en g√©n√©ral, sont bl√Ęm√©s, et qui pourtant sont une n√©cessit√© essentielle de certains humains, ne sont pas en r√©alit√© bl√Ęmables.

(4.12.21)
Ainsi, dès le début de sa vie, on peut remarquer clairement chez un enfant qui tète les signes de l'avidité, de la colère, de la domination. Alors, le bien et le mal ont été créés dans la réalité de l'homme, et cela est contraire au bien absolu dans la création et la nature pourra-t-on dire. La réponse à cela c'est que l'avidité, qui est la demande de quelque chose de plus, est une qualité louable, pourvu qu'elle s'exerce à propos.

(4.12.22)
Par exemple, si un homme est avide d'apprendre les sciences et le savoir, ou de devenir cl√©ment, g√©n√©reux et juste, cela est tr√®s louable. S'il exerce sa col√®re et sa domination contre les tyrans sanguinaires, qui sont comme des lions d√©vorants, cela est √©galement tr√®s louable; tandis que, s'il ne se sert pas de ces qualit√©s pour de bons propos, elles sont bl√Ęmables.

(4.12.23)
Il est donc √©vident que, dans la cr√©ation, le mal n'a jamais exist√©; mais quand le caract√®re naturel de l'homme s'exerce dans les circonstances contraires aux lois, il devient bl√Ęmable.

(4.12.24)
Par exemple, si un riche fait g√©n√©reusement une aum√īne √† un pauvre afin qu'il l'emploie pour ce qui lui est n√©cessaire, et si ce pauvre emploie ensuite cette somme pour des choses ill√©gales, cela devient bl√Ęmable.

(4.12.25)
De m√™me pour toutes les caract√©ristiques naturelles de l'homme, qui constituent le capital de la vie; si on s'en sert pour des choses ill√©gales, elles deviennent bl√Ęmables. Il est donc clair que la nature est le bien m√™me.

(4.12.26)
Consid√©rez que le plus mauvais caract√®re et le d√©faut le plus ha√Įssable, qui est la source de tous les maux, c'est le mensonge; on ne peut imaginer un d√©faut plus mauvais et plus bl√Ęmable dans l'existence; c'est le destructeur de toutes les perfections humaines et la cause de vices innombrables; il n'y a pas de pire d√©faut que celui-l√†, c'est la base de tous les crimes.

(4.12.27)
Malgr√© cela, si un m√©decin console un malade en lui disant : ¬ę Gr√Ęce √† Dieu, ta sant√© est meilleure, et j'esp√®re en ta gu√©rison ¬Ľ, m√™me si ces paroles sont contraires √† la v√©rit√©, elles peuvent servir √† consoler le coeur du malade, et √™tre la source de sa gu√©rison. Cela n'est pas bl√Ęmable. La question est maintenant clairement √©lucid√©e.


4.13. L'intelligence humaine et les manifestations de Dieu

(4.13.1)
Question. - Jusqu'o√Ļ peut aller la perception humaine, et par quoi est-elle limit√©e ?

(4.13.2)
R√©ponse. - Sachez qu'il y a deux sortes de perceptions : le plus humble degr√© de perception correspond aux sentiments des animaux, c'est-√†-dire √† la sensation physique qui appara√ģt par le pouvoir des sens. Cette perception est appel√©e sensation : l√†, l'homme et l'animal sont √©gaux; bien plus, certains animaux sont sup√©rieurs √† l'homme.

(4.13.3)
Mais dans l'humanité, la perception varie, et elle est différenciée selon les différentes aptitudes de l'homme.

(4.13.4)
Au premier rang de la nature est la perception de l'√Ęme dou√©e de raison; par cette perception et cette facult√©, tous les hommes sont √©gaux, qu'ils soient n√©gligents, attentifs, croyants ou m√©cr√©ants.

(4.13.5)
Dans l'oeuvre de Dieu, cette √Ęme dou√©e de raison embrasse et d√©passe les autres cr√©atures. Comme elle est plus noble et plus √©lev√©e, elle englobe les choses.

(4.13.6)
Le pouvoir de l'√Ęme dou√©e de raison peut d√©couvrir la r√©alit√© des choses, comprendre les particularit√©s des cr√©atures et p√©n√©trer les myst√®res des existences, Toutes ces sciences, ces connaissances, ces arts, ces merveilles, ces institutions, ces d√©couvertes, ces entreprises proviennent des facult√©s de l'√Ęme dou√©e de raison.

(4.13.7)
Il fut un temps o√Ļ c'√©taient des myst√®res pr√©serv√©s, des secrets cach√©s et inconnus; l'√Ęme dou√©e de raison les a peu √† peu d√©couverts et amen√©s du domaine de l'invisible et du cach√© √† celui de l'√©vidence.

(4.13.8)
C'est le plus grand pouvoir de la perception dans la nature; son essor et sa portée suprême consistent à comprendre la réalité, les particularités et les caractéristiques des contingences.

(4.13.9)
Mais l'intelligence universelle divine, qui est en dehors de la nature, c'est la bonté du pouvoir du Préexistant. Cette intelligence universelle divine embrasse les réalités existantes, et elle perçoit les lumières des mystères divins. C'est un pouvoir de conscience, non un pouvoir de recherche et d'expérience.

(4.13.10)
Au contraire, le pouvoir intellectuel naturel est un pouvoir de recherche; par ses recherches, il découvre les réalités des créatures et les particularités des existences.

(4.13.11)
Mais le pouvoir intellectuel du royaume de Dieu, qui est en dehors de la nature, embrasse les choses, les conna√ģt, les comprend, per√ßoit les myst√®res, les r√©alit√©s et les significations divines, et d√©couvre les v√©rit√©s cach√©es du royaume.

(4.13.12)
Ce pouvoir intellectuel divin est spécial aux saintes manifestations et aux orients de la prophétie; un rayon de cette lumière frappe le miroir du coeur des fidèles, et une part et une portion de ce pouvoir leur parviennent par l'intermédiaire des saintes manifestations.

(4.13.13)
Les saintes manifestations ont trois conditions : la condition du corps, celle de l'√Ęme dou√©e de raison et celle de la manifestation de perfection, de l'√©clat divin.

(4.13.14)
Le corps comprend les choses dans la mesure de ses capacités dans le monde corporel : c'est ainsi que, dans bien des cas, les manifestations ont montré de la faiblesse.

(4.13.15)
Par exemple : ¬ę J'√©tais endormi dans l'ignorance; la brise de Dieu passa sur moi, me r√©veilla et me commanda de proclamer la parole de Dieu. ¬Ľ Ou bien, lorsque le Christ, √† l'√Ęge de trente ans, fut baptis√© et que le Saint-Esprit entra en lui; auparavant, le Saint-Esprit ne se manifestait pas en lui. Tout cela se rapporte √† la condition du corps des manifestations. [voir : ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.4.14 et 3.4.17 et 4.13.15 - ¬ę J'√©tais endormi les brises divines ont pass√© sur moi et je me suis √©veill√© ¬Ľ]

(4.13.16)
Tandis que leur condition divine embrasse toutes les choses, conna√ģt tous les myst√®res, sait tous les signes, gouverne toutes les choses, avant comme apr√®s leur mission, c'est tout un. C'est pour cela qu'il a dit : ¬ę Je suis l'Alpha et l'Om√©ga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. ¬Ľ [voir : ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.9.13 et 4.13.16 et 5.7.11; ¬ę Les sept vall√©es ¬Ľ 1.35 et 1.64 ; voir aussi Apocalypse 1.8 ; Esa√Įe 48.12 ; Coran 57.3 - CLE: LE PREMIER LE DERNIER, ALPHA ET OMEGA - Selon la bible: ¬ę √ī Jacob, et √ī Isra√ęl, mon appel√©, √©coute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. ¬Ľ et selon J√©sus: ¬ę Je suis l'Alpha et l'Om√©ga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. ¬Ľ et selon Muhammad: ¬ę C'est Lui le Premier et le Dernier ¬Ľ]


4.14. La connaissance de Dieu

(4.14.1)
Question. - Jusqu'√† quel point l'intelligence de l'homme arrive-t-elle a comprendre Dieu? R√©ponse. - Ce sujet exige beaucoup de temps, et son explication ainsi, √† table, n'est pas facile; n√©anmoins nous en parlerons bri√®vement. [voir : ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 1.1.8 et 3.2.7 - sur l'id√©e de Dieu, le lecteur verra que la foi bah√°‚Äô√≠e n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et que, si elle se sert d'une terminologie pass√©e dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la port√©e symbolique]

(4.14.2)
Sachez qu'il y a deux sortes de connaissances : la connaissance de l'essence d'une chose et celle de ses qualités. L'essence d'une chose est connue par ses qualités, autrement elle nous échappe.

(4.14.3)
Comme ce que nous savons des choses, bien qu'elles soient cr√©√©es et limit√©es, vient de leurs qualit√©s et non de leur essence, comment pourrions-nous conna√ģtre, par son essence, la R√©alit√© divine qui est illimit√©e?

(4.14.4)
L'essence profonde des choses est inconnue; seules, ses qualités le sont. Ainsi l'essence profonde du soleil nous échappe, mais par ses qualités qui sont la chaleur et la lumière, nous le connaissons. L'essence profonde de l'homme nous échappe, elle est inconnue, mais par ses qualités elle est connue et caractérisée.

(4.14.5)
Et comme notre connaissance de toute chose se rapporte aux qualités et non à l'essence, bien que notre intelligence s'applique aux êtres et que les êtres extérieurs soient connus, ces êtres, quant à leur essence, nous échappent; nous ne les connaissons que quant à leurs qualités.

(4.14.6)
Alors, comment l'Eternel, qui est au-dessus de l'intelligence et des pensées, serait-Il connu dans son essence? C'est-à-dire que, puisque les choses ne peuvent être connues que dans leurs qualités, et non dans leur essence, à plus forte raison la Réalité divine nous échappe-t-elle dans son essence, et n'est-elle connue que dans ses attributs.

(4.14.7)
D'ailleurs comment la réalité contingente pourrait-elle comprendre la Réalité éternelle? Car comprendre, c'est avoir déjà en soi; il faut contenir pour comprendre, et l'Essence de l'Unité contient tout; elle n'est pas contenue.

(4.14.8)
Egalement, la différence de règnes entre les êtres est un obstacle à la connaissance. Ainsi ce minéral, qui appartient au règne minéral, aura beau s'élever, il ne pourra jamais comprendre la force de croissance. Les végétaux, les arbres, quelque progrès qu'ils fassent, ne peuvent se représenter la faculté de la vue, non plus que comprendre les autres sens. L'animal ne peut se représenter les facultés humaines, c'est-à-dire les facultés spirituelles.

(4.14.9)
La différence de règnes est un obstacle à la connaissance : les êtres du règne inférieur ne peuvent comprendre ceux du règne supérieur. Comment alors la réalité contingente comprendrait-elle la Réalité éternelle ?

(4.14.10)
Donc, comprendre Dieu veut dire comprendre et conna√ģtre ses attributs, non sa r√©alit√©. Et cette connaissance des attributs d√©pend aussi de la capacit√© et du pouvoir plus ou moins grands de l'homme. Ils ne sont pas illimit√©s.

(4.14.11)
Par conséquent, la philosophie consiste à comprendre la réalité des choses, comme elles existent, selon la capacité et le pouvoir des hommes.

(4.14.12)
Et pour la réalité contingente, il n'y a pas d'autre ressource que de comprendre les attributs de l'Eternel selon les capacités humaines.

(4.14.13)
Le mystère divin est au-dessus de la compréhension des êtres; tout ce qui parvient à l'imagination, c'est cela que l'homme comprend; et le pouvoir de compréhension de l'homme ne s'applique pas à la réalité de l'Essence divine.

(4.14.14)
Tout ce que l'homme est capable de comprendre ce sont les attributs divins, dont l'√©clat brille et appara√ģt dans le monde et dans l'√Ęme des hommes.

(4.14.15)
Lorsque nous regardons le monde et au coeur de l'√Ęme des hommes, des signes √©vidents des perfections divines apparaissent, clairs et manifestes, car la r√©alit√© des choses prouve la R√©alit√© universelle.

(4.14.16)
On peut comparer la R√©alit√© divine au soleil qui, dans les hauteurs de sa gloire, brille sur tous les horizons; chaque horizon et chaque √Ęme prennent une part de cet √©clat; et si cet √©clat et cette lumi√®re n'existaient pas, les √™tres n'existeraient pas non plus; chacun exprime une v√©rit√© et retient une partie de cette lumi√®re.

(4.14.17)
Mais la réflexion des perfections, des bontés et des qualités divines brille et resplendit dans la réalité de l'homme parfait, c'est-à-dire de cet être unique qui est la manifestation universelle de Dieu.

(4.14.18)
Cas les autres êtres ne reçoivent qu'un rayon, tandis que la manifestation universelle est un miroir pour ce Soleil, lequel devient visible et manifeste en lui, avec toutes ses perfections, ses attributs, ses signes et ses merveilles.

(4.14.19)
La connaissance de la Réalité divine est absolument impossible, mais la connaissance des manifestations divines est la connaissance de Dieu; car les bontés, les splendeurs, les qualités divines sont manifestées en elles.

(4.14.20)
Donc, si l'homme parvient √† conna√ģtre les manifestations divines, il arrive √† la connaissance de Dieu. S'il n√©glige de conna√ģtre les saintes manifestations, il en est priv√©.

(4.14.21)
Il est donc clair et établi que les manifestations saintes sont le siège de la bonté, des signes et des perfections de Dieu. Heureux sont ceux qui, de ces lumineuses aurores, reçoivent la lumière des bontés divines!

(4.14.22)
Nous espérons que les amis de Dieu, comme une force attractive, recevront ces bontés, de leur source même, et qu'ils se lèveront avec une lumière et des signes qui feront d'eux des preuves évidentes du Soleil de Réalité!


4.15. L'immoralité de l'esprit

(4.15.1)
Apr√®s avoir prouv√© que l'esprit humain existe, il s'agit maintenant d'√©tablir son immortalit√©. Il en est fait mention dans les livres saints; l'immortalit√© de l'esprit est la base fondamentale des religions divines. [nota : voir ¬ę Diff√©rence entre l'homme et l'animal ¬Ľ. Les deux le√ßons sur l'immortalit√© de l'esprit furent donn√©es par Abdu‚Äôl-Bah√° apr√®s celle sur la diff√©rence entre l'homme et l'animal. Pour la clart√© du sujet nous avons pr√©f√©r√© les classer ici]

(4.15.2)
Or, on dit qu'il y a deux sortes de punitions et de r√©compenses. Premi√®rement, les r√©compenses et les ch√Ętiments de la vie; secondement, ceux de l'autre monde.

(4.15.3)
Mais le paradis et l'enfer de l'existence se retrouvent dans tous les mondes de Dieu, que ce soit dans ce monde ou que ce soit dans les mondes spirituels et célestes.

(4.15.4)
L'obtention de ces r√©compenses c'est l'obtention de la vie √©ternelle. C'est pour cela que le Christ dit : ¬ę Agissez de fa√ßon √† gagner la vie √©ternelle, et √† na√ģtre de l'eau et de l'esprit, afin d'entrer dans le royaume des cieux. ¬Ľ [voir : Jean 3.5-7 ; Coran 25.48 ; ¬ę Causeries d'Abdu'l-Bah√° √† Paris ¬Ľ 1.27.1 ; ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 2.97 ; ¬ę S√©lection des √©crits d'Abdu'l-Bah√° ¬Ľ 129.5]

(4.15.5)
Les récompenses de ce monde sont les vertus et les perfections qui ornent l'homme véritable. Ainsi, de ténébreux, il devient lumineux; d'ignorant, savant; de négligent, attentif; d'endormi, éveillé; de mort, vivant; d'aveugle, voyant; de sourd, fine oreille; de terrestre, céleste; de matériel, spirituel.

(4.15.6)
Par ces r√©compenses, il trouve la naissance spirituelle, il devient une cr√©ature nouvelle, il devient la manifestation de ce verset de l'Evangile o√Ļ il est dit, √† propos des ap√ītres, qu'ils n'√©taient n√©s ni du sang ni de la chair, ni de la volont√© de l'homme, mais de Dieu; c'est-√†-dire qu'ils √©taient affranchis des moeurs et des qualit√©s bestiales qui sont un des c√īt√©s de la nature humaine, et qu'ils √©taient caract√©ris√©s par les qualit√©s divines qui sont la bont√© de Dieu. Telle est la signification de la naissance.

(4.15.7)
Pour de tels êtres, il n'y a pas de tourment plus grand que d'être séparé de Dieu, ni de punition plus violente que les vices, les passions, les mauvais penchants, une nature vile, et le ait de tomber dans la débauche.

(4.15.8)
Lorsque, à la lumière de la foi, ils sont affranchis de la noirceur de ces vices, qu'ils deviennent illuminés par l'éclat du Soleil de Vérité et honorés par toutes les vertus, ils considèrent cela comme la plus grande récompense, et ils savent que c'est le véritable paradis.

(4.15.9)
Et de m√™me, ils regardent comme la punition divine, c'est-√†-dire comme le tourment et le ch√Ętiment de la vie, le fait d'√™tre soumis au monde mat√©riel, d'√™tre s√©par√© de Dieu, la brutalit√© et l'ignorance, le fait de tomber dans les vices charnels, d'√™tre esclave des faiblesses animales, d'√™tre caract√©ris√© par les noirs attributs tels que le mensonge, la cruaut√©, l'iniquit√©, l'attachement aux choses mondaines, et le ait d'√™tre plong√© dans les pens√©es sataniques; pour eux, ce sont les tourments et les ch√Ętiments les plus grands.

(4.15.10)
Quant aux récompenses de l'autre monde, ce sont : la vie éternelle, laquelle est mentionnée dans tous les livres saints, ainsi que les perfections divines et tes bienfaits éternels, la félicité éternelle.

(4.15.11)
Les récompenses de l'autre monde sont les perfections et la paix, obtenues dans le monde spirituel, après qu'on a quitté celui-ci.

(4.15.12)
Les récompenses de cette vie sont les véritables perfections lumineuses qui existent dans ce monde et qui sont cause de vie éternelle; car les récompenses de cette vie sont les progrès mêmes de notre existence.

(4.15.13)
Ainsi l'homme passe du monde embryonnaire √† la maturit√© et devient la manifestation de ¬ę B√©ni soit Dieu le meilleur des cr√©ateurs ¬Ľ.

(4.15.14)
Les r√©compenses de l'autre monde sont la paix et les gr√Ęces spirituelles, les diff√©rentes sortes de bienfaits spirituels dans le royaume divin, la r√©alisation des d√©sirs du coeur et de l'√Ęme, et la rencontre de Dieu dans le monde √©ternel.

(4.15.15)
De même, les punitions de l'autre monde, c'est-à-dire les tourments de l'autre monde, consistent à être privé des faveurs spéciales de Dieu, des bienfaits incontestables, et à tomber dans les derniers degrés de l'existence.

(4.15.16)
Et celui qui est privé de ces bienfaits divins, quoiqu'il continue d'exister après la mort, est pourtant considéré comme mort auprès des gens de vérité.

(4.15.17)
Quant à la preuve logique de l'immortalité de l'esprit, c'est qu'aucun signe ne peut résulter d'une chose non existante, c'est-à-dire qu'il est impossible que, d'une chose qui n'existe pas, le moindre signe apparaisse; car le signe est la conséquence d'une chose, et la conséquence dépend de l'existence du principe.

(4.15.18)
Ainsi, d'un soleil non existant il ne peut briller de lumi√®re; d'une mer non existante nulle vague ne peut na√ģtre; d'un nuage non existant il ne tombe pas de pluie; un arbre non existant ne donne pas de fruits; un homme non existant ne manifeste ni ne produit rien.

(4.15.19)
Par conséquent, si un signe d'existence est manifesté, c'est la preuve que le possesseur du signe existe.

(4.15.20)
Consid√©rez qu'aujourd'hui le royaume du Christ existe; comment se pourrait-il qu'un souverain inexistant manifest√Ęt un royaume aussi grand ? Comment, d'une mer non existante, les vagues monteraient-elles si haut? Comment une aussi douce brise sainte se r√©pandrait-elle d'un jardin non existant ?

(4.15.21)
Considérez que chaque être, par le seul fait de la destruction de ses membres, de la décomposition de ses éléments, perd complètement tout effet, toute influence, tout signe, que ce soit un minéral, un végétal ou un animal.

(4.15.22)
Il n'y a que la réalité humaine, l'esprit de l'homme qui, après la désagrégation de ses membres, la dispersion de ses molécules et la destruction de sa composition, continue à donner des signes, à agir et à avoir du pouvoir.

(4.15.23)
Cette question est extrêmement subtile; réfléchissez-y bien; c'est une preuve de raison que nous donnons afin que, raisonnablement, on la pèse dans la balance de la raison et de l'équité.

(4.15.24)
Que si l'esprit humain devient annonciateur de bonnes nouvelles, et est attiré vers le royaume de Dieu, s'il voit avec la vraie vision, si son entendement spirituel prend force, si ses sentiments spirituels deviennent prédominants, il verra son immortalité aussi clairement que le soleil, et les bonnes nouvelles et les signes de Dieu l'envelopperont entièrement!

(4.15.25)
Demain, nous donnerons d'autres preuves.


4.16. L'immortalité de l'esprit (suite)

(4.16.1)
Hier, nous étions en train de prouver l'immortalité de l'esprit.

(4.16.2)
Sachez que l'activité et l'intelligence de l'esprit humain sont de deux sortes, c'est-à-dire qu'il agit et comprend de deux façons différentes.

(4.16.3)
D'abord, par l'intermédiaire d'instruments et d'organes : ainsi, c'est par l'oeil qu'il voit, par l'oreille qu'il entend, par la langue qu'il parle. Telle est l'action de l'esprit et de l'intelligence humaine, par l'intermédiaire des organes.

(4.16.4)
C'est-à-dire que ce qui voit, c'est l'esprit, mais par l'intermédiaire de l'oeil; ce qui entend, c'est l'esprit, mais par l'intermédiaire de l'oreille; c'est lui l'orateur, mais par l'intermédiaire de la langue.

(4.16.5)
L'autre sorte d'activité et d'action de l'esprit consiste à se passer d'instruments et d'organes. Par exemple, il est dans l'état de sommeil; sans oeil il voit, sans oreille il entend, sans langue il parle, sans jambes il court; bref, cette activité a lieu sans l'intermédiaire d'un instrument ou d'un organe.

(4.16.6)
Combien de fois arrive-t-il qu'il fasse un rêve dans le sommeil, dont la signification n'est manifeste que deux ans après, dans des événements concordants ? Et de même, combien de fois une question qu'il ne peut résoudre à l'état de veille est solutionnée dans le monde du rêve ?

(4.16.7)
Dans la veille, l'oeil ne voit que jusqu'à une courte distance; mais dans le rêve, l'homme qui est en Orient voit l'Occident. Dans la veille il voit le présent, dans le rêve l'avenir.

(4.16.8)
Dans la veille, à toute vitesse, il traversera au plus vingt farsakhs à l'heure; dans le rêve, en un clin d'oeil, il traverse l'Est et l'Ouest. [nota : Farsakhs: Le farsakhs est une mesure de longueur qui équivaut à un peu moins de quatre milles anglais]

(4.16.9)
Car l'esprit voyage de deux façons différentes : sans instrument, c'est-à-dire le voyage spirituel, et avec instrument, c'est-à-dire le voyage matériel; comme les oiseaux qui peuvent s'envoler ou changer de place lorsqu'on les transporte.

(4.16.10)
Dans le sommeil, le corps est comme mort; il ne voit ni n'entend, il ne sent pas, il n'a pas de conscience, pas d'intelligence; c'est que les facultés de l'homme sont éteintes. Mais l'esprit vit et subsiste. Et même, son influence est plus considérable; son vol s'étend plus haut, son intelligence est plus grande.

(4.16.11)
Si, après la mort du corps, la mort de l'esprit suivait ce serait comme si nous imaginions qu'un oiseau en cage serait perdu si l'on brisait sa cage; alors que, au contraire, l'oiseau n'a rien à craindre de la destruction de la cage. Notre corps est comme la cage, et notre esprit comme l'oiseau.

(4.16.12)
Nous voyons que, sans la cage, dans le sommeil, cet oiseau s'envole; donc, si elle était brisée, l'oiseau durerait et subsisterait; ses sens seraient plus puissants, son intelligence plus grande, son bonheur plus complet.

(4.16.13)
En v√©rit√©, de l'enfer, il parviendrait √† un paradis de d√©lices; car, pour les oiseaux reconnaissants il n'y a pas de paradis plus √©lev√© que l'affranchissement de la cage. C'est pour cela que les martyrs, avec la joie et le bonheur les plus grands, se h√Ętent vers le champ du sacrifice.

(4.16.14)
Egalement, dans la veille, l'oeil de l'homme voit au plus à une heure de distance, car par l'instrument du corps, l'action de l'esprit est ainsi fixée; mais par la vision et l'oeil de l'intelligence, il voit l'Amérique, il perçoit ces lieux éloignés, il découvre la condition des choses, et il organise les affaires.

(4.16.15)
Or, si l'esprit n'√©tait autre chose que le corps, il serait n√©cessaire que le pouvoir de la vision interne f√Ľt identique [nota : la vision interne aurait d√Ľ √™tre identique √† celle de la vision de l'Ňďil]. II est donc clair que cet esprit est autre chose que ce corps, que cet oiseau est autre chose que cette cage, et que le pouvoir et l'influence de l'esprit, sans l'interm√©diaire du corps, sont encore plus consid√©rables.

(4.16.16)
Or, si l'organe est abandonné, le possesseur de l'organe continue à agir; si une plume est abandonnée ou si elle se brise, l'écrivain n'en demeure pas moins vivant et présent; si une maison est détruite, le propriétaire reste et subsiste. Tout cela fait partie des preuves logiques de l'immortalité de l'esprit.

(4.16.17)
Il y en a une autre : ce corps s'affaiblit, devient lourd, malade, il recouvre la santé, il est fatigué, reposé; parfois on l'ampute d'une main, d'une jambe, son pouvoir physique est affaibli, il devient aveugle, sourd, muet, ses membres peuvent devenir paralysés; bref, le corps peut avoir toutes les imperfections.

(4.16.18)
Au contraire l'esprit, dans sa condition primordiale, dans sa perception spirituelle, subsiste et demeure; il n'est en rien amoindri ni détruit. Pourtant, lorsqu'il est entièrement soumis aux maladies et aux ennuis, le corps est privé des bienfaits de l'esprit, comme un miroir brisé, sale, ou poussiéreux, qui ne réfléchit plus la lumière du soleil et ne montre plus ses bienfaits.

(4.16.19)
Nous avons déjà expliqué que l'esprit humain n'est pas dans le corps, car il est affranchi et exempt des conditions de descente et de sortie qui appartiennent aux choses matérielles. La relation de l'esprit avec le corps est comme celle du soleil avec le miroir.

(4.16.20)
Bref, l'esprit humain est dans une condition sp√©ciale : les maladies du corps ne l'affectent pas, non plus que sa sant√©; il ne devient pas malade ou faible, ou mis√©rable ou pauvre, ou l√©ger, ou petit; c'est-√†-dire que les affections du corps ne le touchent pas et qu'aucun effet ne sera visible si le corps devient faible, si les mains, ou les pieds, ou la langue sont coup√©s, s'il perd l'ou√Įe ou la vue.

(4.16.21)
Il est donc clair et établi que l'esprit est autre que le corps et que sa durée est indépendante de celle du corps. Au contraire, l'esprit, avec la gloire la plus grande, règne sur le corps; et ses effets et son influence, comme les bienfaits du soleil dans un miroir, sont manifestes et visibles. Mais lorsque le miroir est sale ou se brise, il est privé de la lumière du soleil!


4.17. Les perfections de l'existence sont illimitées

(4.17.1)
Sachez que les rangs de l'existence sont limités : il y a le rang de servitude, le rang de prophétie et le rang de divinité.

(4.17.2)
Tandis que les perfections divines, aussi bien que les perfections contingentes, sont illimitées. Lorsque vous regardez attentivement, vous voyez que cette non-limitation des perfections de l'existence est bien apparente, car vous ne pouvez trouver une seule créature dont vous ne puissiez imaginer qu'il en existe une supérieure.

(4.17.3)
Par exemple, il n'y a pas un rubis dans le monde minéral, une rose dans le monde végétal, ou un rossignol dans le monde animal tels qu'on n'en puisse imaginer de plus parfaits.

(4.17.4)
Et comme la gr√Ęce divine est illimit√©e, les perfections humaines le sont aussi. S'il √©tait possible d'en atteindre la limite, l'une quelconque des choses pourrait atteindre l'√©tat o√Ļ elle n'aurait plus besoin de Dieu, et la contingence parviendrait au degr√© de l'Existence absolue.

(4.17.5)
Mais chaque créature a pour elle un degré qu'elle ne peut outrepasser : c'est-à-dire que quiconque est dans le degré de servitude aura beau faire des progrès, acquérir des perfections sans limites, il ne parviendra pas au degré de divinité.

(4.17.6)
De même pour les autres créatures : un minéral, quelque progrès qu'il fasse dans le monde minéral, ne trouvera pas la force végétative. Egalement cette fleur, quelque progrès qu'elle fasse dans le monde botanique, ne pourra manifester en elle la faculté des sens.

(4.17.7)
Par exemple, ce morceau d'argent ne peut avoir ni ou√Įe, ni vue; tout ce qu'il peut faire, c'est d'√©voluer dans son propre rang et de devenir une pi√®ce parfaite; mais il ne peut acqu√©rir la force de croissance ou la force sensitive, ni trouver la vie; il ne peut que progresser dans son propre rang.

(4.17.8)
Par exemple, saint Pierre ne peut pas être le Messie. Tout ce qu'il peut faire c'est, dans le rang de servitude, d'atteindre des perfections illimitées, car tout ce qui existe est capable de progresser.

(4.17.9)
Et comme l'esprit de l'homme, apr√®s avoir d√©pouill√© cette forme mat√©rielle, a une vie √©ternelle :t que naturellement une chose existante est aussi capable de progr√®s (apr√®s la mort) , donc l'homme, apr√®s sa mort, peut esp√©rer le progr√®s, le pardon, la faveur, la bienfaisance, la gr√Ęce, puisque l'existence est capable de progr√®s.

(4.17.10)
C'est pour cela que, dans les prières de Bahá'u'lláh, il y a la demande du pardon et de la rémission pour ceux qui ont trépassé;

(4.17.11)
d'ailleurs, de même que la créature a besoin de Dieu dans ce monde, elle en a aussi besoin dans l'autre; la créature est toujours dans le besoin et Dieu est absolument indépendant, que ce soit dans ce monde ou dans l'autre.

(4.17.12)
La richesse de l'autre monde, c'est l'approche de Dieu.

(4.17.13)
Par conséquent, il est certain que ceux qui sont près de la cour divine peuvent intercéder, et que cette intercession a l'approbation de Dieu. Mais l'intercession dans l'autre monde ne ressemble pas à celle de ce monde; c'est un autre état de choses, une autre vérité qu'il n'est pas facile d'expliquer.

(4.17.14)
Si un homme opulent, au moment de sa mort, fait un testament en faveur des pauvres et des misérables et dépense pour eux une partie de ses richesses, il se peut que cette action devienne la cause de son pardon, de sa rémission et de son progrès dans le royaume de Dieu.

(4.17.15)
Dans un autre ordre d'id√©es, un p√®re et une m√®re endurent toutes sortes de peines et de soucis pour leurs enfants; et souvent, lorsque ceux-ci arrivent √† l'√Ęge de raison, le p√®re et la m√®re s'en vont dans l'autre monde. II leur arrive rarement de voir chez leurs enfants, en ce morde, le r√©sultat de leurs peines et de leurs soucis.

(4.17.16)
Donc, il faut que les enfants, en retour des soucis et des peines de leurs parents, fassent du bien et des bonnes oeuvres, et demandent pour eux le pardon et la rémission.

(4.17.17)
Ainsi, vous devez, en retour de l'amour et de l'affection que vous a montrés votre père, faire en son nom des libéralités aux pauvres et, avec la soumission et l'humilité les plus grandes, implorer pour lui le pardon et la rémission, et demander la miséricorde suprême.

(4.17.18)
Il est même possible que ceux qui sont morts dans le péché et l'impiété changent de condition, et qu'ils deviennent l'objet de la rémission, C'est le fait de la bonté divine, non de la justice; car la bonté donne sans tenir compte du mérite, au contraire de la justice.

(4.17.19)
Et comme nous avons ici-bas le pouvoir de prier pour ces √Ęmes, de m√™me dans l'autre monde, qui est le royaume de Dieu, nous poss√©derons ce m√™me pouvoir.

(4.17.20)
Est-ce que, dans l'autre monde, tous les êtres ne sont pas des créatures de Dieu? Donc, dans l'autre monde aussi, ils peuvent progresser.

(4.17.21)
De même que dans ce monde, par leurs supplications, ils peuvent obtenir des lumières, de même dans l'autre ils peuvent demander la rémission.

(4.17.22)
Ainsi, comme les individus peuvent dans ce monde, soit à l'aide des supplications et de l'humilité, soit à l'aide des prières des êtres pieux, parvenir au progrès, de même aussi après la mort, par leur propres prières et leurs supplications, ils peuvent progresser, et surtout lorsque ceux qui intercèdent pour eux sont les saintes manifestations.


4.18. Sur le progrès de l'homme dans l'autre monde

(4.18.1)
Sachez que rien de ce qui existe ne reste dans un √©tat de repos, c'est-√†-dire que toutes les choses sont en mouvement; toute chose est, soit en train de cro√ģtre, soit en train de d√©cro√ģtre; toute chose, ou bien vient de la non-existence vers la vie, ou bien va de la vie √† la non-existence.

(4.18.2)
Ainsi cette fleur, cette jacinthe, est d'abord venue de la non-existence à la vie, et maintenant elle va de la vie à la non-existence.

(4.18.3)
On appelle ce mouvement, mouvement essentiel, c'est-√†-dire naturel; il est ins√©parable de l'√™tre, car il est sa nature fatale, comme la nature fatale du feu est de consumer. Il est donc √©tabli que ce mouvement est n√©cessaire √† l'existence; ou bien il consiste √† cro√ģtre, ou bien √† d√©cro√ģtre.

(4.18.4)
Or, comme l'esprit, apr√®s la mort, continue d'exister, n√©cessairement il cro√ģt ou d√©cro√ģt; et dans l'autre monde, cesser de cro√ģtre, c'est d√©cro√ģtre. Mais il ne sort pas de sa propre condition dans laquelle il continue au contraire d'√©voluer.

(4.18.5)
Par exemple, la réalité de l'esprit de saint Pierre, tant qu'elle évoluera, n'arrivera pas à la condition de la réalité du Christ; elle évolue dans son propre milieu.

(4.18.6)
De m√™me, voyez ce min√©ral : il aura beau √©voluer, il √©voluera dans son rang; ainsi, vous ne pouvez amener ce cristal √† la condition o√Ļ il aurait la vue; c'est imaginer l'impossible.

(4.18.7)
Ainsi, la lune qui est au ciel aura beau √©voluer, elle ne deviendra jamais le soleil lumineux; elle a son apog√©e et 'on p√©rig√©e propres. Les ap√ītres avaient beau √©voluer, ils ne devenaient pas le Messie.

(4.18.8)
Il est vrai que le charbon devient du diamant, mais tous deux sont des pierres, et les éléments qui les composent sont identiques.


4.19. La condition de l'homme et ses progrès après la mort

(4.19.1)
Lorsque nous regardons les cr√©atures avec l'oeil de la vision, nous voyons qu'elles sont limit√©es √† trois cat√©gories : c'est-√†-dire que, dans l'ensemble, elles sont min√©rales, v√©g√©tales ou animales; ce sont trois classes qui, chacune, ont des esp√®ces. [voir : ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.1.1 et 3.3.8]

(4.19.2)
L'homme est l'esp√®ce sup√©rieure, car il poss√®de les perfections de toutes les classes, c'est-√†-dire que c'est un corps qui cro√ģt et qui sent; et bien qu'il ait la perfection du min√©ral, du v√©g√©tal et de l'animal, il poss√®de en outre une perfection sp√©ciale dont les autres cr√©atures sont priv√©es, √† savoir l'intelligence. Il est donc l'√™tre le plus noble.

(4.19.3)
L'homme est au rang suprême de la matérialité, et au commencement de la spiritualité; c'est-à-dire qu'il est la fin de l'imperfection et le commencement de la perfection.

(4.19.4)
Il est au dernier degré des ténèbres et au commencement de la lumière; aussi a-t-on dit que la condition de l'homme était la fin de la nuit et le commencement du jour; c'est-à-dire qu'il réunit tous les degrés des imperfections, et possède les degrés des perfections.

(4.19.5)
Il a le c√īt√© animal aussi bien que le c√īt√© ang√©lique; et la raison d'√™tre de l'√©ducateur est d'instruire les hommes de fa√ßon que le c√īt√© ang√©lique l'emporte sur le c√īt√© animal.

(4.19.6)
Donc, si, chez l'homme, le pouvoir divin, qui est la source de toute perfection, l'emporte sur le pouvoir satanique, source de toute imperfection, il devient la plus noble des créatures; si c'est le contraire, il devient la plus basse. Voilà pourquoi il est la fin de l’imperfection et le commencement de la perfection.
(4.19.7)
Dans les espèces autres que l'espèce humaine, on ne rencontre pas une différence, une opposition, un contraste et une contradiction semblables.

(4.19.8)
Ainsi, l'homme a été la réflexion humaine des lumières divines, comme le Christ, et vous voyez quelles sont sa puissance et sa gloire !

(4.19.9)
Et en m√™me temps, il y a des hommes idol√Ętres qui adorent des pierres, une motte de terre, un arbre; voyez comme ils sont vils pour que l'objet de leur adoration puisse √™tre la plus basse des cr√©atures, une pierre, une motte de terre sans esprit, une montagne, une for√™t, un arbre! Quelle honte plus grande pour l'homme que d'adorer la chose la plus basse!

(4.19.10)
De même, le savoir est un attribut de l'homme, comme l'ignorance; la sincérité, comme le mensonge; la fidélité, comme la trahison; la justice, comme la tyrannie, etc. Bref, toutes les perfections et les vertus, et tous les vices sont des attributs de l'homme.

(4.19.11)
Voyez √©galement les diff√©rences entre les hommes pris individuellement. Le Christ et Ca√Įphe avaient la forme humaine; Mo√Įse et Pharaon, Abel et Ca√Įn, Bah√°'u'll√°h et Yahya √©taient des hommes! [nota : Mirza Yahya Subh-i-Azal, demi-fr√®re de Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h, et qui fut son adversaire irr√©ductible]

(4.19.12)
Voilà pourquoi on dit que l'homme est le signe suprême de Dieu : c'est le livre de la création, car tous les mystères des créatures existent en lui.

(4.19.13)
Donc, s'il vient à l'ombre de l'éducation du véritable éducateur, et s'il est éduqué par lui, il devient le joyau des joyaux, la lumière des lumières, l'esprit des esprits, le centre des apparitions de la clémence, le principe des qualités divines, l'aurore des lumières célestes, le réceptacle des inspirations de Dieu.

(4.19.14)
Si, au contraire, il est privé de cette éducation, il devient la manifestation des attributs sataniques, des vices du règne animal et de toutes les situations ténébreuses.

(4.19.15)
Telle est la raison de la mission des prophètes pour l'éducation des hommes, afin que ce morceau de charbon devienne un diamant et que cet arbre stérile soit greffé et donne les fruits les plus sucrés et les plus doux.

(4.19.16)
Quand l'homme parvient à la plus noble condition du monde, alors il peut faire de nouveaux progrès dans les degrés de perfection, mais non passer dans un autre rang; car les rangs sont en nombre limité.

(4.19.17)
Mais les perfections divines sont illimitées. Avant de dépouiller cette forme matérielle, comme après, il y a des progrès en perfections, mais non en rang.

(4.19.18)
Ainsi les choses se terminent à l'homme parfait; rien n'existe de supérieur à lui.

(4.19.19)
Mais l'homme qui reste √† son rang a encore des progr√®s en perfections √† faire, sinon en rang, puisqu'il n'y a pas de rang sup√©rieur √† celui de l'homme parait, o√Ļ il puisse se transporter. Il ne progresse que dans le rang de l'humanit√©, car les perfections humaines sont illimit√©es; ainsi quelque savant que soit un homme, on peut en imaginer un sup√©rieur.

(4.19.20)
Donc, comme les perfections humaines sont illimitées, lorsqu'il sort de ce monde, l'homme peut aussi faire des progrès en perfections.


4.20. Commentaire sur un verset du Kitab-i-Aqdas

(4.20.1)
Question. - Dans le Kitab-i-Aqdas il est dit; ¬ę ... et quiconque en est priv√© s'est √©cart√© du bon chemin, m√™me s'il a accompli toutes les bonnes actions possibles. ¬Ľ Que signifie ce verset ? [voir : ¬ę Kit√°b-i-Aqdas ¬Ľ 1.1]

(4.20.2)
Réponse. - Le sens de ce verset sacré est que la base du succès et du salut est la connaissance de Dieu; après la connaissance de Dieu viennent les bonnes actions qui sont le fruit de la foi. Si l'homme n'a pas cette connaissance, il sera privé de Dieu, et avec cette privation, les actions pieuses ne peuvent pas donner leur résultat complet.

(4.20.3)
Ce verset ne signifie pas que ceux qui sont privés de Dieu, qu'ils accomplissent de bonnes ou de mauvaises actions, sont égaux; son sens est que, l'essentiel, c'est la connaissance de Dieu, les bonnes actions en dépendent.

(4.20.4)
Néanmoins, il est certain que, entre des bons, des pécheurs et des méchants, qui seraient également privés de Dieu, il y a une différence. Car celui qui, bien que privé de Dieu, est bon et bienfaisant, mérite le pardon de Dieu; tandis que celui qui, privé de Dieu, est aussi pécheur, méchant et malveillant, celui-là demeure étranger à ses bontés et à ses faveurs. Voilà la différence.

(4.20.5)
Donc, le verset sacré veut dire que seules les bonnes actions, sans la connaissance de Dieu, ne peuvent donner le salut éternel, le succès et la prospérité infinis, ni l'entrée dans le royaume de Dieu.


4.21. Que devient l'√Ęme dou√©e de raison ? L'immortalit√© des enfants.

(4.21.1)
Question. - Apr√®s l'abandon du corps et sa s√©paration d'avec l'esprit, que devient l'√Ęme dou√©e de raison ? Faisons une hypoth√®se; les √Ęmes qui ont re√ßu le secours des bienfaits du Saint-Esprit parviennent √† la vraie existence et √† la vie √©ternelle; que devient l'√Ęme dou√©e de raison, c'est-√†-dire celle des esprits qu'un voile s√©pare de Dieu ? [nota : l'√Ęme dou√©e de raison est l'√Ęme de tout homme. Abdu‚Äôl-Bah√° explique ici ce qu'une telle √Ęme, ne poss√©dant pas l'esprit de foi, devient apr√®s la mort]

(4.21.2)
R√©ponse. - Certains pensent que le corps est l'essence et existe par lui-m√™me, et que l'esprit est l'accident et d√©pend de l'essence du corps; et cela bien que, premi√®rement, l'√Ęme dou√©e de raison soit l'essence, et que le corps d√©pende d'elle. Si l'accident, c'est-√†-dire le corps, dispara√ģt, l'essence, c'est-√†-dire l'esprit, subsiste.

(4.21.3)
Deuxi√®mement, l'√Ęme dou√©e de raison, c'est-√†-dire l'esprit humain, n'est pas incarn√©e dans ce corps, elle n'y est pas entr√©e; car l'incarnation, l'entr√©e sont des particularit√©s des corps, et l'√Ęme dou√©e de raison est en dehors de cela. Jamais elle n'est entr√©e dans ce corps; ainsi, apr√®s l'avoir quitt√©, elle n'a pas besoin d'une place.

(4.21.4)
Au contraire, l'esprit est li√© au corps comme cette lumi√®re √† ce miroir. Si le miroir est poli et parfait, la lumi√®re de la lampe y appara√ģt; s'il est plein de poussi√®re, ou s'il est bris√©, la lumi√®re dispara√ģt.

(4.21.5)
Jamais l'√Ęme dou√©e de raison, c'est-√†-dire l'esprit humain, ne s'est incarn√©e dans ce corps, et n'a exist√© par ce corps; ainsi, apr√®s la d√©composition de cet assemblage corporel, comment aurait-elle besoin d'un autre principe substantiel par lequel elle puisse exister ? Au contraire, l'√Ęme dou√©e de raison est le principe essentiel par lequel existe le corps. L'individualit√© de l'√Ęme dou√©e de raison date de l'origine, elle n'est pas due au corps.

(4.21.6)
Bref, les facult√©s et l'individualit√© de l'√Ęme dou√©e de raison prennent leur puissance dans ce monde, puis y progressent et gravissent les degr√©s des perfections. Autrement, l'√Ęme demeure dans les plus profonds ab√ģmes de l'ignorance, et priv√©e et s√©par√©e par un voile de la contemplation des signes de Dieu.

(4.21.7)
Question. - Par quel moyen l'esprit de l'homme, c'est-√†-dire l'√Ęme dou√©e de raison, apr√®s avoir quitt√© ce monde mortel, fera-t-il des progr√®s ?

(4.21.8)
R√©ponse. - Le progr√®s de l'esprit humain, apr√®s la rupture de ses liens avec le corps e poussi√®re, d√©pend, dans le monde divin, soit de la seule bont√© et de la gr√Ęce de Dieu, soit de l'intercession et des pri√®res sinc√®res des autres hommes, soit des bonnes actions et des bonnes oeuvres importantes accomplies en son nom.

(4.21.9)
Question. - Les enfants qui meurent avant d'avoir atteint leur maturité, ou ceux qui viennent au monde avant terme (et meurent), quelle est leur condition ?

(4.21.10)
Réponse. - Ces enfants sont à l'ombre de la bonté de Dieu : comme ils n'ont commis aucun péché, et qu'ils ne sont pas souillés par les corruptions du monde de la nature, s sont des lieux de manifestation de la bonté, et les regards de l'oeil de la miséricorde s'étendent sur eux.


4.22. La vie éternelle et l'entrée dans le royaume de Dieu

(4.22.1)
Vous m'interrogez sur la vie éternelle et l'entrée dans le royaume. On peut, dans une terminologie empruntée au monde visible, dire que le royaume, c'est le ciel; mais c'est une comparaison et une similitude, non une réalité ou un fait. Car le royaume n'est pas un espace matériel, il est en dehors du temps et de l'espace; c'est une terre spirituelle, un monde divin, c'est le siège de la souveraineté de Dieu. Il est affranchi de la matière et de ce qui est matériel, et il est au-dessus des imaginations de l'humanité.

(4.22.2)
La limitation dans l'espace est en effet une particularit√© des corps et non des esprits; le temps et l'espace concernent la mati√®re, non l'intelligence et l'√Ęme.

(4.22.3)
Remarquez que le corps humain est confiné dans un petit lieu et qu'il règne sur deux empans de terre; il n'occupe pas un plus grand espace. Tandis que l'esprit et l'intelligence de l'homme voyagent dans tous les pays et dans toutes les régions, même dans l'étendue infinie du ciel; ils embrassent tout ce qui existe, ils font des découvertes dans les sphères supérieures, à des distances infinies.

(4.22.4)
Cela tient à ce que l'esprit n'a pas de place, il est immatériel; pour lui, la terre et le ciel c'est tout un, puisqu'il fait ses découvertes dans l'un et dans l'autre, Le corps, au contraire, est confiné dans un certain espace et ne sait pas ce qui se passe en dehors.

(4.22.5)
Quant √† la vie, il y a deux vies : celle du corps et celle de l'esprit; la premi√®re, c'est la vie mat√©rielle, la seconde, c'est celle de l'existence du royaume, qui consiste √† recevoir l'esprit de Dieu et √† na√ģtre des brises du Saint-Esprit.

(4.22.6)
Bien que la vie matérielle existe, pour les saints spirituels, c'est pure non-existence, c'est mort absolue.

(4.22.7)
Ainsi, l'homme existe, et cette pierre aussi existe; mais quelle diff√©rence entre leurs deux existences! Bien que la pierre existe, √† c√īt√© de l'existence de l'homme, c'est le n√©ant.

(4.22.8)
Avoir la vie √©ternelle, c'est recevoir les bienfaits du Saint-Esprit, comme la fleur re√ßoit les bienfaits de la saison, de la brise, des souffles du printemps. Remarquez que cette fleur vivait tout d'abord, mais d'une vie pour ainsi dire min√©rale; mais l'arriv√©e de la saison d'avril, l'abondance des nuages du printemps, la chaleur du soleil lumineux lui ont donn√© une vie nouvelle, de la fra√ģcheur, de la douceur, et le parfum le plus exquis. La vie premi√®re de cette fleur, √† c√īt√© de la nouvelle, c'√©tait la mort.

(4.22.9)
Je veux donc dire que la vie du royaume, c'est la vie de l'esprit, la vie éternelle, en dehors du temps et de l'espace.

(4.22.10)
C'est comme l'esprit de l'homme, qui n'a pas de lieu; car, si vous examinez l'être humain, vous ne trouverez pas de lieu ni de place déterminés pour l'esprit; jamais il n'en a eu, il en est indépendant. Il est pourtant lié à ce corps, comme le soleil est lié à ce miroir; il n'y est pas situé, mais il est lié au miroir.

(4.22.11)
De la m√™me fa√ßon, le monde du royaume est en-dehors de tout ce qui peut √™tre vu par l'oeil ou per√ßu par les autres sens comme l'ou√Įe, l'odorat, le go√Ľt, le toucher.

(4.22.12)
L'intelligence qui est en l'homme, et dont l'existence est reconnue, dans quelle partie de l'homme se trouve-t-elle ? Si vous examinez l'√™tre humain avec l'oeil, avec l'ou√Įe ou avec les autres sens, vous ne la trouverez pas; pourtant elle existe. Donc, c'est qu'elle n'a pas de place, mais elle est li√©e au cerveau. Il en est de m√™me du royaume.

(4.22.13)
Pareillement, l'amour n'a pas de place, mais il est lié au coeur. Ainsi, le royaume n'a pas de place, mais il est lié à l'homme.

(4.22.14)
Quant à l'entrée dans le royaume, on y arrive par l'amour de Dieu, par le détachement, la sainteté, la chasteté, la sincérité, la pureté, la droiture, le dévouement et le sacrifice de sa vie.

(4.22.15)
Ces explications montrent donc que l'homme est immortel et possède la vie éternelle. Pour ceux qui croient en Dieu, qui ont l'amour de Dieu et la foi, leur vie est parfaite et on l'appelle éternelle; quant à ceux qu'un voile sépare de Dieu, bien qu'ils soient vivants, leur vie est ténébreuse, et en comparaison avec la vie des croyants, c'est la non-existence.

(4.22.16)
Par exemple, l'oeil et l'ongle vivent; mais la vie de celui-ci, √† c√īt√© de la vie de celui-l√†, c'est la non-existence.

(4.22.17)
La pierre et l'homme existent, mais l'existence de la pierre, √† c√īt√© de celle de l'homme, c'est le n√©ant, elle n'existe pas; car lorsque l'homme meurt et que son corps est d√©truit, il est an√©anti; comme la pierre et la poussi√®re, il devient min√©ral. Il est donc clair que, bien que le min√©ral existe, √† c√īt√© de l'existence de l'homme, c'est la non-existence.

(4.22.18)
De même, bien qu'un homme séparé de Dieu existe dans ce monde, et dans l'autre monde après la mort, en comparaison avec la vie sainte des enfants du royaume de Dieu, un tel homme est anéanti et annihilé.


4.23. La destinée

(4.23.1)
Question. - La destinée dont on parle dans les livres divins est-elle une chose décrétée, et dans ce cas, à quoi bon chercher à l'éviter ?

(4.23.2)
Réponse. - Il y a deux sortes de destinées : l'une est décrétée; l'autre, qui est subordonnée à des conditions, est dite menaçante. La destinée décrétée est celle qui ne peut changer ni être modifiée; la destinée subordonnée est celle qui peut se réaliser.

(4.23.3)
Ainsi pour cette lampe, la destin√©e d√©cr√©t√©e est que l'huile br√Ľle et se consume; son extinction est donc une chose d√©cr√©t√©e; elle ne peut changer ni √™tre modifi√©e. Aussi est-ce une destin√©e d√©cr√©t√©e.

(4.23.4)
De m√™me, chez l'homme, il existe une force dont l'√©puisement et l'extinction d√©terminent sans aucun doute la d√©composition du corps; comme lorsque cette huile, dans cette lampe, est br√Ľl√©e, et qu'il n'y en a plus, la lampe s'√©teint indubitablement.

(4.23.5)
Quant à la destinée subordonnée, c'est lorsqu'il y a encore de l'huile et qu'un vent violent souffle et éteint la lampe. C'est une destinée subordonnée. Il est utile et nécessaire de l'éviter, de s'en protéger, de s'en garder et d'être circonspect.

(4.23.6)
Mais la destinée décrétée, qui est l'épuisement de la lampe, ne peut être changée, modifiée ou retardée. II faut qu'elle se réalise : la lampe doit indubitablement finir par s'éteindre.


4.24. Influence des étoiles

(4.24.1)
Question. - Les astres des cieux ont-ils une influence spirituelle sur l'√Ęme humaine, ou non ?

(4.24.2)
Réponse. - Certaines étoiles des cieux ont, sur le globe terrestre et sur les créatures terrestres, une influence physique claire et évidente qui n'a pas besoin d'être expliquée. Voyez le soleil qui, par l'aide et l'assistance de Dieu, développe le globe terrestre et tous les êtres terrestres; sans 'a lumière et sa chaleur, tout ce qui est sur terre n'existerait pas.

(4.24.3)
Quant à l'influence spirituelle, bien qu'il paraisse étrange que les étoiles puissent avoir une influence spirituelle sur l'humanité, cependant, si vous réfléchissez attentivement à la question, vous ne vous étonnerez pas tant.

(4.24.4)
Je ne veux pourtant pas dire que les horoscopes que les astrologues autrefois tiraient du mouvement des astres étaient conformes à la réalité, car les décrets de ces astrologues n'étaient que de la fantaisie.

(4.24.5)
Les inventeurs de l'astrologie furent les prêtres égyptiens, assyriens et chaldéens; également, les mythes de l'Hindoustan, et les fables des Grecs, des Romains et des autres adorateurs d'étoiles s'y réfèrent.

(4.24.6)
Je veux dire que ce monde infini est comme le corps de l'homme, dont tous les membres sont li√©s les uns aux autres, et encha√ģn√©s avec la plus grande solidit√©.

(4.24.7)
Combien les membres, les parties, les éléments du corps de l'homme sont entremêlés, liés les uns avec les autres en vue d'une aide et d'un secours réciproques, et combien ils influent les uns sur les autres!

(4.24.8)
De m√™me, les diff√©rentes parties de cet univers infini ont leurs membres et leurs √©l√©ments, comme ceux du corps humain, li√©s les uns aux autres; et ils s'influencent r√©ciproquement, spirituellement et mat√©riellement. Ainsi l'oeil voit : il influe sur tout le corps; l'ou√Įe entend : tous les membres du corps sont mis en mouvement.

(4.24.9)
Et sur ce point il n'y a pas de doute, car l'univers est comme une personne vivante.

(4.24.10)
En dehors de cela, le lien qui existe entre les membres des créatures doit nécessairement avoir un effet et une influence, soit spirituels, soit matériels.

(4.24.11)
A qui voudrait nier l'influence spirituelle des choses matérielles, nous mentionnerons ce bref exemple : des sons et des modulations merveilleuses, des mélodies et des chants ravissants sont des accidents qui affectent l'air; car le son est l'expression des vibrations de l'air et, par ces vibrations de l'air, les nerfs du tympan de l'oreille sont influencés, et l'on entend. Remarquez que la vibration de l'air, qui est un accident sans aucune importance, attire et stimule l'esprit de l'homme et a sur lui une influence considérable : il pleure, il rit; peut-être aura-t-elle une telle influence qu'elle deviendra dangereuse.

(4.24.12)
Maintenant, quel est le rapport qui existe entre l'esprit de l'homme et les vibrations atmosphériques, pour que le mouvement de l'air soit la cause qui fasse passer l'homme d'un état à un autre, le retourne entièrement, au point qu'il perdra tout calme et tout repos ?

(4.24.13)
Voyez combien tout cela est √©trange; car rien ne sort du chanteur qui entre dans l'ou√Įe de celui qui √©coute; et cependant il y a l√† une influence spirituelle consid√©rable!

(4.24.14)
Donc, certainement, cette relation suprême des créatures entre elles a une influence et une portée spirituelles. Nous avons déjà montré combien les membres et les organes de l'homme s'affectent et s'influencent les uns les autres : par exemple, l'oeil voit, le coeur est influencé; l'oreille entend, l'esprit est influencé, le coeur est à l'aise, la pensée devient sereine, et tous les membres de l'homme sont en bon état. Quelle affinité et quelle harmonie!

(4.24.15)
De même que, entre les membres du corps de l'homme, qui sont des choses de peu d'importance, cette relation, cette influence, ces impressions spirituelles existent certainement, de même, entre ces êtres universels infinis, il y a aussi un lien à la fois matériel et spirituel.

(4.24.16)
Et, bien que les lois existantes et les sciences actuelles ne permettent pas de reconna√ģtre ces relations, n√©anmoins leur existence entre les cr√©atures universelles est clairement √©tablie.

(4.24.17)
Brefs, les êtres, grands ou petits, sont liés les uns aux autres par la sagesse suprême de Dieu : ils influent et agissent les uns sur les autres. Autrement, dans l'ordre général et l'arrangement universel, il y aurait des lacunes et de l'imperfection.

(4.24.18)
Mais comme ces créatures sont liées les unes aux autres avec la plus grande précision, elles sont en ordre, à leur place, et parfaites. Cette question mérite l'attention.


4.25. L'homme est-il libre de faire le bien ou le mal ?

(4.25.1)
Question. - L'homme est-il, dans tous ses actes, un agent libre ou bien est-il déterminé et contraint ? Réponse. - Cette question est une des questions religieuses les plus importantes et les plus abstraites. Si Dieu veut, un autre jour, dès le commencement du repas, nous en entreprendrons l'explication détaillée : aujourd'hui, nous l'expliquerons brièvement, en quelques paroles, comme il suit.

(4.25.2)
Il y a des choses qui sont soumises au libre arbitre de l'homme : la justice, l'équité, la cruauté, l'injustice, en d'autres mots les bonnes et mauvaises actions; il est clair et évident que ces actions sont, pour une grande part, laissées à la volonté de l'homme.

(4.25.3)
Mais il y a d'autres cas o√Ļ l'homme est d√©termin√© et forc√© : ainsi le sommeil, la mort, les maladies, le d√©clin de ses forces, les inconv√©nients, les malheurs qui ne sont pas soumis au libre arbitre de l'homme, dont il ne peut √™tre tenu responsable, car il les subit. Mais pour les bonnes et les mauvaises actions, il est libre, et il les commet selon son propre vouloir.

(4.25.4)
Par exemple, s'il le veut, il peut passer son temps √† louer Dieu, ou se livrer √† d'autres pens√©es. Il peut √™tre enflamm√© comme un flambeau par le feu de l'amour de Dieu, √™tre rempli d'amour pour l'humanit√©, ou bien ha√Įr l'humanit√©, se prendre de passion pour les choses mat√©rielles. Il peut √™tre juste ou cruel. Ces actes sont soumis √† la puissance et √† la volont√© de l'homme lui-m√™me; aussi en est-il responsable.

(4.25.5)
Maintenant se présente une autre question : c'est que l'homme est absolument impuissant et faible, car la puissance et la force appartiennent uniquement à Dieu; la gloire et l'humiliation dépendent du bon plaisir et de la volonté du Très-Haut.

(4.25.6)
C'est ainsi qu'il est dit dans l'Evangile que Dieu est comme un potier qui fait une coupe pr√©cieuse, puis fabrique un vase ordinaire. Le vase ordinaire n'a pas le droit de se r√©volter contre le potier et de dire : ¬ę Pourquoi n'as-tu pas fait de moi une coupe pr√©cieuse que l'on se passe de main en main ? ¬Ľ

(4.25.7)
La signification de cette comparaison est que les situations des √™tres sont diff√©rentes les unes des autres; les plus humbles cr√©atures, comme par exemple les min√©raux, n'ont pas le droit de se plaindre en disant : ¬ę √ī Dieu, pourquoi ne m'as-tu pas donn√© les perfections du v√©g√©tal ? ¬Ľ Et de m√™me, le v√©g√©tal n'a pas le droit de se plaindre d'avoir √©t√© priv√© des perfections du monde animal. II ne convient pas non plus √† l'animal de se plaindre d'√™tre d√©pourvu des perfections humaines. Non, toutes ces choses sont parfaites dans leur propre degr√©.

(4.25.8)
Les êtres inférieurs, comme nous l'avons vu, n'ont ni le droit, ni la vertu des degrés supérieurs; ils doivent progresser dans le leur propre.

(4.25.9)
De même, les faits et gestes de l'homme dépendent de l'aide de Dieu; s'il n'est pas secouru, il est aussi incapable d'agir en bien qu'en mal. Mais lorsque le secours de vie vient du Seigneur généreux, il a le pouvoir de faire le bien ou le mal; si, au contraire, ce secours ne vient pas, il devient impuissant à faire quoi que ce soit. C'est pour cela que, dans les Ecritures saintes, on parle de l'aide et du secours de Dieu.

(4.25.10)
Ainsi, cet état est comme celui d'un navire qui est mis en mouvement par la force du vent ou celle de la vapeur : si ces forces cessent, il ne bouge plus. En dehors de cela, le gouvernail qui se tourne dans chaque direction, joint à la force de la vapeur, conduit le navire dans la direction voulue. Si le gouvernail est tourné vers l'Est, il va vers l'Est; s'il est tourné vers l'Ouest, il va vers l'Ouest. Ce mouvement ne vient pas du navire, il vient du vent ou de la vapeur.

(4.25.11)
Pareillement, les moindres actes de l'homme dépendent du secours de Dieu, mais le choix du bien ou du mal lui appartient.

(4.25.12)
De même, si un roi a nommé quelqu'un gouverneur de cette ville, lui a donné le pouvoir de l'autorité, et lui a montré le chemin de la justice et de l'injustice selon lés lois; si ce gouvernement commet des injustices, bien qu'il agisse par le pouvoir et l'influence du roi, ce dernier demeure étranger à l'injustice. Si, au contraire, il agit avec justice, il le fait aussi par l'influence du roi, lequel en sera satisfait et heureux.

(4.25.13)
C'est-à-dire que, si le choix du bien et du mal appartient à l'homme, en tout état de cause, il est soumis au secours de vie de l'Educateur.

(4.25.14)
Le royaume de Dieu est grand, et nous sommes tous prisonniers dans la main de son pouvoir! Le serviteur ne peut rien par sa propre volonté; Dieu est le puissant, l'omnipotent et l'assistant de toutes les créatures! Le sujet a été ainsi expliqué et élucidé.


4.26. Visions et communications avec les esprits

(4.26.1)
Question. - Il y a des gens qui croient qu'ils ont des r√©v√©lations spirituelles, c'est-√†-dire qu'ils conversent avec les esprits. Qu'est-ce que cela veut dire ? [nota : Dans ces derniers entretiens, Abdu‚Äôl-Bah√° cherche plut√īt √† concilier dans une ex√©g√®se nouvelle les proph√©ties apocalyptiques des juifs, des chr√©tiens et des musulmans, qu'√† mettre en √©vidence leur caract√®re surnaturel. Voir le chapitre sur les pouvoirs des proph√®tes]

(4.26.2)
R√©ponses. - Les r√©v√©lations spirituelles sont de deux sortes. L'une est imaginaire et n'est qu'une fa√ßon de parler de certaines gens. L'autre est comme l'inspiration divine, et celle-l√† est vraie; telles les r√©v√©lations d'Esa√Įe, de saint Jean, qui sont v√©ritables.

(4.26.3)
Remarquez que la facult√© de penser de l'homme comporte deux sortes de conceptions. Les unes prennent forme lorsqu'elles co√Įncident avec ce qui est √©tabli; ces conceptions se v√©rifient dans le monde ext√©rieur : telles les r√®gles correctes, les pens√©es bien conduites, les d√©couvertes scientifiques, les inventions des arts modernes.

(4.26.4)
Les autres sortes de conceptions sont les vaines suppositions, les imaginations fantaisistes qui ne donnent jamais ni résultat ni fruit et n'ont aucune réalité; au contraire, elles s'écroulent comme les vagues de la mer de l'imagination et passent comme des rêves fantaisistes.

(4.26.5)
De même, il y a deux sortes de révélations spirituelles. L'une, c'est l'inspiration des prophètes et les révélations spirituelles des élus.

(4.26.6)
Les visions des proph√®tes ne sont pas des songes, ce sont des r√©v√©lations spirituelles qui sont r√©elles. Ils disent par exemple : ¬ę J'ai vu tel individu sous telle apparence, je lui ai dit telle chose, il m'a fait telle r√©ponse. ¬Ľ Cette vision est dans l'√©tat de veille et non dans le sommeil; c'est une r√©v√©lation spirituelle donn√©e sous la forme de la vision.

(4.26.7)
L'autre sorte de révélations spirituelles est pure imagination; mais ces imaginations prennent un tel corps que bien des gens simples d'esprit y croient. Ce qui le prouve clairement, c'est que cette subjugation des esprits n'a a jamais donné de fruit ou de résultat; ce ne sont qu'histoires et imaginations.

(4.26.8)
Sachez que la réalité de l'homme enveloppe la réalité des choses et découvre les vérités, les particularités, les mystères des choses.

(4.26.9)
Ainsi tous ces arts, ces inventions, ces sciences, ces connaissances, la réalité humaine les a découverts; ces arts étaient un mystère caché et préservé; puis, peu à peu, la réalité humaine les a trouvés et les a amenés des plaines de l'invisible à celles de l'évidence.

(4.26.10)
Il est donc clair que la réalité humaine enveloppe les choses. Ainsi, elle est en Europe, elle découvre l'Amérique; elle est sur terre, elle fait des découvertes dans le ciel; elle révèle les mystères des choses et la connaissance de la réalité de ce qui existe.

(4.26.11)
Ces d√©couvertes, conformes √† la r√©alit√©, sont semblables √† la r√©v√©lation, qui est la compr√©hension spirituelle, l'inspiration divine et l'association des esprits humains. Ainsi le proph√®te dit; ¬ę J'ai vu, j'ai dit, j'ai entendu telle chose. ¬Ľ

(4.26.12)
Il est donc clair que l'esprit a une intelligence consid√©rable qui peut se passer de l'interm√©diaire des cinq sens, comme la vue et l'ou√Įe.

(4.26.13)
Pour la compréhension des choses de l'esprit et pour les découvertes extatiques, les êtres spirituels possèdent entre eux des relations pures de toute imagination et de toute fantaisie, et une intimité indépendante du temps et de l'espace.

(4.26.14)
C'est ainsi qu'il est √©crit dans l'Evangile que, sur le mont Thabor, Mo√Įse et Elie vinrent trouver le Christ. II est clair que ce ne fut pas une r√©union mat√©rielle : ce fut une r√©v√©lation spirituelle qui s'exprima dans une rencontre.

(4.26.15)
Mais l'autre sorte de conversations, d'apparitions des esprits et de prémonitions n'est que fantaisie et supposition, bien qu'elle semble être réelle.

(4.26.16)
L'intelligence et la pensée humaines ont parfois de vraies révélations; ces pensées et ces révélations donnent des fruits et des résultats, elles ont un fondement.

(4.26.17)
Mais bien des choses viennent à l'esprit de l'homme qui sont comme les vagues de la mer de la fantaisie; elles ne comportent aucun fruit et ne produisent aucun résultat. De même, l'homme voit en rêve une chose qui, ensuite, se réalise; une autre fois, il voit une autre chose qui ne signifie absolument rien.

(4.26.18)
C'est-√†-dire que cette chose que nous appelons avertissement pr√©monitoire des esprits, ou conversation avec les esprits, est tant√īt une imagination, et tant√īt une inspiration comme dans les Ecritures saintes : telles les r√©v√©lations de saint Jean, d'Esa√Įe, la rencontre du Christ avec Mo√Įse et Elie qui sont r√©elles.

(4.26.19)
Ces états produisent des signes étranges dans les intelligences et les pensées, et indiquent dans les coeurs une attraction considérable!


4.27. La guérison des malades par des moyens spirituels

(4.27.1)
Question. - Il y a des gens qui guérissent les malades par des moyens spirituels, c'est-à-dire sans médicaments. Comment cela se fait-il ? Réponse. - Sachez qu'il y a quatre façons de guérir et de soulager sans avoir recours à la médecine. Deux sont dues à des causes matérielles, les deux autres à des causes spirituelles.

(4.27.2)
Des deux sortes de guérisons matérielles, l'une est due au fait que chez l'homme la santé comme la maladie sont contagieuses.

(4.27.3)
La contagion de la maladie est violente et rapide, celle de la santé extrêmement faible et lente. Si deux corps sont en contact, il est évident que les éléments microbiens passeront de l'un à l'autre; et, de la même façon qu'une maladie passe d'un corps à un autre et se transmet rapidement et violemment, peut-être aussi la santé solide d'un homme sain peut-elle atténuer la maladie bénigne d'un malade.

(4.27.4)
C'est-à-dire que la contagion d'une maladie est violente et d'un effet rapide, tandis que celle de la santé est extrêmement lente et d'un effet bénin; et ce n'est que dans les maladies très légères qu'elle a un petit effet.

(4.27.5)
La force puissante d'un corps sain peut venir à bout d'une légère faiblesse du corps malade, et ainsi le guérir. Telle est la première sorte de causes de guérison.

(4.27.6)
L'autre sorte de guérison sans recours à la médecine est obtenue par la force magnétique qui agit d'un corps sur l'autre et provoque la guérison. Cette force aussi n'a qu'un effet léger.

(4.27.7)
Ainsi, il arrive que quelqu'un pose sa main sur la tête d'une autre personne, ou sur le coeur d'un malade. Il se peut que le malade s'en trouve bien; pourquoi? La cause en est dans l'effet du magnétisme et dans l'impression sur la mentalité du malade qui font évanouir la maladie. Mais cet effet est également très faible et très minime.

(4.27.8)
Des deux autres sortes de gu√©rison, d'ordre spirituel celles-l√† - c'est-√†-dire lorsque l'instrument de la gu√©rison est une force spirituelle -, l'une r√©sulte de la totale concentration de l'esprit d'une personne forte sur une personne malade, lorsque cette derni√®re attend de toute sa foi que la gu√©rison vienne de la force spirituelle de la personne forte, √† tel point qu'il s'√©tablira une relation cordiale entre la personne forte et le malade. La personne saine fait tous ses efforts pour gu√©rir le malade, et le malade, de son c√īt√©, est compl√®tement s√Ľr de la gu√©rison.

(4.27.9)
Ces impressions mentales produisent une excitation des nerfs, impression et excitation des nerfs devenant la cause de la gu√©rison de la personne malade. C'est comme si un malade d√©sirait et esp√©rait intens√©ment une chose, et que vous lui donniez tout d'un coup la nouvelle de sa r√©alisation, il se produirait une excitation nerveuse qui ferait dispara√ģtre compl√®tement la maladie.

(4.27.10)
De m√™me, si une cause de terreur appara√ģt tout √† coup, peut-√™tre se produira-t-il chez une personne bien portante une excitation des nerfs qui occasionnera imm√©diatement une maladie. La cause de cette maladie ne sera pas une chose mat√©rielle, cette personne n'a rien mang√©, rien ne l'a touch√©e; seule, l'excitation des nerfs est la cause de cette maladie.

(4.27.11)
De même la réalisation inattendue du plus ardent des désirs donne une telle joie que les nerfs en sont excités, et que cette excitation peut rendre la santé.

(4.27.12)
Bref, l'affinité étant complète et parfaite entre le docteur spirituel et le malade, a tel point que le docteur se concentre entièrement, et que toute la concentration du malade est portée sur le docteur spirituel dont il attend d'obtenir la santé, cette affinité cause une excitation des nerfs qui rétablit la santé.

(4.27.13)
Mais tout cela n'a d'effet que jusqu'à un certain point, et pas toujours. Ainsi, si quelqu'un est frappé d'une maladie très violente, ou bien est blessé, ces moyens ne détruiront pas la maladie, ne cicatriseront pas la blessure et ne la guériront pas. C'est-à-dire que ces moyens ne s'appliquent pas aux maladies violentes, à moins que la constitution ne s'y prête, parce qu'une constitution forte surmonte souvent la maladie. Telle est la troisième sorte de guérison.

(4.27.14)
La quatrième sorte de guérison est due au pouvoir du Saint-Esprit. Celle-là ne dépend ni du contact, ni de la vue, ni de la présence; elle ne dépend d'aucune condition. Que la maladie soit légère, qu'elle soit violente, que les corps soient en contact ou qu'ils n'y soient pas, que le malade et son médecin soient ou non étroitement liés l'un à l'autre, que le malade soit présent ou absent, la guérison a lieu par la force du Saint-Esprit!


4.28. La guérison des malades par des moyens matériels

(4.28.1)
Hier, à table, nous avons parlé des traitements et remèdes spirituels qui consistent à traiter les maladies par le pouvoir spirituel. Parlons maintenant du traitement matériel.

(4.28.2)
La m√©decine est encore dans l'enfance, elle n'est pas parvenue a l'√©tat de la maturit√©; quand elle arrivera √† ce point, le traitement se fera par des choses qui ne seront pas r√©pulsives √† l'odorat et au go√Ľt de l'homme, c'est-√†-dire par des aliments, des fruits et des l√©gumes agr√©ables au go√Ľt et d'un bon parfum.

(4.28.3)
Car ce qui provoque la maladie, c'est-à-dire la cause de l'entrée de la maladie dans le corps humain, ce sont ou bien des choses physiques, ou bien des effets de l'excitation des nerfs.

(4.28.4)
Les causes principales des maladies sont d'ordre physique; car le corps humain est composé de nombreux éléments, mais dans la mesure d'un équilibre spécial; tant que cet équilibre est maintenu, l'homme est préservé de la maladie; mais lorsque cet équilibre essentiel, qui est le pivot de la santé, est rompu, la santé est perturbée, et la maladie prend le dessus.

(4.28.5)
Par exemple, il y a une diminution dans l'un des éléments constitutifs du corps humain; dans un autre il y a une augmentation : la mesure de l'équilibre est rompue, et par conséquent la maladie vient.

(4.28.6)
Ainsi, , un élément doit peser 1000 grammes et un autre 5 grammes pour que l'équilibre soit obtenu. Cet élément de 1000 grammes baisse jusqu'à ce qu'il soit de 700 grammes, et celui de 5 grammes augmente, si bien que la mesure de l'équilibre est rompue; alors la maladie se produit.

(4.28.7)
Et lorsque, à l'aide des remèdes et des médicaments, l'équilibre est rétabli, la maladie est chassée. Par exemple, si l'élément sucre augmente, la santé est détruite; et lorsque le médecin interdit les douceurs et les farineux, l'élément sucre diminue, l'équilibre est rétabli, et la maladie est chassée.

(4.28.8)
Or, le réajustement des éléments qui composent le corps humain s'obtient par deux moyens; soit par des médicaments, soit par des aliments; et lorsque la constitution a retrouvé son équilibre, la maladie est chassée.

(4.28.9)
Tous les éléments qui composent le corps humain se trouvent aussi dans les végétaux. Donc, si l'un des éléments qui composent le corps humain diminue, l'homme mangera des aliments contenant en abondance l'élément en diminution; alors l'équilibre sera rétabli et la guérison obtenue.

(4.28.10)
Et puisqu'il s'agit de réajuster les éléments, cela peut se faire, et par les aliments, et par les médicaments.

(4.28.11)
La plupart des maladies qui atteignent l'homme atteignent aussi les animaux; mais ceux-ci ne se traitent pas par des m√©dicaments; leurs m√©decins, dans les montagnes comme dans les plaines, ce sont le go√Ľt et l'odorat. Cette herbe qui pousse dans la plaine, l'animal malade la sent : si elle est douce et agr√©able √† son go√Ľt et √† son odorat, il la mange et est gu√©ri; telle est la raison de sa gu√©rison.

(4.28.12)
Par exemple, si l'√©l√©ment sucre a diminu√© dans sa constitution, il se met √† avoir envie de sucreries, et alors il mange une herbe au go√Ľt sucr√©, car la nature le pousse et le conduit; son odeur et son go√Ľt lui plairont, il la mangera. Ainsi l'√©l√©ment sucre augmentera, et il recouvrera la sant√©.

(4.28.13)
Il est donc établi que l'on peut guérir les maladies par des aliments, de la nourriture, des fruits. Comme aujourd'hui la médecine est encore imparfaite, on ne s'y est pas encore mis comme il faut; mais lorsqu'elle sera devenue parfaite, on guérira par les aliments, la nourriture, les fruits et les légumes d'une odeur agréable, et par des traitements variés d'eau froide ou chaude.

(4.28.14)
Ces explications sont brèves mais une autre fois, si l'occasion m'en est donnée et si Dieu veut, je traiterai cette question plus en détail.


5. Questions diverses

5.1. La non-existence du mal

(5.1.1)
La véritable explication de ce sujet est très difficile. Sachez qu'il y a deux sortes de créatures : les matérielles et les spirituelles, celles qui sont perceptibles et celles qui sont intelligibles; c'est-à-dire que les unes tombent sous les sens, et les autres n'y tombent pas et sont intelligibles.

(5.1.2)
Les choses perceptibles sont celles qui sont comprises par les cinq sens extérieurs; ainsi, ces choses extérieures que l'oeil voit sont dites perceptibles. Les choses intelligibles sont celles qui n'ont pas d'existence extérieure : l'intelligence les conçoit.

(5.1.3)
Par exemple, l'intelligence elle-même est une chose intelligible; elle n'a pas d'existence extérieure. Tous les caractères et les qualités de l'homme ont une réalité intelligible, non sensible.

(5.1.4)
Bref, les réalités intelligibles, comme les qualités et les admirables perfections de l'homme, sont exclusivement bonnes; elles existent, et le mal est leur non-existence.

(5.1.5)
Ainsi, l'ignorance est la non-existence du savoir, la perdition est la non-existence du salut, l'oubli, la non-existence de la mention, la bêtise, , la non-existence du bon sens. Toutes ces choses sont des néants et non pas des choses qui existent.

(5.1.6)
Et de m√™me pour les choses sensibles : celles-l√† aussi sont purement bonnes; le mal est leur non-existence. Ainsi la c√©cit√© est le manque de vue, la surdit√© le manque d'ou√Įe, la pauvret√© le manque de richesse, la maladie le manque de sant√©, la mort le manque de vie, la faiblesse le manque de force.

(5.1.7)
Pourtant, un doute vient à l'esprit : le scorpion, le serpent sont des animaux venimeux; est-ce un bien ou un mal, car ils sont des choses existantes ? Oui, le scorpion est un mal, du moins par rapport à nous; et de même le serpent. Mais par rapport à eux-mêmes, ils ne sont pas un mal, car leur venin est leur arme; par leur dard, ils se protègent. Cependant, comme les éléments de ce poison ne conviennent pas à nos éléments, comme il y a non-affinité entre ces deux sortes d'éléments, cela devient un mal; en contact les uns avec les autres, ces éléments sont un mal; mais en réalité ils sont un bien.

(5.1.8)
Bref, il se peut qu'une chose, par rapport à une autre, soit un mal; mais dans la limite de sa propre essence, elle n'est pas mauvaise.

(5.1.9)
Il est donc prouvé que le mal n'existe pas; tout ce que Dieu a créé, il l'a bien créé. Le mal est le néant : ainsi, la mort est le néant de la vie; lorsque le secours de la vie ne parvient plus à l'homme, il meurt. L'obscurité est le néant de la lumière, quand il n'y a pas de lumière, l'obscurité règne : la lumière existe, mais l'obscurité n'existe pas, c'est un néant. La richesse existe, mais la pauvreté est un néant. Donc, il est évident que tous les maux reviennent au néant. Le bien existe, le mal n'existe pas.


5.2. Combien y a-t-il de sortes de ch√Ętiments ?

(5.2.1)
Sachez qu'il y a deux sortes de ch√Ętiments : les uns sont subtils, les autres violents. Ainsi, l'ignorance elle-m√™me est un ch√Ętiment, mais subtil; l'indiff√©rence √† Dieu est un ch√Ętiment, le mensonge aussi; la m√©chancet√©, la trahison, toutes les imperfections sont des ch√Ętiments, mais enfin ce sont des ch√Ętiments subtils.

(5.2.2)
Certes, pour tout homme intelligent, la mort vaux mieux que le péché, et une langue coupée vaut mieux que le mensonge ou la calomnie.

(5.2.3)
Une autre sorte de ch√Ętiments est dite violente : les amendes, la prison, les coups, l'exil, le bannissement. Mais pour le peuple de Dieu, de tous ces ch√Ętiments, le plus grand est d'√™tre priv√© de Dieu !


5.3. Les grèves

(5.3.1)
Vous m'avez interrogé sur les grèves. Cette question est et sera longtemps le sujet de grandes difficultés. Elles tiennent à deux causes. L'une est l'extrême avidité et la rapacité des fabricants et industriels, l'autre les excès, l'avidité et l'intransigeance des ouvriers et travailleurs. Il est donc nécessaire de porter remède à ces deux causes.

(5.3.2)
Mais la cause principale de ces difficultés réside dans les lois en usage dans la civilisation actuelle; car elles conduisent à ce qu'un petit nombre d'individus amassent des fortunes sans pareilles, dépassant leurs besoins, tandis que le plus grande nombre demeure dépourvu, dépouillé et dans la plus grande misère. Et cela est contraire à la justice, à l'humanité, à l'équité; c'est le comble de l'iniquité, l'opposé de ce qui cause la satisfaction divine.

(5.3.3)
_ Ce contraste est particulier au monde de l'homme; chez les autres créatures, c'est-à-dire chez presque tous les animaux, il existe une sorte de justice et d'égalité. Ainsi, l'égalité existe dans le troupeau de moutons d'un berger et dans une bande de cerfs dans la campagne. De même parmi les oiseaux de la prairie, de la plaine, de la colline ou du verger; et dans chaque espèce animale il existe une certaine sorte d'égalité. On ne trouve pas chez eux une pareille différence dans les moyens d'existence; aussi vivent-ils dans la tranquillité et la joie les plus complètes.

(5.3.4)
Il en est tout autrement de l'espèce humaine qui persiste dans l'erreur la plus grande et dans l'iniquité absolue. Considérez un homme qui a amassé des trésors en colonisant un pays à son profit : il a conquis une fortune immense et s'est assuré des bénéfices et des revenus qui coulent comme un fleuve, tandis que cent mille malheureux, faibles et impuissants, manquent d'une bouchée de pain. II n'y a là ni égalité ni bienveillance.

(5.3.5)
Aussi, vous voyez que la tranquillité et la joie générales sont anéanties, que le bien-être de l'humanité est réduit à tel point que pour un grand nombre la vie est devenue stérile. Car la fortune, les honneurs, le commerce, l'industrie sont entre les mains de quelques individus, tandis que les autres sont soumis à toute une série de difficultés et à des troubles illimités. : ils n'ont ni avantages, ni bénéfices, ni bien-être, ni tranquillité.

(5.3.6)
II faut donc instituer un règlement et des lois qui réglementeraient les fortunes excessives de certains particuliers et feraient face aux besoins de millions de pauvres de la masse; on obtiendra ainsi une certaine modération.

(5.3.7)
Cependant, l'égalité absolue est tout aussi impossible; car l'égalité absolue dans les fortunes, les honneurs, le commerce, l'agriculture, l'industrie, aboutirait au désordre, au chaos, à la désorganisation des moyens d'existence, et au désappointement universel; l'ordre des affaires de la collectivité serait tout à fait détruit. Ainsi, des difficultés surgiront également si l'on impose une égalité injustifiée.

(5.3.8)
I l est donc préférable d'établir la modération au moyen de lois et règlements visant à empêcher que se constituent les fortunes excessives de certains individus, et à protéger les besoins essentiels de la masse.

(5.3.9)
Par exemple, les fabricants et les industriels amassent chaque jour un trésor, et les pauvres travailleurs ne gagnent pas leur subsistance journalière; cela, c'est le comble de l'iniquité, et aucun homme juste ne l'accepterait.

(5.3.10)
II faut donc établir des lois et des règlements qui permettraient au corps des ouvriers de recevoir leur salaire du propriétaire de la fabrique, et qui les associeraient dans le quart ou le cinquième des bénéfices, selon les nécessités de la fabrique; ou bien que le corps des ouvriers et le fabricant soient associés d'une façon équitable dans les bénéfices et les avantages.

(5.3.11)
En effet, le capital et la direction viennent du propriétaire de la fabrique, l'ouvrage et le travail du corps des ouvriers.

(5.3.12)
Ou bien les ouvriers recevront un salaire qui leur assurera des moyens d'existence convenables, et lorsqu'ils cesseront le travail et seront affaiblis et sans ressources ils auront des avantages suffisants sur le revenu de l'industrie; ou bien les salaires seront suffisamment √©lev√©s pour que les ouvriers soient satisfaits de la somme re√ßue et puissent mettre un peu d'argent de c√īt√© pour les jours de manque et d'impuissance.

(5.3.13)
Lorsque les choses seront ainsi fix√©es, le propri√©taire de la fabrique ne mettra plus de c√īt√©, tous les jours, un tr√©sor qui ne lui sert absolument √† rien (car, si la fortune est disproportionn√©e, le capitaliste succombe sous un poids formidable et tombe dans les difficult√©s et les troubles les plus grands; l'administration d'une fortune excessive est tr√®s difficile et √©puise les forces naturelles de l'homme).

(5.3.14)
Pareillement, les ouvriers et travailleurs ne seront plus dans la misère et la gêne les plus grandes et ne seront plus soumis, à la fin de leur vie, aux pires privations.

(5.3.15)
Il est donc clair et √©vident que la r√©partition de fortunes excessives entre les mains d'un petit nombre d'individus, √† c√īt√© des besoins de la masse, est une iniquit√© et une injustice.

(5.3.16)
De même, l'égalité absolue serait un obstacle à la vie, au bien-être, à l'ordre et à la tranquillité de l'humanité.

(5.3.17)
Dans ces conditions, la modération est de beaucoup préférable. Elle réside en ceci que les capitalistes soient modérés dans l'acquisition de leurs bénéfices, et qu'ils tiennent compte des besoins des pauvres et des nécessiteux : c'est-à-dire que les ouvriers et travailleurs reçoivent un salaire journalier fixe et établi, et qu'ils aient aussi une part et une fraction des bénéfices généraux de la fabrique.

(5.3.18)
Ce qui convient c'est que, en ce qui concerne les droits communs aux fabricants, aux ouvriers et aux travailleurs, des lois soient établies qui donnent aux fabricants des bénéfices modérés, et qui apportent aux ouvriers les moyens existence nécessaires et la sécurité pour l'avenir.

(5.3.19)
Ainsi, lorsqu'ils s'affaibliront, cesseront de travailler, deviendront vieux et impotents, ou laisseront derri√®re eux des enfants en bas √Ęge, que ce ne soit pas l'exc√®s de pauvret√© qui les an√©antisse, eux et leurs enfants. Et ce seront les revenus de la fabrique elle-m√™me, auxquels ils ont droit, qui leur fourniront une partie, si petite soit-elle, de leurs moyens d'existence.

(5.3.20)
. De même, les ouvriers ne doivent plus faire des revendications excessives et se révolter, ni demander au-delà de leurs droits; ils ne doivent plus faire de grèves, ils doivent être obéissants et soumis, et ne pas demander des salaires excessifs.

(5.3.21)
Mais les droits réciproques et raisonnables des deux parties associées seront fixés légalement et établis selon des lois justes et désintéressées.

(5.3.22)
Au cas o√Ļ l'une des deux parties ferait une transgression, les tribunaux devraient condamner le transgresseur et l'ex√©cutif devrait appliquer le verdict : ainsi, l'ordre serait r√©tabli et les difficult√©s r√©gl√©es.

(5.3.23)
L'immixtion des tribunaux et du gouvernement dans les difficultés pendantes entre les fabricants et les ouvriers est légale, pour la raison que les affaires courantes entre les ouvriers et les fabricants ne peuvent être assimilées aux affaires ordinaires entre particuliers ne concernant pas le public, et dont le gouvernement ne doit pas s'occuper.

(5.3.24)
En effet, bien qu'elles paraissent être des affaires personnelles, ces difficultés entre les deux parties sont au détriment du public; car les affaires commerciales, industrielles, agricoles et les affaires générales du pays, tout cela est intimement lié.

(5.3.25)
Si l'une souffre d'un vice, le détriment atteint la masse. Ainsi, les difficultés entre ouvriers et fabricants deviennent une cause de détriment général.

(5.3.26)
Le tribunal et le gouvernement ont donc le droit d'immixtion; lorsqu'une difficult√© entre deux individus se pr√©sente au sujet de droits particuliers, il faut qu'un tiers r√®gle la question : c'est le r√īle du gouvernement. Donc, le probl√®me des gr√®ves qui causent des troubles dans le pays et qui, souvent, tiennent aux vexations excessives des ouvriers, aussi bien qu'√† la rapacit√© des fabricants, comment pourrait-il √™tre n√©glig√© ?

(5.3.27)
Grand Dieu! se peut-il qu'un homme qui voit un de ses semblables affam√©, nu, d√©pourvu de tout, puisse se reposer et demeurer √† l'aise dans son ch√Ęteau luxueux?

(5.3.28)
Celui qui en rencontre un autre dans la plus grande misère peut-il jouir heureusement de sa fortune?

(5.3.29)
C'est pour cela que, dans la religion de Dieu, il est prescrit et établi que les hommes fortunés doivent, chaque année, abandonner une certaine part de leur fortune pour l'entretien des pauvres et des malheureux. C'est cela le fondement de la religion de Dieu, et cela engage tout le monde.

(5.3.30)
Et de cette façon, l'homme n'étant ni forcé, ni obligé à le faire par le gouvernement, si, par l'élan naturel de son bon coeur, volontairement et Avec une joie radieuse, il ait preuve de générosité envers les pauvres, cet acte sera extrêmement loué, approuvé et agréable. Telle est la signification des bonnes oeuvres dans les tablettes et les livres divins.


5.4. De la justice et de la miséricorde de Dieu

(5.4.1)
Sachez que la justice est l'action de donner à chacun selon ses mérites. Par exemple, lorsqu'un ouvrier a travaillé du matin au soir, la justice exige qu'on lui paie son salaire; si, n'ayant rien fait, et ne s'étant donné aucun mal, il reçoit un présent, c'est de la bonté.

(5.4.2)
Si vous faites √† un pauvre un don ou une aum√īne sans qu'il se soit donn√© de mal, et bien qu'il n'ait rien fait pour vous pour le m√©riter, c'est de la bont√©. Ainsi le Christ a pri√© pour le pardon de ses bourreaux : cela s'appelle une bont√©.

(5.4.3)
Quant au bien et au mal, ils sont déterminés par la raison ou par la loi.

(5.4.4)
Certains croient que c'est par la loi; comme les juifs qui, regardant comme obligatoires tous les commandements de la Bible, pensent que c'est une question de loi, non de raison.

(5.4.5)
C'est ainsi qu'ils disent que, parmi les commandements de la Bible, se trouve l'interdiction de mélanger la viande et le beurre, parce que c'est tarèf; et tarèf en hébreu veut dire impur, comme kacher veut dire pur. Cela, disent-ils, est une question de loi, non de raison.

(5.4.6)
Mais les théologiens pensent que le bien et le mal tiennent à la fois à la raison et à la loi. Le fondement suprême de l'interdiction du meurtre, du vol, de la trahison, du mensonge, de l'hypocrisie, de la cruauté, c'est la raison.

(5.4.7)
Tout √™tre intelligent comprend que le meurtre, le vol, la trahison, le mensonge, l'hypocrisie, la cruaut√© sont des choses mauvaises et r√©prouv√©es. Car si vous piquez un homme avec une √©pine, cela le fait crier, se lamenter et g√©mir; il est donc clair qu'il comprend que le meurtre, selon la raison, est un mal r√©prouv√©; et si on en commet un, on devient responsable, que la renomm√©e du proph√®te soit parvenue √† vous ou non, puisque c'est la raison qui nous ait comprendre le caract√®re bl√Ęmable d'un tel crime.

(5.4.8)
Lorsqu'un homme commet une mauvaise action, certes il est responsable; mais si les commandements d'un prophète ne parviennent pas quelque part, et si les hommes n'agissent pas en conformité avec les instructions divines (tel le commandement du Christ de rendre le bien pour le mal), dans ce cas, s'ils agissent selon les impulsions de la nature, et s'ils tourmentent ceux qui les tourmentent, au point de vue de la religion, ils seront excusés, car le commandement divin ne leur est pas parvenu. Bien qu'ils ne méritent pas cette faveur et ce bienfait, néanmoins, Dieu les traite avec bonté et leur pardonne.

(5.4.9)
Or, la vengeance, au point de vue de la raison aussi, est bl√Ęmable, car celui qui se venge ne tire aucun fruit de sa vengeance.

(5.4.10)
Ainsi, si un homme en frappe un autre, et si ce dernier veut se venger, il frappe son agresseur √† son tour. Quel avantage en retire-t-il ? Sera-ce un empl√Ętre pour sa blessure, ou un rem√®de pour son mal ? J'en demande: pardon √† Dieu! En v√©rit√©, les deux actions se valent : ce sont des blessures; la seule diff√©rence entre elles est que l'une fut la premi√®re, l'autre la derni√®re.

(5.4.11)
Donc, si celui qui est frappé pardonne, si même il agit d'une façon contraire à celle dont on a usé envers lui, il est approuvé.

(5.4.12)
La loi de la communauté punira l'agresseur, mais ne se vengera pas. Et cette punition a pour but d'avertir, de protéger, et d'arrêter la cruauté et l'injustice, afin que d'autres ne se mettent pas à être tyranniques. Mais si celui qui a été frappé pardonne et oublie, et s'il montre la plus grande bonté, c'est une chose extrêmement louable.


5.5. Comment faut-il traiter tes criminels ?

(5.5.1)
Question. - Faut-il punir un criminel, ou lui pardonner et fermer les yeux sur son crime ? Réponse. - Il y' a deux sortes de punitions compensatoires : l'une est une vengeance, l'autre une correction. Mais l'homme n'a pas le droit de se venger, tandis que les communautés ont le droit de corriger un criminel.

(5.5.2)
Et cette correction a pour but de prévenir et de prohiber, afin que personne d'autre n'ose commettre un tel crime. Cette correction sert à protéger les droits de l'homme, mais non à le venger; car la vengeance apaise le coeur en opposant un mal à un autre, ce qui n'est pas permis, l'homme n'ayant pas le droit de se venger.

(5.5.3)
Mais comme, si les criminels √©taient compl√®tement absous, l'ordre du monde dispara√ģtrait, la correction est devenue une des n√©cessit√©s indispensables au maintien des communaut√©s.

(5.5.4)
Mais un opprimé, victime d'une iniquité, n'a pas le droit de vengeance : au contraire, le pardon et la bienveillance s'imposent et sont dignes du monde de l'homme.

(5.5.5)
Quant aux communautés, elles doivent corriger le méchant, le meurtrier, l'agresseur, afin de prévenir et d'empêcher autrui de commettre un crime.

(5.5.6)
Mais au fond, ce qu'il faut, c'est donner aux hommes une éducation telle qu'il ne se commette pas de crimes; car il est possible de donner aux masses unetelle éducation, qu'elles évitent et redoutent de perpétrer des crimes, au point que pour elles le crime lui-même serait la plus grande punition, l'interdiction et la correction suprêmes; alors il n'y aurait plus de crimes à corriger.

(5.5.7)
Et nous ne voulons parler que de choses dont l'exécution soit possible dans ce monde. II y a sur ce sujet des théories et des opinions nombreuses, mais qui sont inexécutables; par conséquent, nous devons parler uniquement de choses exécutables.

(5.5.8)
Par exemple, si quelqu'un en maltraite un autre, le violente, l'opprime, et que cet autre lui oppose la m√™me chose, c'est une vengeance qu'on doit bl√Ęmer.

(5.5.9)
Car si Pierre tue le fils de Paul, Paul n'a pas le droit de tuer le fils de Pierre; s'il le fait, il se venge. Si Pierre ravit l'honneur de Paul, ce dernier n'a pas le droit de lui ravir son honneur; s'il le fait, il se venge, ce qui est très répréhensible.

(5.5.10)
Au contraire, il faut rendre le bien pour le mal, pardonner; bien plus, si c'est Possible, rendre service à son oppresseur. Voilà l'attitude qui convient à l'homme; car, quel fruit retire-t-il de la vengeance ? Les deux actes se valent : si l'un est répréhensible, l'autre l'est aussi. La différence est que l'un a commencé, l'autre a continué.

(5.5.11)
Mais les sociétés ont le droit de se protéger et de se préserver, car les communautés n'ont pas de haine ni d'animosité contre le meurtrier; et si elles emprisonnent ou corrigent le meurtrier, c'est dans le seul but de protéger la masse et de la mettre à l'abri des crimes.

(5.5.12)
Ce n'est pas par esprit de vengeance, mais par esprit de correction, et pour que, gr√Ęce √† cette correction, la communaut√© soit prot√©g√©e. Autrement, si les h√©ritiers de la victime, ainsi que la communaut√©, pardonnaient et rendaient le bien pour le mal, les criminels commettraient fr√©quemment des violences, il y aurait √† chaque instant des assassinats, et des √™tres barbares comme des loups d√©voreraient les troupeaux de Dieu.

(5.5.13)
Les communautés, lorsqu'elles corrigent, n'ont pas de mauvaises intentions ni de rancunes; elles ne cherchent pas à apaiser leur coeur; leur seul but est de protéger les autres, afin que nul ne commette une action aussi abominable.

(5.5.14)
Donc, lorsque le Christ disait : ¬ę Si quelqu'un te frappe le c√īt√© droit, offre le c√īt√© gauche ¬Ľ, c'√©tait pour faire l'√©ducation des hommes. II ne voulait pas dire que si un loup tombait au milieu d'un troupeau de moutons et voulait le d√©truire, il faudrait l'encourager. Non, si le Christ avait vu un loup entrer au milieu d'un troupeau de moutons pour le d√©truire en entier, sans aucun doute, il l'en aurait emp√™ch√©. [voir : Matthieu 5.39]

(5.5.15)
Et comme le pardon est un des attributs du Miséricordieux, la justice aussi est un attribut du Seigneur. La tente de l'existence repose sur le pilier de la justice, et non sur le pardon; la préservation de l'espèce humaine dépend de la justice et non du pardon.

(5.5.16)
De même, si aujourd'hui, dans tous les pays du monde, la loi du pardon était répandue, en un instant le monde serait détruit, et les fondements de la vie humaine s'écrouleraient.

(5.5.17)
C'est ainsi que, si le fameux Attila n'avait pas été combattu par les Etats de l'Europe, il n'aurait pas laissé un seul homme vivant.

(5.5.18)
II y a des êtres qui sont comme des loups sanguinaires :s'ils voient qu'ils n'ont pas à redouter la correction, ils assassineront des hommes, uniquement pour leur plaisir, leur distraction et leur satisfaction.

(5.5.19)
Un des tyrans de la Perse tua son pr√©cepteur uniquement pour rire, en mani√®re de plaisanterie et de jeu. Le fameux Abbasside Motawakkil r√©unissait en sa pr√©sence les ministres, les conseillers et les fonctionnaires, puis il r√©pandait dans la r√©union une bo√ģte de scorpions et interdisait √† qui que ce f√Ľt de bouger; et lorsque les scorpions piquaient les ministres, il √©clatait de rire bruyamment.

(5.5.20)
Bref, la constitution des communautés dépend de la justice et non du pardon.

(5.5.21)
Et quand il parlait de pardon et de bienveillance, le Christ ne voulait pas dire que, si les autres nations vous attaquent, br√Ľlent vos maisons, ravagent vos biens, oppriment vos femmes, vos enfants, vos proches, ravissent votre bonheur, vous devez vous r√©signer devant cette bande malfaisante et les laisser accomplir toutes les cruaut√©s et toutes les oppressions. Non, le Christ parlait de la conduite √† tenir pour deux individus : si l'un en opprime un autre, l'opprim√© doit pardonner. Mais les communaut√©s ont √† prot√©ger les droits de l'individu.

(5.5.22)
Ainsi, si quelqu'un m'opprime, me cause du mal et des tourments ou me fait une blessure, je ne lui résisterai nullement, et même je lui pardonnerai. Mais si quelqu'un veut opprimer siyyid Menshadi, certes je l'en empêcherai. [nota : Siyyid Menshadi est un persan qui assistait à la conversation]

(5.5.23)
Bien que, pour le criminel, la non-résistance soit en apparence de la bienveillance, pour Menshadi, ce serait de la cruauté que de ne pas le défendre!

(5.5.24)
Si en ce moment, un sauvage arabe entrait en ce lieu et, de son épée tirée, voulait vous frapper, vous blesser, vous tuer, certes je l'en empêcherais; si je vous abandonnais à lui, ce serait de la tyrannie, non de la justice. Mais s'il me blessait moi-même, je lui pardonnerais.

(5.5.25)
II reste une autre chose √† remarquer : c'est que les communaut√©s sont, nuit et jour, occup√©es √† confectionner des lois p√©nales, √† pr√©parer et √† organiser des instruments et des armes de correction; elles construisent des prisons, elles pr√©parent des cha√ģnes, organisent des lieux vari√©s de bannissement, d'exil, de rel√©gation et de tortures afin de corriger par ces moyens les criminels, bien que ces moyens soient destructifs de la moralit√© et du caract√®re. Au lieu de cela, les communaut√©s devraient, jour et nuit, s'efforcer, avec la derni√®re ardeur, de faire l'√©ducation des hommes, de les faire progresser de jour en jour, augmenter en science et en savoir, acqu√©rir des vertus, prendre de bonnes moeurs, fuir les vices, afin qu'il ne se commette plus de crimes.

(5.5.26)
Au contraire, en ce moment, les communautés pensent uniquement à rendre plus sévères les lois pénales, à préparer des moyens de correction, des instruments de mise à mort et de torture, des lieux de détention et d'exil; et elles attendent qu'un crime se produise. Ceci a un grand effet démoralisateur.

(5.5.27)
Mais si elles s'efforçaient de faire l'éducation des masses, de répandre tous les jours de plus en plus l'instruction et la science, l'intelligence s'ouvrirait, les sentiments progresseraient, les moeurs s'amélioreraient et les coutumes deviendraient saines; en un mot, dans tous les ordres de perfection, il y aurait du progrès, et le nombre des crimes diminuerait.

(5.5.28)
Il a été établi que les crimes sont moins fréquents chez les peuples civilisés, c'est-à-dire chez ceux qui ont acquis la vraie civilisation, la civilisation divine, la civilisation de Celui qui réunit toutes les perfections physiques et spirituelles.

(5.5.29)
Et comme l'ignorance est la cause des crimes, plus le savoir et les sciences progressent, plus les crimes diminuent.

(5.5.30)
Voyez les barbares de l'Afrique, combien de meurtres se commettent chez eux! au point que, se tuant les uns les autres, ils mangent leur propre chair et leur sang! Pourquoi de tels actes de sauvagerie ne se passent-ils pas en Suisse par exemple? La raison en est claire : c'est l'éducation, la science.

(5.5.31)
Donc, les communaut√©s doivent songer √† emp√™cher les crimes de se produire plut√īt qu'√† punir s√©v√®rement les criminels, et √† leur infliger des corrections terribles.


5.6. La réalité du monde extérieur

(5.6.1)
Certains sophistes pensent que le monde extérieur est une illusion, et que chaque être n'est qu'une illusion, qu'il n'a aucune existence; autrement dit, l'existence du monde extérieur est comme un mirage ou comme la réflexion d'une image dans l'eau et le miroir, c'est-à-dire n'est qu'une apparence, et n'a ni principe, ni fondement, ni réalité.

(5.6.2)
Cette opinion est erronée; car, si l'existence du monde extérieur, par rapport à l'existence de Dieu, est une illusion, cependant, au point de vue des contingences, le monde extérieur a une existence réelle et certaine; il est futile de le nier.

(5.6.3)
Par exemple, l'existence du min√©ral, √† c√īt√© de celle de l'homme, est la non-existence; car lorsque l'homme, en apparence, est an√©anti, son corps devient min√©ral; pourtant le min√©ral a une existence dans le monde min√©ral.

(5.6.4)
Il est donc clair que la poussi√®re, √† c√īt√© de l'existence de l'homme, est non-existante et que son existence est illusoire; mais dans le degr√© min√©ral, elle existe.

(5.6.5)
C'est de la m√™me fa√ßon que l'existence du monde ext√©rieur, √† c√īt√© de l'existence de Dieu, n'est qu'illusion et n√©ant, et qu'elle peut √™tre regard√©e comme une apparence de la nature de celle de l'image qu'on voit dans un miroir. Mais, bien que l'image que l'on voit dans un miroir soit une illusion, la source et la r√©alit√© de cette image illusoire sont la personne reproduite, dont on voit les traits dans le miroir.

(5.6.6)
Bref la reproduction, par rapport à la personne reproduite, est une illusion.

(5.6.7)
Donc, quoique le monde ext√©rieur, par rapport √† l'existence de Dieu, n'ait pas d'existence, qu'il soit comme un mirage ou comme la reproduction d'une image dans un miroir, cependant, dans son propre degr√©, il existe. C'est pour cela que le Christ disait de ceux qui n√©gligeaient Dieu et de ceux qui Le reniaient qu'ils √©taient morts, bien qu'en apparence ils fussent vivants. Par rapport aux croyants, ils √©taient morts, aveugles, sourds et muets. Voil√† pourquoi le Christ disait : ¬ę Laissez les morts enterrer les morts. ¬Ľ [voir : Jean 3.6 et 6.63 ; Luc 9.60 ; Matthieu 8.22 et 16.17 ‚Äď voir aussi ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 126 ; ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 2.7.15 et 2.15.28 et 5.6.7 ; ¬ę Les tablettes du plan divin ¬Ľ 14.17 - CLE: MORT SPIRITUELLE]


5.7. La véritable préexistence

(5.7.1)
Question. - Combien y a-t-il de sortes de pr√©existences et de contingences ? R√©ponse. - II y a des sages et des philosophes qui pensent qu'il y a deux sortes de pr√©existences : la pr√©existence par rapport √† l'essence, et la pr√©existence par rapport au temps. La contingence √©galement serait de deux sortes, la contingence par rapport √† l'essence, et la contingence par rapport au temps. [voir : ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 4.8.9 - la v√©ritable pr√©existence]

(5.7.2)
La préexistence par rapport à l'essence est une existence qui n'est pas précédée par une cause, tandis que la contingence par rapport à l'essence est précédée par une cause.

(5.7.3)
La préexistence par rapport au temps est sans commencement; la contingence par rapport au temps a un commencement et une fin; car l'existence de chaque chose dépend de quatre causes : la cause efficiente, la matière, la forme, et la cause finale.

(5.7.4)
Par exemple, ce siège a un fabricant qui est le charpentier, une matière qui est le bois, une forme qui est celle d'un siège, et un but qui est de servir à s'asseoir dessus. Donc ce siège est une contingence d'essence puisqu'il est précédé par une cause, et en dépend : on l'appelle contingence d'essence, ou contingence réelle.

(5.7.5)
Or, ce monde de l'existence, par rapport à son créateur, est une contingence réelle. Comme le corps dépend de l'esprit et n'existe que par lui, par rapport à l'esprit, il est une contingence d'essence. L'esprit, lui, est indépendant du corps, et par rapport au corps, il est une préexistence d'essence.

(5.7.6)
Bien que les rayons soient une des nécessités du soleil, pourtant le soleil est préexistant, et les rayons sont contingents, car l'existence des rayons dépend de celle du soleil; mais l'existence du soleil ne dépend pas de celle des rayons; celui-là est le donateur, ceux-ci sont le don.

(5.7.7)
Notre second point est que l'existence et la non-existence sont toutes deux relatives. Si l'on dit que telle chose, de la non-existence, a trouvé l'existence, il ne s'agit pas du néant absolu; cela veut dire que l'état ancien par rapport à l'état actuel était le néant. Car le néant absolu n'existe pas : il n'a pas de capacité d'existence.

(5.7.8)
L'homme, comme le minéral, est un être existant; mais l'existence du minéral, par rapport à celle de l'homme est le néant, car lorsque le corps humain est anéanti, il devient poussière et minéral. Tandis que, lorsque la poussière évolue jusqu'au monde humain, et que ce corps mort devient vivant, un homme devient existant; et, quelle que soit l'existence de la poussière, c'est-à-dire du minéral, dans son propre état, par rapport à l'homme, c'est le néant.

(5.7.9)
Tous deux existent; mais l'existence de la poussière et du minéral par rapport à l'homme c'est la non-existence et le néant, car lorsque l'homme s'anéantit, il redevient poussière et minéral.

(5.7.10)
Donc, bien que le monde des contingences existe, par rapport à l'existence de Dieu, c'est la non-existence et le néant; l'homme et la poussière existent tous deux; mais quelle différence entre l'existence du minéral et celle de l'homme ! L'une, par rapport à l'autre, est le néant. De même, l'existence de la créature par rapport à celle de Dieu est le néant.

(5.7.11)
Il est donc clair et √©vident que, bien que les √™tres existent, par rapport √† Dieu et √† son Verbe, ils sont n√©ant. C'est cela le commencement et la fin auxquels faisait allusion le Verbe de Dieu en disant ¬ę je suis l'Alpha et l'Om√©ga ¬Ľ; car Il est le commencement et la fin de la bont√©. [voir : ¬ę Le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 3.9.13 et 4.13.16 et 5.7.11; ¬ę Les sept vall√©es ¬Ľ 1.35 et 1.64 ; voir aussi Apocalypse 1.8 ; Esa√Įe 48.12 ; Coran 57.3 - CLE: LE PREMIER LE DERNIER, ALPHA ET OMEGA - Selon la bible: ¬ę √ī Jacob, et √ī Isra√ęl, mon appel√©, √©coute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. ¬Ľ et selon J√©sus: ¬ę Je suis l'Alpha et l'Om√©ga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. ¬Ľ et selon Muhammad: ¬ę C'est Lui le Premier et le Dernier ¬Ľ]

(5.7.12)
De tout temps, Dieu a eu une création, et de splendides rayons ont brillé de la réalité du soleil; car le soleil sans lumière ne serait que ténèbres obscures.

(5.7.13)
Les noms et les attributs de Dieu requièrent l'existence des êtres, et la bonté éternelle n'a pas eu d'arrêt; sinon ce serait contraire aux perfections divines.


5.8. La réincarnation

(5.8.1)
Question. - Qu'est-ce que la réincarnation, qui fait partie des croyances de certains peuples ? Réponse. - Notre but ici est d'exposer la vérité, et nullement de tourner en dérision les croyances des autres peuples. Il ne s'agit que d'une explication, ce qui est suffisant. Nous ne faisons le procès de personne, et nous ne nous permettons pas de faire d'opposition.

(5.8.2)
Sachez donc que ceux qui croient à la réincarnation sont de deux sortes : les uns ne croient pas aux punitions et aux récompenses spirituelles de l'autre monde, et ils supposent que l'homme, en se réincarnant et en revenant dans ce monde, trouve des compensations et des récompenses; ils considèrent le paradis et l'enfer comme restreints à ce monde, et ne parlent pas de l'autre monde.

(5.8.3)
Parmi eux, il y a aussi deux divisions : certains pensent que l'homme revient parfois dans ce monde sous la forme d'un animal afin de subir un dur ch√Ętiment, puis qu'il revient une seconde fois du monde animal au monde humain : cela s'appelle la m√©tempsycose.

(5.8.4)
D'autres pensent qu'on retourne du monde humain au monde humain et qu'on obtient, par ce retour, les récompenses et les compensations d'une première vie : cela s'appelle la réincarnation. Ni les uns ni les autres ne parlent d'un autre monde que celui-ci.

(5.8.5)
La seconde sorte de gens qui croient à la réincarnation parlent d'un autre monde, et ils la considèrent comme le moyen de se perfectionner : en venant et en retournant dans ce monde, l'homme acquiert peu à peu la pratique des perfections, jusqu'à ce qu'il arrive au centre de perfection.

(5.8.6)
Autrement dit, les hommes sont des composés de matière et d'énergie. La matière, au début, c'est-à-dire dans le premier cycle, est imparfaite; mais en revenant continuellement dans ce monde, elle fait des progrès et devient raffinée et délicate, jusqu'à ce qu'elle devienne comme un miroir poli; alors l'énergie, qui n'est autre chose que l'esprit, se réalise en elle avec toutes les perfections.

(5.8.7)
Tel est l'exposé de la théorie de ceux qui croient à la réincarnation et à la métempsycose. Nous venons de la résumer; si nous entrions dans des détails, cela prendrait beaucoup de temps, et cet abrégé est suffisant.

(5.8.8)
Ils n'apportent ni preuves ni arguments logiques; ce ne sont que des suppositions, des déductions de conjectures, mais jamais d'arguments péremptoires; et nous devons attendre de ceux qui croient à la réincarnation des preuves, non des conjectures, des suppositions ou des inventions.

(5.8.9)
Mais vous m'avez demandé des preuves et des arguments pour l'impossibilité de la réincarnation : c'est cela qu'il faut maintenant expliquer. Le premier argument en faveur de son impossibilité, c'est que le visible est l'expression de l'invisible, le monde est le miroir du royaume céleste, et l'univers matériel correspond à l'univers spirituel.

(5.8.10)
Or, remarquez que, dans le monde sensible, les apparences ne se répètent pas, car aucun des êtres existants n'est pareil et identique à un autre sous tous les rapports. Le signe de l'unité est visible et apparent en toute chose.

(5.8.11)
Si les greniers du monde étaient pleins de grains, vous n'en trouveriez pas deux absolument pareils, semblables, identiques, et sans aucune différence. Sans aucun doute, il y aurait des différences et des distinctions entre eux.

(5.8.12)
Comme les preuves de l'unité existent dans toutes les choses, que la solitude et l'unité de Dieu se remarquent dans la réalité de toutes les créatures, la répétition d'une même apparence est absolument impossible.

(5.8.13)
Donc, la réincarnation, qui est la répétition de l'apparence d'un même esprit, avec la substance et la condition précédentes, dans ce même monde d'apparences, est une chose entièrement impossible.

(5.8.14)
Comme, pour chacune des créatures matérielles, le retour d'une même apparence est impossible et interdit, de même, pour les créatures spirituelles aussi, le retour dans une même condition, soit dans l'arc de descente, soit dans l'arc de montée, est interdit et impossible. En effet, le matériel est conforme au spirituel.

(5.8.15)
Pourtant, chez les cr√©atures mat√©rielles, en ce qui concerne l'esp√®ce, la nouvelle venue et le retour existent √©videmment. Ainsi les arbres qui, pendant les ann√©es pass√©es, ont donn√© des feuilles, des fleurs et des fruits, donneront √©galement, dans les ann√©es futures, exactement les m√™mes feuilles, les m√™mes fleurs et les m√™mes fruits. Cela, c'est le retour de l'esp√®ce. [nota : Orbe cyclique ‚Äď voir ¬ę Les sept vall√©es ¬Ľ 2.36]

(5.8.16)
Si quelqu'un faisait une objection en disant que la feuille, la fleur et le fruit ont été décomposés, sont descendus du monde végétal au monde minéral, puis sont revenus du monde minéral au monde végétal, par conséquent qu'il y a eu là une répétition, il faudrait lui répondre que la fleur, la feuille et le fruit de l'an dernier sont détruits, que ces éléments assemblés se sont dissociés, qu'ils se sont dispersés dans l'espace et que les atomes assemblés de la feuille et du fruit de l'an dernier ne se sont pas trouvés rassemblés entre eux après leur décomposition : ils ne sont pas revenus. Au contraire l'espèce qui revient provient de l'assemblage d'éléments nouveaux.

(5.8.17)
II en est de même du corps humain qui, après la décomposition, est détruit; les éléments qui le composaient sont dispersés. Et si, pareillement, ce corps revient une seconde fois du monde minéral ou végétal, ce n'est jamais ce même corps composé exactement des éléments de l'homme précédent; ces éléments ont été décomposés et dispersés, ils se sont répandus dans l'espace infini. Ensuite, d'autres éléments ont été combinés et un nouveau corps s'est formé.

(5.8.18)
Il n'est pas impossible qu'un des atomes de l'individu d'autrefois entre dans la composition du nouvel individu. Mais ces atomes n'ont pas été gardés et conservés entièrement et exactement, et sans adjonction ni diminution, de façon à être recomposés et que, de ce mélange, de cette recomposition, un nouvel être prenne naissance.

(5.8.19)
Ainsi, il est impossible de prouver que ce même corps est revenu avec tous ses atomes, que le premier être est devenu le second, qu'en conséquence il y a eu répétition ni que l'esprit, comme le corps, est revenu et qu'après la mort il est retourné, dans son essence, sur cette terre.

(5.8.20)
Si nous prétendons que cette réincarnation sert à acquérir la perfection, qu'elle a lieu afin que la matière s'affine, se polisse, et que la lumière de l'esprit se manifeste en elle avec la dernière perfection, c'est aussi de la pure imagination.

(5.8.21)
Car, en admettant que nous acceptions cette opinion, le changement d'état ne s'obtient pas en recommençant et en revenant; l'essence de l'imperfection, en revenant sans cesse, ne deviendra pas la perfection absolue; les ténèbres complètes, en revenant et en retournant, ne deviendront pas la source de la lumière; la faiblesse absolue, en revenant, ne se transformera pas en force et en puissance, une nature matérielle ne deviendra pas une réalité céleste; l'arbre de Zaqq'um aura beau se répéter, il ne donnera pas de fruits sucrés, tandis que l'arbre excellent, tant qu'il reviendra, ne donnera pas de fruits amers.

(5.8.22)
Il est donc clair que la répétition et le retour dans le monde matériel ne font pas acquérir des perfections. II n'y a à cette supposition ni fondement ni preuve : ce n'est qu'une imagination. Non, l'obtention des perfections dépend en vérité de la bonté de Dieu. [nota : l'arbre de Zaqq'um est l'arbre de l'enfer]

(5.8.23)
Les th√©osophes croient que l'homme, dans l'arc d'ascension, repara√ģt et revient maintes et maintes fois, jusqu'√† ce qu'il arrive au point supr√™me; alors, la mati√®re devient un miroir poli, et les lumi√®res de l'esprit l'illuminent avec tout leur pouvoir; ainsi s'obtient la perfection de l'essence.

(5.8.24)
Or, c'est un des points de th√©ologie reconnus, que les mondes mat√©riels prennent fin √† l'extr√©mit√© de l'arc de descente; que l'homme se trouve plac√© √† l'extr√©mit√© de cet arc de descente, et au commencement de celui de mont√©e, et qu'il est situ√© √† l'extr√©mit√© oppos√©e du point supr√™me; que d'ailleurs, entre le commencement et l'extr√©mit√© de l'arc d'ascension, il y a de nombreux degr√©s de spiritualit√©. [voir : ¬ę S√©lection des √©crits d'Abdu'l-Bah√° ¬Ľ 103.6 - ARC DE LA CREATION: L'intime r√©alit√© de l'homme occupe le point le plus bas de l'arc descendant]

(5.8.25)
On appelle création l'arc de descente, et évolution celui de montée. L'arc de descente aboutit à la matérialité, l'arc de montée à la spiritualité.

(5.8.26)
La pointe du compas, en décrivant un cercle, ne fait point de mouvement rétrograde, car cela est contraire au mouvement naturel et à l'ordre divin, et la construction du cercle en serait viciée.

(5.8.27)
D'ailleurs, ce bas monde n'a pas une telle valeur ou une telle perfection pour que l'homme, après être sorti de cette cage, désire une seconde fois être pris dans ses barreaux.

(5.8.28)
Non, gr√Ęce √† la bont√© √©ternelle, le m√©rite et la dignit√© v√©ritables de l'homme deviennent visibles et clairs par la travers√©e des √©tapes de l'existence, et sans qu'il soit besoin de les recommencer et de revenir.

(5.8.29)
La perle ou le gravier que cette nacre contient, une fois qu'elle s'ouvrira, deviendront apparents et visibles. Lorsque cette plante sera poussée, elle donnera des ronces ou des fleurs; point n'est besoin d'une seconde croissance.

(5.8.30)
En outre, circuler et se diriger dans l'univers, en suivant une ligne droite et en se conformant √† l'ordre naturel, c'est cela qui fait vivre; tandis qu'un mouvement contraire √† l'ordre et √† la loi de la nature cause la non-existence; et le retour de l'√Ęme apr√®s la mort serait contraire au mouvement naturel, et oppos√© √† l'ordre divin.

(5.8.31)
Donc, en revenant, il serait absolument impossible d'obtenir la vie : c'est comme si l'homme, après être sorti du sein de sa mère, y rentrait une seconde fois.

(5.8.32)
Remarquez quelle est la fantaisie de ceux qui croient à la réincarnation ou à la métempsycose! Ils considèrent le corps comme un vase, et ils regardent l'esprit comme contenu dans ce vase, comme l'eau dans une coupe; cette eau a été tirée de cette coupe et a été reversée dans une autre! C'est une fantaisie puérile.

(5.8.33)
Ils oublient que l'esprit n'est pas une chose matérielle, qu'il n'entre ni ne sort; que tout au plus il est lié au corps, comme le soleil au miroir.

(5.8.34)
S'il en √©tait ainsi, si en revenant et en retournant dans ce monde mat√©riel, l'esprit en franchissait les √©tapes et parvenait √† la perfection de l'essence, il e√Ľt √©t√© pr√©f√©rable que Dieu prolonge√Ęt la vie de l'esprit dans le monde mat√©riel jusqu'√† ce qu'il e√Ľt acquis les perfections et les gr√Ęces; point n'√©tait n√©cessaire de le faire go√Ľter √† la coupe de la mort ni de lui donner une seconde vie.

(5.8.35)
La pensée que l'existence se borne à ce monde mortel et la négation des mondes divins sont le propre de certains croyants à la réincarnation; et pourtant les mondes divins sont infinis.

(5.8.36)
Si les mondes divins √©taient limit√©s √† ce monde mat√©riel, la cr√©ation serait vaine, l'existence serait un jeu d'enfants; l'aboutissant de tous ces √™tres infinis, la noble humanit√©, apr√®s √™tre venue et revenue pendant quelques jours dans ce s√©jour mortel, recevrait ses punitions et ses r√©compenses, et tout le monde deviendrait √† la fin compl√®tement parfait! La cr√©ation divine, les cr√©atures infinies seraient alors parfaitement termin√©es; la divinit√© de Dieu, les noms et attributs c√©lestes, pour ces √™tres spirituels, √©quivaudraient, apr√®s tout, au point de vue de l'effet, √† un arr√™t et √† un retard. ¬ę Gloire √† ton Seigneur, le Seigneur qui est au-dessus des descriptions! ¬Ľ [nota : ces √™tres spirituels sont les Manifestations (messagers) de Dieu]

(5.8.37)
Tel était l'esprit étroit des anciens philosophes, comme Ptolémée et les autres, qui croyaient et s'imaginaient que le monde vivant était limité à ce globe terrestre, et que l'espace illimité était circonscrit dans les neuf cercles du ciel, que tous étaient creux et vides. Voyez combien leurs pensées étaient étroites, et leur esprit faible!

(5.8.38)
Aujourd'hui, ceux qui croient à la réincarnation s'imaginent aussi que les mondes divins sont limités aux mondes de l'imagination humaine; bien plus, certains d'entre eux, comme les Druzes et les Nossairis, s'imaginent que la vie est limitée à ce monde matériel. Quelle supposition ignorante!

(5.8.39)
Car dans cet univers divin, qui montre la perfection, la beaut√© et la grandeur les plus compl√®tes, les √©toiles lumineuses du monde mat√©riel sont innombrables; alors il faut se rappeler combien les mondes spirituels et divins, qui sont l'essentiel, sont √©galement innombrables et infinis ! ¬ę Soyez attentifs, √ī vous, possesseurs de vue ! ¬Ľ

(5.8.40)
Revenons à notre sujet. Dans les livres sacrés et les Ecritures divines, on parle bien du retour; mais les ignorants n'en ont pas compris la signification, et ils ont cru qu'il s'agissait de la réincarnation.

(5.8.41)
Or, quand les prophètes de Dieu parlent du retour, ils ne veulent pas parler du retour de l'essence mais bien du retour des qualités, non du retour de la manifestation, mais de celui des perfections.

(5.8.42)
Il est dit dans l'Evangile que Jean, fils de Zacharie, est Elie; ces paroles ne signifient pas le retour de l'√Ęme dou√©e de raison de la personnalit√© d'Elie dans le corps de Jean; mais elles signifient que les perfections et les qualit√©s d'Elie resplendissent et apparaissent chez Jean.

(5.8.43)
Une lampe br√Ľlait la nuit pass√©e dans cette pi√®ce; lorsque, la nuit prochaine, une autre br√Ľlera, nous dirons que la lumi√®re d'hier soir est de nouveau allum√©e. L'eau coulait de la source, puis elle s'arr√™ta; lorsqu'elle se remettra √† couler, nous dirons de cette eau qui coule √† nouveau : c'est l'eau d'autrefois qui coule de nouveau. Cette lumi√®re est exactement la lumi√®re d'autrefois.

(5.8.44)
De même, au printemps de l'an dernier, les fleurs et les herbes odorantes ont fleuri, les fruits savoureux ont poussé; l'an prochain, nous dirons que ces fruits savoureux sont revenus, ces fleurs, ces herbes odorantes, ces boutons sont retournés et revenus.

(5.8.45)
Cela ne voudra pas dire que les atomes composant exactement la fleur de l'an dernier, après sa décomposition, se sont à nouveau rassemblés et sont retournés et revenus. Au contraire, cela veut dire que la douceur, la délicatesse, le délicieux parfum et la couleur merveilleuse de la fleur de l'an dernier se retrouvent et se voient exactement dans celle de cette année. Bref, il ne s'agit que de la similitude et de la ressemblance entre l'une et l'autre fleur.

(5.8.46)
Le retour dont il est fait mention dans les Ecritures saintes, c'est cela : et cette signification est donn√©e par la Plume supr√™me [nota : la Plume supr√™me d√©signe Bah√°‚Äôu‚Äôll√°h] dans le Livre de la Certitude, en d√©tail et abondamment. Reportez-vous-y, afin d'√™tre inform√©e de la v√©rit√© des myst√®res divins. Sur vous le salut et la louange! [voir : ¬ę Livre de la certitude ¬Ľ 21, 160, 162, 168, 170, 171, 179; voir ¬ę Les le√ßons de Saint-Jean d'Acre ¬Ľ 2.18.1 et 2.18.13 et 5.8.46 - CLE: RETOUR des messagers de Dieu]

5.9. Le panthéisme

(5.9.1)
Question. - Comment les théosophes et les sufis comprennent-ils la question du panthéisme ? Quelle est sa signification? Cette doctrine se rapproche-t-elle, ou non, de la vérité ? [nota : panthéisme, mot à mot, l'unité de l'existence] [nota : lorsqu'on parle des Messagers ou Manifestations de Dieu, on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence (panthéisme)]

(5.9.2)
R√©ponse. - Sachez que la question du panth√©isme est ancienne; elle n'est pas particuli√®re aux th√©osophes et aux soufis. Au contraire, certains sages de la Gr√®ce admettaient le panth√©isme, tel Aristote qui dit : ¬ę La V√©rit√© simple, c'est toutes les choses, et en m√™me temps ce n'est rien. ¬Ľ Et ici le simple est oppos√© au compos√©; c'est la R√©alit√© isol√©e, qui est au-dessus de la composition et de la dispersion, et qui s'est r√©solue en formes innombrables. Donc, l'Existence r√©elle c'est toutes les choses mais non l'une d'entre elles.

(5.9.3)
Bref, les adeptes du panthéisme admettent que l'Existence réelle est semblable à la mer, et que toutes les créatures sont semblables aux vagues; ces vagues, qui sont l'expression des créatures, sont les formes innombrables de l'Existence réelle. Donc, la Réalité sacrée est la Mer de l'Eternité, et les formes innombrables des créatures, les vagues qui se produisent.

(5.9.4)
Egalement, on compare cette théorie à l'Unité réelle et aux nombres infinis; l'Unité réelle se réfléchit dans les degrés des nombres infinis, car les nombres sont la répétition de l'Unité réelle. Ainsi, le nombre deux est la répétition de un, et de même pour tous les autres nombres.

(5.9.5)
Et parmi toutes leurs preuves se trouve celle-ci : à savoir que toutes les créatures sont les connaissances de Dieu; et une science sans connaissances n'existe pas, car la science se rapporte à ce qui existe, et non au néant. La pure non-existence, quelle spécification et quelle individualisation peut-elle avoir dans les degrés de la science?

(5.9.6)
Donc, les réalités des créatures, qui sont les connaissances de Dieu le Très-Haut, ont l'existence qu'a la science [nota : l'existence qu'a la science, c'est à dire une existence intellectuelle], puisqu'elles sont la forme du savoir divin, et elles sont éternelles, puisque la science divine est éternelle. Et puisque la science est éternelle, les connaissances le sont également; et les individualisations et les spécifications des créatures, qui sont les connaissances éternelles de l'Essence de l'Unité, sont la science divine elle-même. Car les réalités de l'Essence de l'Unité, la science, et les connaissances, ont une unité absolue, véritable, établie. Autrement, l'Essence de l'Unité deviendrait le lieu de phénomènes multiples, et la multiplicité des Eternels deviendrait nécessaire, ce qui serait absurde.

(5.9.7)
Il est donc √©tabli que les connaissances sont la science m√™me, et la science l'Essence m√™me; c'est-√†-dire que le Savant, la science et les connaissances sont une r√©alit√© unique. Et si nous imaginons quelque chose en dehors de tout cela, il faut revenir √† la multiplicit√© des Eternels; on arrive √† l'encha√ģnement, et les Eternels finissent par devenir infinis! [nota : l'encha√ģnement des causes et des effets √† l'infini]

(5.9.8)
Et comme l'individualisation et la spécification des créatures dans la science de Dieu étaient l'Essence même de l'Unité, et qu'il n'y avait parmi elles aucune sorte de différence, il n'y avait qu'une véritable unité, et toutes les connaissances étaient diffuses et incluses dans la réalité de l'Essence unique; c'est-à-dire que, selon le mode de la simplicité et de l'unité, elles étaient les connaissances de Dieu le Très-Haut et l'Essence même de la Réalité.

(5.9.9)
Et lorsque Dieu manifesta son éclat, ces individualisations et ces spécifications des créatures, qui avaient une existence virtuelle, c'est-à-dire qui étaient la forme de la science divine, trouvèrent leur existence substantielle dans le monde extérieur; et cette Existence réelle se résolut en formes infinies. Tel est le principe de leur démonstration.

(5.9.10)
Les théosophes et les soufis se divisent en deux branches. L'une, composée de la masse qui, simplement, par esprit d'imitation, admet le panthéisme, sans comprendre l'intention de ses docteurs respectés; car la masse des soufis croit que la signification de l'Existence, c'est l'existence d'une façon générale, prise substantivement, et qui est comprise par l'intelligence et l'esprit de tous : c'est-à-dire que l'homme la comprend.

(5.9.11)
Au lieu de cela, cette existence générale est un accident de la nature de ceux qui pénètrent la réalité des créatures; et les qualités des créatures sont la substance. Et cette existence accidentelle, qui dépend des créatures, ressemble aux propriétés des choses qui dépendent d'elles. C'est un d'entre les accidents, et certes ce qui est la substance est supérieur à ce qui est l'accident.

(5.9.12)
Car la substance est le principe et l'accident la conséquence; la substance dépend d'elle-même, et l'accident dépend de quelque chose d'autre, c'est-à-dire a besoin d'une substance dont il dépende. Autrement, Dieu serait la conséquence de la créature, Il aurait besoin d'elle, et celle-ci serait indépendante de Lui!

(5.9.13)
Par exemple, chaque fois que les éléments isolés se combinent conformément à l'ordre universel divin, une créature d'entre les créatures vient au monde. C'est-à-dire que, lorsque certains éléments se combinent, cette combinaison produit une existence végétale; lorsque d'autres se combinent, c'est un animal; d'autres encore, et ce sont différentes créatures. Dans ce cas, l'existence des choses est la conséquence de leur réalité.

(5.9.14)
Comment se pourrait-il que cette existence, qui est un accident d'entre les accidents et nécessite une autre essence dont elle dépende puisse être l'Essence éternelle, l'Auteur de toutes choses ?

(5.9.15)
Mais les docteurs initiés des théosophes et des soufis, qui ont étudié cette question, pensent qu'il y a deux catégories d'existences.

(5.9.16)
L'une est l'existence générale, qui est comprise de l'intelligence humaine : c'est un phénomène, un accident d'entre les accidents dont la réalité des choses est la substance. Mais le panthéisme ne s'applique pas a cette existence générale et qu'on imagine, mais bien à l'Existence véritable, affranchie de toute interprétation. Et c'est par elle que toutes choses existent; et c'est elle l'unité, c'est-à-dire l'Unité réelle, par laquelle toutes choses sont venues au monde, telle la matière, l'énergie et cette existence générale qui est comprise par l'intelligence humaine. Telle est la vérité sur cette question, selon les théosophes et les soufis.

(5.9.17)
' Bref, sur cette théorie que c'est par l'Unité que toutes les choses existent, tout le monde est d'accord, c'est-à-dire les philosophes comme les prophètes. Mais il y a entre eux une différence; c'est que les prophètes disent que la science de Dieu n'a pas besoin de l'existence des créatures, tandis que la science de la créature a besoin de l'existence des connaissances.

(5.9.18)
Si la science de Dieu avait besoin de quelque autre chose, elle serait la science de la créature, et non celle de Dieu. Car l'éternel est différent du phénoménal, et le phénoménal est le contraire de l'éternel; ce que nous attribuons à la créature, à savoir les contingences nécessaires, nous le nions pour Dieu; car le fait d'être au-dessus des imperfections est une de ses propriétés nécessaires.

(5.9.19)
Ainsi, dans le phénoménal, nous voyons l'ignorance, dans l'Eternel nous reconnaissons la science; dans le phénoménal, nous voyons l'impuissance, dans l'Eternel nous reconnaissons la force; dans le phénoménal, nous voyons la pauvreté, dans l'Eternel, nous reconnaissons la richesse. Ainsi, le phénoménal est le principe des imperfections, et l'Eternel est la réunion des perfections.

(5.9.20)
Comme la science phénoménale a besoin de l'existence des connaissances, la science éternelle est indépendante de leur existence. Aussi l'éternité de la spécification et de l'individualisation des créatures, qui sont les connaissances de Dieu le Très-Haut, n'existe pas.

(5.9.21)
Ces attributs divins et parfaits ne sont pas assez bien compris par l'intelligence, pour que nous décidions si la science divine a besoin des connaissances ou non.

(5.9.22)
Bref, voil√† l'argument supr√™me des soufis; et si nous voulions mentionner leur argumentation compl√®te et expliquer les r√©ponses qu'ils font aux objections, cela tra√ģnerait beaucoup en longueur. Tels √©taient leur preuve d√©cisive et leur argument √©vident, du moins ceux des docteurs instruits, parmi les soufis et les th√©osophes.

(5.9.23)
Mais la question de l'Existence réelle, par laquelle toutes choses existent, c'est-à-dire la réalité de l'Essence de l'Unité, par qui toutes les créatures sont venues au monde, tout le monde l'admet.

(5.9.24)
La diff√©rence r√©side en ce que les soufis disent : ¬ę La r√©alit√© des choses est la manifestation de l'Unit√© r√©elle. ¬Ľ Et les proph√®tes disent : ¬ę Elle √©mane de l'Unit√© r√©elle. ¬Ľ Et grande est la diff√©rence entre la manifestation et l'√©manation!

(5.9.25)
L'apparition par manifestation signifie qu'une chose unique appara√ģt dans des formes infinies. Par exemple la graine, qui est une chose unique, poss√©dant les perfections v√©g√©tatives, lorsqu'elle se manifeste en formes infinies, se r√©sout en branches, en fleurs et en fruits; on appelle cela l'apparition par manifestation.

(5.9.26)
Quant à l'apparition par émanation, c'est lorsqu'elle cette Unité réelle demeure et subsiste dans les hauteurs de la sainteté; l'existence des créatures est émanée d'elle, mais ne la manifeste pas.

(5.9.27)
On peut la comparer au soleil, dont √©mane la lumi√®re qui se r√©pand sur toutes les cr√©atures; mais lui, il demeure dans les hauteurs de sa saintet√©; il n'y a pas pour lui de descente, et il ne se r√©sout pas en formes lumineuses; il n'appara√ģt pas dans la substance des choses par la sp√©cification et l'individualisation des choses, l'√©ternel ne devient pas le ph√©nom√©nal, la richesse ind√©pendante ne devient pas la pauvret√© encha√ģn√©e, la pure perfection ne devient pas l'imperfection m√™me!

(5.9.28)
En r√©sum√© les soufis admettent Dieu et la cr√©ature; ils disent que Dieu s'est r√©solu dans les formes infinies des cr√©atures, qu'Il s'est manifest√© comme la mer qui appara√ģt dans les formes infinies des vagues; ces vagues ph√©nom√©nales imparfaites sont identiques √† la Mer √©ternelle qui est la somme de toutes les perfections divines!

(5.9.29)
Les prophètes, au contraire, croient qu'il y a le monde de Dieu, le monde du royaume et le monde de la création, trois mondes.

(5.9.30)
La première émanation de Dieu, qui est la bonté du royaume, se reflète, sur la réalité des créatures, comme la lumière qui émane du soleil et resplendit sur les créatures; et cette bonté, qui est la lumière, resplendit en formes infinies sur les réalités de toutes les choses et se spécifie et s'individualise suivant l'aptitude, le mérite et la valeur intrinsèque de chacune d'elles.

(5.9.31)
La th√©orie des soufis exige au contraire que la Richesse ind√©pendante descende au degr√© de la pauvret√©, que l'Eternel s'encha√ģne dans les formes ph√©nom√©nales, et que la pure Puissance soit limit√©e sous la forme de faiblesse, selon les bornes des contingences! Et cela est une erreur √©vidente!

(5.9.32)
Remarquons que la réalité de l'homme, qui est la plus noble des créatures, ne descend pas à la réalité de l'animal; l'essence de l'animal, qui est douée des facultés sensorielles, ne s'abaisse pas au degré du végétal; et la réalité du végétal, qui est ce pouvoir de croissance, ne s'arrête pas dans la réalité du minéral.

(5.9.33)
Bref, la réalité supérieure ne descend ni ne s'abaisse dans les degrés inférieurs; comment se pourrait-il que la réalité universelle de Dieu, qui est affranchie de toute description et de toute qualification, malgré sa sainteté et sa pureté absolues, se résolve dans les formes des réalités des créatures qui sont la source des imperfections ? C'est une pure imagination qu'on ne peut comprendre!

(5.9.34)
Au contraire, cette Essence sainte est la somme des perfections divines et célestes; toutes les créatures sont favorisées par les bienfaits du rayonnement par émanation, et elles reçoivent les lumières de perfection et de beauté de son royaume.

(5.9.35)
De même, toutes les créatures terrestres obtiennent le bienfait de la lumière des rayons du soleil, tandis que ce dernier ne descend pas et ne s'abaisse pas dans Les réalités favorisées des existences terrestres!

(5.9.36)
Apr√®s le d√ģner, et vu l'heure tardive, il n'y a pas lieu d'en dire davantage.


5.10. Les quatre moyens d'acquérir la connaissance

(5.10.1)
Les moyens reconnus d'acquérir la connaissance sont au nombre de quatre; c'est-à-dire que les réalités des choses sont comprises par ces quatre procédées.

(5.10.2)
Le premier moyen nous est donn√© par nos sens, qui s'appliquent √† tout ce que l'oeil, l'oreille, le go√Ľt, l'odorat, le toucher per√ßoivent et qu'on appelle sensible.

(5.10.3)
Aujourd'hui, tous les philosophes d'Europe considèrent ce moyen comme excellent. Ils disent que le critérium suprême, ce sont les sens; ils le considèrent comme sacré, bien qu'il soit imparfait (car il commet des erreurs).

(5.10.4)
Par exemple, le premier de nos sens est la vue. La vue prend le mirage pour de l'eau, et elle prend pour v√©ritables des images r√©fl√©chies dans un miroir; des corps √©loign√©s lui paraissent tout petits, un point en rotation para√ģt un cercle, la Terre lui semble immobile tandis que le Soleil est en mouvement, et dans beaucoup d'autres cas elle commet des erreurs. Nous ne pouvons donc avoir confiance en elle.

(5.10.5)
Le second procédé est la raison qui, chez les philosophes anciens, les piliers de la sagesse, était la mesure de la compréhension; ils prouvaient les choses par la raison, et ils tenaient fermement aux preuves de la raison; tous leurs arguments sont des arguments de raison.

(5.10.6)
Cependant, ils divergèrent beaucoup entre eux, et leurs opinions sont contradictoires. Il leur arriva même de changer d'avis; c'est-à-dire qu'après avoir prouvé pendant vingt ans par des arguments de raison l'existence d'une chose, ils la niaient après cela par des arguments de raison.

(5.10.7)
Ainsi, Platon commença par prouver logiquement l'immobilité de la terre et le mouvement du soleil; plus tard, par des arguments de raison, il prouva que le soleil est un centre autour duquel se meut la terre. Ensuite, le système de Ptolémée se répandit, et la théorie de Platon fut entièrement oubliée, jusqu'à ce qu'un observateur nouveau la reprenne. Ainsi, tous les mathématiciens se trouvaient en désaccord, bien qu'ils s'appuyassent sur des arguments de raison !

(5.10.8)
Pendant un certain temps, ils prouvaient une question par des arguments de logique, puis après cela, par des arguments de même nature, ils la niaient. Pendant quelque temps, un certain philosophe, avec force preuves et arguments à l'appui, défendait une théorie qu'après cela il abandonnait et contredisait par des preuves de raison.

(5.10.9)
Il est donc clair que le critérium de la raison n'est pas parfait; les divergences des philosophes antiques, le manque de stabilité et les variations des opinions en sont la preuve, Car, si le procédé de la raison était parfait, tout le monde devrait être d'accord en pensées et en opinions.

(5.10.10)
Le troisi√®me proc√©d√© est la tradition, c'est-√†-dire le texte des livres saints; car on dit : ¬ę Dieu, dans la Bible, ou dans l'Evangile, parla ainsi. ¬Ľ Ce proc√©d√© non plus n'est pas parfait, car c'est la raison qui interpr√®te la tradition.

(5.10.11)
Et comme la raison elle-m√™me est sujette √† erreur, comment peut-on croire qu'en comprenant et en interpr√©tant les traditions, elle ne commettra pas d'erreur, qu'elle sera absolument s√Ľre? En effet, d est possible qu'elle commette des erreurs, et la certitude n'existe pas.

(5.10.12)
Et c'est le procédé des clergés : tout ce qu'ils comprennent du texte des livres saints est ce que leur raison comprend de ces mêmes textes, mais ce n'est pas la vérité pure. Car la raison est comme une balance, et les significations comprises dans le texte des livres saints ressemblent à la chose pesée : si la balance est faussée, comment trouvera-t-on le poids ?

(5.10.13)
Sachez donc que ce que les hommes possèdent, ce qu'ils admettent, est soumis à l'erreur. Car, dans l'affirmation ou dans la contradiction d'une chose, si l'on met en avant des preuves tirées de nos sens, il est clair que le critérium n'est pas parfait; si ce sont des preuves intellectuelles, il en est de même, ainsi que pour des preuves traditionnelles. L'homme n'a donc pas de critérium auquel il puisse se fier.

(5.10.14)
Mais la bonté du Saint-Esprit nous fournit le véritable procédé infaillible et indubitable. C'est le secours du Saint-Esprit qui parvient à l'homme. Là seulement se trouve la certitude!


5.11. Pourquoi il faut suivre les enseignements des manifestations de Dieu

(5.11.1)
Question. - Ceux qui ont pour eux leurs bonnes actions, leur bienveillance générale, des moeurs louables, qui agissent avec amour et bonté envers toutes les créatures, qui s'occupent des pauvres, qui s'efforcent d'établir la paix universelle, quel besoin ont-ils des enseignements divins ? D'ailleurs ils croient qu'ils peuvent s'en passer. Quelle est donc leur condition ?

(5.11.2)
Réponse. - Sachez que de telles actions, de tels efforts, de telles paroles sont louables et approuvés et qu'ils sont la gloire de l'humanité. Mais ces actions seules ne suffisent pas; c'est un corps de la plus grande élégance auquel il manquerait l'esprit.

(5.11.3)
Car ce qui cause la vie immortelle, la gloire éternelle, la spiritualité universelle, le salut et la prospérité réelle, c'est tout d'abord la connaissance de Dieu; et l'on sait que la connaissance de Dieu passe avant toute autre connaissance, et qu'elle est la gloire suprême de l'humanité!

(5.11.4)
Car, si dans la connaissance de la réalité des choses il y a des avantages matériels, si c'est par elle que la civilisation extérieure progresse, la connaissance de Dieu est la cause du progrès et de l'attraction spirituels; la vision de vérité, la sublimité de l'humanité, la civilisation divine, la droiture des moeurs et l'illumination ne s'obtiennent que par elle.

(5.11.5)
Ensuite vient l'amour de Dieu, dont la lumière éclaire le coeur de ceux qui le connaissent et dont les rayons éclatants illuminent l'horizon, donnant à l'homme la vie du royaume.

(5.11.6)
En vérité, le but de la vie humaine est l'amour de Dieu, car cet amour est l'esprit de la vie et la bonté éternelle !

(5.11.7)
Si l'amour de Dieu n'existait pas, le monde contingent serait dans les ténèbres; si l'amour de Dieu n'existait pas, les coeurs des hommes seraient morts et privés des sentiments de l'existence; si l'amour de Dieu n'existait pas, les perfections de l'humanité seraient détruites et anéanties;

(5.11.8)
si l'amour de Dieu n'existait pas, l'affliction réelle n'existerait pas dans la création de l'homme; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'union spirituelle serait une chimère; si l'amour de Dieu n'existait pas, la lumière de l'unité n'éclairerait pas l'humanité; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'Est et l'Ouest ne seraient pas, comme deux amoureux, dans les bras l'un de l'autre;

(5.11.9)
si l'amour de Dieu n'existait pas, la division et la désunion n'auraient pas été changées en intimité; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'affliction n'aurait pas remplacé l'indifférence; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'étranger ne serait pas devenu l'ami!

(5.11.10)
L'amour humain a jailli de l'amour de Dieu, et il est apparu par la bonté et la faveur de Dieu!

(5.11.11)
II est clair que la réalité de l'humanité est variée; les opinions sont distinctes, les sentiments sont différents; et cette différence d'opinions, de pensées, d'intelligences, de sentiments parmi les individus de l'espèce humaine, est due aux nécessités essentielles, car les différences dans les degrés de l'existence des créatures sont une des nécessités de l'existence qui se dénoue en formes infinies.

(5.11.12)
Donc, nous avons besoin d'un pouvoir g√©n√©ral qui domine les sentiments, les opinions et les pens√©es de tous, gr√Ęce auquel ces divisions n'auront plus d'effet, et qui am√®ne tous les individus sous l'influence de l'unit√© de l'humanit√©.

(5.11.13)
Et il est clair et évident que le plus grand pouvoir qui existe dans l'humanité c'est l'amour de Dieu; il conduit les différents peuples à l'ombre de la tente de l'affection, il donne aux nations et aux tribus opposées et hostiles l'amour et l'union les plus grands!

(5.11.14)
Voyez, apr√®s le Christ, gr√Ęce √† l'amour de Dieu, combien de nations, de races, de tribus, de peuples sont venus se ranger sous l'ombre du Verbe de Dieu; les divisions et les divergences de mille ans furent enti√®rement d√©truites et an√©anties! Les pr√©occupations de race et de patrie disparurent compl√®tement; l'union des √Ęmes et des existences se fit; tous devinrent de vrais chr√©tiens spirituels!

(5.11.15)
La troisième vertu de l'humanité, c'est la bonne volonté, laquelle est le fondement des bonnes actions.

(5.11.16)
Certains philosophes ont considéré l'intention comme supérieure à l'action, car la bonne volonté est toute lumière; elle est exempte des impuretés de l'envie, de l'inimitié, de la déception. Or, il se peut qu'un homme accomplisse une action pieuse en apparence, mais qui soit dictée par l'intérêt.

(5.11.17)
Par exemple, un boucher chérit un mouton et le protège; mais cette action pieuse du boucher est dictée par le désir d'en tirer profit, et le résultat de cette affection consiste à frapper d'un stylet le malheureux mouton.

(5.11.18)
Combien d'actions pieuses sont dictées à l'homme par l'intérêt! Mais la bonne volonté est affranchie de telles impuretés.

(5.11.19)
Bref, si à la connaissance de Dieu s'ajoutent l'amour de Dieu, l'attraction, l'extase et la bonne volonté, alors une action pieuse est complète et parfaite. Autrement, une bonne action aura beau être louable, si elle n'est pas soutenue par la connaissance de Dieu, l'amour de Dieu et une intention sincère, elle sera imparfaite.

(5.11.20)
C'est ainsi que l'existence de l'homme doit r√©unir toutes les perfections pour √™tre parfaite. La vue est une facult√© extr√™mement pr√©cieuse et appr√©ci√©e, mais elle doit √™tre aid√©e par l'ou√Įe; l'ou√Įe est tr√®s appr√©ci√©e, mais elle doit √™tre aid√©e par la parole; la parole est tr√®s appr√©ci√©e, mais elle doit √™tre aid√©e par le pouvoir de la raison, etc. Et ainsi de suite pour les autres pouvoirs, les autres organes et membres de l'homme; lorsque tous ces pouvoirs, ces sens, ces organes, ces membres existent en m√™me temps, il est parfait.

(5.11.21)
Or, aujourd'hui, on rencontre dans le monde des gens qui, en vérité, désirent le bien universel et qui, selon leur pouvoir, s'occupent à protéger les opprimés et à aider les pauvres; ils sont enthousiasmés pour la paix et le bien-être universel. Bien que, sous ce rapport, ils soient parfaits, pourtant, étant privés de la connaissance et de l'amour de Dieu, ils sont imparfaits.

(5.11.22)
Galien, le m√©decin, dans son livre o√Ļ il commente le Trait√© de Platon sur le gouvernement d'une cit√©, √©crit que les principes fondamentaux de la religion ont une grande influence pour une civilisation parfaite, et la preuve en est que ¬ę la multitude ne peut pas comprendre l'encha√ģnement des paroles explicatives; aussi a-t-elle besoin de paroles symboliques pour l'annonciation des r√©compenses et des ch√Ętiments dans l'autre monde; [voir : ¬ę Secret de la civilisation divine ¬Ľ 11.73 - Citation du philosophe Galien. Voir ¬ę Promulgation of universal peace ¬Ľ page 385. Voir aussi ¬ę Galen on Jews ans christians ¬Ľ par Richard Waltzer, Presses de l'Universit√© d'Oxford, 1949]

(5.11.23)
et ce qui prouve l'exactitude de cette affirmation, c'est qu'aujourd'hui nous voyons un peuple qu'on appelle les chr√©tiens croire aux ch√Ętiments et aux r√©compenses, et que, de cette secte, √©manent des actions de beaut√© comme celles qu'accomplirait un vrai philosophe. Ainsi, chacun de nous voit clairement qu'ils ne craignent pas la mort, qu'ils n'attendent et ne d√©sirent d'autrui que la justice et l'√©quit√©, et qu'ils sont consid√©r√©s comme de vrais philosophes ¬Ľ!

(5.11.24)
Maintenant, remarquez quel devait √™tre le degr√© de la sinc√©rit√©, du z√®le, des sentiments spirituels, des obligations de l'amiti√© et des bonnes actions d'un chr√©tien, pour que Galien, le m√©decin philosophe, bien qu'il ne f√ģt pas partie de la secte du Christ, ait t√©moign√© des bonnes moeurs et des perfections de ces √™tres, au point de dire qu'ils √©taient de vrais philosophes!

(5.11.25)
Ces vertus, cette morale n'ont pas été uniquement obtenues par les bonnes actions, S'il ne s'agit que d'obtenir et de distribuer le bien, cette lampe aussi, maintenant, est allumée et illumine la pièce; sans nul doute cet éclairage est un bien; cependant vous n'allez pas vous mettre à faire des éloges à la lampe.

(5.11.26)
Le soleil ait progresser tous les êtres de la terre, et par sa chaleur et sa lumière, il leur donne la croissance et le développement; y a-t-il un bien plus grand que celui-là ? Cependant, comme ce bien ne découle pas de la bonne volonté ni de l'amour et de la connaissance de Dieu, on ne le remarque pas. Lorsque, au contraire, un homme donne à un autre une coupe d'eau, ce dernier lui en est reconnaissant et le remercie.

(5.11.27)
Un homme, sans réfléchir, dira : ce soleil qui éclaire le monde, cette suprême bonté que l'on voit en lui, il faut les adorer et les louer; pourquoi ne pas être reconnaissant et ne pas les remercier, alors que nous louons un homme qui se distingue par une simple petite qualité ?

(5.11.28)
Mais si nous examinons la vérité, nous voyons que cette bonté insignifiante de l'homme est due à des sentiments conscients, et qu'elle est par conséquent digne de louange. Tandis que la lumière et la chaleur du soleil ne sont pas dues aux sentiments et à la conscience; elles ne sont donc pas dignes d'éloge ni de louange et ne méritent ni reconnaissance ni remerciements.

(5.11.29)
De même, lorsqu'un être accomplit une bonne action, bien qu'elle soit louable, si elle n'est pas causée par l'amour et la connaissance de Dieu, elle est imparfaite.

(5.11.30)
De plus, si vous regardez avec équité, vous verrez que ces bonnes actions des autres hommes sont aussi, au fond, causées par les enseignements de Dieu; c'est-à-dire que les prophètes d'autrefois ont amené les hommes à accomplir ces actes, leur en ont expliqué la beauté, leur en ont commenté les effets superbes; ces enseignements se sont répandus parmi les hommes, leur sont arrivés successivement les uns après les autres et ont tourné leurs coeurs vers ces perfections.

(5.11.31)
Lorsque les hommes ont vu que ces actions étaient considérées comme belles et devenaient une cause de joie et de bonheur pour l'humanité, ils s'y sont conformés. Donc: celles-là aussi viennent des enseignements de Dieu. Mais il faut un peu d'équité, au lieu d'argumenter et de se disputer.

(5.11.32)
Gr√Ęce √† Dieu, vous √™tes all√©e en Perse, et vous avez vu comment les Persans, par les saintes brises de Bah√°'u'll√°h, sont devenus bienveillants pour l'humanit√©.

(5.11.33)
Autrefois, s'ils rencontraient quelqu'un d'une autre race, ils le pers√©cutaient et n'avaient pour lui que pens√©e de meurtre, haine et malveillance; ils allaient jusqu'√† le couvrir d'immondices. Ils br√Ľlaient l'Evangile et la Bible; s'ils touchaient ces livres, ils devaient laver leurs mains pollu√©es! Aujourd'hui, la plupart d'entre eux r√©citent en chantant, comme il convient, le contenu de ces deux livres dans les r√©unions et les assembl√©es, et ils les commentent. Ils offrent l'hospitalit√© √† leurs ennemis. Ils traitent avec gentillesse les loups sanguinaires, comme s'ils √©taient des gazelles de la plaine de l'amour de Dieu! Vous avez vu leurs coutumes et leurs habitudes; et vous avez entendu parler des moeurs des anciens Persans !

(5.11.34)
Cette transformation des moeurs, cette rectification de la conduite et des paroles sont-elles possibles autrement que par l'amour de Dieu? Non, par Dieu! Si, √† l'aide de la science et de nos connaissances, nous voulions introduire ces moeurs et ces coutumes, certes cela prendrait mille ans, et elles ne se r√©pandraient pas dans la multitude! Aujourd'hui, gr√Ęce √† l'amour de Dieu, elles se r√©pandent avec la plus grande facilit√©. ¬ę Et soyez avertis, √ī possesseurs d'intelligence! ¬Ľ


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