Religion bahá'íe

Les leçons de Saint-Jean d'Acre

Les leçons de Saint-Jean d'Acre (Abdu'l-Bahá)
Auteur: Abdu'l-Bahá (révélation 1905-07)
Edition : MEB 1981 - isbn: 2-13-037588-

Table des matières

Introduction
1. Du rôle des prophètes dans l'évolution de l'humanité
   1.1. La nature est sous l'empire d'une loi générale unique
   1.2. Preuves et démonstrations de l'existence de Dieu
   1.3. De la nécessité d'un éducateur
   1.4. Abraham
   1.5. Moïse
   1.6. Le Christ
   1.7. Muhammad
   1.8. Le Bab
   1.9. Bahá'u'lláh
   1.10. Preuves et arguments traditionnels tirés du livre de Daniel
   1.11. Commentaire du chapitre XI des révélations de saint Jean
   1.12. Commentaire du chapitre XI d’Esaïe
   1.13. Commentaire du chapitre XII des révélations de saint Jean
   1.14. Preuves spirituelles
   1.15. Où se trouve la véritable valeur de l'existence
2. Sur quelques points de la doctrine chrétienne
   2.1. Les choses intellectuelles ne tombant pas sous les sens
   2.2. La naissance du Christ
   2.3. La grandeur du Christ tient à ses perfections
   2.4. Le baptême du Christ
   2.5. De l'utilité du baptême
   2.6. Le pain et le vin
   2.7. Les miracles
   2.8. La résurrection du Christ
   2.9. L'entrée du Saint-Esprit dans les apôtres
   2.10. Le Saint-Esprit
   2.11. Sur la seconde venue du Christ et le jour du Jugement dernier
   2.12. La Trinité
   2.13. La préexistence
   2.14. Comme tous meurent par Adam de même tous revivront par Christ
   2.15. Adam et Eve
   2.16. Le blasphème contre le Saint-Esprit
   2.17. Il y a beaucoup d'appelé et peu d'élus
   2.18. Le retour
   2.19. La confession de Pierre
   2.20. La prédestination
3. Sur les pouvoirs et la condition des manifestations de Dieu
   3.1. Les cinq aspects de l'esprit
   3.2. La Divinité ne peut être connue que par l'intermédiaire des manifestations de Dieu
   3.3. Les trois états des manifestations de Dieu
   3.4. L'être humain et l'être spirituel chez les manifestations de Dieu
   3.5. Le savoir des manifestations de Dieu
   3.6. Les cycles universels
   3.7. Les pouvoirs des manifestations de Dieu et la limite de leur influence
   3.8. Les deux sortes de prophètes
   3.9. Les reproches adressés aux prophètes dans les saintes Ecritures
   3.10. Il n'y a point d'associé dans Son Infaillibilité suprême
4. Sur l'origine, les pouvoir et la condition de l'homme
   4.1. Modification des espèces
   4.2. Le monde n'a pas eu de commencement. Origine de l'homme
   4.3. Différence entre l'homme et l'animal
   4.4. Croissance des êtres et développement de l'espèce humaine
   4.5. Preuves spirituelles sur l'origine de l'espèce humaine
   4.6. L'esprit et l'intelligence de l'homme ont toujours existé
   4.7. Raisons de l'apparition de l'esprit dans le corps
   4.8. Relation entre Dieu et la créature
   4.9. Sur la provenance des âmes par rapport à Dieu
   4.10. L'esprit, l'âme, la raison
   4.11. Facultés physiques et facultés intellectuelles
   4.12. Les différents caractères de l'homme
   4.13. L'intelligence humaine et les manifestations de Dieu
   4.14. La connaissance de Dieu
   4.15. L'immoralité de l'esprit
   4.16. L'immortalité de l'esprit (suite)
   4.17. Les perfections de l'existence sont illimitées
   4.18. Sur le progrès de l'homme dans l'autre monde
   4.19. La condition de l'homme et ses progrès après la mort
   4.20. Commentaire sur un verset du Kitab-i-Aqdas
   4.21. Que devient l'âme douée de raison ? L'immortalité des enfants.
   4.22. La vie éternelle et l'entrée dans le royaume de Dieu
   4.23. La destinée
   4.24. Influence des étoiles
   4.25. L'homme est-il libre de faire le bien ou le mal ?
   4.26. Visions et communications avec les esprits
   4.27. La guérison des malades par des moyens spirituels
   4.28. La guérison des malades par des moyens matériels
5. Questions diverses
   5.1. La non-existence du mal
   5.2. Combien y a-t-il de sortes de châtiments ?
   5.3. Les grèves
   5.4. De la justice et de la miséricorde de Dieu
   5.5. Comment faut-il traiter tes criminels ?
   5.6. La réalité du monde extérieur
   5.7. La véritable préexistence
   5.8. La réincarnation
   5.9. Le panthéisme
   5.10. Les quatre moyens d'acquérir la connaissance
   5.11. Pourquoi il faut suivre les enseignements des manifestations de Dieu

[nota : exemple de lien pour accéder directement à un verset en ajustant sa référence dans l'adresse de la page]


Introduction

Avant-propos

Saint-Jean-d'Acre ('Akka), petite ville historique en face du mont Carmel, sur une baie de la Méditerranée, fut la dernière étape de Bahá'u'lláh exilé de la Perse, son pays natal, pour avoir adhéré à la cause de Siyyid 'Ali Muhammad, dit « Le Bab », qui y prêcha la réforme et le renouvellement de la religion.

Après l'exécution du Bab à Tabriz, en 1850, sur l'ordre du gouvernement de Nasiri'd-Din Shah, Bahá'u'lláh consacra sa vie à ce mouvement régénérateur.

Un certain laps de temps s'étant écoulé, il fit, à Bagdad, première étape de son exil, en 1863, sa proclamation de la Religion bahá'íe. Le sultan Abdu’l-Aziz, se méfiant de son influence grandissante, le fit transférer à Constantinople, de là à Andrinople et finalement à Saint-Jean-d'Acre où il fut incarcéré dans les casernes qui servaient de prison. Sa famille et quelques disciples l'y suivirent. Deux ans plus tard, lui et les siens furent logés dans différentes demeures où il fut confiné pendant sept ans. Plus tard seulement, il put habiter hors des remparts de la ville.

Ce fut pendant son exil, long et pénible, que Bahá'u'lláh traita, dans ses écrits, de l'évolution spirituelle de l'homme, de la continuité de la révélation de Dieu par ses prophètes, de l'organisation économique et sociale du monde. Il souligna l'interdépendance des peuples, l'urgence d'un puissant parlement universel des nations avec un tribunal de justice pour établir et maintenir la paix.

A sa mort, en 1892, selon sa volonté, son fils Abdu'l-Bahá, connu en Syrie sous le nom d'Abbas Effendi, lui succéda comme chef des bahá'ís. Après la révolution dans l'Empire ottoman et la chute du sultan, les Jeunes Turcs, en 1908, libérèrent les prisonniers politiques et religieux de l'ancien régime, et quelques années plus tard Abdu'l-Bahá put se rendre en Egypte, en Europe et en Amérique du Nord. Il accueillait tous ceux qui venaient à lui. Il fut invité à parler dans les églises, les synagogues, les universités et dans les milieux les plus divers, des centres de Théosophie à l'Armée du Salut.

Il mourut à Haïfa, en 1921, au pied du mont Carmel et désigna, dans son testament, son petit-fils, Shoghi Effendi, comme premier Gardien de la foi bahá'íe, mission qu'il remplit avec maîtrise.

Le gouvernement d'Israël, comme l'avait fait le gouvernement du Royaume-Uni quand il avait mandat sur la Palestine, a reconnu que la Religion bahá'íe avait droit aux considérations accordées aux grandes croyances possédant des communautés, des institutions et des édifices en « Terre sainte».

Laura CLIFFORD BARNEY


Introduction à la première édition

« Je vous ai consacré mes moments de fatigue », me disait Abdu'l-Bahá', un jour qu'il se levait de table après avoir répondu à quelqu'une de mes questions. Ainsi en était-il toujours. Entre ses heures de travail, il se délassait dans une activité nouvelle! Parfois, il pouvait parler longuement; mais souvent, alors même que le sujet qu'il traitait eût demandé de grands développements, on venait le chercher au bout d'un moment; et des jours, des semaines passaient, sans qu'il pût trouver le temps de reprendre l'enseignement qu'il me donnait. Et pourtant je n'avais aucun mérite à demeurer patiente, car j'avais continuellement devant les yeux la grande Leçon, la leçon de sa vie !

Lors de mes différents séjours à Saint-Jean-d'Acre, ces conversations furent sténographiées en persan, pendant qu'Abdu'l-Bahá parlait, sans la moindre idée alors de les publier, mais uniquement afin que je puisse les conserver pour des études ultérieures. Au début, elles devaient se prêter à la traduction orale de l'interprète; puis, plus tard, lorsque j'eus commencé à savoir le persan, elles devaient se confiner dans les limites étroites de mon vocabulaire. Ainsi s'expliquent les redites, et l'usage constant des mêmes allégories, chez un homme qui possède aussi merveilleusement sa langue et qui la manie avec autant d'élégance qu'Abdu'l-Bahá.

Dans ces leçons, c'est le maître qui se met à la portée de son élève, ce n'est pas l'orateur ni le poète qui parle. Ce livre ne présente aussi que certains aspects de la révélation bahá'íe, dont la portée pourtant est universelle, et qui a, pour tout questionneur, des réponses adaptées à son degré de développement et à ses aspirations. C'est ainsi qu'en ce qui me concerne les réponses furent simples, en rapport avec mes connaissances rudimentaires, et nullement avec l'importance des titres que, pour plus de clarté, j'ai ajoutés après coup en tête de chacune des conversations.

J'ai cru néanmoins que ce qui m'avait été si utile à moi-même pourrait aussi servir à d'autres, puisque tous, aussi bien, malgré les différences qui nous séparent, nous sommes unis dans notre besoin du Vrai et du Beau. Et j'ai demandé à Abdu'l-Bahá la permission de publier ces conversations.

Originellement, ces leçons ne furent pas données dans un ordre spécial, et je me suis bornée à les classer sommairement pour la commodité du lecteur. Ainsi qu'on s'en convaincra aisément, le persan a été suivi d'aussi près que possible, et seules, dans cette première édition, les notes les plus indispensables ont été ajoutées, afin de ne pas retarder une publication déjà depuis trop longtemps attendue (1).

Laura CLIFFORD BARNEY
Mai 1907


[nota : le texte persan de cet ouvrage a été édité sous le titre « An-Núru'l-Abba fi-Mufavadat Abdu'l-Bahá ». La version anglaise est éditée sous le titre « Some Answered Questions »]


Introduction à l'édition de 1981

Pouvons-nous connaître Dieu ? Dieu existe-t-il ? Peut-on concilier l'enseignement religieux et la connaissance scientifique ? Qu'est-ce que l'homme ? Ces questions sont de celles qui étaient autrefois considérées comme étant exclusivement du ressort des philosophes et des théologiens. Il n'en est plus de même aujourd'hui : elles sont entrées dans le domaine public.

Notre civilisation affligée et désorientée, détachée des croyances et des valeurs qui l'avaient soutenue pendant des siècles, chancelle au bord de l'autodestruction. Nous qui en faisons partie, nous ressentons la disparition de deux choses que nos ancêtres considéraient comme tout à fait naturelles, à savoir la signification et le sens de la vie. Aujourd'hui, ces questions demandent des réponses.

Les leçons de Saint-Jean-d'Acre posent d'une façon attrayante, succincte et logique, non seulement des questions sur Dieu et sur la relation qui existe entre la science et la religion, mais un vaste éventail de questions d'intérêt certain pour l'âme en quête de vérité religieuse ou pour l'esprit curieux et scientifique.

Les réponses sont celles d'Abdu’l-Bahá, fils du Prophète fondateur de la Foi Bahá'íe, une religion mondiale nouvelle et indépendante qui a des adeptes dans presque tous les pays. Les réponses ont été rassemblées à partir d'une série d'entretiens qu'il accorda au cours des repas en 1904, 1905 et 1906.

Dans chacune des cinq parties du livre, Abdu'l-Bahá donne des explications sur des sujets allant de la métaphysique à la réalité.

D'un côté, il entre dans le domaine philosophique pour discuter de sujets comme l'immortalité, la prédestination, le libre arbitre et la doctrine erronée de la réincarnation - en suivant toujours le sentier mystique avec beaucoup de sens pratique.

De l'autre, il parle de questions concernant l'organisation de la société humaine telles que le problème des grèves, le traitement des criminels et les rapports adéquats entre le capital et le travail, instillant dans ces questions normalement temporelles une signification spirituelle.

Dans la première partie des Leçons de Saint-Jean-d'Acre, Abdu'l-Bahá donne des preuves à la fois logiques et traditionnelles pour démontrer l'existence de Dieu et la nécessité d'Educateurs divins ou Manifestations de Dieu. Il consacre plusieurs causeries à la vie et aux réalisations de quelques-unes de ces Manifestations divines dont Abraham, Moïse, le Christ, Muhammad, le Bab et Bahá'u'lláh, les considérant comme les maillons consécutifs du plan révélé de Dieu pour l'éducation de l'humanité. Il répand ainsi une nouvelle lumière sur l'histoire religieuse et sur la nature de la religion elle-même.

Abdu'l-Bahá revient au thème des Manifestations de Dieu dans la troisième partie de l'ouvrage dans laquelle il explique plus en détail le caractère, la station et les pouvoirs des Etres uniques choisis pour agir comme les porte-parole de Dieu.

Dans la deuxième partie des Leçons de Saint-Jean-d'Acre, Abdu'l-Bahá présente le point de vue bahá'í sur un certain nombre de sujets chrétiens épineux. Il accorde une attention particulière à la question du « retour » ou Seconde Venue du Christ.

Les lecteurs instruits dans la doctrine chrétienne traditionnelle sont certains de trouver étonnamment nouvelle et lumineuse sa façon d'aborder des sujets comme la naissance du Christ, la résurrection, le baptême, la signification de l'Eucharistie, les miracles du Christ et la Trinité.

Dans la quatrième partie du livre, Abdu'l-Bahá considère l'origine, les pouvoirs et les conditions de l'homme. L'affirmation bahá'íe quant à l'existence d'une harmonie et d'un accord sous-jacents entre la science et la religion prend toute sa réalité dans l'explication qu'il donne de l'origine et du développement de l'espèce humaine.

La cinquième et dernière partie est consacrée à des sujets divers comprenant des discussions à propos de la connaissance humaine et du panthéisme.

Les leçons de Saint-Jean-d'Acre, tant par le style que par la structure, diffèrent des autres ouvrages d'Abdu’l-Bahá. Son Testament, écrit en trois parties, atteste l'autorité de l'Ordre Administratif de la Foi Bahá'íe, garantit son intégrité et son unité. Le secret de la civilisation divine est un traité sur l'état général de la civilisation moderne. Le Traveller's Narrative est une chronique des débuts de la Foi Bábíe et de la Foi Bahá'íe. « Memorials of the Faithful » renferme les souvenirs d'Abdu'l-Bahá sur soixante-neuf des premiers bahá'ís, tous liés par leur amour pour Bahá'u'lláh.

Seules Les leçons de Saint-Jean-d'Acre, qui prennent forme à partir de questions posées à Abdu'l-Bahá pendant les repas, offrent au lecteur des essais sur des thèmes divers ; on peut lire ces essais au cours de réunions, chacun d'eux pouvant être considéré comme un sujet séparé d'étude et de réflexion ou comme une partie d'un tout qui émerge de l'ensemble des causeries.

La plupart de ces causeries sont courtes. Toutes portent l'empreinte de la conversation. Toutes donnent des images lucides et concrètes pour clarifier des sujets difficiles. L'humour allège le sérieux. A chaque tournant, « simplicité brillante », « pouvoir de persuasion » et « conviction » font la lumière sur les principes de base et les points subtils de la croyance bahá'íe.

La Foi Bahá'íe a été fondée par Mirza Husayn 'Ali (1817-1892), connu sous le nom de Bahá'u'lláh, la « Gloire de Dieu ». Les origines de la Foi Bahá'íe sont intimement liées à la Foi Bábíe, fondée en Perse (Iran) en 1844 par Mirza 'Ali-Muhammad (1819-1850), connu sous le nom de Bab, ou la « Porte ».

Le Bab annonça qu'il n'était pas seulement le fondateur d'une religion indépendante mais le héraut d'un nouveau prophète ou messager de Dieu beaucoup plus grand que lui, qui inaugurerait une ère de paix pour toute l'humanité.

En 1863, Bahá'u'lláh déclara qu'Il était Celui que le Bab avait annoncé. Les enseignements de Bahá'u'lláh amenèrent rapidement le gouvernement persan et le clergé musulman à entrer en conflit avec Lui et Il fut exilé d'Iran en différents lieux de l'Empire ottoman. En 1868, Il fut envoyé comme prisonnier dans la cité forteresse d'Akka, en Terre sainte ; Il décéda en 1892, dans les environs de cette ville.

Dans son Testament Il désigna son fils aîné, Abdu'l-Bahá (1844-1921), comme son successeur à la tête de la communauté bahá'íe et comme l'interprète des écrits bahá'ís.

A son tour, Abdu'l-Bahá désigna l'aîné de ses petits-fils, Shoghi Effendi (1897-1957), comme son successeur, comme le Gardien de la Cause et l'interprète autorisé des enseignements bahá'ís.

Les affaires de la communauté mondiale bahá'íe sont aujourd'hui administrées par la Maison Universelle de Justice, conseil élu suprême de la Foi Bahá'íe.

Les principaux enseignements de la Foi Bahá'íe sont l'unicité de Dieu, l'unité de la religion et l'unité de l'humanité. Les principes fondamentaux proclamés par Bahá'u'lláh sont que la vérité religieuse n'est pas absolue mais relative; que la Révélation divine est continue et progressive ; que toutes les grandes religions du monde sont d'origine divine; et que leurs missions représentent les étapes successives de l'évolution spirituelle de la société humaine.

Etant donné que Bahá'u'lláh enseigne que le but de la religion est de promouvoir la concorde et l'unité et que la religion est le premier facteur de la réalisation de la paix et du progrès méthodique de la société, les écrits bahá'ís donnent le schéma des institutions nécessaires à l'établissement de la paix et de l'ordre mondial.

Celles-ci comprennent une fédération mondiale ou « Commonwealth », avec des branches exécutive, législative et judiciaire ; une langue auxiliaire universelle ; une économie mondiale; un mécanisme d'intercommunications mondiales et un système universel des monnaies, poids et mesures.

Les écrits bahá'ís fournissent également des directives explicites qui permettent aux bahá'ís (adeptes de Bahá'u'lláh) d'atteindre le but fondamental de la vie humaine qui est de connaître et d'adorer Dieu et de « faire aller de l'avant une civilisation toujours en progrès » - tout en s'efforçant de réaliser l'unité de l'humanité, la paix mondiale et l'ordre mondial.

C'est ainsi que, selon les écrits bahá'ís, il faut entretenir un bon caractère et développer des qualités spirituelles telles que l'honnêteté, la loyauté, la compassion et la justice. Cela par la prière, la méditation et le travail accompli dans un esprit de service envers l'humanité, actions qui, pour les bahá'ís, équivalent à adorer Dieu.

Pour la mise en application du principe bahá'í de l'unité organique de l'humanité, les écrits bahá'ís demandent que soient déracinés les préjugés de race, de croyance, de classe, de nationalité et de sexe.

Ils requièrent l'élimination systématique de toutes les formes de superstition qui entravent le progrès de l'homme, ainsi que la réalisation d'un équilibre entre les aspects matériel et spirituel de la vie, ces deux aspects reposant sur la compréhension des principes d'une recherche indépendante de la vérité et de l'harmonie de la science et de la religion qui sont deux facettes de la vérité.

Ils encouragent le développement des talents et capacités uniques de chaque individu par la poursuite de la connaissance et l'acquisition de compétences, car la pratique d'un commerce ou d'une profession est nécessaire, non seulement pour la satisfaction personnelle de chacun mais également pour l'enrichissement de la société dans son ensemble.

Ils engagent à la pleine participation des hommes et des femmes dans tous les aspects de la vie de la communauté, y compris dans les processus électoral et administratif, dans les décisions, dans la réalisation du principe bahá'í d'opportunités égales, de droits et de privilèges égaux pour les deux sexes.

Ils incitent à l'établissement du principe de l'éducation obligatoire universelle.

Les leçons de Saint-Jean-d'Acre ont fait l'objet de plusieurs éditions depuis leur première publication à Londres en 1908. C'est toujours l'un des ouvrages les plus populaires et les plus recherchés de la littérature en expansion de la Foi Bahá'íe.

Plus important encore, ce livre a occupé une place significative dans la littérature sacrée de la Foi puisqu'il est l'une des très rares compilations de paroles d'Abdu'l-Bahá authentifiées par Abdu'l-Bahá lui-même. Cette nouvelle édition constitue une fois encore un matériel aisément disponible et sans prix pour celui qui étudie les enseignements bahá'ís et pour le chercheur.


1. Du rôle des prophètes dans l'évolution de l'humanité

1.1. La nature est sous l'empire d'une loi générale unique

(1.1.1)
La Nature est cet état, cette réalité, représentée, en apparence, par la vie et la mort ou, en d'autres termes, par la formation et la décomposition de toutes choses.

(1.1.2)
Cette Nature est soumise à une organisation absolue, à des lois déterminées, à un ordre complet, et à un plan achevé dont elle ne s'écarte jamais.

(1.1.3)
A tel point que, pour qui examine d'un regard minutieux et d'un oeil acéré, depuis le plus petit atome existant jusqu'aux plus grands corps de l'univers, comme le globe solaire ou les autres astres et corps lumineux, tout, soit au point de vue de l'arrangement ou de la composition, soit sous le rapport de la forme ou du mouvement, est absolument organisé; et tout est sous l'empire d'une loi universelle, dont il n'y a pas moyen de s'écarter.

(1.1.4)
Et lorsque vous regardez la Nature elle-même, vous voyez qu'elle n'a ni intelligence, ni volonté. Ainsi, la nature du feu est de brûler : il brûle sans volonté ni intelligence.

(1.1.5)
L'eau, par nature, est fluide : elle coule sans volonté ni intelligence; le soleil, par nature, est resplendissant : il brille sans volonté ni intelligence; la vapeur, par nature, s'élève dans l'air : elle s'élève sans volonté ni intelligence.

(1.1.6)
Il apparaît donc clairement que les mouvements naturels de toutes les choses sont des mouvements forcés; aucun n'est dû à la volonté, si ce n'est chez les animaux et surtout chez l'homme.

(1.1.7)
L'homme peut même s'opposer et résister à la Nature, car il a découvert le caractère des choses, et par là il arrive à commander aux forces de la Nature; toutes ces inventions qu'il a faites viennent de cette découverte.

(1.1.8)
Par exemple, il a inventé le télégraphe qui met en communication l'Orient et l'Occident. Il est donc évident que l'homme commande à la Nature. [nota : la foi bahá’íe n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et si elle se sert d'une terminologie passée dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la portée symbolique]

(1.1.9)
En présence d'organisations, d'arrangements, de règles pareils à ce que vous voyez dans le monde, est-il possible de dire que c'est le simple effet de la Nature, bien qu'elle n'ait ni intelligence ni perception ?

(1.1.10)
Il devient alors évident que cette Nature qui n'a ni perception ni intelligence est entre les mains du Tout-Puissant qui est le gouverneur du monde de ta Nature; tout ce qu'Il veut, Il le fait apparaître dans la Nature.

(1.1.11)
Parmi l'ensemble des choses qui sont survenues dans le monde et font partie des nécessités naturelles, se trouve la vie humaine.

(1.1.12)
Sous ce rapport, l'homme est la branche, la Nature est la souche; se peut-il que la volonté, l'intelligence, les qualités qui se trouvent dans la branche ne soient pas dans la souche ?

(1.1.13)
Il est dit que la Nature, dans sa propre essence, est entre les mains du pouvoir de Dieu, et ce Dieu vivant est tout-puissant : Il a mis la Nature sous l'égide de règlements et de lois de vérité, et Il la régit.


1.2. Preuves et démonstrations de l'existence de Dieu

(1.2.1)
Parmi les preuves et les démonstrations de l'existence de Dieu se trouve le fait que l'homme ne s'est pas créé lui-même et que son créateur, son dessinateur, est un autre que lui.

(1.2.2)
II est certain et hors de doute que le créateur de l'homme n'est pas comme l'homme, car un être impuissant ne peut créer un autre être, et il faut que le créateur, l'agent actif, réunisse toutes les perfections pour pouvoir inventer sa création.

(1.2.3)
Se peut-il que la création soit parfaite, et que le créateur soit imparfait? Une peinture peut-elle être un chef-d'oeuvre si l'artiste est imparfait, puisque cette oeuvre d'art est sa création? Non, la peinture ne peut même pas être comme le peintre. S'il en était autrement, la peinture se serait faite elle-même. Tandis que la peinture, quel que soit son degré de perfection, en comparaison de celui qui l'a faite, se trouve au dernier degré de l'imperfection. Le monde contingent est une source d'imperfections.

(1.2.4)
Dieu est une mine de perfections; et les imperfections du monde contingent sont en elles-mêmes des preuves des perfections de Dieu.

(1.2.5)
De même, si vous regardez un homme, vous voyez qu'il est faible, et cette faiblesse même de la créature est une preuve de la puissance de Dieu Tout-Puissant; car s'il n'y avait pas de puissance, on ne pourrait imaginer la faiblesse; donc la faiblesse de la créature est une preuve de la puissance du Créateur : tant qu'il n'y avait pas de puissance, il ne pouvait pas y avoir de faiblesse, et la faiblesse elle-même nous apprend que la puissance existe dans le monde.

(1.2.6)
De même, dans le monde contingent, il y a la pauvreté; nécessairement la richesse existe, car la pauvreté se rencontre dans le monde.

(1.2.7)
Dans le monde contingent se trouve l'ignorance; nécessairement le savoir existe, car l'ignorance se rencontre; et si, également, il n'y avait pas de savoir, il n'y aurait pas non plus d'ignorance : l'ignorance est la non-existence du savoir, et s'il n'y avait pas d'existence, la non-existence ne se concevrait pas.

(1.2.8)
Le monde contingent tout entier est soumis à une loi et à un maître auxquels il ne peut jamais désobéir : l'homme lui-même est soumis à la mort, au sommeil, et à d'autres conditions; c'est-à-dire que, sous certains rapports, il est gouverné, et cet état implique nécessairement l'existence d'un gouverneur.

(1.2.9)
Puisque la qualité des contingences est la relativité, et que cette relativité est une nécessité essentielle, il doit y avoir un être indépendant, dont l'indépendance soit essentielle.

(1.2.10)
De même, un malade nous enseigne que l'homme valide existe, car autrement on ne pourrait prouver qu'il est malade.

(1.2.11)
Il est donc évident qu'un Dieu Tout-Puissant existe, possesseur de toutes les perfections, car s'Il ne les possédait pas toutes Il serait comme Sa création.

(1.2.12)
Et de même dans le monde de l'existence, la plus infime des choses créées prouve l'existence du Créateur : ce pain est une preuve que quelqu'un l'a créé.

(1.2.13)
Dieu glorieux! le moindre changement dans la forme du plus simple objet est une preuve de l'existence d'un créateur !

(1.2.14)
Et ce monde glorieux, infini, se serait créé lui-même, et n'existerait que par l'activité des éléments et de la matière ? Cela est faux de toute évidence.

(1.2.15)
Toutes ces choses sont des preuves combinées pour des êtres faibles; mais, pour qui ouvre l'oeil de la vision interne, cent mille arguments évidents deviennent aussitôt visibles.

(1.2.16)
C'est ainsi que, lorsque l'homme sent en lui l'esprit, il n'a plus besoin de preuves de l'existence de l'esprit; mais pour ceux qui sont privés des bienfaits de l'esprit, il faut apporter des preuves du dehors.


1.3. De la nécessité d'un éducateur

(1.3.1)
Lorsque nous jetons un regard sur le monde, nous voyons que le monde minéral, le monde végétal, le monde animal, le monde humain dépendent tous d'un éducateur.

(1.3.2)
Si la terre n'avait pas d'éducateur, elle deviendrait une jungle où pousseraient des herbes folles. Mais si un cultivateur vient et la laboure, elle produit des moissons qui nourrissent les êtres vivants. Il est donc évident que la terre dépend des soins que lui donne le cultivateur.

(1.3.3)
Considérez les arbres; s'ils demeurent incultes, ils ne donnent pas de fruits, et s'ils ne donnent pas de fruits, ils deviennent inutiles. Mais, s'ils reçoivent les soins d'un jardinier, ces arbres stériles deviennent fruitiers; et par la culture, la fertilisation et la greffe, l'arbre aux fruits amers donne des fruits savoureux.

(1.3.4)
Ces preuves sont logiques et, en ces jours, les peuples du monde ont besoin de preuves logiques.

(1.3.5)
De même chez les animaux; remarquez que, lorsque l'animal est éduqué, il devient domestique, et que, lorsque l'homme est inéduqué, il devient bestial. Bien plus, si vous le laissez sous l'empire de la nature, il devient pire qu'un animal, tandis que, éduqué, il devient un ange!

(1.3.6)
En effet, la plupart des animaux ne dévorent pas leurs semblables, tandis qu'au Soudan, dans les régions centrales de l'Afrique, l'homme tue et mange ses pareils.

(1.3.7)
Maintenant, considérez que c'est l'éducation qui réunit l'Orient et l'Occident sous la loi de l'homme, c'est l'éducation qui fait apparaître toutes ces merveilleuses inventions, c'est l'éducation qui produit ces sciences et ces arts éminents, c'est l'éducation qui fait ces nouvelles découvertes et met en évidence ces institutions!

(1.3.8)
Et s'il n'y avait pas d'éducateur, ces conforts, ce progrès ou cette civilisation n'existeraient pas.

(1.3.9)
Si vous laissez un homme dans un désert où il ne voit aucun de ses semblables, sans nul doute il deviendra un véritable animal : il est donc clair qu'un éducateur est nécessaire.

(1.3.10)
Mais il y a trois sortes d'éducations : l'éducation matérielle, l'éducation humaine, l'éducation spirituelle.

(1.3.11)
L'éducation matérielle a pour but les progrès et les développements du corps, en facilitant les moyens de vivre, en aidant à acquérir le confort et la tranquillité : cette éducation est commune à l'homme et aux animaux.

(1.3.12)
L'éducation humaine implique civilisation et progrès, c'est-à-dire : gouvernement, administration, oeuvres de bienfaisance, activités commerciales, artisanat, sciences, grandes inventions et découvertes, institutions soigneusement élaborées; ces activités sont essentielles à l'homme et le distinguent de l'animal.

(1.3.13)
L'éducation divine est l'éducation en vue du royaume. Elle consiste à acquérir les perfections divines, et c'est la véritable éducation; car, dans cet état, l'homme devient le centre des bénédictions divines, et la manifestation de « faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ». Tel est le but du monde humain.

(1.3.14)
Maintenant, il nous faut un éducateur qui soit à la fois matériel, humain et spirituel, ayant une influence effective dans toutes les conditions.

(1.3.15)
Que si quelqu'un disait : « Je possède une raison et une intelligence parfaites, et je n'ai pas besoin d'un tel éducateur », il nierait l'évidence, comme un enfant qui dirait : « Je n'ai pas besoin d'éducation, j'agirai selon ma raison et mon intelligence, et ainsi j'atteindrai les perfections de l'existence »; ou bien comme un aveugle qui dirait : « Je n'ai pas besoin d'yeux, puisqu'il y a tant d'aveugles qui vivent facilement. »

(1.3.16)
Il est donc clair et évident que l'homme a besoin d'un éducateur, lequel, sans aucun doute, doit être parfait sous tous les rapports, et supérieur à tous les hommes. Car s'il est comme le reste de l'humanité, il ne peut être leur éducateur; surtout étant donné qu'il doit être à la fois un éducateur matériel, humain et spirituel :

(1.3.17)
c'est-à-dire qu'il doit apprendre aux hommes à organiser et à diriger les affaires matérielles et à élaborer un ordre social, pour que règnent dans existence coopération et aide mutuelle, de sorte que ces questions matérielles soient arrangées et réglées pour toutes les circonstances.

(1.3.18)
De la même manière, il doit établir les bases de l'éducation humaine; c'est-à-dire qu'il devra éduquer les intelligences et les pensées de telle façon qu'elles puissent faire les plus grands progrès, que les sciences et les connaissances se développent, que l'on découvre la réalité des choses, les mystères des existences et les propriétés des créatures et que, de jour en jour, l'instruction, les inventions, les institutions soient améliorées; et, des connaissances tirées de la perception des sens, il déduira celles qui relèvent uniquement de l'intellect.

(1.3.19)
Et de même, il fera l'éducation spirituelle, afin que la raison et l'intelligence pénètrent le monde métaphysique, qu'elles reçoivent les bienfaits qu'on retire des brises sacrées du Saint-Esprit, et qu'elles entrent en relation avec l'Assemblée suprême;

(1.3.20)
que la réalité de l'homme devienne le théâtre des qualités de Dieu, au point que tous les noms et attributs divins resplendissent dans le miroir de cette réalité, et que le verset sacré : « Nous le ferons à notre image et à notre ressemblance » soit réalisé.

(1.3.21)
Il est évident que l'homme n'a pas le pouvoir de remplir une fonction aussi grande et que, par le jeu de la raison seule, il ne pourrait prendre la responsabilité d'une telle oeuvre.

(1.3.22)
Comment un être isolé pourrait-il, sans aide et sans soutien, jeter les fondements d'une construction aussi élevée ? Il faut donc que le pouvoir céleste et divin vienne à son secours, afin qu'il puisse entreprendre cette mission.

(1.3.23)
Seule, une essence sainte peut donner la vie au monde des humains, changer l'aspect du globe terrestre, faire progresser les intelligences, faire vivre les âmes, jeter les bases d'une nouvelle existence, établir de nouvelles fondations, donner une organisation au monde, amener les religions et les peuples à l'ombre d'un drapeau unique, affranchir la créature du monde des imperfections et des vices, et lui inspirer le désir et le besoin des perfections naturelles aussi bien qu'acquises.

(1.3.24)
Certes, il faut qu'un pareil pouvoir vienne de Dieu pour accomplir une telle oeuvre ! Nous devons examiner ceci avec justice, car c'est ici la place de la justice.

(1.3.25)
Une cause que tous les gouvernements et les peuples du monde, avec toutes leurs forces et leurs armées, ne peuvent réussir à promulguer et à répandre, une seule âme sainte, sans aide ni soutien, peut la répandre! Cela est-il possible à l'aide des seules forces humaines ? Non, par Dieu !

(1.3.26)
Ainsi, seul et sans aide, le Christ a élevé la bannière de la paix et de la droiture, tandis que tous les puissants gouvernements, avec toutes leurs armées, sont incapables de le faire.

(1.3.27)
Regardez quel fut le destin de tant d'Etats et de peuples divers : l'Empire romain et tous les pays qui devaient devenir la France, l'Allemagne, la Russie, l'Angleterre, etc.;

(1.3.28)
tous, ils ont pénétré sous une même tente : je veux dire que l'apparition du Christ fut, pour ces nations diverses, une cause d'union; si bien que certaines d'entre elles, qui étaient devenues chrétiennes, furent tellement unies qu'elles sacrifièrent l'un e pour l'autre leurs vies et leurs biens;

(1.3.29)
et cela surtout au temps de Constantin qui fut le protagoniste du triomphe du christianisme. Après lui, pour diverses raisons, la division ne tarda pas à éclater parmi ces peuples.

(1.3.30)
Cela pour dire que le Christ a uni ces nations mais qu'après un certain temps les gouvernements devinrent cause de discorde.

(1.3.31)
Ce que je veux dire, c'est que le Christ a soutenu une cause que tous les rois de la terre ne pouvaient établir : il a uni des religions diverses et il a modifié des coutumes anciennes.

(1.3.32)
Voyez combien il y avait de divergences entre les Romains, les Grecs, les Syriens, les Phéniciens, les Egyptiens, les Israélites et les autres peuples de l'Europe : le Christ les a toutes fait disparaître, et il fut la cause de l'amour entre tous ces peuples.

(1.3.33)
Bien que, après quelque temps, les gouvernements aient détruit cette union, le Christ pourtant avait accompli son oeuvre!

(1.3.34)
Donc, l'éducateur parfait doit être à la fois matériel, humain et spirituel : il doit avoir un pouvoir surnaturel, afin de tenir le rang d'éducateur divin.

(1.3.35)
S'il ne manifeste pas un tel pouvoir, il ne pourra être un éducateur, car s'il est imparfait, comment fera-t-il une éducation parfaite ? s'il est ignorant, comment instruira-t-il les autres ? s'il est inique, comment rendra-t-il les autres justes ? s'il est attaché à ce monde matériel, comment rendra-t-il les autres divins ?

(1.3.36)
Maintenant, réfléchissons avec équité : ces manifestations divine qui sont venues, possédaient-elles toutes ces qualités, oui ou non ? Si ces prophètes ne possédaient pas ces qualités, ces perfections, ils n'étaient pas de vrais éducateurs. [nota : les Manifestations divines sont les grands éducateurs, les prophètes indépendants, fondateurs de religions]

(1.3.37)
Il faut donc que nous prouvions aux gens intelligents, par des arguments de raison, le caractère prophétique de Moïse, du Christ et des autres manifestations divines. Et ces preuves et arguments que nous mentionnerons seront tirés de la raison, non des traditions.

(1.3.38)
C'est par des arguments de raison qu'il a été prouvé que le monde de l'existence a le plus grand besoin d'un éducateur, et que son éducation ne peut être réalisée que par le pouvoir divin.

(1.3.39)
Il n'y a pas de doute que ce pouvoir divin soit la révélation; et que l'éducation des peuples doive se faire par ce pouvoir qui est supérieur aux forces humaines.


1.4. Abraham

(1.4.1)
L'un de ceux qui possédaient ce pouvoir, qui en reçurent le secours, fut Abraham. La preuve en est qu'il naquit en Mésopotamie, d'une famille où l'on ignorait l'unité de Dieu.

(1.4.2)
Il s'éleva contre sa nation et son gouvernement et même contre sa propre famille, il renia tous leurs dieux, et à lui seul, sans aide, il résista à un peuple puissant; cette opposition et cette résistance n'étaient pourtant ni faciles ni aisées.

(1.4.3)
C'est comme si de nos jours quelqu'un, chez un peuple chrétien, attaché à la Bible et à l'Evangile, allait renier le Christ, ou si, dans l'entourage du pape (à Dieu ne plaise), il blasphémait le Christ et résistait à tout un peuple, avec la plus grande énergie!

(1.4.4)
Et ces gens-là n'avaient pas qu'un Dieu, au contraire ils étaient attachés à des dieux différents à qui ils attribuaient des miracles.

(1.4.5)
Aussi chacun s'éleva-t-il contre Abraham : nul ne le soutint si ce n'est son neveu Loth, et un ou deux personnages sans importance.

(1.4.6)
Enfin, réduit à la plus grande détresse par suite de l'extrême opposition de ses ennemis, il dut quitter sa patrie. En réalité, ceux-ci le chassèrent pour causer sa ruine et sa perte, et pour qu'aucune trace ne subsistât de lui.

(1.4.7)
Abraham se rendit alors dans ces contrées, c'est-à-dire en Terre sainte. Ce que je veux dire, c'est que ses ennemis pensaient, par cet exil, parvenir à le détruire et à le ruiner; car en vérité, si un homme est chassé de sa patrie, privé de ses droits, et opprimé de toutes les manières, même si c'est un roi, il sera anéanti.

(1.4.8)
Mais Abraham résista et fit preuve d'une détermination extraordinaire jusqu'à ce qu'il eût établi l'unité de Dieu dans cette génération polythéiste - et Dieu fit de cet exil la gloire éternelle d'Abraham.

(1.4.9)
Cet exil fut la cause du progrès de la postérité d'Abraham et la Terre sainte lui fut donnée.

(1.4.10)
A cause de cet exil, les enseignements d'Abraham se répandirent et, parmi ses descendants, on trouve un Jacob, on découvre un Joseph qui devint gouverneur de l'Egypte.

(1.4.11)
A cause de cet exil encore, un Moïse et un être comme le Christ se manifestèrent dans sa postérité. Cet exil eut pour conséquence la rencontre avec Agar qui donna naissance à un Ismaël dont l'un des descendants fut Muhammad. II permit encore que, parmi ses descendants, on trouve les prophètes d'Israël et que paraisse le Bab. Et il en sera ainsi pour l'éternité.

(1.4.12)
A cause de cet exil enfin, toute l'Europe et presque toute l'Asie se rangèrent sous l'ombre du Dieu d'Israël.

(1.4.13)
Voyez quelle est la puissance qui a permis à un homme ayant fui son pays de fonder une telle famille, d'établir une telle foi, de promulguer de tels enseignements! Maintenant, peut-on dire que tout cela survint fortuitement ? II faut être juste : cet homme était-il un éducateur ou non ?

(1.4.14)
Puisque l'exil d'Abraham, depuis Our jusqu'à Alep, en Syrie, a donné ce résultat, il faut penser à l'effet qui résultera de l'exil de Bahá'u'lláh, déplacé plusieurs fois : de Tihran à Bagdad, puis à Constantinople, en Roumélie et en Terre sainte. Considérez donc quel parfait éducateur fut Abraham.


1.5. Moïse

(1.5.1)
Moïse était un berger qui vécut longtemps à la campagne.

(1.5.2)
A ne juger que par les apparences, c'était un homme qui avait été élevé dans une maison où régnait l'iniquité. Parmi les hommes, il était connu pour avoir commis un meurtre avant de devenir berger; auprès des officiers et du clergé du Pharaon, il était détesté et haï au suprême degré.

(1.5.3)
Ce fut un tel individu qui affranchit une grande nation des chaînes de l'esclavage, la rendit heureuse, la fit sortir d'Egypte et l'amena en Terre sainte.

(1.5.4)
Cette nation était arrivée au dernier degré de la décadence : elle parvint au sommet de la gloire. C'était un peuple de prisonniers, ils devinrent libres; c'étaient les plus ignorants des hommes, ils devinrent les plus savants.

(1.5.5)
Grâce à leurs institutions, ils finirent par être exaltés parmi toutes les nations, et leur renommée parvint à tous les horizons. Les choses en arrivèrent au point que lorsqu'un homme d'une nation voisine voulait louer un individu, il disait : « Certes, c'est un Israélite. »

(1.5.6)
Moïse établit les lois et ordonnances, par lesquelles il rénova le peuple d'Israël, et le fit parvenir au plus haut degré de civilisation de l'époque.

(1.5.7)
Il parvint à un tel développement que les philosophes de la Grèce vinrent acquérir la connaissance auprès des érudits d'Israël.

(1.5.8)
Tel Socrate, qui vint en Syrie, et prit des Beni-Israël les enseignements sur l'unité de Dieu et l'éternité de l'âme après la mort, puis, étant retourné en Grèce, les y promulgua.

(1.5.9)
Alors les Grecs le contredirent, l'accusèrent d'impiété, le firent comparaître devant l'Aréopage, et lui donnèrent du poison.

(1.5.10)
Voyons! un homme qui bégayait, qui, après avoir été élevé dans la maison du Pharaon, passait pour être devenu un meurtrier, celui que, pendant longtemps, la crainte avait réduit à vivre caché, à devenir berger, c'est un tel homme qui vient, et établit dans le monde une cause si grande que les plus grands philosophes de la terre n'ont jamais reçu la millième partie d'un tel pouvoir!

(1.5.11)
C'est un prodige extraordinaire! Un homme dont la langue balbutiait, qui certainement ne pouvait parler correctement, est parvenu à établir une telle cause! S'il n'avait pas été aidé par la puissance divine, jamais il n'aurait pu arriver à exécuter cette grande oeuvre. Ce ne sont pas des arguments que l'on puisse réfuter.

(1.5.12)
Des philosophes matérialistes, des penseurs grecs, les grands hommes de Rome furent fameux dans le monde, bien que chacun d'eux ne se fût spécialisé que dans une des branches de la connaissance.

(1.5.13)
Ainsi Hippocrate en médecine, Aristote en dialectique et en logique, Platon en morale et en théologie, parvinrent à la célébrité.

(1.5.14)
Comment se fait-il qu'un berger ait pu acquérir la totalité de ces sciences ? II est hors de doute qu'un tel homme fut secouru par une puissance extraordinaire.

(1.5.15)
De plus, remarquez combien furent pénibles les épreuves et les difficultés que le peuple eut à surmonter.

(1.5.16)
Moïse, pour empêcher un acte de violence, frappa un Egyptien, et il passa ensuite parmi les hommes pour un meurtrier, d'autant plus compromis que celui qu'il avait tué appartenait à la nation dominante. II prit donc la fuite.

(1.5.17)
Après cela, il fut élevé au rang de prophète, malgré sa mauvaise réputation. A quel point dut-il être assisté par une puissance surnaturelle, pour pouvoir établir ces grandes institutions, et ces lois matérielles!


1.6. Le Christ

(1.6.1)
Le Christ vint ensuite et dit : « Je suis né par l'oeuvre du Saint-Esprit. » S'il est aisé pour les chrétiens de croire à cette assertion aujourd'hui, c'était alors une chose fort difficile. Le texte de l'Evangile dit que les pharisiens s'écrièrent : « N'est-il pas le fils de Joseph de Nazareth que nous connaissons ? Comment peut-il prétendre venir du ciel ? » [voir : Jean 6.41]

(1.6.2)
Bref, bien que, apparemment et aux yeux de tous, il fût pauvre, malgré cela il agit avec une puissance telle qu'il réussit à abolir une loi religieuse datant de quinze cents ans, alors que celui qui s'en écartait le moins du monde tombait dans le plus grand péril, et risquait sa vie.

(1.6.3)
De plus, dans le temps du Christ, les moeurs, partout dans le monde, étaient tout à fait corrompues, la condition des Israélites était des plus confuses, et Israël était tombé au dernier degré de la dégradation, de la misère et de la servitude.

(1.6.4)
Tantôt prisonniers de la Perse et de la Chaldée, tantôt réduits en esclavage par les Assyriens, tantôt sujets et vassaux des Grecs, les Israélites étaient finalement soumis et méprisés par les Romains.

(1.6.5)
Tout jeune, le Christ, à l'aide d'un pouvoir surnaturel, abrogea l'antique loi mosaïque, et se mit à réformer les moeurs générales : une seconde fois il jeta pour Israël les bases d'une gloire éternelle. [nota : « une seconde fois » - Jésus a réformé les moeurs une seconde fois, Moïse ayant réformé celles-ci une première fois]

(1.6.6)
De plus, il donna à l'humanité la bonne nouvelle de la paix universelle; il répandit des enseignements qui n'étaient pas réservés à Israël seulement : il institua les fondements de la félicité universelle pour tout le genre humain.

(1.6.7)
Les premiers qui s'efforcèrent de le faire disparaître furent les Israélites, sa propre parenté. En apparence, ils eurent raison de lui, et ils le plongèrent dans la plus profonde détresse : ils finirent par lui mettre sur la tête la couronne d'épines, et par le crucifier.

(1.6.8)
Et cet être, alors qu'il était apparemment dans la plus grande détresse, annonça : « Ce soleil va resplendir, cette lumière va briller, et ma grâce va envelopper le monde, et tous les ennemis seront confondus! » Et comme il le dit, cela arriva. [voir : Jean 12.46]

(1.6.9)
Tous les rois de la terre réunis n'ont pu le réduire à néant. Au contraire, toutes leurs bannières ont été déchirées, tandis que celle de cet opprimé a été portée à son apogée.

(1.6.10)
Est-ce qu'une telle chose est possible sur les bases de la logique humaine ? Non, par Dieu ! Il devient donc clair et évident qu'un tel être glorieux fut un véritable éducateur de l'humanité, et qu'il fut aidé et confirmé par le pouvoir divin.


1.7. Muhammad

(1.7.1)
Passons à Muhammad. Les Européens et les Américains ont entendu pas mal d'histoires sur le compte du Prophète, et ils les ont tenues pour vraies, bien que ceux qui les ont écrites faussent parfois ignorants ou partiaux :

(1.7.2)
la plupart d'entre eux étaient des prêtres, d'autres étaient des musulmans sans instruction, et ils firent sur le compte de Muhammad des récits sans fondement qu'ils considéraient comme des panégyriques.

(1.7.3)
Ainsi, quelques musulmans ignorants font de la polygamie du Prophète le pivot de leurs louanges, et la tiennent pour merveilleuse, parce que ces esprits bornés la regardent comme un miracle; et les historiens européens se réfèrent le plus souvent aux récits de ces ignorants.

(1.7.4)
Autre exemple : un insensé, ayant dit à un prêtre que la preuve de la grandeur était l'extrême bravoure et le sang répandu, et que l'un des compagnons de Muhammad avait, un jour, sur le champ de bataille, tranché la tête à cent individus, ce prêtre crut qu'en réalité le signe de la religion de Muhammad était le meurtre, tandis que cela n'est qu'une simple imagination.

(1.7.5)
Au contraire, les expéditions de Muhammad étaient toujours des mouvements défensifs : la preuve évidente en est que, pendant treize ans, dans La Mecque, lui et ses adeptes endurèrent les pires persécutions.

(1.7.6)
Durant ce temps ils furent la cible des flèches de la haine; plusieurs des compagnons furent tués, et leurs biens confisqués; d'autres abandonnèrent le pays de leurs pères et s'enfuirent à l'étranger.

(1.7.7)
Quant à lui-même, après les plus extrêmes persécutions les Coraïschites s'étaient résolus à le tuer. Aussi, au milieu de la nuit, il sortit de La Mecque et s'enfuit à Médine.

(1.7.8)
Malgré cela, ses ennemis n'abandonnèrent pas les persécutions : ils poursuivirent ses disciples jusqu'en Abyssinie et à Médine.

(1.7.9)
Ces tribus et ces groupements arabes étaient réduits au dernier degré de la sauvagerie et de la barbarie, au point que les barbares et les sauvages d'Amérique étaient auprès d'eux aussi avancés qu'un Platon; car les barbares d'Amérique n'enterraient pas leurs enfants vivants, tandis que ces gens enterraient leurs filles vivantes, disant que c'était une action honorable entre toutes, et dont ils se glorifiaient. [nota : les Béni-Tamine, une des tribus arabes les plus sauvages, pratiquaient cette odieuse coutume qui consistait à enterrer les petites filles vivantes]

(1.7.10)
Ainsi, la plupart des hommes menaçaient de mort leurs femmes au cas où elles mettraient au monde une fille.

(1.7.11)
Et jusqu'à aujourd'hui, les Arabes redoutent d'avoir des filles. [nota : les Arabes redoutaient encore au début du vingtième siècle d'avoir des filles tellement la coutume qui consiste à enterrer ses filles vivantes était enracinée dans les mœurs] De même, un seul individu pouvait prendre mille femmes, et la plupart d'entre eux avaient plus de dix femmes à la maison.

(1.7.12)
Quand l'une de ces tribus faisait la guerre et luttait contre une autre, celle qui était victorieuse faisait prisonniers les femmes et les enfants de la tribu vaincue, et les emmenait comme esclaves et comme servantes qu'on achetait et vendait.

(1.7.13)
Lorsqu'un homme venait à mourir qui avait dix femmes, les enfants de ces femmes se ruaient sur les mères des uns et des autres, et si l'un de ces enfants jetait son manteau sur la tête de la femme de son père, et s'écriait : « Cette femme est mon bien légat! », à l'instant même après cela, cette malheureuse devenait la prisonnière et la servante du fils de son mari, et celui-ci faisait ce qu'il voulait de la femme de son père.

(1.7.14)
Il pouvait la tuer, l'emprisonner dans une fosse, ou la frapper, l'invectiver, la torturer, jusqu'à ce que, peu à peu, elle en mourût. Selon l'habitude et les coutumes arabes, il était le maître.

(1.7.15)
La malignité, la jalousie, l'envie, la haine qui devaient exister entre les femmes d'un même époux et leurs enfants, on peut l'imaginer clairement : cela se passe de commentaires.

(1.7.16)
D'ailleurs, réfléchissez aux terribles conditions d'existence réservées à ces malheureuses femmes; ajoutez que les moyens de vie des tribus arabes consistaient dans le pillage et le vol, de sorte qu'à chaque instant elles étaient en lutte et en guerre, se massacraient, pillaient et dévastaient leurs biens, et capturaient les femmes et les enfants pour les vendre aux étrangers.

(1.7.17)
Combien de fois est-il arrivé que les filles et les fils d'un prince, qui passaient leur temps dans le luxe et le confort, furent réduits, lorsque vint l'affliction, à la honte, à la pauvreté et à la captivité. C'étaient des princes, ils devenaient des prisonniers; hier des grandes dames, aujourd'hui des servantes!

(1.7.18)
C'est au milieu de ces tribus que Muhammad reçut la Révélation divine, et pendant treize ans il ne cessa pas d'être persécuté par elles. Après treize ans, il dut partir et s'enfuir. [nota : Muhammad, persécuté, dut s'enfuir à Médine]

(1.7.19)
Mais ces gens ne s'en tinrent pas là : ils se réunirent et formèrent une armée pour l'attaquer, et tuer tout le monde, hommes, femmes, enfants. C'est ainsi que Muhammad fut contraint de se battre avec ces tribus. Telle est la vérité.

(1.7.20)
Nous ne voulons pas le juger avec partialité, ni le défendre aveuglément; mais nous sommes justes, et justement nous vous disons : regardez avec justice.

(1.7.21)
Si le Christ s'était trouvé dans de telles circonstances, parmi des tribus aussi tyranniques et aussi sauvages, et si, pendant treize ans, il avait enduré avec tous ses disciples toutes ces vexations, s'il les avait supportées patiemment et si, à la fin, à cause de la tyrannie de ses contemporains, il avait dû s'enfuir de sa patrie vers le désert;

(1.7.22)
si, malgré cela, des tribus barbares avaient continué à le poursuivre et à tenter de tuer tous les hommes, de piller les biens, d'emprisonner les femmes et les enfants, quelle eût été sa conduite à leur égard ?

(1.7.23)
Si ces mauvais traitements n'étaient venus que sur lui, il eût pardonné généreusement, et ce pardon eût été fort approuvé et loué.

(1.7.24)
Mais s'il avait vu que ces meurtriers tyranniques et assoiffés de sang voulaient tuer, piller, molester tous les malheureux, et réduire en captivité les femmes et les enfants, il est hors de doute qu'il eût défendu ces opprimés, et qu'il eût combattu leurs oppresseurs.

(1.7.25)
Alors, quelle est l'objection qu'on peut faire à Muhammad ? Il n'y a que celle-ci : pourquoi, avec ses compagnons, leurs femmes et leurs enfants, ne s'est-il pas soumis à ces tribus sauvages ?

(1.7.26)
De plus, affranchir ces tribus de leur caractère et de leur tempérament sanguinaires était le plus grand des bienfaits, les contraindre à refréner leurs passions était une véritable grâce.

(1.7.27)
C'est comme si un homme généreux brisait la coupe de poison qu'un ami tient à la main pour la boire, et que, par sa violence, il l'empêchait de boire le poison.

(1.7.28)
Si le Christ s'était trouvé dans de pareilles circonstances, sans aucun doute il aurait, d'un pouvoir dominateur, délivré hommes, femmes et enfants, des griffes de ces loups sanguinaires.

(1.7.29)
Muhammad n'a pas fait la guerre contre les chrétiens : au contraire, il a eu pour eux beaucoup d'égards, et il leur a donné une liberté entière.

(1.7.30)
A Nedjran se trouvait une communauté chrétienne sous sa protection et sa garde. Muhammad dit : « Quiconque commettra une injustice à leur encontre sera mon ennemi, et je témoignerai contre lui au jugement devant Dieu. » [voir : Coran 5.82]

(1.7.31)
Les édits qu'il a promulgués indiquent d'une façon explicite que la vie, les biens, l'honneur des chrétiens et des juifs sont sous la garde de Dieu.

(1.7.32)
Que si un musulman a une femme chrétienne, il ne doit pas l'empêcher d'aller à l'église, ni l'obliger à porter le voile; et si elle meurt, il doit la remettre entre les mains du prêtre.

(1.7.33)
De même, si des chrétiens veulent construire une église, l'islam doit les aider. D'autre part, lorsqu'il y a guerre entre l'islam et ses ennemis, il faut exempter les chrétiens de l'obligation de servir, sauf dans le cas où ils désireraient, de leur plein gré, combattre, et venir au secours de l'islam; car ce sont des protégés.

(1.7.34)
Mais, en compensation de cette exemption, ils doivent annuellement payer une petite somme.

(1.7.35)
Bref il existe sept édits détaillés sur cette question, dont certaines copies sont encore conservées aujourd'hui à Jérusalem. C'est un fait reconnu, et non pas seulement ma propre affirmation. L'édit du second calife existe encore à Jérusalem chez un patriarche orthodoxe, et il ne peut y avoir aucun doute à cet égard. [nota : sur les édits de tolérance entre les chrétiens et les musulmans, voir le livre de Jurji Zaydan's « Umayyads and Abbasids » (traduction anglaise de D-S. Margoliouth, p. 123)]

(1.7.36)
Néanmoins, après quelque temps, la haine et l'inimitié s'élevèrent entre les musulmans et les chrétiens, chacun des deux partis ayant outrepassé ses droits. En dehors de cette vérité, tout ce que les musulmans, les chrétiens et les autres disent n'est qu'un tissu de légendes et d'histoires. La source de ces récits est le fanatisme ou l'ignorance, à moins qu'ils ne proviennent d'une hostilité profonde.

(1.7.37)
Par exemple, les musulmans disent que Muhammad fendit la lune, et qu'elle tomba sur la montagne de La Mecque : ils pensent que la lune est un petit corps que Muhammad déchira en deux; il jeta une partie sur une montagne et l'autre sur une autre!

(1.7.38)
De tels récits sont dictés par le fanatisme. Il en est de même des récits que font les prêtres; les choses qu'ils blâment sont toutes des exagérations, la plupart sont sans fondement.

(1.7.39)
Bref, Muhammad apparut dans le désert du Hijaz, dans la péninsule arabique, contrée stérile et inculte, bien plus: sablonneuse et inhabitée : certains lieux, comme La Mecque et Médine, sont extrêmement chauds;

(1.7.40)
les habitants sont des nomades, ayant les moeurs et les coutumes des habitants du désert, entièrement dépourvus de savoir et d'instruction. Muhammad lui-même était illettré.

(1.7.41)
Le Qur'an fut écrit sur des omoplates de mouton ou sur des feuilles de palmier : ces détails nous font comprendre la basse condition du peuple.

(1.7.42)
C'est chez de tels hommes que fut envoyé Muhammad. La première objection qu'il leur fit fut de dire : « Pourquoi n'acceptez-vous pas le Pentateuque et l'Evangile, et ne croyez-vous pas à Jésus et à Moïse ? » Ces paroles leur parurent très pénibles;

(1.7.43)
aussi ils répondirent : « Comment se fait-il que nos pères et nos aïeux ne croyaient ni au Pentateuque ni à l'Evangile ? » II répondit : « C'étaient des égarés.

(1.7.44)
Vous devez rejeter ceux qui ne croient pas au Pentateuque et à l'Evangile, fussent-ils vos pères et vos aïeux. »

(1.7.45)
C'est dans de pareilles régions, chez des tribus aussi sauvages, qu'un illettré produisit un livre qui, dans une éloquence et un style parfait, contient l'explication des qualités et des perfections divines, celle du caractère prophétique des envoyés de Dieu, celle des lois divines et de plusieurs sciences et questions scientifiques.

(1.7.46)
C'est ainsi que vous savez qu'avant les observations des savants des temps modernes, dans les premiers siècles et dans le Moyen Age, jusqu'au XVe siècle de l'ère chrétienne, tous les mathématiciens du monde s'accordaient sur le caractère central de la terre, et sur le mouvement giratoire du soleil autour de celle-ci.

(1.7.47)
Et cet astronome fameux [nota : Copernic] fut le protagoniste de la théorie nouvelle qui a expliqué le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil. Jusqu'à son époque, tous les mathématiciens et tous les philosophes du monde s'en tenaient au système de Ptolémée; et tous ceux qui s'élevaient contre ses théories étaient traités d'ignorants.

(1.7.48)
Or, Pythagore, et Platon dans les derniers temps de sa vie, avaient adopté le système d'après lequel le mouvement annuel du soleil dans le zodiaque ne provient pas du soleil, mais bien du mouvement de la terre autour de lui. Mais ce système avait été complètement oublié, et celui de Ptolémée avait prévalu chez tous les mathématiciens.

(1.7.49)
Néanmoins, dans le Qur'an, des versets ont été révélés contre l'idée du système ptolémaïque, parmi lesquels nous citerons : « Le soleil court dans un endroit fixe »; cela montre la fixité du soleil et son mouvement autour d'un axe. De même, dans un autre verset : « Et chaque étoile nage dans son propre ciel », il explique le mouvement du soleil, de la lune, de la terre et des autres étoiles brillantes. [voir : Coran 36.38 et 36.40]

(1.7.50)
Lorsque le Qur'an fut répandu, tous les mathématiciens raillèrent ces affirmations et mirent cette opinion sur le compte de l'ignorance.

(1.7.51)
Même les docteurs de l'islam, lorsqu'ils s'aperçurent que ces versets étaient contraires au système de Ptolémée, se virent réduits à les commenter, car le système de Ptolémée était alors universellement admis, et le texte du Qur'an était contraire à ce système.

(1.7.52)
Ce n'est qu'après le XVe siècle de l'ère chrétienne, c'est-à-dire environ neuf cents ans après Muhammad, qu'un astronome célèbre [nota : Galilée qui inventa le télescope] fit de nouvelles observations, qu'il inventa le télescope, et que de nombreuses découvertes purent être faites.

(1.7.53)
Le mouvement de la terre, la fixité du soleil furent prouvés; on découvrit aussi le mouvement du soleil autour d'un axe. Et il devint évident que les versets du Qur'an étaient conformes à ce qui existait et que le système de Ptolémée n'était que de l'imagination.

(1.7.54)
Bref, la plupart des peuples orientaux ont été élevés pendant treize siècles à l'ombre de la religion de Muhammad. Et pendant le Moyen Age, où l'Europe était tombée au dernier degré de la barbarie, le peuple arabe l'emportait sur toutes les nations du monde dans les arts, les sciences, les mathématiques, la civilisation, la politique, etc.

(1.7.55)
Le promoteur et l'éducateur de ces tribus nomades d'Arabes, le fondateur de la civilisation et des perfections humaines chez ces peuples divers fut un illettré, Muhammad. Cet homme illustre fut-il un éducateur parfait, oui ou non ? Soyons justes !


1.8. Le Bab

(1.8.1)
Quant au Bab (que mon âme soit son sacrifice!) encore dans sa jeunesse, c'est-à-dire quand il venait de parvenir à la vingt-cinquième année de sa vie bénie, il se leva pour proclamer sa cause. [nota : le Bab - désigné dans le texte en persan par Hadrat-i-'Ala Bab, c'est à dire l'Altesse Suprême le Bab; mais pour la commodité du lecteur, nous le désignerons toujours par le nom de Bab, sous lequel il est plus connu en Europe]

(1.8.2)
Il est généralement admis chez les chiites qu'il n'étudia dans aucune école, et qu'il n'acquit son instruction auprès de personne; tous les gens de Shiraz en témoignent.

(1.8.3)
Malgré cela, avec l'érudition la plus complète, il apparut tout à coup dans le monde; et bien qu'il ne fût qu'un simple négociant, il réduisit au silence tous les ulémas de la Perse. [nota : uléma est un docteur de la religion musulmane]

(1.8.4)
Tout seul, d'une façon qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer, d défendit la Cause parmi les Persans qui sont renommés pour leur fanatisme religieux.

(1.8.5)
Cet être illustre se leva avec une telle force qu'il ébranla les piliers de la religion, de la morale, des moeurs, des habitudes et des coutumes de la Perse, et institua des lois, des coutumes et une religion nouvelles.

(1.8.6)
Bien que les grands personnages de l'Etat et presque tout le clergé, ainsi que les hommes publics, se fussent ligués pour l'arrêter et l'anéantir, seul, il se maintint et secoua toute la Perse.

(1.8.7)
Combien d'ulémas, d'hommes publics, de grands personnages, avec la joie et la satisfaction les plus grandes, sacrifièrent leur vie dans son chemin et coururent vers le champ du martyre!

(1.8.8)
Le gouvernement, la nation, les docteurs de la religion, les grands personnages voulaient éteindre sa lumière, ils n'y réussirent pas.

(1.8.9)
Sa lune ne tarda pas à se lever, son étoile à briller, les fondations qu'il jetait à s'établir solidement, et son aurore à devenir une lumière éclatante.

(1.8.10)
II donna à de nombreux êtres l'éducation divine, et il influença merveilleusement les pensées, les moeurs, les coutumes, les habitudes des Persans.

(1.8.11)
Il annonça à tous ses disciples la bonne nouvelle de la manifestation de Bahá, et il les prépara à la foi et à la certitude.

(1.8.12)
L'apparition de signes aussi merveilleux et de prodiges aussi grands, l'influence produite sur les intelligences et les mentalités populaires, l'établissement des bases du progrès, l'organisation des principes du succès et de la prospérité, de la part de ce jeune négociant, prouvent à l'évidence qu'il était un éducateur parfait. Un homme juste n'hésitera jamais à le reconnaître.


1.9. Bahá'u'lláh

(1.9.1)
Quant à Bahá'u'lláh, il apparut à une époque où l'Empire persan était plongé dans l'obscurantisme et dans l'ignorance les plus grands, et perdu dans le fanatisme le plus aveugle. [nota : dans le texte persan on lit: Jamal-i-Mubarak, la Beauté Bénie, titre sous lequel Bahá'u'lláh est généralement désigné. Il est également appelé Jamal-i-Qidam, la Beauté antique, éternelle. Mais chaque fois que nous aurons à parler de lui, nous le mentionnerons sous le nom de Bahá'u'lláh, sous lequel il est célèbre en Occident]

(1.9.2)
Certes vous avez lu en détail, dans les histoires européennes, quel était l'état des pensées, des coutumes et des idées des Persans dans ces derniers siècles. II est inutile d'y revenir.

(1.9.3)
Nous dirons seulement que la Perse était tombée si bas que les voyageurs étrangers déploraient que ces provinces, si glorieuses autrefois, et si civilisées, faussent maintenant tellement abattues et ruinées, complètement renversées de leur base, et que ses populations faussent parvenues à une aussi complète dégradation.

(1.9.4)
C'est à cette époque que Bahá'u'lláh se manifesta. Son père était un des vizirs, non un des ulémas : et tout le monde sait en Perse qu'il n'étudia dans aucune école, et qu'il ne fréquenta ni les ulémas ni les savants.

(1.9.5)
Il débuta dans la vie au milieu du bonheur et de la félicité les plus complets, étant en rapport et en bonnes relations avec la haute société persane, mais non avec des savants.

(1.9.6)
Dès que le Bab annonça sa mission, il dit : « Cet homme glorieux est le Seigneur des justes, et à tous s'imposent la foi et la certitude ! »

(1.9.7)
Et il se leva pour seconder le Bab, et donner en témoignage des preuves et des arguments péremptoires sur la vérité de sa cause, bien que les ulémas de la religion eussent contraint le gouvernement persan à l'opposition et à la résistance les plus grandes, et qu'ils eussent rendu des fatwas ordonnant le meurtre, le pillage, la persécution, l'expulsion et l'écrasement des babis. [nota : les fatwas sont des sentences rendues par les juges religieux]

(1.9.8)
Dans toutes les provinces on se mit à tuer, à incendier, à piller et à violenter jusqu'aux femmes et enfants. Malgré cela, Bahá'u'lláh, avec l'énergie et la fermeté les plus grandes, se leva pour proclamer la parole du Bab.

(1.9.9)
Jamais il ne se cacha une seule heure : clairement, ouvertement, il se mêlait à ses ennemis, occupé à établir des preuves et des arguments.

(1.9.10)
Il fut reconnu comme le héraut de la parole de Dieu. En beaucoup de circonstances et d'occasions, il endura de violentes calamités, et à chaque minute il faillit devenir un martyr; on alla jusqu'à l'enchaîner et l'emprisonner dans un souterrain.

(1.9.11)
Toutes ses vastes propriétés, ses héritages furent confisqués et pillés.

(1.9.12)
De pays en pays, il fut exilé quatre fois, et il ne trouva de repos que dans la Prison suprême. [nota : exilé d'abord à Bagdad, puis à Constantinople, puis à Andrinople, Bahá’u’lláh fut emprisonné à Saint-Jean-d'Acre, la Prison suprême, en 1869]

(1.9.13)
Malgré cela, il ne cessa pas un instant de proclamer et de célébrer la cause de Dieu, et il se manifesta avec des vertus, un savoir, des perfections qui furent la cause de l'admiration de tous les peuples de la Perse.

(1.9.14)
Au point que, à Tihran, à Bagdad, à Constantinople, en Roumélie et à Saint-Jean-d'Acre, tous ceux qui, parmi les gens instruits et les savants, parvenaient en sa présence, amis ou ennemis, et qui lui posaient une question, recevaient une réponse convaincante et suffisante.

(1.9.15)
Et chacun, à maintes reprises, reconnut que cet être était seul et unique dans le monde pour ses perfections.

(1.9.16)
A Bagdad, il arriva souvent que, dans la réunion bénie, des ulémas ä de l'islam, des juifs et des chrétiens, se trouvaient assemblés avec des savants européens. Chacun posait une question; et quoique ces hommes eussent chacun une culture différente, ils recevaient des réponses convaincantes et suffisantes, et ils s'en retiraient satisfaits.

(1.9.17)
C'est au point que les ulémas persans qui étaient à Karbila et à Najaf choisirent un savant qu'ils chargèrent d'une mission auprès de lui : il s'appelait Mulla Hasan-i-Ammu. Il vint en la présence sacrée, et posa, de la part des ulémas, un certain nombre de questions auxquelles Bahá'u'lláh répondit.

(1.9.18)
Puis Hasan-i-Ammú dit : « Les ulémas reconnaissent sans hésitation et confessent la science et l'excellence de votre personne; et il est certain pour tous qu'elle n'a pas d'égale ni de semblable dans toutes les sciences.

(1.9.19)
Et il est aussi reconnu que vous n'avez jamais étudié ni travaillé ces sciences. Mais les ulémas disent qu'ils ne se contentent pas de cela, et qu'ils ne confessent ni ne reconnaissent la vérité de votre mission, d'après votre savoir et votre excellence. Aussi nous vous demandons de faire apparaître un miracle, pour contenter et tranquilliser nos coeurs. » [nota : en donnant une valeur aussi importante à cette anecdote, sur la demande par les ulémas d'un miracle à Bahá’u’lláh, Abdu’l-Bahá nous laisse entendre la vanité des miracles comme preuve de la réalité des Manifestations de Dieu]

(1.9.20)
Bahá'u'lláh répondit : « Bien que vous n'en ayez nullement le droit (car c'est à Dieu qu'il appartient de mettre la créature à l'épreuve, et non à celle-ci d'éprouver Dieu), malgré cela, cette demande est agréée et approuvée.

(1.9.21)
Mais la cause de Dieu n'est pas un théâtre, où l'on représente à chaque heure un spectacle, et où chaque jour on demande quelque chose. Autrement elle deviendrait un jeu d'enfants.

(1.9.22)
Les ulémas doivent donc s'assembler et, d'un commun accord, choisir un miracle, puis écrire qu'après l'apparition de ce miracle ils n'auront plus de doutes sur moi, et que tous reconnaîtront et confesseront la vérité de cette cause. Qu'ils cachettent cette feuille de papier et me l'apportent; que ceci soit leur critérium.

(1.9.23)
Si le miracle apparaît, il ne restera pour vous aucun doute, sinon, nous serons convaincu d'imposture. ».

(1.9.24)
Le savant personnage se leva et dit : « Il n'y a plus rien à dire. » Il baisa le genou de Bahá'u'lláh, bien qu'il ne fût pas un croyant, et il s'en alla. Il réunit les ulémas et leur transmit le message sacré. Ceux-ci se concertèrent, puis dirent : »Cet homme est un enchanteur, peut-être va-t-il accomplir quelque enchantement, et alors nous n'aurons plus rien à dire. » Et ils n'osèrent pas pousser plus loin. [nota : la pénétration de jugement et la finesse d'esprit de Bahá’u’lláh ont eu, dans cette circonstance, raison de la malignité de ses adversaires, lesquels, il en était certains, ne devaient pas pouvoir se mettre d'accord sur le choix d'un miracle]

(1.9.25)
Quant à Hasan-i-Ammú, il parla de cette aventure dans la plupart des réunions; il quitta Karbila pour Kirmanshah et Tihran, et raconta les détails partout, parlant de la crainte des ' ulémas et de leur retraite.

(1.9.26)
Ainsi tous ses adversaires, en Orient, reconnaissaient la grandeur, la noblesse, la science, l'excellence de la Beauté Bénie et, bien qu'ils fussent ses ennemis, ils parlaient toujours de lui comme du « célèbre Bahá'u'lláh ».

(1.9.27)
Bref, cet Astre sublime se leva soudain à l'horizon de la Perse, alors que ses habitants, ministres, ulémas, peuple, s'étaient dressés contre lui avec la plus grande animosité, en disant qu'il voulait supprimer et détruire la religion, la loi, la nation, l'empire. De même avait-on parlé contre le Christ.

(1.9.28)
Cependant Bahá'u'lláh, seul et sans appui, résista à tout le monde, sans jamais montrer la moindre défaillance. A la fin, on dit : « Tant que cet homme sera en Perse, il n'y aura ni tranquillité ni repos. Il faut donc l'exiler, afin que la Perse recouvre la paix. »

(1.9.29)
On força Bahá'u'lláh à demander la permission de sortir de la Perse, pensant qu'ainsi la lampe de la cause sacrée s'éteindrait. Mais, au contraire, il n'en résulta que des choses heureuses : la cause grandit, et sa flamme devint plus brillante. D'abord, elle s'était répandue dans la Perse seule; mais ce fut la raison qui la fit se répandre dans d'autres contrées.

(1.9.30)
Alors on trouva que l'Iraq Arabi [nota : l'Iraq Arabi est la province où se trouve Bagdad], était près de la Perse et qu'il fallait l'exiler dans des provinces lointaines. Aussi le gouvernement persan fit-il des démarches pour qu'on envoyât Bahá'u'lláh de l'Iraq à Constantinople.

(1.9.31)
Puis, on vit que la cause n'avait jamais eu un moment de défaillance. On trouva alors que Constantinople était un lieu de passage et de séjour de peuples et de races sans nombre, où vivaient beaucoup de Persans; c'est pourquoi les Persans s'efforcèrent de faire exiler Bahá'u'lláh en Roumélie.

(1.9.32)
Mais la flamme devint plus brillante, la cause plus grande. A la fin, les Persans dirent : « Aucune de ces places n'est digne de confiance ni sûre; il faut l'envoyer quelque part où il sera réduit à l'impuissance, dans un lieu de trouble et de misère, où sa famille et ses compagnons éprouveront de grands malheurs. »

(1.9.33)
Donc ils choisirent la prison de Saint-Jean-d'Acre, qui est réservée aux meurtriers, aux voleurs et aux brigands de grands chemins. Et, en vérité, ils le mêlèrent à ces hommes.

(1.9.34)
Mais la puissance divine se manifesta, car cette prison fut la cause de la promulgation et de la proclamation de sa parole.

(1.9.35)
La grandeur de Bahá'u'lláh devint évidente, car c'est de cette prison, et dans des circonstances aussi humiliantes, qu'il fit avancer la Perse d'une condition à une autre, qu'il soumit tous ses ennemis, et leur prouva qu'ils ne pouvaient résister à cette cause.

(1.9.36)
Ses enseignements sacrés pénétrèrent toutes les régions, sa cause fut établie. Oui, dans toute la Perse, ses ennemis agissaient avec la plus grande haine, emprisonnant, tuant, frappant, incendiant, et ruinant de fond en comble des milliers de demeures, s'efforçant par tous les moyens d'exterminer et d'écraser la cause.

(1.9.37)
Malgré cela, de la prison des meurtriers, des brigands de grands chemins et des voleurs, il fit triompher sa cause et répandit ses enseignements; il exhorta la plupart de ceux qui avaient été les plus enragés contre lui et en fit des croyants; au point que le gouvernement persan lui-même s'éveilla, et fut honteux du mal qui était arrivé par la faute des ulémas.

(1.9.38)
Lorsque Bahá'u'lláh arriva dans cette prison, en Terre sainte, les gens instruits comprirent que la bonne nouvelle que Dieu, par la bouche des prophètes, avait donnée deux ou trois mille ans auparavant, était réalisée, que Dieu était fidèle à la promesse.

(1.9.39)
Car à plusieurs des prophètes il avait révélé et donné la bonne nouvelle qui a trait à la Terre sainte : « Le Seigneur des armées doit se manifester chez toi. »

(1.9.40)
Toutes ces promesses étaient accomplies! Et s'il n'y avait pas eu ces persécutions, ces exils et ces bannissements, de la part des ennemis, on ne pourrait comprendre pourquoi Bahá'u'lláh aurait dû s'enfuir de Perse, et planter sa tente en Terre sainte.

(1.9.41)
Les ennemis voulaient, par cet emprisonnement, anéantir et détruire complètement la cause sacrée; au lieu de cela, cette prison bénie fut l'aide suprême, et le moyen de son développement.

(1.9.42)
Sa voix divine parvint à l'Orient et à l'Occident, et les rayons du Soleil de Vérité brillèrent à tous les horizons.

(1.9.43)
Gloire à Dieu! Bien qu'il fût emprisonné, sa tente était dressée sur le mont Carmel, et il circulait avec la plus grande majesté! Et tous ceux, amis ou étrangers, qui furent honorés de sa présence, disaient : « C'est un prince, non un prisonnier ! »

(1.9.44)
A son arrivée dans la prison [nota : prison d'Andrinople d'où Bahá’u’lláh écrivit une tablette à Napoléon III], il écrivit une adresse à Napoléon III, qu'il envoya par l'entremise de l'ambassadeur de France, et dans laquelle il disait : « Demandez quel fut notre crime, et pourquoi cette prison et ce cachot. » Napoléon ne répondit pas.

(1.9.45)
Une seconde épître fut rédigée peu après son arrivée à 'Akka, qui est contenue dans la Súriy-i-Haykal et où il est écrit : « Napoléon, comme tu n'as pas écouté la proclamation, et comme tu n'as pas répondu, bientôt ton empire disparaîtra, et tu seras entièrement ruiné. »

(1.9.46)
Cette épître fut envoyée par la poste aux soins de César Catafago, à la connaissance de tous les compagnons d'exil. [nota : César Catafago fut le fils d'un consul de France en Syrie avec lequel Bahá’u’lláh se trouvait lié]

(1.9.47)
La copie de cette épître se répandit rapidement dans toute la Perse, car le Kitab-i-Haykal y était alors partout distribué, et cette lettre se trouve comprise parmi les documents de ce livre. Cela se passait en l'an 1869 de l'ère chrétienne. Et comme la Súriy-i-Haykal était aussi distribuée dans l'Hindoustan, elle se trouvait dans les mains des croyants, et tous attendaient avec confiance l'accomplissement de cette prophétie. [nota : Súriy-i-Haykal est le nom donné aux Epitres de Bahá’u’lláh]

(1.9.48)
Peu de temps après, en 1870 de l'ère chrétienne, le feu de la guerre éclata entre l'Allemagne et la France. Et, bien que personne ne crût à la victoire de l'Allemagne, Napoléon fut battu; il but la honte, il se rendit à l'ennemi et sa gloire fut changée en humiliation suprême.

(1.9.49)
De même, des tablettes furent envoyées aux autres rois, parmi lesquelles la lettre à S. M. Nasiri'd-Din Shah, dans laquelle il dit : « Fais-moi appeler, réunis tous les ulémas, et demande des preuves et des arguments, afin que la vérité et le mensonge apparaissent. » [nota : une tablette est le nom donné aux missives de Bahá’u’lláh]

(1.9.50)
S. M. Nasiri'd-Din Shah envoya l'épître sacrée aux ulémas, et leur proposa d'accepter. Mais ils n'osèrent pas. Alors il demanda à sept des plus célèbres d'entre eux d'écrire une réponse à cette lettre; après quelque temps, ils rendirent la lettre sacrée, disant que cet homme était un adversaire de la religion et un ennemi du shah.

(1.9.51)
S. M. le shah de Perse fut très mécontent, parce que cette affaire étant une question de preuves et d'arguments, de vérité ou d'apostasie, comment pouvait-il s'agir d'inimitié envers le gouvernement ?

(1.9.52)
« Hélas, dit-il, combien nous avons eu d'égards pour ces ulémas, qui ne peuvent même pas répondre à cette lettre! »

(1.9.53)
Bref, tout ce qui est rapporté dans les tablettes aux souverains s'est ensuite réalisé. Si, depuis 1870, on examine les événements, on voit que tout s'est passé comme il était prédit, et qu'il en reste très peu à apparaître encore.

(1.9.54)
C'est ainsi que les peuples étrangers et les sectes non croyantes attribuèrent à Bahá'u'lláh beaucoup de choses extraordinaires.

(1.9.55)
Certains, le regardant comme un saint [nota : un saint, ou « vali » en persan], firent des ouvrages sur lui : parmi eux, siyyid Daoudi, un savant sunnite de Bagdad, a écrit une courte plaquette dans laquelle il raconte certains actes surnaturels de Bahá'u'lláh.

(1.9.56)
Maintenant encore, partout en Orient, il y a des gens qui, tout en ne croyant pas à sa manifestation, croient néanmoins qu'il fut un saint, et racontent des miracles qui lui sont attribués.

(1.9.57)
En résumé, tant ses adversaires que ses partisans, tous ceux qui furent reçus dans le lieu sacré, reconnurent et confessèrent la grandeur de Bahá'u'lláh.

(1.9.58)
Si, en fin de compte, on ne croyait pas en lui, on reconnaissait sa grandeur dès qu'on parvenait dans le lieu sacré.

(1.9.59)
La rencontre de Bahá'u'lláh produisait de tels effets que la plupart des gens ne pouvaient parler.

(1.9.60)
Combien de fois arriva-t-il qu'un de ses plus terribles ennemis prit en lui-même la résolution et l'engagement de dire telle et telle chose en arrivant en sa présence, et d'amener telle controverse et telle discussion; mais dès qu'il arrivait au lieu sacré, il demeurait stupide et confondu, et n'avait d'autre ressource que de rester silencieux et tranquille.

(1.9.61)
Bahá'u'lláh n'avait pas étudié l'arabe, il n'avait eu ni professeur ni maître, et il n'avait été dans aucune école : néanmoins, l'éloquence et l'excellence de ses discours bénis, en arabe, aussi bien que de ses tablettes arabes, ont causé l'étonnement et la stupéfaction des lettrés les plus accomplis en cette langue; tous reconnaissent et avouent qu'il est incomparable et sans pareil,

(1.9.62)
Et si nous examinons avec soin le texte de la Bible, nous voyons qu'aucune des manifestations divines ne dit à ceux qui les reniaient : « Tous les miracles que vous demanderez, je suis prêt à les accomplir, tout critérium que vous choisirez, je l'accepte. »

(1.9.63)
Pourtant, dans l'épître au shah, il proclama clairement : « Réunis les ulémas, et demande-moi les preuves et les arguments que tu voudras que j'établisse ». [nota : en donnant une valeur aussi importante à cette anecdote, sur la demande par les ulémas d'un miracle à Bahá’u’lláh, Abdu’l-Bahá nous laisse entendre la vanité des miracles comme preuve de la réalité des Manifestations de Dieu]

(1.9.64)
Pendant cinquante ans, Bahá'u'lláh se tint en face de ses ennemis comme une montagne : tous voulaient l'anéantir et cherchaient sa perte. Mille fois on tenta de le crucifier et de, le détruire; et pendant ces cinquante ans, il fut constamment dans le plus grand danger.

(1.9.65)
La Perse, aujourd'hui, est dans un tel état de décadence et de ruine que tous les hommes intelligents, au courant de la véritable situation, reconnaissent que son progrès, sa civilisation et son relèvement dépendent de la promulgation des enseignements et du développement des principes de ce grand personnage. [nota : ceci fut écrit en 1905. Les évènements dont la Perse fut le théâtre vers 1980 illustrent d'une façon saisissante l'opinion qu'exprimait alors Abdu’l-Bahá]

(1.9.66)
Le Christ, en son temps béni, a réellement éduqué onze hommes dont le plus célèbre était Pierre : néanmoins, quand ce dernier fut mis à l'épreuve, il renia trois fois le Christ. Malgré cela, combien, par la suite, le christianisme a pénétré les fondations du monde!

(1.9.67)
Aujourd'hui, Bahá'u'lláh a éduqué des milliers d'humains qui, sous la menace de l'épée, poussent au plus haut des cieux le cri Ya-Bahá'u'l-Abha et dont, sous le feu des épreuves, le visage brille comme de l'or! Puis songez à ce qui se passera encore dans l'avenir! [nota : le cri de Ya-Bahá'u'l-Abha est une exclamation de louange bahá’íe: « O Toi la Gloire des gloires ! »]

(1.9.68)
En résumé, il faut reconnaître avec équité quel éducateur de l'humanité fut cet être glorieux, quels signes merveilleux il manifesta, et quelle force et quelle puissance ont émané de lui dans le monde de l'existence !


1.10. Preuves et arguments traditionnels tirés du livre de Daniel

(1.10.1)
Aujourd'hui, autour de cette table, parlons un peu des preuves. Si vous étiez venue en ce lieu béni aux jours de la manifestation de la lumière évidente, et si vous étiez arrivée à la cour de sa présence, si vous aviez vu cette beauté lumineuse, vous eussiez compris que ses explications et sa beauté n'avaient besoin d'aucune autre preuve. [nota : la manifestation de la lumière évidente est un titre de Bahá’u’lláh]

(1.10.2)
Bien des gens, après avoir été admis une seule fois en sa présence, devinrent confirmés et croyants : ils n'avaient pas besoin d'autre preuve.

(1.10.3)
Même ceux qui avaient pour lui la haine et l'inimitié les plus grandes, rien qu'après l'avoir rencontré, témoignaient de la grandeur de Bahá'u'lláh, et disaient : « C'est un homme sublime, mais quel dommage qu'il émette une pareille prétention. Autrement, tout ce qu'il dit est acceptable. »

(1.10.4)
Mais aujourd'hui que cette lumière de vérité s'est éteinte, tout le monde a besoin de preuves. Aussi nous sommes-nous occupés de donner des preuves rationnelles. Nous en citerons une autre qui, seule, est suffisante pour des gens équitables, et que nul ne peut réfuter.

(1.10.5)
C'est que cet être sublime a proclamé sa cause et répandu sa lumière dans la Prison suprême; c'est de là que sa renommée a conquis le monde et que le chant de sa gloire est parvenu à l'Orient et à l'Occident jusqu'à nos jours, rien de semblable n'était arrivé dans le monde. [nota : la Prison suprême, ou la Plus-Grande-Prison, est la prison de Saint-Jean-d'Acre à Akka]

(1.10.6)
Tout homme juste le reconnaîtrait; mais il y a des gens qui, même en entendant toutes les preuves du monde, ne jugeraient pas avec justice.

(1.10.7)
C'est ainsi que, malgré toutes leurs forces, les nations et les Etats ne purent lui résister; bien qu'il fût seul, sans aide, emprisonné, opprimé, tout ce qu'il voulait il l'accomplissait.

(1.10.8)
Je ne veux pas mentionner les miracles de Bahá'u'lláh; peut-être en les entendant dirait-on que ce sont des histoires sujettes à la vérité et à l'erreur.

(1.10.9)
Ainsi, les miracles du Christ, dans les Evangiles, nous sont racontés par les apôtres, et non par quelqu'un d'autre : néanmoins les juifs les nient.

(1.10.10)
Si je voulais mentionner les choses surnaturelles dans la vie de Bahá'u'lláh, elles abondent; elles sont établies en Orient, et même auprès des non-bahá'ís.

(1.10.11)
Mais ces récits ne sont pas des arguments et des preuves péremptoires pour tous; en les entendant, on pourrait dire que, peut-être, cela n'est pas conforme à la réalité des faits.

(1.10.12)
Et puis les autres sectes font également le récit des miracles de leurs fondateurs. Ainsi les adeptes du Brahmanisme rapportent des miracles; d'où pouvons-nous savoir que ceux-ci sont faux et que ceux-là sont vrais ? Si les uns sont des contes, les autres en sont aussi; si les uns sont acceptés universellement, les autres le sont aussi.

(1.10.13)
Ces récits ne sont donc pas des preuves solides. Ce sont des preuves pour le témoin oculaire; et encore, lui aussi pourrait douter que ce fût un miracle, et non de la sorcellerie. N'a-t-on pas raconté aussi sur des sorciers des choses extraordinaires ?

(1.10.14)
Bref, j'en arrive à ceci que beaucoup de choses extraordinaires furent accomplies par Bahá'u'lláh; mais nous ne les racontons pas, parce qu'elles ne constituent pas des preuves et des arguments pour tous les peuples du monde, et que, même pour ceux qui en ont été témoins, ce ne sont pas des preuves péremptoires; ils peuvent croire que c'est de la sorcellerie.

(1.10.15)
D'ailleurs, la plupart des miracles attribués aux prophètes ont une signification symbolique.

(1.10.16)
Ainsi, dans le récit du martyre du Christ, dans l'Evangile, on mentionne que l'obscurité régna, qu'il y eut un tremblement de terre, que le rideau du temple fut déchiré en deux, et que les morts sortirent de leurs tombes.

(1.10.17)
Si ces choses avaient été vues, elles auraient été des événements considérables, et certes, on les eût insérés dans les histoires de l'époque, et ils seraient devenus la cause de la perplexité des coeurs; pour le moins, les soldats auraient descendu le Christ de la croix, ou bien ils se seraient enfuis. Mais comme ces événements ne sont relatés dans aucune histoire, il est évident qu'ils ne doivent pas être pris à la lettre, et qu'ils ont une signification symbolique.

(1.10.18)
Notre but n'est pas de nier, notre seule intention est d'établir que ces récits ne constituent pas des preuves péremptoires, et qu'ils ont une signification symbolique, c'est tout.

(1.10.19)
Aussi, aujourd'hui, autour de cette table, nous nous reporterons aux explications des preuves traditionnelles tirées des livres saints. Jusqu'ici, tout ce que nous avons dit était des preuves rationnelles.

(1.10.20)
Et comme il s'agit maintenant de découvrir et de rechercher la vérité, d'expliquer la condition de l'homme assoiffé dont l'âme est brûlée du désir de l'eau de la vie, celle du poisson qui s'agite pour rentrer dans la mer, celle du malade qui cherche le médecin de vérité pour obtenir la guérison divine, celle de la caravane perdue qui cherche la véritable route, celle du bateau désemparé et égaré qui parvient au port de la délivrance, nous dirons que le chercheur doit être paré de certaines qualités.

(1.10.21)
D'abord, il doit être juste et détaché de tout autre que Dieu; son coeur doit être entièrement tourné vers l'horizon suprême, il doit être affranchi de l'ego et de toute passion, car ce sont des obstacles.

(1.10.22)
De plus, il doit supporter toutes les calamités, vivre dans la pureté et la sainteté les plus parfaites, et être au-dessus de l'amour ou de la haine de tous les habitants du monde : car le poids de son amour pour un parti peut le priver de reconnaître les mérites d'un autre parti, et de même la haine pour un parti risque aussi de l'empêcher de découvrir ses mérites.

(1.10.23)
Tel est l'état qui convient au chercheur. Le chercheur doit avoir ces caractéristiques et ces qualités; autrement, il est impossible que le Soleil de Vérité arrive jusqu'à lui.

(1.10.24)
Revenons à notre sujet : tous les peuples du monde sont dans l'attente de deux manifestations, qui doivent être contemporaines. Tous attendent l'accomplissement de cette promesse.

(1.10.25)
Dans la Bible, les juifs ont la promesse du Seigneur des armées et du Messie; dans l'Evangile, c'est le retour du Messie et d'Elie. Dans la religion de Muhammad se trouve la promesse du Mihdi et du Messie, et ainsi de suite chez les zoroastriens et les autres peuples;

(1.10.26)
mais si nous entrions dans les détails, cela tirerait en longueur.

(1.10.27)
L'essentiel est que tous attendent deux manifestations qui doivent venir l'une derrière l'autre; et qu'il a été annoncé que, dans le temps de la venue de ces deux manifestations, la terre serait renouvelée, l'existence serait changée et les contingences revêtiraient une nouvelle parure.

(1.10.28)
La justice et la vérité doivent régner sur le monde, l'inimitié et la haine disparaître, toutes les causes de division entre les tribus, les sectes, les nations s'évanouir, et les causes d'union, d'accord et d'amitié se manifester.

(1.10.29)
Les négligents s'éveilleront, les aveugles verront, les sourds entendront, les muets parleront, les malades guériront, les morts revivront, la guerre sera changée en paix, l'inimitié sera transformée en amour, les occasions de querelle et de dispute s'évanouiront entièrement, et l'humanité obtiendra la réelle félicité.

(1.10.30)
Le monde deviendra le miroir du royaume des cieux, et l'humanité, le trône de la Divinité.

(1.10.31)
Les différentes nations ne seront qu'un seul peuple, toutes les religions s'unifieront, tous les hommes ne constitueront plus qu'une famille, qu'une maison.

(1.10.32)
Toutes les contrées de la terre n'en formeront plus qu'une, et les superstitions de nationalité, de patrie, de personnalité, de langage, de politique, disparaîtront et mourront; chacun, à l'ombre du Seigneur des armées, parviendra à la vie éternelle!

(1.10.33)
Maintenant, il nous reste à prouver, d'après les livres saints, que ces deux manifestations se sont produites, et à deviner le sens des paroles des prophètes; car nous voulons des preuves tirées des livres saints, et nous avons déjà, il y a quelques jours, à table, produit des preuves rationnelles.

(1.10.34)
Quoi qu'il en soit, dans le livre de Daniel, depuis la reconstruction du temple de Jérusalem jusqu'au jour du martyre du Christ, soixante-dix semaines sont déterminées; car, par le martyre du Christ, le sacrifice doit être accompli et l'autel détruit. [voir : Daniel 9.24 - CLE: 70 SEMAINES JUSQU'AU CHRIST - Depuis la reconstruction du temple de Jérusalem jusqu'au jour du martyre du Christ, soixante-dix semaines sont déterminées]

(1.10.35)
Cette prophétie a trait à la manifestation du Christ, Le commencement de la période de ces soixante-dix semaines est la restauration et la reconstruction de Jérusalem;

(1.10.36)
et, à cet égard, pour la restauration de Jérusalem, nous possédons quatre édits, émanant de trois souverains. Le premier est de Cyrus, en 536 avant Jésus-Christ, et est rapporté au premier chapitre d'Esdras. Le deuxième édit pour reconstruire Jérusalem est de Darius de Perse, en 519 avant Jésus-Christ, rapporté au VIe chapitre d'Esdras. Le troisième est d'Artaxerxès, dans la septième année de son règne, c'est-à-dire en 457 avant Jésus-Christ, et est rapporté au VIIe chapitre d'Esdras. Le quatrième est d'Artaxerxès en 444 avant Jésus-Christ, et se trouve au IIe chapitre de Néhémie.

(1.10.37)
Mais Daniel se réfère au troisième édit, qui fut rendu en 457 avant Jésus-Christ. Soixante-dix semaines égalent quatre cent quatre-vingt-dix jours. Chaque jour, suivant la terminologie des livres saints, est une année. Dans la Bible il est écrit : « Le jour du Seigneur est une année ». Donc quatre cent quatre-vingt-dix jours font quatre cent quatre-vingt-dix années. Le troisième édit d'Artaxerxès fut rendu quatre cent cinquante-sept ans avant la naissance du Christ, et lorsqu'il fut martyrisé et qu'il monta au ciel, le Christ avait 33 ans; 33 ajoutés à 457 font 490, qui est la date annoncée par Daniel pour la manifestation du Christ. [voir : Ezéchiel 4.6 ; Nombres 14.34 ; Coran 32.5 - CLE: UN JOUR=UNE ANNEE - « Le jour du Seigneur est une année »]

(1.10.38)
Mais, au verset 25 du IXe chapitre de Daniel, il s'exprime d'une autre manière, c'est-à-dire sept semaines et soixante deux semaines. Et, en apparence, il y a là une contradiction avec la première phrase; beaucoup de gens sont demeurés perplexes en essayant de concilier ces deux affirmations. Comment ici s'agit-il de soixante-dix semaines, et là de soixante-deux semaines et de sept semaines ? Ces deux phrases ne concordent pas.

(1.10.39)
En réalité, Daniel cite deux dates, Une des dates commence avec l'ordre d'Artaxerxès qui enjoignit à Esdras de rebâtir Jérusalem : ce sont les soixante-dix semaines qui se terminent à l'ascension du Messie, quand le sacrifice et l'oblation cessèrent par son martyre.

(1.10.40)
La seconde date se trouve au verset 26, où il est dit qu'après la terminaison de la reconstruction de Jérusalem jusqu'à l'ascension du Christ il y aura soixante-deux semaines; les sept semaines sont la durée de la reconstruction de Jérusalem, c'est-à-dire quarante-neuf ans.

(1.10.41)
Si l'on ajoute ces sept semaines aux soixante-deux, cela fait soixante-neuf semaines; et, dans la dernière semaine, eut lieu l'ascension du Christ. Les soixante-dix semaines sont ainsi complètes et il ne reste plus de contradiction.

(1.10.42)
Et de même que la manifestation du Messie est prouvée par les prophéties de Daniel, maintenant nous allons prouver les manifestations de Bahá'u'lláh et du Bab.

(1.10.43)
Jusqu'ici, nous n'avons donné que des preuves rationnelles : il s'agit maintenant de preuves traditionnelles.

(1.10.44)
Au verset 13 du VIIIe chapitre du livre de Daniel, il est dit : « Alors j'entendis un saint qui parlait, et un saint qui demandait à celui qui parlait : jusqu'à quand durera la vision du sacrifice continuel et de la révolte qui cause la ruine, pour livrer le sanctuaire et l'armée à être foulés aux pieds ? Et il me dit : jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins; alors le sanctuaire sera purifié. » Alors il me dit: « Cette vision se rapporte aux derniers jours. En d'autres termes ce malheur, cette dévastation, cette ruine, cette dégradation, jusqu'à quand dureront-ils ? ou bien, quand 'sera aurore de la manifestation ? Alors il dit : jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins, et alors le sanctuaire sera purifié. » [voir : Daniel 8.13-17 - CLE: 2300 ANS JUSQU'AU PROMIS - « ...jusqu'à quand durera la vision du sacrifice ...jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins; alors le sanctuaire sera purifié. »]

(1.10.45)
Bref, le but de ce passage est d'établir qu'il fixe deux mille trois cents ans; car, dans le texte de la Bible, chaque jour est une année.

(1.10.46)
Or, depuis la date de l'apparition de l'édit d'Artaxerxès pour reconstruire Jérusalem jusqu'au jour de la naissance du Christ, il y a quatre cent cinquante-six ans, et depuis la naissance du Christ jusqu'à la manifestation du Bab, il y a mille huit cent quarante-quatre ans, et si vous ajoutez quatre cent cinquante-six ans à ce nombre, cela fait deux mille trois cents ans.

(1.10.47)
C'est-à-dire que l'accomplissement de la prophétie de Daniel eut lieu en 1844 de l'ère chrétienne, et ce fut l'année de la manifestation du Bab.

(1.10.48)
Considérez le texte même de Daniel : avec quelle clarté il fixe l'année de manifestation! On ne peut pas annoncer plus clairement que cela une manifestation.

(1.10.49)
Le Christ, au chapitre XXIV de l'Evangile de Matthieu, verset 3, dit clairement que, ce que Daniel voulait dire par cette prophétie, c'était l'époque de la manifestation;

(1.10.50)
et voici le verset : « Et s'étant assis sur la montagne des Oliviers, ses disciples vinrent à lui en particulier et lui dirent : dis-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? » Parmi toutes les explications que le Christ leur donna en réponse, se trouve celle-ci : « Quand donc vous verrez dans le lieu saint l'abomination qui cause la ruine dont le prophète Daniel a parlé, que celui qui le lit y fasse attention ». Et il faisait ainsi allusion au VIIIe chapitre de Daniel, en disant que toute personne qui lira ce verset comprendra qu'il y est parlé de ces temps. [voir : Matthieu 24.3 et 24.15 - CLE: ABOMINATION DANS LE LIEU SAINT - « ...dis-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? » et « Quand donc vous verrez dans le lieu saint l'abomination ... »]

(1.10.51)
Voyez combien la manifestation du Bab est clairement annoncée dans la Bible et l'Evangile!

(1.10.52)
Maintenant, expliquons la date de la manifestation de Bahá'u'lláh par la Bible.

(1.10.53)
La date de la manifestation de Bahá'u'lláh est calculée en années lunaires, à partir de la mission et de l'hégire de Muhammad; car, dans la religion de Muhammad, c'est l'année lunaire qui est en usage et qui est employée; et dans cette religion, c'est l'année lunaire dont on se sert pour chacun des cas des commandements aux fidèles.

(1.10.54)
Au chapitre XII, verset 6, du livre de Daniel, il est dit : « Et on dit à l'homme vêtu de lin qui était sur les eaux du fleuve : quand sera la fin de ces merveilles ? Et j'entendis l'homme vêtu de lin qui était sur les eaux du fleuve, lequel éleva sa droite et sa gauche vers les cieux et jura par Celui qui vit éternellement, que ce sera jusqu'à un temps, deux temps et une moitié de temps; et que, quand il aura achevé de disperser la force du peuple saint, toutes ces choses-là seront terminées. » [voir : Daniel 12.6-7 - CLE: UN TEMPS, DEUX TEMPS... - « ...quand sera la fin de ces merveilles ? ...ce sera jusqu'à un temps, deux temps et une moitié de temps... »]

(1.10.55)
J'ai déjà expliqué la signification du jour; il n'est pas utile d'y revenir. Mais disons brièvement que chaque jour du Père vaut une année, et chaque année vaut douze mois. Donc trois ans et demi valent quarante-deux mois; quarante-deux mois égalent mille deux cent soixante jours. Chaque jour, dans les livres saints, est une année. Et en 1260 de l'hégire de Muhammad, selon le compte musulman, le Bab, l'annonciateur de Bahá'u'lláh, apparut. [nota : trois ans et demi, c'est-à-dire un temps, deux temps et une moitié de temps]

(1.10.56)
Plus loin, dans le verset II, il est dit : « Or, dans le temps que le sacrifice continuel aura cessé, et qu'on aura mis l'abomination de la ruine, il y aura douze cent quatre-vingt-dix jours. Heureux celui qui attendra et atteindra jusqu'à treize cent trente-cinq jours. » [voir : Daniel 12.1 - CLE: 1290 JOURS, OU 1335 JOURS - « Or, dans le temps que le sacrifice continuel aura cessé ...il y aura douze cent quatre-vingt-dix jours. Heureux celui qui attendra et atteindra jusqu'à treize cent trente-cinq jours. »]

(1.10.57)
Le commencement de ce calcul lunaire est le jour de la proclamation du rôle prophétique de Muhammad dans toutes les contrées du Hijaz; et cela eut lieu trois ans après le début de sa mission, car, au début, son rôle prophétique était tenu caché : nul, sauf Khadija et Ibn-Naufal, ne les avait. Après trois ans on le proclama. [nota : Waraqat-Ibn-Naufal fut le cousin de Khadija]

(1.10.58)
Et Bahá'u'lláh, en l'an 1290 de la proclamation de la mission de Muhammad, proclama sa manifestation. [nota : l'an 1290 après la proclamation de la mission de Muhammad, c'est l'an 1280 de l'Hégire, c'est-à-dire 1863 de l'ère chrétienne. C'est à cette époque (avril 1863) que Bahá’u’lláh, quittant Bagdad pour Constantinople, déclara à ceux qui l'entouraient qu'il était la Manifestation de Dieu annoncée par le Bab. C'est cette déclaration que les bahá’ís célèbrent par la fête du Ridvan, du nom du jardin où Bahá’u’lláh s'arrêta pendant douze jours au sortir de la ville, et où il fit sa déclaration]


1.11. Commentaire du chapitre XI des révélations de saint Jean

(1.11.1)
Au chapitre XI, verset 1 des révélations de saint Jean, il est dit : « Alors on me donna un roseau semblable à un bâton à mesurer, et l'ange s'étant présenté me dit : Lève-toi et mesure le temple de Dieu et l'autel, et ceux qui y adorent. Mais laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point car il est abandonné aux gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cité pendant quarante-deux mois. » [voir : Apocalypse 11.1-2 - CLE: 1260 ANS, 42 MOIS LE PARVIS AU GENTILS - « ...laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point car il est abandonné aux gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cité pendant quarante-deux mois. »]

(1.11.2)
Ce roseau représente ici le symbole d'un homme parfait, et la portée de cette comparaison est la suivante : lorsque l'intérieur d'un roseau est vidé, et qu'il est débarrassé de tout ce qu'il contenait, on peut obtenir de merveilleuses mélodies.

(1.11.3)
Et de même que le chant et le son ne viennent pas du roseau, que la musique vient véritablement du joueur de flûte qui souffle dedans, de même cette personne bénie a le coeur saint, libre, et vide de tout ce qui n'est pas Dieu, purifié et affranchi de toutes conditions humaines, et elle n'est que la compagne de l'Esprit divin.

(1.11.4)
Ses paroles ne viennent pas d'elle-même mais bien du véritable joueur de flûte, et sont une inspiration divine. Voilà pourquoi il le compare à un roseau.

(1.11.5)
Et ce roseau est comme un bâton, c'est-à-dire qu'il est le secours des faibles, et le soutien des êtres contingents; c'est le bâton du divin berger, à l'aide duquel il fait paître son troupeau, et le conduit dans les prairies du royaume.

(1.11.6)
Puis : « L'ange se présenta et me dit : Lève-toi et mesure le temple de Dieu et l'autel, et ceux qui y adorent »; c'est-à-dire compare et mesure; mesurer, c'est trouver la quantité.

(1.11.7)
Donc l'ange dit : compare le Saint des saints, et l'autel et ceux qui sont en train d'y prier, c'est-à-dire découvre quelle est leur véritable condition, sache à quel degré et en quelle situation ils sont, et quels sont leur état, leurs perfections, leur conduite, leurs qualités; apprends les secrets de ces saintes âmes qui ont leur place au Saint des saints, dans l'état de pureté et de sainteté.

(1.11.8)
« Mais laisse le parvis qui est hors du temple et ne le mesure point, car il est abandonné aux gentils. » Au début du VIIe siècle de l'ère chrétienne, lorsque Jérusalem fut conquise, le Saint des saints fut en apparence préservé, c'est-à-dire le temple que Salomon avait construit; mais en dehors du Saint des saints, le parvis extérieur fut pris et donné aux gentils.

(1.11.9)
« Et ils fouleront aux pieds la sainte cité pendant quarante-deux mois », c'est-à-dire que les gentils gouverneront et dirigeront Jérusalem pendant quarante-deux mois équivalant à douze cent soixante jours; et comme chaque jour équivaut à une année, par ce compte, cela fait douze cent soixante ans, qui est la durée du cycle coranique. [voir : Apocalypse 11.1-2 - CLE: 1260 ANS, 42 MOIS LE PARVIS AU GENTILS - « ...laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point car il est abandonné aux gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cité pendant quarante-deux mois. »]

(1.11.10)
Car, dans le livre saint, chaque jour équivaut à une année, ainsi qu'il est dit au chapitre IV, verset 6 d'Ezéchiel. « Et tu porteras l'iniquité de la maison de Juda pendant quarante jours : je t'ai assigné chaque jour pour une année. » [voir : Ezéchiel 4.6 ; Nombres 14.34 ; Coran 32.5 - « Le jour du Seigneur est une année »]

(1.11.11)
Cela prophétise la durée de la Dispensation de l'islam, lorsque Jérusalem fut foulée aux pieds, ce qui signifie que sa gloire lui fut enlevée (mais le Saint des saints fut préservé, gardé et respecté) jusqu'en 1260.

(1.11.12)
Cette prophétie sur ces douze cent soixante ans s'applique à la manifestation de l'Altesse Suprême, le Bab, la 'Porte' de Bahá'u'lláh, qui eut lieu en 1260 de l'hégire de Muhammad.

(1.11.13)
Et comme la durée des douze cent soixante années est terminée aujourd'hui, Jérusalem, la Ville sainte, est en train de redevenir prospère, peuplée et florissante. Tous ceux qui ont vu Jérusalem il y a soixante ans et qui la voient maintenant reconnaissent combien elle est devenue de nouveau peuplée, florissante et respectée.

(1.11.14)
Telle est la signification apparente des verses des révélations de saint Jean; mais ces versets ont une autre interprétation et une signification symbolique qui est la suivante.

(1.11.15)
La loi de Dieu comprend deux parties : l'une, fondamentale, est spirituelle; c'est-à-dire a trait aux vertus spirituelles et aux qualités divines, et n'a ni changement ni modification : c'est le Saint des saints, qui est l'essence de la loi d'Adam, de Noé, .de Moïse, du Christ, de Muhammad, du Bab et de Bahá'u'lláh; elle dure et elle est établie dans tous les cycles prophétiques.

(1.11.16)
Jamais elle ne sera abrogée, car c'est la vérité spirituelle, non matérielle : c'est la foi, le savoir, la certitude, la justice, la piété, la droiture, la confiance méritée, l'amour de Dieu, la bienveillance, la générosité pour les pauvres, la protection des opprimés, les dons aux malheureux, la main tendue à ceux qui sont tombés, la pureté, le détachement, l'humilité, la douceur, la patience, la constance.

(1.11.17)
Ces qualités divines, ces commandements éternels ne seront jamais abrogés mais dureront et seront établis pour l'éternité.

(1.11.18)
Ces vertus de l'humanité sont ravivées dans chacun des différents cycles; car, à la fin de chaque cycle, la loi divine spirituelle, c'est-à-dire les vertus humaines, disparaît, et seule la forme subsiste. [nota : les cycles prophétiques]

(1.11.19)
Ainsi, chez les juifs, à la fin du cycle de Moïse, qui coïncide avec la manifestation chrétienne, la loi de Dieu disparut et une forme sans esprit subsista.

(1.11.20)
Mais le parvis extérieur de Jérusalem, qui équivaut à la forme de la religion, tomba aux mains des gentils.

(1.11.21)
De même, les principes de la religion du Christ, qui sont les vertus sublimes de l'humanité, ont disparu, et sa forme est restée aux mains des prêtres et du clergé.

(1.11.22)
Les fondements de la religion de Muhammad ont également disparu, mais sa forme reste aux mains des ulémas officiels.

(1.11.23)
Ces fondements de la loi de Dieu qui sont spirituels et sont les vertus de l'humanité ne sont pas abrogeables, mais bien immuables et éternels; et ils sont renouvelés dans chaque cycle prophétique.

(1.11.24)
La seconde partie de la loi de Dieu, qui a trait au monde matériel, et qui comprend le jeûne, la prière, les exercices du culte, le mariage, le divorce, l'abolition de l'esclavage, la poursuite des procès, les transactions, les amendes, les indemnités pour meurtre, violence, vol, blessures, cette partie de la loi de Dieu qui a trait aux choses matérielles, est modifiée et transformée dans chaque cycle prophétique, et peut être abrogée.

(1.11.25)
Car il est certain que les choses politiques, les transactions, les indemnités, etc., doivent être modifiées et transformées suivant les exigences du temps.

(1.11.26)
Bref, le mot « Saint des saints » veut dire cette loi spirituelle qui n'est jamais transformée ou modifiée, et qui ne sera pas abrogée. [nota : CLE: VILLE SAINTE - « ...ce qu'il faut entendre le plus souvent dans les Ecritures sacrées, par la Ville sainte et la Jérusalem divine, c'est la loi de Dieu. »]

(1.11.27)
La Ville sainte veut dire la loi matérielle qui est abrogeable. Et c'est cette loi matérielle, qui est décrite comme la Ville sainte, sera foulée aux pieds pendant douze cent soixante ans.

(1.11.28)
« Mais je donnerai à mes deux témoins le pouvoir de prophétiser pendant douze cent soixante jours, étant vêtus de sacs. » Les deux témoins dont il s'agit sont Muhammad, l'Envoyé de Dieu, et 'Ali Ibn Abou Thaleb. [voir : Apocalypse 11.3 - CLE: 1260 JOURS POUR LES DEUX TEMOINS - « Mais je donnerai à mes deux témoins le pouvoir de prophétiser pendant douze cent soixante jours... »]

(1.11.29)
Dans le Qur'an, il est dit que Dieu, s'adressant à Muhammad, l'Envoyé de Dieu, s'exprime ainsi : « Je t'ai placé comme un témoin, comme un messager de bonne nouvelle et comme un avertisseur », c'est-à-dire nous t'avons établi comme le témoin, le donneur de bonne nouvelle, et celui qui apporte la colère de Dieu. Témoin, c'est-à-dire que les choses seront prouvées par son affirmation. [nota : Citation traduite d'après une version en persan du texte arabe du Qu'ran][voir : Coran 48.8 - « Je t'ai placé comme un témoin, comme un messager de bonne nouvelle et comme un avertisseur »]

(1.11.30)
Et les ordres de ces deux témoins seront donnés pendant douze cent soixante jours signifiant des années.

(1.11.31)
Or, Muhammad était le tronc et 'Ali la branche, comme Moïse et Josué.

(1.11.32)
Il est dit : « Ces deux témoins sont vêtus de sacs », c'est-à-dire que, apparemment, ils n'auront pas des vêtements neufs, mais de vieux vêtements; autrement dit, au début, aux yeux des autres peuples, ils n'ont aucune splendeur, et leur cause ne paraît pas nouvelle; car, par son côté spirituel, la loi de Muhammad ressemble à celle du Christ dans l'Evangile, et ses commandements relatifs aux choses matérielles ressemblent pour la plupart à ceux de la Bible. Telle est la signification des vieux vêtements.

(1.11.33)
« Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui sont toujours en la présence du Seigneur de la terre. » Il compare ces deux âmes à deux oliviers, parce que, dans ce temps, on se servait de l'huile d'olive pour toutes les lampes, la nuit, Ces deux êtres, chez qui apparaît l'esprit de la sagesse de Dieu, origine de la lumière du monde, et qui font briller et resplendir les lumières de Dieu, sont ainsi comparés à deux chandeliers. Le chandelier n'est-il pas le lieu de la lumière, et n'est-ce pas de lui que brille la lumière ? De même, de ces faces lumineuses, la lumière de la direction surgira et brillera. [voir : Apocalypse 11.4 - « Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui sont toujours en la présence du Seigneur de la terre. »]

(1.11.34)
« Ils se tiennent en la présence de Dieu », signifiant qu'ils sont debout pour servir la cause, éduquant les créatures de Dieu; ainsi les tribus sauvages des Arabes nomades de la péninsule arabique reçurent une telle éducation qu'elles arrivèrent alors au plus haut degré de civilisation, et que leur renommée et leur célébrité se répandirent sur toute la terre.

(1.11.35)
« Et si quelqu'un veut leur faire du mal, il sortira de leur bouche un feu qui dévorera leurs ennemis. » [voir : Apocalypse 11.5] C'est-à-dire que nul ne peut leur résister; que si quelqu'un veut affaiblir leurs enseignements et leur loi, cette même loi qui sort de leur bouche les enveloppera et les exterminera entièrement; et si quelqu'un tente de les troubler, de leur faire du mal ou de leur résister, un commandement émanant de leur bouche détruira leurs ennemis. Et c'est ce qui arriva : tous leurs ennemis furent subjugués, mis en fuite, anéantis. De la façon la plus évidente, Dieu les a soutenus.

(1.11.36)
« Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu'il ne pleuve point pendant qu'ils prophétiseront. » [voir : Apocalypse 11.6] C'est-à-dire que pendant ce temps, ils sont comme des rois : la loi et les enseignements de Muhammad, les explications et les commentaires d'Ali sont une grâce céleste; lorsqu'ils veulent distribuer cette grâce, ils le peuvent. Et s'ils ne veulent pas, la pluie ne tombera pas. (Pluie ici veut dire grâce.)

(1.11.37)
« Ils ont aussi le pouvoir de changer les eaux en sang. » [voir : Apocalypse 11.6] C'est-à-dire que, le pouvoir prophétique de Muhammad fut le même que celui de Moïse, et la puissance d'Ali fut comme celle de Josué.

(1.11.38)
S'ils le veulent, ils transforment en sang les eaux du Nil pour les Egyptiens et ceux qui les renient : c'est-à-dire que les eaux qui sont la cause de la vie deviennent, par l'ignorance et l'orgueil des négateurs, la cause de leur mort.

(1.11.39)
Ainsi, le royaume, la richesse et le pouvoir du Pharaon et des siens, qui furent la cause de la vie de l'Egypte, devinrent, par leur opposition, leur reniement et leur orgueil, une cause de mort, de destruction, de dispersion, de dégradation et de misère. Ces deux témoins ont donc le pouvoir de détruire les nations.

(1.11.40)
« Et de frapper la terre de toutes sortes de plaies toutes les fois qu'ils le voudront. » [voir : Apocalypse 11.6] C'est-à-dire qu'ils ont la puissance et la force matérielles nécessaires pour éduquer les méchants et ceux qui sont des oppresseurs et des tyrans cruels; car Dieu a donné à ces deux témoins une force matérielle et un pouvoir spirituel avec lesquels ils ont corrigé et éduqué les Arabes nomades et féroces, sanguinaires et tyranniques, qui vivaient comme des loups et des bêtes sauvages.

(1.11.41)
« Et quand ils auront achevé de rendre leur témoignage », c'est-à-dire quand ils auront accompli ce dont ils sont chargés, délivré le divin message, répandu la loi de Dieu et les enseignements célestes, et que les signes de la vie spirituelle seront visibles dans les âmes, que les lumières des vertus de l'humanité brilleront, et que les tribus nomades auront accompli des progrès absolus. [voir : Apocalypse 11.7]

(1.11.42)
« La bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, et les vaincra et les tuera. » Cette bête signifie les Béni-Omeyyahs qui les ont attaqués depuis l'abîme de l'erreur : c'est ce qui est arrivé quand les Béni-Omeyyahs s'insurgèrent contre la loi de Muhammad et la réalité d'Ali, qui est l'amour de Dieu. [voir : Apocalypse 11.7]

(1.11.43)
« La bête fit la guerre aux deux témoins », c'est-à-dire une guerre religieuse; elle agit contre leurs enseignements, leurs coutumes, leurs institutions, avec la plus complète opposition : les vertus et les qualités qui, grâce à ces deux témoins, s'étaient répandues parmi ces peuples et ces tribus disparaîtront entièrement, et les moeurs bestiales et la sensualité prévaudront. [voir : Apocalypse 11.7]

(1.11.44)
Ainsi cette bête qui leur fait la guerre aura la victoire; c'est-à-dire que la noirceur de l'erreur, représentée par cette bête, conquerra tous les horizons du monde et tuera ces deux témoins; en d'autres termes, détruira du milieu des nations la vie spirituelle qu'ils ont apportée, et en supprimera entièrement les lois et les enseignements divins; elle foulera aux pieds la religion de Dieu, et il n'en subsistera rien qu'un corps sans esprit.

(1.11.45)
« Et leurs corps sans vie resteront sur les places publiques de la grande cité qui est appelée spirituellement Sodome et Egypte, au lieu même où Notre-Seigneur aussi fut crucifié. » [voir : Apocalypse 11.8] « Leurs corps » signifie la loi de Dieu; « les places publiques » veut dire en vue de tout le monde. « Sodome et Egypte, le lieu où Notre-Seigneur aussi fut crucifié », c'est cette contrée de Syrie, et surtout Jérusalem, puisque les Béni-Omeyyahs régnaient sur ces lieux et que c'est d'abord d'ici que la loi de Dieu et les enseignements divins disparurent, et dans ces lieux qu'un corps sans esprit subsista. Leurs corps, c'est la loi de Dieu qui demeura comme un corps sans esprit.

(1.11.46)
« Et les différents peuples et tribus, de nations et de langues diverses, verront leurs corps sans vie pendant trois ans et demi, et ne permettront pas que leurs corps soient mis dans le sépulcre. » [voir : Apocalypse 11.9-11]

(1.11.47)
Comme il a déjà été dit, selon la terminologie des livres saints, trois jours et demi égalent trois ans et demi, soit quarante-deux mois, qui font douze cent soixante jours; comme chaque jour dans le texte du livre saint fait une année, cela veut dire que, pendant douze cent soixante ans, ce qui est la durée du cycle coranique, les nations, les tribus, les peuples regarderont leurs corps; qu'ils feront un spectacle de la loi de Dieu. [voir : Apocalypse 11.9-11]

(1.11.48)
Ils n'agiront pas selon cette loi, mais ils ne laisseront pas non plus porter à la tombe son corps, c'est-à-dire la loi de Dieu; en d'autres termes, en apparence ils s'y attacheront, ils ne la laisseront pas enlever complètement ni détruire, et ils ne permettront pas qu'on anéantisse entièrement son corps. Si, en réalité, ils l'abandonnent, en apparence ils en conservent le souvenir et le nom.

(1.11.49)
Les « tribus, nations et peuples » signifient ceux qui sont réunis à l'ombre du Qur'an, et qui ne permettent pas que la cause et la religion de Dieu soient en apparence entièrement détruites et anéanties, car ils ont conservé la prière et le jeûne.

(1.11.50)
Mais les principes essentiels de la religion de Dieu qui sont la morale, la conduite, la connaissance des mystères spirituels ont disparu; les lumières des vertus de l'humanité, qui sont le résultat de l'amour et de la connaissance de Dieu, se sont éteintes; et l'obscurité de la tyrannie, de l'oppression, les passions et les désirs sataniques ont triomphé.

(1.11.51)
Et le corps de la loi de Dieu, comme un cadavre, a été exposé au public pendant douze cent soixante jours équivalant chacun à une année; et cette période est le cycle de Muhammad.

(1.11.52)
Ce que ces deux êtres avaient établi : les fondements de la loi de Dieu, le peuple l'a abandonné; les vertus de l'humanité, qui étaient le bienfait de Dieu et l'esprit de cette religion, ils les ont détruites, au point que la sincérité, la justice, l'amour, l'unité, la pureté, la sainteté, le détachement, toutes les qualités divines ont disparu.

(1.11.53)
De la religion, la prière et le jeûne subsistent; et cet état se prolongea pendant douze cent soixante ans, ce qui est la durée du cycle du Forqan [nota : Forqan, signifiant la distinction, est un autre nom désignant le Coran, ou Qur'an]. C'était comme si ces deux êtres étaient morts, et que leurs corps fussent demeurés sans esprit.

(1.11.54)
« Et les habitants de la terre se réjouiront à leur sujet, et s'abandonneront à la joie, et s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes auront tourmenté les habitants de la terre. » [voir : Apocalypse 11.10]

(1.11.55)
« Habitants de la terre » signifie les autres nations et races, comme les peuples d'Europe et de l'Extrême-Asie qui, lorsqu'ils virent que le caractère de l'islam était entièrement changé, et que la loi divine était abandonnée, que les vertus, le zèle et le bien avaient disparu, changèrent leurs sentiments, se montrèrent heureux et joyeux de ce que la corruption des moeurs eût pénétré les peuples de l'islam, et de ce que ces derniers allaient être soumis par les autres nations.

(1.11.56)
C'est ainsi que ce malheur se manifeste avec la plus grande évidence. Voyez : ce peuple qui était parvenu au sommet de la force, combien, aujourd'hui, il est devenu soumis et méprisable!

(1.11.57)
Les autres nations « se sont envoyé des présents les unes aux autres », c'est-à-dire se sont entraidées, car « ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre », c'est-à-dire ont vaincu les autres peuples et nations de la terre, et les ont soumis.

(1.11.58)
« Mais après ces trois jours et demi, l'esprit de vie de Dieu entra en eux, et ils se relevèrent sur leurs pieds, et une grande crainte saisit ceux qui les virent. » Trois jours et demi, c'est-à-dire douze cent soixante ans, ainsi qu'il a déjà été expliqué. [voir : Apocalypse 11.9-11]

(1.11.59)
Ces deux êtres dont les corps étaient demeurés sans esprit représentent les enseignements et la loi que Muhammad avait établis et qu'Ali avait promulgués, dont la vérité avait disparu, et dont la forme seule était restée.

(1.11.60)
Une seconde fois, l'esprit revint à ces corps, c'est-à-dire que ces fondements et ces enseignements furent à nouveau établis.

(1.11.61)
En d'autres termes, la spiritualité de la loi divine avait été changée en matérialité, les vertus en vices, l'amour de bien en haine, la lumière en obscurité, les sentiments rahmaniques [nota : Rahman, un des noms de Dieu dans le Qur'an] en sentiments sataniques, la justice en tyrannie, la miséricorde en haine, la sincérité en hypocrisie, le salut en perdition, et la pureté en sensualité.

(1.11.62)
Puis, après trois jours et demi qui, d'après la terminologie des livres saints, signifient douze cent soixante années, ces enseignements divins, ces vertus et ces perfections rahmaniques, ces bontés spirituelles apparurent une seconde fois, renouvelés par la manifestation du Bab et le dévouement de Déjanté Quddús. [nota : Haji Muhammad Ali Barfurush, l'un des premiers lieutenants du Bab, et l'une des 19 « Lettres du Vivant », appelé par les babis, Djénabé Quddús, l'Excellence pure]

(1.11.63)
Les saintes brises soufflèrent, les lumières de vérité brillèrent, la saison du printemps fécondant arriva, l'aurore de salut resplendit, et ces deux corps sans âme naquirent à nouveau : ces deux grands personnages, l'un le fondateur, l'autre le promulgateur, se levèrent. C'étaient deux chandeliers, car ils illuminèrent le monde par la lumière de vérité.

(1.11.64)
« Ils entendirent une voix venant du ciel qui leur dit : "Montez ici; puis ils montèrent au ciel." C'est-à-dire qu'ils entendirent la proclamation de Dieu des cieux invisibles, disant : "Vous avez accompli ce qu'il faut et ce qu'il convient des enseignements et des bonnes nouvelles, vous avez transmis mon message à mes créatures, vous avez proclamé la parole de Dieu, et vous avez ait ce que vous deviez. [voir : Apocalypse 11.12]

(1.11.65)
Maintenant, il faut, comme le Christ, sacrifier votre vie pour le Bien-Aimé et devenir des martyrs. » Et ce Soleil de Vérité, cette Lune de Direction, tous deux, comme le Christ, se couchèrent à l'horizon du martyre suprême, et montèrent au ciel du royaume de Dieu. [nota : le Soleil de Vérité et la Lune de Direction sont respectivement le Bab et Djénabé Quddus]

(1.11.66)
« Et leurs ennemis tes virent. » C'est-à-dire que, parmi leurs ennemis, après leur martyre, un grand nombre de gens s'aperçurent de la sublimité de leur rang et de la hauteur de leur vertu, et témoignèrent de leur grandeur et de leur perfection.

(1.11.67)
« Et à la même heure, il arriva un grand tremblement de terre, et un dixième de la ville fut anéanti; et sept mille hommes furent tués dans ce tremblement de terre. » Ce tremblement de terre eut lieu à Shiraz après le martyre du Bab : la ville fut sens dessus dessous, et beaucoup d'individus périrent; une grande agitation, telle qu'on n'en avait jamais vu, apparut également, à la suite des maladies, de la peste, de la famine, du dénuement, de la faim et des épreuves. [voir : Apocalypse 11.13]

(1.11.68)
« Et ceux qui restaient furent effrayés et glorifièrent le Dieu du ciel. » Lorsque le tremblement de terre arriva dans le Fars, tous ceux qui restaient se lamentaient jour et nuit, suppliant et priant Dieu; ils étaient à ce point pusillanimes et troublés que, la nuit, ils n'avaient ni sommeil ni repos. [voir : Apocalypse 11.13]

(1.11.69)
« Le second malheur est passé, et voici que le troisième malheur arrive rapidement. » Le premier malheur est la manifestation du prophète Muhammad Ibn Abd'u'llah (sur lui le salut !). Le second, c'est celle du Bab (sur lui la gloire et la louange !). Le troisième malheur est le jour suprême de la manifestation du Seigneur des armées et de l'éclat de la beauté du Promis. [voir : Apocalypse 11.14 et Ezéchiel 30.2-3]


(1.11.70)
L'explication de ce sujet se trouve au chapitre XXX du Livre d'Ezéchiel dans lequel il dit : « La parole de Dieu me fut révélée. Il dit : ô fils de l'homme, prophétise et dis : c'est ainsi que parle Dieu Iahvé : Criez et dites : malheur à ce jour, car ce jour est proche, et le jour de Dieu est proche. » [nota : le sujet en question est le « Malheur », c'est-à-dire l'épreuve du jugement de Dieu lors de la venue de son Messager] [voir : Apocalypse 11.14 et Ezéchiel 30.2-3]

(1.11.71)
Il est donc évident que le jour du malheur est le jour de Dieu : car en ce jour, le malheur est pour les négligents, le malheur est pour les pécheurs, le malheur est pour les ignorants.

(1.11.72)
C'est pour cela qu'il dit : le second malheur est passé, voici que le troisième malheur approche rapidement. Ce troisième malheur est le jour de la manifestation de Bahá'u'lláh. C'est le jour de Dieu, proche du jour de la manifestation du Bab.

(1.11.73)
« Le septième ange sonna de la trompette et, tout à coup, de grandes voix se firent entendre au ciel, disant : le royaume du monde appartient à notre Dieu et à son Christ, et il régnera aux siècles des siècles. » [voir : Apocalypse 11.15]

(1.11.74)
Cet ange est un homme paré des qualités célestes, qui doit être envoyé avec des attributs et un caractère angéliques, et qui doit annoncer la proclamation, afin que l'apparition de la manifestation divine soit répandue et divulguée : c'est le jour de la manifestation du Seigneur des armées, et le temps du cycle divin de l'éducateur, promis et mentionnés dans tous les livres et écrits des prophètes.

(1.11.75)
En ce jour de Dieu, le royaume divin et spirituel sera établi, et le monde renouvelé; un nouvel esprit soufflera dans le corps de la création, la saison du divin printemps arrivera, les nuages de miséricorde verseront la pluie, le Soleil de Vérité brillera, les brises fécondantes souffleront, l'humanité revêtira une nouvelle parure, la surface de la terre deviendra un paradis sublime, les hommes seront instruits, la guerre, les disputes et querelles, l'iniquité disparaîtront, et la vérité, la droiture, la paix, la piété s'établiront; l'amour, l'amitié, l'affection envelopperont le monde, et Dieu régnera aux siècles des siècles, c'est-à-dire que le royaume spirituel, éternel, sera établi. Tel est le jour de Dieu.

(1.11.76)
Car tous les jours, qui sont venus et sont passés, étaient les jours d'Abraham, de Moïse, du Christ ou des autres prophètes. Mais ce jour est le jour de Dieu, car le Soleil de Vérité s'y lève avec toute sa chaleur et tout son éclat.

(1.11.77)
« Alors les vingt-quatre vieillards qui sont assis sur leurs trônes devant Dieu se prosternèrent sur leurs visages, et adorèrent Dieu en disant : Nous te rendons grâce, Seigneur Dieu tout-puissant, absolu, qui es, qui étais, qui viendras, car tu as pris en main ta grande puissance, et tu es entré dans ton règne. » [voir : Apocalypse 11.16-17]

(1.11.78)
Dans chaque cycle, les élus et les saints ont été au nombre de douze. Au temps de Jacob, il y avait ses douze fils; au temps de Moïse, il y avait douze têtes ou chefs de tribu; au temps du Christ, les douze apôtres; au temps de Muhammad, les douze imams. Mais dans cette manifestation glorieuse, il y a vingt-quatre disciples, soit le double, car la grandeur de cette manifestation l'exige.

(1.11.79)
Ces saintes âmes règnent en présence de Dieu sur leurs propres trônes, c'est-à-dire règnent éternellement.

(1.11.80)
Ces vingt-quatre grands personnages, bien qu'ils soient établis sur le trône du pouvoir éternel, adorent pourtant l'apparition de la manifestation universelle, ils sont humbles et soumis, et disent : « Nous te remercions, ô Dieu tout-puissant et indépendant, qui as été, qui es et qui viendras, car, ayant saisi ton pouvoir suprême, tu t'es mis à régner. »

(1.11.81)
C'est-à-dire : Tu répandras complètement tes enseignements, et tu réuniras sous ton ombre tout ce qui est sur terre, et tu amèneras tous les hommes à l'ombre d'une seule tente.

(1.11.82)
Et, bien que ce soit le royaume éternel de Dieu qui a toujours eu et a toujours un royaume, ici, royaume veut dire sa propre manifestation, qui répandra toutes les lois et les enseignements qui sont l'esprit de l'humanité et la vie éternelle. [nota : ici, royaume de Dieu veut dire Sa Manifestation la plus complète]

(1.11.83)
Cette manifestation universelle, par son pouvoir spirituel, affranchira le monde, sans lutte; elle le conduira à la paix et au salut, autrement que par le sabre et la lance; elle établira ce royaume divin par le véritable amour, non par la force de la guerre; elle répandra ces enseignements divins par la bonté et l'ordre, non par la violence et par les armes, et elle donnera une telle éducation aux peuples et aux nations que, malgré la variété de leurs conditions, la différence de leurs coutumes et de leurs caractères, la division de leurs religions et de leurs races, ils seront comme le loup et l'agneau, le serpent et l'enfant à la mamelle, le tigre et le chevreau; ils deviendront des camarades, des confidents, des intimes. [voir : Esaïe 11.6]

(1.11.84)
D'une façon absolue, les haines de races, les différences de religions, les barrières entre les nations seront détruites, et tous trouveront, à l'ombre de l'arbre sacré, l'intimité et la réconciliation complètes.

(1.11.85)
« Les nations s'étaient irritées », car tes enseignements étaient contraires aux passions des autres peuples. « Mais ta colère apparut »; c'est-à-dire que tous furent affligés par un dommage évident et que, pour ne pas avoir obéi à tes préceptes, tes conseils et tes engagements, ils furent privés de ta grâce éternelle et séparés par un voile des lumières du Soleil de Vérité. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.86)
« Ainsi que le temps que tu dois juger les morts. » Autrement dit, le temps est venu où les morts, c'est-à-dire ceux qui sont privés de l'esprit de l'amour de Dieu, et qui n'ont pas de part à la sainte vie éternelle, seront jugés Avec justice, c'est-à-dire recevront ce qu'ils méritent et ce qu'ils sont capables d'obtenir. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.87)
Et Il établira la réalité de ces secrets; Il fera connaître à quel degré de bassesse ils sont arrivés dans le monde de l'existence pour que, en vérité, ils soient jugés morts. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.88)
« Et donner la récompense à tes serviteurs les prophètes, et aux saints, et à ceux qui craignent ton nom, petits ou grands. » C'est-à-dire : Tu distingueras les pieux par des biens infinis; tu les feras briller comme les étoiles du ciel à l'horizon de la gloire éternelle; tu les aideras en leur donnant les coutumes et la conduite qui sont l'éclat de l'humanité, la cause du salut, et la raison de la vie éternelle au royaume divin. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.89)
« Et détruire ceux qui ont corrompu la terre. » C'est-à-dire : Tu châtieras énergiquement les négligents, car la cécité des aveugles deviendra manifeste et la lucidité des voyants évidente, l'ignorance et la bêtise des égarés seront reconnues, et le savoir et la science de ceux qui sont dans la bonne voie deviendront clairs; par conséquent les corrupteurs seront anéantis. [voir : Apocalypse 11.18]

(1.11.90)
« Et le temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel. » C'est-à-dire que la Jérusalem divine fut trouvée, et le Saint des saints devint visible. [voir : Apocalypse 11.19]

(1.11.91)
Le Saint des saints, selon la terminologie des sages, est l'essence de la loi divine et des véritables enseignements du Seigneur, qui n'ont été changés dans aucun des cycles prophétiques, ainsi qu'il a déjà été expliqué.

(1.11.92)
Le sanctuaire de Jérusalem, c'est la réalité de la loi divine, qui est le Saint des saints; tandis que l'ensemble des lois, des conventions, des rites et des règles matérielles, c'est la ville de Jérusalem. C'est pour cela qu'on parle [nota : dans le 1er cas] de la Jérusalem céleste.

(1.11.93)
Bref comme dans ce cycle, le Soleil de Vérité fera briller du plus grand éclat les lumières divines, l'essence des enseignements divins se répandra dans le monde contingent, et les ténèbres de l'ignorance et de la bêtise seront détruites.

(1.11.94)
Le monde sera un autre monde, et la lumière resplendira. Aussi le Saint des saints sera visible.

(1.11.95)
« Et le temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel. » C'est-à-dire que la divulgation des enseignements divins, l'apparition de ces secrets célestes, l'éclat du Soleil de Vérité ouvrirent de tous les côtés les portes de la prospérité et du succès, et les signes des bontés et des bénédictions célestes devinrent apparents. [voir : Apocalypse 11.19]

(1.11.96)
« Et l'arche de son alliance fut vue dans son temple. » C'est-à-dire que le livre de son alliance apparut dans sa Jérusalem, et l'épître du covenant fut rédigée. Alors la signification de l'alliance et du pacte deviendra évidente. [nota : épître du covenant - un ouvrage de Bahá’u’lláh, dans lequel il désigne expressément Abdu’l-Bahá comme celui vers lequel on doit se tourner après sa mort, porte le nom de livre du Covenant (l'Alliance), Kitab-i-Ahd] [voir : Apocalypse 11.19]

(1.11.97)
La renommée de Dieu envahira l'Orient et l'Occident, et la proclamation de la cause de Dieu dominera le monde.

(1.11.98)
Les infidèles seront dispersés et humiliés, et les fidèles fortifiés et glorifiés, car ils sont attachés au livre de l'alliance, et fermes et solides dans le covenant.

(1.11.99)
« Et il se fit des éclairs et des voix, et des tonnerres, et un tremblement de terre, et une grosse grêle. » C'est-à-dire qu'après l'apparition du livre de l'alliance il y aura un grand orage et l'éclair de la colère et de la fureur divines brillera; le bruit du tonnerre de la violation du covenant grondera; le tremblement de terre des doutes surviendra; la grêle des tourments grondera sur les infidèles au covenant; et les troubles et les épreuves s'abattront sur les fidèles ! [voir : Apocalypse 11.19]


1.12. Commentaire du chapitre XI d’Esaïe

(1.12.1)
Au chapitre XI d'Esaïe, verset 1, il est dit : « Et il sortira un rameau du tronc de Jessé, et une branche croîtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de la connaissance et de la crainte de Dieu, et il ne jugera point par ce qui frappe les yeux; et il ne condamnera pas sur un ouï-dire; mais il jugera avec droiture; il frappera la terre de la verge de sa parole, et il tuera le méchant par le souffle de ses lèvres. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses flancs. » [voir : Esaïe 11.1-5 - CLE: RAMEAU DU TRONC DE JESSE - « Et il sortira un rameau du tronc de Jessé, et une branche croîtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui... ». Ce Rameau est Bahá’u’lláh]

(1.12.2)
« Le loup habitera avec l'agneau, et le léopard dormira avec le chevreau; le veau, le lion et le bétail qu'on engraisse, ensemble, seront conduits par un petit enfant. » [voir : Esaïe 11.6 - CLE: UN PETIT ENFANT CONDUIRA LES NATIONS - « Le loup habitera avec l'agneau, et le léopard dormira avec le chevreau; le veau, le lion et le bétail qu'on engraisse, ensemble, seront conduits par un petit enfant. ». Ce petit enfant pourrait être Shoghi Effendi, descendant à la foi du Bab et de Bahá’u’lláh, et premier Gardien de la foi bahá’íe, qui guida les nations en propageant le message de Bahá’u’lláh à travers le monde]

(1.12.3)
« La vache paîtra avec l'ours, et leurs petits dormiront ensemble. Le lion mangera du fourrage comme le boeuf; l'enfant qui tète s'ébattra sur le trou de l'aspic, et l'enfant qu'on sèvre posera sa main sur le trou du basilic. » [voir : Esaïe 11.7-8]

(1.12.4)
« Sur toute ma montagne sainte on ne fera ni mal ni dommage, car la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, comme les eaux qui recouvrent la mer. » [voir : Esaïe 11.9]

(1.12.5)
Ce rameau du tronc de Jessé semble s'appliquer correctement au Christ, car Joseph était de la descendance de Jessé, père de David, Mais comme le Christ était né par l'Esprit de Dieu, il s'appela lui-même fils de Dieu. S'il n'avait pas agi ainsi, ce passage pourrait s'appliquer à lui.

(1.12.6)
De plus, les événements qu'il indique comme devant se passer dans le temps de ce rameau, au cas où on les interprète symboliquement, se sont accomplis en partie, mais non tous; et si on ne les interprète pas, aucun de ces signes n'est décidément arrivé au temps du Christ. [voir : Esaïe 11.1-5 - CLE: RAMEAU DU TRONC DE JESSE - « Et il sortira un rameau du tronc de Jessé, et une branche croîtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui... ». Ce Rameau est Bahá’u’lláh]

(1.12.7)
Par exemple, le léopard et l'agneau, le lion et le veau, l'aspic et l'enfant qui tète, sont des métaphores et des symboles qui représentent les nations et les peuples opposés, les sectes adverses et les races hostiles qui, pour l'inimitié et l'antagonisme, sont comme le loup et l'agneau; et nous disons que, par le souffle de l'esprit du Christ, ils trouvèrent l'esprit de concorde et d'union, ils furent vivifiés et formèrent des associations.

(1.12.8)
Mais « sur toute ma montagne sainte on ne fera ni mal ni dommage, car la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, comme les eaux qui recouvrent la mer ». Ces circonstances ne se produisirent pas avec l'apparition du Christ, car jusqu'à présent il y a sur la terre des nations opposées et adverses, et bien peu reconnaissent le Dieu d'Israël : la plupart d'entre elles sont tout à fait privées de la connaissance de Dieu.

(1.12.9)
De même la paix universelle n'eut pas lieu dans la manifestation du Christ; c'est-à-dire qu'au milieu des nations antagonistes et hostiles il n'y eut ni paix ni concorde; les litiges et les disputes ne cessèrent pas, la réconciliation et la sincérité n'apparurent pas. C'est qu'aujourd'hui même, parmi les sectes et les races chrétiennes, l'inimitié, la haine et l'hostilité les plus violentes se rencontrent.

(1.12.10)
Ces versets, au contraire, s'appliquent complètement à Bahá'u'lláh, et mot pour mot. [voir : Esaïe 11.1-5 - CLE: RAMEAU DU TRONC DE JESSE - « Et il sortira un rameau du tronc de Jessé, et une branche croîtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui... ». Ce Rameau est Bahá’u’lláh]

(1.12.11)
Ainsi, dans ce cycle merveilleux, la terre sera transformée, et l'humanité paraîtra dans le calme et l'éclat les plus grands. Les litiges, les disputes, les meurtres seront remplacés par la paix, la sincérité, la réconciliation; parmi les tribus, les peuples, les races et les nations, l'amour et l'amitié vont apparaître; la coopération et la concorde seront établies, et enfin la guerre sera entièrement supprimée.

(1.12.12)
Lorsque les commandements du Livre Très-Saint seront en vigueur, les litiges et les querelles trouveront une sentence de justice absolue devant un tribunal général des nations et des peuples, et les difficultés nouvelles seront solutionnées. [nota : le « Livre Très-Saint » est le Kitab-i-Aqdas, ouvrage principal de Bahá’u’lláh]

(1.12.13)
Les cinq parties du monde n'en formeront plus qu'une, et les différentes nations en deviendront une seule : la surface de la terre deviendra une patrie unique, l'humanité une seule tribu.

(1.12.14)
Les relations entre les contrées, le mélange, l'union, l'affection des peuples et des tribus, arriveront à un tel degré que toute l'humanité sera comme une seule famille, et une seule progéniture.

(1.12.15)
La lumière de l'amour céleste brillera, les ténèbres de la haine et de l'inimitié disparaîtront du monde contingent.

(1.12.16)
La paix universelle plantera sa tente au centre du monde, et le saint arbre de vie poussera et croîtra, à tel point qu'il étendra son ombre sur l'Orient et l'Occident.

(1.12.17)
Les forts et les faibles, les riches et les pauvres, les tribus adverses et les nations hostiles qui sont comme le loup et l'agneau, comme le léopard et le chevreau, comme le lion et le veau, agiront les uns envers les autres avec l'amour, l'union, la justice, l'équité les plus complets.

(1.12.18)
Le monde sera rempli par la science, le savoir, par la compréhension des mystères des créatures et par la connaissance de Dieu.

(1.12.19)
Remarquez aujourd'hui dans ce siècle sublime, qui est le cycle de Bahá'u'lláh, combien les sciences et les connaissances ont fait de progrès, combien de mystères des créatures ont été découverts, combien d'inventions sublimes ont vu le jour; et leur nombre augmente tout le temps!

(1.12.20)
Bientôt la science et les connaissances de la matière, comme la science de l'esprit, feront de tels progrès et de tels miracles que ceux qui les verront en seront stupéfaits. Alors, la signification du verset d’Esaïe : « la terre sera remplie de la connaissance de Dieu » deviendra complètement évidente.

(1.12.21)
De même, considérez que, dans le peu de temps qui s'est écoulé depuis la manifestation de Bahá'u'lláh, il est venu à l'ombre de cette cause des gens de toutes les nations, de toutes les races et de toutes les tribus : chrétiens, juifs, zoroastriens, hindous, bouddhistes, persans, tous, avec l'amitié et l'amour les plus grands, s'associent les uns avec les autres.

(1.12.22)
On dirait que ces gens se fréquentent, eux et les leurs, depuis mille ans; car ils sont comme père et fils, mère et fille, soeur et frère. Telle est l'une des significations de l'amitié du loup et de l'agneau, du léopard et du chevreau, du lion et du veau.

(1.12.23)
Un des grands événements qui doit arriver au Jour de la Manifestation de cette Branche incomparable (Bahá'u'lláh) est le déploiement de l'Etendard de Dieu parmi toutes les nations.

(1.12.24)
C'est-à-dire que toutes les nations et tribus seront rassemblées à l'ombre de cette divine Bannière qui n'est autre que la Branche seigneuriale elle-même, et elles deviendront une seule nation.

(1.12.25)
L'antagonisme religieux et sectaire, l'hostilité des races et des peuples, les différends entre les nations seront éliminés.

(1.12.26)
Tous les hommes adhéreront à une seule religion, ils auront une Foi commune, seront mêlés en une seule race et ne feront plus qu'un seul peuple.

(1.12.27)
Tous habiteront une seule patrie, la planète elle-même.

(1.12.28)
La paix et la concorde universelle entre toutes les nations se réaliseront, et ce rameau incomparable rassemblera tout Israël : c'est-à-dire qu'en ce temps Israël sera rassemblé en Terre sainte, et les juifs, disséminés à l'est et à l'ouest, au sud et au nord, se réuniront.

(1.12.29)
Maintenant, voyez que ces événements n'ont pas eu lieu au temps du Christ, car les peuples ne s'étaient pas rangés sous le drapeau unique de ce rameau divin; tandis que, dans ce cycle du Seigneur des armées, toutes les races et tous les peuples entrent à l'ombre de ce drapeau.

(1.12.30)
De même Israël, disséminé sur toute la terre, ne s'était pas rassemblé en Terre sainte au temps du Christ. Mais au début du cycle de Bahá'u'lláh, cette promesse divine qui est inscrite dans tous les livres prophétiques a commencé à se réaliser.

(1.12.31)
Remarquez que, de tous les coins du monde, des tribus de juifs arrivent en Terre sainte; ayant occupé des villes et villages, ils les habitent, et ils se développent de jour en jour; à tel point que la Palestine tout entière est en train de devenir leur demeure.


1.13. Commentaire du chapitre XII des révélations de saint Jean

(1.13.1)
Nous avons déjà expliqué que ce qu'il faut entendre le plus souvent dans les Ecritures sacrées, par la Ville sainte et la Jérusalem divine, c'est la loi de Dieu. On en parle soit comme d'une épouse, soit comme de Jérusalem, soit comme d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle. [nota : CLE: VILLE SAINTE - « ...ce qu'il faut entendre le plus souvent dans les Ecritures sacrées, par la Ville sainte et la Jérusalem divine, c'est la loi de Dieu. »]

(1.13.2)
Ainsi au chapitre XXI des révélations de saint Jean, il est dit : « Je vis ensuite un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre étaient passés et la mer n'était plus. Et moi Jean, je vis la sainte cité, la nouvelle Jérusalem qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu, ornée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis une grande voix venant du ciel qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes; et Il habitera avec eux; ils seront son peuple et Dieu sera lui-même leur Dieu, avec eux. » [voir : Apocalypse 21.1-3 - CLE: CIEL NOUVEAU]

(1.13.3)
Remarquez combien il est clair et évident que le premier ciel et la première terre signifient la venue de la loi antérieure, puisqu'il dit que le premier ciel et la première terre étaient passés et que la mer n'était plus.

(1.13.4)
C'est-à-dire que la terre est le lieu du jugement, et sur cette terre du jugement, il n'y avait pas de mer; c'est-à-dire que les enseignements et la loi de Dieu étaient entièrement répandus, tous les hommes obéissaient à Dieu, et la terre était complètement habitée par des croyants.

(1.13.5)
Donc, il n'y avait plus de mer, puisque la terre ferme est le lieu de séjour et la demeure de l'homme. Autrement dit, à cette époque, le champ de cette loi sera le lieu où l'homme prendra ses ébats, Et cette terre est solide, le pied n'y glisse pas.

(1.13.6)
Et de même, on parle de la loi de Dieu comme de la sainte Ville, la nouvelle Jérusalem.

(1.13.7)
Il est clair que la nouvelle Jérusalem qui doit descendre du ciel n'est pas une ville de pierres, de mortier, de briques, de terre et de bois. C'est la loi de Dieu qui descend du ciel; et on l'appelle nouvelle, car il est clair que la Jérusalem en pierres et en terre ne descend pas du ciel, et qu'elle n'est pas renouvelée.

(1.13.8)
On a aussi comparé la loi de Dieu à une superbe épouse qui apparaît revêtue des plus beaux ornements ainsi qu'il a été dit au chapitre XXI des révélations de saint Jean : « Et je vis la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait du ciel d'auprès de Dieu, ornée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. » [voir : Apocalypse 21.1-3 - CLE: CIEL NOUVEAU]

(1.13.9)
Et l'on sait qu'au chapitre XII il est dit : « Il parut aussi un grand signe dans le ciel, une femme revêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles. » Cette femme est cette épouse, la loi de Dieu, qui descendit du ciel sur Muhammad. [voir : Apocalypse 12.1 - CLE: LA FEMME A LA COURONNE]

(1.13.10)
Le soleil qu'elle avait sur elle et la lune qui était sous ses pieds sont les deux nations qui sont à l'ombre de cette loi, la Perse et l'Empire ottoman, car l'emblème de la Perse est le soleil, et celui de l'Empire ottoman la lune. Ainsi le soleil et la lune sont les emblèmes des deux royaumes qui sont à l'ombre de la loi de Dieu.

(1.13.11)
Puis il est dit que sur sa tête est une couronne de douze étoiles. Ces douze étoiles sont les douze imams qui répandirent la loi divine de Muhammad, éduquèrent le peuple, et brillèrent comme des étoiles au ciel de la direction.

(1.13.12)
Ensuite il est dit : « Et elle était enceinte, et elle criait, étant en travail et souffrant les douleurs de l'enfantement. » C'est-à-dire que cette religion tomba dans les plus grandes difficultés et traversa des épreuves et des tourments, jusqu'à ce qu'elle produisît un rejeton parfait, soit la manifestation suivante, celle du Promis, qui est le rejeton parfait, et qui fut élevé dans les bras de cette religion qui lui tenait lieu de mère. [voir : Apocalypse 12.2 - CLE: LA FEMME ENCEINTE]

(1.13.13)
Le rejeton dont il s'agit ici est le Bab, le Premier Point qui, en vérité, est né de la loi de Muhammad. En d'autres termes la réalité sacrée, enfant et résultat de la loi de Dieu, sa mère, et qui est promis par cette loi, s'est réalisée dans le royaume de cette loi; mais à cause de la cruauté du dragon, elle fut emportée auprès de Dieu.

(1.13.14)
Après douze cent soixante ans, le dragon fut détruit, et l'enfant de la loi de Dieu, le Promis, se manifesta.

(1.13.15)
« Il parut aussi un autre signe dans le ciel : c'était un grand dragon roux qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes. Et la queue entraînait le tiers des étoiles du ciel, et elle les jeta sur la terre. » [voir : Apocalypse 12.3-4 - CLE: DRAGON AUX SEPT TETES ET DIX CORNES]

(1.13.16)
Ces signes font allusion aux Omeyyades qui dominèrent la religion mahométane : sept têtes et sept diadèmes signifient sept régions et sept empires sur lesquels régnèrent les Omeyyades : l'Empire romain autour de Damas, l'empire de Perse, l'empire d'Arabie, l'empire d'Egypte, l'empire d'Afrique (c'est-à-dire Tunis, l'Algérie et le Maroc), l'empire d'Andalousie (aujourd'hui l'Espagne', et l'empire des Turcs de Transoxanie; sur tous ces pays régnaient les Omeyyades.

(1.13.17)
Les dix cornes signifient les noms des souverains omeyyades qui, si on ne les répète pas, furent dix rois, dix noms de commandants et de chefs.

(1.13.18)
Le premier est Abou-Sofian et le dernier Merwan : plusieurs d'entre eux portèrent le même nom; ainsi il y eut deux Mo'awièh, trois Yezid, deux Walid et deux Merwan. Si l'on compte les noms sans les répéter, il y en a dix.

(1.13.19)
Les Omeyyades dont le premier fut Abou-Sofian, émir de La Mecque et chef de la dynastie, et le dernier Merwan, détruisirent le tiers du peuple saint et sacré de la pure lignée de Muhammad, brillante comme les étoiles des cieux.

(1.13.20)
« Puis le dragon s'arrêta devant la femme qui allait accoucher, afin de dévorer son enfant quand elle l'aurait mis au monde. » Cette femme c'est la loi de Dieu, ainsi que nous l'avons vu. « S'arrêta devant elle », c'est-à-dire que le dragon se tint devant la femme qui allait accoucher pour dévorer son enfant, et cet enfant, c'était la manifestation promise, le rejeton de la loi de Muhammad. [voir : Apocalypse 12.4]

(1.13.21)
Les Omeyyades ont constamment cherché à s'emparer de ce Promis qui devait venir de la lignée de Muhammad et qu'on attendait pour le détruire; car ils avaient la plus grande peur de l'apparition de la manifestation promise; et chaque fois qu'ils rencontraient un descendant de Muhammad qui jouissait d'une grande considération, ils le tuaient.

(1.13.22)
« Or, elle mit au monde un fils qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer. » Ce fils glorieux, c'est la manifestation promise, née de la loi de Dieu et élevée dans les bras des enseignements divins. [voir : Apocalypse 12.5 - CLE: SCEPTRE DE FER]

(1.13.23)
Le sceptre de fer est un symbole de puissance et de force; ce n'est pas une épée. C'est-à-dire qu'avec la puissance et la force divines il sera le pasteur de toutes les nations de la terre. Ce fils, c'est le Bab.

(1.13.24)
« Et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône. » C’est une prophétie relative au Bab, qui monta au divin royaume, au trône de Dieu, au centre de l'empire de Dieu. Voyez combien tout cela est conforme à la réalité ! [voir : Apocalypse 12.5]

(1.13.25)
« Et la femme s'enfuit dans le désert. » C'est-à-dire la loi de Dieu s'enfuit au désert, soit le vaste désert du Hijaz et de la péninsule arabique. [voir : Apocalypse 12.6]

(1.13.26)
« Où Dieu lui avait préparé un lieu. » La péninsule arabique devint la contrée, la demeure, le centre de la loi de Dieu. [voir : Apocalypse 12.6]

(1.13.27)
« Pour qu'elle y fût nourrie pendant douze cent soixante jours. » Et ces douze cent soixante jours, selon le comput des livres saints, sont chacun une année, comme nous l'avons vu; la loi de Dieu grandit pendant douze cent soixante ans dans l'Arabie, le grand désert, et la manifestation promise en naquit. Après douze cent soixante ans, cette loi n'aura plus aucune influence, car le fruit de cet arbre sera venu, et le résultat sera là. [voir : Apocalypse 12.6]

(1.13.28)
Considérez combien les prophéties concordent entre elles ! Dans l'Apocalypse, on fixe la venue du Promis à quarante deux mois; et Daniel, le prophète, dit trois temps et demi, ce qui fait quarante-deux mois, lesquels font douze cent soixante jours. Dans un autre passage de l'Apocalypse, on parle clairement de douze cent soixante jours, et dans les livres saints, il est dit que chaque jour est une année. Il n'y a rien de plus clair que cette concordance des prophéties entre elles.

(1.13.29)
Le Bab apparut en l'an 1260 de l'hégire de Muhammad, qui est le début du calendrier général de l'islam. Dans les Ecritures saintes, aucune manifestation n'est prophétisée plus clairement. Pour qui est juste, la concordance des dates indiquées par des bouches aussi autorisées est la plus grande des preuves. Il n'y a pas d'autre explication possible.

(1.13.30)
Heureuses les âmes équitables qui recherchent la vérité! Mais s'il n'y a pas de justice, on est agressif on se dispute, on nie l'évidence, comme les pharisiens pour la manifestation du Christ : avec le plus grand entêtement, ils niaient les explications et les enseignements du Christ et des apôtres; et, pour la foule ignorante, ils rendaient les commandements obscurs.

(1.13.31)
Ils disaient : « Ces prophéties n'ont pas trait à Jésus; elles sont pour le Promis qui, selon les conditions de la Bible, doit venir plus tard; parmi ces conditions, on trouve qu'il doit être roi, s'asseoir sur le trône de David, répandre la loi de la Bible, et faire régner une telle justice que le loup et l'agneau se réuniront à la même fontaine. » Et ainsi ils empêchèrent les hommes de reconnaître le Christ ! [nota : dans ces derniers entretiens, Abdu’l-Bahá cherche plutôt à concilier dans une exégèse nouvelle les prophéties apocalyptiques des juifs, des chrétiens et des musulmans, qu'à mettre en évidence leur caractère surnaturel. Voir le chapitre sur les pouvoirs des prophètes]


1.14. Preuves spirituelles

(1.14.1)
Dans ce monde matériel, pour le temps, il y a les cycles, pour les contrées, il y a le retour des saisons, pour les âmes, il y a le progrès, l'évolution et l'éducation.

(1.14.2)
Parfois c'est le printemps, et parfois c'est l'automne : un moment, c'est le temps de l'été, et un autre, la saison de l'hiver.

(1.14.3)
Au printemps, les nuages envoient les pluies précieuses et les brises vivifiantes au parfum de musc; l'air est absolument tempéré, la pluie tombe, le soleil brille, les vents fécondants poussent les nuages, le monde est renouvelé, et le souffle de vie se manifeste chez les plantes, les animaux et les hommes.

(1.14.4)
Les créatures terrestres passent d'un état à un autre, toutes les choses revêtent une parure neuve, et la terre noire se couvre d'herbages; les montagnes et les plaines mettent leur robe de verdure, les arbres montrent leurs feuilles et leurs fleurs, et dans les roseraies poussent les roses et les herbes odorantes.

(1.14.5)
Le monde devient un autre monde, et l'univers suit le vivifiant progrès spirituel. La terre était un corps sans âme : elle trouve un esprit nouveau et acquiert à l'infini la beauté, le charme et la fraîcheur. Ainsi, le printemps est une cause de vie nouvelle et donne un esprit nouveau.

(1.14.6)
Puis vient l'été, et la chaleur augmente; la force de croissance atteint son apogée, La puissance vitale, dans le royaume végétal, atteint le degré de perfection, les fruits arrivent; c'est le temps de la moisson. La graine est devenue l'épi, et la nourriture est mise de côté pour l'hiver.

(1.14.7)
Après cela vient l'automne troublé, où soufflent les vents desséchants et passent les brises stérilisantes; c'est la saison des maladies, où toutes les choses se fanent et où l'air embaumé se corrompt : les brises printanières sont changées en vents d'orages, les arbres verts et fleuris se flétrissent et se dénudent, les fleurs et les herbes odorantes se dessèchent, et les jardins délicats deviennent des monceaux de poussière.

(1.14.8)
Enfin vient l'hiver, avec le froid et les orages; il neige, il vente, il pleut, il tonne, il gèle, toutes les plantes meurent, et les animaux languissent et dépérissent.

(1.14.9)
Lorsqu'on est arrivé à ce point, alors un nouveau printemps vivifiant revient une seconde fois, et un cycle nouveau se forme.

(1.14.10)
La saison nouvelle, avec sa pompe et sa magnificence, avec ses armées de fraîcheur et de douceur, plante sa tente sur les monts et les plaines.

(1.14.11)
Une seconde fois, le temple des existences est renouvelé, la création des êtres est recommencée, les corps poussent et croissent, la plaine et le désert deviennent de vertes prairies, les arbres fleurissent, et le printemps de l'an dernier revient avec la majesté et la beauté les plus grandes.

(1.14.12)
Tels sont, tels doivent être le cycle et la suite de la vie des créatures; tels sont le cycle et l'évolution du monde matériel.

(1.14.13)
Il en est de même des cycles spirituels des prophètes. C'est-à-dire que le jour de l'apparition des manifestations sacrées, c'est le printemps spirituel, c'est la splendeur divine, la bonté céleste, le souffle de vie, l'éclat du Soleil de Vérité.

(1.14.14)
Les esprits sont vivifiés, les coeurs sont rafraîchis et renouvelés, les âmes deviennent bonnes, la vie se met en mouvement, la réalité des hommes reçoit la bonne nouvelle et se met à progresser dans les degrés et les perfections.

(1.14.15)
C'est le temps du progrès général et du renouveau, car c'est le jour de la résurrection, le temps de l'exaltation et de l'effervescence, la saison de la félicité, de la joie et de l'extase.

(1.14.16)
Ensuite le printemps vivifiant aboutît à l'été plein de fruits : la parole de Dieu est exaltée, la loi est promulguée, toutes les choses parviennent au degré de perfection, la table divine est dressée, les brises saintes embaument l'Orient et l'Occident, les enseignements divins conquièrent le monde, les âmes deviennent éduquées, de louables résultats sont obtenus et l'humanité est en progrès général.

(1.14.17)
Les bienfaits célestes enveloppent le monde, et le Soleil de Vérité resplendit à l'horizon du royaume, avec la force et la chaleur les plus grandes.

(1.14.18)
Puis, lorsqu'il arrive au méridien, il se met à décliner et à descendre, et après l'été spirituel vient l'automne. La croissance et le développement s'arrêtent, les brises se changent en vents stérilisants, et la saison rigoureuse détruit la beauté et le charme des jardins, des plaines et des roseraies.

(1.14.19)
C'est-à-dire qu'il ne reste plus d'attraction ni de bonne volonté; les caractères divins sont changés, la lumière des coeurs est troublée, la spiritualité des âmes est modifiée, les vertus tournent en vices, la sainteté et la pureté disparaissent.

(1.14.20)
Seul, le nom de la loi de Dieu demeure, avec la forme extérieure des enseignements divins; les fondements de la religion de Dieu sont détruits et anéantis, des habitudes et des rites prennent naissance.

(1.14.21)
Les divisions apparaissent, la fermeté se change en instabilité, les esprits meurent, les coeurs se fanent, les âmes languissent, l'hiver arrive.

(1.14.22)
C'est-à-dire que le froid de l'ignorance enveloppe le monde et que les ténèbres des erreurs humaines prédominent.

(1.14.23)
Alors viennent l'indifférence, la désobéissance, l'inconsidération, l'indolence, la bassesse, les instincts bestiaux, la froideur et l'insensibilité des pierres. C'est comme l'hiver, où le globe terrestre, privé de l'influence de la chaleur solaire, devient désolé et desséché.

(1.14.24)
Lorsque le monde de l'intelligence et de la pensée est arrivé à cet état, c'est la mort continuelle et l'anéantissement éternel.

(1.14.25)
Mais lorsque l'hiver a accompli son oeuvre, une seconde fois arrive le printemps spirituel, et un nouveau cycle apparaît : les brises spirituelles soufflent, l'aurore lumineuse se lève, la rosée divine tombe, les rayons du Soleil de Vérité brillent, le monde des contingences trouve une vie nouvelle et revêt une parure merveilleuse.

(1.14.26)
Tous les signes et tous les bienfaits du printemps passé réapparaissent une seconde fois, et peut-être en plus grand nombre, dans ce printemps nouveau !

(1.14.27)
Les cycles spirituels du Soleil de Vérité sont donc comme ceux du système solaire : ils sont continuellement en train d'évoluer et de se renouveler.

(1.14.28)
Le Soleil de Vérité est comme l'astre des cieux, lequel a des orients et des levers nombreux; un jour il se lève au signe du Cancer, une autre fois à celui de la Balance, une fois c'est au zodiaque du Verseau qu'il brille, un autre jour c'est du signe du Bélier qu'il diffuse ses rayons.

(1.14.29)
Mais le soleil est un soleil unique et une seule réalité; les gens qui savent aiment le soleil, et ne sont pas fascinés par ses levers et ses orients.

(1.14.30)
Les gens de perception sont à la recherche de la vérité et non de ses lieux d'apparition et de ses sources; aussi ils se prosternent devant le soleil, de quelque point du zodiaque et de quelque orient qu'il se lève; ils recherchent la vérité auprès de tout être saint qui la manifeste.

(1.14.31)
Ces gens-là parviennent toujours à la vérité, et ils ne sont jamais séparés par un voile du Soleil du monde divin.

(1.14.32)
Ainsi, l'amoureux du soleil et le chercheur des lumières seront toujours tournés vers le soleil, soit qu'il donne ses bienfaits du zodiaque du Bélier, soit qu'il illumine au Cancer, soit qu'il brille aux Gémeaux; tandis que les ignorants sans instruction sont amoureux des signes du zodiaque; ils sont fascinés et séduits par les orients, et non par le soleil.

(1.14.33)
Lorsqu'il était au signe du Cancer, ils étaient tournés vers lui; mais ensuite le soleil s'est transporté à la Balance.

(1.14.34)
Comme ils étaient amoureux du signe du zodiaque, ils étaient tournés vers ce signe et s'attachaient à lui, et ainsi ils perdirent le soleil, dès qu'il changea de place.

(1.14.35)
Par exemple, une fois, le Soleil de Vérité lança ses rayons du zodiaque d'Abraham; puis il se leva au signe de Moïse et embrasa l'horizon; après cela il se leva au signe du Christ avec la puissance, la chaleur et l'éclat les plus grands.

(1.14.36)
Ceux qui recherchaient la vérité la virent dans chacun de ces endroits et l'adorèrent; mais ceux qui étaient attachés à Abraham, le jour où elle brilla sur le Sinaï et illumina la réalité de Moïse, ceux-là devinrent aveugles.

(1.14.37)
Ceux qui étaient attachés à Moïse devinrent également aveugles le jour où le Soleil de Vérité brilla divinement du point du Christ, avec l'éclat le plus grand. Et ainsi de suite.

(1.14.38)
L'homme doit donc rechercher la vérité; il la trouvera dans chacune des essences sacrées.

(1.14.39)
Qu'il soit séduit, fasciné et attiré par la bonté de Dieu; qu'il soit comme le papillon amoureux de la lumière, dans quelque verre qu'elle brille; qu'il soit comme le rossignol séduit par la rose, quel que soit le jardin où elle pousse.

(1.14.40)
Même si le soleil se levait à l'Occident, ce serait le soleil : il ne faut pas être aveuglé par l'endroit où il se lève ni regarder toujours l'Occident comme le lieu de coucher du soleil.

(1.14.41)
Ainsi il faut considérer les bienfaits divins et rechercher les orients de Dieu, et il faut être séduit et fasciné par chaque réalité dans laquelle ils apparaissent clairement et manifestement.

(1.14.42)
Remarquez que si les juifs n'avaient pas été attachés à l'horizon de Moïse et n'avaient regardé que le Soleil de Vérité, sans aucun doute ils auraient reconnu ce soleil dans le lever de la réalité du Christ avec la plus grande splendeur divine.

(1.14.43)
Hélas, mille fois hélas! s'attachant aux paroles de Moïse, ils sont demeurés privés de cette faveur divine et de cette splendeur céleste!


1.15. Où se trouve la véritable valeur de l'existence

(1.15.1)
La gloire et la valeur de chaque créature existante sont liées à une cause, et dépendent de certaines circonstances.

(1.15.2)
La beauté, la parure et la perfection de la terre résident en ce qu'elle est verdie et fertilisée par la bonté des pluies printanières : alors les plantes croissent, les fleurs et les herbes odorantes poussent, les arbres fruitiers se couvrent de fruits et donnent de fraîches et nouvelles primeurs, les jardins se parent de fleurs, et les prairies s'embellissent de leurs ornements; les plaines et les montagnes revêtent leur robe de verdure; les jardins, les champs, les villages et les villes deviennent ravissants. Telle est la félicité du monde minéral.

(1.15.3)
Le summum de la gloire et de la perfection du monde végétal consiste, pour un arbre, à pousser sur les rives d'un fleuve à l'eau fraîche, à ce qu'une douce brise souffle sur lui, que la chaleur du soleil l'illumine, qu'un jardinier s'occupe à le cultiver, que de jour en jour il croisse, se développe et donne des fruits.

(1.15.4)
Quant à sa félicité réelle, elle consiste en ceci qu'il évolue jusqu'au monde animal et au monde humain, et qu'il remplace ce qui a été détruit dans le corps de l'animal et de l'homme.

(1.15.5)
La valeur du monde animal consiste à avoir des membres, des organes et des facultés en parfait état qui pourvoient à ses besoins. Tel est le summum de sa gloire, de son honneur et de sa valeur.

(1.15.6)
Egalement le summum de la félicité pour un animal, c'est d'avoir une prairie verdoyante, un pré, de l'eau qui coule extrêmement pure, et une forêt de la dernière fraîcheur. S'il a tout cela, on ne peut imaginer pour l'animal une félicité plus grande.

(1.15.7)
Ainsi un oiseau construira son nid dans une forêt verte et plaisante, dans un lieu élevé plein de douceur, sur un arbre robuste, et sur le haut d'une branche élevée; trouver tout ce qu'il désire en fait de graines et d'eau, pour un oiseau, c'est la félicité absolue.

(1.15.8)
Mais la véritable félicité consiste à passer du monde animal au monde humain, comme les infiniment petits qui, par l'intermédiaire de l'air et de l'eau, pénètrent dans l'intérieur de l'homme, et sont assimilés et remplacent ce qui a été détruit dans le corps de l'homme. C'est la plus grande gloire et la plus grande félicité : on ne peut en imaginer de plus grande pour l'animal.

(1.15.9)
Il est donc clair et évident que cette fortune, ce confort, cette richesse matérielle, sont la félicité complète du minéral, du végétal, de l'animal.

(1.15.10)
Et il n'y a pas dans le monde matériel de richesse ou de fortune, de confort ou d'aise comparables à la richesse de cet oiseau; parce que ces plaines et ces étendues sont la place de son nid, que toutes les graines des champs sont sa nourriture et son bien, et que toutes les terres, les villages, les prairies, les prés, les forêts et les plaines sont sa propriété.

(1.15.11)
Voyons qui est le plus riche : cet oiseau, ou l'homme le plus riche ? car malgré toutes les graines qu'il consomme, sa richesse matérielle ne diminue pas.

(1.15.12)
Il est donc certain que la gloire et la valeur de l'homme ne sont pas limitées aux richesses matérielles et à la fortune de ce monde. Au contraire, la félicité matérielle est seulement la branche; mais la racine de la grandeur humaine se trouve dans les bonnes moeurs et les vertus qui sont l'ornement de la réalité de l'homme.

(1.15.13)
Ce sont ces manifestations divines, ces bienfaits célestes, ces sentiments sublimes, cet amour et cette connaissance de Dieu, cette science universelle, cette compréhension intellectuelle, ces découvertes scientifiques, la justice, l'équité, la fidélité, la bonté, le courage naturel et la virilité innée;

(1.15.14)
le respect des droits et la fidélité aux pactes et aux traités, la droiture dans toutes choses, l'amour de la vérité dans toutes les conditions, le dévouement pour le bien général, la bienveillance et l'estime pour toutes les races humaines, l'obéissance aux enseignements divins, les services dans le royaume de Dieu, la direction des créatures, et l'éducation des peuples et des nations.

(1.15.15)
Voilà la félicité du monde humain! Voilà l'élévation de l'homme dans le monde contingent! Voilà la vie éternelle et la gloire céleste!

(1.15.16)
Et, sans le pouvoir de Dieu et les enseignements célestes, ces bienfaits n'apparaissent pas chez l'homme. Car une puissance supra naturelle est nécessaire. [nota : cette puissance supranaturelle est nécessaire pour faire apparaître ces bienfaits]

(1.15.17)
Il se peut qu'il existe dans le monde de la nature des signes de ces perfections, mais ils sont instables et éphémères; ils sont comme les rayons du soleil sur un mur.

(1.15.18)
Telle est la couronne merveilleuse que Dieu, le Compatissant, a placée sur la tête de l'homme : nous devons nous efforcer de faire briller sur le monde entier ses joyaux étincelants!


2. Sur quelques points de la doctrine chrétienne

2.1. Les choses intellectuelles ne tombant pas sous les sens

(2.1.1)
Ceci est un sujet très important pour la compréhension d'autres questions que nous avons déjà mentionnées, ou que nous mentionnerons dans la suite, afin que vous parveniez à l'essence même de la question, à savoir que les connaissances humaines sont de deux sortes.

(2.1.2)
Premièrement les connaissances qui sont acquises par les sens, c'est-à-dire les choses que l'oeil, l'oreille, l'odorat, le goût ou le toucher perçoivent, et qu'on nomme sensibles.

(2.1.3)
Ainsi ce soleil est une chose sensible, car on le voit; de même les bruits sont des choses sensibles, car l'oreille les entend; les parfums sont des choses sensibles, car on peut les respirer, l'odorat les sent; les aliments sont des choses sensibles, parce que le goût en perçoit la douceur, l'amertume, le piquant; la chaleur et le froid sont des choses sensibles, car le toucher les perçoit. Telles sont les réalités sensibles.

(2.1.4)
L'autre sorte de connaissances humaines est dite intellectuelle, c'est-à-dire que leur réalité est intellectuelle; ces choses n'ont pas de forme extérieure, elles ne tiennent pas de place, elles ne tombent pas sous les sens.

(2.1.5)
Par exemple, le pouvoir de l'intelligence n'est pas une chose sensible, aucune des qualités humaines n'est une chose sensible; au contraire, ce sont toutes des réalités intellectuelles.

(2.1.6)
Ainsi l'amour est une réalité intellectuelle, et non sensible. Car cette réalité, l'oreille ne l'entend pas, l'oeil ne la voit pas, l'odorat ne la sent pas, le goût ne la sent pas, le toucher ne la perçoit pas.

(2.1.7)
Même la matière éthérée, dont on appelle, en physique, les farces : chaleur, lumière, électricité, magnétisme, est une réalité intellectuelle, non sensible. De même aussi la nature, dans son essence, est une réalité intellectuelle, non sensible; l'esprit de l'homme est une réalité intellectuelle, non sensible.

(2.1.8)
Si vous voulez expliquer ces réalités intellectuelles, vous êtes forcé de recourir pour vos explications à des formes sensibles car, dans le monde extérieur, il n'y a que ce qui tombe sous les sens.

(2.1.9)
Donc, lorsque vous voulez expliquer la réalité de l'esprit, de ses conditions, de ses degrés, vous êtes obligé de donner vos explications sous la forme des choses sensibles, car, dans le monde extérieur, tout ce qui existe est sensible.

(2.1.10)
Par exemple, la tristesse et la joie sont des choses intellectuelles; et lorsque vous voulez expliquer cet état de choses spirituel, vous dites : « Mon coeur est serré » ou « mon coeur est dilaté »; et cela bien que, pour l'esprit ou le coeur de l'homme, il n'y ait ni resserrement, ni dilatation : c'est un état de choses spirituel et intellectuel que, pour expliquer, il faut exprimer par des formes sensibles.

(2.1.11)
Autre exemple : vous dites que tel individu a beaucoup avancé, bien qu'il soit demeuré continuellement à la même place, et au même endroit; ou encore qu'un tel a acquis une situation très élevée, bien que, comme tout le monde, il marche sur la terre.

(2.1.12)
Cette élévation et cet avancement sont des états de choses spirituels et des réalités intellectuelles. Pour les expliquer, il faut recourir à des formes sensibles, car, dans le monde extérieur, il n'y a que ce qui tombe sous les sens.

(2.1.13)
Ainsi, vous comparez symboliquement le savoir à la lumière, et l'ignorance à l'obscurité. Mais réfléchissez : le savoir est-il la lumière sensible, ou l'ignorance l'obscurité sensible? Jamais! il n'en est rien.

(2.1.14)
Ce sont simplement des états de choses intellectuels; et, lorsque vous cherchez une explication dans le monde extérieur, vous appelez le savoir lumière, et l'ignorance obscurité. Vous dites : « Mon coeur était sombre, il est devenu lumineux. »

(2.1.15)
Ainsi, cette lumière du savoir et cette obscurité de l'ignorance sont des réalités intellectuelles, non sensibles; mais comme nous cherchons des explications dans le monde extérieur, nous sommes obligés de leur donner une forme sensible.

(2.1.16)
Dans ce même ordre d'idées, il est évident que la colombe qui est descendue sur le Christ n'était pas une colombe matérielle : c'était un état de choses spirituel qui, pour les besoins de la compréhension, était expliqué sous la forme sensible.

(2.1.17)
Egalement, il est dit dans la Bible que Dieu apparut dans une colonne de feu. Cela ne veut pas dire la forme matérielle d'une colonne; c'est une réalité intellectuelle expliquée dans une forme sensible.

(2.1.18)
Le Christ dit : « Le Père est dans le Fils, et le Fils est dans le Père. » Est-ce que le Christ était dans l'intérieur de Dieu, ou Dieu dans l'intérieur du Christ ? Non, par Dieu! Au contraire, c'est un état de choses intellectuel expliqué sous la forme sensible.

(2.1.19)
Nous arrivons aux explications des paroles de Bahá'u'lláh, lorsqu'il dit : « ô Roi ! J'étais comme n'importe quel homme, endormi sur ma couche. Les brises du Très-Glorieux passèrent sur Moi, et M'enseignèrent le savoir de ce qui a existé. Cela ne vient pas de Moi, mais du Puissant, l'Omniscient »! [voir : « La proclamation de Bahá'u'lláh » 8.1]

(2.1.20)
Ceci est le rang de manifestation; ce n'est pas une chose sensible, c'est une chose intellectuelle, affranchie du passé, du présent et de l'avenir. C'est une explication, une comparaison, une métaphore; cela ne doit pas être pris littéralement : ce n'est pas un état qui puisse être compris par l'homme.

(2.1.21)
Etre endormi, puis s'éveiller, c'est le passage d'un état à un autre : le sommeil est l'état du repos, la veille, l'état du mouvement; le sommeil est l'état du silence, la veille est l'état de la parole; le sommeil est l'état du secret, la veille est l'état de la manifestation.

(2.1.22)
Par exemple, en persan et en arabe, on dit symboliquement que, la terre étant endormie, le printemps vint, et elle s'éveilla; ou bien, la terre était morte, le printemps vint, elle renaquit; ces symboles sont des comparaisons, des allégories, des explications mystiques dans le monde des significations.

(2.1.23)
En un mot, les saintes manifestations ont été et seront toujours des réalités lumineuses; le changement et la modification ne sont pas de leur essence. Tout cela signifie qu'avant leur apparition elles sont silencieuses et muettes, comme si elles étaient endormies; mais après leur apparition, elles parlent et sont illuminées, comme si elles étaient réveillées.


2.2. La naissance du Christ

(2.2.1)
Question. - Comment doit-on comprendre la naissance du Christ par l'oeuvre du Saint-Esprit ? Réponse. - Sur cette question, les théologiens et les matérialistes sont en désaccord. Les premiers croient que le Christ était l'oeuvre du Saint-Esprit. Les matérialistes pensent que c'est là une chose inadmissible et impossible et que, sans aucun doute, il provenait d'un père.

(2.2.2)
D'autre part, dans le Qur'an il est dit : « Et nous lui envoyâmes notre Esprit, et il lui apparut dans l'image d'un homme parfait ». C'est-à-dire que le Saint-Esprit prit l'image de la forme humaine, comme la forme qui est reproduite dans un miroir; et il parla à Marie. [voir : Coran 19.17]

(2.2.3)
Les matérialistes voient là un mariage, car ils disent qu'un être vivant ne peut pas être créé d'un être sans vie, ni exister sans les rapports du mâle et de la femelle. Et ils pensent que, de l'homme aux animaux et des animaux aux végétaux, cela est impossible. Car cet accouplement du mâle et de la femelle se rencontre chez tous les êtres vivants, même chez les plantes.

(2.2.4)
Le Qur'an lui-même donne une preuve de l'accouplement des choses : « Gloire à celui qui a créé tous les couples : ceux qui poussent de la terre, ceux qui viennent d'eux-mêmes, et ceux que nous ne connaissons pas ». C'est-à-dire que l'homme, les animaux, les plantes, tous proviennent de couples. [voir : Coran 36.36 et 51.49 – voir aussi « Sélection des Ecrits d’Abdu’l-Bahá » 87.5]

(2.2.5)
« Et il n'y a aucune chose que nous n'ayons créée par couples de deux. » C'est-à-dire nous avons créé tous les êtres par accouplement.

(2.2.6)
Bref, les matérialistes disent qu'on ne peut imaginer un homme sans père.

(2.2.7)
En réponse, les théologiens disent : Ce n'est pas une chose impossible ou inaccomplissable, c'est une chose qui n'a pas été vue; et il y a une grande différence entre une chose impossible et une chose inconnue.

(2.2.8)
Par exemple, autrefois le télégraphe qui fait communiquer l'Orient et l'Occident était inconnu, non impossible; la photographie, la phonographie étaient inconnues, non impossibles.

(2.2.9)
Les matérialistes insistent, et les théologiens demandent : »Ce globe terrestre est-il éternel ou accidentel ? » Les matérialistes disent; « D'après la science et les découvertes les plus sérieuses, il est certain qu'il est accidentel; au début, c'était une masse en ignition, et peu à peu il devint tempéré; puis une croûte se forma au-dessus de laquelle les plantes furent créées; ensuite les animaux vinrent au monde, puis l'homme apparut. »

(2.2.10)
Les théologiens répondent : « D'après votre exposé, il est clairement établi que l'humanité sur le globe terrestre est accidentelle, non éternelle; donc certainement, le premier homme n'a eu ni père, ni mère, puisque l'existence de l'humanité est accidentelle.

(2.2.11)
Est-ce que la création de l'homme sans père ni mère, mais par degrés successifs, n'est pas plus difficile à admettre que simplement sans un père? Vous admettez que le premier homme est apparu, soit progressivement, soit tout d'un coup, mais sans père ni mère; il ne doit pas rester de doute qu'un homme sans père soit aussi possible et admissible; vous ne pouvez considérer cela comme une impossibilité; autrement, vous êtes inconséquents.

(2.2.12)
Par exemple, si vous dites que cette lampe a une fois été allumée sans mèche ni huile, puis si vous dites qu'il est impossible de l'allumer sans mèche, c'est une inconséquence. »

(2.2.13)
Le Christ avait une mère, mais le premier homme, selon les matérialistes, n'avait ni père ni mère ! [nota : cette conversation montre la vanité des discussions sur de pareilles questions; quant aux théories d'Abdu’l-Bahá sur la naissance du Christ, le lecteur les trouvera au chapitre suivant]


2.3. La grandeur du Christ tient à ses perfections

(2.3.1)
Un grand homme est un grand homme, soit sans père, soit avec un père. Si c'est une vertu de n'avoir pas de père, Adam est le plus grand et le plus excellent des prophètes et des envoyés, car il n'avait ni père, ni mère.

(2.3.2)
Mais ce qui donne l'honneur et la grandeur, c'est l'éclat et l'abondance des qualités divines.

(2.3.3)
Le soleil est le résultat de la substance et de la forme, lesquelles peuvent être comparées au père et à la mère, et c'est la perfection absolue. Mais les ténèbres n'ont ni substance ni forme, ni père ni mère, et elles sont l'imperfection absolue.

(2.3.4)
La substance de vie corporelle d'Adam était le limon; la substance corporelle d'Abraham était le pur sperme. Il est certain que le pur et chaste sperme est supérieur au limon et au minéral.

(2.3.5)
D'ailleurs, dans l'Evangile de saint Jean, chapitre I, versets 12 et 13, il est dit : « Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le droit d'être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. » [voir : Jean 1.12-13]

(2.3.6)
De ces versets de saint Jean, il résulte clairement que tes apôtres eux-mêmes n'étaient pas créés par la puissance physique, mais bien par la vérité spirituelle.

(2.3.7)
L'honneur et la grandeur du Christ ne tiennent donc pas à ce qu'il n'avait pas de père, mais à ses perfections, à sa bonté et son éclat divins. Si sa grandeur tenait à ce qu'il n'avait pas de père, Adam aurait été plus grand que lui : il n'avait ni père ni mère.

(2.3.8)
Dans la Bible, il est dit : « Le Seigneur Dieu forma ensuite l'homme de la poussière de la terre et souffla dans ses narines un esprit de vie et l'homme devint un être vivant ». Vous voyez qu'il est dit que l'homme naquit par l'esprit de vie. [voir : Genèse 2.7]

(2.3.9)
D'ailleurs les paroles de saint Jean à propos des apôtres prouvent qu'eux aussi avaient un père céleste.

(2.3.10)
Il est donc évident que la réalité sacrée, c'est-à-dire la véritable existence de tout grand homme tient à Dieu, et doit l'existence au souffle du Saint-Esprit.

(2.3.11)
Bref, si n'avoir pas de père est la plus grande gloire de l'homme, Adam est le plus grand de tous, lui qui n'avait ni père ni mère.

(2.3.12)
Que vaut-il mieux pour l'homme, d'être créé d'une substance vivante, ou de la terre ? Certes, d'une substance vivante, c'est préférable. Mais le Christ naquit et dut son existence au Saint-Esprit.

(2.3.13)
Concluons : l'honneur et la gloire des êtres saints, qui sont les manifestations divines, tiennent à leurs perfections, à leur bonté, à leur éclat céleste, et non à autre chose.


2.4. Le baptême du Christ

(2.4.1)
Question. - On trouve au chapitre III, verset 13 de l'Evangile selon saint Matthieu : « Alors Jésus vint de Galilée au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean s'y opposait, disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi et c'est toi qui viens vers moi. Et Jésus, répondant, lui dit : Ne t'y oppose pas pour le présent, car c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir tout ce qui est juste. Alors il ne s'y opposa plus. » [voir : Matthieu 3.13-15]

(2.4.2)
Comme le Christ possédait la perfection de l'essence, quel besoin avait-il de l'ablution du baptême ?

(2.4.3)
Réponse. - Le principe du baptême est une ablution de repentir. Jean admonestait et exhortait le peuple, le faisait se repentir, puis le baptisait. Il est donc évident que cette purification est un symbole de repentir pour toutes les fautes.

(2.4.4)
Cela veut dire : « ô Dieu, de même que mon corps a été purifié et sanctifié des impuretés matérielles, purifie et sanctifie mon âme des impuretés inhérentes à la nature qui sont indignes du seuil de l'unité! »

(2.4.5)
Le repentir, c'est le retour de la désobéissance à l'obéissance : l'homme qui a subi l'éloignement et la privation de Dieu se repent et fait une ablution qui signifie : « ô Dieu, rends mon coeur bon et pur, affranchi et sanctifié de tout ce qui n'est pas ton amour! »

(2.4.6)
Comme le Christ désirait que cette institution de Jean fût suivie dans ce temps-là par tous, il la suivit lui-même, afin d'éveiller le peuple et de perfectionner le code de l'ancienne loi. Bien que ce fût une institution de Jean, en réalité c'était l'ablution de repentir et cela existait déjà dans les lois divines antérieures.

(2.4.7)
Le Christ n'avait pas besoin du baptême; mais comme, dans ce temps, c'était une action approuvée, louable, annonciatrice des bonnes nouvelles du royaume, alors il l'accomplit.

(2.4.8)
Pourtant, après cela, il dit que le baptême n'était pas conféré par l'eau matérielle, mais par l'eau et l'esprit. Ailleurs, il parle du baptême par l'esprit et le feu. Et dans ce cas, l'eau ne veut pas dire l'eau matérielle, car, dans un autre endroit, il dit explicitement qu'il s'agit de l'esprit et du feu. Et ainsi il est clair qu'il ne s'agit pas du feu ni de l'eau matériels dans ce cas, car le baptême par le feu est impossible.

(2.4.9)
Donc l'esprit est la bonté divine; l'eau, le savoir et la vie; et le feu, l'amour de Dieu; car l'eau matérielle ne purifie pas le coeur de l'homme : non, elle purifie son corps, tandis que l'eau céleste et l'esprit, qui sont savoir et vie, rendent le coeur humain bon et pur.

(2.4.10)
Le coeur, qui reçoit une portion de la bonté du Saint-Esprit, devient sain, bon et pur. C'est-à-dire que la réalité de l'homme se purifie et se sanctifie des impuretés naturelles : ces impuretés naturelles sont les mauvaises qualités, la colère, la convoitise, l'amour du monde, l'orgueil, le mensonge, l'hypocrisie, l'égoïsme, etc.

(2.4.11)
L'homme ne peut s'affranchir de la fureur des passions charnelles qu'avec l'aide de la bonté du Saint-Esprit.

(2.4.12)
C'est pour cela que le Christ a dit qu'il faut le baptême par l'esprit, par l'eau et par le feu, et que c'est essentiel.

(2.4.13)
C'est-à-dire l'esprit de bonté divine, l'eau de la connaissance et de la vie, et le feu de l'amour de Dieu; et c'est par cet esprit, cette eau et ce feu que l'homme doit être baptisé, pour être plein de la bonté divine.

(2.4.14)
Sinon, quel est le fruit du baptême par l'eau matérielle ? Au contraire, le baptême par l'eau était un symbole de repentir et de pardon des fautes.

(2.4.15)
Mais dans le cycle de Bahá'u'lláh, ce symbole n'est plus utile; car son but, qui est d'être baptisé par l'esprit et par l'amour de Dieu, est reconnu et compris de tous.


2.5. De l'utilité du baptême

(2.5.1)
Question. - L'ablution du baptême est-elle utile et nécessaire, ou bien inutile et non nécessaire ? Dans le premier cas, pourquoi, malgré son utilité, fut-elle abolie ? Dans le second, malgré son inutilité, pourquoi Jean la pratiquait-il ?

(2.5.2)
Réponse. - Le changement de leurs conditions d'existence, leur transformation, leur modification sont des nécessités essentielles des contingences; et les nécessités essentielles sont inséparables de la réalité des choses.

(2.5.3)
Ainsi il est absolument impossible de séparer la chaleur du feu, l'humidité de l'eau, la lumière du soleil, car ce sont des nécessités essentielles.

(2.5.4)
Et comme le changement et la modification de leurs conditions sont une nécessité pour les contingences, les lois aussi sont modifiées à cause des changements et des modifications des temps.

(2.5.5)
Par exemple, au temps de Moïse, la loi mosaïque était conforme et adaptée aux conditions d'alors; et comme, au temps du Christ, ces conditions avaient été modifiées et changées, au point d'ailleurs que cette loi ne convenait plus et n'était plus adaptée à l'humanité, elle fut abrogée. C'est ainsi que Jésus rompit le sabbat et interdit le divorce.

(2.5.6)
Après le Christ, quatre disciples, parmi lesquels Pierre et Paul, permirent l'usage des animaux interdits par la Bible, mais ils interdirent de se nourrir de ceux qui avaient été étouffés, de ceux qui provenaient des offrandes aux idoles, et du sang; ils interdirent aussi la fornication; ils maintinrent ces quatre interdictions.

(2.5.7)
Après cela, Paul rendit même légal de se nourrir des animaux étouffés, de ceux provenant des sacrifices aux idoles, et du sang : il ne maintint que la prohibition de la fornication.

(2.5.8)
C'est ainsi qu'au verset 14 du chapitre XIV de son épître aux Romains Paul écrit : « Je sais et je suis persuadé, par le Seigneur Christ, que rien n'est impur en soi; mais toute chose est impure pour celui qui la croit impure. » [voir : Romains 14.14 ; Tite 1.15]

(2.5.9)
De même au verset 15 du chapitre I de l'épître de Paul à Titre : « Toutes choses sont pures pour ceux qui sont purs, et pour ceux qui sont impurs rien n'est pur, car pour eux tout est souillé, aussi bien leur intelligence que leur esprit. » [voir : Romains 14.14 ; Tite 1.15]

(2.5.10)
Or, ces changements, ces modifications, ces abrogations tiennent à ce qu'on ne pouvait comparer le siècle du Christ avec celui de Moïse; les conditions et les nécessités en avaient été entièrement changées et modifiées, aussi ces lois furent-elles abrogées.

(2.5.11)
La vie du monde est comparable à celle de l'homme; et les prophètes et envoyés d e Dieu à des médecins habiles.

(2.5.12)
La personne humaine ne demeure pas toujours dans le même état : différentes maladies surviennent, qui ont chacune un remède spécial.

(2.5.13)
Le médecin habile ne donne pas un remède unique pour chaque infirmité et chaque maladie; au contraire il modifie les prescriptions et les remèdes selon les différentes nécessités des maladies et des tempéraments.

(2.5.14)
Un tel a une grave maladie causée par la fièvre : sans nul doute le médecin habile lui donnera des remèdes rafraîchissants; puis lorsque, ensuite, l'état de cette personne se sera modifié et que la fièvre aura fait place au froid, sans doute le médecin habile interdira les remèdes rafraîchissants et prescrira des remèdes réchauffants.

(2.5.15)
Ces changements et modifications sont exigés par l'état du malade et prouvent manifestement la valeur du médecin.

(2.5.16)
Par exemple, voyez si la loi de la Bible pourrait être mise en vigueur à notre époque! Non, par Dieu, ce serait absolument impossible! C'est pour cela que Dieu, le Très-Haut, l'a abrogée au temps du Christ.

(2.5.17)
Remarquez également que l'ablution du baptême, au temps de Jean-Baptiste, était le moyen d'exhorter les hommes, de les avertir d'avoir à se repentir de leurs fautes, et d'être dans l'expectative de la manifestation du royaume du Christ.

(2.5.18)
Tandis que de nos jours, en Asie, les catholiques et les orthodoxes plongent les nouveau-nés dans de l'eau mélangée d'huile d'olive, au point que plusieurs d'entre eux en tombent malades, et que pendant le baptême ils se débattent et s'agitent. Ailleurs, les prêtres aspergent le front avec l'eau du baptême; et, soit sous la première forme, soit sous la seconde, les enfants n'en retirent aucun sentiment spirituel.

(2.5.19)
Alors, quel résultat en obtiennent-ils ? Au contraire, les autres peuples, surpris, se demandent pourquoi on plonge dans l'eau tel enfant à la mamelle : cela ne lui donne ni le repentir, ni la foi, ni le réveil spirituel; ce n'est, somme toute, qu'une coutume que l'on suit.

(2.5.20)
Mais dans le temps de Jean-Baptiste, il n'en était pas ainsi; au contraire, d'abord, il exhortait les hommes, il les conduisait à se repentir de leurs fautes, et il les enflammait du désir de l'attente de la manifestation du Christ.

(2.5.21)
Quiconque recevait l'ablution du baptême se repentait de ses fautes avec l'humilité et la soumission les plus grandes, et purifiait et sanctifiait également son corps des impuretés visibles; avec l'anxiété la plus complète, nuit et jour, de moment en moment, il attendait la manifestation du Christ et l'entrée dans le royaume de l'Esprit de Dieu. [nota : l'Esprit de Dieu est le Christ, que les musulmans désignent souvent par le titre de Ruhu'llah, c'est à dire l'Esprit de Dieu]

(2.5.22)
Bref, nous voulons dire que les changements et les modifications des conditions d'existence, et les transformations des exigences du siècle et du temps, sont la cause de l'abrogation des lois; car le temps vient où ces commandements ne conviennent plus et ne s'adaptent plus aux conditions du monde.

(2.5.23)
Considérez combien sont différentes les exigences des premiers siècles, du Moyen Age et celles des temps modernes. Pourrait-on maintenant, dans nos temps modernes, mettre en vigueur les commandements des premiers siècles ? Il est clair que ce serait absolument impossible. De même, lorsque quelques siècles se seront écoulés, les exigences du temps présent ne s'adapteront plus à celles des siècles futurs, et certes il y aura des changements et des modifications.

(2.5.24)
En Europe, les lois sont à chaque instant changées et modifiées : combien de lois, promulguées dans les années écoulées, pour réglementer et organiser l'Europe, sont aujourd'hui entièrement abrogées!

(2.5.25)
Ces changements et modifications sont dus au changement et à la transformation des pensées, des conditions, des moeurs; s'il n'en était pas ainsi, la prospérité de l'humanité serait anéantie.

(2.5.26)
Ainsi, il y a dans le Pentateuque une loi qui ordonne de tuer celui qui romprait le sabbat; bien plus, il y a dans le Pentateuque dix cas de condamnation à mort. Aujourd'hui, à notre époque, serait-il possible de mettre en vigueur ces commandements? Il est clair que ce serait absolument impossible.

(2.5.27)
Aussi y a-t-il des changements et des modifications, lesquels sont une preuve pertinente de la sagesse suprême de Dieu.

(2.5.28)
Cette question veut beaucoup de réflexion, et son explication deviendra claire et manifeste. Bénis sont ceux qui réfléchissent !


2.6. Le pain et le vin

(2.6.1)
Question. - Le Christ a dit : « Je suis ce pain qui est descendu du ciel, et quiconque mangera de ce pain ne mourra pas. » Qu'est-ce que cela veut dire ? [voir : Jean 6.35]

(2.6.2)
Réponse, - « Ce pain » signifie la nourriture céleste et les perfections divines : ainsi, quiconque mangera de cette nourriture, c'est-à-dire acquerra la bonté divine, recevra les lumières célestes, prendra sa part des perfections, et gagnera la vie éternelle.

(2.6.3)
Le sang signifie également l'esprit de vie et les perfections divines, les splendeurs célestes et la bonté éternelle, car toutes les parties du corps humain tirent du sang, par le fait de sa circulation, la substance vitale.

(2.6.4)
Au chapitre VI, verset 26 de l'Evangile de saint Jean, il est écrit : « Je vous dis que vous me cherchez, non à cause des miracles que vous avez vus, mais à cause de ce pain que vous avez mangé et dont vous êtes rassasiés. » [voir : Jean 6.26]

(2.6.5)
Il est clair que le pain que les disciples mangèrent et dont ils se rassasièrent n'était autre que les bienfaits célestes, car, au verset 33 du même chapitre, il est dit : « Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel et donne au monde la vie. » [voir : Jean 6.33]

(2.6.6)
Il est clair que le corps du Christ ne vint pas du ciel, mais bien du sein de Marie, et que ce qui est descendu du ciel divin, ce fut l'esprit du Christ.

(2.6.7)
Et comme les juifs pensaient que le Christ parlait de son corps, ils firent des objections, ainsi qu'il est dit au verset 42 du même chapitre : « Et ils dirent : n'est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment peut-il dire qu'il est descendu du ciel ? » [voir : Jean 6.42]

(2.6.8)
Considérez combien il est clair que le Christ voulait dire, en parlant du pain céleste, son propre esprit, ses faveurs, ses perfections, ses enseignements; car au verset 63 du même chapitre il dit : « C'est l'esprit qui fait vivre; quant à la chair elle ne profite pas. » [voir : Jean 6.63]

(2.6.9)
Il est donc évident que l'esprit du Christ est un bienfait céleste qui est descendu du ciel; quiconque reçoit en abondance cet esprit, et accepte les enseignements divins, trouve la vie éternelle.

(2.6.10)
C'est pour cela qu'au verset 35 Il est dit : « Et Jésus leur dit : je suis le pain de vie; celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif » Remarquez qu'il dit « venir à lui » pour manger, et « croire en lui » pour boire. Il est donc clair et établi que la nourriture céleste consiste dans les grâces divines, les splendeurs spirituelles, les enseignements célestes, en un mot dans le Christ. Manger, c'est aller vers lui; boire, c'est croire en lui. [voir : Jean 6.35]

(2.6.11)
Car le Christ avait un corps physique et un corps céleste; le premier fut crucifié; mais le second est vivant, immortel et donne la vie éternelle. Le premier avait la nature humaine, le second la nature divine.

(2.6.12)
Grand Dieu! il y a des gens qui croient que le pain de l'eucharistie est la réalité du Christ, que la Divinité et le Saint-Esprit y sont descendus et y demeurent! et cela, bien que, une fois l'eucharistie mangée, après quelques secondes, elle soit tout simplement décomposée et entièrement transformée, Alors comment peut-on imaginer une pareille fantaisie ? Dieu me pardonne! certes, c'est une grande fantaisie!

(2.6.13)
Bref, par la manifestation du Christ, les saints enseignements qui sont la grâce éternelle furent répandus; les lumières de direction brillèrent, l'esprit de vie fut conféré à l'homme; quiconque trouva la direction devint vivant; quiconque demeura égaré fut pris par la mort éternelle.

(2.6.14)
Ce pain descendu du ciel, c'était le corps divin du Christ, ses éléments spirituels, que les disciples mangèrent et dont ils acquirent la vie éternelle.

(2.6.15)
Les disciples avaient pris avec le Christ de nombreux repas; pourquoi le dernier souper du Seigneur est-il distingué des autres ? Il est donc clair que le pain céleste ne signifie pas le pain matériel, mais bien la nourriture divine du corps spirituel du Christ, les grâces divines et les perfections célestes, dont les disciples eurent leur part, et dont ils se rassasièrent.

(2.6.16)
De même, voyez que lorsque le Christ bénit le pain et dit : « Ceci est mon corps », et le donna aux disciples, il était auprès d'eux en personne, bien évident, en chair et en os, bien vivant; il n'était pas transformé en pain et en vin. Autrement il n'aurait pas pu rester auprès d'eux, en chair et en os, en personne, bien évident. [voir : Matthieu 26.26]

(2.6.17)
Il est donc clair que ce pain et ce vin étaient des symboles qui signifiaient : « Je vous ai donné mes bontés et ma perfection, et lorsque vous les avez reçues, vous avez gagné la vie éternelle, et vous avez pris votre lot et votre portion de la nourriture céleste! »


2.7. Les miracles

(2.7.1)
Question. - On rapporte les miracles du Christ; doit-on en vérité admettre ces récits avec leur signification littérale, ou bien en ont-ils une autre ? Car la science exacte établit que l'essence des choses ne change pas, et que tous les êtres sont sous l'empire d'une loi universelle et d'un ordre qui ne peuvent jamais être abandonnés. Donc, ce qui est contraire à la loi universelle est impossible. [nota : en donnant une valeur aussi importante à cette anecdote, sur la demande par les ulémas d'un miracle à Bahá’u’lláh, Abdu’l-Bahá nous laisse entendre la vanité des miracles comme preuve de la réalité des Manifestation de Dieu]


(2.7.2)
Réponse. - Les saintes manifestations de Dieu sont la source de miracles, et le spectacle de prodiges merveilleux.

(2.7.3)
Tout ce qui est difficile ou impossible est, pour elles, possible et facile; car, par un pouvoir extraordinaire, des choses extraordinaires émanent d'elles, et par une puissance surnaturelle, elles influencent le monde de la nature. De chacune d'elles, des choses étranges ont apparu.

(2.7.4)
Mais, dans les Ecritures saintes, il est fait usage d'une terminologie spéciale.

(2.7.5)
Quant aux manifestations, elles n'attachent aucune importance à ces miracles et à ces signes étranges : elles ne désirent même pas qu'on en parle.

(2.7.6)
En effet, si nous appelons ces miracles des preuves considérables, ils ne seront une preuve et un argument que pour ceux qui étaient présents, et non pour les absents.

(2.7.7)
Par exemple, si l'on rapporte à un chercheur, étranger à Moïse et au Christ, les prodiges merveilleux [nota : attribués au Christ et à Moïse], il les niera et dira : « On a raconté également des prodiges merveilleux attribués aux faux dieux, d'une façon continue, et avec le témoignage de bien des peuples; on les a même fixés dans des livres. Des brahmanes ont écrit des livres de prodiges merveilleux sur Brahma. »

(2.7.8)
Puis il dira : « Comment pouvons-nous savoir si les juifs et les chrétiens disent la vérité, et si les brahmanes mentent ? Des deux côtés ce sont des récits, des épisodes acceptés universellement et recueillis dans des livres; tous deux peuvent être supposés vrais ou faux, et il en est de même pour les autres religions. Mais si les uns sont vrais, les autres le sont aussi : si l'on accepte les uns, il faut accepter également les autres. Donc ils ne constituent pas une preuve. »

(2.7.9)
Par conséquent, si les miracles sont des preuves pour ceux qui sont présents, ils n'en sont pas pour les absents.

(2.7.10)
Mais, au jour de la manifestation, les gens qui savent voir trouvent que toutes les conditions des manifestations sont des miracles, car elles sont supérieures à tout ce qui existe, et cela seul est un miracle.

(2.7.11)
Rappelez-vous que le Christ, seul et sans aide, sans compagnon et sans appui, sans armée ni troupes, et au comble de l'oppression, brandit le drapeau de Dieu à l'encontre de tous les habitants de la terre, à qui il ne cessa de résister. A la fin il les vainquit tous, bien qu'en apparence il fût crucifié. Or cela est un véritable miracle qu'on ne peut nier; et point n'est besoin d'autre chose pour prouver la vérité du Christ.

(2.7.12)
Les miracles matériels n'ont d'ailleurs aucune importance pour les gens de la vérité.

(2.7.13)
Par exemple, si un aveugle devient voyant, à la fin il redeviendra aveugle, car il mourra et sera privé de tous ses sens et de toutes ses facultés. Il n'y a donc aucune importance à rendre la vue à un aveugle, car cette faculté peu à peu disparaîtra. Et si le corps d'un mort est ressuscité, à quoi cela sert-il, puisqu'il doit mourir à nouveau ?

(2.7.14)
L'important réside dans le don de la perception et de la vie éternelle, c'est-à-dire de la vie spirituelle et divine. Car cette vie corporelle ne dure pas : son existence est le pur néant.

(2.7.15)
C'est ainsi que le Christ, répondant à l'un des disciples, dit : « Laissez les morts enterrer les morts », car « ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. » Remarquez que le Christ considérait comme morts des gens qui, en apparence, vivaient physiquement : par vie, il entendait la vie éternelle, et par existence, l'existence réelle.[voir : Jean 3.6 et 6.63 ; Luc 9.60 ; Matthieu 8.22 et 16.17 – voir aussi « Livre de la certitude » 2.101 ; « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 2.7.15 et 2.15.28 et 5.6.7 ; « Les tablettes du plan divin » 14.17 - CLE: MORT SPIRITUELLE]

(2.7.16)
Donc, si dans les livres saints on parle des morts ressuscités, cela veut dire que ces hommes reçurent le secours de la vie éternelle; ou bien, si un aveugle est devenu voyant, cela signifie qu'il obtint la vision de vérité; si un sourd entend, cela veut dire qu'il a acquis un entendement spirituel et qu'il a obtenu l'ouïe divine.

(2.7.17)
Et cela résulte du texte de l'Evangile, où le Christ dit : »Ils sont comme ceux dont Esaïe a dit : ils ont des yeux et ne voient pas, et des oreilles et n'entendent pas. Et moi je les ai guéris ». [voir : Matthieu 13.15]

(2.7.18)
Je ne prétends pas que les manifestations soient impuissantes à faire des miracles, car elles ont la toute-puissance. Mais pour elles, la vision interne, l'entendement spirituel et la vie éternelle, voilà ce qui est désirable et important.

(2.7.19)
Donc, partout où dans les livres saints il est rapporté qu'un tel, aveugle, est devenu voyant, cela veut dire qu'il était aveugle intérieurement et qu'il obtint la vision spirituelle, ou qu'il était ignorant et devint savant, ou bien négligent et devint attentif, ou terrestre et devint céleste.

(2.7.20)
Et comme cette vision, cet entendement, cette vie, ce remède, sont éternels, cela a une véritable importance;

(2.7.21)
autrement quels sont l'importance, la valeur et le mérite de la vie animale et des ses facultés ? Comme un rêve, elle disparaîtra au bout d'un nombre des jours limité.

(2.7.22)
Par exemple si on rallume un flambeau éteint, il s'éteindra à nouveau. Mais le flambeau du soleil est toujours allumé! Voilà l'important.


2.8. La résurrection du Christ

(2.8.1)
Question. - Quelle est la signification de la résurrection du Christ après trois jours ?

(2.8.2)
Réponse. - La résurrection des manifestations divines n'est pas dans la chair. Toutes leurs conditions, leurs états, leurs actes, les choses qu'elles ont fondées, leurs enseignements, leurs expressions, leurs paraboles, leurs instructions ont une signification spirituelle et divine, et n'ont aucun lien avec les choses matérielles.

(2.8.3)
Par exemple, il y a la question de la venue du Christ du ciel; en différents endroits des Evangiles, il est dit clairement : « le Fils de l'homme est venu du ciel », « il est au ciel », « il ira au ciel ». [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.8.4)
Ainsi au chapitre VI, verset 38, de l'Evangile de saint Jean, il est écrit : « Car je suis venu du ciel », et au verset 42, on trouve : « Et ils disaient : n'est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment dit-il : je suis descendu du ciel ? » [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.8.5)
De même, dans saint Jean, chapitre III, verset 13, il est dit : « Aussi, personne n'est allé au ciel que celui qui est venu du ciel, le Fils de l'homme qui est au ciel. » Remarquez qu'il est dit : « Le Fils de l'homme est au ciel », alors qu'a ce moment le Christ était sur terre. [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.8.6)
Remarquez également qu'il est dit clairement que le Christ est venu du ciel, bien qu'il soit venu du sein de Marie, et que son corps soit né de Marie.

(2.8.7)
Il est donc établi que, lorsqu'il est dit que le Fils de l'homme est venu du ciel, c'est une affirmation qui doit être prise symboliquement, non littéralement, spirituellement, non matériellement.

(2.8.8)
C'est-à-dire que, bien que, visiblement, le Christ soit né du sein de Marie, en réalité il est venu du ciel, le centre du Soleil de Réalité du monde divin et du royaume de Dieu.

(2.8.9)
Et, s'il est établi que le Christ est venu du ciel spirituel du royaume de Dieu, sa disparition sous terre pendant trois jours a une même signification, symbolique et non littérale.

(2.8.10)
Egalement, sa résurrection de l'intérieur de la terre est une chose symbolique; c'est une question spirituelle et non matérielle; et pareillement, son ascension au ciel est une chose spirituelle, non matérielle.

(2.8.11)
En dehors de ces explications, il a été établi et prouvé par la science que le ciel visible est une étendue sans fin, libre et vide, où évoluent les astres et les étoiles innombrables.

(2.8.12)
Nous prétendons donc que la signification de la résurrection du Christ est la suivante : les apôtres, après le martyre du Christ, étaient troublés et confondus. La réalité du Christ, c'est-à-dire ses enseignements, ses bienfaits, ses perfections, son pouvoir spirituel, pendant deux ou trois jours après son martyre, fut cachée et celée : elle n'était ni apparente, ni visible; au contraire, elle était perdue; en effet, les croyants étaient peu nombreux, et de plus ils étaient troublés et confondus. La cause du Christ était comme un corps sans âme.

(2.8.13)
Lorsque, après trois jours, les apôtres redevinrent fermes et assurés, lorsqu'ils se mirent au service de la cause chrétienne et résolurent de répandre les enseignements divins, de mettre en vigueur les conseils du Christ, et de se lever pour le servir, la réalité du Christ resplendit à nouveau, sa bonté devint apparente, sa religion prit vie, ses enseignements et ses exhortations devinrent visibles et évidents.

(2.8.14)
Autrement dit, la cause du Christ était comme un corps sans vie : la vie et la bonté du Saint-Esprit l'enveloppèrent. Telle est la signification de la résurrection du Christ, et ce fut une vraie résurrection!

(2.8.15)
Mais, comme les prêtres ne comprenaient pas la signification des Evangiles et n'en pénétraient pas les symboles, cela permit de dire que la religion était en contradiction avec la science, et la science en opposition avec la religion : car, par exemple, la question de l'ascension du Christ dans son corps matériel, au ciel visible, est contraire aux sciences mathématiques.

(2.8.16)
Mais, lorsque la réelle signification de la question devient évidente, et que ce symbole est expliqué, la science n'y fait plus d'objections; bien au contraire, la science et l'intelligence en affirment l'exactitude.


2.9. L'entrée du Saint-Esprit dans les apôtres

(2.9.1)
Question. - Le Saint-Esprit entra dans les apôtres, selon l'Evangile. Comment eut lieu cette entrée et quelle signification a-t-elle ? Réponse. - Cette entrée du Saint-Esprit n'est pas comme celle de l'air à l'intérieur de l'homme : c'est une façon de parler et une comparaison, non une expression exacte à prendre littéralement. C'est comme l'entrée de l'image du soleil dans un miroir : c'est-à-dire que son éclat y apparaît.

(2.9.2)
Après la mort du Christ, les apôtres étaient troublés : leurs pensées et leurs idées étaient opposées et contradictoires; plus tard, ils devinrent fermes et unis; lors de la fête de la Pentecôte, ils s'assemblèrent, se détachèrent des choses de ce monde, fermèrent les yeux sur eux-mêmes, renoncèrent au repos et aux joies de la terre, sacrifièrent leur corps et leur âme pour le Bien-Aimé, abandonnèrent leurs maisons, renoncèrent à l'honneur et aux biens, et oublièrent même entièrement leur propre existence.

(2.9.3)
Alors, l'aide de Dieu leur arriva, et la puissance du Saint-Esprit devint visible : la spiritualité du Christ triompha, et l'amour de Dieu régna.

(2.9.4)
Alors, ils furent assistés; puis, chacun se dirigea de son côté pour répandre la cause d e Dieu et donner les preuves et les témoignages.

(2.9.5)
Donc, l'entrée du Saint-Esprit dans les apôtres signifie qu'ils furent attirés par l'esprit messianique, qu'ils trouvèrent la confirmation et la fermeté, que, par la force de l'amour de Dieu, ils eurent une vie nouvelle, et qu'ils virent le Christ vivant, les secourant, les protégeant.

(2.9.6)
Ils étaient comme des gouttes d'eau, ils devinrent la mer; ils étaient de faibles insectes, ils devinrent des aigles majestueux; ils étaient impuissants, ils devinrent tout-puissants...

(2.9.7)
Ils furent comme des miroirs sur lesquels le soleil se reflète : certes, les rayons et la lumière devinrent manifestes en eux!


2.10. Le Saint-Esprit

(2.10.1)
Question. - Qu'est-ce que le Saint-Esprit ? Réponse. - Le Saint-Esprit, c'est la bonté de Dieu et les rayons Lumineux qui émanent des manifestations; car le point de concentration des rayons du Soleil de Réalité était le Christ, et de ce centre glorieux, qui était la réalité du Christ, la bonté de Dieu se reflétait sur les autres miroirs, qui étaient la réalité des apôtres.

(2.10.2)
La descente du Saint-Esprit sur les apôtres signifie donc que les bienfaits glorieux de Dieu se réfléchissaient et apparaissaient dans la réalité des apôtres.

(2.10.3)
Autrement, l'entrée et la sortie, la descente et la montée caractérisent les corps et non les esprits. En d'autres termes, les choses qui tombent sous les sens entrent et sortent, mais non les conceptions et les réalités intellectuelles comme l'intelligence, l'amour, le savoir, l'imagination, la pensée qui n'entrent ni ne sortent, ni ne descendent, et qui n'indiquent que des relations.

(2.10.4)
Ainsi le savoir, qui est un état acquis par l'intelligence, est une chose intellectuelle, et c'est de la fantaisie de dire qu'il entre dans l'intelligence ou qu'il en sort; c'est un état acquis, comme les images réfléchies dans le miroir.

(2.10.5)
Donc, comme il est clair et prouvé que les réalités intellectuelles n'entrent ni ne descendent, il est certain qu'il est absolument impossible que le Saint-Esprit puisse monter ou descendre, entrer ou sortir, se mélanger ou s'incarner. La seule chose possible est que comme le soleil, il resplendisse dans le miroir.

(2.10.6)
Dans certains passages des Ecritures saintes, on parle de l'Esprit; et cela veut dire une certaine personne, comme on dit couramment dans la conversation qu'un tel est l'esprit personnifié, ou bien qu'il est l'honneur ou la générosité en personne.

(2.10.7)
Dans ce cas, c'est la flamme qu'on regarde et non le verre, comme dans l'Evangile de saint Jean à propos du Promis qui doit venir après le Christ, au chapitre XVI, verset 12, on trouve : « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais elles sont encore au-dessus de votre portée. » [voir : Jean 16.12 ; voir aussi « Les Tablettes de Bahá’u’lláh » 2.17 et 2.29 et 2.37 - CLE: ENCORE BEAUCOUP DE CHOSES A DIRE]

(2.10.8)
« Mais quand celui-là sera venu, c'est-à-dire l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. Car il ne parlera pas par lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu. » [voir : Jean 16.13]

(2.10.9)
Remarquez avec soin que « il ne parlera pas par lui-même, mais dira tout ce qu'il aura entendu » prouve clairement que l'Esprit de vérité est personnifié par un homme qui a une âme, qui a des oreilles pour entendre, une langue pour parler.

(2.10.10)
De même, l'expression « l'Esprit de Dieu » s'applique ainsi au Christ. Vous parlez de la lumière, et vous faites allusion à la lumière avec la lampe.


2.11. Sur la seconde venue du Christ et le jour du Jugement dernier

(2.11.1)
Dans les Ecritures saintes, il est dit que le Christ doit revenir, et que son retour est lié à l'apparition de certains signes :

(2.11.2)
s'il vient, ce sera avec ces signes. Entre autres, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera pas sa lumière, les étoiles des cieux tomberont sur la terre; alors, toutes les tribus de la terre gémiront et se lamenteront, et à ce moment elles verront au ciel le signe du Fils de l'homme, elles apercevront cet homme comme s'il chevauchait avec un pouvoir et une gloire considérables. [voir : Matthieu 24.29-30 ; voir aussi « Livre de la certitude » 24 ; « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 26.2-3 et 26.13 - CLE: LES ETOILES TOMBERONT]

(2.11.3)
Bahá'u'lláh a commenté ces versets dans le Livre de la Certitude [nota : le Livre de la Certitude, ou Kitab-i-Iqan, est l'un des premiers ouvrages de Bahá’u’lláh écrit à Bagdad avant sa manifestation] ; point n'est besoin d'y revenir, reportez-vous à ce livre, et vous comprendrez la signification de ces paroles. Mais maintenant, je désire également dire quelque chose sur ce sujet :

(2.11.4)
c'est que, la première fois aussi, le Christ est venu du ciel, ainsi qu'il est dit explicitement dans l'Evangile. Le Christ lui-même a dit : « Le Fils de l'homme est venu du ciel », et « le Fils de l'homme est au ciel »; et « nul homme ne remonte au ciel que celui qui en est venu ». Et il est admis généralement que le Christ est venu du ciel, bien que, en apparence, il soit venu du sein de Marie. [voir : Jean 3.13 et 6.38 et 6.42]

(2.11.5)
Or, de même que la première fois, en vérité il est venu du ciel, bien qu'en apparence il soit venu du sein de sa mère, de même aussi, lors de la seconde venue, il viendra réellement du ciel, bien qu'en apparence il doive venir du sein de sa mère.

(2.11.6)
Les conditions que l'Evangile mentionne pour la seconde venue du Christ sont les mêmes que celles qui sont indiquées pour la première, ainsi qu'il a été dit déjà.

(2.11.7)
Le livre d'Esaïe annonce que le Christ conquerra l'Orient et l'Occident, que tous les peuples du monde viendront sous son ombre, que son royaume sera établi, qu'il viendra d'un lieu inconnu, que les pécheurs seront jugés, et que la justice régnera à tel point que le loup et l'agneau, le léopard et le chevreau, le serpent et l'enfant à la mamelle se rassembleront à la même source, dans la même prairie, dans le même berceau. [nota : Abdu’l-Bahá cherche plutôt à indiquer le sens de certains passages des écritures qu'à en citer le texte même][voir : Esaïe 11.6 et 43.5]

(2.11.8)
La première venue aussi dépendait de la réalisation de ces conditions, bien que, en apparence, aucune d'elles ne se soit réalisée; aussi, les juifs refusèrent-ils de croire au Christ et, Dieu me pardonne ! ils le traitèrent de sorcier. [nota : « Ils le traitèrent de sorcier », mot à mot « massikh », montre. Il y a un jeu de mot en arabe entre « massih » le Messie et « massikh » le monstre]

(2.11.9)
Le considérant comme le destructeur de l'édifice divin, le regardant comme le briseur du sabbat et de la loi, ils ordonnèrent sa mise à mort. Car chacune de ces conditions avait une signification que les juifs ne comprirent pas; aussi furent-ils privés. [nota : les juifs furent privés de connaître la vérité]

(2.11.10)
De même, la seconde venue du Christ eut lieu aussi de cette manière : les signes et les conditions qui ont été énumérés ont tous une signification symbolique, et ne doivent pas être pris à la lettre.

(2.11.11)
S'il en était autrement, il est dit, par exemple, que toutes les étoiles tomberont sur la terre. Or les étoiles sont immenses et innombrables; et les mathématiciens modernes ont établi et prouvé scientifiquement que le globe solaire est environ un million et demi de fois plus grand que la terre, et chacune des étoiles fixes mille fois plus grande que le soleil. Si de telles étoiles tombaient sur la terre, comment y trouveraient-elles de la place ? Ce serait comme si mille millions de montagnes comme l'Himalaya tombaient sur un grain de moutarde. Raisonnablement et scientifiquement, cela est à tout jamais impossible.

(2.11.12)
Ce qui est encore plus curieux, c'est que le Christ a dit : « Peut-être viendrai-je quand vous serez encore endormis; car la venue du Fils de l'homme ressemble à la venue d'un voleur; peut-être le voleur est-il dans la maison et le propriétaire de la maison ne le sait pas. » [voir : Apocalypse 3.3 et 16.15 ; voir aussi « Sélection des écrits d'Abdu'l-Bahá » 168.2]

(2.11.13)
Il est donc clair et prouvé que ces signes ont une signification symbolique, et qu'il ne faut pas les prendre à la lettre. Leur sens a été expliqué tout au long dans le Livre de la Certitude. Reportez-vous-y.[voir : Matthieu 24.29-30 ; voir aussi « Livre de la certitude » 1.24 ; « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 26.2-3 et 26.13 - CLE: LES ETOILES TOMBERONT]


2.12. La Trinité

(2.12.1)
Question. - Que signifient la Trinité et les trois personnes de la Trinité ? Réponse. - La réalité divine, que sa pureté et sa sainteté rendent inaccessible à la compréhension des créatures, et que les esprits sages et intelligents ne sauraient imaginer ni concevoir, n'admet aucune division.

(2.12.2)
Car la division et la multiplication sont les particularités des créatures, qui sont des contingences et ce ne sont pas des accidents qui arrivent à Celui qui existe par Lui-même.

(2.12.3)
La réalité divine est au-delà de l'unité, à plus forte raison de la multiplicité; et pour elle, la descente dans les conditions et les degrés des créatures serait l'imperfection absolue, le contraire de la perfection; par conséquent c'est absolument impossible. Continuellement, elle a été et est dans les hauteurs de la sainteté et de la pureté.

(2.12.4)
Lorsqu'on parle des apparitions et des orients de Dieu [nota : les orients de Dieu sont les prophètes ou manifestations], on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence. [nota : lorsqu'on parle des Messagers ou Manifestations de Dieu, on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence (panthéisme)]

(2.12.5)
Dieu est la pure perfection, et la créature n'est qu'imperfections; pour Dieu, la descente dans les degrés de l'existence serait la plus grande des imperfections.

(2.12.6)
Au contraire, sa manifestation, son apparition, son lever sont comme le resplendissement du soleil dans un miroir clair, pur, poli.

(2.12.7)
Toutes les créatures sont des signes évidents de Dieu, comme les choses terrestres qui, toutes, reçoivent les rayons du soleil; mais sur le désert, sur les montagnes, sur les arbres, sur les fruits, un seul rayon brille qui les fait apparaître, les élève, et les fait parvenir à la maturité de leur existence; tandis que l'homme parfait est comme un miroir poli dans lequel le Soleil de Vérité, avec tous ses attributs et toutes ses perfections, devient visible et manifeste. [nota : L'homme parfait est le prophète ou messager de Dieu]

(2.12.8)
Ainsi la réalité du Christ était un miroir clair et poli qui était de la finesse et de la pureté les plus grandes, et le Soleil de Vérité, l'Essence de Divinité, a resplendi dans ce miroir, et il y a manifesté sa lumière et sa chaleur. Mais, de la hauteur de sa sainteté et du ciel de sa divinité, il n'est pas descendu pour habiter et résider dans le miroir. Non, il continue toujours à subsister dans son exaltation et sa sublimité, tout en apparaissant et en devenant manifeste dans le miroir, avec sa beauté et sa perfection

(2.12.9)
. Or, si nous disons que nous avons vu le soleil dans deux miroirs, l'un le Christ, l'autre le Saint-Esprit, c'est-à-dire que nous avons vu trois soleils, l'un au ciel, les deux autres sur terre, nous sommes sincères. Et si nous disons qu'il y a un Soleil, et qu'il est seul, n'a ni associé, ni semblable, nous disons encore la vérité.

(2.12.10)
Bref, la réalité du Christ fut un miroir poli; et le Soleil de Vérité, c'est-à-dire l'Essence de l'Unité, avec ses perfections et ses attributs infinis, y est devenu visible et manifeste.

(2.12.11)
Ce n'est pas à dire que le Soleil, Essence de la Divinité, se soit divisé ou se soit multiplié; car le Soleil est un. Mais il apparaît dans le miroir. C'est pour cela que le Christ a dit : « Le Père est dans le Fils. » C'est-à-dire : ce Soleil est visible et manifeste dans ce miroir. [voir : Jean 14.13]

(2.12.12)
Le Saint-Esprit est la bonté de Dieu elle-même, qui devient visible et évidente dans la réalité du Christ. La filiation, c'est la condition du coeur du Christ; le Saint-Esprit, c'est la condition de son esprit.

(2.12.13)
Il est donc prouvé clairement que l'Essence de la Divinité est absolument unique, qu'elle n'a ni pareil, ni égal, ni équivalent. Telle est la signification des trois personnes de la Trinité.

(2.12.14)
Autrement les fondements de la religion de Dieu reposeraient sur une proposition illogique que l'intelligence ne pourrait jamais comprendre : et ce qu'elle ne peut comprendre, comment pourrait-elle se donner la peine de l'accepter? Une chose ne peut être saisie par l'intelligence que lorsqu'elle revêt une forme intelligible : autrement ce n'est que fantaisie.

(2.12.15)
Nous avons donc clairement expliqué ce que sont les trois personnes de la Trinité, et nous avons aussi affirmé l'unité de Dieu.


2.13. La préexistence

(2.13.1)
« Maintenant, toi, ô Père, glorifie-moi près de toi de la même gloire que j'avais près de toi avant la création du monde » (saint Jean, XVII, 5). [voir : Jean 17.5]

(2.13.2)
Il y a deux sortes de préexistences : la préexistence de l'essence est celle qui n'est pas précédée par une cause; au contraire, son existence est en elle-même.

(2.13.3)
Par exemple le soleil, dont la lumière est en lui-même, et qui ne dépend pas pour cela de l'abondance des autres étoiles : c'est ce qu'on appelle une lumière d'essence. Mais la lumière de la lune provient du soleil, car, pour la lumière, la lune dépend du soleil. Donc, au point de vue de la lumière, le soleil est une cause, et la lune devient un effet. Celui-là est l'ancien, le précédent, l'antécédent; celle-ci est la suivante, la dernière.

(2.13.4)
La seconde sorte de préexistence est la préexistence du temps; et celle-là n'a pas eu de commencement. Le Verbe de Dieu est au-dessus du passé, du présent, de l'avenir; tout, par rapport à Dieu, est égal. Hier, aujourd'hui, demain, n'existent pas dans le soleil! [nota : Le Verbe de Dieu désigne le Christ]

(2.13.5)
De même, il y a une préexistence en ce qui tient à la gloire, c'est-à-dire que le plus glorieux précède le glorieux. Donc, le Christ, qui est le Verbe de Dieu, précède certainement les créatures, en ce qui concerne l'essence, les attributs, l'honneur.

(2.13.6)
Avant d'apparaître sous la forme humaine, le Verbe de Dieu était établi dans la gloire et la sainteté les plus grandes, dans la splendeur, la beauté les plus parfaites, et dans tout l'éclat de sa magnificence. [nota : Le Verbe de Dieu désigne le Christ]

(2.13.7)
Et lorsque, par la sagesse du Très-Haut, il resplendit des hauteurs de la gloire dans le monde corporel, le Verbe de Dieu, par le fait de ce corps, devint limité; de sorte qu'il tomba entre les mains des juifs, devint le captif des tyrans et des ignorants, et à la fin fut crucifié. [nota : Le Verbe de Dieu désigne le Christ]

(2.13.8)
C'est pour cela qu'il s'adresse à Dieu en ces termes : « Libère-moi des chaînes du monde corporel, et affranchis-moi de cette cage, afin que je monte aux hauteurs de la grandeur et de la gloire, que je retrouve cet honneur et cette sainteté d'autrefois, d'avant le monde corporel, que je me réjouisse dans le monde éternel, et que je monte à la patrie originelle, au monde immatériel du royaume invisible. »

(2.13.9)
C'est ainsi que vous voyez que, même dans ce bas-monde, c'est-à-dire dans le monde des humains et des nations, la grandeur et la gloire du Christ apparurent après sa mort.

(2.13.10)
Pendant qu'il était dans le monde corporel, il était soumis au mépris et au dédain du plus faible des peuples de la terre, les juifs qui crurent qu'il convenait de placer sur sa tête sacrée une couronne d'épines! Mais après sa mort, les couronnes enrichies de pierreries de tous les rois de la terre s'abaissèrent et s'humilièrent devant cette couronne d'épines! Voyez quelle gloire le Verbe de Dieu a atteint, même dans ce monde!


2.14. Comme tous meurent par Adam de même tous revivront par Christ

(2.14.1)
Sachez qu'il y a deux natures dans l'homme : la nature corporelle et la nature spirituelle. La nature corporelle est l'héritage d'Adam, et la nature spirituelle est l'héritage de la réalité du Verbe de Dieu, de la spiritualité du Christ. [voir : « Corinthiens 1 » 15.22]

(2.14.2)
La nature corporelle est née d'Adam, la nature spirituelle, de la bonté du Saint-Esprit; celle-là est la source de toute imperfection, celle-ci est la cause de toute perfection.

(2.14.3)
Le Christ s'est sacrifié lui-même pour affranchir les hommes des imperfections de la nature corporelle, et les parer des vertus de la nature spirituelle.

(2.14.4)
Cette nature spirituelle, qui vient de la bonté de la réalité de Dieu, est l'union de toutes les perfections, et existe par les souffles du Saint-Esprit : elle consiste dans les perfections divines, la lumière, la spiritualité, la direction, l'exaltation, les nobles efforts, la justice, l'amour, la bienfaisance, la charité envers le prochain, la philanthropie, en un mot l'essence de la vie. C'est la réflexion de la splendeur du Soleil de Vérité.

(2.14.5)
Le Christ est le point central du Saint-Esprit, il est né du Saint-Esprit, il est suscité par lui, il est de sa descendance.

(2.14.6)
C'est-à-dire que la réalité du Christ ne descend pas d'Adam, elle est fille du Saint-Esprit. Donc, le verset 22 du chapitre XV de l'épître de Paul aux Corinthiens où il est dit : « Comme tous meurent par Adam, de même tous revivront par Christ », veut dire que, selon la terminologie consacrée [nota : selon Aboul becher, le père de l'homme, est un des titres donnés par les musulmans à Adam], Adam était le père de l'homme, c'est-à-dire fut la cause de la vie physique de l'humanité. Il a la paternité physique; il est une âme vivante, mais il n'est pas donneur de vie. [nota : Adam n'est pas donneur de vie au sens spirituel du mot, contrairement au Christ] [voir : « Corinthiens 1 » 15.22]

(2.14.7)
Le Christ, au contraire, est la cause de la vie spirituelle de l'homme, et du point de vue de l'esprit il a la paternité spirituelle. Adam est l'âme vivante, le Christ est l'esprit vivifiant.

(2.14.8)
Ce monde physique représente pour l'homme les facultés des sens, et c'est des exigences de ces facultés que viennent les péchés, car elles ne sont pas soumises aux lois de la justice et de la sainteté. Le corps de l'homme est prisonnier de la nature, tous ses mouvements ont pour but la satisfaction de ses exigences.

(2.14.9)
Il est donc évident que des péchés existent dans le monde corporel, tels la colère, la jalousie, la dispute, l'avidité, l'avarice, l'ignorance, la tromperie, l'orgueil, la cruauté. Tous ces défauts existent dans la création de l'homme.

(2.14.10)
Un homme qui n'a pas reçu une éducation spirituelle est une brute; par exemple, les peuplades de l'Afrique dont les actes, les habitudes, les caractères sont purement dirigés par les sens, n'agissent que pour satisfaire les exigences de leur nature, au point de se lacérer et de se manger entre eux.

(2.14.11)
Il est donc établi que le monde physique de l'homme est un monde de péchés. Dans ce monde physique, l'homme ne diffère pas de l'animal.

(2.14.12)
Tout péché vient des exigences de la nature, et ces exigences naturelles spéciales au corps, qui ne constituent pas des péchés pour l'animal, en constituent pour l'homme.

(2.14.13)
L'animal est la source des imperfections, comme la colère, la sensualité, la jalousie, l'avarice, la cruauté, l'orgueil; tous les défauts réprouvés se rencontrent chez l'animal, mais ne constituent pas, en ce qui le concerne, des péchés. Ils en constituent pour l'homme.

(2.14.14)
Adam fut la cause de la vie physique de l'homme, mais la réalité du Christ, c'est-à-dire le Verbe de Dieu, fut la cause de sa vie spirituelle.

(2.14.15)
Il est l'esprit vivifiant, c'est-à-dire que, grâce aux instructions et à l'éducation de cet esprit unique, toutes les imperfections provenant des exigences de la vie physique de l'homme sont transformées en perfections humaines. Donc le Christ était l'esprit vivifiant et la cause générale de la vie spirituelle.

(2.14.16)
Adam était la cause de la vie physique. Et comme le monde physique de l'homme est un monde d'imperfections, et que les imperfections sont la source de la mort, Paul a comparé les imperfections physiques à la mort.

(2.14.17)
Mais l'Eglise chrétienne croit que, comme Adam a mangé du fruit défendu, il a commis une faute et a désobéi, et que la calamité et le désastre de cette désobéissance ont été transmis comme un héritage, et fixés successivement sur toute sa postérité. Adam est alors devenu la cause de la mort de l'humanité.

(2.14.18)
Cette interprétation est inintelligente et, évidemment, erronée. Car elle tend à dire que tous les hommes, même les prophètes et les envoyés de Dieu, sans commettre de faute ni de péché, uniquement parce qu'ils sont de la postérité d'Adam, sont devenus sans raison des coupables et des pécheurs, et que, jusqu'au jour du sacrifice du Christ, ils ont été retenus dans l'enfer aux châtiments terribles, ce qui serait bien loin de la justice divine!

(2.14.19)
En admettant qu'Adam fût un pécheur, quel est le péché d'Abraham ? quelle est la faute d'Isaac, de Joseph ? de quoi Moïse est-il coupable ?

(2.14.20)
Quant au Christ, qui était le Verbe de Dieu, et qui est sacrifié, cela a une double signification, l'une apparente, l'autre réelle.

(2.14.21)
La première c'est que, comme le Christ voulait promulguer une cause qui devait éduquer l'humanité, éveiller les enfants d'Adam, et illuminer toute la création, que la promulgation d'une cause aussi grande le mettait en opposition avec tous les peuples de la terre, et en révolte contre toutes les races et toutes les nations, le sang devait forcément couler, et il devait forcément être tué et crucifié.

(2.14.22)
Aussi, le Christ, en proclamant sa cause, a-t-il sacrifié sa vie : il a regardé la croix comme son trône, la blessure comme un baume, et le poison comme du miel et du sucre.

(2.14.23)
Il s'est adonné à l'éducation et à l'instruction des hommes, et ainsi, il s'est sacrifié pour donner aux hommes l'esprit de vie, pour être détruit dans son corps, afin de faire revivre les autres par l'esprit.

(2.14.24)
La seconde signification du sacrifice est que le Christ fut comme la graine. Cette graine a sacrifié sa propre forme afin que l'arbre puisse croître et se développer. Bien que la forme de la graine soit détruite, sa réalité devient apparente dans la grandeur et la beauté les plus parfaites, dans la forme de l'arbre.

(2.14.25)
Le rang du Christ était la perfection absolue : il fit briller ces perfections divines, comme le soleil, sur tous ceux qui crurent en lui; et les bienfaits de la lumière brillèrent et resplendirent dans la réalité des hommes.

(2.14.26)
C'est pour cela qu'il dit : « Je suis le pain descendu du ciel : quiconque mangera de ce pain ne mourra pas. » C'est-à-dire quiconque prendra sa part de cette nourriture divine parviendra à la vie éternelle, autrement dit, quiconque aura une part de cette bonté et obtiendra ces perfections, trouvera la vie éternelle, aura en abondance les bienfaits antiques, sera affranchi des ténèbres de l'erreur, et sera illuminé par les lumières de la direction. [voir : Jean 6.31-33 et 6.35 et 6.41 et 6.50-51 - CLE: PAIN DE VIE]

(2.14.27)
La forme de cette graine fut sacrifiée pour l'arbre : mais les perfections de cette graine, par suite du sacrifice, devinrent manifestes et évidentes. Car l'arbre, les branches, les feuilles et les fleurs étaient cachés et enfermés dans la graine. Lorsque la forme de celle-ci fut sacrifiée, ses perfections apparurent dans la plus parfaite manifestation, sous la forme des feuilles, des fleurs et des fruits.


2.15. Adam et Eve

(2.15.1)
Question. - Que faut-il comprendre de l'histoire d'Adam qui a mangé du fruit de l'arbre ? Réponse. - Il est écrit dans la Bible que Dieu plaça Adam dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le soigner, et qu'Il lui dit : « Mange de tous les arbres du jardin excepté de l'arbre du bien et du mal, car si tu en mangeais, tu serais atteint par la mort. » [voir : Genèse 2.16-17]

(2.15.2)
Puis il est dit que Dieu fit tomber Adam dans le sommeil, qu'Il prit un os de ses côtes, et en créa une femme afin qu'elle lui tînt compagnie. Après cela il est dit que le serpent incita la femme à manger de l'arbre et dit : « Dieu vous a interdit de manger de l'arbre afin que vos yeux ne s'ouvrent pas et que vous ne connaissiez pas le bien et le mal. » Alors Eve en mangea et en donna à Adam qui fit de même. Leurs yeux s'ouvrirent; ils se trouvèrent nus, et ils voilèrent leurs corps avec les feuilles de l'arbre.

(2.15.3)
Alors ils reçurent les reproches de Dieu. Dieu dit à Adam : « As-tu mangé de l'arbre défendu ? » Adam répondit : « Eve m'y a poussé. » Dieu fit ensuite des reproches à Eve qui répondit : « Le serpent m'y a poussée. » Alors le serpent fut maudit et l'inimitié fut mise entre Eve et le serpent et entre leurs postérités. [voir : Genèse 3.11-13]

(2.15.4)
Et Dieu dit alors : « L'homme est devenu semblable à nous, sachant le bien et le mal; peut-être va-t-il manger de l'arbre de vie et vivre éternellement. » Et Dieu protégea l'arbre de vie. [voir : Genèse 3.22]

(2.15.5)
Si nous prenons cette histoire au sens apparent de l'interprétation adoptée par le vulgaire, elle est tout à fait extraordinaire; l'intelligence ne peut l'accepter, l'affirmer ou même l'imaginer; car de telles dispositions, de tels détails, de tels discours et de tels reproches sont considérés comme indignes d'un être intelligent, à plus forte raison de Dieu, de Dieu qui a organisé cet univers infini dans la forme la plus parfaite, et ces êtres innombrables avec l'ordre et la fermeté les plus absolus et l'élégance la plus complète.

(2.15.6)
II faut un peu réfléchir : si un homme intelligent pouvait tenir au sens apparent de cette histoire, certes la majorité, logiquement, nierait que des dispositions et des inventions pareilles aient pu émaner d'un être intelligent.

(2.15.7)
C'est pourquoi cette histoire d'Adam et Eve qui mangent de l'arbre, l'expulsion du paradis, tout cela est un symbole. Elle contient des mystères divins, des significations générales et des explications merveilleuses.

(2.15.8)
Seuls les initiés aux secrets, et ceux qui s'approchent de la cour du Tout-Puissant, connaissent ces mystères. Aussi, ces versets de la Bible ont-ils de nombreuses interprétations.

(2.15.9)
Nous allons expliquer l'une d'entre elles, et nous dirons qu'Adam signifie l'esprit céleste d'Adam et Eve son âme humaine; car dans certains passages des livres saints où l'on parle de la femme, cela veut dire l'âme de l'homme.

(2.15.10)
Quant à l'arbre du bien et du mal, c'est le monde humain; car le monde spirituel et divin est uniquement bon et absolument lumineux, tandis que dans le monde humain, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal ont une existence opposée.

(2.15.11)
Le serpent, c'est l'attachement au monde humain; cet attachement de l'esprit au monde humain fut la cause que l'âme et l'esprit d'Adam furent conduits du monde de la liberté à celui de la servitude, et qu'ils se tournèrent du royaume de l'unité vers le monde humain.

(2.15.12)
Et lorsque son esprit et son âme entrèrent dans le monde humain, Adam sortit d'un paradis de liberté pour tomber dans un monde de servitude. Après avoir été dans les hauteurs de la sainteté et du bien absolu, il entra dans le monde du bien et du mal.

(2.15.13)
L'arbre de vie, c'est le degré suprême de l'existence : c'est la condition du Verbe de Dieu et de la manifestation universelle. Aussi, cette condition a été préservée, jusqu'au jour où, dans l'apparition de la plus noble des manifestations universelles, elle est devenue visible et évidente.

(2.15.14)
Car la condition d'Adam, par rapport à l'apparition et à la manifestation des perfections divines, était la condition de l'embryon; celle du Christ fut la condition de la maturité et de l'âge de raison; et le lever de l'Astre Sublime fut le degré de la perfection de l'essence et de la perfection des qualités. [nota : L'Astre Sublime désigne Bahá’u’lláh]

(2.15.15)
Voilà pourquoi, dans le sublime paradis, l'arbre de vie est l'expression du centre de la sainteté absolue, et de la pureté suprême, c'est-à-dire de la manifestation divine universelle.

(2.15.16)
Depuis le temps d'Adam jusqu'au Christ, on ne parla que peu de la vie éternelle et des perfections universelles du royaume. Cet arbre de vie, c'était la condition de la réalité du Christ : par sa manifestation il a été planté et orné de fruits éternels.

(2.15.17)
Maintenant, voyez combien cette signification est conforme à la vérité; car l'esprit et l'âme d'Adam, lorsqu'ils étaient attachés au monde humain, passèrent du monde de liberté à celui de servitude, et sa postérité, dans une attitude identique, le suivit.

(2.15.18)
Cet attachement de l'esprit et de l'âme au monde humain, qui est le péché, fut hérité par les descendants d'Adam, et devint le serpent qui fut continuellement dans l'esprit de ses descendants : cette adversité dure toujours.

(2.15.19)
Car l'attachement au monde humain est devenu la cause de la servitude des esprits, et cette servitude est comme le péché qui a été transmis d'Adam à sa postérité : c'est à cause de cet attachement que les hommes ont été privés de la spiritualité essentielle des conditions élevées.

(2.15.20)
Et lorsque les saintes brises du Christ et les lumières sacrées de l'Astre Sublime se répandirent, les hommes véritables, c'est-à-dire ceux qui s'étaient tournés vers le Verbe de Dieu et recevaient l'abondance de ses bienfaits, furent libérés de ce péché et de cet attachement; ils parvinrent à la vie éternelle et, libres des chaînes de la servitude, ils entrèrent dans le monde de la liberté : ils furent affranchis des vices du monde humain et reçurent les bienfaits des vertus du royaume. [nota : L'Astre Sublime désigne Bahá’u’lláh]

(2.15.21)
Telle est l'explication des paroles où il dit : « J'ai donné mon sang pour la vie du monde. » C'est-à-dire, j'ai choisi toutes ces afflictions, ces souffrances et ces calamités, jusqu'au martyre suprême, pour atteindre ce but : le pardon des péchés; c'est-à-dire que les esprits se détachent du monde humain, et soient attirés par le monde divin; afin que se lèvent des âmes qui deviennent des essences du salut et reflètent les perfections du royaume suprême! [voir : Jean 6.53 -54]

(2.15.22)
Remarquez que si, selon la supposition des peuples du Livre, il fallait prendre ces paroles selon leur sens apparent, ce serait l'iniquité absolue, la prédestination complète. [nota : les peuples du Livre désigne les juifs et les chrétiens]

(2.15.23)
Si Adam a péché en s'approchant de l'arbre défendu, quelle est la faute du glorieux Abraham ? Quelle est l'erreur de Moïse, l'interlocuteur ? Quel est le crime de Noé, le prophète ? Quelle est la désobéissance de Joseph, le sincère ? Quelle est la faute des prophètes de Dieu, et quel est le délit de Jean, le chaste?

(2.15.24)
La justice de Dieu peut-elle accepter que ces manifestations éclairées, par la faute d'Adam, aient été tourmentées dans les supplices de l'enfer jusqu'au jour où le Christ est venu, les a rachetées par son sacrifice et les a affranchies des supplices terribles? Une telle pensée est contraire à toute loi et à toute coutume, et jamais un être intelligent ne l'acceptera.

(2.15.25)
Non, cela signifie ce qui a été dit : Adam, c'est l'esprit d'Adam, et Eve, son âme; l'arbre, c'est le monde humain; le serpent, l'attachement à ce monde, qui constitue le péché et qui a pénétré la postérité d'Adam, Le Christ a libéré les hommes de cet attachement par ses brises saintes, et il les a affranchis de ce péché.

(2.15.26)
Ce péché, chez Adam, est en proportion de son rang : bien que de cet attachement il y ait eu de bons résultats, néanmoins, en comparaison avec l'attachement au monde spirituel, l'attachement au monde matériel est considéré comme un péché : les bonnes actions des justes sont encore des péchés pour les peuples de l'approche; ceci est établi.

(2.15.27)
Ainsi, la force corporelle est l'impuissance à côté de la force spirituelle : oui, celle-là à côté de celle-ci, c'est uniquement de la faiblesse.

(2.15.28)
Pareillement, la vie corporelle, à côté de l'existence du royaume et de la vie éternelle, est considérée comme la mort. Ainsi, le Christ a appelé mort la vie corporelle, et il a dit : « Laissez les morts enterrer les morts. » Bien que les gens dont il parlait eussent la vie corporelle, à ses yeux cette vie était une mort. [voir : Jean 3.6 et 6.63 ; Luc 9.60 ; Matthieu 8.22 et 16.17 – voir aussi « Livre de la certitude » 126 ; « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 2.7.1 et 2.15.28 et 5.6.7 ; « Les tablettes du plan divin » 14.17 - CLE: MORT SPIRITUELLE]

(2.15.29)
Telle est une des significations de l'histoire d'Adam dans la Bible. Réfléchissez, et vous en trouverez encore d'autres.


2.16. Le blasphème contre le Saint-Esprit

(2.16.1)
Question. - « C'est pourquoi Je vous dis que tout péché de blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne leur sera point pardonné. Et si quelqu'un a parlé contre le Fils de l'homme, il pourra lui être pardonné; mais celui qui aura parlé contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce monde ni dans le prochain » (saint Matthieu, XII, 31, 32). [voir : Matthieu 12.31-32]

(2.16.2)
Réponse. - Les saintes réalités des manifestations de Dieu ont deux conditions spirituelles. L'une consiste à être le lieu de la manifestation que je compare au disque du soleil; l'autre est le resplendissement de la manifestation, qui est comme la lumière du soleil; ce sont les perfections de Dieu, l'Esprit-Saint;

(2.16.3)
car l'Esprit-Saint est la bonté et les perfections de Dieu, lesquelles peuvent se comparer à la lumière et à la chaleur du soleil.

(2.16.4)
Le soleil n'est le soleil qu'à cause de ses rayons brillants : sans eux il ne serait pas le soleil; si la manifestation et la réflexion des perfections divines n'étaient pas dans le Christ, Jésus ne serait pas le Messie. Il est une manifestation parce qu'il a réfléchi en lui les perfections divines; les prophètes de Dieu sont des manifestations, car les perfections divines, c'est-à-dire le Saint-Esprit, sont apparentes en eux.

(2.16.5)
Si quelqu'un demeure éloigné de la manifestation, peut-être sera-t-il un jour éveillé, car il ne la connaît pas, il ne sait pas que c'est la manifestation des perfections de Dieu. Mais s'il se détache des perfections de Dieu elles-mêmes, c'est-à-dire du Saint-Esprit, c'est une preuve qu'il est comme une chauve-souris qui s'éloigne du soleil.

(2.16.6)
Ce détachement des lumières est irrémédiable et impardonnable, c'est-à-dire qu'il est impossible d'être tout de même auprès de Dieu.

(2.16.7)
Cette lampe n'est une lampe qu'à cause de la lumière; sans elle, elle ne serait pas une lampe. Or, si quelqu'un se détache de la lumière de la lampe, il est aveugle et ne peut comprendre la lumière.

(2.16.8)
Cet aveuglement est une cause de privations éternelles, car il est évident que les êtres reçoivent les bienfaits de la bonté du Saint-Esprit qui apparaît dans les manifestations de Dieu, et non de la personnalité de la manifestation; et si quelqu'un ne reçoit pas les bienfaits de la bonté du Saint-Esprit, il est privé de la bonté de Dieu. Et cette privation même est impardonnable.

(2.16.9)
Voilà pourquoi il y a eu bien des gens qui étaient hostiles aux manifestations de Dieu, ne sachant pas qui elles étaient et qui, une fois qu'ils le surent, devinrent leurs amis.

(2.16.10)
Ainsi, l'hostilité contre les manifestations ne fut pas une cause de privations éternelles, car ces gens furent ennemis du chandelier, et ne savaient pas qu'il était le flambeau des lumières divines. Ils n'étaient pas ennemis de la lumière; et lorsqu'ils comprirent que le chandelier était le lieu de la manifestation des lumières divines, ils devinrent des amis véritables.

(2.16.11)
Bref s'éloigner du chandelier ne cause pas une privation éternelle, car on peut être éveillé et averti; tandis qu'être l'ennemi de la lumière, c'est la privation éternelle et irrémédiable.


2.17. Il y a beaucoup d'appelé et peu d'élus

(2.17.1)
Question. - Le Christ dit dans l'Evangile : « Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus »; et dans le Qur'an il est écrit : « Il réserve spécialement sa miséricorde pour qui II veut. » Quelle est la sagesse de tout cela ? [voir : Matthieu 22.14 ; Coran 2.105]

(2.17.2)
Réponse. - Sachez que l'ordre et la perfection dans l'universalité de l'existence exigent que la vie apparaisse sous des formes illimitées. Car les êtres existants ne pourraient pas se réaliser dans un seul degré, un seul rang, une seule manière, un seul genre, une seule espèce : ils dépendent sans aucun doute de la différence des degrés, des distinctions de formes et des variétés de genres et d'espèces. C'est dire qu'il est nécessaire qu'ils soient répartis entre les différents degrés du minéral, du végétal, de l'animal et de l'homme.

(2.17.3)
Le monde, avec l'homme seul, ne serait pas arrangé, paré, organisé, perfectionné; de même, avec l'animal seul, le végétal seul, le minéral seul, ce monde ne présenterait pas un spectacle merveilleux, une organisation puissante, et une parure délicieuse.

(2.17.4)
Certes, il dépend de la variété des degrés, des rangs, des genres et des espèces, que l'existence resplendisse de la Perfection la plus grande. Ainsi cet arbre, s'il devenait entièrement fruit, ne serait pas un végétal parfait; car les feuilles, les fleurs et les fruits sont également nécessaires pour qu'un végétal resplendisse de la beauté et de la perfection les plus grandes.

(2.17.5)
De même, considérez le corps humain, composé de différents organes, parties et membres; la beauté et la perfection de l'existence humaine exigent l'existence de l'ouïe, de la vue, du cerveau, et aussi celle des ongles et des cheveux.

(2.17.6)
S'il devenait entièrement cerveau, ou oeil ou oreille, l'homme serait complètement défectueux. Ainsi l'absence de cheveux, de sourcils, d'ongles, de dents est un défaut absolu; bien qu'en comparaison avec l'oeil ces organes soient sans perfection, et qu'ils ressemblent à un minéral ou à un végétal, pourtant, leur absence dans l'homme est extrêmement préjudiciable et fâcheuse.

(2.17.7)
Comme les rangs des existences sont différents, et que la distinction consiste en ceci, qu'il y a des êtres supérieurs et des êtres inférieurs, la sélection de certaines créatures pour le rang suprême, comme l'homme, le choix, pour d'autres êtres, d'un rang moyen, comme le végétal, la mise d'autres créatures au rang le plus bas, comme le minéral, sont dus au vouloir et au désir de Dieu.

(2.17.8)
L'établissement de l'homme au rang suprême tient donc à la bonté de Dieu; et les différences qui existent entre les hommes, en ce qui concerne la capacité de progrès spirituel et de perfections divines, tiennent aussi à la sélection par Dieu. Car la foi, qui est la vie éternelle, est une preuve de la bonté divine, non un résultat de la justice.

(2.17.9)
La flamme du feu de l'amour [nota : le feu de l'amour de Dieu] tient, dans ce monde de poussière et d'eau, au pouvoir d'attraction, et non aux efforts et aux tentatives. (Pourtant, grâce aux efforts et à la persévérance, le savoir, la science et les autres perfections peuvent s'acquérir.)

(2.17.10)
Il faut donc que les lumières de la beauté divine transportent et entraînent les esprits, par leur force d'attraction.

(2.17.11)
Par conséquent, s'il est dit : « Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus », les êtres matériels, dans leur degré et dans leur rang, ne sont pas pour cela blâmés, jugés, rendus responsables. [voir : Matthieu 22.14 ; Coran 2.105]

(2.17.12)
Par exemple, le minéral dans son degré, l'animal dans son degré, le végétal dans son degré sont approuvés; mais si, dans leur propre degré, ils demeurent imparfaits, ils seront blâmés : le degré lui-même est tout à fait parfait.

(2.17.13)
Quant aux différences qui existent dans l'espèce humaine, elles sont de deux sortes : l'une est une différence de rang pour laquelle il n'y a pas de blâme : l'autre est une différence de foi et de certitude dont la perte est blâmable; car cet être [nota : il s'agit de l'être qui n'a ni foi ni certitude] est soumis à ses désirs et à ses passions qui le privent d'un pareil bienfait et l'empêchent de ressentir le pouvoir d'attraction de l'amour de Dieu.

(2.17.14)
Bien qu'un tel homme soit loué et approuvé pour son rang, comme il s'est privé des perfections de ce rang, il devient une mine d'imperfections, et pour cela il est répréhensible. [nota : voir les différents caractères chez l'homme]


2.18. Le retour

(2.18.1)
Question. - Voulez-vous expliquer la question du « retour » ? Réponse. - Bahá'u'lláh, dans le Livre de la Certitude, a expliqué ce sujet en détail et nettement : lisez-le, et la question vous paraîtra claire et nette. Mais puisque vous le demandez, je vais l'expliquer brièvement. Nous débuterons avec l'Evangile. [voir : « Livre de la certitude » 21, 160, 162, 168, 170, 171, 179; voir « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 2.18.1 et 2.18.13 et 5.8.46 - CLE: RETOUR des messagers de Dieu]

(2.18.2)
Il résulte clairement de l'Evangile que, lorsque Jean, fils de Zacharie, apparut et donna aux hommes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, on lui demanda : « Qui es-tu ? Es-tu le Messie promis ? » Il répondit : « Je ne suis pas le Messie. » Alors on lui demanda : « Es-tu Elie ? » Il dit : « Non. » Ces paroles montrent et prouvent à l'évidence que Jean, fils de Zacharie, n'était pas l'Elie promis. [voir : Jean 1.19-21]

(2.18.3)
Mais, au jour de la transfiguration sur le mont Tabor, le Christ dit sans détour que Jean, fils de Zacharie, était l'Elie promis. Au chapitre IX, versets 10 à 12, de l'Evangile de saint Marc, il est dit : « Alors ils l'interrogèrent et dirent : Pourquoi les scribes disent-ils qu'il faut qu'Elie vienne le premier ? » En réponse, il leur dit; « Il est vrai qu'Elie doit venir le premier et rétablir toutes choses, de la façon dont il est écrit au sujet du Fils de l'homme qui doit venir, souffrir beaucoup et être méprisé. Mais je vous dis qu'Elie est même venu, et qu'ils lui ont fait ce qu'ils ont voulu. » [voir : Marc 9.11-13]

(2.18.4)
Au chapitre XVII, verset 13, de saint Matthieu, il est dit : « Alors les disciples comprirent que c'était de Jean-Baptiste qu'il leur avait été parlé. » Ils demandèrent : « Jean-Baptiste, es-tu Elie ? » Il répondit: « Non »; bien qu'il soit dit dans l'Evangile que Jean-Baptiste était l'Elie promis, et que le Christ également l'ait dit clairement. Donc, si Jean était Elie, pourquoi le nia-t-il et s'il ne l'était pas, comment le Christ l'affirma-t-il ? [voir : Matthieu 17.12-13]

(2.18.5)
C'est que, dans ce cas, il ne faut pas considérer la personne, mais bien la réalité des perfections; c'est-à-dire que ces perfections, qui se rencontraient dans Elie, existaient de la même façon chez Jean-Baptiste.

(2.18.6)
Donc, Jean-Baptiste était l'Elie promis : dans ce cas, on ne doit pas regarder l'essence, mais bien les qualités.

(2.18.7)
Ainsi, l'an dernier, il y avait une fleur; cette année aussi cette fleur est venue; moi je dis que la fleur de l'an dernier est revenue. Je ne veux pas dire que cette même fleur, dans sa propre individualité, soit exactement revenue; mais comme cette fleur possède les qualités de celle de l'an dernier, qu'elle a le même parfum, la même délicatesse, la même couleur, la même forme, on dit que la fleur de l'an dernier est revenue, et que celle-ci est celle-là.

(2.18.8)
Quand le printemps arrive, on dit que le printemps de l'an dernier _ revient; car ce qui se trouvait au printemps dernier existe encore à celui-ci. C'est pour cela que le Christ disait : « Tout ce qui est arrivé au temps des prophètes antérieurs, vous le verrez. » [voir : Matthieu 24.37]

(2.18.9)
Donnons une autre explication : la graine de l'an dernier a été semée : des branches et des feuilles ont poussé, des fleurs et des fruits sont apparus et tout cela aboutit encore à la graine. Lorsqu'on sèmera cette seconde graine, un arbre viendra, et de nouveau ces feuilles, ces fleurs, ces branches, ces fruits reviendront et un nouvel arbre apparaîtra. Comme nous retrouvons cette année la graine de l'an passé, nous disons que la première graine est aussi la seconde et que la graine est revenue. Si nous considérons la matière de l'arbre, la matière est différente; mais si nous considérons les fleurs, les feuilles, les fruits, c'est le même parfum, le même goût, la même douceur. Donc ces perfections de l'arbre sont revenues une seconde fois.

(2.18.10)
De même, si nous regardons la personne [nota : la personne désigne le prophète], c'est une autre personne : mais si nous considérons les qualités et les perfections, les mêmes perfections et qualités sont revenues.

(2.18.11)
Donc quand le Christ disait : « C'est Elie », cela voulait dire : cet homme est l'apparition de la bonté, des perfections, du caractère, des qualités et des vertus d'Elie. Et Jean-Baptiste pouvait dire : « Je ne suis pas Elie. » Le Christ regardait les qualités, les perfections, le caractère, les vertus de tous les deux, tandis que Jean considérait son être physique et sa personnalité. [voir : Jean 1.19-21]

(2.18.12)
C'est comme ce flambeau qui était là hier soir : il éclaire aussi ce soir, et demain soir, de même, il brillera. Nous disons que le flambeau de ce soir est la même lumière que celle d'hier soir, et qu'elle est revenue. Il s'agit de la lumière, non de l'huile, de la mèche, ou du chandelier.

(2.18.13)
Et cette explication se trouve développée et détaillée dans le Livre de ta Certitude. [voir : « Livre de la certitude » 21, 160, 162, 168, 170, 171, 179; voir « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 2.18.1 et 2.18.13 et 5.8.46 - CLE: RETOUR des messagers de Dieu]


2.19. La confession de Pierre

(2.19.1)
Question. - Dans l'Evangile de saint Matthieu, le Christ dit à Pierre : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. » Réponse. - Cette parole du Christ est une confirmation de celle de Pierre. Lorsque le Christ avait demandé : « Qui pensez-vous que je suis ? », il avait dit : « Je pense que tu es le Fils du Dieu vivant. » A quoi le Christ lui avait répondu : « Et toi, tu es Pierre (car Céphas en syro-chaldaïque veut dire pierre), et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » Les autres, au contraire, avaient répondu au Christ qu'il était Elie, d'autres Jean-Baptiste, d'autres Jérémie ou l'un des prophètes. [nota : Pierre, comme on le sait, s'appelait Simon, et Jésus lui avait donné le nom de Céphas qui signifie pierre] [voir : Matthieu 16.15-16 ; « Sélection des écrits d'Abdu'l-Bahá » 141.5]

(2.19.2)
Le Christ voulait, par une métaphore ou une image, confirmer la phrase de Pierre. C'est pourquoi, comme son nom signifiait une pierre, il dit : « Tu es une pierre, et sur toi je bâtirai mon Eglise. » C'est-à-dire, ta croyance que le Christ est le Fils du Dieu vivant sera le fondement de la religion de Dieu; et, sur cette croyance, le fondement de l'Eglise de Dieu, c'est-à-dire de la loi de Dieu, sera établi. [voir : Matthieu 16.15-16 ; « Sélection des écrits d'Abdu'l-Bahá » 141.5]

(2.19.3)
Quant à l'existence de la tombe de saint Pierre dans Rome, elle est douteuse; elle n'est rien moins qu'authentique: on prétend qu'elle est à Antioche.

(2.19.4)
D'ailleurs, comparons les actes de certains papes avec la religion du Christ. Le Christ, affamé et sans abri, se nourrissait d'herbes dans la campagne, et redoutait de blesser même les sentiments de qui que ce fût. Les papes s'assoient dans des carrosses dorés et passent leur temps dans la splendeur la plus grande, au milieu des plaisirs et d'un luxe tels que les rois n'ont jamais connu des richesses et une vénération pareilles.

(2.19.5)
Le Christ n'a blessé personne : il y a des papes qui ont fait tuer bien des innocents. Consultez l'histoire. Que de sang les papes ont versé pour conserver le pouvoir temporel! Pour des différences d'opinion, ils ont arrêté, emprisonné, tué des milliers de serviteurs de l'humanité, des savants qui avaient découvert les mystères des créatures. Combien ils ont apporté d'entraves à la découverte de la vérité!

(2.19.6)
Considérez les instructions du Christ, et étudiez les moeurs et les coutumes des papes! Voyez : peut-on trouver la moindre ressemblance entre les instructions du Christ et les manières de gouverner des papes ? Nous n'aimons pas à critiquer, mais les pages de l'histoire du Vatican sont vraiment surprenantes! Je veux dire que les instructions du Christ et les manières de gouverner des papes sont deux choses différentes qui ne cadrent nullement entre elles.

(2.19.7)
Voyez combien on a tué de protestants, tous sur l'ordre des papes; à combien d'injustices et de cruautés ils ont donné libre cours; combien de châtiments et de tortures ils ont ordonnés. Peut-on respirer dans ces actions le moindre des doux parfums du Christ? Non, par Dieu ! ces gens-là n'ont pas suivi le Christ; tandis que sainte Barbe, dont vous voyez ici l'image, elle, a suivi le Christ; elle a marché sur ses traces, et a mis en vigueur ses instructions.

(2.19.8)
Cela n'empêche pas qu'il y' eut parmi les papes des âmes saintes qui ont suivi les traces du Christ, surtout dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, alors que les biens temporels manquaient, et que les épreuves divines étaient plus pénibles. Mais lorsque les biens du pouvoir leur appartinrent, et qu'ils eurent la gloire et la fortune temporelles, les papes, dans leurs procédés de gouvernement, oublièrent complètement le Christ : ils s'occupèrent du pouvoir, de la gloire, du repos et des richesses temporelles. Ils se mirent à tuer, à faire obstacle à la propagation des connaissances et à tourmenter les savants : la lumière de la science s'éteignit, et ils donnèrent l'ordre de massacrer et de piller. Des milliers de savants et d'hommes instruits innocents furent assassinés dans les prisons de Rome!

(2.19.9)
Avec toutes ces moeurs et ces actions, comment peut-on accepter le vicariat du Christ ? Le Saint-Siège a constamment fait obstacle à la science; si bien qu'en Europe on admet que la religion est l'adversaire de la science, et que la science détruit les fondements de la religion.

(2.19.10)
Alors que, au contraire, la religion de Dieu est la promulgatrice de la vérité, la fondatrice de la science et de la connaissance, qu'elle est pleine d'affection pour les savants, qu'elle est la civilisatrice de l'humanité, qu'elle a découvert les mystères des créatures et projeté la lumière sur les horizons. Comment, dans de telles conditions, serait-elle l'adversaire de la science ?

(2.19.11)
J'en demande pardon à Dieu! Pour Dieu, la science est la plus belle des qualités de l'homme, et la plus noble de ses perfections.

(2.19.12)
S'opposer à la science, c'est faire acte d'ignorant, et celui qui déteste la science et les connaissances n'est pas un homme, mais un animal sans intelligence; car la science c'est la lumière, la vie, la félicité, la perfection, la beauté, et le moyen d'approcher le seuil de l'unité; c'est l'honneur et la vertu de l'humanité, et la plus grande faveur de Dieu! La science, c'est le salut, et l'ignorance la perte sans recours.

(2.19.13)
Heureux ceux qui passent leurs jours à acquérir les sciences, a découvrir les mystères des créatures et à pénétrer les détails de la vérité; et malheur à ceux qui se résignent dans l'ignorance et la bêtise, dont le coeur se contente de la contrefaçon, qui sont tombés aux derniers degrés de l'ignorance et de la bêtise, et qui ont perdu leur vie!


2.20. La prédestination

(2.20.1)
Question. - Comme la connaissance divine s'applique aux actes d'un individu, et qu'ils sont arrêtés sur la tablette du destin, est-il possible de s'y opposer ? Réponse. - La connaissance d'une chose n'est pas la cause de sa réalisation : en effet la connaissance essentielle de Dieu s'étend de la même façon à la réalité des choses, avant comme après leur existence, et elle ne devient pas la cause de leur existence. C'est une des perfections divines.

(2.20.2)
Ces prophéties qui, grâce à la révélation divine, ont annoncé par la bouche des prophètes la venue du Promis de la Bible n'ont pas été la cause de la venue du Christ.

(2.20.3)
Pour les prophètes, les mystères cachés du futur ont été révélés, et ils ont eu connaissance des événements de l'avenir qu'ils ont annoncés. Cette connaissance et cette annonciation n'ont pas été la cause de la venue et de la réalisation de ces événements.

(2.20.4)
Ainsi, ce soir, chacun sait que dans sept heures le soleil se lèvera; mais cette connaissance universelle ne cause pas l'apparition et le lever du soleil.

(2.20.5)
Par conséquent, la connaissance de Dieu dans le domaine des contingences n'équivaut pas à la production de la forme de ces contingences; au contraire, cette connaissance est affranchie des divisions du passé, du présent et de l'avenir : elle est l'apparition même des choses et non pas la cause de leur apparition.

(2.20.6)
De même, la fixation et la mention d'une chose dans les Ecritures saintes ne deviennent pas la cause de sa réalisation.

(2.20.7)
Les prophètes, par la révélation divine, ont appris que telle chose doit arriver; par exemple, par la révélation divine, ils ont appris que le Christ serait martyrisé, et ils l'ont annoncé. Est-ce que leur savoir et leur connaissance furent la cause du martyre du Christ ? Non, cette connaissance correspond à leur état de perfection, et n'est pas la cause de la réalisation du martyre.

(2.20.8)
Les mathématiciens, par les calculs astronomiques, savent qu'une éclipse de lune ou de soleil va se produire. Certes cette découverte n'est pas la cause de l'éclipse. Ceci est une analogie, non une image.


3. Sur les pouvoirs et la condition des manifestations de Dieu

3.1. Les cinq aspects de l'esprit

(3.1.1)
Sachez que, d'une façon générale, l'esprit se présente sous cinq aspects différents. Premièrement l'esprit végétal : c'est le pouvoir qui résulte de l'arrangement des éléments et mélange des substances, par l'ordre du Très-Haut, de leur influence les uns sur les autres et de leurs relations réciproques. [voir : « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.3.8 et 4.19.1]

(3.1.2)
Quand ces substances et ces éléments sont séparés les uns des autres, le pouvoir de croissance est aussi détruit. De même, l'électricité est produite grâce à la combinaison de quelques éléments et, par la seule dissociation de ces substances, la force électrique est détruite et perdue. Tel est l'esprit végétal.

(3.1.3)
Ensuite vient l'esprit animal qui, lui aussi, tient au mélange des éléments composants; mais cette composition est plus parfaite.

(3.1.4)
Par le décret du Tout-Puissant, un mélange parfait est obtenu : c'est l'esprit animal dont les caractéristiques sont les sens, lesquels font connaître la réalité des choses sensibles par la vue, l'ouïe, l'odorat et le toucher, Cet esprit aussi, après la dissociation et la séparation des substances composantes, disparaît naturellement.

(3.1.5)
C'est comme cette lampe que vous voyez : lorsque l'huile, la mèche et le feu se trouvent réunis, la lumière est obtenue; mais quand l'huile est finie, quand la mèche est brûlée et que ces substances sont dissociées, la lumière aussi est détruite et perdue.

(3.1.6)
Quant à l'esprit humain, on peut le comparer à l'effet, sur un miroir, de la bonté du soleil.

(3.1.7)
Le corps de l'homme, 'qui est aussi un composé d'éléments, est combiné et mélangé dans la forme la plus accomplie : c'est l'établissement le plus solide, la combinaison la plus noble, l'existence la plus parfaite. Il se développe et pousse par l'esprit animal.

(3.1.8)
Ce corps parfait est comparable à un miroir, et l'esprit de l'homme au soleil. Si le miroir se brise, la bonté du soleil n'en subsiste pas moins; si le miroir est détruit ou disparaît, cela ne change rien à la bonté du soleil, lequel dure toujours.

(3.1.9)
C'est cet esprit qui fait les découvertes : il s'étend sur tout ce qui existe; tous ces signes nouveaux, ces arts, ces découvertes, ces inventions glorieuses, ces événements importants de l'histoire que vous connaissez, c'est à lui que tout cela est dû.

(3.1.10)
Du monde de l'invisible et du caché, il le conduit, par la force spirituelle, à la condition de visibilité. Ainsi l'homme est sur terre, il ait une découverte dans le ciel; des réalités connues, c'est-à-dire des choses qu'il connaît, il découvre les choses inconnues.

(3.1.11)
Par exemple, il est dans cette partie du monde; cependant, grâce à son intelligence, comme Christophe Colomb, il découvre l'autre partie, l'Amérique, qui était inconnue et ignorée.

(3.1.12)
Le corps est pesant, mais à l'aide d'un appareil qu'il découvre, il vole dans l'air. Il se meut lentement, mais grâce à des véhicules qu'il invente, il traverse avec la plus grande rapidité l'est et l'ouest. Bref, ce pouvoir s'applique à tout ce qui existe.

(3.1.13)
Mais cet esprit humain a deux aspects, il est ou divin ou satanique; ou bien il est capable de la plus grande perfection, ou bien il est capable de la plus grande imperfection.

(3.1.14)
S'il acquiert des vertus, l'homme devient la plus noble des contingences, mais s'il acquiert des vices, il sera la plus vile des créatures.

(3.1.15)
Le quatrième degré de l'esprit, c'est l'esprit céleste : c'est l'esprit de foi et la bonté de Dieu. Il vient des souffles du Saint-Esprit et, par le pouvoir divin, il est la cause de la vie éternelle.

(3.1.16)
C'est ce pouvoir qui rend céleste l'homme terrestre et parfait l'homme imparfait. Il rend pur celui qui est impur, éloquent celui qui est muet; il purifie et sanctifie celui qui est prisonnier des passions charnelles; il rend savant l'ignorant.

(3.1.17)
Le cinquième esprit est le Saint-Esprit. C'est l'intermédiaire entre Dieu et la créature. C'est comme un miroir placé devant le soleil.

(3.1.18)
De même qu'un saint miroir extrait la lumière du soleil et en transmet à d'autres la bonté, de même le Saint-Esprit est l'intermédiaire des lumières sacrées qui viennent du Soleil de Réalité, et qu'il fait parvenir aux saintes réalités. [nota : les saintes réalités sont les Manifestations (messagers) de Dieu]

(3.1.19)
Il est orné de toutes les perfections divines. Chaque fois qu'il se manifeste, le monde est renouvelé, un cycle nouveau est fondé; le corps de l'humanité revêt une nouvelle parure.

(3.1.20)
On peut le comparer au printemps; chaque fois qu'il arrive, le monde passe d'un état à un autre. A la venue de la saison printanière, la terre noire, les champs et les déserts se transforment en prairies et en pâturages; toutes sortes de fleurs et d'herbes odorantes poussent; les arbres renaissent, les fruits nouveaux apparaissent, un nouveau cycle est fondé.

(3.1.21)
Et l'on peut dire que chaque fois que le Saint-Esprit apparaît, le monde humain est renouvelé et qu'un nouvel esprit lui parvient : l'existence revêt une parure de valeur; les ténèbres de l'ignorance sont dissipées et les lumières du savoir brillent.

(3.1.22)
C'est par ce pouvoir que le Christ a renouvelé son cycle, que le céleste printemps, avec la fraîcheur et la douceur les plus exquises, a planté sa tente dans le monde de l'homme, et que les brises vivifiantes ont parfumé l'odorat de ceux qui étaient éclairés.

(3.1.23)
C'est ainsi que la manifestation de Bahá'u'lláh fut comme une saison nouvelle, apparaissant avec les brises saintes, avec l'armée de la vie éternelle, et avec le pouvoir divin.

(3.1.24)
Il établit le trône de son royaume divin au centre du monde; et, par le Saint-Esprit, il fit revivre les hommes et institua un cycle nouveau.


3.2. La Divinité ne peut être connue que par l'intermédiaire des manifestations de Dieu

(3.2.1)
Question. - Quelle est la nature de la réalité de la Divinité et de ses rapports avec les aurores et les orients divins ? Réponse. - Sachez que la réalité de la Divinité, la substance de l'Essence d'Unité, est pure sainteté et absolue sanctification, c'est-à-dire qu'elle est au-dessus et au-delà de toute louange. [nota : la foi bahá’íe n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et si elle se sert d'une terminologie passée dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la portée symbolique]


(3.2.2)
L'ensemble des attributs suprêmes du degré des choses existantes n'est, pour ce degré suprême, que pure imagination : c'est une chose invisible, inaccessible, incompréhensible, une essence absolument indescriptible; car l'Essence divine contient les choses, et tous les êtres sont contenus. Et certes, le contenant est plus grand que le contenu, et le contenu ne peut comprendre le contenant ni en saisir la réalité.

(3.2.3)
Les intelligences auront beau progresser et parvenir au plus haut degré de la compréhension, elles n'arriveront jamais plus loin qu'à voir les signes et les attributs de la Divinité dans le monde de la création, et non dans le monde de Dieu.

(3.2.4)
En effet, l'essence et les attributs du Seigneur de l'Unité sont dans les hauteurs de la sainteté et, pour les intelligences et les compréhensions, il n'y a pas de chemin qui mène à ce degré suprême : « Le chemin est fermé, et la recherche est interdite ». [nota : Hadith célèbre: « Le chemin est fermé, et la recherche est interdite »]

(3.2.5)
Il est clair que l'intelligence humaine est une qualité de l'être humain, et que l'homme est un signe de Dieu; comment la qualité d'un signe peut-elle comprendre celui qui ait naître le signe ? C'est-à-dire comment l'intelligence, qui est une qualité de l'homme, peut-elle parvenir à Dieu?

(3.2.6)
C'est pourquoi la réalité de la Divinité est cachée à toutes les compréhensions et voilée pour les intelligences de tous les hommes. Il est absolument impossible d'atteindre ce degré.

(3.2.7)
Nous voyons que tout ce qui est inférieur est impuissant à comprendre la réalité de ce qui est supérieur. Ainsi la pierre, la terre, l'arbre auront beau s'élever, ils ne peuvent comprendre la réalité de l'homme ni imaginer les facultés visuelle, auditive, ou les autres sens, bien que tout cela soit des choses créées.

(3.2.8)
Donc l'homme, qui est créé, comment pourrait-il parvenir à la réalité de la pure essence du Créateur ? Ce degré est inaccessible à l'intelligence : aucune explication ne permet de le concevoir; et nul pouvoir n'en peut indiquer l'accès.

(3.2.9)
Qu'est-ce qu'un grain de poussière peut avoir à faire avec le pur univers, et quel rapport y a-t-il entre l'intelligence limitée et le monde infini?

(3.2.10)
L'intelligence est impuissante à comprendre Dieu, et les âmes sont troublées s'il s'agit de l'expliquer. « Les yeux ne peuvent le voir, mais Lui, Il voit les yeux; et Il est l'Omniscient, l'Informé ». [voir : Coran 6.103]

(3.2.11)
Par conséquent, toute mention et toute explication de ce plan d'existence sont forcément défectueuses, tout éloge et toute description sont insuffisants, toute conception est vaine, et tout approfondissement de la question est futile.

(3.2.12)
Mais pour cette Essence des essences, cette Vérité des vérités, ce Mystère des mystères, il y a dans le monde de l'existence des reflets, des aurores, des apparitions, des resplendissements.

(3.2.13)
Les levers de ces aurores, le lieu de ces reflets, le théâtre de ces apparitions sont les saints orients, les réalités universelles, et les existences divines, qui sont les vrais miroirs de la sainte Essence de Dieu. [nota : la sainte Essence de Dieu est le prophète]

(3.2.14)
Toutes les perfections, les bienfaits, les splendeurs, qui viennent de Dieu, sont visibles et évidents dans la réalité des saintes manifestations, comme le soleil, qui resplendit avec toutes ses perfections et ses bienfaits dans un miroir poli et clair.

(3.2.15)
Si l'on dit que les miroirs sont les manifestations du soleil et les aurores de l'astre levant, cela ne signifie pas que le soleil soit descendu des hauteurs de sa sainteté, et qu'il se soit incorporé dans ce miroir; ni que la vérité illimitée se soit bornée à ce lieu d'apparition.

(3.2.16)
Dieu me pardonne ! C'est la théorie des partisans de l'anthropomorphisme. Non : toutes les qualités, les attributs, les descriptions se rapportent aux saintes manifestations; c'est-à-dire que toutes les qualités, les descriptions, les noms, les attributs que nous mentionnons se rapportent à ces manifestations de Dieu; et en vérité personne n'est parvenu jusqu'à la réalité de l'Essence de la Divinité pour pouvoir la décrire, l'expliquer, la louer ou la glorifier.

(3.2.17)
Donc tout ce que l'homme sait, trouve, comprend, des noms, des attributs et des perfections, se rapporte à ces saintes manifestations [nota : les saintes manifestations de Dieu]. Il n'y a pas moyen de faire autrement : « Le chemin est fermé, la recherche est interdite ! » [nota : Hadith célèbre: « Le chemin est fermé, et la recherche est interdite »]

(3.2.18)
Pourtant, nous expliquons les noms et les attributs de la Réalité divine, et nous la glorifions en lui attribuant la vue, l'ouïe, la puissance, la vie, le savoir.

(3.2.19)
Nous affirmons ces noms et attributs, non pas pour affirmer les perfections de Dieu, mais pour nier ses imperfections.

(3.2.20)
Quand nous regardons le monde contingent, nous voyons que l'ignorance est imparfaite et la science parfaite; aussi disons-nous de l'Essence sainte de Dieu qu'elle est savante. L'impuissance est une imperfection, la puissance une perfection; nous disons de l'Essence sainte de Dieu qu'elle est puissante.

(3.2.21)
Ce n'est pas que nous puissions comprendre, telles qu'elles sont, sa science, sa vue, son ouïe, sa puissance ou sa vie; c'est au-dessus de notre compréhension.

(3.2.22)
Car les noms et attributs essentiels de Dieu sont absolument identiques à son Essence, qui est au-dessus de toute compréhension. S'il en était autrement, la multiplicité des éternels [nota : la multiplicité des Dieu] serait nécessaire, et il y aurait aussi une différence entre l'essence et les attributs; et comme un Eternel est nécessaire, l'enchaînement des éternels deviendrait infini, ce qui est une erreur évidente.

(3.2.23)
Donc, toutes ces qualités, ces noms, ces descriptions, ces éloges s'appliquent aux lieux d'apparition; et tout ce que nous imaginons et supposons en dehors d'eux n'est que pure fantaisie, car nous n'avons pas de chemin qui mène à l'Invisible inaccessible.

(3.2.24)
C'est pour cela qu'il est dit [nota : Hadith célèbre]: « Tout ce que vous avez distingué par l'illusion de votre imagination dans vos subtiles images mentales n'est qu'une création comme vous-mêmes et se rapporte à vous. »

(3.2.25)
Il est clair que, si nous voulons imaginer la Réalité divine, cette imagination est contenue, et nous sommes le contenant; et certes le contenant est plus grand que le contenu. Ce qui prouve évidemment que, si nous imaginons une réalité divine en dehors des saintes manifestations, c'est pure fantaisie; car il n'y a pas de chemin vers la Réalité divine; laquelle est interdite à notre imagination; et ce qui vient à notre imagination est de la fantaisie.

(3.2.26)
Aussi, remarquez que tous les peuples du monde tournent autour du pouvoir des fantaisies [nota : ceux qui adorent les conceptions de leur fantaisie, allusion à la pérégrination autour de la Kaaba à La Mecque, qui est, pour les musulmans, l'acte d'adoration par excellence] et sont les esclaves des idoles des pensées et des imaginations. Ils ne le savent pas; ils prennent leurs fantaisies pour la réalité qui est au-dessus de la compréhension et de la description.

(3.2.27)
Ils se regardent comme les peuples de l'unité, et ils regardent les autres comme des idolâtres. Et cependant les idoles ont au moins l'existence minérale, tandis que les idoles de pensées et des imaginations de l'homme ne sont que des fantaisies : elles n'ont même pas l'existence minérale. « Et prenez exemple, ô possesseurs de perception! »

(3.2.28)
Sachez aussi que les attributs de perfection, les splendeurs de la bonté divine, les lumières' de l'inspiration sont visibles et évidentes chez toutes les manifestations sacrées;

(3.2.29)
mais le glorieux Verbe de Dieu, le Christ et le Plus-Grand Nom, Bahá'u'lláh, sont des manifestations et des évidences qui dépassent l'imagination, Car ils possédaient toutes les perfections des manifestations antérieures, et, en plus de cela, ils possédaient des perfections qui faisaient que les autres manifestations dépendaient d'eux.

(3.2.30)
Ainsi, tous les prophètes d'Israël furent des lieux de révélation : le Christ aussi reçut la révélation; mais quelle différence entre celle du Christ et l'inspiration d'Esaïe, de Jérémie, d'Elie!

(3.2.31)
Remarquez que la lumière est l'expression des vibrations de la matière éthérée; les nerfs de l'oeil sont influencés par ces vibrations et la vue se produit.

(3.2.32)
Cette lampe luit à cause des vibrations de la matière éthérée, absolument comme le soleil; mais quelle différence entre la lumière du soleil et celle des étoiles et de la lampe!

(3.2.33)
L'esprit de l'homme se manifeste et apparaît dans l'état de l'embryon, de même dans celui de l'enfance, et il éclate et resplendit d'une façon parfaite dans celui de l'âge mûr.

(3.2.34)
L'esprit est un, mais dans l'état embryonnaire il lui manque l'ouïe, la vue; tandis que, dans l'état de maturité et de perfection, il apparaît, resplendit et éclate au plus haut degré.

(3.2.35)
De même, la graine commence par donner des feuilles et devient le lieu de manifestations de l'esprit de croissance; et dans l'état de fruit, elle manifeste ce même esprit, c'est-à-dire la force végétale dans sa perfection dernière. Mais quelle différence entre la condition de la feuille et celle du fruit (car le fruit peut donner cent mille feuilles), bien que tous deux croissent et se développent par le même esprit végétal !

(3.2.36)
Considérez la différence entre les vertus et les perfections du Christ, les splendeurs et l'éclat de Bahá'u'lláh, et les vertus des prophètes d'Israël, comme Ezéchiel ou Samuel. Ils étaient tous des manifestations de la révélation, mais il y a entre eux une différence infinie!


3.3. Les trois états des manifestations de Dieu

(3.3.1)
Sachez que, bien qu'elles aient les conditions des perfections infinies, cependant les manifestations sacrées, d'une façon générale, ont trois états différents. Premièrement, l'état physique, deuxièmement, l'état humain ou état de l'âme douée de raison, troisièmement, l'état d'apparition divine et de splendeur céleste.

(3.3.2)
L'état physique est contingent car c'est la composition des éléments; et nécessairement chaque composition est soumise à la décomposition, inévitablement.

(3.3.3)
Le second état est celui de l'âme douée de raison, qui est la réalité de l'homme. Celui-ci aussi est contingent et, à ce point de vue, les manifestations sacrées partagent le sort de toute l'humanité.

(3.3.4)
Sachez que, bien que l'âme humaine existe sur la terre depuis des temps et des âges innombrables, elle est pourtant nouvelle [nota : l'âme est nouvelle à la naissance]. Mais comme elle est un signe divin, une fois que son existence a commencé, elle continue.

(3.3.5)
L'esprit de l'homme a un commencement, mais il n'a pas de fin : il continue éternellement.

(3.3.6)
De même, les espèces existant sur la terre sont récentes; car il est établi qu'il fut un temps où, sur toute la surface de la terre, ces espèces n'existaient pas. Bien plus, la terre elle-même n'existait pas. Mais il y avait le monde, qui n'est pas limité à la terre.

(3.3.7)
Je veux donc dire que, bien que l'âme humaine soit nouvelle, elle est pourtant durable, éternelle, perpétuelle.

(3.3.8)
En comparaison avec l'homme, les autres êtres [nota : les autres êtres sont les minéraux, les végétaux et animaux] sont dans le monde de l'imperfection; et l'homme est dans le monde de la perfection en comparaison avec les autres êtres. Les choses imparfaites, en arrivant au degré de perfection, deviennent éternelles. C'est un exemple que nous vous donnons, comprenez-en la signification. [nota : Il faut voir dans ces lignes une illustration de la différence entre l'esprit chez l'homme et ses autres formes moins parfaites (minéral, végétal, animal). Ce n'est que lorsqu'il se rencontre chez l'homme que l'esprit, qui manifeste la force de croissance dans le règne végétal, et les facultés des sens dans le règne animal, manifeste aussi l’immortalité] [voir : « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.1.1 et 4.19.1]

(3.3.9)
Le troisième état est celui de l'apparition divine et de la splendeur céleste; c'est le Verbe de Dieu, la bonté éternelle, le Saint-Esprit. Cet état n'a ni commencement ni fin, car ces choses appartiennent au monde des contingences et non au monde divin.

(3.3.10)
Pour Dieu, le commencement est la même chose que la fin, et la fin la même chose que le commencement. Ainsi, la division en jours, en semaines, en mois, en années, hier, aujourd'hui, tout cela appartient à la terre; mais dans le soleil, on ne le connaît pas : il n'y a ni hier ni aujourd'hui, ni demain, ni mois, ni années. Tout est égal.

(3.3.11)
De même, le Verbe de Dieu est affranchi de toutes ces conditions et il est exempt des comptes, des limites et des lois du monde contingent.

(3.3.12)
Donc, la réalité d'un prophète, qui est le Verbe de Dieu et l'apparition de la perfection, n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin. Son lever, comme celui du soleil, est tout autre.

(3.3.13)
Par exemple, son aurore, dans le signe du Christ, eut lieu avec la splendeur et l'éclat les plus grands : et elle est éternelle et immortelle.

(3.3.14)
Voyez combien de rois conquérants sont venus, combien de vizirs et d'émirs, puissants organisateurs; tous ont disparu; tandis que les brises du Christ soufflent comme toujours, que ses lumières brillent encore, que sa mélodie résonne encore, que son étendard est toujours élevé, que ses armées combattent toujours, que sa voix divine est toujours mélodieuse, que ses nuages répandent les pluies bienfaisantes, que ses éclairs scintillent, que son éclat est brillant et lumineux et que sa splendeur est éclatante et radieuse! Il en est de même de ceux qui sont sous son ombre et brillent de sa lumière.

(3.3.15)
Il est donc clair que les manifestations possèdent trois états : l’état physique, l'état de l'âme douée de raison et l'état d'apparition divine et de splendeur céleste.

(3.3.16)
L'état corporel, certes, est appelé à se décomposer. Quant à l'état de l'âme douée de raison, bien qu'il commence, il ne finit pas : il est doué de vie éternelle. Mais la sainte réalité que le Christ désigne en disant : « Le Père est dans le Fils », n'a ni commencement ni fin. [voir : Jean 14.13]

(3.3.17)
Lorsqu'on parle de commencement, il s'agit de l'état où les manifestations se révèlent et, symboliquement, on compare le silence au sommeil. Un homme est endormi, puis, lorsqu'il se met à parler, c'est comme s'il se réveillait. Cet homme endormi, une fois réveillé, est toujours le même individu. Il n'y a aucune différence dans son état, son élévation, sa gloire, sa réalité, sa nature. L'état du silence se compare au sommeil, et celui de la manifestation au réveil. L'homme qui dort ou qui veille est le même : le sommeil est un de ses états et la veille en est un autre. On compare la période du silence au sommeil, et la manifestation et la direction à la veille.

(3.3.18)
Dans l'Evangile, il est écrit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu. » Il est donc clair et évident que le Christ n'est pas parvenu à l'état de Messie et à ses perfections seulement au moment de l'ablution du baptême, quand le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, est descendu sur lui. Non, le Verbe de Dieu, de toute éternité, a été et sera dans les sublimités de la sanctification. [voir : Jean 1.1]


3.4. L'être humain et l'être spirituel chez les manifestations de Dieu

(3.4.1)
Nous avons dit que, chez les manifestations, il y avait trois états. Premièrement, la réalité physique, qui dépend de ce corps; deuxièmement, l'individualité, c'est-à-dire l'âme douée de raison; troisièmement, l'apparition divine, qui est l'ensemble des perfections divines et la cause de la vie dans le monde, de l'éducation des hommes, de la direction des créatures et de la lumière du monde contingent.

(3.4.2)
L'état physique est l'état humain, qui est sujet à disparaître car il est dû à la composition des éléments, et tout ce qui est composé d'éléments doit nécessairement être décomposé et dispersé.

(3.4.3)
Quant à l'individualité des manifestations de Dieu, c'est une réalité sacrée et, pour cette raison, elle est pure; et en ce qui concerne sa nature et sa qualité, elle est supérieure à toute autre chose.

(3.4.4)
C'est ainsi que le soleil, par sa propre nature, crée la lumière et ne peut même pas être comparé à la lune. De même, les éléments qui composent le globe solaire ne peuvent être comparés à ceux qui composent la lune. Les éléments et la composition de celui-là produisent nécessairement de la lumière; tandis que les éléments et la composition de celle-ci n'en produisent pas mais ont besoin d'en recevoir.

(3.4.5)
Ainsi, les autres réalités humaines sont des êtres qui, comme la lune, ont besoin des lumières du soleil. Tandis que les saintes réalités sont par elles-mêmes lumineuses.

(3.4.6)
Le troisième état de l'être prophétique est la bonté divine, la splendeur de la beauté éternelle et l'éclat des lumières du Tout-Puissant.

(3.4.7)
L'individualité réelle des manifestations sacrées n'est séparée en rien de la bonté divine et de la splendeur céleste; de même, le globe solaire ne se sépare pas de la lumière solaire.

(3.4.8)
Aussi, peut-on dire que l'ascension des manifestations sacrées est simplement l'abandon de cette forme élémentaire. Par exemple, si une lampe illumine cette niche et que sa lumière cesse de l'éclairer parce que la niche est détruite, le bienfait de la lampe n'est pas interrompu pour cela.

(3.4.9)
Bref, chez les manifestations sacrées, la bonté éternelle est comme la lampe; l'individualité tient lieu de verre, et le corps humain est comme la niche : si la niche est détruite, la lampe continue à brûler.

(3.4.10)
Les manifestations divines sont autant de miroirs différents, au point de vue de leur individualité spéciale; mais ce qui se reflète dans ces miroirs, c'est un seul et unique soleil.

(3.4.11)
Il est clair que la personnalité du Christ était autre que celle de Moïse. De plus, il est certain que, dès le début, les manifestations sacrées connaissent le secret de l'existence et que, dès l'enfance, elles produisent clairement les signes de leur grandeur; comment alors, avec toutes ces bontés et ces perfections, n'auraient-elles pas le savoir ?

(3.4.12)
Nous avons parlé de trois états pour les manifestations sacrées : l'état physique, la réelle individualité et le centre d'apparition de la perfection; de même il y a le soleil, sa chaleur et sa lumière.

(3.4.13)
Les autres individus aussi ont trois états, l'état physique, celui de l'âme douée de raison, la relation de l'Esprit avec l'intelligence. [nota : les individus ont trois états, l'état physique, celui de l'âme douée de raison, la relation de l'Esprit avec l'intelligence]

(3.4.14)
Donc, dans les cas où il est dit : « J'étais endormi; les brises divines ont passé sur moi et je me suis éveillé », c'est comme lorsque le Christ disait : « Le corps est triste et l'esprit est heureux »; ou encore lorsqu'on dit : « J'ai des ennuis, je suis tranquille, je suis troublé, etc., » Tout cela se rapporte à l'état physique et n'a rien à aire ni avec l'individualité ni avec l'état de manifestation de la Réalité divine. [voir : « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.4.14 et 3.4.17 et 4.13.15 - « J'étais endormi les brises divines ont passé sur moi et je me suis éveillé »]

(3.4.15)
Ainsi, voyez combien de milliers de vicissitudes peuvent survenir au corps humain sans que l’esprit n’en soit aucunement affecté. Il se peut même que certains membres du corps soient complètement perdus, mais l'essence de l'intelligence n'en subsiste pas moins et demeure.

(3.4.16)
Il peut arriver cent mille accidents à un vêtement sans que celui qui le porte ne soit aucunement en péril.

(3.4.17)
Ce que dit Bahá'u'lláh : « J'étais endormi, le souffle a passé sur moi et m'a réveillé », se rapporte au corps. [voir : « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.4.14 et 3.4.17 et 4.13.15 - « J'étais endormi les brises divines ont passé sur moi et je me suis éveillé »]

(3.4.18)
Dans le monde de Dieu, il n'y a ni passé, ni futur, ni présent : tout est un. Ainsi quand le Christ dit : « Au commencement était le Verbe », c'est-à-dire il était, il est et il sera; car dans le monde de Dieu, il n'y a pas de temps. [voir : Jean 1.1]

(3.4.19)
Le temps ne se rapporte qu'à la créature, non à Dieu. Par exemple, dans sa prière, le Christ dit : « Que ton nom soit sanctifié ». [voir : Matthieu 6.9]

(3.4.20)
Cela veut dire; ton nom a été, est, et sera sanctifié. Le matin, le midi, le soir se rapportent à cette terre, mais dans le soleil, d n'y a ni matin, ni midi, ni soir !


3.5. Le savoir des manifestations de Dieu

(3.5.1)
Question. - Parmi les pouvoirs que possèdent les manifestations se trouve le savoir; par quoi est-il limité ? Réponse. - Il y a deux sortes de savoir : le savoir qu'on tire de soi, et le savoir qu'on tire du monde extérieur, c'est-à-dire le savoir d'intuition et le savoir de perception. [nota : Dans ces derniers entretiens, Abdu’l-Bahá cherche plutôt à concilier dans une exégèse nouvelle les prophéties apocalyptiques des juifs, des chrétiens et des musulmans, qu'à mettre en évidence leur caractère surnaturel. Voir le chapitre sur les pouvoirs des prophètes]

(3.5.2)
La connaissance que, généralement, les hommes ont de toutes choses, est le résultat de la réflexion ou de l'expérience; c'est-à-dire que, ou bien par l'intelligence on imagine une chose, ou bien, l'ayant vue, une image s'en forme dans le miroir de l'âme. Le cercle de ce savoir est extrêmement limité car il dépend de l'effort et de l'étude.

(3.5.3)
Mais la seconde sorte de savoir, qui est celui qu'on tire de soi, le savoir d'intuition, est comme la connaissance et la conscience que l'homme a de lui-même.

(3.5.4)
Par exemple, l'intelligence de l'homme et l'esprit de l'homme ont conscience des différentes conditions et façons d'être des membres et des parties composantes de son corps, et sont au courant de toutes les sensations physiques; en même temps, ils connaissent leurs forces, leurs sensations et leurs conditions spirituelles.

(3.5.5)
C'est par le savoir tiré de soi que l'homme réalise et comprend les choses; car l'esprit enveloppe le corps et connaît ses sensations et ses forces. Ce savoir ne dépend pas de l'effort et de l'étude; c'est une chose qui existe, une pure faveur.

(3.5.6)
Comme les saintes réalités, les manifestations universelles de Dieu enveloppent l'essence et les qualités des créatures, contiennent et dépassent les réalités existantes et comprennent toutes choses, leur savoir est le savoir divin et non pas un savoir acquis. C'est une sainte bénédiction et une faculté divine.

(3.5.7)
Nous citerons un exemple spécial pour l'intelligence de cette question. L'homme est l'être le plus noble de la terre; il comprend les règnes animal, végétal, minéral; c'est-à-dire que ces conditions sont contenues en lui, de façon qu'il est le possesseur de ces états; il connaît leurs mystères et les secrets de leur existence. C'est un exemple, non une analogie.

(3.5.8)
Bref, les manifestations universelles de Dieu sont au courant de la réalité secrète des choses;

(3.5.9)
aussi établissent-elles des lois convenables et adaptées à l'état de l'humanité; car la religion est le lien essentiel dépendant de la réalité des choses. La manifestation, c'est-à-dire le saint législateur, si elle n'était pas informée de la réalité des créatures, ne comprendrait pas le lien essentiel qui en dépend; elle ne serait pas capable d'établir une religion conforme aux choses et qui convienne aux conditions de l'existence.

(3.5.10)
Les prophètes de Dieu, les manifestations universelles sont des médecins habiles; et le monde des contingences est comme le corps de l'homme : les lois de Dieu sont le remède et le traitement.

(3.5.11)
Le médecin, par conséquent, doit connaître chaque membre et chaque partie, il doit être au courant de la nature et de la santé du malade, pour lui donner, contre un poison violent, un remède qui lui fasse du bien. En réalité, le docteur déduit de la maladie elle-même le traitement qui convient au malade, car il diagnostique la maladie, puis il prescrit le traitement de ce mal chronique.

(3.5.12)
Jusqu'à ce que la maladie soit diagnostiquée, comment prescrire le remède et le traitement? Il faut que le médecin connaisse à fond la nature, les membres, les organes, la santé du malade, qu'il soit au courant de toutes les maladies et de tous les remèdes afin de prescrire celui qui convient.

(3.5.13)
La religion est donc le lien nécessaire qui dépend de la réalité des choses; et comme les manifestations universelles de Dieu sont au courant des mystères des créatures, elles connaissent ce lien essentiel, et elles établissent cette loi de Dieu.


3.6. Les cycles universels

(3.6.1)
Question. - Comment expliquer réellement les cycles qui se produisent dans le monde de l'existence ? Réponse. - Chacun des corps lumineux de ce firmament sans limites a un cycle de révolution de durée différente, chacun se meut dans sa propre orbite et une fois encore commence un nouveau cycle. [nota : les cycles prophétiques]

(3.6.2)
Ainsi la terre, tous les trois cent soixante-cinq jours, cinq heures, quarante-huit minutes et une fraction, accomplit une révolution : et alors commence un nouveau cycle, c'est-à-dire que le premier cycle est encore renouvelé.

(3.6.3)
De même pour tout l'univers, qu'il s'agisse des cieux ou des hommes, il y a des cycles de grandes événements, de faits et d'incidents importants.

(3.6.4)
Lorsqu'un cycle se termine un nouveau cycle commence, et l'ancien, en raison des grands événements qui ont lieu, est complètement oublié et aucune trace ou mention n'en restera.

(3.6.5)
Comme vous le voyez, nous n'avons aucun souvenir d'il y a vingt mille ans, bien que nous ayons prouvé précédemment par argument que la vie sur cette terre est très ancienne.

(3.6.6)
Elle n'a pas cent mille, ou deux cent mille, ou un million ou deux millions d'années, elle est très ancienne, et les anciennes mentions et traces sont entièrement effacées.

(3.6.7)
De même chacune des manifestations divines a un cycle, et pendant ce cycle ses lois et commandements prévalent et ont cours. Lorsque son cycle est achevé par l'apparition d'une nouvelle manifestation, un nouveau cycle commence.

(3.6.8)
Ainsi les cycles commencent, s'achèvent et sont renouvelés, jusqu'à ce qu'un cycle universel soit achevé dans le monde, lorsque des événements importants et de grands incidents ont lieu, effaçant entièrement toute trace et toute mention du passé; alors un nouveau cycle universel commence dans le monde, car cet univers n'a pas de commencement.

(3.6.9)
Nous avons montré précédemment des preuves et évidences relatives à ce sujet; il n'est pas utile de les répéter.

(3.6.10)
En bref, nous disons qu'un cycle universel dans le monde de l'existence signifie un long laps de temps et des périodes et époques innombrables et incalculables.

(3.6.11)
Dans un tel cycle, les manifestations apparaissent avec splendeur dans le royaume du visible, jusqu'à ce qu'une grande manifestation universelle fasse du monde le centre de son éclat. Son apparition permet au monde d'atteindre sa maturité, et l'étendue de son cycle est très grande.

(3.6.12)
D'autres manifestations se lèveront ensuite sous son ombre et, selon les besoins du temps, renouvelleront certains commandements ayant trait aux questions et affaires matérielles, tout en restant sous son ombre.

(3.6.13)
Nous sommes dans le cycle qui a commencé avec Adam, et sa manifestation universelle est Bahá'u'lláh.


3.7. Les pouvoirs des manifestations de Dieu et la limite de leur influence

(3.7.1)
Question. - Quel est le degré de la puissance et des perfections des trônes de vérité, les manifestations divines, et quelle est la limite de leur influence ?

(3.7.2)
Réponse. - Considérez le monde de l'existence, c'est-à-dire les choses matérielles. Le système solaire est ténébreux et obscur, et au milieu de ce système se trouve le soleil, centre des lumières; toutes les planètes de ce système évoluent autour de sa force et sont illuminées par ses bienfaits. Le soleil est cause de vie et de lumière, ainsi que de croissance et de développement pour l'ensemble des créatures de son système.

(3.7.3)
Sans ces bienfaits, aucun être vivant n'existerait dans ce monde; tout serait sombre et anéanti. Il est donc évident et clair que le soleil est le centre des lumières et la cause de la vie des êtres du système solaire.

(3.7.4)
De la même façon, les manifestations sacrées de Dieu sont le centre des lumières de la vérité, et la source des mystères et des bienfaits de l'amour; elles brillent sur le monde des coeurs et des pensées, et elles distribuent les bienfaits éternels au monde des âmes; elles donnent la vie spirituelle et resplendissent des lumières des réalités et des significations.

(3.7.5)
Tout l'éclat du monde des pensées vient de ce centre lumineux et de cette source mystérieuse. Sans le bienfait de la splendeur et de l'éducation de ces êtres saints, le monde des âmes et des pensées ne serait que ténèbres sur ténèbres; et sans les instructions irréfutables de ces sources mystérieuses, le monde humain serait la lice des appétits et des moeurs des animaux, l'existence de toute chose serait fictive, et il n'y aurait pas de véritable vie. Voilà pourquoi dans l'Evangile il est dit : « Au commencement était le Verbe » : c'est-à-dire qu'il a été la cause de toute vie. [voir : Jean 1.1]

(3.7.6)
Maintenant, considérez l'influence du soleil sur les êtres terrestres : quel profit et quel résultat ne tirent-ils pas clairement et évidemment de son approche ou de son éloignement, de son lever ou de son coucher! Tantôt c'est l'automne, tantôt c'est le printemps, tantôt l'été ou l'hiver. Lorsqu'il passe la ligne de l'équateur, le printemps vivifiant resplendit; lorsqu'il arrive au zénith, les fruits parviennent au degré de perfection, les graines et les plantes donnent leurs produits et les créatures de la terre croissent et atteignent leur développement achevé.

(3.7.7)
Pareillement, lorsque la manifestation sacrée de Dieu, qui est le soleil du monde de sa création, resplendit sur les âmes, les pensées et les coeurs, alors le printemps spirituel arrive, une vie nouvelle apparaît, la puissance du printemps merveilleux devient visible, et des bienfaits extraordinaires sont constatés.

(3.7.8)
De même que vous l'avez remarqué, lors de l'apparition de chaque manifestation de Dieu, des progrès considérables sont constatés dans le monde de l'intelligence, de la pensée, de l'esprit. Entre autres, dans ce siècle divin, voyez quel développement a atteint le monde de l'intelligence et de la pensée : et ce n'est que le commencement de l'aurore, Avant peu, on verra que ces bienfaits nouveaux et ces enseignements divins illumineront ce monde obscur et transformeront ces tristes contrées en un paradis suprême!

(3.7.9)
Et si nous voulions expliquer les signes et les bienfaits de chacune des manifestations sacrées, cela prendrait très longtemps. Pensez-y et réfléchissez-y vous-même, et vous comprendrez cette question.


3.8. Les deux sortes de prophètes

(3.8.1)
Question. - D'une façon générale, combien y a-t-il de sortes de prophètes ? Réponse. - D'une façon générale, il y a deux sortes de prophètes. Les uns sont des prophètes indépendants auxquels on obéit; les autres ne sont pas indépendants, eux-mêmes sont des disciples. [nota : Les Manifestations divines sont les grands éducateurs, les prophètes indépendants, fondateurs de religions]

(3.8.2)
Les prophètes indépendants apportent une loi et fondent un cycle nouveau; par leur apparition, le monde revêt une nouvelle robe d'honneur, et la religion reçoit de nouvelles fondations; un livre nouveau est révélé; et sans intermédiaire, ils manifestent la bonté de la Réalité divine elle-même.

(3.8.3)
Leur spiritualité est une spiritualité essentielle comme celle du soleil qui est lumineux par lui-même, et dont la lumière est une nécessité essentielle qui ne lui vient pas d'un autre astre.

(3.8.4)
Ces orients du matin de l'unité sont les sources de la bonté et les miroirs de l'Essence de Vérité.

(3.8.5)
Les autres prophètes sont des disciples et des promoteurs. Ils ne sont pas indépendants; ce sont des branches qui manifestent la bonté des prophètes indépendants et ils reçoivent la lumière de direction du prophète universel, de même que la lune, non éclairante ni lumineuse par elle-même, reçoit la lumière du soleil.

(3.8.6)
Ces manifestations de la prophétie universelle qui sont apparues avec indépendance sont, par exemple, Abraham, Moïse, le Christ, Muhammad, le Bab, Bahá'u'lláh. Quant aux autres, qui sont eux-mêmes des disciples et des promoteurs, ils sont comme Salomon, David, Esaïe, Jérémie, Ezéchiel.

(3.8.7)
Car les prophètes indépendants étaient des fondateurs; ils ont établi une nouvelle religion et ont donné aux âmes une vie nouvelle; ils ont changé la mentalité générale, ils ont répandu des coutumes et des règles nouvelles, renouvelé le cycle et la religion. Leur apparition ressemble à celle du printemps qui revêt d'une nouvelle parure tous les êtres de la terre et leur donne une nouvelle vie.

(3.8.8)
Quant à la seconde sorte de prophètes, les disciples, ils répandent simplement la loi existante, font connaître la religion de Dieu et proclament sa parole. Ce n'est pas d'eux-mêmes qu'ils tirent le pouvoir et la force, mais ils les reçoivent des prophètes indépendants.

(3.8.9)
Question. - Bouddha et Confucius, à quelle catégorie appartenaient-ils? Réponse. - Bouddha aussi a établi une nouvelle religion, et Confucius a renouvelé les moeurs et les mentalités antiques.

(3.8.10)
Mais les fondations qu'ils avaient établies se sont entièrement effondrées. Les bouddhistes et les confucianistes ne sont aucunement restés fermes et inébranlables dans les croyances et les rites de l'origine.

(3.8.11)
Le fondateur de cette religion [nota : le fondateur de cette religion est Bouddha] était une âme merveilleuse, il établit les principes de l'unité divine; mais par la suite, lorsque sa doctrine se répandit, les principes originels disparurent complètement, des pratiques et des coutumes d'ignorance prirent cours, et l'on en vint à l'adoration des statues et des images.

(3.8.12)
Or, remarquez également que le Christ a renouvelé à maintes reprises l'ordre de suivre les dix commandements de la Bible, et qu'il a confirmé leur importance.

(3.8.13)
Parmi les dix commandements, il en est un qui dit : « N'adorez pas des statues et des images. » Or, aujourd'hui, dans bien des églises chrétiennes, il y a des statues et des images. [voir : Deutéronome 5.8]

(3.8.14)
Il est donc clair es évident que la religion de Dieu ne subsiste pas dans ses principes originels au milieu des peuples, et qu'en se répandant elle change et se modifie jusqu'à ce qu'elle soit entièrement détruite et anéantie.

(3.8.15)
Alors une nouvelle manifestation paraît, et une religion nouvelle est fondée. Si la première ne se modifiait pas et ne changeait pas, le besoin d'une seconde ne se ferait pas sentir.

(3.8.16)
Au commencement, cet arbre était dans toute sa beauté, il était plein de fleurs et de fruits; mais en devenant vieux et ancien, il est devenu tout à fait stérile, il se dessèche et pourrit. C'est pour cela que le Jardinier de Vérité plante à nouveau un arbrisseau incomparable, de la même race et de la même famille que le vieil arbre, et le jeune arbre croît et se développe de jour en jour, répand une ombre étendue dans le jardin divin et donne des fruits excellents.

(3.8.17)
De même les religions, dans la suite des jours, s'écartent de leurs principes fondamentaux; la vérité de la religion de Dieu disparaît complètement, l'esprit en est perdu; les hérésies font leur apparition et c'est un corps sans âme. Voilà pourquoi elles changent.

(3.8.18)
J'en reviens à dire que les confucianistes et les bouddhistes adorent aujourd'hui des statues et des images. Ils ont complètement oublié l'unité divine; ils croient en des dieux imaginaires, comme les anciens Grecs. Mais au commencement il n'en était pas ainsi; c'étaient d'autres principes, d'autres moeurs.

(3.8.19)
Voyez également combien les principes de la religion du Christ sont oubliés, et combien d'hérésies sont venues! Ainsi le Christ a interdit les conquêtes guerrières et la vengeance; Il a ordonné la bonté et la bienveillance, en réponse à la violence et au mal. Voyez cependant, chez les chrétiens eux-mêmes, combien il y a eu de guerres sanguinaires, combien d'injustices, de cruautés, de rapacité, de sang répandu ! Beaucoup de ces guerres furent même ordonnées par les papes!

(3.8.20)
Il est donc clair et évident que, dans la suite des temps, les religions changent et se modifient entièrement. Aussi sont-elles renouvelées.


3.9. Les reproches adressés aux prophètes dans les saintes Ecritures

(3.9.1)
Question. - Dans les livres saints, il y a certaines paroles de menace, comme un reproche à l'adresse des prophètes. A qui ce reproche est-il adressé et à propos de quoi ?

(3.9.2)
Réponse. - Toute parole divine qui prend la forme d'un reproche, bien qu'en apparence elle soit adressée au prophète.

(3.9.3)
s'applique en réalité au peuple. La raison de cela n'est autre que la clémence; afin que le peuple ne se désespère pas et ne perde pas confiance, la parole paraît adressée au prophète. Donc, bien qu'en apparence elle soit pour le prophète, en réalité elle est pour le peuple, et non pour le prophète. D'ailleurs, le roi tout-puissant et indépendant d'un pays est l'expression de tout ce pays; ce qu'il dit est la parole de tous, chaque pacte qu'il fait est le pacte de tous, car le désir et la volonté de tous ses sujets sont les siens propres. De même, chaque prophète est l'expression de tout le peuple; aussi, le pacte et la parole que Dieu lui adresse sont le pacte et la parole adressés à tous.

(3.9.4)
Généralement, la parole de menace et le reproche sont un peu violents pour le peuple, et ils deviendraient la cause de l'humiliation des coeurs. Aussi la sagesse parfaite exige-t-elle ce procédé.

(3.9.5)
Il ressort de la Bible elle-même que les Israélites, s'étant révoltés, dirent à Moïse : « Nous ne pouvons pas combattre les Amalécites qui sont puissants, forts et courageux. » Dieu fit des reproches à Moïse et à Aaron, alors que Moïse était dans la soumission la plus grande, et non en révolte. [voir : « Samuel 1 » 15.18 et 15.24]

(3.9.6)
Et certes, un aussi grand personnage, par qui la bonté divine et la religion se répandaient, doit nécessairement obéir aux commandements de Dieu.

(3.9.7)
Ces âmes saintes sont comme les feuilles d'un arbre, qui sont mises en mouvement par le souffle du vent et non par leur propre désir, car elles sont attirées par les brises de l'amour de Dieu; leur volonté est entièrement soumise, leur parole est la parole de Dieu, leurs commandements sont les commandements de Dieu, leurs interdictions, les interdictions de Dieu.

(3.9.8)
Comme ce verre dont la lumière vient de la lampe (bien qu'en apparence la lumière semble émaner du verre, en vérité elle brille de la lampe), il en est de même pour les prophètes de Dieu, les lieux de la manifestation, dont le mouvement ou le repos dépendent de l'inspiration divine, et non des passions humaines.

(3.9.9)
Autrement, comment les prophètes seraient-ils dignes de confiance et comment seraient-ils les messagers de Dieu? Comment transmettraient-ils les commandements et les défenses de Dieu ?

(3.9.10)
Donc, chaque fois que dans les livres saints il est fait, à propos des manifestations, mention d'une faute, il s'agit d'un cas de cette nature.

(3.9.11)
Grâce à Dieu, vous êtes venue ici, et vous avez rencontré les serviteurs de Dieu! Avez-vous senti en eux autre chose que le parfum du contentement de Dieu ? Non certes!

(3.9.12)
Avec vos propres yeux vous avez vu combien, nuit et jour, ils travaillent et ils luttent, qu'ils n'ont d'autre but que la proclamation de la parole de Dieu, l'éducation des hommes, l'amélioration des masses, les progrès spirituels, la promulgation de la paix universelle, la bonne volonté pour toute l'humanité, la bienveillance envers tous les peuples, qu'ils ne veulent que se sacrifier pour le bien-être des hommes, se détacher des avantages matériels, se dévouer aux vertus de l'humanité!

(3.9.13)
Mais revenons à notre sujet. Par exemple, dans la Bible, au livre d'Esaïe, chapitre XLVIII, verset 12, il est dit: « ô Jacob, et ô Israël, mon appelé, écoute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. » Il est évident que cela ne veut pas dire Jacob qui était Israël, mais les Israélites. De même au livre d'Esaïe, chapitre XLIII, verset I, il est dit : « Mais maintenant, c'est Dieu qui t'a créé, ô Jacob, et qui t'a formé, ô Israël, qui dit : ne crains rien, car je t'ai racheté; je t'ai appelé par ton nom, tu es donc mien. » [voir : « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.9.13 et 4.13.16 et 5.7.11 ; « Les sept vallées » 1.35 et 1.64 ; voir aussi Apocalypse 1.8 ; Esaïe 43.1 et 48.12 ; Coran 57.3 - CLE: LE PREMIER LE DERNIER, ALPHA ET OMEGA - Selon la bible: « ô Jacob, et ô Israël, mon appelé, écoute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. » et selon Jésus: « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. » et selon Muhammad: « C'est Lui le Premier et le Dernier »]

(3.9.14)
De plus, dans les Nombres, chapitre XX, verset 23, il est dit : « Dieu ayant parlé à Moïse et à Aaron vers la montagne de Hor, près des frontières du pays d'Edom, dit : Aaron sera recueilli auprès de son peuple, parce que vous avez transgressé mon commandement aux eaux de contestation; donc il n'entrera pas dans le pays que j'ai donné aux enfants d'Israël. » Et au verset 13, il est dit : « Ce sont les eaux de contestation, l'endroit où les enfants d'Israël se révoltèrent contre Dieu, et il se sanctifia au milieu d'eux. » [voir : Nombres 20.13 et 20.23-24]

(3.9.15)
Voyez : les Israélites se révoltèrent, mais en apparence le reproche fut pour Aaron et Moïse. De même au chapitre III, verset 26, du Deutéronome, il est dit : « Dieu était en colère contre moi à cause de vous; il ne m'exauça pas et dit : cela te suffit, ne me parle plus de cette affaire. » [voir : Deutéronome 3.26]

(3.9.16)
Or, ce discours et ce reproche, en vérité, s'adressaient au peuple d'Israël qui, pour s'être révolté contre les commandements de Dieu, fut retenu longtemps captif dans le désert aride, de l'autre côté du Jourdain, jusqu'au temps de Josué (sur lui le salut !). Ce discours et ce reproche paraissaient être pour Moïse et Aaron, mais en réalité ils étaient pour le peuple d'Israël.

(3.9.17)
De même dans le Qur'an, il est dit à Muhammad : « Certes, nous t'avons accordé une victoire évidente, afin que Dieu te pardonne tes péchés passés et présents ». Ces paroles, bien qu'en apparence adressées à Muhammad, étaient pour tout le peuple. [voir : Coran 48.1-2]

(3.9.18)
Et c'était, comme nous l'avons vu plus haut, un effet de la sagesse parfaite de Dieu, afin que les coeurs ne fussent pas troublés, anxieux ni tourmentés.

(3.9.19)
Combien de fois il arrive que les prophètes de Dieu et les manifestations universelles, dans leurs prières, confessent leurs fautes et leurs péchés! Ce n'est qu'un enseignement pour les autres hommes, et un avertissement et un encouragement à la soumission et à la confession des fautes et des péchés. Autrement, ces âmes saintes sont pures de toute faute et affranchies de l'erreur.

(3.9.20)
Dans l'Evangile, il est écrit que quelqu'un vint trouver le Christ et l'appela « bon maître ». Le Christ répondit : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? car un seul est bon, et c'est Dieu. » Cela ne voulait pas dire (Dieu soit mon refuge!) que le Christ était un criminel; c'était un enseignement de soumission, d'humilité, de modestie et de simplicité, pour celui à qui il parlait. [voir : Luc 18.18-19]

(3.9.21)
Ces êtres saints sont des lumières : la lumière ne s'unit pas aux ténèbres; ils sont la vie : la vie et la mort ne se confondent pas; ils sont la direction : la direction et l'erreur ne vont pas ensemble; ils sont l'obéissance réelle : l'obéissance et l'opposition ne se confondent pas.

(3.9.22)
En résumé, les parole' sous forme de reproches qu'on trouve dans les Ecritures saintes, bien qu'elles semblent destinées aux prophètes, c'est-à-dire aux manifestations de Dieu, en réalité sont destinées au peuple. Et si vous examinez attentivement les Ecritures saintes cela vous paraîtra clair et évident.


3.10. Il n'y a point d'associé dans Son Infaillibilité suprême

(3.10.1)
Il est dit dans le verset sacré : « Il n'y a point, pour Celui qui est l'Orient de la Révélation [nota : L'Orient de la Révélation est la Manifestation (messager) de Dieu], d'associé dans Son Infaillibilité suprême. Il est, en vérité, l'interprète de "Dieu fait ce qu'Il veut" dans le royaume de la création. Certes, le Tout-Puissant s'est réservé exclusivement cette station et n'a donné à nul autre une part dans cette distinction hautement exaltée ». [nota : Kitab-i-Aqdas, le Très-Saint Livre. C'est le principal ouvrage de Bahá’u’lláh; il contient la plupart des commandements. Il constitue la base des principes de la foi bahá’íe][voir : Kitáb-i-Aqdas 1.47]

(3.10.2)
Sachez qu'il y a deux sortes d'infaillibilité : l'infaillibilité essentielle et l'infaillibilité acquise. Il y a de même le savoir essentiel et le savoir acquis; et il en est ainsi des autres noms et attributs.

(3.10.3)
L'infaillibilité essentielle est particulière à la manifestation suprême, car c'est pour elle une nécessité essentielle, et une nécessité essentielle est inséparable de la chose elle-même.

(3.10.4)
La lumière est la nécessité essentielle du soleil, et elle en est inséparable. Le savoir est une nécessité essentielle de Dieu, et il est inséparable de Dieu. La puissance est une nécessité essentielle de Dieu, et elle en est inséparable; si on pouvait l'en séparer, ce ne serait plus Dieu.

(3.10.5)
Si l'on pouvait séparer la lumière du soleil, ce ne serait plus le soleil. Donc, si l'on imagine la séparation entre l'infaillibilité suprême et la manifestation suprême, ce n'est plus la manifestation suprême, il lui manque les perfections essentielles.

(3.10.6)
Mais l'infaillibilité acquise n'est pas une nécessité de nature; au contraire, c'est un rayon de la générosité de l'infaillibilité qui, du Soleil de Réalité, brille sur les coeurs et donne aux âmes une part d'elle-même.

(3.10.7)
Bien que ces âmes n'aient pas l'infaillibilité essentielle, elles sont néanmoins sous la protection de Dieu, c'est-à-dire que Dieu les préserve de l'erreur.

(3.10.8)
C'est ainsi que de nombreux saints qui n'étaient pas des orients de l'infaillibilité suprême furent néanmoins protégés et préservés de l'erreur, à l'ombre de la protection et de la garde de Dieu; car ils étaient les intermédiaires de la grâce entre Dieu et les hommes.

(3.10.9)
Si Dieu ne les avait pas protégés de l'erreur, leur erreur aurait fait tomber les croyants dans l'erreur et les fondements de la religion divine eussent été bouleversés, ce qui n'eût pas été convenable, ni digne de Dieu.

(3.10.10)
En résumé, l'infaillibilité essentielle appartient expressément aux manifestations suprêmes, et l'infaillibilité acquise est accordée à toutes les âmes saintes.

(3.10.11)
Par exemple, la Maison Universelle de Justice, si elle est constituée selon les conditions requises, c'est-à-dire de membres élus parmi tout le peuple, sera sous la direction infaillible et la protection de Dieu. Si cette maison de justice prend une décision sur toute question non mentionnée dans le Livre, que ce soit à l'unanimité ou à la majorité, cette décision et ce commandement seront préservés de l'erreur. [nota : la Maison de Justice (Baytu'l-Adl) est une institution créée par Bahá’u’lláh. Il fait mention de deux échelons de cette institution: les maisons locales de justice, responsables de chaque ville ou village, et la Maison Universelle de Justice. Dans son testament, Abdu’l-Bahá a ajouté un échelon intermédiaire: les maisons secondaires de justice. L'infaillibilité n'a été conférée qu'à la Maison universelle de justice. A l'heure actuelle, pour mettre l'accent sur leurs fonctions purement spirituelles, les maisons de justice locales et secondaires sont désignées sous le nom d'assemblées spirituelles locales et nationales]

(3.10.12)
Cependant, les membres de la maison de justice n'ont pas individuellement l'infaillibilité essentielle; mais le corps de la maison de justice est sous la protection et la direction infaillible de Dieu, c'est ce qu'on appelle l'infaillibilité conférée.

(3.10.13)
Bref, il est dit que l' « Orient de la Révélation » est la manifestation de « Il fait ce qu'Il veut ». Ce rang est particulier à cet être saint, et les autres êtres ne partagent pas cette perfection essentielle.

(3.10.14)
C'est-à-dire que, comme les manifestations suprêmes ont assurément l'infaillibilité essentielle, tout ce qui émane d'elles est l'essence de la vérité, et est conforme à la réalité. Elles ne sont pas sous l'ombre des lois précédentes. Tout ce qu'elles disent est la parole de Dieu, tout ce qu'elles font est juste.

(3.10.15)
Nul croyant n'a le droit de critiquer; il doit se soumettre entièrement, car la manifestation s'est levée avec la sagesse suprême. De sorte que tout ce que dit et fait la Manifestation suprême est la sagesse absolue et est conforme à la réalité.

(3.10.16)
Si quelques-uns ne comprennent pas le secret caché d'un de ses commandements et d'une de ses actions, ils ne doivent pas s'y opposer, car la Manifestation suprême « fait ce qu'elle veut ».

(3.10.17)
Combien de fois est-il arrivé qu'un individu intelligent, parfait et sage ait accompli une action et que d'autres, incapables d'en comprendre la sagesse, s'y soient opposés, étonnés qu'un pareil sage puisse dire ou faire une telle chose. Cette opposition venait de leur ignorance, tandis que la sagesse du sage est pure et exempte d'erreur.

(3.10.18)
De même, un médecin habile, lorsqu'il soigne un malade, « fait ce qu'il veut », et le malade n'a pas le droit de s'y opposer. Ce que le médecin dit ou fait est bien; chacun doit le considérer comme la manifestation de « il fait ce qu'il veut et ordonne ce qu'il désire ».

(3.10.19)
Certes, le médecin, dans son traitement, agira contrairement à l'opinion du vulgaire, mais il n'est pas permis a ceux qui n'ont pas l'avantage de la science et de l'art médical de s'y opposer. Non, par Dieu ! Au contraire, chacun doit se soumettre et faire ce que dit le médecin compétent.

(3.10.20)
Donc, le médecin compétent « fait ce qu'il veut » et les malades ne partagent pas ce droit. Il faut d'abord s'assurer de la compétence du médecin; mais une fois cette compétence établie, « il fait ce qu'il veut ».

(3.10.21)
Pareillement, lorsqu'un chef d'armée est passé maître dans l'art de la guerre, en ce qui concerne ses ordres et ses commandements, « il fait ce qu'il veut ». Quand un capitaine de vaisseau est passé maître dans l'art de la navigation, pour ce qu'il dit et commande, « il fait ce qu'il veut ». Et comme le véritable éducateur est l'homme parfait, pour ses paroles et ses ordres, il « fait ce qu'il veut ».

(3.10.22)
Bref, la signification de « il fait ce qu'il veut » est la suivante : si la manifestation dit quelque chose, donne un ordre ou accomplit un acte et si les croyants n'en comprennent pas la sagesse, ils ne doivent même pas s'y opposer par une seule pensée, cherchant à savoir pourquoi elle a dit ou fait une telle chose.

(3.10.23)
Quant aux autres êtres, qui sont sous l'ombre des manifestations suprêmes, ils sont soumis aux commandements de la loi de Dieu, et ils ne peuvent s'en écarter, même de l'épaisseur d'un cheveu; ils doivent conformer leurs actes et leurs paroles à la Loi de Dieu. S'ils s'en écartent, ils seront tenus pour responsables et réprimandés en présence de Dieu.

(3.10.24)
Il est certain que ceux-là n'ont aucune part dans « il fait ce qu'il veut », car cette condition est particulière aux manifestations suprêmes.

(3.10.25)
Ainsi le Christ (que mon esprit lui soit sacrifié!) était la manifestation de « Il fait ce qu'II veut »; mais les apôtres n'avaient aucune part dans cette condition car ils étaient sous l'ombre du Christ et ne pouvaient s'écarter de son commandement et de sa volonté.


4. Sur l'origine, les pouvoir et la condition de l'homme

4.1. Modification des espèces

(4.1.1)
Nous sommes arrivés à la question de la modification des espèces et de l'évolution organique, c'est-à-dire au point de savoir si l'homme descend de l'animal. [voir : « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 4.5.1]

(4.1.2)
Cette théorie a trouvé créance dans les pensées de certains philosophes européens, et il est fort difficile d'en faire comprendre maintenant la fausseté; mais dans l'avenir elle apparaîtra clairement et aisément, et les philosophes européens la saisiront d'eux-mêmes. Car, en vérité, c'est une erreur évidente.

(4.1.3)
Lorsque l'homme examine attentivement l'univers et pénètre les conditions minutieuses des choses, lorsqu'il voit l'état, l'organisation, la perfection du monde, il se convainc qu'il n'y a pas, dans le monde possible, quelque chose de mieux que ce qui existe.

(4.1.4)
Car tous les êtres existants, célestes ou terrestres, bien plus, tout cet espace sans borne et tout ce qu'il contient ont été, comme il le fallait, créés, composés, organisés, arrangés, perfectionnés : il n'y a pas la moindre imperfection. Au point que, si tous les êtres devenaient l'intelligence même et réfléchissaient pendant l'éternité, il leur serait impossible d'imaginer quelque chose de mieux que ce qui existe.

(4.1.5)
Si, de même, autrefois, la création n'avait pas été aussi parfaite et aussi bien agencée, si elle avait été plus ordinaire, alors l'existence aurait été insignifiante et imparfaite, et en ce cas la création n'aurait pas été complète. Cette question exige l'attention et la réflexion les plus grandes.

(4.1.6)
Par exemple, imaginez que le monde contingent ressemble d'une façon générale au corps humain. Si cette organisation, cet arrangement, cette perfection, cette beauté, ce fini qui existent actuellement dans le corps de l'homme ne s'y trouvaient pas, ce serait l'imperfection même.

(4.1.7)
Or, si nous pensons à un temps où l'homme aurait appartenu au monde animal, où il n'aurait été qu'un simple animal, l'existence aurait été imparfaite. C'est-à-dire qu'il n'y aurait pas eu d'homme; et ce membre suprême, qui est au corps du monde ce que le cerveau est à l'homme, aurait manqué. Le monde aurait donc été complètement imparfait.

(4.1.8)
La preuve est ainsi faite que, s'il y avait eu un temps où l'homme eût fait partie du monde animal, la perfection de l'existence eût été détruite; car l'homme est le membre supérieur de ce monde, et si un corps est privé de son membre supérieur, certes c'est un corps imparfait.

(4.1.9)
Nous considérons l'homme comme le membre supérieur car, parmi les créatures, il est la réunion de toutes les perfections existantes.

(4.1.10)
Et quand nous parlons d'homme, il s'agit de l'être parfait, le premier être du monde, qui réunit les qualités secrètes et apparentes, et qui, parmi les créatures en est comme le soleil. Pouvez-vous imaginer un temps où le soleil n'existait pas ? où il n'était qu'une étoile? Certes, dans ce temps-là, les relations entre les existences étaient détruites. Comment peut-on imaginer une pareille chose? Si quelqu'un examine le monde, ce que nous venons de dire suffit.

(4.1.11)
Il y a une autre preuve plus subtile : tous ces êtres innombrables qui peuplent le monde, l'homme, l'animal, le végétal, le minéral, quels qu'ils soient, sont chacun des composés d'éléments; et il n'y a pas de doute que cette perfection de tous les êtres provient de ce que Dieu les a créés par une combinaison d'éléments mélangés en proportions déterminées, de la nature de leur constitution ainsi que de l'interaction des autres êtres.

(4.1.12)
Par conséquent, tous les êtres sont liés les uns aux autres comme les anneaux d'une chaîne; et cette assistance, cette influence réciproques sont de l'essence des choses : elles produisent l'existence, la croissance et le développement des créatures.

(4.1.13)
Les preuves et les arguments montrent que chacun de ces êtres, en général, agit et a de l'influence sur les autres, soit directement, soit indirectement.

(4.1.14)
En somme, la perfection de chacune des créatures, c'est-à-dire la perfection que vous rencontrez chez l'homme ou en dehors de lui, en ce qui touche les atomes, les ou les facultés, est due à la composition des éléments, membres à leur mesure et à leur harmonieux équilibre, à leur mode de combinaison, et à l'influence sur l'homme des autres créatures. Lorsque tout cela est réuni, alors l'homme existe.

(4.1.15)
Et comme la perfection de l'homme est entièrement due à la composition des atomes élémentaires, à la mesure de ces éléments, à la règle du mélange, à l'influence et à l'action des différentes créatures les unes sur les autres, donc il y a dix mille ou cent mille ans, comme l'homme fut le résultat de ces mêmes éléments terrestres, d'une pareille mesure et d'un même équilibre, de cette même règle de composition et de mélange, et de la même influence des autres créatures, c'est précisément ce même homme qui a existé. Ceci est clair et ne mérite pas de discussion.

(4.1.16)
Et dans mille millions d'années, si les éléments de cet homme sont réunis, si cette mesure est obtenue et arrangée, si les éléments sont mélangés selon la même règle, et si les effets de la même influence de la part des autres créatures se font sentir, précisément, le même homme existera.

(4.1.17)
De même, si dans cent mille ans on a de l'huile, du feu, une mèche, un luminaire et quelqu'un pour l'allumer, bref, si l'on a tout ce qui, aujourd'hui, est nécessaire, la même lampe précisément sera obtenue.

(4.1.18)
Ceci se passe de preuves, c'est une chose claire. Tandis que les arguments de nos adversaires sont suspects, ils ne se passent pas de preuves.


4.2. Le monde n'a pas eu de commencement. Origine de l'homme

(4.2.1)
Sachez que c'est un des sujets spirituels les plus complexes, à savoir que ce monde, c'est-à-dire cet univers infini, n'a pas eu de commencement.

(4.2.2)
Nous avons déjà expliqué que les noms mêmes et les attributs de la Divinité supposent l'existence des créatures; et, bien que nous soyons entrés dans des détails, nous en reparlerons encore brièvement.

(4.2.3)
Sachez qu'un éducateur sans élèves ne peut se concevoir, un royaume sans sujets ne saurait exister, un maître sans disciples n'a pas de raison d'être, un créateur sans création est impossible, un pourvoyeur sans celui qui est pourvu ne s'imagine pas, parce que tous les noms et tous les attributs divins supposent l'existence des êtres.

(4.2.4)
Si l'on pouvait concevoir un temps où aucun des êtres n'existait, cette conception serait la négation de la divinité de Dieu.

(4.2.5)
De plus, la non-existence absolue ne peut devenir l'existence : si les êtres étaient la non-existence pure et simple, la vie n'aurait pas de réalité. Or, comme l'Essence d'Unité, c'est-à-dire l'existence de Dieu est éternelle et immortelle, c'est-à-dire n'a ni commencement ni fin, sans aucun doute ce monde, cet univers infini, n'a pas eu non plus de commencement.

(4.2.6)
Oui, il se peut qu'une des parties des contingences, une des planètes par exemple, soit nouvellement venue au monde ou doive prochainement être annihilée; mais les autres planètes infinies existent.

(4.2.7)
L'univers ne disparaîtra pas, ne s'éteindra pas : au contraire, la vie est éternelle et perpétuelle.

(4.2.8)
Comme chaque planète a un commencement, forcément elle a une fin, car toute composition, générale ou particulière, appartient nécessairement aux choses qui se décomposent; la seule différence est que les unes se décomposent rapidement et les autres lentement. Autrement, il est impossible qu'une chose composée ne se décompose pas.

(4.2.9)
Nous devons donc connaître quelle fut l'origine de chacune des existences importantes [nota : l'origine des espèces]. Il n'y a pas de doute qu'au commencement le principe était unique. Il ne pouvait être double, car le principe de tous les nombres est un, et non deux; et deux a besoin d'un principe.

(4.2.10)
Donc il est évident qu'à l'origine la matière est une, et qu'elle est arrivée à une forme spéciale dans chaque élément. Ainsi ont été produites les formes variées; une fois produites, chacune s'est trouvée permanente, et les éléments ont été spécialisés; mais cette confirmation ne fut définitive, n'arriva à la réalisation et à l'existence parfaite qu'après un très long temps. Alors ces éléments se combinèrent, s'arrangèrent, se mélangèrent dans des formes infinies, ou plutôt, de la combinaison et du mélange de ces éléments, des existences apparurent à l'infini.

(4.2.11)
Cette composition et cet arrangement, par la sagesse de Dieu et sa puissance préexistante, furent produits par une seule organisation essentielle qui était composée et combinée avec la solidité la plus grande, en conformité avec la sagesse et selon une loi universelle. Il est donc évident que c'est la création de Dieu et non une composition et un arrangement fortuits.

(4.2.12)
Aussi, par cette composition, l'être a pu exister, alors que, par une composition accidentelle, aucun être ne peut exister. Par exemple, si un homme, avec son intelligence et son savoir, assemble des éléments et les compose, comme ce n'est pas l'ordre naturel, il ne créera pas un être vivant.

(4.2.13)
Telle est la réponse à cette question implicite, à savoir que, si l'on se figure ou s'imagine que, puisque les êtres sont faits de la composition et du mélange des éléments, nous n'avons qu'à assembler nous-mêmes ces éléments et à les mélanger pour qu'un être vivant apparaisse, cette supposition est une erreur.

(4.2.14)
Car le principe de cette composition est divin, et c'est Dieu qui fait le mélange; et comme il est fait suivant l'ordre naturel, cette composition produit un être vivant, et la vie se réalise. Une composition faite par l'homme ne produit rien, car l'homme ne peut pas créer.

(4.2.15)
Bref, nous avons dit que, de la composition des éléments, de leur mélange, de leur décomposition, de leur mesure, de leur effet les uns sur les autres, résultaient des formes et des réalités à l'infini, des êtres innombrables.

(4.2.16)
Il est clair que ce globe terrestre, dans son aspect actuel, n'a pas été créé tout d'un coup; mais que, degré par degré, cette existence universelle a traversé des phases diverses jusqu'à ce qu'elle resplendît dans cet état de perfection.

(4.2.17)
Et les êtres généraux ressemblent et se comparent aux êtres particuliers, car les uns et les autres sont soumis à un ordre unique, et sont organisés d'après la loi universelle de Dieu.

(4.2.18)
Ainsi, vous verrez que, dans l'ordre universel, les plus petits atomes sont comparables aux êtres les plus grands du monde. Il est clair qu'ils ont été créés dans une seule fabrique puissante, dans un seul ordre naturel, et sous une seule loi générale. Aussi ressemblent-ils les uns aux autres.

(4.2.19)
Ainsi, l'embryon de l'homme, après avoir crû et s'être développé dans la matrice de la mère, parvient à des formes et à des conditions variées jusqu'à ce que, dans le degré de complète perfection, il arrive à maturité et resplendisse dans une forme parfaite, avec la grâce la plus grande.

(4.2.20)
De même, la semence de cette fleur que vous voyez était au commencement une chose misérable, toute petite; elle a crû et s'est développée dans le sein de la terre et, après être parvenue à des formes variées, elle resplendit dans l'état actuel, au comble de la grâce et de la beauté.

(4.2.21)
De la même façon, il est évident que ce globe terrestre, ayant pris naissance dans le sein de l'univers, s'y étant développé et étant parvenu à des formes et à des conditions variées, est arrivé par degrés à l'état de perfection actuelle, qu'il a été orné de créatures innombrables, et qu'il a ainsi resplendi dans son établissement définitif.

(4.2.22)
Donc il est clair que la matière originelle, que l'on peut comparer au sperme, que ces éléments combinés et mélangés tout d'abord, que cette organisation qui s'est développée peu à peu pendant des âges et des cycles nombreux passant d'une condition et d'une forme à une autre, sont, à la fin, parvenus à cette perfection, à cette organisation, à cet arrangement, à cet établissement, par la sagesse suprême de Dieu.

(4.2.23)
Revenons à notre sujet, à savoir que l'homme, au commencement de son existence dans le sein de la terre, comme le sperme dans le sein de la mère, s'est développé par degrés, a passé d'une forme à une autre, d'un état à un autre jusqu'à ce qu'il resplendît dans cette perfection et cette beauté, dans cette force et ce pouvoir.

(4.2.24)
Il est certain qu'au commencement il n'avait pas cette grâce, ce charme, cette douceur, et qu'il n'est arrivé que par degrés à cet état, à cette disposition, à cette beauté et à cette finesse. De même, il est indubitable que ce n'est pas en une fois que l'embryon de l'homme, dans le sein de la mère, a pris cette forme, et qu'il est devenu la manifestation de « Béni soit Dieu, le meilleur des créateurs ». Par conséquent, peu à peu, il a passé par des états variés et des conditions différentes, puis il est arrivé à cette disposition, à cette beauté, à cette perfection, à cette douceur et à ce charme.

(4.2.25)
Il est donc clair et établi que la croissance et le développement de l'homme sur cette terre, jusqu'à la perfection actuelle, ressemblent à sa croissance et à son développement dans le sein de sa mère : par degrés, et de proche en proche, il passe d'une condition à une autre, d'un état à un autre, d'une forme à une autre. Car c'est l'ordre et la loi universels qui l'exigent.

(4.2.26)
C'est-à-dire que le sperme de l'homme passe par des états variés, traverse des degrés nombreux, jusqu'à ce qu'il arrive à la forme de « Béni soit Dieu, le meilleur des créateurs », et que les signes de la raison et de la maturité apparaissent en lui.

(4.2.27)
De même, l'existence de l'homme sur cette terre, depuis le commencement jusqu'à la condition, la disposition et l'état actuels, a nécessairement duré très longtemps; elle a traversé de nombreux degrés jusqu'à la situation présente. Mais dès le début de son existence, il était une espèce distincte.

(4.2.28)
Pareillement, le sperme de l'homme dans le sein de la mère est d'abord dans un état étrange; puis, ce corps, de composition en composition, d'état en état, de forme en forme, arrive à apparaître avec la beauté et la perfection les plus grandes.

(4.2.29)
Mais, alors même que, dans le sein de la mère, il était dans cette forme étrange, différente de l'aspect et de la disposition actuels, il était le sperme d'une espèce distincte, non un sperme d'animal; son espèce et son essence n'ont jamais changé.

(4.2.30)
Or, en admettant que des traces d'organes disparus existent actuellement, ce n'est pas une preuve de la non-permanence et de la non-originalité de l'espèce; tout au plus cela prouve-t-il que la condition, la disposition, les organes de l'homme ont évolué; mais c'était toujours une espèce distincte : un homme, non un animal.

(4.2.31)
Ainsi, si l'embryon de l'homme dans le sein de la mère passe d'un état à un autre, tel que le second ne ressemble aucunement au premier, est-ce une preuve que l'espèce a changé, qu'il était un animal, et que ses organes se sont développés et ont progressé jusqu'à ce qu'il devînt un homme ? Non, par Dieu !

(4.2.32)
Comme cette pensée et cette idée sont faibles et sans fondement, puisque l'originalité de l'espèce humaine et la constance de l'existence de l'homme sont claires et évidentes!


4.3. Différence entre l'homme et l'animal

(4.3.1)
Déjà, une fois ou deux, nous avons parlé de l'esprit, mais cela n'a pas été écrit. [nota : voir « Différence entre l'homme et l'animal ». Les deux leçons sur l'immortalité de l'esprit furent données par Abdu’l-Bahá après celle sur la différence entre l'homme et l'animal. Pour la clarté du sujet nous avons préféré les classer ici]

(4.3.2)
Sachez que les hommes appartiennent à deux catégories, c'est-à-dire qu'ils constituent deux classes : l'une renie l'esprit, et dit que l'homme aussi est une sorte d'animal; ne voyons-nous pas que l'animal et l'homme partagent les mêmes facultés et les mêmes sens ?

(4.3.3)
Ces éléments simples et isolés, dont l'espace est rempli, se combinent à l'infini, et chacune de ces combinaisons constitue l'une des créatures. Parmi ces créatures, se trouve le possesseur de l'esprit, à qui appartiennent les facultés et les sens. [nota : le possesseur de l'esprit désigne l'homme]

(4.3.4)
Plus la combinaison est parfaite, plus la créature est noble. La combinaison des éléments dans l'homme est plus parfaite que dans tout autre être : le mélange est fait avec le plus complet équilibre, aussi est-il plus noble et plus parfait que les autres êtres.

(4.3.5)
Ce n'est pas, disent ceux qui renient l'esprit, qu'il ait un pouvoir et un esprit particuliers dont les autres animaux seraient privés; les animaux sont des corps sensitifs et l'homme, pour certaines facultés, est plus sensitif (bien que, en ce qui concerne les sens externes comme l'ouïe, le goût, l'odorat et le toucher, même en ce qui concerne certaines facultés internes comme la mémoire, l'animal l'emporte sur l'homme).

(4.3.6)
Ils disent que l'animal a de l'intelligence et des facultés de perception; tout ce qu'ils concèdent, c'est que les facultés de l'homme sont plus grandes.

(4.3.7)
Voilà ce que disent les philosophes de nos jours; telle est leur opinion, tel est le décret de leur imagination! Aussi, avec des arguments et des preuves considérables, ils font remonter l'origine de l'homme à l'animal. Il fut un temps, disent-ils, où l'homme était un animal; puis, l'espèce, ayant changé, il fit peu à peu des progrès jusqu'à parvenir au degré humain.

(4.3.8)
Les théologiens répondent : non, ce n'est pas cela; bien que l'homme, par ses facultés et ses sens externes, soit sur le même pied que l'animal, il y a cependant chez lui un pouvoir extraordinaire que l'animal ne possède pas.

(4.3.9)
Ces sciences, ces arts, ces découvertes, ces métiers, ces inventions ne sont que les résultats de ce pouvoir incorporel. C'est un pouvoir qui enveloppe toutes les choses, en comprend la réalité, découvre les mystères cachés des créatures, s'en empare.

(4.3.10)
Il comprend même des choses qui n'ont pas de réalité extérieure, c'est-à-dire les vérités intellectuelles, non sensibles, qui n'ont pas d'existence extérieure, parce qu'elles sont invisibles; il en est ainsi de l'intelligence, de l'esprit, des qualités, du caractère, de l'amour et du chagrin chez l'homme, qui sont des réalités intellectuelles.

(4.3.11)
Bien plus, ces sciences existantes, ces arts visibles, ces lois, ces inventions infinies de l'homme, il fut un temps où tout cela était invisible, mystérieux, secret et caché; c'est ce pouvoir enveloppant de l'homme qui l'a découvert et l'a transporté des plaines de l'invisible aux plaines du visible.

(4.3.12)
Ainsi, il fut un temps où le télégraphe, la photographie, le phonographe, toutes ces découvertes et ces inventions sublimes étaient mystérieusement cachées; la réalité de l'homme les a découvertes et les a transportées des plaines de l'invisible aux plaines du visible.

(4.3.13)
Il fut même un temps où les qualités de ce fer que vous voyez, et même de tous les minéraux, étaient des mystères cachés; l'homme a découvert ce métal et l'a modelé dans cette forme industrielle; il en est de même pour toutes les autres découvertes et inventions de l'homme, qui sont infinies.

(4.3.14)
Cela ne peut être nié; si nous disons que cela tient aux pouvoirs qu'ont aussi les animaux et aux facultés des sens corporels, nous voyons clairement et indubitablement que les animaux sont, en ce qui concerne ces pouvoirs, supérieurs à l'homme.

(4.3.15)
Par exemple, la vue des animaux porte beaucoup plus loin que celle de l'homme, leur ouïe est beaucoup plus fine; de même pour l'odorat et le goût. Bref, pour toutes les facultés que l'animal et l'homme ont en commun, c'est l'animal qui, la plupart du temps, est le plus puissant.

(4.3.16)
Prenons la mémoire : si vous emmenez un pigeon d'ici à un lieu fort éloigné, et que là-bas vous l'abandonniez à lui-même, il reviendra ici. Il a gardé la mémoire du chemin. Emportez un chien, d'ici jusqu'au centre de l'Asie et laissez-le, il reviendra ici, sans jamais perdre son chemin. Il en est de même pour les autres facultés, comme l'ouïe, la vue, l'odorat, le goût, le toucher.

(4.3.17)
Il est donc clair que, s'il n'y avait pas chez l'homme un pouvoir différent de celui que possèdent les animaux, ceux-ci seraient supérieurs à l'homme pour les grandes découvertes et l'intelligence des réalités. Et la preuve est faite que l'homme possède un don que ne possède pas l'animal.

(4.3.18)
Or, l'animal perçoit ce qui tombe sous les sens, mais il ne comprend pas les réalités intellectuelles. Par exemple, il voit ce qui est dans le champ de sa vue, mais il ne peut percevoir ce qui est en dehors, ni l'imaginer. Ainsi, il est impossible à l'animal de comprendre que la terre est ronde.

(4.3.19)
Quant à l'homme, des choses connues, il tire la preuve des choses inconnues, et il découvre les vérités cachées. Entre autres choses, l'homme voit l'inclinaison de l'horizon, il en déduit la rondeur de la terre.

(4.3.20)
Autre exemple : l'étoile polaire à Saint-Jean-d'Acre est à 33 degrés, c'est-à-dire qu'elle est 33 degrés au-dessus de l'horizon. Lorsqu'un homme se dirige vers le pôle arctique, par chaque degré qu'il franchit en voyageant, l'étoile monte d'un degré au-dessus de l'horizon, c'est-à-dire que l'étoile polaire sera élevée à 34 degrés, puis 40, puis 50, puis 60, puis 70. S'il arrive jusqu'au pôle nord, l'étoile polaire arrivera à 90 et parviendra au zénith, c'est-à-dire au-dessus de sa tête. Cette étoile polaire comme son ascension sont des choses qui tombent sous les sens : pour quiconque va vers le pôle, l'étoile polaire s'élève dans le ciel.

(4.3.21)
De ces deux vérités connues, une vérité inconnue a été découverte, à savoir que l'horizon est incliné. C'est-à-dire que l'horizon de chaque degré de la terre est différent de celui d'un autre degré. L'homme comprend cela, et il en tire une connaissance invisible, la preuve de la rondeur de la terre. Mais l'animal ne peut pas comprendre cela.

(4.3.22)
De même, il ne peut comprendre que le soleil est un centre autour duquel se meut la terre. L'animal est prisonnier de ses sens; tout ce que les sens ne contrôlent pas, jamais il ne le comprend, et cela bien que, pour les facultés et les sens externes, il soit supérieur à l'homme.

(4.3.23)
Il est donc prouvé et vérifié qu'il existe dans l'homme une faculté inventive qui le rend supérieur aux animaux : c'est l'esprit de l'homme.

(4.3.24)
Gloire à Dieu! l'homme est toujours tourné vers les hauteurs, et ses aspirations sont élevées! Toujours il cherche à aller du monde où il est vers un monde supérieur, et à monter à un rang plus élevé que celui où il se trouve. L'amour de l'élévation est une des caractéristiques de l'homme.

(4.3.25)
Je m'étonne de voir certains philosophes d'Amérique et d'Europe se complaire à se rabaisser au rang des animaux et à faire ainsi des progrès à rebours; les êtres doivent chercher à s'élever. Et avec cela, si vous traitiez l'un d'eux d'animal, il serait très froissé et très ennuyé!

(4.3.26)
Quelle différence entre le monde humain et le monde animal, entre l'élévation de l'homme et l'abaissement de l'animal, entre les perfections de l'homme et l'ignorance de l'animal, entre la lumière de l'homme et les ténèbres de l'animal, entre la gloire de l'homme et l'humiliation de l'animal!

(4.3.27)
Un petit Arabe de dix ans, dans le désert, peut conduire deux à trois cents chameaux; à l'aide d'un seul cri, il les emmène, les ramène. Un faible Hindou peut à ce point dominer un énorme éléphant que ce dernier ne remue qu'avec la plus grande soumission.

(4.3.28)
Toutes les choses sont soumises à l'homme; il peut résister à la nature; tandis que toutes les créatures sont prisonnières de la nature et ne peuvent s'affranchir de ses exigences, l'homme seul lui résiste.

(4.3.29)
La nature attire les choses vers le centre de la terre; l'homme trouve un instrument pour s'en éloigner et pour s'envoler dans l'air. La nature empêche l'homme de franchir les mers; il construit des bateaux et, à travers le grand océan, il voyage et se promène; et ainsi de suite, ce sujet est très long.

(4.3.30)
L'homme amène sur les montagnes et dans les déserts des véhicules à vapeur, et il centralise en un seul point les nouvelles des événements de l'Orient et de l'Occident. Tout cela est contraire à la nature.

(4.3.31)
La mer, malgré toute sa grandeur, ne peut s'écarter d'un atome des lois de la nature; le soleil, malgré sa grandeur, ne peut s'écarter d'une tête d'épingle des lois de la nature, et jamais il ne comprendra les conditions, l'état, les sentiments, les mouvements et la nature de l'homme!

(4.3.32)
Quel est don c le pouvoir qui se trouve dans le chétif corps de l'homme, qui contient tout cela ? Quel est ce pouvoir dominateur qui soumet à sa volonté toutes les choses ?

(4.3.33)
Un point pourtant subsiste. Les philosophes modernes disent : « Nous n'avons jamais vu dans l'homme l'esprit; et, malgré nos recherches dans les arcanes du corps humain, nous n'apercevons pas un pouvoir spirituel. Comment pouvons-nous imaginer un pouvoir qui ne tombe pas sous les sens ? »

(4.3.34)
Les théologiens répondent : « L'esprit animal non plus ne tombe pas sous les sens, et ne peut pas être perçu par nos facultés corporelles. Sur quoi vous fondez-vous pour prouver l'existence de l'esprit animal? Sans aucun doute, vous tirez de ses effets la preuve qu'il y a, dans l'animal, un pouvoir qui n'existe pas dans la plante. Ce pouvoir, c'est la sensation; c'est-à-dire qu'il voit, qu'il entend, etc.; de là vous inférez qu'il y a un esprit animal. Par les mêmes moyens et les mêmes preuves et signes mentionnés plus haut, vous établissez qu'il y a un esprit humain.

(4.3.35)
Quand, dans l'animal, vous voyez des signes qui ne se trouvent pas dans la plante, vous dites que ce pouvoir de sensation est une propriété de l'esprit animal; de même, dans l'homme, vous voyez des signes, des pouvoirs, des perfections qui n'existent pas dans l'animal, vous en déduisez qu'il y a en lui un pouvoir dont l'animal est privé. »

(4.3.36)
Si nous voulions nier tout ce qui ne tombe pas sous les sens, nous devrions nier les réalités les mieux établies du monde. Par exemple, la matière éthérée n'est pas perceptible, pourtant elle existe indubitablement. La pesanteur n'est pas perceptible, pourtant elle existe indubitablement. Sur quoi nous fondons-nous pour affirmer leur existence? Sur leurs signes. Ainsi cette lumière est le signe de la vibration de l'éther, nous en inférons son existence.


4.4. Croissance des êtres et développement de l'espèce humaine

(4.4.1)
Question. - Que dites-vous de l'opinion de certains philosophes européens sur la croissance et le développement des êtres ? Réponse. - Nous avons parlé de cette question l'autre jour, mais nous allons en parler de nouveau. Le résumé de cette question se réduit à savoir si les espèces sont originelles ou non. L'espèce humaine a-t-elle été établie dès l'origine, ou bien est-elle sortie ensuite de l'espèce animale ?

(4.4.2)
Certains philosophes européens admettent qu'il y a, pour l'espèce, une croissance et un progrès, et que même la transformation et le changement sont possibles.

(4.4.3)
Parmi les preuves qu'ils apportent à l'appui de cette théorie, ils disent que l'étude attentive de la géologie nous montre clairement que les végétaux sont plus anciens que les animaux, et que les animaux existent depuis plus longtemps que l'homme; et ils admettent que les races végétale et animale ont toutes deux changé car, dans certaines couches géologiques, on a découvert des végétaux qui existaient autrefois et qui maintenant ont disparu, c'est-à-dire qu'ils ont progressé et sont devenus plus forts; leur forme et leur apparence ont changé. Ainsi l'espèce s'est transformée.

(4.4.4)
De même, dans les couches de la terre, il y a des espèces d'animaux qui ont changé et se sont transformées. Par exemple le serpent : il y a en lui des parties rudimentaires qui prouvent qu'il y eut un temps où il avait des pattes; dans la suite des temps, ces membres tombèrent, mais leur vestige subsista.

(4.4.5)
Pareillement, dans la colonne vertébrale de l'homme, il y a la trace et la preuve qu'autre fois, comme les autres animaux, il avait une queue, et l'on croit que sa trace a subsisté. Il y eut un temps où ce membre était utile; mais lorsque l'homme se développa, il n'eut plus d'utilité et il disparut peu à peu.

(4.4.6)
Quant au serpent, qui se réfugiait sous terre et devenait ait un animal rampant, il n'eut plus besoin de pattes. Aussi, elles disparurent, mais leur vestige subsista.

(4.4.7)
L'argument principal, c'est que ces parties atrophiées d'un membre conduisent à ce membre et que, comme aujourd'hui il ne sert plus, il a peu à peu disparu; maintenant ces rudiments ne servent plus à rien et n'ont pas de raison d'être. Tandis que les membres parfaits et utiles ont subsisté, ceux qui n'étaient pas utiles ont peu à peu disparu dans les modifications de l'espèce, et la trace seule en a subsisté.

(4.4.8)
La réponse, c'est que, premièrement, le fait que l'animal a précédé l'homme n'est pas une preuve du progrès, du changement, de la modification de l'espèce qui serait venue du monde animal au monde humain. Car, dès que l'on admet l'existence contingente de ces différents êtres, rien n'empêche que l'homme ait existé plus tard que l'animal.

(4.4.9)
Ainsi, lorsque nous examinons le règne végétal, nous voyons que les fruits des différents arbres ne viennent pas tous à la fois; au contraire, le uns viennent d'abord, les autres après. Cette antériorité ne prouve pas que le fruit tard venu de cet arbre provienne du fruit antérieur de l'autre arbre.

(4.4.10)
deuxièmement, ces faibles vestiges et ces rudiments ont peut-être une grande raison d'être que l'intelligence ne comprend pas encore. Combien y a-t-il de choses dans le monde, dont nous ne connaissons pas encore la raison! Ainsi la physiologie, c'est-à-dire la science de la composition des membres, nous enseigne qu'on ne connaît pas encore la raison et la cause des différentes couleurs des animaux, des cheveux de l'homme, de la rougeur de ses lèvres, de la variété de couleur des oiseaux; tout cela est secret et caché.

(4.4.11)
On sait que la pupille de l'oeil est noire pour attirer la lumière du soleil, car si elle était d'une autre couleur, c'est-à-dire comme le reste de l'oeil, ou blanche, elle n'attirerait pas la lumière du soleil.

(4.4.12)
Donc, comme la raison d'être de ces différentes choses est inconnue, on peut admettre que la raison d'être et la cause de ces membres atrophiés, soit chez l'animal, soit chez l'homme, demeurent également inconnues. Certainement la raison existe, mais nous ne la connaissons pas.

(4.4.13)
Troisièmement, supposons qu'il fut un temps où certains animaux, voire l'homme, possédaient des membres qui ont aujourd'hui disparu, cela ne constitue pas une preuve pertinente du changement et de l'évolution de l'espèce. Car l'homme, du début de la période embryonnaire, jusqu'au stade de sa maturité, traverse des formes et des aspects différents; son apparence, sa forme, son aspect, sa couleur changent; c'est-à-dire qu'il passe d'une forme à une autre, d'un aspect à un autre.

(4.4.14)
Néanmoins, depuis le début de la période embryonnaire, il appartient à l'espèce humaine, c'est-à-dire qu'il est un embryon d'homme et non d'animal; mais cela était caché et ne devient apparent et visible qu'ensuite.

(4.4.15)
Par exemple, supposons qu'il y eut un temps où l'homme ressemblait à l'animal, et que maintenant il ait progressé et changé; en supposant cela, il n'en résulterait pas que l'espèce eût changé; non, ce serait comme le changement et la modification de l'embryon humain, jusqu'à ce qu'il parvienne au stade de la raison et de la perfection, ainsi que nous l'avons vu.

(4.4.16)
Parlons plus clairement : supposons qu'autrefois l'homme marchait sur quatre pattes, ou bien avait une queue; ces modifications et ces changements sont comme ceux du foetus; malgré les changements qui se produisent de tous côtés dans le sein de la mère, malgré sa croissance et son progrès jusqu'à ce qu'il parvienne à cette forme complète, depuis le commencement, c'est une espèce spéciale.

(4.4.17)
Regardons également dans le règne végétal; les espèces originelles des familles ne changent ni ne se modifient; mais la forme, la couleur, la dimension changent et se modifient; en d'autres termes, le progrès lui-même se produit.

(4.4.18)
En résumé, de même que l'homme, dans le sein de sa mère, a passé d'une forme à une autre, d'un état à un autre, a changé et évolué, et néanmoins, depuis le commencement de la période embryonnaire, a toujours appartenu à l'espèce humaine, de même, l'homme, depuis le commencement de l'existence dans le sein du monde, a appartenu à l'espèce supérieure, l'humanité, et il a passé peu à peu d'un état à un autre.

(4.4.19)
Donc, ce changement d'état, cette évolution des membres, cette croissance et ce développement n'empêchent pas l'espèce d'être originelle. Tout cela, en admettant la réalité de la croissance et de l'évolution. [nota : c'est-à-dire, en admettant par exemple que l'homme ait autrefois été un quadrupède, ou ait eu une queue]

(4.4.20)
Mais l'homme, depuis le commencement, existait dans cette forme et cette composition parfaites, il avait l'aptitude et la capacité d'acquérir les perfections matérielles et spirituelles, et il était la manifestation de « Nous ferons l'homme à notre image et à notre ressemblance ». [voir : Genèse 1.26]

(4.4.21)
Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il est devenu meilleur, plus délicat, plus beau, et que la civilisation l'a ait sortir de l'état sauvage. De même, les fruits sauvages, cultivés par les soins d'un jardinier, deviennent plus beaux et plus sucrés et acquièrent plus de fraîcheur et de douceur.

(4.4.22)
Les jardiniers de l'humanité sont les prophètes de Dieu.


4.5. Preuves spirituelles sur l'origine de l'espèce humaine

(4.5.1)
Les preuves que nous avons apportées, relatives à l'origine de l'espèce humaine, étaient des preuves logiques; maintenant, nous parlerons des preuves spirituelles, qui sont essentielles. Comme nous avons donné de la Divinité des preuves logiques et que, de même, nous avons prouvé logiquement que l'homme existe dès l'origine et dès la fondation comme homme, que son espèce date de toute éternité, il s'agit maintenant de prouver spirituellement que l'existence humaine, c'est-à-dire l'espèce humaine, existe nécessairement et que, sans l'homme, il n'y aurait pas de perfection divine; mais ce sont des preuves spirituelles: non des preuves de logique. [voir : « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 4.1.1]

(4.5.2)
Nous avons établi à maintes reprises, avec preuves et arguments à l'appui, que l'homme est le plus noble des êtres contingents, la réunion de toutes les perfections, et que tous les êtres et les créatures sont le lieu où resplendit l'éclat de Dieu; c'est-à-dire que les signes de la grandeur divine sont apparents dans la réalité des choses et dans toutes les créatures.

(4.5.3)
De même que le globe terrestre est le lieu où resplendit l'éclat du soleil (puisque sa lumière, sa chaleur, ses effets sont apparents et visibles dans les moindres atomes de la terre), de même les atomes des êtres, dans cet espace infini, proclament et prouvent l'une des perfections divines. Rien n'en est exclu.

(4.5.4)
C'est, soit un signe de la miséricorde de Dieu, soit un signe de son pouvoir, de sa grandeur, de sa justice, de sa providence qui dispense l'éducation; soit un signe de la bonté de Dieu, de sa vision, de son audience, de sa connaissance, de sa grâce, et ainsi de suite.

(4.5.5)
Nous en revenons à ceci que, nécessairement, chacune des créatures est le lieu où resplendit l'éclat divin, c'est-à-dire que les perfections de Dieu sont apparentes et resplendissent en elles. Ainsi le soleil, dans le désert, sur la mer, dans les arbres, dans les fruits et les fleurs, dans tout ce qui existe sur terre, resplendit.

(4.5.6)
Le monde des créatures, c'est-à-dire chaque être existant, nous dit l'un des noms de la Divinité. Mais la réalité humaine est la réalité collective, la réalité générale, le lieu où resplendit l'éclat de toutes les perfections divines; c'est-à-dire que, pour chaque nom, chaque attribut, chaque perfection que nous reconnaissons en Dieu, il existe un signe chez l'homme. S'il en était autrement, l'homme ne pourrait pas les imaginer ni les comprendre.

(4.5.7)
Ainsi, nous disons que Dieu voit, et notre oeil est le signe de sa vision; autrement, comment pourrions-nous imaginer la vision divine ? Car l'aveugle, du moins l'aveugle-né, ne peut imaginer la vision; le sourd, du moins le sourd de naissance, ne peut imaginer l'ouïe; celui qui est mort ne peut se représenter la vie.

(4.5.8)
Par conséquent, la divinité de Dieu, qui est la réunion de toutes les qualités, éclate dans la réalité de l'homme; c'est-à-dire que l'Essence d'Unité [nota : l'Essence d'Unité désigne Dieu] est la somme de toutes les perfections et cet état d'unité se reflète dans la réalité humaine : le Soleil de Vérité brille dans ce miroir.

(4.5.9)
C'est pour cela que l'homme est le miroir parfait qui regarde le Soleil de Vérité; il est son lieu de resplendissement. L'éclat des perfections divines se voit dans la réalité de l'homme. Ainsi, il est le représentant de Dieu, son messager.

(4.5.10)
Si l'homme n'existait pas, l'univers n'aurait pas de résultat, car le but de la vie est l'apparition des qualités divines.

(4.5.11)
On ne peut donc pas dire qu'il y eut un temps où l'homme n'existait pas. Tout ce qu'on peut dire c'est que le globe terrestre n'existait pas et qu'au commencement l'homme n'était pas non plus apparu sur cette terre. Mais, dès le commencement, qui n'a pas commencé, jusqu'à la fin, qui ne finira pas, la manifestation parfaite existe [nota : la manifestation parfaite existe, c'est-à-dire qu'il y a toujours eu des manifestations de Dieu]; et cet homme dont nous parlons [nota : en affirmant que l'on ne peut pas dire qu'il y eu un temps où l'homme n'existait pas] n'est pas n'importe quel homme, mais bien l'homme type.

(4.5.12)
Car, dans l'arbre, la partie la plus noble est le fruit qui est sa raison d'être; si l'arbre n'avait pas de fruit, il ne signifierait plus rien. Donc, on ne peut imaginer que les mondes, les étoiles ou la terre aient un jour été peuplés d'ânes, de vaches, de souris et de chats, et qu'il n'y ait pas eu d'hommes. C'est une supposition fausse, insignifiante.

(4.5.13)
La parole de Dieu est claire comme le soleil, c'est la preuve spirituelle; mais on ne peut, en commençant, avancer cette preuve pour les matérialistes; d'abord il faut mentionner les preuves logiques, ensuite les preuves spirituelles.


4.6. L'esprit et l'intelligence de l'homme ont toujours existé

(4.6.1)
Question. - L'homme, dès qu'il est créé, possède-t-il une intelligence et un esprit dont la manifestation se produit à mesure qu'il avance en âge, ou bien ne les acquiert-il qu'à la suite de son évolution?

(4.6.2)
Réponse. - Le commencement de la formation de l'homme sur le globe terrestre ressemble à sa formation dans le sein de la mère.

(4.6.3)
L'embryon, dans le sein de la mère, croît et se développe peu à peu jusqu'à la naissance, après quoi il croît et se développe encore jusqu'à ce qu'il parvienne à l'âge de raison et de maturité. Bien que, dans l'enfance, on constate des traces de l'intelligence et de l'esprit, ces facultés ne sont pourtant pas arrivées à leur perfection, elles sont imparfaites. Lorsque l'homme parvient à l'âge mûr, l'intelligence et l'esprit apparaissent et se montrent dans toute leur perfection.

(4.6.4)
Pareillement, dans la création, l'homme était, au commencement, comme l'embryon; peu à peu, il a fait des progrès dans les degrés de l'existence, il a crû et s'est développé jusqu'à ce qu'il parvînt au stade de la maturité, où l'intelligence et l'esprit se montrent et se manifestent en lui dans toute leur perfection.

(4.6.5)
Au commencement de la création aussi, l'intelligence et l'esprit existaient, mais ces facultés étaient latentes; plus tard elles se manifestèrent. Car, dans le sein de la mère également, l'intelligence et l'esprit existent chez l'embryon, mais ils sont latents et ne se manifestent qu'après.

(4.6.6)
C'est ainsi que, dans la graine, l'arbre existe, mais il est latent et caché; lorsqu'elle croît et se développe, un arbre complet apparaît.

(4.6.7)
De même, la croissance et le développement de tous les êtres se font par degrés; c'est la règle générale de Dieu et l'ordre de la nature.

(4.6.8)
L'embryon ne devient pas homme en une seule fois, le minéral ne devient pas une pierre en une seule fois, et la graine ne devient pas un arbre tout d'un coup. Non, ils croissent et se développent peu à peu, et ils parviennent à la limite de la perfection.

(4.6.9)
Toutes les créatures, grandes ou petites, ont été créées, dès le début, complètes et parfaites; seulement les perfections apparaissent en elles peu à peu.

(4.6.10)
La loi de Dieu est une, l'évolution de l'existence est une, l'ordre divin est un; les êtres, faibles ou forts, sont soumis à une loi et à un ordre uniques.

(4.6.11)
Chaque graine a, dès le début, toutes les perfections du végétal en elle. Ainsi cette semence avait, dès le début, toutes les perfections du végétal en elle, mais elles ne se montraient pas; puis, peu à peu, elles sont devenues visibles en elle. Ainsi, c'est d'abord la tige qui apparaît de la graine, puis les branches, les feuilles, les fleurs, les fruits; mais dès le début de la formation, toutes ces choses se trouvent en puissance, non en fait.

(4.6.12)
De même, l'embryon possède, dès le début, toutes les perfections telles que l'esprit, l'intelligence, la vue, l'odorat, le goût, en un mot toutes les facultés; mais elles ne sont pas apparentes, et elles ne le deviendront que par degrés.

(4.6.13)
Egalement, le globe terrestre, dès le début, fut créé avec tous les éléments, les substances, les matières, les atomes et les organismes; mais tout cela n'apparut que peu à peu. D'abord les minéraux, puis les végétaux, les animaux et l'homme.

(4.6.14)
Dès le début, ces races et ces espèces existaient d'une façon latente dans le globe terrestre, et elles sont apparues ensuite peu à peu. Car la loi suprême de Dieu et l'ordre général de la nature, qui dominent et régissent toutes les créatures, l'exigent ainsi.

(4.6.15)
Et si vous considérez cet ordre général, vous voyez qu'il n'y a pas un seul être qui, dès qu'il est créé, parvienne à la limite de la perfection; non, ils croissent et se développent tous peu à peu, et arrivent ensuite au degré de la perfection.


4.7. Raisons de l'apparition de l'esprit dans le corps

(4.7.1)
Question. - Pourquoi l'esprit a-t-il été incorporé? Réponse. - La raison de l'apparition de l'esprit dans le corps est la suivante : l'esprit humain est un dépôt divin; il doit traverser tous les degrés, car son passage et son mouvement à travers les degrés de l'existence sont le moyen par lequel il acquiert les perfections.

(4.7.2)
Ainsi, lorsqu'un homme traverse des contrées différentes et des pays nombreux, systématiquement et avec méthode, c'est certainement pour lui un moyen de se perfectionner, car il voit des événements, des spectacles, des contrées, il découvre le genre de vie et les moeurs des différents peuples, il apprend la géographie, les inventions et les arts des pays, il se familiarise avec les habitudes, les coutumes, les usages des peuples, il voit la civilisation et les progrès de l'époque, et il connaît la politique des gouvernements, la capacité et la puissance de chaque pays.

(4.7.3)
De même, lorsque l'esprit de l'homme voyage dans les degrés de l'existence, et qu'il passe par tous les rangs et toutes les conditions, et même dans la condition corporelle, il acquiert certainement des perfections.

(4.7.4)
En plus de cela, il faut que les signes des perfections de l'esprit soient apparents dans ce monde, afin que le monde de cette création donne des résultats innombrables, et que ce corps contingent reçoive la vie et manifeste les bontés de Dieu. Ainsi, il faut que la lumière du soleil brille sur la terre, que la chaleur solaire développe les créatures terrestres.

(4.7.5)
Si la lumière et la chaleur du soleil ne brillaient pas sur la terre, celle-ci demeurerait en arrière, sans signification, et en retard. De même, si les perfections de l'esprit n'apparaissaient pas dans ce monde, celui-ci serait ténébreux et purement animal. Par l'apparition de l'esprit dans le corps, ce monde devient lumineux.

(4.7.6)
L'esprit de l'homme fait vivre le corps de l'homme. De même, le monde est comme le corps, et l'homme comme l'esprit.

(4.7.7)
S'il n'y avait pas d'homme, les perfections de l'esprit n'apparaîtraient pas et les lumières de l'intelligence ne resplendiraient pas dans ce monde qui serait comme un corps sans esprit.

(4.7.8)
On peut également comparer ce monde à un arbre, et l'homme au fruit. Sans fruit, l'arbre n'aurait pas de signification.

(4.7.9)
De plus, ces membres, ces éléments, cette composition qui se trouvent dans l'organisme de l'homme sont une attraction et un aimant pour l'esprit; il est certain que l'esprit doit y apparaître. Ainsi, un miroir qui est poli attire certainement la lumière du soleil, devient lumineux, et des images merveilleuses apparaissent en lui.

(4.7.10)
C'est-à-dire que lorsque ces éléments créés sont réunis et assemblés, suivant l'ordre naturel, dans une parfaite combinaison, ils deviennent un aimant pour l'esprit, et ce dernier se manifeste en eux avec toutes ses perfections.

(4.7.11)
A ce même point de vue, on pourrait aussi demander quelle nécessité il y a ce que la lumière du soleil descende dans le miroir; or, la relation qui existe entre la réalité des choses spirituelles ou matérielles exige que, lorsque le miroir est poli et qu'il est en face du soleil, la lumière de ce dernier y devienne apparente.

(4.7.12)
De même, lorsque les éléments sont arrangés et mélangés selon un ordre, une organisation et un arrangement absolument parfaits, l'esprit de l'homme apparaît et se manifeste en eux. Tel est le décret du Puissant, du Savant !


4.8. Relation entre Dieu et la créature

(4.8.1)
Question. - Quelle est la nature de la relation entre Dieu et la créature, c'est-à-dire entre l'Indépendant, le Très-Haut et les autres êtres ? Réponse. - La relation de Dieu avec la créature est celle d'un auteur: c'est comme la relation qui existe entre le soleil et les corps ténébreux des contingences; c'est aussi la relation du créateur avec ce qu'il a créé.

(4.8.2)
Le soleil, dans sa propre essence, est indépendant des corps qu'il éclaire; car sa lumière aussi est, par sa propre essence, indépendante et affranchie du globe terrestre; bien que ce dernier soit sous l'influence du soleil et en reçoive les lumières, le soleil et ses lumières sont indépendants. Si le soleil n'existait pas, le globe terrestre et tous les êtres terrestres n'existeraient pas.

(4.8.3)
La dépendance de la créature par rapport à Dieu est une dépendance d'émanation, c'est-à-dire que la créature émane de Dieu, mais ne le manifeste pas. Elle a la relation d'émanation, non celle de manifestation. Les lumières du soleil émanent de lui, elles ne le manifestent pas.

(4.8.4)
Le resplendissement par émanation est comme le resplendissement de la lumière de l'astre des horizons : c'est-à-dire que l'essence sainte du Soleil de Vérité ne se morcelle pas et ne descend pas au rang de la créature, de même que le disque solaire ne se morcelle pas et ne descend pas sur la terre; la lumière du soleil, qui est sa bonté, émane de lui et illumine les corps ténébreux.

(4.8.5)
Quant au resplendissement par manifestation, c'est la manifestation des branches, des feuilles, des fleurs et des fruits à partir de la graine; car la graine, dans sa propre essence, devient des branches et des fruits, sa réalité descende dans les branches, les feuilles et les fruits.

(4.8.6)
Ce resplendissement en manifestation serait pour Dieu, le Très-Haut, une simple imperfection, ce qui est complètement impossible; car il faudrait que l'Eternel fût qualifié par les attributs des contingences, que la pure indépendance devînt la pure indigence, que la vraie existence devînt néant. Et cela est impossible.

(4.8.7)
Donc, toutes les créatures sont émanées de Dieu, c'est-à-dire que c'est Dieu qui a donné la réalité aux choses, et que les contingences ont trouvé l'existence par lui.

(4.8.8)
La première chose qui a émané de Dieu est cette réalité universelle que les anciens philosophes appelaient l'Intelligence première, et que les peuples de Bahá appellent la Volonté première. Cette émanation, en ce qui concerne son action, n'est pas limitée, dans le monde de Dieu, par l'espace ou le temps; il n'y a pour elle ni commencement ni fin.

(4.8.9)
Pour Dieu, le commencement et la fin sont tout un. L'éternité de Dieu est une éternité d'essence aussi bien que de temps, et la contingence des phénomènes est une contingence d'essence non temporelle, ainsi que nous l'avons déjà expliqué un jour à table.

(4.8.10)
Le fait, pour l'Intelligence première, de n'avoir pas eu de commencement ne lui donne pas une part dans l'éternité de Dieu [nota : l'éternité, mot à mot l'antiquité]; car l'existence de cette réalité universelle, à côté de l'existence de Dieu, est tout ce qu'il y a de plus nul; elle n'a pas le pouvoir de devenir son associée et son semblable dans l'éternité, et nous avons déjà expliqué ce sujet.

(4.8.11)
La vie des choses existantes consiste dans une composition, leur mort dans une décomposition. Mais la matière et les éléments universels ne deviennent pas absolument anéantis et détruits; non, cette non-existence est une transformation.

(4.8.12)
Par exemple, lorsque l'homme est anéanti, il devient poussière; mais ce n'est pas la pure non-existence; il a encore l'existence de la poussière; une transformation s'est produite, et cette composition s'est accidentellement désagrégée.

(4.8.13)
Il en est de même de l'anéantissement des autres êtres, car l'existence ne devient pas la non-existence, et la non-existence ne devient pas l'existence.


4.9. Sur la provenance des âmes par rapport à Dieu

(4.9.1)
Dans la Bible il est dit que Dieu souffla une âme dans le corps de l'homme. Que faut-il entendre par là ? Sachez qu'il y a deux sortes de provenances : la provenance et le resplendissement par émanation, et la provenance et le resplendissement par manifestation.

(4.9.2)
La provenance par émanation est comme la provenance de la création par rapport au créateur, d'un écrit par rapport à un écrivain.

(4.9.3)
L'écrit émane de l'écrivain et le discours émane de l'orateur : de la même façon, cette âme humaine émane de Dieu. Cela ne veut pas dire qu'elle manifeste Dieu; aucune partie n'a été détachée de la réalité divine pour pénétrer dans le corps de l'homme. Non, l'âme est apparue dans le corps de l'homme, comme le discours émane de l'orateur.

(4.9.4)
La provenance par manifestation est la manifestation de la réalité d'une chose dans une forme différente, comme la provenance de cet arbre par rapport à la graine, celle de cette fleur par rapport à sa semence : c'est la graine elle-même qui apparaît dans la forme des branches, des feuilles et des fleurs. C'est ce qu'on appelle la provenance par manifestation.

(4.9.5)
Les âmes des hommes, par rapport à Dieu, ont une provenance par émanation, comme le discours et l'écrit par rapport à l'orateur et à l'écrivain; c'est-à-dire que l'orateur ne devient pas le discours, ni l'écrivain l'écrit, car ils ont une provenance par émanation. L'orateur a les facultés et le pouvoir les plus grands, et le discours provient de lui, comme l'action de celui qui agit.

(4.9.6)
Quant au véritable Orateur, l'Essence d'Unité, il a toujours été dans une même condition, il ne change ni ne se modifie, il n'a ni altération, ni transformation. C'est l'Eternel immortel. Donc la provenance des âmes humaines, par rapport à Dieu, est une provenance par émanation.

(4.9.7)
Et quand il est écrit dans la Bible que Dieu insuffla son esprit dans l'homme, c'est cet esprit qui, comme le discours, provient du véritable Orateur et agit dans la réalité de l'homme.

(4.9.8)
Pour la provenance par manifestation, il s'agit du resplendissement divin, et non pas d'un morcellement; nous avons dit que c'est la provenance et le resplendissement du Saint-Esprit et du Verbe par rapport à Dieu.

(4.9.9)
Dans l'Evangile de saint Jean, il est dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu. » Donc, le Saint-Esprit et le Verbe sont le resplendissement de Dieu;

(4.9.10)
en d'autres termes, ce sont les perfections divines qui resplendissaient chez le Christ; et ces perfections étaient auprès de Dieu, comme le soleil qui brille de tout son éclat dans un miroir. Le Verbe ne signifie pas le corps du Christ; il signifie les perfections divines manifestées en lui.

(4.9.11)
Il était comme un miroir poli placé en face du Soleil de Vérité; et les perfections du Soleil de Vérité, c'est-à-dire sa lumière, sa chaleur, devenaient visibles et manifestes dans ce miroir, Si nous regardons dans le miroir, nous voyons le soleil, et nous disons : c'est le soleil.

(4.9.12)
Donc, le Verbe et le Saint-Esprit, qui désignent la perfection divine, sont un resplendissement divin. Voilà la signification du verset de l'Evangile qui dit que le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Car les perfections divines ne sont autres que l'Essence d'Unité.

(4.9.13)
Et on a appelé les perfections de Jésus : le Verbe, parce que tous les êtres sont comme des lettres qui, par elles-mêmes, n'ont pas une signification complète, tandis que les perfections du Christ avaient la valeur du Verbe qui, lui, donne une signification complète.

(4.9.14)
Comme la réalité du Christ était l'apparition des perfections divines, il était comparable au Verbe. Pourquoi ? Parce qu'il était un ensemble de significations parfaites. Aussi l'a-t-on appelé le Verbe.

(4.9.15)
Et sachez qu'il ne faut pas entendre la provenance du Verbe et du Saint-Esprit par rapport à Dieu, provenance et resplendissement par manifestation, comme si la réalité de la Divinité avait été morcelée ou multipliée, ou qu'elle était descendue des hauteurs saintes et pures. Dieu me pardonne!

(4.9.16)
Car si un miroir propre et poli regarde le soleil, sa lumière, sa chaleur, sa forme, son image se reflètent en lui avec un tel resplendissement qu'un homme dira du soleil brillant qu'il voit dans ce miroir poli et clair : « Ceci est le soleil », et il aura raison. Pourtant le miroir est un miroir, et le soleil est le soleil.

(4.9.17)
Le Soleil unique, même s'il resplendit dans des miroirs différents, est un. Cet état n'est ni la demeure ni l'entrée, ni le mélange ni la descente; car l'entrée, la demeure, la descente, la sortie, le mélange sont les nécessités et les caractéristiques des corps, non des âmes; à plus forte raison n'appartiennent-ils pas à la sainte et pure réalité de Dieu. Il n'existe en Dieu rien de ce qui ne sied pas à sa pureté et à sa sainteté exaltées et sublimes!

(4.9.18)
Le Soleil de Vérité, comme nous l'avons dit, a toujours été dans une condition unique; Il n'a ni changement ni modification, ni altération ni transformation. Il est éternel et immortel.

(4.9.19)
Quant à la sainte réalité du Verbe de Dieu, elle peut être comparée à un miroir pur, clair, lumineux : la chaleur, la lumière, la forme, l'image, c'est-à-dire les perfections du Soleil de Vérité resplendissent en lui. C'est pour cela que le Christ dit dans l'Evangile : « Le Père est dans le Fils. » C'est-à-dire le Soleil de Vérité resplendit dans ce miroir. Gloire à Celui qui brille sur cette réalité sacrée, sainte parmi les créatures!


4.10. L'esprit, l'âme, la raison

(4.10.1)
Question. - Quelle est la différence entre la raison, l'esprit et l'âme? Réponse. - Nous avons déjà expliqué que l'universalité de l'esprit se divise en cinq catégories : l'esprit végétal, l'esprit animal, l'esprit humain, l'esprit de foi et l'esprit saint. [nota : les individus ont trois états, l'état physique, celui de l'âme douée de raison, la relation de l'Esprit avec l'intelligence]

(4.10.2)
L'esprit végétal est ce pouvoir de croissance qui résulte, dans la graine, de la réaction des différents éléments les uns sur les autres.

(4.10.3)
L'esprit animal est le pouvoir de l'ensemble des sens, qui est dû à l'assemblage et au mélange des éléments; et lorsque cet assemblage est dissous, ce pouvoir aussi s'annihile et meurt.

(4.10.4)
C'est comme cette lampe : lorsque cette huile, cette mèche et ce feu sont assemblés, elle donne de la lumière; lorsque cet assemblage est dissous, c'est-à-dire lorsque les parties composantes se séparent les unes des autres, cette lampe s'éteint également.

(4.10.5)
L'esprit humain, qui constitue la différence entre l'homme et l'animal, est l'âme douée de raison; et ces deux termes, l'esprit humain et l'âme douée de raison, désignent une seule et même chose.

(4.10.6)
Cet esprit qui, d ans le langage des philosophes, devient l'âme douée de raison, enveloppe l'ensemble des existences, et c'est lui qui, suivant le pouvoir de l'homme, découvre les réalités des choses et apprend les qualités et les effets des contingences, les conditions et les propriétés des choses.

(4.10.7)
Mais, tant que l'homme ne reçoit pas l'assistance de l'esprit de foi, il n'apprend pas les secrets divins ni les vérités éternelles. Tel un miroir, il a beau être clair, propre et brillant, il lui faut de la lumière; tant qu'un rayon de soleil ne vient pas luire sur l'homme, il ne découvre pas les mystères divins.

(4.10.8)
Quant à la raison, c'est la faculté de l'esprit humain. Si l'on compare l'esprit à une lampe, la raison est la lumière qui y brille. Si l'on compare l'esprit à un arbre, la raison en est le fruit. La raison est la perfection de l'esprit et son attribut essentiel, comme la lumière solaire est la qualité essentielle du soleil.

(4.10.9)
Ces explications, bien que résumées, sont complètes : réfléchissez-y et, si Dieu veut, vous en comprendrez les détails.


4.11. Facultés physiques et facultés intellectuelles

(4.11.1)
Il y a dans l'homme cinq facultés physiques externes qui sont les agents de la perception; c'est-à-dire que, par ces cinq facultés, l'homme perçoit les existences physiques. La vue perçoit les formes visibles. L'ouïe perçoit les formes auditives. L'odorat perçoit les odeurs. Le goût perçoit la saveur des aliments. Le toucher, qui s'étend à tout le corps de l'homme, perçoit les choses tangibles. Ces cinq facultés nous font connaître le monde extérieur.

(4.11.2)
L'homme a également des facultés intellectuelles : l'imagination qui conçoit les choses, la pensée qui réfléchit aux réalités, l'intelligence qui perçoit les réalités, la mémoire qui conserve ce que l'homme imagine, pense, comprend.

(4.11.3)
L'intermédiaire entre les cinq facultés externes et les facultés internes est la faculté commune, c'est-à-dire une faculté qui agit entre les facultés internes et les facultés externes, et transmet à celles-là ce que celles-ci ont perçu. On l'appelle faculté commune parce qu'elle appartient aux facultés externes et aux facultés internes.

(4.11.4)
Par exemple, la vue qui est une faculté externe voit cette fleur et la perçoit, et la faculté commune fait part de cette perception aux facultés internes. Elle transmet cette vision à la faculté de l'imagination, laquelle la représente, la conçoit et la transmet à la pensée qui, à son tour, la réfléchit et, en ayant saisi la réalité, la transmet à l'intelligence.

(4.11.5)
L'intelligence, lorsqu'elle a compris, transmet à la mémoire l'image de cette chose perçue, la mémoire la conserve, et elle demeure en dépôt dans son sanctuaire.

(4.11.6)
Il y a cinq facultés externes : la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat et le toucher.

(4.11.7)
Il y a aussi cinq facultés internes : la faculté commune, l'imagination, la pensée, l'intelligence et la mémoire.


4.12. Les différents caractères de l'homme

(4.12.1)
Question. - Combien y a-t-il de sortes de caractères chez l'homme, et d'où proviennent les différences et les variétés ? Réponse. - Le caractère inné, le caractère héréditaire et le caractère acquis provenant de l'éducation. [nota : la foi bahá’íe n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et si elle se sert d'une terminologie passée dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la portée symbolique] [nota : voir les différents caractères chez l'homme]

(4.12.2)
Quant au caractère inné, bien que la création divine soit exclusivement bonne, ses variétés, chez l'homme, tiennent à la différence des degrés : tous sont bons, mais ils sont plus ou moins bons selon le degré. Ainsi, toute l'humanité possède l'intelligence et des capacités; mais l'intelligence, la capacité, le mérite, chez l'homme, varient; cela est évident.

(4.12.3)
Par exemple, réunissez un certain nombre d'enfants d'une même famille, d'un même pays, d'une même école, d'un même maître, qu'ils soient élevés avec la même nourriture, sous le même climat, avec les mêmes vêtements, qu'ils reçoivent la même instruction, certainement, parmi eux, il y en aura qui seront instruits dans les sciences, d'autres qui seront médiocres, et d'autres nuls.

(4.12.4)
Il est donc clair que, dans la nature elle-même, il y a des variétés de degrés et des différences de mérite et de capacité. Mais la différence ne tient pas au bien ou au mal, c'est uniquement une différence de degré. L'un est au degré le plus haut, l'autre au degré moyen, l'autre au degré le plus bas.

(4.12.5)
Ainsi l'homme existe; l'animal, la plante le minéral existent aussi : mais, dans ces quatre contingences, l'existence diffère. Quelle différence entre l'existence de l'homme et celle de l'animal! Pourtant tous deux existent.

(4.12.6)
Il est donc clair que, dans l'existence, il y a des variétés de degré. Quant aux variétés des caractères héréditaires, elles tiennent à la force ou à la faiblesse de la constitution; ainsi, lorsque les deux parents sont faibles de constitution, les enfants le deviennent aussi; s'ils sont puissants, les enfants sont forts.

(4.12.7)
De même, la pureté du sang a une influence générale, car un germe sain est comme la race supérieure; et cette variété se retrouve aussi chez les plantes et les animaux. Par exemple, considérez des enfants nés d'un père et d'une mère faibles, ils auront naturellement une constitution faible et des nerfs fragiles, ils seront affligés de différents maux, n'auront ni patience ni endurance, ni fermeté ni persévérance; ils seront irréfléchis; car les enfants héritent de la faiblesse et de la débilité de leurs parents.

(4.12.8)
En dehors de cela, certaines familles et certaines générations sont l'objet d'une faveur spéciale. Ainsi, c'est à une faveur spéciale que la descendance d'Abraham doit d'avoir eu parmi elle tous les prophètes d'Israël. C'est une faveur que Dieu a conférée à cette descendance. Moïse est de cette descendance par son père et sa mère, le Christ par sa mère, ainsi que Muhammad, le Bab et tous les prophètes et les saintes manifestations d'Israël.

(4.12.9)
La Beauté bénie est également de la descendance directe d'Abraham, car Abraham avait d'autres fils en plus d'Ismaël et d'Isaac qui, à cette époque, émigrèrent dans les pays de Perse et d'Afghanistan; et la Beauté bénie est l'un de leurs descendants.

(4.12.10)
Il est évident que les caractères héréditaires ont aussi leur importance, au point que, si les caractères ne sont pas conformes au caractère originel, bien qu'on appartienne physiquement à telle descendance, on en sera exclu spirituellement. Ainsi, Canaan n'est pas considéré comme appartenant a la descendance de Noé. [voir : Genèse 9.26 ; Nombres 33.51-52 ; Petit-fils de Noé, Canaan a donné son nom à la tribu cananéenne, dont la bible attribue le massacre par les hébreux à son impiété]

(4.12.11)
Mais la différence des caractères, qui résulte de l'éducation, est considérable, car l'éducation a une grande importance.

(4.12.12)
L'éducation rend l'ignorant instruit, le faible courageux; elle redresse la branche tordue, elle rend doux et sucrés les fruits amers et aigres des montagnes et des bois; la fleur à cinq pétales est centuplée; par l'éducation, les peuples sauvages deviennent civilisés et les animaux eux-mêmes se plient aux besoins et aux usages de l'homme.

(4.12.13)
Il faut faire grand cas de cette éducation car, de même que les maladies dans le monde des corps se communiquent très facilement, de même les dispositions sont extrêmement contagieuses dans les âmes et les coeurs.

(4.12.14)
Cette diversification produite par l'éducation est très considérable et a une influence générale. Peut-être quelqu'un va-t-il dire que, puisque l'aptitude et le mérite des hommes sont différence, et que les variétés qui existent entre les hommes tiennent à leurs aptitudes, il doit nécessairement y avoir des caractères différents. Mais c'est une erreur. Car il y a deux sortes d'aptitudes : l'aptitude naturelle et l'aptitude acquise. [nota : il doit nécessairement y avoir des caractères différents, par conséquent il ne faut pas blâmer les gens qui ont de mauvaises tendances]

(4.12.15)
La première qui est la création divine, est absolument, purement bonne; dans la nature il n'y a pas de mal.

(4.12.16)
Mais aptitude acquise est devenue la cause de l'existence du mal. Par exemple, Dieu a créé tous les hommes de telle façon, et leur a donné des dispositions et des capacités telles que le miel et le sucre leur profitent, et que le poison les rend malades et les tue. Telles sont les capacités et les aptitudes naturelles que Dieu a données également à toute l'humanité.

(4.12.17)
Mais l'homme commence peu à peu à consommer du poison, en en prenant chaque jour une petite quantité qu'il augmente progressivement jusqu'au moment où, s'il ne prend pas un gramme d'opium par jour, il meurt. Les aptitudes naturelles sont ainsi complètement transformées.

(4.12.18)
Remarquez combien les aptitudes et les capacités naturelles peuvent être modifiées par des habitudes et une culture différentes!

(4.12.19)
On ne reproche pas au criminel ses aptitudes et ses capacités naturelles, mais bien ses aptitudes et ses capacités acquises.

(4.12.20)
Dans la nature, le mal n'existe pas, tout est bon; même des qualités et un naturel qui, en général, sont blâmés, et qui pourtant sont une nécessité essentielle de certains humains, ne sont pas en réalité blâmables.

(4.12.21)
Ainsi, dès le début de sa vie, on peut remarquer clairement chez un enfant qui tète les signes de l'avidité, de la colère, de la domination. Alors, le bien et le mal ont été créés dans la réalité de l'homme, et cela est contraire au bien absolu dans la création et la nature pourra-t-on dire. La réponse à cela c'est que l'avidité, qui est la demande de quelque chose de plus, est une qualité louable, pourvu qu'elle s'exerce à propos.

(4.12.22)
Par exemple, si un homme est avide d'apprendre les sciences et le savoir, ou de devenir clément, généreux et juste, cela est très louable. S'il exerce sa colère et sa domination contre les tyrans sanguinaires, qui sont comme des lions dévorants, cela est également très louable; tandis que, s'il ne se sert pas de ces qualités pour de bons propos, elles sont blâmables.

(4.12.23)
Il est donc évident que, dans la création, le mal n'a jamais existé; mais quand le caractère naturel de l'homme s'exerce dans les circonstances contraires aux lois, il devient blâmable.

(4.12.24)
Par exemple, si un riche fait généreusement une aumône à un pauvre afin qu'il l'emploie pour ce qui lui est nécessaire, et si ce pauvre emploie ensuite cette somme pour des choses illégales, cela devient blâmable.

(4.12.25)
De même pour toutes les caractéristiques naturelles de l'homme, qui constituent le capital de la vie; si on s'en sert pour des choses illégales, elles deviennent blâmables. Il est donc clair que la nature est le bien même.

(4.12.26)
Considérez que le plus mauvais caractère et le défaut le plus haïssable, qui est la source de tous les maux, c'est le mensonge; on ne peut imaginer un défaut plus mauvais et plus blâmable dans l'existence; c'est le destructeur de toutes les perfections humaines et la cause de vices innombrables; il n'y a pas de pire défaut que celui-là, c'est la base de tous les crimes.

(4.12.27)
Malgré cela, si un médecin console un malade en lui disant : « Grâce à Dieu, ta santé est meilleure, et j'espère en ta guérison », même si ces paroles sont contraires à la vérité, elles peuvent servir à consoler le coeur du malade, et être la source de sa guérison. Cela n'est pas blâmable. La question est maintenant clairement élucidée.


4.13. L'intelligence humaine et les manifestations de Dieu

(4.13.1)
Question. - Jusqu'où peut aller la perception humaine, et par quoi est-elle limitée ?

(4.13.2)
Réponse. - Sachez qu'il y a deux sortes de perceptions : le plus humble degré de perception correspond aux sentiments des animaux, c'est-à-dire à la sensation physique qui apparaît par le pouvoir des sens. Cette perception est appelée sensation : là, l'homme et l'animal sont égaux; bien plus, certains animaux sont supérieurs à l'homme.

(4.13.3)
Mais dans l'humanité, la perception varie, et elle est différenciée selon les différentes aptitudes de l'homme.

(4.13.4)
Au premier rang de la nature est la perception de l'âme douée de raison; par cette perception et cette faculté, tous les hommes sont égaux, qu'ils soient négligents, attentifs, croyants ou mécréants.

(4.13.5)
Dans l'oeuvre de Dieu, cette âme douée de raison embrasse et dépasse les autres créatures. Comme elle est plus noble et plus élevée, elle englobe les choses.

(4.13.6)
Le pouvoir de l'âme douée de raison peut découvrir la réalité des choses, comprendre les particularités des créatures et pénétrer les mystères des existences, Toutes ces sciences, ces connaissances, ces arts, ces merveilles, ces institutions, ces découvertes, ces entreprises proviennent des facultés de l'âme douée de raison.

(4.13.7)
Il fut un temps où c'étaient des mystères préservés, des secrets cachés et inconnus; l'âme douée de raison les a peu à peu découverts et amenés du domaine de l'invisible et du caché à celui de l'évidence.

(4.13.8)
C'est le plus grand pouvoir de la perception dans la nature; son essor et sa portée suprême consistent à comprendre la réalité, les particularités et les caractéristiques des contingences.

(4.13.9)
Mais l'intelligence universelle divine, qui est en dehors de la nature, c'est la bonté du pouvoir du Préexistant. Cette intelligence universelle divine embrasse les réalités existantes, et elle perçoit les lumières des mystères divins. C'est un pouvoir de conscience, non un pouvoir de recherche et d'expérience.

(4.13.10)
Au contraire, le pouvoir intellectuel naturel est un pouvoir de recherche; par ses recherches, il découvre les réalités des créatures et les particularités des existences.

(4.13.11)
Mais le pouvoir intellectuel du royaume de Dieu, qui est en dehors de la nature, embrasse les choses, les connaît, les comprend, perçoit les mystères, les réalités et les significations divines, et découvre les vérités cachées du royaume.

(4.13.12)
Ce pouvoir intellectuel divin est spécial aux saintes manifestations et aux orients de la prophétie; un rayon de cette lumière frappe le miroir du coeur des fidèles, et une part et une portion de ce pouvoir leur parviennent par l'intermédiaire des saintes manifestations.

(4.13.13)
Les saintes manifestations ont trois conditions : la condition du corps, celle de l'âme douée de raison et celle de la manifestation de perfection, de l'éclat divin.

(4.13.14)
Le corps comprend les choses dans la mesure de ses capacités dans le monde corporel : c'est ainsi que, dans bien des cas, les manifestations ont montré de la faiblesse.

(4.13.15)
Par exemple : « J'étais endormi dans l'ignorance; la brise de Dieu passa sur moi, me réveilla et me commanda de proclamer la parole de Dieu. » Ou bien, lorsque le Christ, à l'âge de trente ans, fut baptisé et que le Saint-Esprit entra en lui; auparavant, le Saint-Esprit ne se manifestait pas en lui. Tout cela se rapporte à la condition du corps des manifestations. [voir : « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.4.14 et 3.4.17 et 4.13.15 - « J'étais endormi les brises divines ont passé sur moi et je me suis éveillé »]

(4.13.16)
Tandis que leur condition divine embrasse toutes les choses, connaît tous les mystères, sait tous les signes, gouverne toutes les choses, avant comme après leur mission, c'est tout un. C'est pour cela qu'il a dit : « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. » [voir : « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.9.13 et 4.13.16 et 5.7.11; « Les sept vallées » 1.35 et 1.64 ; voir aussi Apocalypse 1.8 ; Esaïe 48.12 ; Coran 57.3 - CLE: LE PREMIER LE DERNIER, ALPHA ET OMEGA - Selon la bible: « ô Jacob, et ô Israël, mon appelé, écoute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. » et selon Jésus: « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. » et selon Muhammad: « C'est Lui le Premier et le Dernier »]


4.14. La connaissance de Dieu

(4.14.1)
Question. - Jusqu'à quel point l'intelligence de l'homme arrive-t-elle a comprendre Dieu? Réponse. - Ce sujet exige beaucoup de temps, et son explication ainsi, à table, n'est pas facile; néanmoins nous en parlerons brièvement. [voir : « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 1.1.8 et 3.2.7 - sur l'idée de Dieu, le lecteur verra que la foi bahá’íe n'a pas une conception anthropomorphique de Dieu, et que, si elle se sert d'une terminologie passée dans l'usage, elle a soin d'en indiquer la portée symbolique]

(4.14.2)
Sachez qu'il y a deux sortes de connaissances : la connaissance de l'essence d'une chose et celle de ses qualités. L'essence d'une chose est connue par ses qualités, autrement elle nous échappe.

(4.14.3)
Comme ce que nous savons des choses, bien qu'elles soient créées et limitées, vient de leurs qualités et non de leur essence, comment pourrions-nous connaître, par son essence, la Réalité divine qui est illimitée?

(4.14.4)
L'essence profonde des choses est inconnue; seules, ses qualités le sont. Ainsi l'essence profonde du soleil nous échappe, mais par ses qualités qui sont la chaleur et la lumière, nous le connaissons. L'essence profonde de l'homme nous échappe, elle est inconnue, mais par ses qualités elle est connue et caractérisée.

(4.14.5)
Et comme notre connaissance de toute chose se rapporte aux qualités et non à l'essence, bien que notre intelligence s'applique aux êtres et que les êtres extérieurs soient connus, ces êtres, quant à leur essence, nous échappent; nous ne les connaissons que quant à leurs qualités.

(4.14.6)
Alors, comment l'Eternel, qui est au-dessus de l'intelligence et des pensées, serait-Il connu dans son essence? C'est-à-dire que, puisque les choses ne peuvent être connues que dans leurs qualités, et non dans leur essence, à plus forte raison la Réalité divine nous échappe-t-elle dans son essence, et n'est-elle connue que dans ses attributs.

(4.14.7)
D'ailleurs comment la réalité contingente pourrait-elle comprendre la Réalité éternelle? Car comprendre, c'est avoir déjà en soi; il faut contenir pour comprendre, et l'Essence de l'Unité contient tout; elle n'est pas contenue.

(4.14.8)
Egalement, la différence de règnes entre les êtres est un obstacle à la connaissance. Ainsi ce minéral, qui appartient au règne minéral, aura beau s'élever, il ne pourra jamais comprendre la force de croissance. Les végétaux, les arbres, quelque progrès qu'ils fassent, ne peuvent se représenter la faculté de la vue, non plus que comprendre les autres sens. L'animal ne peut se représenter les facultés humaines, c'est-à-dire les facultés spirituelles.

(4.14.9)
La différence de règnes est un obstacle à la connaissance : les êtres du règne inférieur ne peuvent comprendre ceux du règne supérieur. Comment alors la réalité contingente comprendrait-elle la Réalité éternelle ?

(4.14.10)
Donc, comprendre Dieu veut dire comprendre et connaître ses attributs, non sa réalité. Et cette connaissance des attributs dépend aussi de la capacité et du pouvoir plus ou moins grands de l'homme. Ils ne sont pas illimités.

(4.14.11)
Par conséquent, la philosophie consiste à comprendre la réalité des choses, comme elles existent, selon la capacité et le pouvoir des hommes.

(4.14.12)
Et pour la réalité contingente, il n'y a pas d'autre ressource que de comprendre les attributs de l'Eternel selon les capacités humaines.

(4.14.13)
Le mystère divin est au-dessus de la compréhension des êtres; tout ce qui parvient à l'imagination, c'est cela que l'homme comprend; et le pouvoir de compréhension de l'homme ne s'applique pas à la réalité de l'Essence divine.

(4.14.14)
Tout ce que l'homme est capable de comprendre ce sont les attributs divins, dont l'éclat brille et apparaît dans le monde et dans l'âme des hommes.

(4.14.15)
Lorsque nous regardons le monde et au coeur de l'âme des hommes, des signes évidents des perfections divines apparaissent, clairs et manifestes, car la réalité des choses prouve la Réalité universelle.

(4.14.16)
On peut comparer la Réalité divine au soleil qui, dans les hauteurs de sa gloire, brille sur tous les horizons; chaque horizon et chaque âme prennent une part de cet éclat; et si cet éclat et cette lumière n'existaient pas, les êtres n'existeraient pas non plus; chacun exprime une vérité et retient une partie de cette lumière.

(4.14.17)
Mais la réflexion des perfections, des bontés et des qualités divines brille et resplendit dans la réalité de l'homme parfait, c'est-à-dire de cet être unique qui est la manifestation universelle de Dieu.

(4.14.18)
Cas les autres êtres ne reçoivent qu'un rayon, tandis que la manifestation universelle est un miroir pour ce Soleil, lequel devient visible et manifeste en lui, avec toutes ses perfections, ses attributs, ses signes et ses merveilles.

(4.14.19)
La connaissance de la Réalité divine est absolument impossible, mais la connaissance des manifestations divines est la connaissance de Dieu; car les bontés, les splendeurs, les qualités divines sont manifestées en elles.

(4.14.20)
Donc, si l'homme parvient à connaître les manifestations divines, il arrive à la connaissance de Dieu. S'il néglige de connaître les saintes manifestations, il en est privé.

(4.14.21)
Il est donc clair et établi que les manifestations saintes sont le siège de la bonté, des signes et des perfections de Dieu. Heureux sont ceux qui, de ces lumineuses aurores, reçoivent la lumière des bontés divines!

(4.14.22)
Nous espérons que les amis de Dieu, comme une force attractive, recevront ces bontés, de leur source même, et qu'ils se lèveront avec une lumière et des signes qui feront d'eux des preuves évidentes du Soleil de Réalité!


4.15. L'immoralité de l'esprit

(4.15.1)
Après avoir prouvé que l'esprit humain existe, il s'agit maintenant d'établir son immortalité. Il en est fait mention dans les livres saints; l'immortalité de l'esprit est la base fondamentale des religions divines. [nota : voir « Différence entre l'homme et l'animal ». Les deux leçons sur l'immortalité de l'esprit furent données par Abdu’l-Bahá après celle sur la différence entre l'homme et l'animal. Pour la clarté du sujet nous avons préféré les classer ici]

(4.15.2)
Or, on dit qu'il y a deux sortes de punitions et de récompenses. Premièrement, les récompenses et les châtiments de la vie; secondement, ceux de l'autre monde.

(4.15.3)
Mais le paradis et l'enfer de l'existence se retrouvent dans tous les mondes de Dieu, que ce soit dans ce monde ou que ce soit dans les mondes spirituels et célestes.

(4.15.4)
L'obtention de ces récompenses c'est l'obtention de la vie éternelle. C'est pour cela que le Christ dit : « Agissez de façon à gagner la vie éternelle, et à naître de l'eau et de l'esprit, afin d'entrer dans le royaume des cieux. » [voir : Jean 3.5-7 ; Coran 25.48 ; « Causeries d'Abdu'l-Bahá à Paris » 1.27.1 ; « Livre de la certitude » 2.97 ; « Sélection des écrits d'Abdu'l-Bahá » 129.5]

(4.15.5)
Les récompenses de ce monde sont les vertus et les perfections qui ornent l'homme véritable. Ainsi, de ténébreux, il devient lumineux; d'ignorant, savant; de négligent, attentif; d'endormi, éveillé; de mort, vivant; d'aveugle, voyant; de sourd, fine oreille; de terrestre, céleste; de matériel, spirituel.

(4.15.6)
Par ces récompenses, il trouve la naissance spirituelle, il devient une créature nouvelle, il devient la manifestation de ce verset de l'Evangile où il est dit, à propos des apôtres, qu'ils n'étaient nés ni du sang ni de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu; c'est-à-dire qu'ils étaient affranchis des moeurs et des qualités bestiales qui sont un des côtés de la nature humaine, et qu'ils étaient caractérisés par les qualités divines qui sont la bonté de Dieu. Telle est la signification de la naissance.

(4.15.7)
Pour de tels êtres, il n'y a pas de tourment plus grand que d'être séparé de Dieu, ni de punition plus violente que les vices, les passions, les mauvais penchants, une nature vile, et le ait de tomber dans la débauche.

(4.15.8)
Lorsque, à la lumière de la foi, ils sont affranchis de la noirceur de ces vices, qu'ils deviennent illuminés par l'éclat du Soleil de Vérité et honorés par toutes les vertus, ils considèrent cela comme la plus grande récompense, et ils savent que c'est le véritable paradis.

(4.15.9)
Et de même, ils regardent comme la punition divine, c'est-à-dire comme le tourment et le châtiment de la vie, le fait d'être soumis au monde matériel, d'être séparé de Dieu, la brutalité et l'ignorance, le fait de tomber dans les vices charnels, d'être esclave des faiblesses animales, d'être caractérisé par les noirs attributs tels que le mensonge, la cruauté, l'iniquité, l'attachement aux choses mondaines, et le ait d'être plongé dans les pensées sataniques; pour eux, ce sont les tourments et les châtiments les plus grands.

(4.15.10)
Quant aux récompenses de l'autre monde, ce sont : la vie éternelle, laquelle est mentionnée dans tous les livres saints, ainsi que les perfections divines et tes bienfaits éternels, la félicité éternelle.

(4.15.11)
Les récompenses de l'autre monde sont les perfections et la paix, obtenues dans le monde spirituel, après qu'on a quitté celui-ci.

(4.15.12)
Les récompenses de cette vie sont les véritables perfections lumineuses qui existent dans ce monde et qui sont cause de vie éternelle; car les récompenses de cette vie sont les progrès mêmes de notre existence.

(4.15.13)
Ainsi l'homme passe du monde embryonnaire à la maturité et devient la manifestation de « Béni soit Dieu le meilleur des créateurs ».

(4.15.14)
Les récompenses de l'autre monde sont la paix et les grâces spirituelles, les différentes sortes de bienfaits spirituels dans le royaume divin, la réalisation des désirs du coeur et de l'âme, et la rencontre de Dieu dans le monde éternel.

(4.15.15)
De même, les punitions de l'autre monde, c'est-à-dire les tourments de l'autre monde, consistent à être privé des faveurs spéciales de Dieu, des bienfaits incontestables, et à tomber dans les derniers degrés de l'existence.

(4.15.16)
Et celui qui est privé de ces bienfaits divins, quoiqu'il continue d'exister après la mort, est pourtant considéré comme mort auprès des gens de vérité.

(4.15.17)
Quant à la preuve logique de l'immortalité de l'esprit, c'est qu'aucun signe ne peut résulter d'une chose non existante, c'est-à-dire qu'il est impossible que, d'une chose qui n'existe pas, le moindre signe apparaisse; car le signe est la conséquence d'une chose, et la conséquence dépend de l'existence du principe.

(4.15.18)
Ainsi, d'un soleil non existant il ne peut briller de lumière; d'une mer non existante nulle vague ne peut naître; d'un nuage non existant il ne tombe pas de pluie; un arbre non existant ne donne pas de fruits; un homme non existant ne manifeste ni ne produit rien.

(4.15.19)
Par conséquent, si un signe d'existence est manifesté, c'est la preuve que le possesseur du signe existe.

(4.15.20)
Considérez qu'aujourd'hui le royaume du Christ existe; comment se pourrait-il qu'un souverain inexistant manifestât un royaume aussi grand ? Comment, d'une mer non existante, les vagues monteraient-elles si haut? Comment une aussi douce brise sainte se répandrait-elle d'un jardin non existant ?

(4.15.21)
Considérez que chaque être, par le seul fait de la destruction de ses membres, de la décomposition de ses éléments, perd complètement tout effet, toute influence, tout signe, que ce soit un minéral, un végétal ou un animal.

(4.15.22)
Il n'y a que la réalité humaine, l'esprit de l'homme qui, après la désagrégation de ses membres, la dispersion de ses molécules et la destruction de sa composition, continue à donner des signes, à agir et à avoir du pouvoir.

(4.15.23)
Cette question est extrêmement subtile; réfléchissez-y bien; c'est une preuve de raison que nous donnons afin que, raisonnablement, on la pèse dans la balance de la raison et de l'équité.

(4.15.24)
Que si l'esprit humain devient annonciateur de bonnes nouvelles, et est attiré vers le royaume de Dieu, s'il voit avec la vraie vision, si son entendement spirituel prend force, si ses sentiments spirituels deviennent prédominants, il verra son immortalité aussi clairement que le soleil, et les bonnes nouvelles et les signes de Dieu l'envelopperont entièrement!

(4.15.25)
Demain, nous donnerons d'autres preuves.


4.16. L'immortalité de l'esprit (suite)

(4.16.1)
Hier, nous étions en train de prouver l'immortalité de l'esprit.

(4.16.2)
Sachez que l'activité et l'intelligence de l'esprit humain sont de deux sortes, c'est-à-dire qu'il agit et comprend de deux façons différentes.

(4.16.3)
D'abord, par l'intermédiaire d'instruments et d'organes : ainsi, c'est par l'oeil qu'il voit, par l'oreille qu'il entend, par la langue qu'il parle. Telle est l'action de l'esprit et de l'intelligence humaine, par l'intermédiaire des organes.

(4.16.4)
C'est-à-dire que ce qui voit, c'est l'esprit, mais par l'intermédiaire de l'oeil; ce qui entend, c'est l'esprit, mais par l'intermédiaire de l'oreille; c'est lui l'orateur, mais par l'intermédiaire de la langue.

(4.16.5)
L'autre sorte d'activité et d'action de l'esprit consiste à se passer d'instruments et d'organes. Par exemple, il est dans l'état de sommeil; sans oeil il voit, sans oreille il entend, sans langue il parle, sans jambes il court; bref, cette activité a lieu sans l'intermédiaire d'un instrument ou d'un organe.

(4.16.6)
Combien de fois arrive-t-il qu'il fasse un rêve dans le sommeil, dont la signification n'est manifeste que deux ans après, dans des événements concordants ? Et de même, combien de fois une question qu'il ne peut résoudre à l'état de veille est solutionnée dans le monde du rêve ?

(4.16.7)
Dans la veille, l'oeil ne voit que jusqu'à une courte distance; mais dans le rêve, l'homme qui est en Orient voit l'Occident. Dans la veille il voit le présent, dans le rêve l'avenir.

(4.16.8)
Dans la veille, à toute vitesse, il traversera au plus vingt farsakhs à l'heure; dans le rêve, en un clin d'oeil, il traverse l'Est et l'Ouest. [nota : Farsakhs: Le farsakhs est une mesure de longueur qui équivaut à un peu moins de quatre milles anglais]

(4.16.9)
Car l'esprit voyage de deux façons différentes : sans instrument, c'est-à-dire le voyage spirituel, et avec instrument, c'est-à-dire le voyage matériel; comme les oiseaux qui peuvent s'envoler ou changer de place lorsqu'on les transporte.

(4.16.10)
Dans le sommeil, le corps est comme mort; il ne voit ni n'entend, il ne sent pas, il n'a pas de conscience, pas d'intelligence; c'est que les facultés de l'homme sont éteintes. Mais l'esprit vit et subsiste. Et même, son influence est plus considérable; son vol s'étend plus haut, son intelligence est plus grande.

(4.16.11)
Si, après la mort du corps, la mort de l'esprit suivait ce serait comme si nous imaginions qu'un oiseau en cage serait perdu si l'on brisait sa cage; alors que, au contraire, l'oiseau n'a rien à craindre de la destruction de la cage. Notre corps est comme la cage, et notre esprit comme l'oiseau.

(4.16.12)
Nous voyons que, sans la cage, dans le sommeil, cet oiseau s'envole; donc, si elle était brisée, l'oiseau durerait et subsisterait; ses sens seraient plus puissants, son intelligence plus grande, son bonheur plus complet.

(4.16.13)
En vérité, de l'enfer, il parviendrait à un paradis de délices; car, pour les oiseaux reconnaissants il n'y a pas de paradis plus élevé que l'affranchissement de la cage. C'est pour cela que les martyrs, avec la joie et le bonheur les plus grands, se hâtent vers le champ du sacrifice.

(4.16.14)
Egalement, dans la veille, l'oeil de l'homme voit au plus à une heure de distance, car par l'instrument du corps, l'action de l'esprit est ainsi fixée; mais par la vision et l'oeil de l'intelligence, il voit l'Amérique, il perçoit ces lieux éloignés, il découvre la condition des choses, et il organise les affaires.

(4.16.15)
Or, si l'esprit n'était autre chose que le corps, il serait nécessaire que le pouvoir de la vision interne fût identique [nota : la vision interne aurait dû être identique à celle de la vision de l'œil]. II est donc clair que cet esprit est autre chose que ce corps, que cet oiseau est autre chose que cette cage, et que le pouvoir et l'influence de l'esprit, sans l'intermédiaire du corps, sont encore plus considérables.

(4.16.16)
Or, si l'organe est abandonné, le possesseur de l'organe continue à agir; si une plume est abandonnée ou si elle se brise, l'écrivain n'en demeure pas moins vivant et présent; si une maison est détruite, le propriétaire reste et subsiste. Tout cela fait partie des preuves logiques de l'immortalité de l'esprit.

(4.16.17)
Il y en a une autre : ce corps s'affaiblit, devient lourd, malade, il recouvre la santé, il est fatigué, reposé; parfois on l'ampute d'une main, d'une jambe, son pouvoir physique est affaibli, il devient aveugle, sourd, muet, ses membres peuvent devenir paralysés; bref, le corps peut avoir toutes les imperfections.

(4.16.18)
Au contraire l'esprit, dans sa condition primordiale, dans sa perception spirituelle, subsiste et demeure; il n'est en rien amoindri ni détruit. Pourtant, lorsqu'il est entièrement soumis aux maladies et aux ennuis, le corps est privé des bienfaits de l'esprit, comme un miroir brisé, sale, ou poussiéreux, qui ne réfléchit plus la lumière du soleil et ne montre plus ses bienfaits.

(4.16.19)
Nous avons déjà expliqué que l'esprit humain n'est pas dans le corps, car il est affranchi et exempt des conditions de descente et de sortie qui appartiennent aux choses matérielles. La relation de l'esprit avec le corps est comme celle du soleil avec le miroir.

(4.16.20)
Bref, l'esprit humain est dans une condition spéciale : les maladies du corps ne l'affectent pas, non plus que sa santé; il ne devient pas malade ou faible, ou misérable ou pauvre, ou léger, ou petit; c'est-à-dire que les affections du corps ne le touchent pas et qu'aucun effet ne sera visible si le corps devient faible, si les mains, ou les pieds, ou la langue sont coupés, s'il perd l'ouïe ou la vue.

(4.16.21)
Il est donc clair et établi que l'esprit est autre que le corps et que sa durée est indépendante de celle du corps. Au contraire, l'esprit, avec la gloire la plus grande, règne sur le corps; et ses effets et son influence, comme les bienfaits du soleil dans un miroir, sont manifestes et visibles. Mais lorsque le miroir est sale ou se brise, il est privé de la lumière du soleil!


4.17. Les perfections de l'existence sont illimitées

(4.17.1)
Sachez que les rangs de l'existence sont limités : il y a le rang de servitude, le rang de prophétie et le rang de divinité.

(4.17.2)
Tandis que les perfections divines, aussi bien que les perfections contingentes, sont illimitées. Lorsque vous regardez attentivement, vous voyez que cette non-limitation des perfections de l'existence est bien apparente, car vous ne pouvez trouver une seule créature dont vous ne puissiez imaginer qu'il en existe une supérieure.

(4.17.3)
Par exemple, il n'y a pas un rubis dans le monde minéral, une rose dans le monde végétal, ou un rossignol dans le monde animal tels qu'on n'en puisse imaginer de plus parfaits.

(4.17.4)
Et comme la grâce divine est illimitée, les perfections humaines le sont aussi. S'il était possible d'en atteindre la limite, l'une quelconque des choses pourrait atteindre l'état où elle n'aurait plus besoin de Dieu, et la contingence parviendrait au degré de l'Existence absolue.

(4.17.5)
Mais chaque créature a pour elle un degré qu'elle ne peut outrepasser : c'est-à-dire que quiconque est dans le degré de servitude aura beau faire des progrès, acquérir des perfections sans limites, il ne parviendra pas au degré de divinité.

(4.17.6)
De même pour les autres créatures : un minéral, quelque progrès qu'il fasse dans le monde minéral, ne trouvera pas la force végétative. Egalement cette fleur, quelque progrès qu'elle fasse dans le monde botanique, ne pourra manifester en elle la faculté des sens.

(4.17.7)
Par exemple, ce morceau d'argent ne peut avoir ni ouïe, ni vue; tout ce qu'il peut faire, c'est d'évoluer dans son propre rang et de devenir une pièce parfaite; mais il ne peut acquérir la force de croissance ou la force sensitive, ni trouver la vie; il ne peut que progresser dans son propre rang.

(4.17.8)
Par exemple, saint Pierre ne peut pas être le Messie. Tout ce qu'il peut faire c'est, dans le rang de servitude, d'atteindre des perfections illimitées, car tout ce qui existe est capable de progresser.

(4.17.9)
Et comme l'esprit de l'homme, après avoir dépouillé cette forme matérielle, a une vie éternelle :t que naturellement une chose existante est aussi capable de progrès (après la mort) , donc l'homme, après sa mort, peut espérer le progrès, le pardon, la faveur, la bienfaisance, la grâce, puisque l'existence est capable de progrès.

(4.17.10)
C'est pour cela que, dans les prières de Bahá'u'lláh, il y a la demande du pardon et de la rémission pour ceux qui ont trépassé;

(4.17.11)
d'ailleurs, de même que la créature a besoin de Dieu dans ce monde, elle en a aussi besoin dans l'autre; la créature est toujours dans le besoin et Dieu est absolument indépendant, que ce soit dans ce monde ou dans l'autre.

(4.17.12)
La richesse de l'autre monde, c'est l'approche de Dieu.

(4.17.13)
Par conséquent, il est certain que ceux qui sont près de la cour divine peuvent intercéder, et que cette intercession a l'approbation de Dieu. Mais l'intercession dans l'autre monde ne ressemble pas à celle de ce monde; c'est un autre état de choses, une autre vérité qu'il n'est pas facile d'expliquer.

(4.17.14)
Si un homme opulent, au moment de sa mort, fait un testament en faveur des pauvres et des misérables et dépense pour eux une partie de ses richesses, il se peut que cette action devienne la cause de son pardon, de sa rémission et de son progrès dans le royaume de Dieu.

(4.17.15)
Dans un autre ordre d'idées, un père et une mère endurent toutes sortes de peines et de soucis pour leurs enfants; et souvent, lorsque ceux-ci arrivent à l'âge de raison, le père et la mère s'en vont dans l'autre monde. II leur arrive rarement de voir chez leurs enfants, en ce morde, le résultat de leurs peines et de leurs soucis.

(4.17.16)
Donc, il faut que les enfants, en retour des soucis et des peines de leurs parents, fassent du bien et des bonnes oeuvres, et demandent pour eux le pardon et la rémission.

(4.17.17)
Ainsi, vous devez, en retour de l'amour et de l'affection que vous a montrés votre père, faire en son nom des libéralités aux pauvres et, avec la soumission et l'humilité les plus grandes, implorer pour lui le pardon et la rémission, et demander la miséricorde suprême.

(4.17.18)
Il est même possible que ceux qui sont morts dans le péché et l'impiété changent de condition, et qu'ils deviennent l'objet de la rémission, C'est le fait de la bonté divine, non de la justice; car la bonté donne sans tenir compte du mérite, au contraire de la justice.

(4.17.19)
Et comme nous avons ici-bas le pouvoir de prier pour ces âmes, de même dans l'autre monde, qui est le royaume de Dieu, nous posséderons ce même pouvoir.

(4.17.20)
Est-ce que, dans l'autre monde, tous les êtres ne sont pas des créatures de Dieu? Donc, dans l'autre monde aussi, ils peuvent progresser.

(4.17.21)
De même que dans ce monde, par leurs supplications, ils peuvent obtenir des lumières, de même dans l'autre ils peuvent demander la rémission.

(4.17.22)
Ainsi, comme les individus peuvent dans ce monde, soit à l'aide des supplications et de l'humilité, soit à l'aide des prières des êtres pieux, parvenir au progrès, de même aussi après la mort, par leur propres prières et leurs supplications, ils peuvent progresser, et surtout lorsque ceux qui intercèdent pour eux sont les saintes manifestations.


4.18. Sur le progrès de l'homme dans l'autre monde

(4.18.1)
Sachez que rien de ce qui existe ne reste dans un état de repos, c'est-à-dire que toutes les choses sont en mouvement; toute chose est, soit en train de croître, soit en train de décroître; toute chose, ou bien vient de la non-existence vers la vie, ou bien va de la vie à la non-existence.

(4.18.2)
Ainsi cette fleur, cette jacinthe, est d'abord venue de la non-existence à la vie, et maintenant elle va de la vie à la non-existence.

(4.18.3)
On appelle ce mouvement, mouvement essentiel, c'est-à-dire naturel; il est inséparable de l'être, car il est sa nature fatale, comme la nature fatale du feu est de consumer. Il est donc établi que ce mouvement est nécessaire à l'existence; ou bien il consiste à croître, ou bien à décroître.

(4.18.4)
Or, comme l'esprit, après la mort, continue d'exister, nécessairement il croît ou décroît; et dans l'autre monde, cesser de croître, c'est décroître. Mais il ne sort pas de sa propre condition dans laquelle il continue au contraire d'évoluer.

(4.18.5)
Par exemple, la réalité de l'esprit de saint Pierre, tant qu'elle évoluera, n'arrivera pas à la condition de la réalité du Christ; elle évolue dans son propre milieu.

(4.18.6)
De même, voyez ce minéral : il aura beau évoluer, il évoluera dans son rang; ainsi, vous ne pouvez amener ce cristal à la condition où il aurait la vue; c'est imaginer l'impossible.

(4.18.7)
Ainsi, la lune qui est au ciel aura beau évoluer, elle ne deviendra jamais le soleil lumineux; elle a son apogée et 'on périgée propres. Les apôtres avaient beau évoluer, ils ne devenaient pas le Messie.

(4.18.8)
Il est vrai que le charbon devient du diamant, mais tous deux sont des pierres, et les éléments qui les composent sont identiques.


4.19. La condition de l'homme et ses progrès après la mort

(4.19.1)
Lorsque nous regardons les créatures avec l'oeil de la vision, nous voyons qu'elles sont limitées à trois catégories : c'est-à-dire que, dans l'ensemble, elles sont minérales, végétales ou animales; ce sont trois classes qui, chacune, ont des espèces. [voir : « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.1.1 et 3.3.8]

(4.19.2)
L'homme est l'espèce supérieure, car il possède les perfections de toutes les classes, c'est-à-dire que c'est un corps qui croît et qui sent; et bien qu'il ait la perfection du minéral, du végétal et de l'animal, il possède en outre une perfection spéciale dont les autres créatures sont privées, à savoir l'intelligence. Il est donc l'être le plus noble.

(4.19.3)
L'homme est au rang suprême de la matérialité, et au commencement de la spiritualité; c'est-à-dire qu'il est la fin de l'imperfection et le commencement de la perfection.

(4.19.4)
Il est au dernier degré des ténèbres et au commencement de la lumière; aussi a-t-on dit que la condition de l'homme était la fin de la nuit et le commencement du jour; c'est-à-dire qu'il réunit tous les degrés des imperfections, et possède les degrés des perfections.

(4.19.5)
Il a le côté animal aussi bien que le côté angélique; et la raison d'être de l'éducateur est d'instruire les hommes de façon que le côté angélique l'emporte sur le côté animal.

(4.19.6)
Donc, si, chez l'homme, le pouvoir divin, qui est la source de toute perfection, l'emporte sur le pouvoir satanique, source de toute imperfection, il devient la plus noble des créatures; si c'est le contraire, il devient la plus basse. Voilà pourquoi il est la fin de l’imperfection et le commencement de la perfection.
(4.19.7)
Dans les espèces autres que l'espèce humaine, on ne rencontre pas une différence, une opposition, un contraste et une contradiction semblables.

(4.19.8)
Ainsi, l'homme a été la réflexion humaine des lumières divines, comme le Christ, et vous voyez quelles sont sa puissance et sa gloire !

(4.19.9)
Et en même temps, il y a des hommes idolâtres qui adorent des pierres, une motte de terre, un arbre; voyez comme ils sont vils pour que l'objet de leur adoration puisse être la plus basse des créatures, une pierre, une motte de terre sans esprit, une montagne, une forêt, un arbre! Quelle honte plus grande pour l'homme que d'adorer la chose la plus basse!

(4.19.10)
De même, le savoir est un attribut de l'homme, comme l'ignorance; la sincérité, comme le mensonge; la fidélité, comme la trahison; la justice, comme la tyrannie, etc. Bref, toutes les perfections et les vertus, et tous les vices sont des attributs de l'homme.

(4.19.11)
Voyez également les différences entre les hommes pris individuellement. Le Christ et Caïphe avaient la forme humaine; Moïse et Pharaon, Abel et Caïn, Bahá'u'lláh et Yahya étaient des hommes! [nota : Mirza Yahya Subh-i-Azal, demi-frère de Bahá’u’lláh, et qui fut son adversaire irréductible]

(4.19.12)
Voilà pourquoi on dit que l'homme est le signe suprême de Dieu : c'est le livre de la création, car tous les mystères des créatures existent en lui.

(4.19.13)
Donc, s'il vient à l'ombre de l'éducation du véritable éducateur, et s'il est éduqué par lui, il devient le joyau des joyaux, la lumière des lumières, l'esprit des esprits, le centre des apparitions de la clémence, le principe des qualités divines, l'aurore des lumières célestes, le réceptacle des inspirations de Dieu.

(4.19.14)
Si, au contraire, il est privé de cette éducation, il devient la manifestation des attributs sataniques, des vices du règne animal et de toutes les situations ténébreuses.

(4.19.15)
Telle est la raison de la mission des prophètes pour l'éducation des hommes, afin que ce morceau de charbon devienne un diamant et que cet arbre stérile soit greffé et donne les fruits les plus sucrés et les plus doux.

(4.19.16)
Quand l'homme parvient à la plus noble condition du monde, alors il peut faire de nouveaux progrès dans les degrés de perfection, mais non passer dans un autre rang; car les rangs sont en nombre limité.

(4.19.17)
Mais les perfections divines sont illimitées. Avant de dépouiller cette forme matérielle, comme après, il y a des progrès en perfections, mais non en rang.

(4.19.18)
Ainsi les choses se terminent à l'homme parfait; rien n'existe de supérieur à lui.

(4.19.19)
Mais l'homme qui reste à son rang a encore des progrès en perfections à faire, sinon en rang, puisqu'il n'y a pas de rang supérieur à celui de l'homme parait, où il puisse se transporter. Il ne progresse que dans le rang de l'humanité, car les perfections humaines sont illimitées; ainsi quelque savant que soit un homme, on peut en imaginer un supérieur.

(4.19.20)
Donc, comme les perfections humaines sont illimitées, lorsqu'il sort de ce monde, l'homme peut aussi faire des progrès en perfections.


4.20. Commentaire sur un verset du Kitab-i-Aqdas

(4.20.1)
Question. - Dans le Kitab-i-Aqdas il est dit; « ... et quiconque en est privé s'est écarté du bon chemin, même s'il a accompli toutes les bonnes actions possibles. » Que signifie ce verset ? [voir : « Kitáb-i-Aqdas » 1.1]

(4.20.2)
Réponse. - Le sens de ce verset sacré est que la base du succès et du salut est la connaissance de Dieu; après la connaissance de Dieu viennent les bonnes actions qui sont le fruit de la foi. Si l'homme n'a pas cette connaissance, il sera privé de Dieu, et avec cette privation, les actions pieuses ne peuvent pas donner leur résultat complet.

(4.20.3)
Ce verset ne signifie pas que ceux qui sont privés de Dieu, qu'ils accomplissent de bonnes ou de mauvaises actions, sont égaux; son sens est que, l'essentiel, c'est la connaissance de Dieu, les bonnes actions en dépendent.

(4.20.4)
Néanmoins, il est certain que, entre des bons, des pécheurs et des méchants, qui seraient également privés de Dieu, il y a une différence. Car celui qui, bien que privé de Dieu, est bon et bienfaisant, mérite le pardon de Dieu; tandis que celui qui, privé de Dieu, est aussi pécheur, méchant et malveillant, celui-là demeure étranger à ses bontés et à ses faveurs. Voilà la différence.

(4.20.5)
Donc, le verset sacré veut dire que seules les bonnes actions, sans la connaissance de Dieu, ne peuvent donner le salut éternel, le succès et la prospérité infinis, ni l'entrée dans le royaume de Dieu.


4.21. Que devient l'âme douée de raison ? L'immortalité des enfants.

(4.21.1)
Question. - Après l'abandon du corps et sa séparation d'avec l'esprit, que devient l'âme douée de raison ? Faisons une hypothèse; les âmes qui ont reçu le secours des bienfaits du Saint-Esprit parviennent à la vraie existence et à la vie éternelle; que devient l'âme douée de raison, c'est-à-dire celle des esprits qu'un voile sépare de Dieu ? [nota : l'âme douée de raison est l'âme de tout homme. Abdu’l-Bahá explique ici ce qu'une telle âme, ne possédant pas l'esprit de foi, devient après la mort]

(4.21.2)
Réponse. - Certains pensent que le corps est l'essence et existe par lui-même, et que l'esprit est l'accident et dépend de l'essence du corps; et cela bien que, premièrement, l'âme douée de raison soit l'essence, et que le corps dépende d'elle. Si l'accident, c'est-à-dire le corps, disparaît, l'essence, c'est-à-dire l'esprit, subsiste.

(4.21.3)
Deuxièmement, l'âme douée de raison, c'est-à-dire l'esprit humain, n'est pas incarnée dans ce corps, elle n'y est pas entrée; car l'incarnation, l'entrée sont des particularités des corps, et l'âme douée de raison est en dehors de cela. Jamais elle n'est entrée dans ce corps; ainsi, après l'avoir quitté, elle n'a pas besoin d'une place.

(4.21.4)
Au contraire, l'esprit est lié au corps comme cette lumière à ce miroir. Si le miroir est poli et parfait, la lumière de la lampe y apparaît; s'il est plein de poussière, ou s'il est brisé, la lumière disparaît.

(4.21.5)
Jamais l'âme douée de raison, c'est-à-dire l'esprit humain, ne s'est incarnée dans ce corps, et n'a existé par ce corps; ainsi, après la décomposition de cet assemblage corporel, comment aurait-elle besoin d'un autre principe substantiel par lequel elle puisse exister ? Au contraire, l'âme douée de raison est le principe essentiel par lequel existe le corps. L'individualité de l'âme douée de raison date de l'origine, elle n'est pas due au corps.

(4.21.6)
Bref, les facultés et l'individualité de l'âme douée de raison prennent leur puissance dans ce monde, puis y progressent et gravissent les degrés des perfections. Autrement, l'âme demeure dans les plus profonds abîmes de l'ignorance, et privée et séparée par un voile de la contemplation des signes de Dieu.

(4.21.7)
Question. - Par quel moyen l'esprit de l'homme, c'est-à-dire l'âme douée de raison, après avoir quitté ce monde mortel, fera-t-il des progrès ?

(4.21.8)
Réponse. - Le progrès de l'esprit humain, après la rupture de ses liens avec le corps e poussière, dépend, dans le monde divin, soit de la seule bonté et de la grâce de Dieu, soit de l'intercession et des prières sincères des autres hommes, soit des bonnes actions et des bonnes oeuvres importantes accomplies en son nom.

(4.21.9)
Question. - Les enfants qui meurent avant d'avoir atteint leur maturité, ou ceux qui viennent au monde avant terme (et meurent), quelle est leur condition ?

(4.21.10)
Réponse. - Ces enfants sont à l'ombre de la bonté de Dieu : comme ils n'ont commis aucun péché, et qu'ils ne sont pas souillés par les corruptions du monde de la nature, s sont des lieux de manifestation de la bonté, et les regards de l'oeil de la miséricorde s'étendent sur eux.


4.22. La vie éternelle et l'entrée dans le royaume de Dieu

(4.22.1)
Vous m'interrogez sur la vie éternelle et l'entrée dans le royaume. On peut, dans une terminologie empruntée au monde visible, dire que le royaume, c'est le ciel; mais c'est une comparaison et une similitude, non une réalité ou un fait. Car le royaume n'est pas un espace matériel, il est en dehors du temps et de l'espace; c'est une terre spirituelle, un monde divin, c'est le siège de la souveraineté de Dieu. Il est affranchi de la matière et de ce qui est matériel, et il est au-dessus des imaginations de l'humanité.

(4.22.2)
La limitation dans l'espace est en effet une particularité des corps et non des esprits; le temps et l'espace concernent la matière, non l'intelligence et l'âme.

(4.22.3)
Remarquez que le corps humain est confiné dans un petit lieu et qu'il règne sur deux empans de terre; il n'occupe pas un plus grand espace. Tandis que l'esprit et l'intelligence de l'homme voyagent dans tous les pays et dans toutes les régions, même dans l'étendue infinie du ciel; ils embrassent tout ce qui existe, ils font des découvertes dans les sphères supérieures, à des distances infinies.

(4.22.4)
Cela tient à ce que l'esprit n'a pas de place, il est immatériel; pour lui, la terre et le ciel c'est tout un, puisqu'il fait ses découvertes dans l'un et dans l'autre, Le corps, au contraire, est confiné dans un certain espace et ne sait pas ce qui se passe en dehors.

(4.22.5)
Quant à la vie, il y a deux vies : celle du corps et celle de l'esprit; la première, c'est la vie matérielle, la seconde, c'est celle de l'existence du royaume, qui consiste à recevoir l'esprit de Dieu et à naître des brises du Saint-Esprit.

(4.22.6)
Bien que la vie matérielle existe, pour les saints spirituels, c'est pure non-existence, c'est mort absolue.

(4.22.7)
Ainsi, l'homme existe, et cette pierre aussi existe; mais quelle différence entre leurs deux existences! Bien que la pierre existe, à côté de l'existence de l'homme, c'est le néant.

(4.22.8)
Avoir la vie éternelle, c'est recevoir les bienfaits du Saint-Esprit, comme la fleur reçoit les bienfaits de la saison, de la brise, des souffles du printemps. Remarquez que cette fleur vivait tout d'abord, mais d'une vie pour ainsi dire minérale; mais l'arrivée de la saison d'avril, l'abondance des nuages du printemps, la chaleur du soleil lumineux lui ont donné une vie nouvelle, de la fraîcheur, de la douceur, et le parfum le plus exquis. La vie première de cette fleur, à côté de la nouvelle, c'était la mort.

(4.22.9)
Je veux donc dire que la vie du royaume, c'est la vie de l'esprit, la vie éternelle, en dehors du temps et de l'espace.

(4.22.10)
C'est comme l'esprit de l'homme, qui n'a pas de lieu; car, si vous examinez l'être humain, vous ne trouverez pas de lieu ni de place déterminés pour l'esprit; jamais il n'en a eu, il en est indépendant. Il est pourtant lié à ce corps, comme le soleil est lié à ce miroir; il n'y est pas situé, mais il est lié au miroir.

(4.22.11)
De la même façon, le monde du royaume est en-dehors de tout ce qui peut être vu par l'oeil ou perçu par les autres sens comme l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher.

(4.22.12)
L'intelligence qui est en l'homme, et dont l'existence est reconnue, dans quelle partie de l'homme se trouve-t-elle ? Si vous examinez l'être humain avec l'oeil, avec l'ouïe ou avec les autres sens, vous ne la trouverez pas; pourtant elle existe. Donc, c'est qu'elle n'a pas de place, mais elle est liée au cerveau. Il en est de même du royaume.

(4.22.13)
Pareillement, l'amour n'a pas de place, mais il est lié au coeur. Ainsi, le royaume n'a pas de place, mais il est lié à l'homme.

(4.22.14)
Quant à l'entrée dans le royaume, on y arrive par l'amour de Dieu, par le détachement, la sainteté, la chasteté, la sincérité, la pureté, la droiture, le dévouement et le sacrifice de sa vie.

(4.22.15)
Ces explications montrent donc que l'homme est immortel et possède la vie éternelle. Pour ceux qui croient en Dieu, qui ont l'amour de Dieu et la foi, leur vie est parfaite et on l'appelle éternelle; quant à ceux qu'un voile sépare de Dieu, bien qu'ils soient vivants, leur vie est ténébreuse, et en comparaison avec la vie des croyants, c'est la non-existence.

(4.22.16)
Par exemple, l'oeil et l'ongle vivent; mais la vie de celui-ci, à côté de la vie de celui-là, c'est la non-existence.

(4.22.17)
La pierre et l'homme existent, mais l'existence de la pierre, à côté de celle de l'homme, c'est le néant, elle n'existe pas; car lorsque l'homme meurt et que son corps est détruit, il est anéanti; comme la pierre et la poussière, il devient minéral. Il est donc clair que, bien que le minéral existe, à côté de l'existence de l'homme, c'est la non-existence.

(4.22.18)
De même, bien qu'un homme séparé de Dieu existe dans ce monde, et dans l'autre monde après la mort, en comparaison avec la vie sainte des enfants du royaume de Dieu, un tel homme est anéanti et annihilé.


4.23. La destinée

(4.23.1)
Question. - La destinée dont on parle dans les livres divins est-elle une chose décrétée, et dans ce cas, à quoi bon chercher à l'éviter ?

(4.23.2)
Réponse. - Il y a deux sortes de destinées : l'une est décrétée; l'autre, qui est subordonnée à des conditions, est dite menaçante. La destinée décrétée est celle qui ne peut changer ni être modifiée; la destinée subordonnée est celle qui peut se réaliser.

(4.23.3)
Ainsi pour cette lampe, la destinée décrétée est que l'huile brûle et se consume; son extinction est donc une chose décrétée; elle ne peut changer ni être modifiée. Aussi est-ce une destinée décrétée.

(4.23.4)
De même, chez l'homme, il existe une force dont l'épuisement et l'extinction déterminent sans aucun doute la décomposition du corps; comme lorsque cette huile, dans cette lampe, est brûlée, et qu'il n'y en a plus, la lampe s'éteint indubitablement.

(4.23.5)
Quant à la destinée subordonnée, c'est lorsqu'il y a encore de l'huile et qu'un vent violent souffle et éteint la lampe. C'est une destinée subordonnée. Il est utile et nécessaire de l'éviter, de s'en protéger, de s'en garder et d'être circonspect.

(4.23.6)
Mais la destinée décrétée, qui est l'épuisement de la lampe, ne peut être changée, modifiée ou retardée. II faut qu'elle se réalise : la lampe doit indubitablement finir par s'éteindre.


4.24. Influence des étoiles

(4.24.1)
Question. - Les astres des cieux ont-ils une influence spirituelle sur l'âme humaine, ou non ?

(4.24.2)
Réponse. - Certaines étoiles des cieux ont, sur le globe terrestre et sur les créatures terrestres, une influence physique claire et évidente qui n'a pas besoin d'être expliquée. Voyez le soleil qui, par l'aide et l'assistance de Dieu, développe le globe terrestre et tous les êtres terrestres; sans 'a lumière et sa chaleur, tout ce qui est sur terre n'existerait pas.

(4.24.3)
Quant à l'influence spirituelle, bien qu'il paraisse étrange que les étoiles puissent avoir une influence spirituelle sur l'humanité, cependant, si vous réfléchissez attentivement à la question, vous ne vous étonnerez pas tant.

(4.24.4)
Je ne veux pourtant pas dire que les horoscopes que les astrologues autrefois tiraient du mouvement des astres étaient conformes à la réalité, car les décrets de ces astrologues n'étaient que de la fantaisie.

(4.24.5)
Les inventeurs de l'astrologie furent les prêtres égyptiens, assyriens et chaldéens; également, les mythes de l'Hindoustan, et les fables des Grecs, des Romains et des autres adorateurs d'étoiles s'y réfèrent.

(4.24.6)
Je veux dire que ce monde infini est comme le corps de l'homme, dont tous les membres sont liés les uns aux autres, et enchaînés avec la plus grande solidité.

(4.24.7)
Combien les membres, les parties, les éléments du corps de l'homme sont entremêlés, liés les uns avec les autres en vue d'une aide et d'un secours réciproques, et combien ils influent les uns sur les autres!

(4.24.8)
De même, les différentes parties de cet univers infini ont leurs membres et leurs éléments, comme ceux du corps humain, liés les uns aux autres; et ils s'influencent réciproquement, spirituellement et matériellement. Ainsi l'oeil voit : il influe sur tout le corps; l'ouïe entend : tous les membres du corps sont mis en mouvement.

(4.24.9)
Et sur ce point il n'y a pas de doute, car l'univers est comme une personne vivante.

(4.24.10)
En dehors de cela, le lien qui existe entre les membres des créatures doit nécessairement avoir un effet et une influence, soit spirituels, soit matériels.

(4.24.11)
A qui voudrait nier l'influence spirituelle des choses matérielles, nous mentionnerons ce bref exemple : des sons et des modulations merveilleuses, des mélodies et des chants ravissants sont des accidents qui affectent l'air; car le son est l'expression des vibrations de l'air et, par ces vibrations de l'air, les nerfs du tympan de l'oreille sont influencés, et l'on entend. Remarquez que la vibration de l'air, qui est un accident sans aucune importance, attire et stimule l'esprit de l'homme et a sur lui une influence considérable : il pleure, il rit; peut-être aura-t-elle une telle influence qu'elle deviendra dangereuse.

(4.24.12)
Maintenant, quel est le rapport qui existe entre l'esprit de l'homme et les vibrations atmosphériques, pour que le mouvement de l'air soit la cause qui fasse passer l'homme d'un état à un autre, le retourne entièrement, au point qu'il perdra tout calme et tout repos ?

(4.24.13)
Voyez combien tout cela est étrange; car rien ne sort du chanteur qui entre dans l'ouïe de celui qui écoute; et cependant il y a là une influence spirituelle considérable!

(4.24.14)
Donc, certainement, cette relation suprême des créatures entre elles a une influence et une portée spirituelles. Nous avons déjà montré combien les membres et les organes de l'homme s'affectent et s'influencent les uns les autres : par exemple, l'oeil voit, le coeur est influencé; l'oreille entend, l'esprit est influencé, le coeur est à l'aise, la pensée devient sereine, et tous les membres de l'homme sont en bon état. Quelle affinité et quelle harmonie!

(4.24.15)
De même que, entre les membres du corps de l'homme, qui sont des choses de peu d'importance, cette relation, cette influence, ces impressions spirituelles existent certainement, de même, entre ces êtres universels infinis, il y a aussi un lien à la fois matériel et spirituel.

(4.24.16)
Et, bien que les lois existantes et les sciences actuelles ne permettent pas de reconnaître ces relations, néanmoins leur existence entre les créatures universelles est clairement établie.

(4.24.17)
Brefs, les êtres, grands ou petits, sont liés les uns aux autres par la sagesse suprême de Dieu : ils influent et agissent les uns sur les autres. Autrement, dans l'ordre général et l'arrangement universel, il y aurait des lacunes et de l'imperfection.

(4.24.18)
Mais comme ces créatures sont liées les unes aux autres avec la plus grande précision, elles sont en ordre, à leur place, et parfaites. Cette question mérite l'attention.


4.25. L'homme est-il libre de faire le bien ou le mal ?

(4.25.1)
Question. - L'homme est-il, dans tous ses actes, un agent libre ou bien est-il déterminé et contraint ? Réponse. - Cette question est une des questions religieuses les plus importantes et les plus abstraites. Si Dieu veut, un autre jour, dès le commencement du repas, nous en entreprendrons l'explication détaillée : aujourd'hui, nous l'expliquerons brièvement, en quelques paroles, comme il suit.

(4.25.2)
Il y a des choses qui sont soumises au libre arbitre de l'homme : la justice, l'équité, la cruauté, l'injustice, en d'autres mots les bonnes et mauvaises actions; il est clair et évident que ces actions sont, pour une grande part, laissées à la volonté de l'homme.

(4.25.3)
Mais il y a d'autres cas où l'homme est déterminé et forcé : ainsi le sommeil, la mort, les maladies, le déclin de ses forces, les inconvénients, les malheurs qui ne sont pas soumis au libre arbitre de l'homme, dont il ne peut être tenu responsable, car il les subit. Mais pour les bonnes et les mauvaises actions, il est libre, et il les commet selon son propre vouloir.

(4.25.4)
Par exemple, s'il le veut, il peut passer son temps à louer Dieu, ou se livrer à d'autres pensées. Il peut être enflammé comme un flambeau par le feu de l'amour de Dieu, être rempli d'amour pour l'humanité, ou bien haïr l'humanité, se prendre de passion pour les choses matérielles. Il peut être juste ou cruel. Ces actes sont soumis à la puissance et à la volonté de l'homme lui-même; aussi en est-il responsable.

(4.25.5)
Maintenant se présente une autre question : c'est que l'homme est absolument impuissant et faible, car la puissance et la force appartiennent uniquement à Dieu; la gloire et l'humiliation dépendent du bon plaisir et de la volonté du Très-Haut.

(4.25.6)
C'est ainsi qu'il est dit dans l'Evangile que Dieu est comme un potier qui fait une coupe précieuse, puis fabrique un vase ordinaire. Le vase ordinaire n'a pas le droit de se révolter contre le potier et de dire : « Pourquoi n'as-tu pas fait de moi une coupe précieuse que l'on se passe de main en main ? »

(4.25.7)
La signification de cette comparaison est que les situations des êtres sont différentes les unes des autres; les plus humbles créatures, comme par exemple les minéraux, n'ont pas le droit de se plaindre en disant : « ô Dieu, pourquoi ne m'as-tu pas donné les perfections du végétal ? » Et de même, le végétal n'a pas le droit de se plaindre d'avoir été privé des perfections du monde animal. II ne convient pas non plus à l'animal de se plaindre d'être dépourvu des perfections humaines. Non, toutes ces choses sont parfaites dans leur propre degré.

(4.25.8)
Les êtres inférieurs, comme nous l'avons vu, n'ont ni le droit, ni la vertu des degrés supérieurs; ils doivent progresser dans le leur propre.

(4.25.9)
De même, les faits et gestes de l'homme dépendent de l'aide de Dieu; s'il n'est pas secouru, il est aussi incapable d'agir en bien qu'en mal. Mais lorsque le secours de vie vient du Seigneur généreux, il a le pouvoir de faire le bien ou le mal; si, au contraire, ce secours ne vient pas, il devient impuissant à faire quoi que ce soit. C'est pour cela que, dans les Ecritures saintes, on parle de l'aide et du secours de Dieu.

(4.25.10)
Ainsi, cet état est comme celui d'un navire qui est mis en mouvement par la force du vent ou celle de la vapeur : si ces forces cessent, il ne bouge plus. En dehors de cela, le gouvernail qui se tourne dans chaque direction, joint à la force de la vapeur, conduit le navire dans la direction voulue. Si le gouvernail est tourné vers l'Est, il va vers l'Est; s'il est tourné vers l'Ouest, il va vers l'Ouest. Ce mouvement ne vient pas du navire, il vient du vent ou de la vapeur.

(4.25.11)
Pareillement, les moindres actes de l'homme dépendent du secours de Dieu, mais le choix du bien ou du mal lui appartient.

(4.25.12)
De même, si un roi a nommé quelqu'un gouverneur de cette ville, lui a donné le pouvoir de l'autorité, et lui a montré le chemin de la justice et de l'injustice selon lés lois; si ce gouvernement commet des injustices, bien qu'il agisse par le pouvoir et l'influence du roi, ce dernier demeure étranger à l'injustice. Si, au contraire, il agit avec justice, il le fait aussi par l'influence du roi, lequel en sera satisfait et heureux.

(4.25.13)
C'est-à-dire que, si le choix du bien et du mal appartient à l'homme, en tout état de cause, il est soumis au secours de vie de l'Educateur.

(4.25.14)
Le royaume de Dieu est grand, et nous sommes tous prisonniers dans la main de son pouvoir! Le serviteur ne peut rien par sa propre volonté; Dieu est le puissant, l'omnipotent et l'assistant de toutes les créatures! Le sujet a été ainsi expliqué et élucidé.


4.26. Visions et communications avec les esprits

(4.26.1)
Question. - Il y a des gens qui croient qu'ils ont des révélations spirituelles, c'est-à-dire qu'ils conversent avec les esprits. Qu'est-ce que cela veut dire ? [nota : Dans ces derniers entretiens, Abdu’l-Bahá cherche plutôt à concilier dans une exégèse nouvelle les prophéties apocalyptiques des juifs, des chrétiens et des musulmans, qu'à mettre en évidence leur caractère surnaturel. Voir le chapitre sur les pouvoirs des prophètes]

(4.26.2)
Réponses. - Les révélations spirituelles sont de deux sortes. L'une est imaginaire et n'est qu'une façon de parler de certaines gens. L'autre est comme l'inspiration divine, et celle-là est vraie; telles les révélations d'Esaïe, de saint Jean, qui sont véritables.

(4.26.3)
Remarquez que la faculté de penser de l'homme comporte deux sortes de conceptions. Les unes prennent forme lorsqu'elles coïncident avec ce qui est établi; ces conceptions se vérifient dans le monde extérieur : telles les règles correctes, les pensées bien conduites, les découvertes scientifiques, les inventions des arts modernes.

(4.26.4)
Les autres sortes de conceptions sont les vaines suppositions, les imaginations fantaisistes qui ne donnent jamais ni résultat ni fruit et n'ont aucune réalité; au contraire, elles s'écroulent comme les vagues de la mer de l'imagination et passent comme des rêves fantaisistes.

(4.26.5)
De même, il y a deux sortes de révélations spirituelles. L'une, c'est l'inspiration des prophètes et les révélations spirituelles des élus.

(4.26.6)
Les visions des prophètes ne sont pas des songes, ce sont des révélations spirituelles qui sont réelles. Ils disent par exemple : « J'ai vu tel individu sous telle apparence, je lui ai dit telle chose, il m'a fait telle réponse. » Cette vision est dans l'état de veille et non dans le sommeil; c'est une révélation spirituelle donnée sous la forme de la vision.

(4.26.7)
L'autre sorte de révélations spirituelles est pure imagination; mais ces imaginations prennent un tel corps que bien des gens simples d'esprit y croient. Ce qui le prouve clairement, c'est que cette subjugation des esprits n'a a jamais donné de fruit ou de résultat; ce ne sont qu'histoires et imaginations.

(4.26.8)
Sachez que la réalité de l'homme enveloppe la réalité des choses et découvre les vérités, les particularités, les mystères des choses.

(4.26.9)
Ainsi tous ces arts, ces inventions, ces sciences, ces connaissances, la réalité humaine les a découverts; ces arts étaient un mystère caché et préservé; puis, peu à peu, la réalité humaine les a trouvés et les a amenés des plaines de l'invisible à celles de l'évidence.

(4.26.10)
Il est donc clair que la réalité humaine enveloppe les choses. Ainsi, elle est en Europe, elle découvre l'Amérique; elle est sur terre, elle fait des découvertes dans le ciel; elle révèle les mystères des choses et la connaissance de la réalité de ce qui existe.

(4.26.11)
Ces découvertes, conformes à la réalité, sont semblables à la révélation, qui est la compréhension spirituelle, l'inspiration divine et l'association des esprits humains. Ainsi le prophète dit; « J'ai vu, j'ai dit, j'ai entendu telle chose. »

(4.26.12)
Il est donc clair que l'esprit a une intelligence considérable qui peut se passer de l'intermédiaire des cinq sens, comme la vue et l'ouïe.

(4.26.13)
Pour la compréhension des choses de l'esprit et pour les découvertes extatiques, les êtres spirituels possèdent entre eux des relations pures de toute imagination et de toute fantaisie, et une intimité indépendante du temps et de l'espace.

(4.26.14)
C'est ainsi qu'il est écrit dans l'Evangile que, sur le mont Thabor, Moïse et Elie vinrent trouver le Christ. II est clair que ce ne fut pas une réunion matérielle : ce fut une révélation spirituelle qui s'exprima dans une rencontre.

(4.26.15)
Mais l'autre sorte de conversations, d'apparitions des esprits et de prémonitions n'est que fantaisie et supposition, bien qu'elle semble être réelle.

(4.26.16)
L'intelligence et la pensée humaines ont parfois de vraies révélations; ces pensées et ces révélations donnent des fruits et des résultats, elles ont un fondement.

(4.26.17)
Mais bien des choses viennent à l'esprit de l'homme qui sont comme les vagues de la mer de la fantaisie; elles ne comportent aucun fruit et ne produisent aucun résultat. De même, l'homme voit en rêve une chose qui, ensuite, se réalise; une autre fois, il voit une autre chose qui ne signifie absolument rien.

(4.26.18)
C'est-à-dire que cette chose que nous appelons avertissement prémonitoire des esprits, ou conversation avec les esprits, est tantôt une imagination, et tantôt une inspiration comme dans les Ecritures saintes : telles les révélations de saint Jean, d'Esaïe, la rencontre du Christ avec Moïse et Elie qui sont réelles.

(4.26.19)
Ces états produisent des signes étranges dans les intelligences et les pensées, et indiquent dans les coeurs une attraction considérable!


4.27. La guérison des malades par des moyens spirituels

(4.27.1)
Question. - Il y a des gens qui guérissent les malades par des moyens spirituels, c'est-à-dire sans médicaments. Comment cela se fait-il ? Réponse. - Sachez qu'il y a quatre façons de guérir et de soulager sans avoir recours à la médecine. Deux sont dues à des causes matérielles, les deux autres à des causes spirituelles.

(4.27.2)
Des deux sortes de guérisons matérielles, l'une est due au fait que chez l'homme la santé comme la maladie sont contagieuses.

(4.27.3)
La contagion de la maladie est violente et rapide, celle de la santé extrêmement faible et lente. Si deux corps sont en contact, il est évident que les éléments microbiens passeront de l'un à l'autre; et, de la même façon qu'une maladie passe d'un corps à un autre et se transmet rapidement et violemment, peut-être aussi la santé solide d'un homme sain peut-elle atténuer la maladie bénigne d'un malade.

(4.27.4)
C'est-à-dire que la contagion d'une maladie est violente et d'un effet rapide, tandis que celle de la santé est extrêmement lente et d'un effet bénin; et ce n'est que dans les maladies très légères qu'elle a un petit effet.

(4.27.5)
La force puissante d'un corps sain peut venir à bout d'une légère faiblesse du corps malade, et ainsi le guérir. Telle est la première sorte de causes de guérison.

(4.27.6)
L'autre sorte de guérison sans recours à la médecine est obtenue par la force magnétique qui agit d'un corps sur l'autre et provoque la guérison. Cette force aussi n'a qu'un effet léger.

(4.27.7)
Ainsi, il arrive que quelqu'un pose sa main sur la tête d'une autre personne, ou sur le coeur d'un malade. Il se peut que le malade s'en trouve bien; pourquoi? La cause en est dans l'effet du magnétisme et dans l'impression sur la mentalité du malade qui font évanouir la maladie. Mais cet effet est également très faible et très minime.

(4.27.8)
Des deux autres sortes de guérison, d'ordre spirituel celles-là - c'est-à-dire lorsque l'instrument de la guérison est une force spirituelle -, l'une résulte de la totale concentration de l'esprit d'une personne forte sur une personne malade, lorsque cette dernière attend de toute sa foi que la guérison vienne de la force spirituelle de la personne forte, à tel point qu'il s'établira une relation cordiale entre la personne forte et le malade. La personne saine fait tous ses efforts pour guérir le malade, et le malade, de son côté, est complètement sûr de la guérison.

(4.27.9)
Ces impressions mentales produisent une excitation des nerfs, impression et excitation des nerfs devenant la cause de la guérison de la personne malade. C'est comme si un malade désirait et espérait intensément une chose, et que vous lui donniez tout d'un coup la nouvelle de sa réalisation, il se produirait une excitation nerveuse qui ferait disparaître complètement la maladie.

(4.27.10)
De même, si une cause de terreur apparaît tout à coup, peut-être se produira-t-il chez une personne bien portante une excitation des nerfs qui occasionnera immédiatement une maladie. La cause de cette maladie ne sera pas une chose matérielle, cette personne n'a rien mangé, rien ne l'a touchée; seule, l'excitation des nerfs est la cause de cette maladie.

(4.27.11)
De même la réalisation inattendue du plus ardent des désirs donne une telle joie que les nerfs en sont excités, et que cette excitation peut rendre la santé.

(4.27.12)
Bref, l'affinité étant complète et parfaite entre le docteur spirituel et le malade, a tel point que le docteur se concentre entièrement, et que toute la concentration du malade est portée sur le docteur spirituel dont il attend d'obtenir la santé, cette affinité cause une excitation des nerfs qui rétablit la santé.

(4.27.13)
Mais tout cela n'a d'effet que jusqu'à un certain point, et pas toujours. Ainsi, si quelqu'un est frappé d'une maladie très violente, ou bien est blessé, ces moyens ne détruiront pas la maladie, ne cicatriseront pas la blessure et ne la guériront pas. C'est-à-dire que ces moyens ne s'appliquent pas aux maladies violentes, à moins que la constitution ne s'y prête, parce qu'une constitution forte surmonte souvent la maladie. Telle est la troisième sorte de guérison.

(4.27.14)
La quatrième sorte de guérison est due au pouvoir du Saint-Esprit. Celle-là ne dépend ni du contact, ni de la vue, ni de la présence; elle ne dépend d'aucune condition. Que la maladie soit légère, qu'elle soit violente, que les corps soient en contact ou qu'ils n'y soient pas, que le malade et son médecin soient ou non étroitement liés l'un à l'autre, que le malade soit présent ou absent, la guérison a lieu par la force du Saint-Esprit!


4.28. La guérison des malades par des moyens matériels

(4.28.1)
Hier, à table, nous avons parlé des traitements et remèdes spirituels qui consistent à traiter les maladies par le pouvoir spirituel. Parlons maintenant du traitement matériel.

(4.28.2)
La médecine est encore dans l'enfance, elle n'est pas parvenue a l'état de la maturité; quand elle arrivera à ce point, le traitement se fera par des choses qui ne seront pas répulsives à l'odorat et au goût de l'homme, c'est-à-dire par des aliments, des fruits et des légumes agréables au goût et d'un bon parfum.

(4.28.3)
Car ce qui provoque la maladie, c'est-à-dire la cause de l'entrée de la maladie dans le corps humain, ce sont ou bien des choses physiques, ou bien des effets de l'excitation des nerfs.

(4.28.4)
Les causes principales des maladies sont d'ordre physique; car le corps humain est composé de nombreux éléments, mais dans la mesure d'un équilibre spécial; tant que cet équilibre est maintenu, l'homme est préservé de la maladie; mais lorsque cet équilibre essentiel, qui est le pivot de la santé, est rompu, la santé est perturbée, et la maladie prend le dessus.

(4.28.5)
Par exemple, il y a une diminution dans l'un des éléments constitutifs du corps humain; dans un autre il y a une augmentation : la mesure de l'équilibre est rompue, et par conséquent la maladie vient.

(4.28.6)
Ainsi, , un élément doit peser 1000 grammes et un autre 5 grammes pour que l'équilibre soit obtenu. Cet élément de 1000 grammes baisse jusqu'à ce qu'il soit de 700 grammes, et celui de 5 grammes augmente, si bien que la mesure de l'équilibre est rompue; alors la maladie se produit.

(4.28.7)
Et lorsque, à l'aide des remèdes et des médicaments, l'équilibre est rétabli, la maladie est chassée. Par exemple, si l'élément sucre augmente, la santé est détruite; et lorsque le médecin interdit les douceurs et les farineux, l'élément sucre diminue, l'équilibre est rétabli, et la maladie est chassée.

(4.28.8)
Or, le réajustement des éléments qui composent le corps humain s'obtient par deux moyens; soit par des médicaments, soit par des aliments; et lorsque la constitution a retrouvé son équilibre, la maladie est chassée.

(4.28.9)
Tous les éléments qui composent le corps humain se trouvent aussi dans les végétaux. Donc, si l'un des éléments qui composent le corps humain diminue, l'homme mangera des aliments contenant en abondance l'élément en diminution; alors l'équilibre sera rétabli et la guérison obtenue.

(4.28.10)
Et puisqu'il s'agit de réajuster les éléments, cela peut se faire, et par les aliments, et par les médicaments.

(4.28.11)
La plupart des maladies qui atteignent l'homme atteignent aussi les animaux; mais ceux-ci ne se traitent pas par des médicaments; leurs médecins, dans les montagnes comme dans les plaines, ce sont le goût et l'odorat. Cette herbe qui pousse dans la plaine, l'animal malade la sent : si elle est douce et agréable à son goût et à son odorat, il la mange et est guéri; telle est la raison de sa guérison.

(4.28.12)
Par exemple, si l'élément sucre a diminué dans sa constitution, il se met à avoir envie de sucreries, et alors il mange une herbe au goût sucré, car la nature le pousse et le conduit; son odeur et son goût lui plairont, il la mangera. Ainsi l'élément sucre augmentera, et il recouvrera la santé.

(4.28.13)
Il est donc établi que l'on peut guérir les maladies par des aliments, de la nourriture, des fruits. Comme aujourd'hui la médecine est encore imparfaite, on ne s'y est pas encore mis comme il faut; mais lorsqu'elle sera devenue parfaite, on guérira par les aliments, la nourriture, les fruits et les légumes d'une odeur agréable, et par des traitements variés d'eau froide ou chaude.

(4.28.14)
Ces explications sont brèves mais une autre fois, si l'occasion m'en est donnée et si Dieu veut, je traiterai cette question plus en détail.


5. Questions diverses

5.1. La non-existence du mal

(5.1.1)
La véritable explication de ce sujet est très difficile. Sachez qu'il y a deux sortes de créatures : les matérielles et les spirituelles, celles qui sont perceptibles et celles qui sont intelligibles; c'est-à-dire que les unes tombent sous les sens, et les autres n'y tombent pas et sont intelligibles.

(5.1.2)
Les choses perceptibles sont celles qui sont comprises par les cinq sens extérieurs; ainsi, ces choses extérieures que l'oeil voit sont dites perceptibles. Les choses intelligibles sont celles qui n'ont pas d'existence extérieure : l'intelligence les conçoit.

(5.1.3)
Par exemple, l'intelligence elle-même est une chose intelligible; elle n'a pas d'existence extérieure. Tous les caractères et les qualités de l'homme ont une réalité intelligible, non sensible.

(5.1.4)
Bref, les réalités intelligibles, comme les qualités et les admirables perfections de l'homme, sont exclusivement bonnes; elles existent, et le mal est leur non-existence.

(5.1.5)
Ainsi, l'ignorance est la non-existence du savoir, la perdition est la non-existence du salut, l'oubli, la non-existence de la mention, la bêtise, , la non-existence du bon sens. Toutes ces choses sont des néants et non pas des choses qui existent.

(5.1.6)
Et de même pour les choses sensibles : celles-là aussi sont purement bonnes; le mal est leur non-existence. Ainsi la cécité est le manque de vue, la surdité le manque d'ouïe, la pauvreté le manque de richesse, la maladie le manque de santé, la mort le manque de vie, la faiblesse le manque de force.

(5.1.7)
Pourtant, un doute vient à l'esprit : le scorpion, le serpent sont des animaux venimeux; est-ce un bien ou un mal, car ils sont des choses existantes ? Oui, le scorpion est un mal, du moins par rapport à nous; et de même le serpent. Mais par rapport à eux-mêmes, ils ne sont pas un mal, car leur venin est leur arme; par leur dard, ils se protègent. Cependant, comme les éléments de ce poison ne conviennent pas à nos éléments, comme il y a non-affinité entre ces deux sortes d'éléments, cela devient un mal; en contact les uns avec les autres, ces éléments sont un mal; mais en réalité ils sont un bien.

(5.1.8)
Bref, il se peut qu'une chose, par rapport à une autre, soit un mal; mais dans la limite de sa propre essence, elle n'est pas mauvaise.

(5.1.9)
Il est donc prouvé que le mal n'existe pas; tout ce que Dieu a créé, il l'a bien créé. Le mal est le néant : ainsi, la mort est le néant de la vie; lorsque le secours de la vie ne parvient plus à l'homme, il meurt. L'obscurité est le néant de la lumière, quand il n'y a pas de lumière, l'obscurité règne : la lumière existe, mais l'obscurité n'existe pas, c'est un néant. La richesse existe, mais la pauvreté est un néant. Donc, il est évident que tous les maux reviennent au néant. Le bien existe, le mal n'existe pas.


5.2. Combien y a-t-il de sortes de châtiments ?

(5.2.1)
Sachez qu'il y a deux sortes de châtiments : les uns sont subtils, les autres violents. Ainsi, l'ignorance elle-même est un châtiment, mais subtil; l'indifférence à Dieu est un châtiment, le mensonge aussi; la méchanceté, la trahison, toutes les imperfections sont des châtiments, mais enfin ce sont des châtiments subtils.

(5.2.2)
Certes, pour tout homme intelligent, la mort vaux mieux que le péché, et une langue coupée vaut mieux que le mensonge ou la calomnie.

(5.2.3)
Une autre sorte de châtiments est dite violente : les amendes, la prison, les coups, l'exil, le bannissement. Mais pour le peuple de Dieu, de tous ces châtiments, le plus grand est d'être privé de Dieu !


5.3. Les grèves

(5.3.1)
Vous m'avez interrogé sur les grèves. Cette question est et sera longtemps le sujet de grandes difficultés. Elles tiennent à deux causes. L'une est l'extrême avidité et la rapacité des fabricants et industriels, l'autre les excès, l'avidité et l'intransigeance des ouvriers et travailleurs. Il est donc nécessaire de porter remède à ces deux causes.

(5.3.2)
Mais la cause principale de ces difficultés réside dans les lois en usage dans la civilisation actuelle; car elles conduisent à ce qu'un petit nombre d'individus amassent des fortunes sans pareilles, dépassant leurs besoins, tandis que le plus grande nombre demeure dépourvu, dépouillé et dans la plus grande misère. Et cela est contraire à la justice, à l'humanité, à l'équité; c'est le comble de l'iniquité, l'opposé de ce qui cause la satisfaction divine.

(5.3.3)
_ Ce contraste est particulier au monde de l'homme; chez les autres créatures, c'est-à-dire chez presque tous les animaux, il existe une sorte de justice et d'égalité. Ainsi, l'égalité existe dans le troupeau de moutons d'un berger et dans une bande de cerfs dans la campagne. De même parmi les oiseaux de la prairie, de la plaine, de la colline ou du verger; et dans chaque espèce animale il existe une certaine sorte d'égalité. On ne trouve pas chez eux une pareille différence dans les moyens d'existence; aussi vivent-ils dans la tranquillité et la joie les plus complètes.

(5.3.4)
Il en est tout autrement de l'espèce humaine qui persiste dans l'erreur la plus grande et dans l'iniquité absolue. Considérez un homme qui a amassé des trésors en colonisant un pays à son profit : il a conquis une fortune immense et s'est assuré des bénéfices et des revenus qui coulent comme un fleuve, tandis que cent mille malheureux, faibles et impuissants, manquent d'une bouchée de pain. II n'y a là ni égalité ni bienveillance.

(5.3.5)
Aussi, vous voyez que la tranquillité et la joie générales sont anéanties, que le bien-être de l'humanité est réduit à tel point que pour un grand nombre la vie est devenue stérile. Car la fortune, les honneurs, le commerce, l'industrie sont entre les mains de quelques individus, tandis que les autres sont soumis à toute une série de difficultés et à des troubles illimités. : ils n'ont ni avantages, ni bénéfices, ni bien-être, ni tranquillité.

(5.3.6)
II faut donc instituer un règlement et des lois qui réglementeraient les fortunes excessives de certains particuliers et feraient face aux besoins de millions de pauvres de la masse; on obtiendra ainsi une certaine modération.

(5.3.7)
Cependant, l'égalité absolue est tout aussi impossible; car l'égalité absolue dans les fortunes, les honneurs, le commerce, l'agriculture, l'industrie, aboutirait au désordre, au chaos, à la désorganisation des moyens d'existence, et au désappointement universel; l'ordre des affaires de la collectivité serait tout à fait détruit. Ainsi, des difficultés surgiront également si l'on impose une égalité injustifiée.

(5.3.8)
I l est donc préférable d'établir la modération au moyen de lois et règlements visant à empêcher que se constituent les fortunes excessives de certains individus, et à protéger les besoins essentiels de la masse.

(5.3.9)
Par exemple, les fabricants et les industriels amassent chaque jour un trésor, et les pauvres travailleurs ne gagnent pas leur subsistance journalière; cela, c'est le comble de l'iniquité, et aucun homme juste ne l'accepterait.

(5.3.10)
II faut donc établir des lois et des règlements qui permettraient au corps des ouvriers de recevoir leur salaire du propriétaire de la fabrique, et qui les associeraient dans le quart ou le cinquième des bénéfices, selon les nécessités de la fabrique; ou bien que le corps des ouvriers et le fabricant soient associés d'une façon équitable dans les bénéfices et les avantages.

(5.3.11)
En effet, le capital et la direction viennent du propriétaire de la fabrique, l'ouvrage et le travail du corps des ouvriers.

(5.3.12)
Ou bien les ouvriers recevront un salaire qui leur assurera des moyens d'existence convenables, et lorsqu'ils cesseront le travail et seront affaiblis et sans ressources ils auront des avantages suffisants sur le revenu de l'industrie; ou bien les salaires seront suffisamment élevés pour que les ouvriers soient satisfaits de la somme reçue et puissent mettre un peu d'argent de côté pour les jours de manque et d'impuissance.

(5.3.13)
Lorsque les choses seront ainsi fixées, le propriétaire de la fabrique ne mettra plus de côté, tous les jours, un trésor qui ne lui sert absolument à rien (car, si la fortune est disproportionnée, le capitaliste succombe sous un poids formidable et tombe dans les difficultés et les troubles les plus grands; l'administration d'une fortune excessive est très difficile et épuise les forces naturelles de l'homme).

(5.3.14)
Pareillement, les ouvriers et travailleurs ne seront plus dans la misère et la gêne les plus grandes et ne seront plus soumis, à la fin de leur vie, aux pires privations.

(5.3.15)
Il est donc clair et évident que la répartition de fortunes excessives entre les mains d'un petit nombre d'individus, à côté des besoins de la masse, est une iniquité et une injustice.

(5.3.16)
De même, l'égalité absolue serait un obstacle à la vie, au bien-être, à l'ordre et à la tranquillité de l'humanité.

(5.3.17)
Dans ces conditions, la modération est de beaucoup préférable. Elle réside en ceci que les capitalistes soient modérés dans l'acquisition de leurs bénéfices, et qu'ils tiennent compte des besoins des pauvres et des nécessiteux : c'est-à-dire que les ouvriers et travailleurs reçoivent un salaire journalier fixe et établi, et qu'ils aient aussi une part et une fraction des bénéfices généraux de la fabrique.

(5.3.18)
Ce qui convient c'est que, en ce qui concerne les droits communs aux fabricants, aux ouvriers et aux travailleurs, des lois soient établies qui donnent aux fabricants des bénéfices modérés, et qui apportent aux ouvriers les moyens existence nécessaires et la sécurité pour l'avenir.

(5.3.19)
Ainsi, lorsqu'ils s'affaibliront, cesseront de travailler, deviendront vieux et impotents, ou laisseront derrière eux des enfants en bas âge, que ce ne soit pas l'excès de pauvreté qui les anéantisse, eux et leurs enfants. Et ce seront les revenus de la fabrique elle-même, auxquels ils ont droit, qui leur fourniront une partie, si petite soit-elle, de leurs moyens d'existence.

(5.3.20)
. De même, les ouvriers ne doivent plus faire des revendications excessives et se révolter, ni demander au-delà de leurs droits; ils ne doivent plus faire de grèves, ils doivent être obéissants et soumis, et ne pas demander des salaires excessifs.

(5.3.21)
Mais les droits réciproques et raisonnables des deux parties associées seront fixés légalement et établis selon des lois justes et désintéressées.

(5.3.22)
Au cas où l'une des deux parties ferait une transgression, les tribunaux devraient condamner le transgresseur et l'exécutif devrait appliquer le verdict : ainsi, l'ordre serait rétabli et les difficultés réglées.

(5.3.23)
L'immixtion des tribunaux et du gouvernement dans les difficultés pendantes entre les fabricants et les ouvriers est légale, pour la raison que les affaires courantes entre les ouvriers et les fabricants ne peuvent être assimilées aux affaires ordinaires entre particuliers ne concernant pas le public, et dont le gouvernement ne doit pas s'occuper.

(5.3.24)
En effet, bien qu'elles paraissent être des affaires personnelles, ces difficultés entre les deux parties sont au détriment du public; car les affaires commerciales, industrielles, agricoles et les affaires générales du pays, tout cela est intimement lié.

(5.3.25)
Si l'une souffre d'un vice, le détriment atteint la masse. Ainsi, les difficultés entre ouvriers et fabricants deviennent une cause de détriment général.

(5.3.26)
Le tribunal et le gouvernement ont donc le droit d'immixtion; lorsqu'une difficulté entre deux individus se présente au sujet de droits particuliers, il faut qu'un tiers règle la question : c'est le rôle du gouvernement. Donc, le problème des grèves qui causent des troubles dans le pays et qui, souvent, tiennent aux vexations excessives des ouvriers, aussi bien qu'à la rapacité des fabricants, comment pourrait-il être négligé ?

(5.3.27)
Grand Dieu! se peut-il qu'un homme qui voit un de ses semblables affamé, nu, dépourvu de tout, puisse se reposer et demeurer à l'aise dans son château luxueux?

(5.3.28)
Celui qui en rencontre un autre dans la plus grande misère peut-il jouir heureusement de sa fortune?

(5.3.29)
C'est pour cela que, dans la religion de Dieu, il est prescrit et établi que les hommes fortunés doivent, chaque année, abandonner une certaine part de leur fortune pour l'entretien des pauvres et des malheureux. C'est cela le fondement de la religion de Dieu, et cela engage tout le monde.

(5.3.30)
Et de cette façon, l'homme n'étant ni forcé, ni obligé à le faire par le gouvernement, si, par l'élan naturel de son bon coeur, volontairement et Avec une joie radieuse, il ait preuve de générosité envers les pauvres, cet acte sera extrêmement loué, approuvé et agréable. Telle est la signification des bonnes oeuvres dans les tablettes et les livres divins.


5.4. De la justice et de la miséricorde de Dieu

(5.4.1)
Sachez que la justice est l'action de donner à chacun selon ses mérites. Par exemple, lorsqu'un ouvrier a travaillé du matin au soir, la justice exige qu'on lui paie son salaire; si, n'ayant rien fait, et ne s'étant donné aucun mal, il reçoit un présent, c'est de la bonté.

(5.4.2)
Si vous faites à un pauvre un don ou une aumône sans qu'il se soit donné de mal, et bien qu'il n'ait rien fait pour vous pour le mériter, c'est de la bonté. Ainsi le Christ a prié pour le pardon de ses bourreaux : cela s'appelle une bonté.

(5.4.3)
Quant au bien et au mal, ils sont déterminés par la raison ou par la loi.

(5.4.4)
Certains croient que c'est par la loi; comme les juifs qui, regardant comme obligatoires tous les commandements de la Bible, pensent que c'est une question de loi, non de raison.

(5.4.5)
C'est ainsi qu'ils disent que, parmi les commandements de la Bible, se trouve l'interdiction de mélanger la viande et le beurre, parce que c'est tarèf; et tarèf en hébreu veut dire impur, comme kacher veut dire pur. Cela, disent-ils, est une question de loi, non de raison.

(5.4.6)
Mais les théologiens pensent que le bien et le mal tiennent à la fois à la raison et à la loi. Le fondement suprême de l'interdiction du meurtre, du vol, de la trahison, du mensonge, de l'hypocrisie, de la cruauté, c'est la raison.

(5.4.7)
Tout être intelligent comprend que le meurtre, le vol, la trahison, le mensonge, l'hypocrisie, la cruauté sont des choses mauvaises et réprouvées. Car si vous piquez un homme avec une épine, cela le fait crier, se lamenter et gémir; il est donc clair qu'il comprend que le meurtre, selon la raison, est un mal réprouvé; et si on en commet un, on devient responsable, que la renommée du prophète soit parvenue à vous ou non, puisque c'est la raison qui nous ait comprendre le caractère blâmable d'un tel crime.

(5.4.8)
Lorsqu'un homme commet une mauvaise action, certes il est responsable; mais si les commandements d'un prophète ne parviennent pas quelque part, et si les hommes n'agissent pas en conformité avec les instructions divines (tel le commandement du Christ de rendre le bien pour le mal), dans ce cas, s'ils agissent selon les impulsions de la nature, et s'ils tourmentent ceux qui les tourmentent, au point de vue de la religion, ils seront excusés, car le commandement divin ne leur est pas parvenu. Bien qu'ils ne méritent pas cette faveur et ce bienfait, néanmoins, Dieu les traite avec bonté et leur pardonne.

(5.4.9)
Or, la vengeance, au point de vue de la raison aussi, est blâmable, car celui qui se venge ne tire aucun fruit de sa vengeance.

(5.4.10)
Ainsi, si un homme en frappe un autre, et si ce dernier veut se venger, il frappe son agresseur à son tour. Quel avantage en retire-t-il ? Sera-ce un emplâtre pour sa blessure, ou un remède pour son mal ? J'en demande: pardon à Dieu! En vérité, les deux actions se valent : ce sont des blessures; la seule différence entre elles est que l'une fut la première, l'autre la dernière.

(5.4.11)
Donc, si celui qui est frappé pardonne, si même il agit d'une façon contraire à celle dont on a usé envers lui, il est approuvé.

(5.4.12)
La loi de la communauté punira l'agresseur, mais ne se vengera pas. Et cette punition a pour but d'avertir, de protéger, et d'arrêter la cruauté et l'injustice, afin que d'autres ne se mettent pas à être tyranniques. Mais si celui qui a été frappé pardonne et oublie, et s'il montre la plus grande bonté, c'est une chose extrêmement louable.


5.5. Comment faut-il traiter tes criminels ?

(5.5.1)
Question. - Faut-il punir un criminel, ou lui pardonner et fermer les yeux sur son crime ? Réponse. - Il y' a deux sortes de punitions compensatoires : l'une est une vengeance, l'autre une correction. Mais l'homme n'a pas le droit de se venger, tandis que les communautés ont le droit de corriger un criminel.

(5.5.2)
Et cette correction a pour but de prévenir et de prohiber, afin que personne d'autre n'ose commettre un tel crime. Cette correction sert à protéger les droits de l'homme, mais non à le venger; car la vengeance apaise le coeur en opposant un mal à un autre, ce qui n'est pas permis, l'homme n'ayant pas le droit de se venger.

(5.5.3)
Mais comme, si les criminels étaient complètement absous, l'ordre du monde disparaîtrait, la correction est devenue une des nécessités indispensables au maintien des communautés.

(5.5.4)
Mais un opprimé, victime d'une iniquité, n'a pas le droit de vengeance : au contraire, le pardon et la bienveillance s'imposent et sont dignes du monde de l'homme.

(5.5.5)
Quant aux communautés, elles doivent corriger le méchant, le meurtrier, l'agresseur, afin de prévenir et d'empêcher autrui de commettre un crime.

(5.5.6)
Mais au fond, ce qu'il faut, c'est donner aux hommes une éducation telle qu'il ne se commette pas de crimes; car il est possible de donner aux masses unetelle éducation, qu'elles évitent et redoutent de perpétrer des crimes, au point que pour elles le crime lui-même serait la plus grande punition, l'interdiction et la correction suprêmes; alors il n'y aurait plus de crimes à corriger.

(5.5.7)
Et nous ne voulons parler que de choses dont l'exécution soit possible dans ce monde. II y a sur ce sujet des théories et des opinions nombreuses, mais qui sont inexécutables; par conséquent, nous devons parler uniquement de choses exécutables.

(5.5.8)
Par exemple, si quelqu'un en maltraite un autre, le violente, l'opprime, et que cet autre lui oppose la même chose, c'est une vengeance qu'on doit blâmer.

(5.5.9)
Car si Pierre tue le fils de Paul, Paul n'a pas le droit de tuer le fils de Pierre; s'il le fait, il se venge. Si Pierre ravit l'honneur de Paul, ce dernier n'a pas le droit de lui ravir son honneur; s'il le fait, il se venge, ce qui est très répréhensible.

(5.5.10)
Au contraire, il faut rendre le bien pour le mal, pardonner; bien plus, si c'est Possible, rendre service à son oppresseur. Voilà l'attitude qui convient à l'homme; car, quel fruit retire-t-il de la vengeance ? Les deux actes se valent : si l'un est répréhensible, l'autre l'est aussi. La différence est que l'un a commencé, l'autre a continué.

(5.5.11)
Mais les sociétés ont le droit de se protéger et de se préserver, car les communautés n'ont pas de haine ni d'animosité contre le meurtrier; et si elles emprisonnent ou corrigent le meurtrier, c'est dans le seul but de protéger la masse et de la mettre à l'abri des crimes.

(5.5.12)
Ce n'est pas par esprit de vengeance, mais par esprit de correction, et pour que, grâce à cette correction, la communauté soit protégée. Autrement, si les héritiers de la victime, ainsi que la communauté, pardonnaient et rendaient le bien pour le mal, les criminels commettraient fréquemment des violences, il y aurait à chaque instant des assassinats, et des êtres barbares comme des loups dévoreraient les troupeaux de Dieu.

(5.5.13)
Les communautés, lorsqu'elles corrigent, n'ont pas de mauvaises intentions ni de rancunes; elles ne cherchent pas à apaiser leur coeur; leur seul but est de protéger les autres, afin que nul ne commette une action aussi abominable.

(5.5.14)
Donc, lorsque le Christ disait : « Si quelqu'un te frappe le côté droit, offre le côté gauche », c'était pour faire l'éducation des hommes. II ne voulait pas dire que si un loup tombait au milieu d'un troupeau de moutons et voulait le détruire, il faudrait l'encourager. Non, si le Christ avait vu un loup entrer au milieu d'un troupeau de moutons pour le détruire en entier, sans aucun doute, il l'en aurait empêché. [voir : Matthieu 5.39]

(5.5.15)
Et comme le pardon est un des attributs du Miséricordieux, la justice aussi est un attribut du Seigneur. La tente de l'existence repose sur le pilier de la justice, et non sur le pardon; la préservation de l'espèce humaine dépend de la justice et non du pardon.

(5.5.16)
De même, si aujourd'hui, dans tous les pays du monde, la loi du pardon était répandue, en un instant le monde serait détruit, et les fondements de la vie humaine s'écrouleraient.

(5.5.17)
C'est ainsi que, si le fameux Attila n'avait pas été combattu par les Etats de l'Europe, il n'aurait pas laissé un seul homme vivant.

(5.5.18)
II y a des êtres qui sont comme des loups sanguinaires :s'ils voient qu'ils n'ont pas à redouter la correction, ils assassineront des hommes, uniquement pour leur plaisir, leur distraction et leur satisfaction.

(5.5.19)
Un des tyrans de la Perse tua son précepteur uniquement pour rire, en manière de plaisanterie et de jeu. Le fameux Abbasside Motawakkil réunissait en sa présence les ministres, les conseillers et les fonctionnaires, puis il répandait dans la réunion une boîte de scorpions et interdisait à qui que ce fût de bouger; et lorsque les scorpions piquaient les ministres, il éclatait de rire bruyamment.

(5.5.20)
Bref, la constitution des communautés dépend de la justice et non du pardon.

(5.5.21)
Et quand il parlait de pardon et de bienveillance, le Christ ne voulait pas dire que, si les autres nations vous attaquent, brûlent vos maisons, ravagent vos biens, oppriment vos femmes, vos enfants, vos proches, ravissent votre bonheur, vous devez vous résigner devant cette bande malfaisante et les laisser accomplir toutes les cruautés et toutes les oppressions. Non, le Christ parlait de la conduite à tenir pour deux individus : si l'un en opprime un autre, l'opprimé doit pardonner. Mais les communautés ont à protéger les droits de l'individu.

(5.5.22)
Ainsi, si quelqu'un m'opprime, me cause du mal et des tourments ou me fait une blessure, je ne lui résisterai nullement, et même je lui pardonnerai. Mais si quelqu'un veut opprimer siyyid Menshadi, certes je l'en empêcherai. [nota : Siyyid Menshadi est un persan qui assistait à la conversation]

(5.5.23)
Bien que, pour le criminel, la non-résistance soit en apparence de la bienveillance, pour Menshadi, ce serait de la cruauté que de ne pas le défendre!

(5.5.24)
Si en ce moment, un sauvage arabe entrait en ce lieu et, de son épée tirée, voulait vous frapper, vous blesser, vous tuer, certes je l'en empêcherais; si je vous abandonnais à lui, ce serait de la tyrannie, non de la justice. Mais s'il me blessait moi-même, je lui pardonnerais.

(5.5.25)
II reste une autre chose à remarquer : c'est que les communautés sont, nuit et jour, occupées à confectionner des lois pénales, à préparer et à organiser des instruments et des armes de correction; elles construisent des prisons, elles préparent des chaînes, organisent des lieux variés de bannissement, d'exil, de relégation et de tortures afin de corriger par ces moyens les criminels, bien que ces moyens soient destructifs de la moralité et du caractère. Au lieu de cela, les communautés devraient, jour et nuit, s'efforcer, avec la dernière ardeur, de faire l'éducation des hommes, de les faire progresser de jour en jour, augmenter en science et en savoir, acquérir des vertus, prendre de bonnes moeurs, fuir les vices, afin qu'il ne se commette plus de crimes.

(5.5.26)
Au contraire, en ce moment, les communautés pensent uniquement à rendre plus sévères les lois pénales, à préparer des moyens de correction, des instruments de mise à mort et de torture, des lieux de détention et d'exil; et elles attendent qu'un crime se produise. Ceci a un grand effet démoralisateur.

(5.5.27)
Mais si elles s'efforçaient de faire l'éducation des masses, de répandre tous les jours de plus en plus l'instruction et la science, l'intelligence s'ouvrirait, les sentiments progresseraient, les moeurs s'amélioreraient et les coutumes deviendraient saines; en un mot, dans tous les ordres de perfection, il y aurait du progrès, et le nombre des crimes diminuerait.

(5.5.28)
Il a été établi que les crimes sont moins fréquents chez les peuples civilisés, c'est-à-dire chez ceux qui ont acquis la vraie civilisation, la civilisation divine, la civilisation de Celui qui réunit toutes les perfections physiques et spirituelles.

(5.5.29)
Et comme l'ignorance est la cause des crimes, plus le savoir et les sciences progressent, plus les crimes diminuent.

(5.5.30)
Voyez les barbares de l'Afrique, combien de meurtres se commettent chez eux! au point que, se tuant les uns les autres, ils mangent leur propre chair et leur sang! Pourquoi de tels actes de sauvagerie ne se passent-ils pas en Suisse par exemple? La raison en est claire : c'est l'éducation, la science.

(5.5.31)
Donc, les communautés doivent songer à empêcher les crimes de se produire plutôt qu'à punir sévèrement les criminels, et à leur infliger des corrections terribles.


5.6. La réalité du monde extérieur

(5.6.1)
Certains sophistes pensent que le monde extérieur est une illusion, et que chaque être n'est qu'une illusion, qu'il n'a aucune existence; autrement dit, l'existence du monde extérieur est comme un mirage ou comme la réflexion d'une image dans l'eau et le miroir, c'est-à-dire n'est qu'une apparence, et n'a ni principe, ni fondement, ni réalité.

(5.6.2)
Cette opinion est erronée; car, si l'existence du monde extérieur, par rapport à l'existence de Dieu, est une illusion, cependant, au point de vue des contingences, le monde extérieur a une existence réelle et certaine; il est futile de le nier.

(5.6.3)
Par exemple, l'existence du minéral, à côté de celle de l'homme, est la non-existence; car lorsque l'homme, en apparence, est anéanti, son corps devient minéral; pourtant le minéral a une existence dans le monde minéral.

(5.6.4)
Il est donc clair que la poussière, à côté de l'existence de l'homme, est non-existante et que son existence est illusoire; mais dans le degré minéral, elle existe.

(5.6.5)
C'est de la même façon que l'existence du monde extérieur, à côté de l'existence de Dieu, n'est qu'illusion et néant, et qu'elle peut être regardée comme une apparence de la nature de celle de l'image qu'on voit dans un miroir. Mais, bien que l'image que l'on voit dans un miroir soit une illusion, la source et la réalité de cette image illusoire sont la personne reproduite, dont on voit les traits dans le miroir.

(5.6.6)
Bref la reproduction, par rapport à la personne reproduite, est une illusion.

(5.6.7)
Donc, quoique le monde extérieur, par rapport à l'existence de Dieu, n'ait pas d'existence, qu'il soit comme un mirage ou comme la reproduction d'une image dans un miroir, cependant, dans son propre degré, il existe. C'est pour cela que le Christ disait de ceux qui négligeaient Dieu et de ceux qui Le reniaient qu'ils étaient morts, bien qu'en apparence ils fussent vivants. Par rapport aux croyants, ils étaient morts, aveugles, sourds et muets. Voilà pourquoi le Christ disait : « Laissez les morts enterrer les morts. » [voir : Jean 3.6 et 6.63 ; Luc 9.60 ; Matthieu 8.22 et 16.17 – voir aussi « Livre de la certitude » 126 ; « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 2.7.15 et 2.15.28 et 5.6.7 ; « Les tablettes du plan divin » 14.17 - CLE: MORT SPIRITUELLE]


5.7. La véritable préexistence

(5.7.1)
Question. - Combien y a-t-il de sortes de préexistences et de contingences ? Réponse. - II y a des sages et des philosophes qui pensent qu'il y a deux sortes de préexistences : la préexistence par rapport à l'essence, et la préexistence par rapport au temps. La contingence également serait de deux sortes, la contingence par rapport à l'essence, et la contingence par rapport au temps. [voir : « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 4.8.9 - la véritable préexistence]

(5.7.2)
La préexistence par rapport à l'essence est une existence qui n'est pas précédée par une cause, tandis que la contingence par rapport à l'essence est précédée par une cause.

(5.7.3)
La préexistence par rapport au temps est sans commencement; la contingence par rapport au temps a un commencement et une fin; car l'existence de chaque chose dépend de quatre causes : la cause efficiente, la matière, la forme, et la cause finale.

(5.7.4)
Par exemple, ce siège a un fabricant qui est le charpentier, une matière qui est le bois, une forme qui est celle d'un siège, et un but qui est de servir à s'asseoir dessus. Donc ce siège est une contingence d'essence puisqu'il est précédé par une cause, et en dépend : on l'appelle contingence d'essence, ou contingence réelle.

(5.7.5)
Or, ce monde de l'existence, par rapport à son créateur, est une contingence réelle. Comme le corps dépend de l'esprit et n'existe que par lui, par rapport à l'esprit, il est une contingence d'essence. L'esprit, lui, est indépendant du corps, et par rapport au corps, il est une préexistence d'essence.

(5.7.6)
Bien que les rayons soient une des nécessités du soleil, pourtant le soleil est préexistant, et les rayons sont contingents, car l'existence des rayons dépend de celle du soleil; mais l'existence du soleil ne dépend pas de celle des rayons; celui-là est le donateur, ceux-ci sont le don.

(5.7.7)
Notre second point est que l'existence et la non-existence sont toutes deux relatives. Si l'on dit que telle chose, de la non-existence, a trouvé l'existence, il ne s'agit pas du néant absolu; cela veut dire que l'état ancien par rapport à l'état actuel était le néant. Car le néant absolu n'existe pas : il n'a pas de capacité d'existence.

(5.7.8)
L'homme, comme le minéral, est un être existant; mais l'existence du minéral, par rapport à celle de l'homme est le néant, car lorsque le corps humain est anéanti, il devient poussière et minéral. Tandis que, lorsque la poussière évolue jusqu'au monde humain, et que ce corps mort devient vivant, un homme devient existant; et, quelle que soit l'existence de la poussière, c'est-à-dire du minéral, dans son propre état, par rapport à l'homme, c'est le néant.

(5.7.9)
Tous deux existent; mais l'existence de la poussière et du minéral par rapport à l'homme c'est la non-existence et le néant, car lorsque l'homme s'anéantit, il redevient poussière et minéral.

(5.7.10)
Donc, bien que le monde des contingences existe, par rapport à l'existence de Dieu, c'est la non-existence et le néant; l'homme et la poussière existent tous deux; mais quelle différence entre l'existence du minéral et celle de l'homme ! L'une, par rapport à l'autre, est le néant. De même, l'existence de la créature par rapport à celle de Dieu est le néant.

(5.7.11)
Il est donc clair et évident que, bien que les êtres existent, par rapport à Dieu et à son Verbe, ils sont néant. C'est cela le commencement et la fin auxquels faisait allusion le Verbe de Dieu en disant « je suis l'Alpha et l'Oméga »; car Il est le commencement et la fin de la bonté. [voir : « Leçons de Saint-Jean d'Acre » 3.9.13 et 4.13.16 et 5.7.11; « Les sept vallées » 1.35 et 1.64 ; voir aussi Apocalypse 1.8 ; Esaïe 48.12 ; Coran 57.3 - CLE: LE PREMIER LE DERNIER, ALPHA ET OMEGA - Selon la bible: « ô Jacob, et ô Israël, mon appelé, écoute : Je suis Lui. Je suis le premier, et je suis le dernier. » et selon Jésus: « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier; il n'y a eu et il n'y aura jamais de changement ni de modification pour moi. » et selon Muhammad: « C'est Lui le Premier et le Dernier »]

(5.7.12)
De tout temps, Dieu a eu une création, et de splendides rayons ont brillé de la réalité du soleil; car le soleil sans lumière ne serait que ténèbres obscures.

(5.7.13)
Les noms et les attributs de Dieu requièrent l'existence des êtres, et la bonté éternelle n'a pas eu d'arrêt; sinon ce serait contraire aux perfections divines.


5.8. La réincarnation

(5.8.1)
Question. - Qu'est-ce que la réincarnation, qui fait partie des croyances de certains peuples ? Réponse. - Notre but ici est d'exposer la vérité, et nullement de tourner en dérision les croyances des autres peuples. Il ne s'agit que d'une explication, ce qui est suffisant. Nous ne faisons le procès de personne, et nous ne nous permettons pas de faire d'opposition.

(5.8.2)
Sachez donc que ceux qui croient à la réincarnation sont de deux sortes : les uns ne croient pas aux punitions et aux récompenses spirituelles de l'autre monde, et ils supposent que l'homme, en se réincarnant et en revenant dans ce monde, trouve des compensations et des récompenses; ils considèrent le paradis et l'enfer comme restreints à ce monde, et ne parlent pas de l'autre monde.

(5.8.3)
Parmi eux, il y a aussi deux divisions : certains pensent que l'homme revient parfois dans ce monde sous la forme d'un animal afin de subir un dur châtiment, puis qu'il revient une seconde fois du monde animal au monde humain : cela s'appelle la métempsycose.

(5.8.4)
D'autres pensent qu'on retourne du monde humain au monde humain et qu'on obtient, par ce retour, les récompenses et les compensations d'une première vie : cela s'appelle la réincarnation. Ni les uns ni les autres ne parlent d'un autre monde que celui-ci.

(5.8.5)
La seconde sorte de gens qui croient à la réincarnation parlent d'un autre monde, et ils la considèrent comme le moyen de se perfectionner : en venant et en retournant dans ce monde, l'homme acquiert peu à peu la pratique des perfections, jusqu'à ce qu'il arrive au centre de perfection.

(5.8.6)
Autrement dit, les hommes sont des composés de matière et d'énergie. La matière, au début, c'est-à-dire dans le premier cycle, est imparfaite; mais en revenant continuellement dans ce monde, elle fait des progrès et devient raffinée et délicate, jusqu'à ce qu'elle devienne comme un miroir poli; alors l'énergie, qui n'est autre chose que l'esprit, se réalise en elle avec toutes les perfections.

(5.8.7)
Tel est l'exposé de la théorie de ceux qui croient à la réincarnation et à la métempsycose. Nous venons de la résumer; si nous entrions dans des détails, cela prendrait beaucoup de temps, et cet abrégé est suffisant.

(5.8.8)
Ils n'apportent ni preuves ni arguments logiques; ce ne sont que des suppositions, des déductions de conjectures, mais jamais d'arguments péremptoires; et nous devons attendre de ceux qui croient à la réincarnation des preuves, non des conjectures, des suppositions ou des inventions.

(5.8.9)
Mais vous m'avez demandé des preuves et des arguments pour l'impossibilité de la réincarnation : c'est cela qu'il faut maintenant expliquer. Le premier argument en faveur de son impossibilité, c'est que le visible est l'expression de l'invisible, le monde est le miroir du royaume céleste, et l'univers matériel correspond à l'univers spirituel.

(5.8.10)
Or, remarquez que, dans le monde sensible, les apparences ne se répètent pas, car aucun des êtres existants n'est pareil et identique à un autre sous tous les rapports. Le signe de l'unité est visible et apparent en toute chose.

(5.8.11)
Si les greniers du monde étaient pleins de grains, vous n'en trouveriez pas deux absolument pareils, semblables, identiques, et sans aucune différence. Sans aucun doute, il y aurait des différences et des distinctions entre eux.

(5.8.12)
Comme les preuves de l'unité existent dans toutes les choses, que la solitude et l'unité de Dieu se remarquent dans la réalité de toutes les créatures, la répétition d'une même apparence est absolument impossible.

(5.8.13)
Donc, la réincarnation, qui est la répétition de l'apparence d'un même esprit, avec la substance et la condition précédentes, dans ce même monde d'apparences, est une chose entièrement impossible.

(5.8.14)
Comme, pour chacune des créatures matérielles, le retour d'une même apparence est impossible et interdit, de même, pour les créatures spirituelles aussi, le retour dans une même condition, soit dans l'arc de descente, soit dans l'arc de montée, est interdit et impossible. En effet, le matériel est conforme au spirituel.

(5.8.15)
Pourtant, chez les créatures matérielles, en ce qui concerne l'espèce, la nouvelle venue et le retour existent évidemment. Ainsi les arbres qui, pendant les années passées, ont donné des feuilles, des fleurs et des fruits, donneront également, dans les années futures, exactement les mêmes feuilles, les mêmes fleurs et les mêmes fruits. Cela, c'est le retour de l'espèce. [nota : Orbe cyclique – voir « Les sept vallées » 2.36]

(5.8.16)
Si quelqu'un faisait une objection en disant que la feuille, la fleur et le fruit ont été décomposés, sont descendus du monde végétal au monde minéral, puis sont revenus du monde minéral au monde végétal, par conséquent qu'il y a eu là une répétition, il faudrait lui répondre que la fleur, la feuille et le fruit de l'an dernier sont détruits, que ces éléments assemblés se sont dissociés, qu'ils se sont dispersés dans l'espace et que les atomes assemblés de la feuille et du fruit de l'an dernier ne se sont pas trouvés rassemblés entre eux après leur décomposition : ils ne sont pas revenus. Au contraire l'espèce qui revient provient de l'assemblage d'éléments nouveaux.

(5.8.17)
II en est de même du corps humain qui, après la décomposition, est détruit; les éléments qui le composaient sont dispersés. Et si, pareillement, ce corps revient une seconde fois du monde minéral ou végétal, ce n'est jamais ce même corps composé exactement des éléments de l'homme précédent; ces éléments ont été décomposés et dispersés, ils se sont répandus dans l'espace infini. Ensuite, d'autres éléments ont été combinés et un nouveau corps s'est formé.

(5.8.18)
Il n'est pas impossible qu'un des atomes de l'individu d'autrefois entre dans la composition du nouvel individu. Mais ces atomes n'ont pas été gardés et conservés entièrement et exactement, et sans adjonction ni diminution, de façon à être recomposés et que, de ce mélange, de cette recomposition, un nouvel être prenne naissance.

(5.8.19)
Ainsi, il est impossible de prouver que ce même corps est revenu avec tous ses atomes, que le premier être est devenu le second, qu'en conséquence il y a eu répétition ni que l'esprit, comme le corps, est revenu et qu'après la mort il est retourné, dans son essence, sur cette terre.

(5.8.20)
Si nous prétendons que cette réincarnation sert à acquérir la perfection, qu'elle a lieu afin que la matière s'affine, se polisse, et que la lumière de l'esprit se manifeste en elle avec la dernière perfection, c'est aussi de la pure imagination.

(5.8.21)
Car, en admettant que nous acceptions cette opinion, le changement d'état ne s'obtient pas en recommençant et en revenant; l'essence de l'imperfection, en revenant sans cesse, ne deviendra pas la perfection absolue; les ténèbres complètes, en revenant et en retournant, ne deviendront pas la source de la lumière; la faiblesse absolue, en revenant, ne se transformera pas en force et en puissance, une nature matérielle ne deviendra pas une réalité céleste; l'arbre de Zaqq'um aura beau se répéter, il ne donnera pas de fruits sucrés, tandis que l'arbre excellent, tant qu'il reviendra, ne donnera pas de fruits amers.

(5.8.22)
Il est donc clair que la répétition et le retour dans le monde matériel ne font pas acquérir des perfections. II n'y a à cette supposition ni fondement ni preuve : ce n'est qu'une imagination. Non, l'obtention des perfections dépend en vérité de la bonté de Dieu. [nota : l'arbre de Zaqq'um est l'arbre de l'enfer]

(5.8.23)
Les théosophes croient que l'homme, dans l'arc d'ascension, reparaît et revient maintes et maintes fois, jusqu'à ce qu'il arrive au point suprême; alors, la matière devient un miroir poli, et les lumières de l'esprit l'illuminent avec tout leur pouvoir; ainsi s'obtient la perfection de l'essence.

(5.8.24)
Or, c'est un des points de théologie reconnus, que les mondes matériels prennent fin à l'extrémité de l'arc de descente; que l'homme se trouve placé à l'extrémité de cet arc de descente, et au commencement de celui de montée, et qu'il est situé à l'extrémité opposée du point suprême; que d'ailleurs, entre le commencement et l'extrémité de l'arc d'ascension, il y a de nombreux degrés de spiritualité. [voir : « Sélection des écrits d'Abdu'l-Bahá » 103.6 - ARC DE LA CREATION: L'intime réalité de l'homme occupe le point le plus bas de l'arc descendant]

(5.8.25)
On appelle création l'arc de descente, et évolution celui de montée. L'arc de descente aboutit à la matérialité, l'arc de montée à la spiritualité.

(5.8.26)
La pointe du compas, en décrivant un cercle, ne fait point de mouvement rétrograde, car cela est contraire au mouvement naturel et à l'ordre divin, et la construction du cercle en serait viciée.

(5.8.27)
D'ailleurs, ce bas monde n'a pas une telle valeur ou une telle perfection pour que l'homme, après être sorti de cette cage, désire une seconde fois être pris dans ses barreaux.

(5.8.28)
Non, grâce à la bonté éternelle, le mérite et la dignité véritables de l'homme deviennent visibles et clairs par la traversée des étapes de l'existence, et sans qu'il soit besoin de les recommencer et de revenir.

(5.8.29)
La perle ou le gravier que cette nacre contient, une fois qu'elle s'ouvrira, deviendront apparents et visibles. Lorsque cette plante sera poussée, elle donnera des ronces ou des fleurs; point n'est besoin d'une seconde croissance.

(5.8.30)
En outre, circuler et se diriger dans l'univers, en suivant une ligne droite et en se conformant à l'ordre naturel, c'est cela qui fait vivre; tandis qu'un mouvement contraire à l'ordre et à la loi de la nature cause la non-existence; et le retour de l'âme après la mort serait contraire au mouvement naturel, et opposé à l'ordre divin.

(5.8.31)
Donc, en revenant, il serait absolument impossible d'obtenir la vie : c'est comme si l'homme, après être sorti du sein de sa mère, y rentrait une seconde fois.

(5.8.32)
Remarquez quelle est la fantaisie de ceux qui croient à la réincarnation ou à la métempsycose! Ils considèrent le corps comme un vase, et ils regardent l'esprit comme contenu dans ce vase, comme l'eau dans une coupe; cette eau a été tirée de cette coupe et a été reversée dans une autre! C'est une fantaisie puérile.

(5.8.33)
Ils oublient que l'esprit n'est pas une chose matérielle, qu'il n'entre ni ne sort; que tout au plus il est lié au corps, comme le soleil au miroir.

(5.8.34)
S'il en était ainsi, si en revenant et en retournant dans ce monde matériel, l'esprit en franchissait les étapes et parvenait à la perfection de l'essence, il eût été préférable que Dieu prolongeât la vie de l'esprit dans le monde matériel jusqu'à ce qu'il eût acquis les perfections et les grâces; point n'était nécessaire de le faire goûter à la coupe de la mort ni de lui donner une seconde vie.

(5.8.35)
La pensée que l'existence se borne à ce monde mortel et la négation des mondes divins sont le propre de certains croyants à la réincarnation; et pourtant les mondes divins sont infinis.

(5.8.36)
Si les mondes divins étaient limités à ce monde matériel, la création serait vaine, l'existence serait un jeu d'enfants; l'aboutissant de tous ces êtres infinis, la noble humanité, après être venue et revenue pendant quelques jours dans ce séjour mortel, recevrait ses punitions et ses récompenses, et tout le monde deviendrait à la fin complètement parfait! La création divine, les créatures infinies seraient alors parfaitement terminées; la divinité de Dieu, les noms et attributs célestes, pour ces êtres spirituels, équivaudraient, après tout, au point de vue de l'effet, à un arrêt et à un retard. « Gloire à ton Seigneur, le Seigneur qui est au-dessus des descriptions! » [nota : ces êtres spirituels sont les Manifestations (messagers) de Dieu]

(5.8.37)
Tel était l'esprit étroit des anciens philosophes, comme Ptolémée et les autres, qui croyaient et s'imaginaient que le monde vivant était limité à ce globe terrestre, et que l'espace illimité était circonscrit dans les neuf cercles du ciel, que tous étaient creux et vides. Voyez combien leurs pensées étaient étroites, et leur esprit faible!

(5.8.38)
Aujourd'hui, ceux qui croient à la réincarnation s'imaginent aussi que les mondes divins sont limités aux mondes de l'imagination humaine; bien plus, certains d'entre eux, comme les Druzes et les Nossairis, s'imaginent que la vie est limitée à ce monde matériel. Quelle supposition ignorante!

(5.8.39)
Car dans cet univers divin, qui montre la perfection, la beauté et la grandeur les plus complètes, les étoiles lumineuses du monde matériel sont innombrables; alors il faut se rappeler combien les mondes spirituels et divins, qui sont l'essentiel, sont également innombrables et infinis ! « Soyez attentifs, ô vous, possesseurs de vue ! »

(5.8.40)
Revenons à notre sujet. Dans les livres sacrés et les Ecritures divines, on parle bien du retour; mais les ignorants n'en ont pas compris la signification, et ils ont cru qu'il s'agissait de la réincarnation.

(5.8.41)
Or, quand les prophètes de Dieu parlent du retour, ils ne veulent pas parler du retour de l'essence mais bien du retour des qualités, non du retour de la manifestation, mais de celui des perfections.

(5.8.42)
Il est dit dans l'Evangile que Jean, fils de Zacharie, est Elie; ces paroles ne signifient pas le retour de l'âme douée de raison de la personnalité d'Elie dans le corps de Jean; mais elles signifient que les perfections et les qualités d'Elie resplendissent et apparaissent chez Jean.

(5.8.43)
Une lampe brûlait la nuit passée dans cette pièce; lorsque, la nuit prochaine, une autre brûlera, nous dirons que la lumière d'hier soir est de nouveau allumée. L'eau coulait de la source, puis elle s'arrêta; lorsqu'elle se remettra à couler, nous dirons de cette eau qui coule à nouveau : c'est l'eau d'autrefois qui coule de nouveau. Cette lumière est exactement la lumière d'autrefois.

(5.8.44)
De même, au printemps de l'an dernier, les fleurs et les herbes odorantes ont fleuri, les fruits savoureux ont poussé; l'an prochain, nous dirons que ces fruits savoureux sont revenus, ces fleurs, ces herbes odorantes, ces boutons sont retournés et revenus.

(5.8.45)
Cela ne voudra pas dire que les atomes composant exactement la fleur de l'an dernier, après sa décomposition, se sont à nouveau rassemblés et sont retournés et revenus. Au contraire, cela veut dire que la douceur, la délicatesse, le délicieux parfum et la couleur merveilleuse de la fleur de l'an dernier se retrouvent et se voient exactement dans celle de cette année. Bref, il ne s'agit que de la similitude et de la ressemblance entre l'une et l'autre fleur.

(5.8.46)
Le retour dont il est fait mention dans les Ecritures saintes, c'est cela : et cette signification est donnée par la Plume suprême [nota : la Plume suprême désigne Bahá’u’lláh] dans le Livre de la Certitude, en détail et abondamment. Reportez-vous-y, afin d'être informée de la vérité des mystères divins. Sur vous le salut et la louange! [voir : « Livre de la certitude » 21, 160, 162, 168, 170, 171, 179; voir « Les leçons de Saint-Jean d'Acre » 2.18.1 et 2.18.13 et 5.8.46 - CLE: RETOUR des messagers de Dieu]

5.9. Le panthéisme

(5.9.1)
Question. - Comment les théosophes et les sufis comprennent-ils la question du panthéisme ? Quelle est sa signification? Cette doctrine se rapproche-t-elle, ou non, de la vérité ? [nota : panthéisme, mot à mot, l'unité de l'existence] [nota : lorsqu'on parle des Messagers ou Manifestations de Dieu, on fait allusion au resplendissement divin, et non pas à une descente dans les degrés de l'existence (panthéisme)]

(5.9.2)
Réponse. - Sachez que la question du panthéisme est ancienne; elle n'est pas particulière aux théosophes et aux soufis. Au contraire, certains sages de la Grèce admettaient le panthéisme, tel Aristote qui dit : « La Vérité simple, c'est toutes les choses, et en même temps ce n'est rien. » Et ici le simple est opposé au composé; c'est la Réalité isolée, qui est au-dessus de la composition et de la dispersion, et qui s'est résolue en formes innombrables. Donc, l'Existence réelle c'est toutes les choses mais non l'une d'entre elles.

(5.9.3)
Bref, les adeptes du panthéisme admettent que l'Existence réelle est semblable à la mer, et que toutes les créatures sont semblables aux vagues; ces vagues, qui sont l'expression des créatures, sont les formes innombrables de l'Existence réelle. Donc, la Réalité sacrée est la Mer de l'Eternité, et les formes innombrables des créatures, les vagues qui se produisent.

(5.9.4)
Egalement, on compare cette théorie à l'Unité réelle et aux nombres infinis; l'Unité réelle se réfléchit dans les degrés des nombres infinis, car les nombres sont la répétition de l'Unité réelle. Ainsi, le nombre deux est la répétition de un, et de même pour tous les autres nombres.

(5.9.5)
Et parmi toutes leurs preuves se trouve celle-ci : à savoir que toutes les créatures sont les connaissances de Dieu; et une science sans connaissances n'existe pas, car la science se rapporte à ce qui existe, et non au néant. La pure non-existence, quelle spécification et quelle individualisation peut-elle avoir dans les degrés de la science?

(5.9.6)
Donc, les réalités des créatures, qui sont les connaissances de Dieu le Très-Haut, ont l'existence qu'a la science [nota : l'existence qu'a la science, c'est à dire une existence intellectuelle], puisqu'elles sont la forme du savoir divin, et elles sont éternelles, puisque la science divine est éternelle. Et puisque la science est éternelle, les connaissances le sont également; et les individualisations et les spécifications des créatures, qui sont les connaissances éternelles de l'Essence de l'Unité, sont la science divine elle-même. Car les réalités de l'Essence de l'Unité, la science, et les connaissances, ont une unité absolue, véritable, établie. Autrement, l'Essence de l'Unité deviendrait le lieu de phénomènes multiples, et la multiplicité des Eternels deviendrait nécessaire, ce qui serait absurde.

(5.9.7)
Il est donc établi que les connaissances sont la science même, et la science l'Essence même; c'est-à-dire que le Savant, la science et les connaissances sont une réalité unique. Et si nous imaginons quelque chose en dehors de tout cela, il faut revenir à la multiplicité des Eternels; on arrive à l'enchaînement, et les Eternels finissent par devenir infinis! [nota : l'enchaînement des causes et des effets à l'infini]

(5.9.8)
Et comme l'individualisation et la spécification des créatures dans la science de Dieu étaient l'Essence même de l'Unité, et qu'il n'y avait parmi elles aucune sorte de différence, il n'y avait qu'une véritable unité, et toutes les connaissances étaient diffuses et incluses dans la réalité de l'Essence unique; c'est-à-dire que, selon le mode de la simplicité et de l'unité, elles étaient les connaissances de Dieu le Très-Haut et l'Essence même de la Réalité.

(5.9.9)
Et lorsque Dieu manifesta son éclat, ces individualisations et ces spécifications des créatures, qui avaient une existence virtuelle, c'est-à-dire qui étaient la forme de la science divine, trouvèrent leur existence substantielle dans le monde extérieur; et cette Existence réelle se résolut en formes infinies. Tel est le principe de leur démonstration.

(5.9.10)
Les théosophes et les soufis se divisent en deux branches. L'une, composée de la masse qui, simplement, par esprit d'imitation, admet le panthéisme, sans comprendre l'intention de ses docteurs respectés; car la masse des soufis croit que la signification de l'Existence, c'est l'existence d'une façon générale, prise substantivement, et qui est comprise par l'intelligence et l'esprit de tous : c'est-à-dire que l'homme la comprend.

(5.9.11)
Au lieu de cela, cette existence générale est un accident de la nature de ceux qui pénètrent la réalité des créatures; et les qualités des créatures sont la substance. Et cette existence accidentelle, qui dépend des créatures, ressemble aux propriétés des choses qui dépendent d'elles. C'est un d'entre les accidents, et certes ce qui est la substance est supérieur à ce qui est l'accident.

(5.9.12)
Car la substance est le principe et l'accident la conséquence; la substance dépend d'elle-même, et l'accident dépend de quelque chose d'autre, c'est-à-dire a besoin d'une substance dont il dépende. Autrement, Dieu serait la conséquence de la créature, Il aurait besoin d'elle, et celle-ci serait indépendante de Lui!

(5.9.13)
Par exemple, chaque fois que les éléments isolés se combinent conformément à l'ordre universel divin, une créature d'entre les créatures vient au monde. C'est-à-dire que, lorsque certains éléments se combinent, cette combinaison produit une existence végétale; lorsque d'autres se combinent, c'est un animal; d'autres encore, et ce sont différentes créatures. Dans ce cas, l'existence des choses est la conséquence de leur réalité.

(5.9.14)
Comment se pourrait-il que cette existence, qui est un accident d'entre les accidents et nécessite une autre essence dont elle dépende puisse être l'Essence éternelle, l'Auteur de toutes choses ?

(5.9.15)
Mais les docteurs initiés des théosophes et des soufis, qui ont étudié cette question, pensent qu'il y a deux catégories d'existences.

(5.9.16)
L'une est l'existence générale, qui est comprise de l'intelligence humaine : c'est un phénomène, un accident d'entre les accidents dont la réalité des choses est la substance. Mais le panthéisme ne s'applique pas a cette existence générale et qu'on imagine, mais bien à l'Existence véritable, affranchie de toute interprétation. Et c'est par elle que toutes choses existent; et c'est elle l'unité, c'est-à-dire l'Unité réelle, par laquelle toutes choses sont venues au monde, telle la matière, l'énergie et cette existence générale qui est comprise par l'intelligence humaine. Telle est la vérité sur cette question, selon les théosophes et les soufis.

(5.9.17)
' Bref, sur cette théorie que c'est par l'Unité que toutes les choses existent, tout le monde est d'accord, c'est-à-dire les philosophes comme les prophètes. Mais il y a entre eux une différence; c'est que les prophètes disent que la science de Dieu n'a pas besoin de l'existence des créatures, tandis que la science de la créature a besoin de l'existence des connaissances.

(5.9.18)
Si la science de Dieu avait besoin de quelque autre chose, elle serait la science de la créature, et non celle de Dieu. Car l'éternel est différent du phénoménal, et le phénoménal est le contraire de l'éternel; ce que nous attribuons à la créature, à savoir les contingences nécessaires, nous le nions pour Dieu; car le fait d'être au-dessus des imperfections est une de ses propriétés nécessaires.

(5.9.19)
Ainsi, dans le phénoménal, nous voyons l'ignorance, dans l'Eternel nous reconnaissons la science; dans le phénoménal, nous voyons l'impuissance, dans l'Eternel nous reconnaissons la force; dans le phénoménal, nous voyons la pauvreté, dans l'Eternel, nous reconnaissons la richesse. Ainsi, le phénoménal est le principe des imperfections, et l'Eternel est la réunion des perfections.

(5.9.20)
Comme la science phénoménale a besoin de l'existence des connaissances, la science éternelle est indépendante de leur existence. Aussi l'éternité de la spécification et de l'individualisation des créatures, qui sont les connaissances de Dieu le Très-Haut, n'existe pas.

(5.9.21)
Ces attributs divins et parfaits ne sont pas assez bien compris par l'intelligence, pour que nous décidions si la science divine a besoin des connaissances ou non.

(5.9.22)
Bref, voilà l'argument suprême des soufis; et si nous voulions mentionner leur argumentation complète et expliquer les réponses qu'ils font aux objections, cela traînerait beaucoup en longueur. Tels étaient leur preuve décisive et leur argument évident, du moins ceux des docteurs instruits, parmi les soufis et les théosophes.

(5.9.23)
Mais la question de l'Existence réelle, par laquelle toutes choses existent, c'est-à-dire la réalité de l'Essence de l'Unité, par qui toutes les créatures sont venues au monde, tout le monde l'admet.

(5.9.24)
La différence réside en ce que les soufis disent : « La réalité des choses est la manifestation de l'Unité réelle. » Et les prophètes disent : « Elle émane de l'Unité réelle. » Et grande est la différence entre la manifestation et l'émanation!

(5.9.25)
L'apparition par manifestation signifie qu'une chose unique apparaît dans des formes infinies. Par exemple la graine, qui est une chose unique, possédant les perfections végétatives, lorsqu'elle se manifeste en formes infinies, se résout en branches, en fleurs et en fruits; on appelle cela l'apparition par manifestation.

(5.9.26)
Quant à l'apparition par émanation, c'est lorsqu'elle cette Unité réelle demeure et subsiste dans les hauteurs de la sainteté; l'existence des créatures est émanée d'elle, mais ne la manifeste pas.

(5.9.27)
On peut la comparer au soleil, dont émane la lumière qui se répand sur toutes les créatures; mais lui, il demeure dans les hauteurs de sa sainteté; il n'y a pas pour lui de descente, et il ne se résout pas en formes lumineuses; il n'apparaît pas dans la substance des choses par la spécification et l'individualisation des choses, l'éternel ne devient pas le phénoménal, la richesse indépendante ne devient pas la pauvreté enchaînée, la pure perfection ne devient pas l'imperfection même!

(5.9.28)
En résumé les soufis admettent Dieu et la créature; ils disent que Dieu s'est résolu dans les formes infinies des créatures, qu'Il s'est manifesté comme la mer qui apparaît dans les formes infinies des vagues; ces vagues phénoménales imparfaites sont identiques à la Mer éternelle qui est la somme de toutes les perfections divines!

(5.9.29)
Les prophètes, au contraire, croient qu'il y a le monde de Dieu, le monde du royaume et le monde de la création, trois mondes.

(5.9.30)
La première émanation de Dieu, qui est la bonté du royaume, se reflète, sur la réalité des créatures, comme la lumière qui émane du soleil et resplendit sur les créatures; et cette bonté, qui est la lumière, resplendit en formes infinies sur les réalités de toutes les choses et se spécifie et s'individualise suivant l'aptitude, le mérite et la valeur intrinsèque de chacune d'elles.

(5.9.31)
La théorie des soufis exige au contraire que la Richesse indépendante descende au degré de la pauvreté, que l'Eternel s'enchaîne dans les formes phénoménales, et que la pure Puissance soit limitée sous la forme de faiblesse, selon les bornes des contingences! Et cela est une erreur évidente!

(5.9.32)
Remarquons que la réalité de l'homme, qui est la plus noble des créatures, ne descend pas à la réalité de l'animal; l'essence de l'animal, qui est douée des facultés sensorielles, ne s'abaisse pas au degré du végétal; et la réalité du végétal, qui est ce pouvoir de croissance, ne s'arrête pas dans la réalité du minéral.

(5.9.33)
Bref, la réalité supérieure ne descend ni ne s'abaisse dans les degrés inférieurs; comment se pourrait-il que la réalité universelle de Dieu, qui est affranchie de toute description et de toute qualification, malgré sa sainteté et sa pureté absolues, se résolve dans les formes des réalités des créatures qui sont la source des imperfections ? C'est une pure imagination qu'on ne peut comprendre!

(5.9.34)
Au contraire, cette Essence sainte est la somme des perfections divines et célestes; toutes les créatures sont favorisées par les bienfaits du rayonnement par émanation, et elles reçoivent les lumières de perfection et de beauté de son royaume.

(5.9.35)
De même, toutes les créatures terrestres obtiennent le bienfait de la lumière des rayons du soleil, tandis que ce dernier ne descend pas et ne s'abaisse pas dans Les réalités favorisées des existences terrestres!

(5.9.36)
Après le dîner, et vu l'heure tardive, il n'y a pas lieu d'en dire davantage.


5.10. Les quatre moyens d'acquérir la connaissance

(5.10.1)
Les moyens reconnus d'acquérir la connaissance sont au nombre de quatre; c'est-à-dire que les réalités des choses sont comprises par ces quatre procédées.

(5.10.2)
Le premier moyen nous est donné par nos sens, qui s'appliquent à tout ce que l'oeil, l'oreille, le goût, l'odorat, le toucher perçoivent et qu'on appelle sensible.

(5.10.3)
Aujourd'hui, tous les philosophes d'Europe considèrent ce moyen comme excellent. Ils disent que le critérium suprême, ce sont les sens; ils le considèrent comme sacré, bien qu'il soit imparfait (car il commet des erreurs).

(5.10.4)
Par exemple, le premier de nos sens est la vue. La vue prend le mirage pour de l'eau, et elle prend pour véritables des images réfléchies dans un miroir; des corps éloignés lui paraissent tout petits, un point en rotation paraît un cercle, la Terre lui semble immobile tandis que le Soleil est en mouvement, et dans beaucoup d'autres cas elle commet des erreurs. Nous ne pouvons donc avoir confiance en elle.

(5.10.5)
Le second procédé est la raison qui, chez les philosophes anciens, les piliers de la sagesse, était la mesure de la compréhension; ils prouvaient les choses par la raison, et ils tenaient fermement aux preuves de la raison; tous leurs arguments sont des arguments de raison.

(5.10.6)
Cependant, ils divergèrent beaucoup entre eux, et leurs opinions sont contradictoires. Il leur arriva même de changer d'avis; c'est-à-dire qu'après avoir prouvé pendant vingt ans par des arguments de raison l'existence d'une chose, ils la niaient après cela par des arguments de raison.

(5.10.7)
Ainsi, Platon commença par prouver logiquement l'immobilité de la terre et le mouvement du soleil; plus tard, par des arguments de raison, il prouva que le soleil est un centre autour duquel se meut la terre. Ensuite, le système de Ptolémée se répandit, et la théorie de Platon fut entièrement oubliée, jusqu'à ce qu'un observateur nouveau la reprenne. Ainsi, tous les mathématiciens se trouvaient en désaccord, bien qu'ils s'appuyassent sur des arguments de raison !

(5.10.8)
Pendant un certain temps, ils prouvaient une question par des arguments de logique, puis après cela, par des arguments de même nature, ils la niaient. Pendant quelque temps, un certain philosophe, avec force preuves et arguments à l'appui, défendait une théorie qu'après cela il abandonnait et contredisait par des preuves de raison.

(5.10.9)
Il est donc clair que le critérium de la raison n'est pas parfait; les divergences des philosophes antiques, le manque de stabilité et les variations des opinions en sont la preuve, Car, si le procédé de la raison était parfait, tout le monde devrait être d'accord en pensées et en opinions.

(5.10.10)
Le troisième procédé est la tradition, c'est-à-dire le texte des livres saints; car on dit : « Dieu, dans la Bible, ou dans l'Evangile, parla ainsi. » Ce procédé non plus n'est pas parfait, car c'est la raison qui interprète la tradition.

(5.10.11)
Et comme la raison elle-même est sujette à erreur, comment peut-on croire qu'en comprenant et en interprétant les traditions, elle ne commettra pas d'erreur, qu'elle sera absolument sûre? En effet, d est possible qu'elle commette des erreurs, et la certitude n'existe pas.

(5.10.12)
Et c'est le procédé des clergés : tout ce qu'ils comprennent du texte des livres saints est ce que leur raison comprend de ces mêmes textes, mais ce n'est pas la vérité pure. Car la raison est comme une balance, et les significations comprises dans le texte des livres saints ressemblent à la chose pesée : si la balance est faussée, comment trouvera-t-on le poids ?

(5.10.13)
Sachez donc que ce que les hommes possèdent, ce qu'ils admettent, est soumis à l'erreur. Car, dans l'affirmation ou dans la contradiction d'une chose, si l'on met en avant des preuves tirées de nos sens, il est clair que le critérium n'est pas parfait; si ce sont des preuves intellectuelles, il en est de même, ainsi que pour des preuves traditionnelles. L'homme n'a donc pas de critérium auquel il puisse se fier.

(5.10.14)
Mais la bonté du Saint-Esprit nous fournit le véritable procédé infaillible et indubitable. C'est le secours du Saint-Esprit qui parvient à l'homme. Là seulement se trouve la certitude!


5.11. Pourquoi il faut suivre les enseignements des manifestations de Dieu

(5.11.1)
Question. - Ceux qui ont pour eux leurs bonnes actions, leur bienveillance générale, des moeurs louables, qui agissent avec amour et bonté envers toutes les créatures, qui s'occupent des pauvres, qui s'efforcent d'établir la paix universelle, quel besoin ont-ils des enseignements divins ? D'ailleurs ils croient qu'ils peuvent s'en passer. Quelle est donc leur condition ?

(5.11.2)
Réponse. - Sachez que de telles actions, de tels efforts, de telles paroles sont louables et approuvés et qu'ils sont la gloire de l'humanité. Mais ces actions seules ne suffisent pas; c'est un corps de la plus grande élégance auquel il manquerait l'esprit.

(5.11.3)
Car ce qui cause la vie immortelle, la gloire éternelle, la spiritualité universelle, le salut et la prospérité réelle, c'est tout d'abord la connaissance de Dieu; et l'on sait que la connaissance de Dieu passe avant toute autre connaissance, et qu'elle est la gloire suprême de l'humanité!

(5.11.4)
Car, si dans la connaissance de la réalité des choses il y a des avantages matériels, si c'est par elle que la civilisation extérieure progresse, la connaissance de Dieu est la cause du progrès et de l'attraction spirituels; la vision de vérité, la sublimité de l'humanité, la civilisation divine, la droiture des moeurs et l'illumination ne s'obtiennent que par elle.

(5.11.5)
Ensuite vient l'amour de Dieu, dont la lumière éclaire le coeur de ceux qui le connaissent et dont les rayons éclatants illuminent l'horizon, donnant à l'homme la vie du royaume.

(5.11.6)
En vérité, le but de la vie humaine est l'amour de Dieu, car cet amour est l'esprit de la vie et la bonté éternelle !

(5.11.7)
Si l'amour de Dieu n'existait pas, le monde contingent serait dans les ténèbres; si l'amour de Dieu n'existait pas, les coeurs des hommes seraient morts et privés des sentiments de l'existence; si l'amour de Dieu n'existait pas, les perfections de l'humanité seraient détruites et anéanties;

(5.11.8)
si l'amour de Dieu n'existait pas, l'affliction réelle n'existerait pas dans la création de l'homme; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'union spirituelle serait une chimère; si l'amour de Dieu n'existait pas, la lumière de l'unité n'éclairerait pas l'humanité; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'Est et l'Ouest ne seraient pas, comme deux amoureux, dans les bras l'un de l'autre;

(5.11.9)
si l'amour de Dieu n'existait pas, la division et la désunion n'auraient pas été changées en intimité; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'affliction n'aurait pas remplacé l'indifférence; si l'amour de Dieu n'existait pas, l'étranger ne serait pas devenu l'ami!

(5.11.10)
L'amour humain a jailli de l'amour de Dieu, et il est apparu par la bonté et la faveur de Dieu!

(5.11.11)
II est clair que la réalité de l'humanité est variée; les opinions sont distinctes, les sentiments sont différents; et cette différence d'opinions, de pensées, d'intelligences, de sentiments parmi les individus de l'espèce humaine, est due aux nécessités essentielles, car les différences dans les degrés de l'existence des créatures sont une des nécessités de l'existence qui se dénoue en formes infinies.

(5.11.12)
Donc, nous avons besoin d'un pouvoir général qui domine les sentiments, les opinions et les pensées de tous, grâce auquel ces divisions n'auront plus d'effet, et qui amène tous les individus sous l'influence de l'unité de l'humanité.

(5.11.13)
Et il est clair et évident que le plus grand pouvoir qui existe dans l'humanité c'est l'amour de Dieu; il conduit les différents peuples à l'ombre de la tente de l'affection, il donne aux nations et aux tribus opposées et hostiles l'amour et l'union les plus grands!

(5.11.14)
Voyez, après le Christ, grâce à l'amour de Dieu, combien de nations, de races, de tribus, de peuples sont venus se ranger sous l'ombre du Verbe de Dieu; les divisions et les divergences de mille ans furent entièrement détruites et anéanties! Les préoccupations de race et de patrie disparurent complètement; l'union des âmes et des existences se fit; tous devinrent de vrais chrétiens spirituels!

(5.11.15)
La troisième vertu de l'humanité, c'est la bonne volonté, laquelle est le fondement des bonnes actions.

(5.11.16)
Certains philosophes ont considéré l'intention comme supérieure à l'action, car la bonne volonté est toute lumière; elle est exempte des impuretés de l'envie, de l'inimitié, de la déception. Or, il se peut qu'un homme accomplisse une action pieuse en apparence, mais qui soit dictée par l'intérêt.

(5.11.17)
Par exemple, un boucher chérit un mouton et le protège; mais cette action pieuse du boucher est dictée par le désir d'en tirer profit, et le résultat de cette affection consiste à frapper d'un stylet le malheureux mouton.

(5.11.18)
Combien d'actions pieuses sont dictées à l'homme par l'intérêt! Mais la bonne volonté est affranchie de telles impuretés.

(5.11.19)
Bref, si à la connaissance de Dieu s'ajoutent l'amour de Dieu, l'attraction, l'extase et la bonne volonté, alors une action pieuse est complète et parfaite. Autrement, une bonne action aura beau être louable, si elle n'est pas soutenue par la connaissance de Dieu, l'amour de Dieu et une intention sincère, elle sera imparfaite.

(5.11.20)
C'est ainsi que l'existence de l'homme doit réunir toutes les perfections pour être parfaite. La vue est une faculté extrêmement précieuse et appréciée, mais elle doit être aidée par l'ouïe; l'ouïe est très appréciée, mais elle doit être aidée par la parole; la parole est très appréciée, mais elle doit être aidée par le pouvoir de la raison, etc. Et ainsi de suite pour les autres pouvoirs, les autres organes et membres de l'homme; lorsque tous ces pouvoirs, ces sens, ces organes, ces membres existent en même temps, il est parfait.

(5.11.21)
Or, aujourd'hui, on rencontre dans le monde des gens qui, en vérité, désirent le bien universel et qui, selon leur pouvoir, s'occupent à protéger les opprimés et à aider les pauvres; ils sont enthousiasmés pour la paix et le bien-être universel. Bien que, sous ce rapport, ils soient parfaits, pourtant, étant privés de la connaissance et de l'amour de Dieu, ils sont imparfaits.

(5.11.22)
Galien, le médecin, dans son livre où il commente le Traité de Platon sur le gouvernement d'une cité, écrit que les principes fondamentaux de la religion ont une grande influence pour une civilisation parfaite, et la preuve en est que « la multitude ne peut pas comprendre l'enchaînement des paroles explicatives; aussi a-t-elle besoin de paroles symboliques pour l'annonciation des récompenses et des châtiments dans l'autre monde; [voir : « Secret de la civilisation divine » 11.73 - Citation du philosophe Galien. Voir « Promulgation of universal peace » page 385. Voir aussi « Galen on Jews ans christians » par Richard Waltzer, Presses de l'Université d'Oxford, 1949]

(5.11.23)
et ce qui prouve l'exactitude de cette affirmation, c'est qu'aujourd'hui nous voyons un peuple qu'on appelle les chrétiens croire aux châtiments et aux récompenses, et que, de cette secte, émanent des actions de beauté comme celles qu'accomplirait un vrai philosophe. Ainsi, chacun de nous voit clairement qu'ils ne craignent pas la mort, qu'ils n'attendent et ne désirent d'autrui que la justice et l'équité, et qu'ils sont considérés comme de vrais philosophes »!

(5.11.24)
Maintenant, remarquez quel devait être le degré de la sincérité, du zèle, des sentiments spirituels, des obligations de l'amitié et des bonnes actions d'un chrétien, pour que Galien, le médecin philosophe, bien qu'il ne fît pas partie de la secte du Christ, ait témoigné des bonnes moeurs et des perfections de ces êtres, au point de dire qu'ils étaient de vrais philosophes!

(5.11.25)
Ces vertus, cette morale n'ont pas été uniquement obtenues par les bonnes actions, S'il ne s'agit que d'obtenir et de distribuer le bien, cette lampe aussi, maintenant, est allumée et illumine la pièce; sans nul doute cet éclairage est un bien; cependant vous n'allez pas vous mettre à faire des éloges à la lampe.

(5.11.26)
Le soleil ait progresser tous les êtres de la terre, et par sa chaleur et sa lumière, il leur donne la croissance et le développement; y a-t-il un bien plus grand que celui-là ? Cependant, comme ce bien ne découle pas de la bonne volonté ni de l'amour et de la connaissance de Dieu, on ne le remarque pas. Lorsque, au contraire, un homme donne à un autre une coupe d'eau, ce dernier lui en est reconnaissant et le remercie.

(5.11.27)
Un homme, sans réfléchir, dira : ce soleil qui éclaire le monde, cette suprême bonté que l'on voit en lui, il faut les adorer et les louer; pourquoi ne pas être reconnaissant et ne pas les remercier, alors que nous louons un homme qui se distingue par une simple petite qualité ?

(5.11.28)
Mais si nous examinons la vérité, nous voyons que cette bonté insignifiante de l'homme est due à des sentiments conscients, et qu'elle est par conséquent digne de louange. Tandis que la lumière et la chaleur du soleil ne sont pas dues aux sentiments et à la conscience; elles ne sont donc pas dignes d'éloge ni de louange et ne méritent ni reconnaissance ni remerciements.

(5.11.29)
De même, lorsqu'un être accomplit une bonne action, bien qu'elle soit louable, si elle n'est pas causée par l'amour et la connaissance de Dieu, elle est imparfaite.

(5.11.30)
De plus, si vous regardez avec équité, vous verrez que ces bonnes actions des autres hommes sont aussi, au fond, causées par les enseignements de Dieu; c'est-à-dire que les prophètes d'autrefois ont amené les hommes à accomplir ces actes, leur en ont expliqué la beauté, leur en ont commenté les effets superbes; ces enseignements se sont répandus parmi les hommes, leur sont arrivés successivement les uns après les autres et ont tourné leurs coeurs vers ces perfections.

(5.11.31)
Lorsque les hommes ont vu que ces actions étaient considérées comme belles et devenaient une cause de joie et de bonheur pour l'humanité, ils s'y sont conformés. Donc: celles-là aussi viennent des enseignements de Dieu. Mais il faut un peu d'équité, au lieu d'argumenter et de se disputer.

(5.11.32)
Grâce à Dieu, vous êtes allée en Perse, et vous avez vu comment les Persans, par les saintes brises de Bahá'u'lláh, sont devenus bienveillants pour l'humanité.

(5.11.33)
Autrefois, s'ils rencontraient quelqu'un d'une autre race, ils le persécutaient et n'avaient pour lui que pensée de meurtre, haine et malveillance; ils allaient jusqu'à le couvrir d'immondices. Ils brûlaient l'Evangile et la Bible; s'ils touchaient ces livres, ils devaient laver leurs mains polluées! Aujourd'hui, la plupart d'entre eux récitent en chantant, comme il convient, le contenu de ces deux livres dans les réunions et les assemblées, et ils les commentent. Ils offrent l'hospitalité à leurs ennemis. Ils traitent avec gentillesse les loups sanguinaires, comme s'ils étaient des gazelles de la plaine de l'amour de Dieu! Vous avez vu leurs coutumes et leurs habitudes; et vous avez entendu parler des moeurs des anciens Persans !

(5.11.34)
Cette transformation des moeurs, cette rectification de la conduite et des paroles sont-elles possibles autrement que par l'amour de Dieu? Non, par Dieu! Si, à l'aide de la science et de nos connaissances, nous voulions introduire ces moeurs et ces coutumes, certes cela prendrait mille ans, et elles ne se répandraient pas dans la multitude! Aujourd'hui, grâce à l'amour de Dieu, elles se répandent avec la plus grande facilité. « Et soyez avertis, ô possesseurs d'intelligence! »


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